Gaide, Laurent (Dates ?)

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Extrait de la correspondance de Laurent Gaide adressée à Albert Sallet

Cul00

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Avignon, le 18 décembre 1913
Mon cher Sallet
…/… Merci pour votre indication relative aux voyageurs Koempfer, sur lequel j’ai trouvé des renseignements. Mais si vous pouvez m’adresser un mot de résumé de l’article allemand, il sera le bienvenu. Je travaille à mon dernier (article, ndlr) « L’opium dans la littérature et en particulier dans la littérature indochinoise ». Vous seriez le plus chic des amis si vous aviez quelques documents ou romans là-dessus. Je possède bien entendu Boissière, les fumées de C. Fourier (?) et l’opium de Bonnetain ; mais je n’ai rien de Dorsenne (?), Pujarnicle…  etc. Voyez-vous autre chose d’intéressant ? Je n’ai toujours aucune nouvelle d’Indochine. J’attends une lettre de (?), mon ancien adjoint qui me dira sans doute ce que devient Hermant, s’il rentre en congé ou définitivement.
Mes causeries ici à l’Académie sur « les précurseurs indochinois vauclusiens » ont produit bon effet et m’invitent à continuer. Je vais parler du Colonel Bonifaci, dont l’œuvre est intéressante. Puis de Jules Boissière…/…
Laurent Gaide

Cul00

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Hanoi, le 12 novembre 1925
Gouvernement Général de l’Indochine
Inspection Générale des Services Sanitaires
et Médicaux de l’Indochine
Bien cher ami,
Je ne sais pas si vous avez remis votre demande au Résident Supérieur et si Monsieur Pasquier l’a déjà transmise au Gouvernement Général. Mais réflexion faite, car j’ai pensé beaucoup à vous pendant le retour, il est imprudent peut-être de solliciter votre admission comme contractuel dans l’Assistance, puisque vous avez la promesse de l’Ecole Française d’Extrême-Orient d’une nomination prochaine comme Conservateur du Musée de Tourane et de Directeur des fouilles….. ! Qu’en pensez-vous ? Avez-vous mis au courant le Gouverneur Général Pasquier de vos démarches auprès de Monsieur Finot ? Il serait correct de le faire.
À mon avis votre demande est trop hâtive, et vous cédez trop facilement à l’influence du milieu. Vous me comprenez puisque je vous ai parlé très affectueusement en frère aîné.
En effet, alors qu’il avait été convenu entre nous que la meilleure solution pour vous, pour votre tranquillité, pour vos goûts, était d’attendre et de commencer seulement une situation promise par l’Ecole Française, vous voilà orienté tout différemment et vous faites une demande d’admission à l’Assistance.
Vous savez bien que vous avez mon appui, bien qu’il n’y ait pas de vacances en perspective en Annam actuellement.
Reconnaissez cependant que votre changement d’avis aussi rapide et votre instabilité me déconcertent. En tout cas, j’estime que par correction vis-à-vis de l’Ecole Française et vis-à-vis de la Résidence Supérieur, vous devez attendre votre nomination À l’E.F.E.O.. Si celle-ci ne devait pas avoir lieu pour une raison quelconque, alors seulement vous devriez solliciter votre mission comme contractuel.
Le chef du personnel au Gouvernement général que j’ai vu ce matin m’a déclaré en effet qu’il ne serait pas possible de vous accorder les deux situations.
Il estimait personnellement que le poste de Conservateur du musée de Tourane et de Docteur des familles en Annam vous assurerait une solde convenable.
Si vous m’y autorisez, j’irai voir Monsieur Finot ou Monsieur Aurousseau pour être fixé définitivement sur la réalisation prochaine des promesses qu’ils vous ont faites. Il importe d’être renseignés.
J’ai fait un voyage de retour rapide étant revenu dans la même journée ici. Je suis arrivé mardi à 8h au soir. Lundi j’ai déjeuné à Cua Tung avec le père Cadière et dîné avec les Morin le soir. Combien gentil ce ménage ! On a beaucoup parlé de vous. Nous sommes allés ensemble voir les belles choses retrouvées par le père de Pirey, dans une tour : statue en bronze, en pierre etc.
Nouvelle preuve des magnifiques et intéressantes recherches à faire partout en Annam !
Voilà l’œuvre à laquelle vous devez vous consacrer !
Vos beaux frères seraient bien inspirés de vous faciliter la chose. Je vous le redis très franchement : vous faites fausse route en voulant rentrer dans l’Assistance, situation provisoire et précaire, et vous risquez de compromettre votre avenir à l’Ecole.
Que n’êtes-vous ici auprès de moi pour reprendre ensemble cette question et l’envisager sous tous les aspects !
Je ne saurais trop vous recommander de vous créer une vie personnelle.
Le R.P. de Pirey m’a annoncé que l’on pourrait trouver facilement aux environs de Quang Tri des têtes de diasporas.
Excusez ce mot rapide, je suis fort pris par … /… ?
Remerciez Madame Sallet de cette lettre trouvée à mon retour, mais je ne l’approuve pas de vous pousser à solliciter un emploi dans l’Assistance.
Qu’on vous laisse toute liberté d’esprit …/… ? pour vous consacrer à l’archéologie et à l’étude captivante des Chams.
Bien fraternellement
Laurent Gaide

Cul00

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Hanoi, le 9 avril 1928
Gouvernement Général de l’Indochine
Inspection Générale des Services Sanitaires
et Médicaux de l’Indochine
Mon cher ami
Je rentre d’une tournée rapide à Nguyen Quang et à Vietri (au point de vue militaire). Quelques jours auparavant j’ai dû me rendre à Quang Yen pour renseigner le Géné Super (…/… ?) sur les lacunes de l’hôpital passé à l’autorité militaire pour loger le nouveau bataillon européen, attendu prochainement de Tien Tsin.
Je suis plus occupé que jamais et ne pense point, comme vous le croyez, à m’enfermer dans une tour quelconque, même si j’en avais les moyens de fortune.
Vous êtes toujours le même, ayant l’ironie et la critique faciles, d’un égotisme très spécial et d’une susceptibilité assez marquée, puisque vous me reprochez de vous laisser tomber, même avec enthousiasme.
J’aurais pu vous en servir autant, et de façon fort justifiée. Vous reconnaîtrez que je n’ai pas eu de réaction aussi forte que les vôtres. Je sais bien que vos moyens sont plus puissants que les miens, votre tempérament plus ardent, votre nature plus généreuse.
Que viens donc faire votre petite affaire ? S’il s’agit de votre article sur les vers, soyez rassuré, il est à l’impression et j’ai recommandé à notre camarade Golenes ( ?), médecin résident de l’hôpital et à ( …?) de la Société médico-chirurgicale, de vous envoyer les épreuves. Il a quelque mal à corriger les premières ; il vous enverra les secondes.
Vous voyez qu’elle va bien notre petite affaire ! Vous me dites être épouvanté par l’étendue de votre travail et débordé ! J’espère que vous arriverez à le terminer dans les conditions les plus satisfaisantes, d’ici à la fin de l’année. Oui, le père Cadière m’a tenu au courant de sa décision et je l’ai approuvé. Je ne croyais pas cependant à une rentrée aussi rapide !
Quant aux A.V.H., ils s’apercevront forcément de son absence. Heureusement que vous êtes là et j’imagine que vous n’allez pas vous dérober à ce service, vous, le Fondateur de l’œuvre.
Votre venue à Hanoi nous fera un réel plaisir, comme toujours, et nous vous passerons la chambre du petit Maurice ou la mienne, si vous venez avec la gentille Monique, ce que nous souhaitons. Nous sommes heureux de vous savoir tous en bonne santé et nous vous embrassons bien fort. …/…
Je vous prie de donner l’amicale accolade au R.P. Cadière et de lui remettre cette carte.
Bien affectueusement
Laurent Gaide

Cul00

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Gouvernement Général de l’Indochine
Inspection Générale des Services Sanitaires et Médicaux de l’Indochine
N° 732 s
Hanoi le 26 octobre 1927
Le Médecin Inspecteur Laurent Gaide, Inspecteur Général des Services Sanitaires et Médicaux de l’Indochine,
 à Monsieur le docteur Sallet a Tourane
Objet : Matière Médicale Sino-annamite
J’ai l’honneur de vous communiquer ci-joint, avec prière de retour, un manuel de matière médicale sino-annamite que ses auteurs M.M. PHAN CAC LIEN et PHAM CAC LAN désireraient présenter à Sa Majesté l’Empereur d’Annam. Je vous serais reconnaissant de vouloir bien me faire connaître votre avis sur cet ouvrage qui, par ailleurs, pourrait présenter quelques intérêts pour l’étude qui vous a été confiée, de la pharmacopée sino-annamite…/…

Cul00

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Avignon, le 6 avril 1935
Mon cher ami,
En vous remerciant d’avoir bien voulu m’envoyer votre topo sur les palmiers du Sud Annam, qui a toujours piqué ma curiosité lors de mes nombreuses tournées dans la région de Phan Thiet ;
 Je m’excuse de mon long silence depuis fin mai 1934. Cet hiver nous a pas été trop pénible, et je l’ai beaucoup mieux supporté que les deux précédents. Il est vrai que je suis bien adapté maintenant et que je me trouve en meilleure santé globale. Il est en est de même pour ma femme ; quant à Maurice, il continuer à être un excellent élève et un très bon enfant. Vous serez surpris de le trouver bien transformé ; il a grandi normalement, mais n’est pas encore très étoffé est très musclé. Je compte beaucoup sur les effets bénéfiques de l’été prochain à la montagne.
…/… J’en reviens à mes notes, à mes souvenirs, à des travaux divers et à des lectures multiples, qui sont le meilleur des passe-temps. Après deux causeries à l’académie de Vaucluse sur le père de Rhodes, sûr Monseigneur de la Baume ( ?), premier vicaire apostolique originaire d’Avignon est mort à Hué et sur le colonel Olivier, je travaille actuellement un topo sur l’opium en collaboration avec un jeune médecin de Paris (L. Neuberger), esprit curieux et original qui s’occupe des questions de désintoxication. J’avais proposé l’an dernier de faire quelque chose à l’académie tous deux, mais il ne m’a pas attendu et a fait paraître fin 1934 les « Prisonniers de l’opium », synthèse de ces revues-conférences. Je n’ai pas encore lu cet ouvrage, que je n’ai pas trouvé ici en librairie (je suis persuadé d’ailleurs qu’il ne renferme rien d’original et de nouveau.
Nous avons toujours l’intention d’aller vous faire une visite fin juin, en nous rendant à Foix, chez notre ami l’intendant Piquemal. Ce sera un grand jour pour nous de vous revoir, malgré l’émotion intense de ne plus y trouver cette bonne Amélie qui était la gaieté même. Heureusement que, dans votre grande valeur, vous avez été favorisé par la providence en la personne de votre belle-sœur Mademoiselle Laure, qui est une autre mère pour vos enfants. Nous souhaitons que vous ayez des nouvelles satisfaisantes de Tourane et de Hué. Je pense avoir prochainement la visite de Sogny qui doit être arrivé à Toulon. …/… Nous avons reçu quelques lettres de Hermant qui ne doit pas tarder à rentrer. Je n’oublie pas que je possède votre « Père de Rhodes », mais je vous le rapporterai moi-même.
Laurent Gaide

Cul00

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Avignon, le 3 mars 1947
Cette lettre est écrite par Monsieur Gaide, mais elle est adressée à Monsieur Sony. C’est la fille de Monsieur Sony qui a confié à Jean Cousso ce témoignage daté de 1947.
Cher ami
Ai-je besoin de vous dire avec quelle joie j’ai appris la libération de Hué par nos troupes. J’étais fort inquiet à votre sujet et j’étais obsédée par la situation tragique qui était imposé à nouveau à la population française…
Je suis impatient de savoir comment vous et les vôtres avez supporté cette nouvelle période d’internement avec toutes les misères physiques et morales consécutives. Et  que sont devenus le père Cadière est le père Morineau, car je me suis laissé dire qu’ils avaient déjà rejoint Quang Tri et Dông Hoi peu auparavant. Ont-ils été pris comme otages ou ont-ils pu se cacher ? L’essentiel c’est qu’ils soient encore vivants. Dites-moi comment est votre état de santé puisque le R.P.Morineau m’avait appris que vous étiez descendu à l’hôpital de Saïgon en automne. Ne pensez-vous pas revenir en France et abandonner définitivement ce pays cruel ? Certes, nous ne menons pas ici une expérience facile, à cause des restrictions et prix élevés de toute chose, mais nous, nous sommes au moins en sécurité.
Vous me ferez un réel plaisir en écrivant un peu longuement. Hué a du souffrir beaucoup de toutes les restrictions. Je crois que la mission (catholique, ndlr) a été incendiée. Est-ce que l’hôpital aurait subi le même sort ? Toute la ville européenne doit être en piteux état, la plupart des habitations ont été sans doute détruites. Est-ce que toute la citadelle est occupée par nos troupes ou par l’adversaire?
J’ai lu dans les journaux que l’ex Bao Dai s’était réfugié en Chine à Hong Kong pour s’y mettre à l’abri et se divertir. Je n’ai jamais été fixé sur le sort qui a été réservé à Pham Quynh (Interné, assassiné ?)…
Je crois vous avoir dit que mon fils s’était marié février dernier à Tours, mariage sérieux avec une jeune fille des plus sympathiques. Le jeune ménage habite Paris ou mon fils est ingénieur à la SNCF. Mes amitiés, je vous prie, au Père Cadière et au Père Morineau, au cas où ils seraient à Hué.
J’ai de bonnes nouvelles de mon neveu Mario, qui était aux Charbonnages de Dong Trieu et dirige depuis six mois l’usine électrique de Haiphong. Il doit revenir probablement après 15 ans d’absence et ayant tout perdu. Il est marié et a trois filles…/…
Laurent Gaide

Cul00

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Avignon, le 11 juin 1951
Chers amis
Laissez-moi vous dire combien nous avons été touchés de votre très aimable accueil et vous en remercier à nouveau. Nous avons été heureux d’avoir passé avec vous quelques heures agréable et d’avoir revu Madame Sogny, en raison de ma très vive et très sincère amitié avec son mari. Puisqu’elle a bien voulu me faire savoir, à propos de mon ouvrage sur l’opium et du succès obtenus en Indochine, qu’elle écrirait volontiers aux fils Cosserat, je lui serais reconnaissant de le faire. Je me demande, entre autres, si l’on ne pourrait pas obtenir de l’imprimerie d’Extrême-Orient de procéder à une nouvelle impression de l’ouvrage, puisque l’Association des Amis du Vieux Hué n’existe plus. Je soumets cette suggestion à Madame Sogny et à Monsieur Cosserat.
Nous commençons nos préparatifs de départ le 26 pour Paris, Rouen et la Savoie. Nous ne reviendrons qu’au début de septembre, lorsque les chaleurs seront moins fortes.
Nous espérons bien avoir le plaisir de vous revoir l’an prochain, si ma santé générale reste satisfaisante, en dépit de mon grand âge (81 ans)
Laurent Gaide
Croyez tous deux à nos sentiments très amicaux.