Titre : Annam, Cua Tung, 1930 – La plage

Notice : Le charme de Cua Tung “…/…Surprise et fête des yeux aussi vive qu’à la “Porte d’Annam”, qu’au “Col des Nuages”, qu’au “Varella” ; mais ici l’agréable brise marine, rafraîchie par le large, comme avivée par la hauteur même de la côte, ajoute à la caresse des couleurs la sensation du bien-être physique. En forme d’S, la falaise monte graduellement du Sud au Nord, rouge sombre, déchiquetée, tachetée çà et là par le vert foncé des arbustes rasant le sol. A nos pieds, à quarante mètres au-dessous de nous, quelques ondulations de sable doré recouvert en grande partie par des plantes rampantes, où s’aperçoivent encore à cette heure des fleurettes bleues. Puis, encadrant une plage de près de deux kilomètres où s’ébattent joyeusement quelques baigneurs, deux promontoires de roches noires où le flot se brise mollement en dentelle blanche. Enfin, immense comme l’horizon, bleu tendre comme le ciel du soir qu’elle reflète, la mer, immobile, s’endormant déjà, tandis que derrière nous le soleil se couche dans la splendeur des crépuscules d’Annam et allonge sur le rivage l’ombre de la côte où s’allument quelques feux. Au loin, entre le ciel et l’eau, une tache sombre, une vague forme de chat allongé : l’île du Tigre. Tout au Nord, un promontoire boisé que la nuit amplifie et rend presque noir : “La Tête de l’Eléphant”, avant-garde du cap Lay. Devant nous, se détachant sur l’horizon où viennent se fondre en une bande vert clair les dernières gloires du soleil couchant, quelques voiles blanches suivies d’un sillage brillant… Pas un bruit ; à peine le froissement des vagues se poussant doucement sur le sable fin, à nos pieds, au bas de la falaise ; et de l’air, de l’air frais, à pleins poumons, en plein mois de juillet, en plein Annam. De l’air à toute heure et pendant tout l’été, si frais, la nuit, qu’il faut se couvrir du drap, parfois même de la couverture, si sec, le jour, que la peau n’a jamais besoin de transpirer ; une vie simple et bonne, paresseusement intelligente sous la grande véranda qui borde sur chaque face les paillotes européennes en torchis badigeonné d’ocre ou de chaux, à large circulation d’air entre les cloisons et le toit, dont le nombre augmente chaque année en bordure de la falaise ; un calme absolu, reposant, devant un horizon large et sans cesse animé : voilà ce que le colonial du Centre-Annam trouve à Cua Tung Après moins d’un mois de séjour, il en repart avec des forces nouvelles, un appétit inconnu d’ordinaire en ces pays et qui dure plusieurs mois encore lorsqu’il a regagné l’intérieur. Cua Tung jouit en effet d’une situation unique ; placé près d’un des promontoires les plus saillants de la côte d’Annam, mais que la grande forêt n’étouffe point de sa végétation et n’empoisonne point de ses miasmes, il bénéficie à la fois de la brise de mer et du vent du Laos. Mais ce vent, même en plein été, arrive en droite ligne de la région montagneuse humide et boisée sans passer sur les dunes surchauffées qui occupent, en trop d’endroits de l’Annam, le littoral ou la région intermédiaire. Débarrassé de son humidité, il conserve sa fraîcheur en restant sec. C’est là le grand avantage de Cua Tung sur la montagne. Ajoutez-y l’accès facile : on descend d’auto à la porte de sa “villa”. Ajoutez-y l’espace, le champ libre autour de soi pour agrandir son “camping” ; pour ceux qui ont le courage de résister aux délices si tentantes du farniente et du bain d’air sans exercices, ajoutez-y l’agrément des excursions faciles dans le voisinage ; pour ceux qu’une mollesse réparatrice retient sur une des chaises longues de la véranda, ajoutez-y le kaléidoscope changeant de la mer et le spectacle si varié de la vie indigène sur la côte ; et vous n’aurez qu’une faible idée de Cua Tung, de la façon dont on y vit, et de la façon dont on peut s’y distraire…/…” (Extrait du BAVH)

Mots Clefs : Annam Quang Tri Cua Tung 1930 Plage

Christophe