Titre : Cochinchine, 1935 – Cochinchine – Sites et Gens – Tome 3

Notice : Monographie dessinée de l’Indochine – Ecole d’Art de Gia Dinh. (Voir AP2556). Cochinchine : Sites et gens. Extrait de l’introduction de Louis Malleret à la “Monographie dessinée de l’Indochine” (3) “…/…A la vérité, la difficulté d’une telle tentative était de satisfaire à la fois la curiosité d’un public imparfaitement initié aux choses de l’Extrême-Orient et les goûts d’une opinion coloniale avertie. Le difficile, écrivait Fromentin, à propos précisément de l’orientalisme dans la peinture est d’intéresser notre public européen à des lieux qu’il ignore, le difficile est de montrer ces lieux pour les faire connaître, et cependant dans l’acception commune aux objets déjà familiers, de dégager le beau du bizarre et de faire admettre les plus périlleuses nouveautés par des moyens d’expression usuels. Ce qui fait l’intérêt capital des illustrations de l’Ecole d’Art de Giadinh, c’est donc leur valeur de documents. Avec ce qu’elles enferment d’exactitude, de vérité, d’observation précise, elles sont autant de restitutions fidèles de la vie originale d’un peuple. Elles retracent les épisodes intimes de l’existence d’une race. Elles portent en elles beaucoup de cet attrait qui, en tous les lieux de la terre, s’attache aux actions humaines. Pourtant, il ne faudrait point rechercher, dans ces figurations de la vie indigène, ce que donne exclusivement un récit de voyage. Le danger serait justement celui que dénonçait l’auteur d'”Une année dans le Sahel”, quand il redoutait que l’on n’attendît de la peinture exotique, seulement des tableaux “composés comme un inventaire”, et que le goût de l’ethnographie ne se substituât au sentiment du beau. Comme il n’y a plus de limites aux investigations du voyageur lorsqu’il a pris pour règle l’exactitude, dit Fromentin, nous saurons et nous verrons, à n’en plus douter, d’après ces images copiées avec la scrupuleuse authenticité d’un portrait, comment le peuple d’outre-mer s’habille, comment il se coiffe, comment il se chausse. Nous apprendrons quelles sont ses armes, et la peinture les décrira autant qu’un pinceau peut décrire. Les harnais des montures, il faudra qu’on les connaisse ; il y a plus, il faudra qu’on les comprenne. C’est tout cela sans doute qui se rencontre dans les compositions indigènes de l’Ecole d’Art de Giadinh, mais c’est aussi quelque chose de plus savant et de plus subtil, c’est le sentiment universel et permanent de la beauté dégagé de ses manifestations locales et particulières. Enveloppées de cette poésie de l’exotisme qui est le cachet donné à l’oeuvre d’art par l’éloignement d’un pays dans l’espace, ces scènes de la vie asiatique conservent aussi les traces de l’antiquité d’une histoire et d’une civilisation. Choisies pour leur valeur figurative et actuelle, elles ne sauraient être appréciées pleinement, si on ne les situait sur un arrière-fond de légendes et de traditions vénérables. Significatives pour leur intérêt documentaire elles le sont davantage encore pour ce qu’elles suggèrent à notre esprit. Dans l’attitude de tel bonze en prière nous discernerons le geste de la piété bouddhique et l’invitation à la sagesse silencieuse des ascètes. Dans la pieuse révérence de tel personnage prosterné devant l’autel des ancêtres, voici évoquée la permanence du culte familial et des nobles vertus qu’enseignait Confucius. Dans le visage grimaçant d’un génie de pagode ou l’élan furieux d’un héros du théâtre, on reconnaîtra tout un héritage de passions fortes et de frénésie guerrière, rattachant le passé du vieil Annam à l’antique et glorieuse histoire des fils de Hân…./…” Voir suite AP002701.

Mots Clefs : Cochinchine Gia Dinh 1935-1937 Document Enseignement – Ecole d’art

Christophe