Parmentier, Henri (1871-1949)

Extraits de la correspondance de Henri Parmentier adressée à Albert Sallet

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Télégramme envoyé par Henri Parmentier au docteur Sallet, le 11 février 1925 à Phantiet
Félicitations succès négociations attendons toujours envoi Vishnou et statuette bronze – Prière télégraphier localisation Tourane portique Long Thu et stèle cinquième année Thinh Duc
Amitiés – Parmentier

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Gouvernement Général de l’Indochine
Hanoi le 30 août 1924, pièce numéro 1236
École Française d’Extrême-Orient
Au docteur Sallet, Bana, Quang Nam
(Tapuscrit)
Cher collaborateur,
je vous envoie cette missive collective et un exemplaire du complément au catalogue du Musée de Tourane pour que vous y rectifiiez, notamment pour les dates de découverte et d’entrée au Musée, les renseignements portés au sujet des pièces qui proviennent de vos recherches. Je vous serais reconnaissant de me renvoyer ce complément le plus tôt possible, c’est-à-dire dès votre passage à Tourane.
Veuillez accepter, avec mes remerciements anticipés, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Le Chef du Service Archéologique de l’Ecole Française d’Extrême-Orient,
Henri Parmentier

 

Post-scriptum : Il faudra en passant à Tourane préciser les origines exactes et les dates d’entrée au Musée des pièces du Quang Nam. J’ai peur de m’être embrouillé dans les pièces qui sont passés par le Canal Bougiez et celles qui sont venues directement – n’est-ce pas par vos soins – de Trà Kiêu ?
Henri Parmentier

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Phnom Penh, Le 18 mai 1936
École Française d’Extrême-Orient
Service Archéologique
Mon cher ami,
merci de votre aimable mot à propos du baptême du Musée Henri Parmentier. C’est une idée heureuse de Coedes, mais qui ne compense pas le joli tour qu’il m’a joué (…/…) mais c’est une jolie récompense pour tout le dévouement désintéressé que j’ai prodigué à l’Ecole dont je peux me considérer aujourd’hui comme un des fondateurs.
J’ai revu avec plaisir votre belle-sœur à Tourane inquiète du pauvre Émile (Morin, Directeur de l’hôtel Morin de Tourane – NDLR) et le petit Pierre qui est maintenant un homme et même un soldat : il m’a chaleureusement affirmé, quand je le plaignais de la corvée que j’allais lui imposer – car il devait être de piquets pour la cérémonie – qu’à cause de moi, il en était ravi. Ce petit supplice lui a d’ailleurs été épargné, car ce sont des Linh qui ont rendu les honneurs.
Le petit Musée est très bien : Claeys et Marchal l’ont agrandi sans l’abîmer et Manicus l’a très heureusement arrangé.
Embrassez les miochettes pour moi, même grandes et tout à vous.
Henri Parmentier

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Phnom Penh, le Le 25 août 1936
École Française d’Extrême-Orient
Service Archéologique
Mon cher ami
Un petit mot pour la jolie idée d’avoir pensé à votre vieil ami au sujet du Congrès préhistorique qui va remuer vos bonnes villes. Bien que naturellement je me contente d’en lire le programme mais cela vous vaudra toujours une lettre, et celles qui s’échappent de ma machine ne sont pas si nombreuses que cette arrivée intempestive ne vous réjouissent. Il y a des tas de temps que je voulais vous écrire pour vous envoyer mes derniers navets, notamment les 19 premiers petits guides de la série d’Art en Indochine. Mais il n’y a pas moyen de les faire sortir de chez ce crétin molluscaire de ….. ! Je n’en sors un que lorsque ma femme est obligée de descendre à Saïgon et qu’elle va les tarabuster tous les jours. Vous verrez ainsi que vous n’êtes pas oublié tout à fait, mais quand ?
J’ai appris de …. qui est maintenant à la Shell de Tourane la mort de ce pauvre Emile Morin que j’aimais bien. Claude voit assez souvent cette excellente Madame Morin et son grand diable de fils, mon ami Pierre qui a gentiment gardé un bon souvenir du vieil ami qui lui fait des misères quand il était gosse. Quand je disparaîtrai, il y aura pas mal de bons petits cœurs déjà grands et qui se souviendront un moment du vieux grand-père que j’ai toujours été même à 30 ans.
Embrassez Monique et ses sœurs pour moi et qu’elles vous le rendent en grappe et à répétition.
Votre vieil ami
Henri Parmentier

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Phnom Penh, 100 Quai Piquet
Le 4 novembre 1936
École Française d’Extrême-Orient
Service Archéologique
Mon cher Docteur
Je vous envoie une série de guides que j’ai lancés en Indochine avec un réel succès et qui doivent être étendus à la suite au Cambodge, puis au reste de l’Indochine, compris, y compris Yunnan Fou. Je pense qu’ils vous intéresseront, bien que vous connaissiez peu le Cambodge.
Ci-joints quelques tirages à part de mes derniers articles du bulletin qui sont assez peu intéressants, surtout le complément à l’Art primitif sauf Kompong Prah. L’article sur la construction l’est un peu plus et contient des idées assez nouvelles.
Ce mot court est seulement pour vous annoncer ce paquet qui vient en recommandé.
Bonne année pour vous et mes amies échelonnées (Mme Sallet et ses trois filles : Monique, Jacqueline et Denise – NDLR).
À vous, Henri Parmentier

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Le 9 août 1935
Mon vieil ami,
Vous êtes gentils de ne pas oublier les vieux copains. Mais, mon dieu, vous devenez de plus en plus illisibles avec l’âge. Si j’étais riche, je vous offrirais une machine à écrire…. Je plains les pharmaciens qui exécutent vos ordonnances.
Je vous remercie des nouvelles que vous me donnez des vôtres ; je ne savais pas l’état de ce  pauvre Emile Morin et j’en suis désolé ; sans nous connaître beaucoup, nous avons toujours été bons amis ; mais n’allant plus en Annam, il y a des éternités que je ne l’ai vu.
Je continue à travailler, et l’année prochaine verra paraître les deux volumes de texte et de planches, de l’ACK, alias « l’Art Khmer Classique », suite de « l’Art Primitif ».
À cette heure, j’ai en plus sur les bras, pour l’Office du Tourisme, une série de guides minuscules pour les temples d’Angkor et pour les monuments du reste de l’Indochine ; ils sont au format d’une carte postale et sont illustrés de quatre cartes de ce genre à détacher, le tout avec 8 pages de texte, 2 plans et une jolie couverture illustrée pour 0,25 cents… c’est donné ! D’où le nom que je leur avais attribué d’abord : « Guides pour rien »…. mais ce titre a paru trop « École des Beaux-Arts » à l’Office qui fait les fonds. Je tâcherai de penser à vous envoyer un spécimen ou deux.
Embrassez les gamines qui doivent être maintenant de grandes jeunes filles, et qu’elles vous le rendent !
Tout à vous,
Henri Parmentier

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Phnom Penh, le 6 juillet 1934
Mon cher ami,
Ce n’est pas par ce que votre lettre du 6 mai est elle-même une réponse à une vieille lettre tombée dans la remise aux vieilles lunes qu’elle n’a droit à vous valoir une réponse, bien que je n’aie pas grand temps pour écrire et pas grand-chose à vous raconter que vous ne sachiez déjà. Mais les pattes de ma machine auront toujours l’occasion d’embrasser Monique et les mioches, puisque hélas on ne peut plus embrasser leur chère mère que par la pensée.
J’enregistre la promesse d’une photo de cette grande Gosseline que je vois toujours gamine, mais je la reconnaîtrai tout de même, car on était bons camarades tous deux. C’est d’ailleurs, je crains bien, la seule façon dont je la reverrai jamais, elle et les enfants et même leur toubib de père. Car je ne suis pas prêt de quitter l’Indochine, même si on me payait le voyage. J’ai eu le toupet, à mon âge chenu, de m’attaquer à un art classique Khmer qui, après l’Art primitif, doit conduire l’Art du Cambodge à l’état où j’ai mis l’Art Cham, à moins que je ne mange depuis longtemps les laitues par la racine (au fait, c’est peut-être savoureux la racine de laitue ?) quand on y mettra le point final. Je constate avec regret que cette considération philosophique dont j’abuse pour me maintenir en forme à toujours tenir mon travail prêt à changer d’une à l’autre, commence à horripiler sérieusement mon brave Coedès. Et je viens seulement de faire la réflexion que nous ne devons pas être si loin d’âge que ces considérations de couic final lui soient un rappel désagréable des possibilités toujours courantes de l’existence et à plus forte raison de la non…
Et ce qui m’amuse le plus, c’est de penser aux injures que me dira mon successeur, car en ces matières plutôt obscures et où je tâche le plus possible de me garder d’affirmations prématurées, il passera son temps à m’engueuler comme du poisson pourri parce qu’il ne saura jamais ce que je pensais exactement. Si ce bon vieux Saint-Thomas avait  fondé une église, j’y serais sûrement archevêque. Je le constate chaque jour, par ceque j’ai trouvé un charmant collaborateur dans un jeune postier qui s’est pris un beau feu autant que durable pour l’archéologie, mais je l’empoisonne à jets continus, car il est toujours 10 fois plus convaincu que moi-même des théories que j’ai lancées et sur lesquelles je suis toujours prêt à faire machine arrière.
À cette heure, j’ai – à moins qu’ils n’y ait des anicroches de galette- un gros bouquin à l’impression chez Van Oest, volume de texte et volume de planches comme l’A.K.P., sur les monuments principaux du cadran nord-est du Cambodge : Koh Ker, Prah Vihär et de plus petiots et ce m’est une bonne occasion à la suite de l’A. P. et de l’A. d’Indravarman d’étudier à fond la première période de l’Art classique, l’Art du Xème siècle.
Cela vous garantit quelques bonnes occasions de vous endormir, si vous n’avez pas le même merveilleux sommeil que moi, qui est ma grande force, qui me permet toujours et de me reposer et de me retaper. À cette heure ça va assez bien : des syncopes assez courtes et qui revenaient à la cadence d’environ une par mois, tendent à s’espacer de plus en plus et tout le monde s’extasie sur ma bonne g…. Je me suis amusé, parce qu’un médecin de nos amis, intelligemment – la rosse ! – m’a affirmé qu’on pouvait supprimer le tabac, mais non le réduire, à me rationner du jour au lendemain à un maximum de trois cigarettes par jour, moi qui jonglais au moins avec mon paquet quotidien autrefois et toujours par le même orgueil de me prouver que j’étais mon maître et parce que bien que ne croyant pas beaucoup à la médecine, je veux mettre les chances de mon côté pour mener aussi bien que possible mon ACK.
J’ai supprimé de même, mais pas dans la même occasion, et du jour au lendemain, café, fins et liqueur, sauf le sacré saint jour du dimanche. Ce n’est pas, « pôvre » docteur, que j’ai une bien grande confiance dans les prescriptions de tous tant que vous êtes et je n’ai guère plus de foi dans la médecine que dans l’archéologie, mais il m’a paru d’autant plus amusant de serrer la vis d’un jour à l’autre sans la foi – et il y a quelque 18 mois que cela dure – hélas, cela ne me vaudra même pas le paradis, d’abord parce que le point de départ n’est que du plus damnable orgueil et ensuite parce que je n’ai aucun mérite, me passant aussi facilement des choses que je sais en jouir quand je me les accorde.
Mais c’est assez parler de ma sacro-sainte personne – Il est vrai que je ne sais pas trop de quoi je pourrais vous parler en dehors, puisque je ne sais même plus ce que vous faites en France.
Ma femme ne s’est pas complètement remise de son accident en ce qu’elle souffre toujours de la lèvre éreintée et que bien que ses dents aient été remises par le meilleur dentiste de Saïgon et qui est devenu un ami pour nous, elle se croit toujours gênée pour parler. Elle travaille toujours beaucoup à un roman qui va paraître
(…/…)
Marshall a été nommé à ma place, ce qui lui a fait plaisir, mais il s’agit maintenant d’organiser administrativement ce dont je me suis toujours prudemment tiré les pâtes : le service archéologique, préférant payer de ma personne. Il faut qu’il monte à Hanoi pour cette ennuyeuse cuisine et j’ai bien peur que cela ne les réjouisse guerre tous les deux. Et il est toujours menacé par les nouveaux règlements et nous sommes très inquiets pour le renouvellement ou même la continuation de son contrat. Pour moi j’attends à ce propos les événements avec philosophie et pense que par n’importe quel retour de bâton, fussent en achetant mes bouquins en cours, l’Ecole trouvera toujours moyen de compléter maigrement ma retraite. C’est sur moi que roulent à cette heure les publications de l’Ecole et quand j’aurai fini de publier le tome I de l’A. K. C., avant de mettre au point le tome II (…déjà presque prêt), il me faut immédiatement envoyer à l’impression l’Art laotien… Ah, on ne pourra pas me reprocher de me tourner les pouces dans la retraite
(…/…)
Et bien, vous ne vous plaindrez pas que je ne vous envoie pas des nouvelles. En revanche, racontez-moi ce que vous faites de bon ou même de mauvais, si vous en êtes capable. Donnez-moi des nouvelles plus détaillées de la santé de Monique et des enfants et même de la vôtre, de cette écriture décevante et encore pire que la mienne quand ma brave machine ne vient pas à la rescousse, de cette écriture fleurie de Whaa ou de mimi mimi mimi mimi qui contiennent des phrases entières : mais la machine ne sait pas bien paraphraser ces vocables absconses.
Embrassez Monique et les enfants et qu’on vous le rende !.
À vous affectueusement
Henri Parmentier

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