Sallet, Amélie (1884-1933)

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Lettre d’Amélie Sallet à Albert Sallet et sa soeur Laure

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L’honneur et les manifestations de sympathie qui entourent et accompagnent le départ définitif d’Amélie, au son de la musique de la Légion, s’expliquent par les responsabilités et le rôle qu’elle a tenus dans les Hôtels Morin de Tourane, de Bana et surtout de Hué, pôle de la vie coloniale de la Capitale Impériale, au centre de la vie officielle du protectorat.
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Sallet Amélie départ LIGHT Tourane légion

Photo AAVH Sallet AP0382 – 19 février 1932. Photo prise sur l’appontement situé sur la Rivière de Tourane face à l’entrée de la Résidence-Mairie de la ville. Amélie Sallet quitte Tourane, accompagnée par la Musique militaire de la Légion Etrangère.
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Le 19 février 1932, Amélie Sallet née Morin quitte définitivement l’Indochine pour rejoindre à Toulouse son époux Albert Sallet (qui sera le premier conservateur du Musée Labit). Un autre rôle l’attend à Toulouse : s’occuper de ses 3 filles Monique, Jacqueline et Denise, mais aussi des 4 enfants que lui a confiés son frère Wladimir, resté en Annam pour s’occuper des Hôtels Morin. Tous les sept doivent parfaire leurs études scolaires, universitaires et professionnelles, dans l’idée qu’ils retourneront à Hué « après les événements », diplômes et expériences en poche, pour ouvrir dans l’hôtel de Hué des activités nouvelles. N’oublions pas que la devise des Morin reste toujours d’actualité : « On trouve de tout chez les Morin, où on peut naître dans un berceau Morin et mourir dans un cercueil Morin ».
Infatigable et dévouée, Amélie a joué un rôle essentiel dans l’organisation et la restauration des Etablissements Morin Frères depuis 1906. En quittant l’Annam quelques mois après Albert (pour former à la gestion de l’hôtel de Hué la nouvelle femme de Wladimir, Marcelle Fourrel), elle laisse le souvenir de l’accueil qu’elle a su réserver aux nouveaux arrivants, souvent désorientés dans ce pays inconnu. Les correspondances du fonds Sallet témoignent du rôle essentiel qu’elle a joué dans la gestion des hôtels Morin de Hué, Tourane et Bana, sans repos et toujours sur la brèche pendant plus de 25 ans ; elle en mourra d’épuisement à Toulouse un an plus tard.
Mais la notoriété d’Amélie, toujours gaie, disponible et hôtesse sans égal, dépasse largement le cadre de ses responsabilités, car l’hôtel de Hué est un pôle de la vie coloniale de la Capitale Impériale, au centre de la vie officielle du protectorat, dont le rôle est de satisfaire à tous les besoins vitaux de la population.
C’est sans doute tout cela qui lui vaut l’exceptionnel privilège d’être accompagnée au bateau (Tourane-Saïgon) par une foule de relations et d’amis, et la musique de la légion. Depuis l’appontement, la navette de la Résidence l’accompagne, toujours au son de la musique légionnaire, vers le Claude Chappe dans la rade de Tourane. Une fois à Bord, elle regarde avec émotion la navette de la Résidence faire par trois fois le tour du bateau, toujours en musique, avant de rejoindre la Résidence.
 (D’après Jacqueline Sallet)

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Lettre à en-tête des Messageries Maritimes et logo du dessin du Drapeau des M. M.

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Chappe, le 20 02 32
Mes chéris
Me voici enfin embarquée ! Je veux vous écrire par avion et mettre cette lettre 4 jrs à l’avance pour ne pas rater (sans doute pour l’expédier de Saigon).
Revenue de Hué, un champagne d’honneur m’attendait au Cercle (Cercle Civil de Tourane) ! Je ne voulais pas ! Il paraît que, ne faisant pas partie du Cercle, une réunion extraordinaire s’est faite, on a déclaré que je n’étais pas une femme mais un copain et un mari qui n`était pas de fondation ! (Seuls les hommes pouvaient être membres du Cercle) ; la poulette, (la paulette ?) est venue me chercher, elle venait de l’apprendre (mon départ) par Mme Ferrant (femme du Député-maire de Tourane) qui faisait sa 1° sortie depuis la naissance du petit fils.
Enfin j’y suis allée, il y avait la même affluence que pour Solier m’a dit Taraud. Cuenn a fait un speech et j’y ai répondu. Le directeur de la Maison Denis (Denis-Frères -Entreprise commerciale bordelaise basée à Saïgon) était à Hué à 4 h, il voulait amener Wladimir pour ce champagne, il n’était pas au courant, il est certain puisque je ne le savais pas moi-même, il est arrivé assez tôt ! Wla est venu le lendemain matin avec Lagrange (Ingénieur qui a construit l’Usine électrique de Hué) et Cosserat (Directeur de l’UCIA de Hué) m’embrasser, car vous ai-je dit que j’étais revenue par occasion de Hué avec Mme Brisseledes au port, j’avais oublié d’aller voir le père Cosserat et il avait un tel chagrin, il l’avait dit à Renée Liverset (sœur de Mme Cosserat), j’ai donc pu réparer cela; il m’a dit que si je lui avais demandé avis, il ne m’aurait pas laissé partir en ce moment que le Dr si bon aurait compris.
Ce Wla (Wladimir, fondateur des 6 Hôtels Morin en Annam) était de plus en plus aplati ; il est certain que je serais partie après Bana (station climatique du centre Annam co-fondée par Albert Sallet), le vide aurait été moins grand. Les lemoine ont été gentils jusqu’à la dernière heure ! Comme il n’était pour rien pour le champagne d’honneur au Cercle, il a voulu la veille du départ me faire un (il manque le mot : adieu ?) avec quelques amis. Marcelle (seconde épouse de Wladimir Morin) est arrivée la veille l’après midi avec Jacky (fils de Marcelle et de Wla) – comme visite au cimetière, le Père, les sœurs, mon petit filleul et Bizot Ferrand c’est tout. Le lendemain, tout le monde carillonnait pour savoir quelle chaloupe je prenais : les Messageries naturellement ! Les Zacchebe ont pris la douane et ont attendu à l’appontement de la Résidence (appontement qui était placé devant la Résidence-Mairie sur la Rivière de Toyrane), pas grand monde.
La musique de la Légion a fait le tour de l’hôtel (H. Morin de Tourane) puis est venue à bord. Tous les sous-officiers de la Légion ont demandé la permission au capitaine de venir à bord me saluer. La musique a joué quand je suis arrivée à l’appontement. La Suze Lelay a pris des photos, même filmé. Un monde fou ! Jusqu’à ce Maupin qui ne sort jamais, qui ne me verra plus le mardi porter ma lettre-avion. Quelle guigne, m’a-t-il dit, que cette lettre que j’ai tant attendue ne se soit pas perdue ! Il y avait même Bourgoin que je vois si peu ! En route sur la chaloupe et la musique a joué ! Arrivée en rade, elle a fait 2 fois le tour du bateau avec la musique.
Moi qui ne voulais pas dire que je partais ! Je ne voulais aucune manifestation comme je le disais à Cuenin, si j’avais mon mari ce serait différent (Albert Sallet était à Toulouse). Il m’a répondu que je n’avais rien à y voir, le capitaine m’a dit la même chose et que si la légion avait eu un si bel arbre de noël, que c’était grâce à moi (Amélie, avec les femmes d’officiers ou d’administrateurs, s’occupait des fêtes et des « arbres de Noël » des cercles militaires ou civils, situés tout près de l’hôtel au bord de la Rivière des Parfums). Tout le monde à bord se demandait quel vieux général arrivait. Le cdt du Chappe très inquiet, suis allée le voir avec Payses qui était aussi content que si cela (la musique de la Légion) avait été pour lui ! Le Cdt a dit que le Roi (l’Empereur d’Annam) n’avait pas cette musique et que le ministre avait moins de monde. …/… Mme Sarde trouvait que je n’étais pas assez émue pour un tel départ si émotionnant. La Thi Ham (sans doute servante attachées à Amélie) a pleuré à bord, cette Marguerite, à en tomber ! Depuis quelque temps elle maigrit à vue d’oeil. La peine qu’elle a ! Le capitaine Rousselle trouve que la vie sera si triste pour elle sans moi. Quitter sa famille et ensuite rester seule. Alors ce Wla, quel chagrin ! C’est lui qui m’a fait perdre mon beau sang froid, ce qu’il a pu sangloter ! presque à faire le nam viat. (expression annamite ?) C’est qu’il est malade !
Ce Cosserat est venu à Tourane me dire qu’il fallait que je revienne. Oh je l’ai promis à Wla, c’est sûr !!! Mais je n’y compte pas. Au départ j’entendais encore les sanglots de ce Wla à ce point. Payses a fait rester la chaloupe une heure, et il m’a demandé si, pour Wla, il ne fallait pas la faire partir. Je lui ai dit que oui ! Alors la chaloupe a refait encore 2 tours autour du Chappe ! Et tous ces officiers qui étaient là se demandaient pourquoi !!! …/…
…/…Je fais le voyage avec le petit Bonneau, docteur en 1916, qui a fait faire les premiers pas à Petit Laure (fille d’Albert et Amélie morte en bas âge en 1915) et qui me disait que quand son père la verra avec ses yeux de médecin que dira-t-il ? Ce Dr Bonneau n’avait jamais pu revenir en Indochine, il n’est qu’à 4 galons, il est de la promotion de Solier…, c’est avec Roland qu’il va et non avec Pradal. Ce petit Bonneau qui est vieux me dit que ce Monnet a une cote formidable il sait si bien y faire ! Cette femme si gentille avec les jeunes… c’est vrai ! Maintenant que Darolle a eu tout ce qu’il voulait de Gaide (Dr Maurice Gaide, parrain de jacqueline Sallet, grand ami de Sallet) il lui casse du sucre sur le dos tant qu’il peut ! C’était à prévoir ! La Générale vient de sortir de l’hôpital pour des coliques hépatiques : vous pensez la bonne humeur qu’elle doit avoir ! Comprends que ces Monnet seront plus à la hauteur et moins aigris. Il paraît, me dit Bonneau, qu’un petit médecin aurait bien aimé la nièce mais que cette Générale a tout gâché ; ça ne m’étonne pas. Ce petit Bonneau est venu par voie de terre jusqu’à Qui Nhon. Il n’en revient pas de ce bel hôtel, il a vu le magasin quand il est venu il y avait 3 ans. Il y était entré avec les filles du Général Jeannot, avait demandé en août à Emile de nous voir et on était à Bana (Station climatique à 35 Km de Tourane).
ll y a un Cdt d’artillerie : Vuilleminot qui est d’Orchamp, il était sous brigadier d’artillerie quand Emile était brigadier de police. Il est de 73, pas trop vieux, elle non plus, nous a tous connus dans la période difficile de la vie des Morin, les 2 demoiselles Morin qui étaient si jolies ! Il a fait le voyage en revenant avec Dervaux et s’est fait expliquer la fortune des Morin, il sera content de voir Emile ! Il m’a dit qu’il n’y avait pas à demander quelle sympathie il y avait à Tourane pour moi ! Je me tue de dire que je n’en demandais pas autant ! et à Qui Nhon ce Fajolles (Directeur de l’hôtel Morin de Qui Nhon inauguré en 1929) à une heure du matin, une gerbe de fleurs…/…les Braquechais, la Lolotte, la Marcelle Petit toujours adorée de son mari, mon Thibaudeau (Administrateur des Services Civils, futur Gouverneur du Cambodge) qui est venu avant Pataud tant il avait hâte de me voir ; il n’a pas eu le temps de t’écrire encore, le fera, et il faut que je revienne !
Châtel m’expliquait que comme médecin civil à Tourane, tu aurais fait merveille ! Je lui dis que non ! Que tu aurais continué à soigner tout le monde à l’œil ! Cette madame Abadie est venue m’accompagner me remerciant encore, que c’était grâce à moi qu’elle avait tant pris et qu’elle m’en serait tjrs reconnaissante. Je peux le dire sans me vanter que j’en ai mis un coup ! Cette mère Rivelle que je n’étais pas allée voir, qui est venue à bord n’en revenait pas…/… La mère Morel ne pourra pas dire que j’ai eu un départ …? Non !! c”est formidable ! mais ne croyez pas que je crâne plus pour ça l
Je n aurais pas laissé ce Wla comme ça, je serais la plus heureuse, car enfin pour une femme avoir une telle réputation, personne ne peut pas me critiquer, c’est quelque chose ! Que va-t-elle entendre ma Margo ! Maintenant on me dit que l’on ira moins au magasin. Je pense bien que non ! Emile s’est dévoué, est resté pour laisser venir le petit Henri (Henri Morin, fils de Wladimir) qui grimpait de partout, sur toutes ces chaloupes pour me photographier. Oh ! cet Henri qui me dit qu’il n’y aura plus d’azur après mon départ ! Il est si gentil ce gosse ! Emile a tant pleuré, j’ai précipité les adieux. Cet Henri était heureux de grimper partout sur les chaloupes ! Ce Satonnet, quel gentil garçon et quel cœur, il va rentrer ayant perdu sa mère, il n’a plus personne avec lui. Il va à la chasse avec Henri le dimanche. Je fais le voyage avec les Cucchi du Trésor ; elle est très brune, les cheveux très plats, lui moins jeune qu’avant leur départ…/../
Ce Poulot était à Qui Nhon et en attendant le Chappe il a offert le champagne et dansé. Ca allait à René (autre fils de Wladimir) de remuer un peu… Ces jeunes Baliste qui sont arrivés à bord à bride abattue à Tourane pour pouvoir arriver assez tôt, nous qui devions toujours aller dîner à Faifo, ils sont bien gentils aussi. Je fais le voyage avec les Galle (banque Franco), ils ont un petit, ils avaient de suite demandé au maître d’hôtel de me mettre avec eux mais Amédée Zacchebe, qu’aurait-il dit ? Il était déjà assez colère que je n’aie pas pris la chaloupe de la Douane ! Payses aurait fait joli ma foi ! Lui qui est revenu spécialement une 2ème fois – tous les enfants à la chaloupe et elle au bateau – sont restés une heure de plus à bord. Je vais leur faire chercher un appartement à Toulouse.
Mme Venturini prise de mal au pied, ne pouvant se chausser n’a pas pu venir au champagne d’honneur et Venturini était à la chaloupe avec … ?… qui avait une lettre pour moi et des fleurs ! Rien ne manquait mais surtout, Laure chérie, ne crois pas que je prenne des habitudes et que le contact (retour) sera dur. Le père Cadière (des MEP, fondateur de l’Association des Amis du Vieux Hué) m’a envoyé un télégramme : « ultimes souhaits, bon voyage et prompt retour », il devait encore être sur la surprise de mon apparition et était bien sincère dans son bonheur, il veut que je porte des nouvelles à sa sœur et ne pas me presser comme Mme Emile l’a fait en coup de vent avec son fils et elle a toujours un tas d’idées m’a-t-il dit. Il ne m’a pas expliqué la suite.
Ce petit Bonneau a sa femme en France, un fils de 20 ans presque, qui a fait ses études de médecine et qui est malade (doit avoir une pointe aux poumons) et, rentre précipitamment pour le mener au mont des Siteaux. Sa femme était rentrée en France du Cambodge ; elle n’avait pas le droit de l’accompagner. Il n’a qu’un fils.
Nonnet le fait rentrer rien que pour s’occuper de paludisme. Il ne sait pas ce qu’il fera !
8 H 1/2 après dîner. Je viens de voir ce Gustave …. le pauvre ! Il n’est pas gai ! Il y a de quoi ! C’est la ménopause, dit-il ! Heureusement que toutes les femmes ne la font pas dans ces mêmes conditions. Il est convaincu que tu vas revenir avec Hermant (Médecin Général de l’Assistance, grand ami d’Albert Sallet) Simone me dit que (d’après) la dernière lettre d’Hermant, il embarquerait le 9 mars donc on le verra pas. Thibaudeau est convaincu qu’il a tort de tout vouloir d’un coup, il aurait le temps de voir venir ici, il est vrai que lui ne pensait pas à ce qui l’attendait à son retour sur Qui Nhon ! Qu’il est désolé mon dieu ! Ce qu’il m’a embrassée cette nuit pour toi, pour Laure chérie, il n’oublie personne. Ce Colombon a présent s’il peut taper sur Carles, il le fait, Châtel (Résident Supérieur en Annam) ne le connaît pas, j’ai dit à ce dernier que ce n’était pas des amis les Carles mais de la famille ! …. est toujours le même avec moi et il est de plus en plus gentille à cause que Châtel m’aime bien !

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Je vais aller me coucher en pensant à mon barda demain. Je fais le voyage avec les Bergeon ; ils ont 2 fils assez petits, toutes les filles mariées, Paulette attend son 6° elle en a perdu un, Magali est en Amérique du sud, il fait la liaison avion et a trois enfants. Germaine, je ne sais combien; ils sont toujours bien amis avec la Lanteme T…, fâchés à mort avec les Beisson (avocat à Tourane qui a fait construire le 1° bâtiment en dur à Ba Na), ils ont été insolents avec les beaux parents de Bergeon. Ils ne doivent pas être jeunes, ils reviendront encore, donc ils portent plus vieux !
Mme Sarde a écrit à ses parents pour venir me voir à bord pour avoir des nouvelles des enfants, le dernier est splendide, un vrai dady ! et sont-ils gentils ! Je voudrais tant rester quelques jours à Saïgon, … pas même un jour ! Jules Berthet viendra… les Kaffort ( ?) aussi ont télégraphié. Mme Dasseux, femme du pilote qui est à Limoges m’a télégraphié. Léo et Renée me veulent.
Je fais ce voyage avec un jeune ménage de l’Asiatique recommandés par la Johnelle ( ?). Ils n’ont pas osé m’aborder de suite en voyant un tel embarquement : ils sont gentils. Ce galle aussi, il est aimable ce 2 ??. Je crois que nous venons de voir le cap St Jacques, verrons-nous une minute seulement les …..qui ramènent leur Raymond à 15 ans ! Ils sont fous ! Il est vrai que ce Marcel n’a pas fait grand-chose de rester à Marseille. Ils n’ont pas de satisfaction avec leurs enfants. Le gendre a une toute petite situation à Ben Tre, un trou, Simone ne s’y plaira pas. J’ai fait envoyer un chèque de 10 000 fr de mon Bana de l’année dernière. Je serais la plus heureuse de rentrer si je n’avais pas laissé une telle épave comme ça. Ce Wla à la tête de tant de choses ! Pensez ? un fait l s’il est à surveiller, il vient avec Lagrange et Cosserat qui l’amènent, il ne les invite pas à déjeuner, je les vois en allant manger terminer leur repas et me disent qu’ils attendront que j’ai fini pour venir m’embrasser ! avouez ?
cette Marguerite est folle de le voir ainsi changé ! Je lui dis (à Wla) la veille de mon départ que je voulais un sourire – oui quand tu reviendras ! et toujours comme ça l je n’en dors pas ! Marcelle ne voit pas comme moi elle se fait un souci pour un pet de Jacky, pour Wla, elle trouve que ce n’est pas pareil et que quand le soleil reviendra, il ira mieux !
Que j’ai donc de la peine et il faut tenir par un tel temps de crise et surtout, plutôt faire envie que pitié ! On m’a bien vite demandé à Hué si Wladimir était content de sa maison de Tourane lorsqu’il est revenu l’autre jour – s’il était à la place de ce Asselin alors oui ! La Viviane très nerveuse, si grande n’a pas dormi de la nuit  ! il faut voir cette perche et cette pauvre Simone dans quel état ! je n’ai pas encore pu voir cette femme l Bonneau y va un peu, elle ne veut pas manger, tout est empoisonné, on lui veut du mal dit-il et quand elle a des crises, il ne faut pas être avec elle l
Mme Pataud est là, bien simple, bien vieille, on les regrette à Qui Nhon ! On pense que Thibaudeau ne fera que l’intérim seulement, je le lui souhaite car pour le moment, il est rudement embêté et pas en train de remonter Wla, ça lui donnerait du courage !
Il a espoir qu’Hermant trouvera quelque chose pour Albert et qu’il faut que je revienne ! Mais personne ne dit cela de Marie et d’Emile !
Je voudrais qu’au reçu de cette lettre vous écriviez bien vite à cette Poulotte qui a tant de peine ! Cette Mme Ferrand me disait que réellement elle n’en revenait pas d’un tel chagrin, il est certain qu’elle n’est pas restée un mois après moi à l’hôtel, je suis plus pour elle que sa famille, envoyez un mot à cette Marguerite qui ne pèse plus que 63 K, …… elle ne faisait que pleurer et elle a de maigres mollets, avons couché les derniers jours ensemble elle était si heureuse ! Marcelle a bien promis de venir souvent mais elle aura assez à surveiller ce Wla qu’il ne tienne pas cet air d’enterrement ! sa sœur Amélie qui part et qui le laisse tout seul ! il m’a tant dit de t’embrasser ainsi qu’Albert ; je vais être heureuse et pas lui !
Je ne connaitrai pas mon bonheur d’être réunis ! ah si on pouvait tous l’être etc. la même rengaine, ce n’est pas bien gai ce que je vous raconte ! Envoyez un petit mot à ce Cuenin qui a été si gentil avec moi ! ce Wla qui ne le connaissait pas sous un tel jour ! et il n’y avait aucune critique à faire sur notre amitié ! C’était ça qui était agréable ! D’abord moi je ne pourrai jamais être critiquée, tout est tellement au grand jour, ma façon de faire et de procéder, j’en suis toujours contente ! je vous assure ! Ce Bourgoin ?…., par exemple, il se serait mis au feu pour moi, c’est vous dire ! Cette madame Lavigne qui devait venir le lendemain de mon départ, a appris par Philippe que je partais, elle est venue à bride abattue avec Blanchette Fortier, elle a fait irruption au magasin en me disant que c’était pour moi qu’elle venait, elle aurait tant voulu que j`aille passer un jour à Quang Ngai. Ce Lavigne en aurait fait une maladie que je n’y aille pas. Elle m`a dit cette Geneviève qu’elle ne se ferait plus un plaisir d’aller à Tourane et ce Philippe si gentil qui est pensionnaire à l’hôtel, si sérieux si bon petit, me disait que de ne plus me voir circuler dans cet hôtel plus m”entendre qu’il voulait s’en aller.
Je vais voir ce pauvre Asselin, je me demande comment il va pouvoir repartir et laisser cette femme ainsi, c’est un problème. Je vais vite envoyer un mot à ces Fajolle qui ont tant de peine de mon départ aussi si je puis encore écrire par avion à Singapour, je me renseignerai. Je ne vous laisserai pas sans nouvelles. Je pense qu’Albert viendra à Marseille et que nous ne nous presserons pas de repartir faire ce que nous avons à faire. J’aurais été heureuse une fois mon barda fini, de rester jusqu’au d’Artagnan et à Ugines à flâner au lieu de partir comme je l’ai fait si précipitamment en somme. On croyait que j’avais quelqu’un de malade, d’un autre côté il valait mieux.
Enfin je vous arrive, c’est sûr, malgré que l’on pense que tant que je ne suis pas sur l’Athos, je peux encore revenir. Je vous aime bien tous et tout ! et à bientôt ! Mille et mille bons baisers de celle qui ne saurait contracter de mauvaises habitudes l
Amélie
Notes rajoutées en haut de la lettre :
Cette Elisabeth quand elle m’a vue partir elle a failli s’écrouler ! au coin du magasin car l’auto était dans la cour ; elle ne savait quoi faire et avec Constant ils ont voulu m’offrir un flacon de rose Jacqueminot. Je recommande tant à ce Wla de bien les soigner, car sont-ils gentils ! sont-ils à nous !
Saïgon – Je viens de déjeuner avec Renée, Léo, les petits Cosserat, un monde fou à bord, Lucien Berthet, Lapart … ?… tous veulent m’avoir ; baisers.