Pirey, Max Arnoulx de (1873-1934)

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Extrait de la correspondance de Max de Pirey adressée à Albert Sallet et article de l’Avenir du Tonkin paru en 1932 à l’occasion de la mort du missionnaire.

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An Long, 30 mars 1923
Cher Docteur
J’ai reçu la liste très intéressante que vous m’avez envoyée et je vous en remercie. J’avais bien les titres de règne mais il y a en plus les deux premières pages qui contiennent des renseignements précieux. Je n’ai pas pu tout lire parce que je ne sais pas les caractères et que je n’ai encore fait venir personne pour me donner la traduction ; mais j’ai constaté que pour Mui Dao (… ?) par exemple, il devrait y avoir Thoy Bua (… ?) sur les pièces annamites. Les pièces chinoises portent Nguyen Buu (… ?). De plus pour plusieurs pièces, la date de fabrication est indiquée ainsi que le nombre de pièces nécessaires pour faire un Hien (… ?). Toutes ces indications sont du nouveau pour moi. Je vous suis donc très reconnaissant de vos envois.
Je compte aller à Hué dans la semaine après Pâques, peut-être dès le lundi de Pâques. Si c’est possible je vous remettrai en ordre ce qui a été dérangé pendant le voyage. J’aurais déjà dû vous faire le catalogue de vos sapèques. Rien n’est encore fait. J’ai eu, lors du passage de Mgr Liénard (… ?), quelques renseignements sur les collections des jésuites à Shanghai et un autre endroit. J’ai fait la liste de mes pièces et je l’ai envoyée à Shanghai. Peut-être ce sera l’occasion de faire des échanges.
Je viens de revoir les notes prises a Fai Fo et le catalogue de Hué ; je crois que votre catalogue sera assez vite fait car toutes ces notes sont assez complètes. Ile me manque cependant les frottis de quelques pièces. Je les prendrai à Hué et la semaine prochaine.
Veuillez agréer, Cher Docteur, avec mes remerciements l’assurance de mes sentiments respectueux
Max de Pirey

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Page extraite de l’Avenir du Tonkin, accompagnant la correspondance Sallet-Max de Pirey :

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L’AVENIR DU TONKIN
Le 16 avril 1932
Le R. P. Max de Pirey et la Numismatique Annamite
Par Nguyen Tô
Nous avons le vif regret d’apprendre la mort en France il y a une semaine du R. P.  Max de Pirey, Missionnaire Apostolique de Dai-An, (près Hué), correspondant de l’Ecole Française d’Extrême-Orient.
Comme son frère Henri, missionnaire a Dong-Hoi, le père Max de Pirey était entraîné vers les études annamites par le désir d’éclairer les origines obscures de l’ancien Giao-Chi, persuadé que la numismatique est un des auxiliaires les plus puissants de l’histoire ; il s’était vaillamment attaqué à cette branche de la science historique. Cette étude, à laquelle le regretté missionnaire s’était voué avec une ardeur infatigable, est, par la nature même des documents sur lesquels elle s’exerce, particulièrement pénible ; elle est généralement ingrate, en ce sens du moins que les résultats obtenus, bien que souvent importants pour la science, sont rarement en rapport direct avec les efforts et le temps dépensés à leur recherche. Aussi la numismatique a-t-elle été presque toujours regardée par les orientalistes comme le partage des seuls amateurs. Le Révérend Père Max de Pirey ne s’était pas laissé arrêter par cette considération, et a cherché, non sans succès croyons-nous, à rendre à cette science la place qui lui convient parmi les études historiques.
Il a pris, avec son frère Henri de Pirey, une part active à l’établissement du catalogue des Collections Numismatique de l’Ecole Française d’Extrême-Orient, et, pour cela, a passé en revue les ouvrages qu’il avait pu réunir et dans lesquels les savants français et étrangers ont traité, soit spécialement, soit accidentellement, des monnaies chinoises et annamites. Il signale dans les travaux les erreurs que lui aura révélée son expérience dans ces sortes d’étude, et indique les restitutions que lui suggère sa parfaite connaissance du sujet.
Un semblable travail prête peu à l’analyse. Aussi nous bornerons-nous à le signaler, comme contenant des indications utiles pour les personnes qui voudront se servir, au point de vue de la numismatique annamite, des renseignements donnés par le Catalogue des Collections du Musée Louis Finot.
Les monnaies présentent, en général, une assez grande variété de renseignements utiles. On y trouve en effet le titre de règne du souverain qui les a frappées, désignation de personnages qui ont dû remplir des fonctions importantes et dont il serait intéressant d’établir l’identité, quelquefois même d’un usurpateur plus ou moins indéterminée. Un petit nombre de ces personnages sont suffisamment indiqués pour qu’on puisse les reconnaître parmi ceux dont l’histoire du temps nous à conservé le souvenir. Mais il est loin d’en être ainsi de tous ; la plupart ne sont désignés que par leur titre des période. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner des difficultés que présente l’identification de ces derniers, surtout lorsque la mauvaise fortune veut que les titres dont il s’agit ne se retrouvent pas dans les documents annamites et chinois que nous possédons. Ce n’est donc point un jeu qu’un semblable travail, et nous devons savoir gré à ceux qui se vouent à la recherche aussi pénible pour eux qu’elles sont utiles à la science.
Ce que n’avaient pas fait leurs prédécesseurs, les Révérend Père de Pirey l’ont tenté dans le Catalogue de la Collection Numismatique de l’Ecole Française d’Extrême-Orient, sans se faire illusion, d’ailleurs, sur le résultat possible de leurs efforts. Les savants numismatiques n’ont pas la prétention de briser le sceau qui ferme le livre de l’histoire d’Annam. Ils se proposent seulement d’en soulever les pages et de lire, entre les feuillets, le nom de quelques rois, de quelques personnages, inconnus jusqu’à présent, sans espérer savoir, pour le moment, autre chose que leur nom.
Avec le temps, d’autres pourront lire une page du livre mystérieux et, grâce à ces lectures successives, on parviendra sans doute à connaître, sinon toute l’histoire d’Annam, du moins plus que nous n’en savons nous-mêmes. Par ces études, les R.P. de Pirey éveillent chez ceux qui s’intéressent à l’histoire d’Annam, le désir de collectionner les monnaies annamites et chinoises, en leur montrant le profit que peut tirer l’historien de l’examen de tels documents. Quand on aura fait, pour ces monnaies, ce qu’on a fait pour les monnaies grecques et romaines, il s’en trouvera probablement un grand nombre qui présenteront des renseignements de nature à élucider des points qu’on est actuellement obligé de laisser dans le doute, faute de données suffisantes, qu’on ne peut aborder pour le même motif.
Le R.P. Max de Pirey semble s’être tiré avec bonheur de la tâche difficile qu’il s’était imposé, en égard surtout à l’état actuel de la numismatique annamite et au nombre relativement restreint de documents que nous possédons sur l’histoire annamite.
Il a dû nécessairement laisser beaucoup à faire à ceux qui le suivront dans cette voie ; mais les résultats qu’il a obtenus lui ont déjà permis de restituer un certain nombre de dates erronées ou de rétablir la vérité de faits dénaturés par les historiens. Il n’est pas jusqu’aux noms qu’il est parvenu à lire sans avoir pu jusqu’à présent donner d’autres indications à leur sujet, qui n’aient leur intérêt, en ce sens qu’ils pourront plus tard être élucidés par la découverte de nouveaux documents ou servir même de termes de comparaison pour l’examen de monnaies non encore déchiffrés.
Son frère, le R.P. Henri de Pirey, continue à travailler pieusement à l’œuvre que sa main défaillante a laissé inachevée ; parmi ses amis, parmi les membres de l’Ecole Française d’Extrême-Orient, beaucoup sentiront jusqu’au bout un vide douloureux autour d’eux, car ils chercheront en vain cette large et noble intelligence en qui ils avaient foi et dont l’érudition était pour plusieurs d’entres eux une force et un appui.
Nguyen Tô