Sogny, Léon (1880-1987)

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SOGNY enveloppe light

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Extrait de la correspondance de Léon Sogny adressée à Albert Sallet

Pour replacer ces extraits de correspondance dans leur contexte, il est utile de se reporter à la biographie de Nguyen Dinh Hoe dans ce site (Menu : L’Association – Sous menu : Acteurs Principaux – Léon Sogny)
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Service de la Sûreté de l’Annam
Hué,  le 15 janvier 1934
Mon cher vieux galonnier,
J’ai fait recueillir un certain nombre de présages que vous trouverez ci-inclus sur une liste.
Au moment d’expédier, je reçois votre longue et aimable lettre du 27 novembre dans laquelle vous me demandez un exemplaire d’empreintes digitales.
J’avoue ne pas bien saisir ce que vous désirez exactement !
Le Dien Chi était apposé par les parties qui ne savaient pas signer, sur les actes divers : ventes, achats etc. Mais je ne l’ai jamais vu utiliser sur les fiches identité. Ce serait d’ailleurs une indication bien fragile au point de vue identification. Bref je suis à votre entière disposition.
En ce qui concerne flore et faune ciselées sur les Urnes dynastiques, je ne possède aucune autre documentation que celle qui figure sur le bulletin des Amis du Vieux Hué de 1914 et que vous avez entre les mains. Je suis bien incapable, après 20 ans, de me souvenir auprès de qui j’avais recueilli les indications données.
Savez-vous qu’après 33 ans et demi de séjour, j’ai pu réaliser la visite d’Angkor au moment où j’y pensais le moins. Thibaudeau m’avait emmené en tournée dans le Sud et de Phan Thiet, nous avons fait une virée aux ruines. C’est une splendeur et je n’ai pas été déçu. J’ai été vivement intéressé par l’immense frise qui reproduit sur des centaines de mètres la prise et le pillage d’Angkor par nos bons vieux Chams du XIIe siècle, puis le spectacle des Khmers ressaisis, puis la défaite des Chams et le traité de Paix.
Ici ça va. La petite famille se porte aussi bien que possible et ira se revigorer à Bana dans quelques mois. Je compte rentrer en congé en 1935. Évidemment je ne partirai pas si j’étais seul.
Notre affectueux souvenir autour de vous et croyez toujours à ma vieille et solide amitié.
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Extrait des Présages envoyés à Sallet sur feuille tapuscrite . Les présages écrits d’abord en annamite ne sont pas reportés ici.

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« Si, en sortant on rencontre une femme, il eût été préférable de rester chez soi.
(C’est un bien mauvais présage, quand en sortant de chez soi pour une affaire quelconque, la première personne que l’on rencontre se trouve être une femme ou une jeune fille. Pour neutraliser l’influence néfaste d’une telle rencontre, on rentre chez soi pour ressortir une seconde fois, à moins que l’on ne veuille remettre la sortie à un autre jour.)
Les arcs-en-ciel longs annoncent l’inondation ; les arcs-en-ciel courts annoncent la pluie.
(Le ciel jaune annonce le vent, le ciel rouge annonce la pluie. Une échappée de rayons solaires annonce une pluie à crever les yeux. Si pendant qu’il crachine un rayon de soleil fait subitement une courte apparition entre deux nuages, on ne tarde pas à voir tomber une pluie torrentielle.)
D’une longue sécheresse, une pluie persistante se vengera
(Plus la sécheresse est longue plus la pluie qui s’ensuivra sera persistante.)
Quand il y a orage au 10e mois, le riz, même repiqué dans la cour, rapporte.
(C’est un événement rare que les orages précurseurs d’un temps favorable à la végétation, tombent en hiver qui commence au 10e mois de l’année. S’il se produit, la récolte de riz sera excellente partout, dans n’importe quelle rizière, fusse dans une terre battue qu’est une cour d’ordinaire impropre à toute culture.)
Pendant les journées des 5,14 et 23 du mois, on perd en se promenant, à plus forte raison en allant faire du commerce
(En ces jours qui sont néfastes pour les promeneurs et encore davantage pour les hommes d’affaires, la sagesse recommande de ne pas sortir de chez soi et de ne rien faire afin de prévenir des pertes certaine).
……..
La venue d’un chat est signe de décadence, la venue d’un chien est signe de prospérité.
(Il arrive souvent qu’un chat ou un chien quitte la maison de son maître pour venir habiter dans la vôtre. S’il s’agit du premier, chassez-le, s’il agit du second, réjouissez-vous en.)
L’araignée jaune annonce une mauvaise nouvelle, l’araignée blanche en annonce une bonne.
La poule chante, une jeune fille est enceinte.
(Quand une poule chante comme un coq c’est qu’il y a une jeune fille non mariée qui est en grossesse.)
……
Autres mauvais présages :
Être mordu par un chien – Une araignée tombant devant vous – Des vêtements rongés par des fourmis blanches ou des souris – Quand vous vous mordez la langue par inadvertance, attendez-vous à un cadeau de viande – Quand les oreilles vous démangent, c’est qu’il y’a quelqu’un qui vous insulte. »
Cul18

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SOGNY Carte Postale light

Carte postale représentant le d’Artagnan, écrite par Léon Sogny, à bord du même bateau des MM, le 28 octobre 1935.
Texte au verso de la carte :
28 octobre 1935,
« La croix (voir le recto de la carte) indique la cabine occupée par votre Vieux Galonnier. Arrivons demain à Djibouti. Mère rouge acceptable. On ne croirait pas, tellement c’est monotone, qu’on se cogne en face (la Guerre Italo Éthiopienne débute le 3 octobre 1935). Joie du retour atténuée par l’absence de la petite famille. La séparation est une épreuve cruelle.
Affectueusement
Amitiés à Mademoiselle Laure
Cul18

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Hué, le 31 juillet 1939
Mon cher Vieux Galonnier.
Je suis un peu confus de venir avec tant de retard pour vous remercier du fond du cœur pour vos trop aimables félicitations. Tout le mérite en revient à Sa Majesté qui y a pensé. Quant à moi, je suis comme les vieux dignitaires d’antan, objet d’une faveur impériale et qui remercient leur souverain en disant avec des phrases ornées de caractères très significatifs : « malgré mon manque de vertu, individu de peu de mérite… »
Au fond je suis comme eux, car je n’ai aucun titre à une distinction, si rare pour un citoyen de ma catégorie. Ça montrera au moins aux détracteurs qui n’y a pas en Indochine que des « colonialistes à la trique » et des « Gangsters ».
(…/…)
On attend le gros orage ou un petit bout de typhon… Mais rien n’apparaît. Heureusement que la famille est à Bana à la fraîcheur et en très bon état. Je suis monté la semaine dernière mais n’ai pu y passer que deux jours. C’est toujours en évoquant le doux passé que je montre du doigt aux jeunes ce qui fut votre antre ou vous « boulonniez » la botanique et la pharmacopée. Comme c’est prêt et pourtant déjà loin. On était heureux !
Je mets mes successeurs au courant et passerai le tablier ensuite. Et, ma foi, j’en suis bien aise. Si les fous de Berlin et de Rome nous en laissent le loisir, ma famille rentrera en congé en 1940. J’emboiterai le pas probablement, mais pour trois mois seulement. Cette fois je vous promets ma visite. Quelle bavette on va pouvoir tailler… Toute la famille Morin va bien, Madame Emile se retape tout doucement.
Affectueusement à vous, vieux frère
Cul18

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