Finot, Louis (1864-1935)

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Extraits de la correspondance de Louis Finot adressée à Albert Sallet

Cul00

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Ecole Française d’Extrême-Orient
Angkor le 30 juillet 1925
Mon cher Docteur
Je suis à Angkor depuis deux jours. N’ayez aucune crainte pour la route, elle est parfaitement praticable. Si quelques autocars ont versé, ces accidents sont dus, soit à leur chargement excessif, soit à l’étourderie des chauffeurs…. Mais, à condition de ne pas voyager la nuit, il n’y a aucun risque.
Je n’ai pu voir à Saïgon monsieur Mignon (Directeur de la revue « Extrême Asie » ndlr), absent pour quelques jours.
La visite de la mission siamoise, que doit suivre celle de Gougal (Gouverneur Général), ayant pour effet inévitable de suspendre, à Phnom-Penh, le cours du travail administratif, je me suis décidé à filer droit à Angkor pour revenir traiter mes affaires en fin de séjour. Par suite, je ne serai plus à Angkor quand vous y viendrez, et j’en suis fort marri. Mais j’espère vous voir. Il y a des fêtes les 15 et 17 août pour le huitième anniversaire du Roi.
Pourrons-nous nous rejoindre ensuite on Annam ?
Mes hommages à madame Sallet et mes sincères remerciements pour votre aimable hospitalité.
Bien cordialement à vous.
Cul00
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33 rue Folco Mollat
Sainte Catherine – Toulon. Var
Le 22 mars 1932
Mon cher Docteur,
J’apprends avec infiniment de regret par votre lettre, la mort de Max de Pirey : c’est un excellent travailleur qui disparaît prématurément, au grand dommage des études indochinoises et dont l’absence se fera d’autant plus sentir que la numismatique n’attire pas beaucoup d’amateurs.
Merci de la belle photographie du moine avec ses pieds ; il gagne beaucoup à ne plus être apode. Je ne sais pourquoi j’avais gardé le souvenir d’un bol à aumônes soutenu par ses deux mains : c’est en fait un lotus.
En en ce qui concerne la capitale du Champa, puisqu’il est à peu près sûre qu’elle était à Trakieû, j’en suis arrivé à la persuasion que les stèles de Dong Duong y ont été apportées de Trakieû. S’il en était ainsi, les ruines ne seraient datées que par l’écriture de l’inscription du piedroit de la tour Sud Ouest (BE, IV, 112) à laquelle j’ai attribué la date (sur laquelle Coedès s’accorde avec moi) de 1050 au plus tard.
Voilà où nous en sommes pour l’instant ; peut-être la pénétration de madame de Coral nous apportera-t-elle du nouveau !
Vous n’avez pas à vous excuser de ne m’avoir pas félicité d’une petite chose qui n’en valait vraiment pas la peine : la rosette (sinon botaniquement, au moins symboliquement) est une fleur proche parente de l’asphodèle, ce qui ne permet pas de la prendre au sérieux.
J’ai informé la « Princesse Verte » qu’elle devait patienter pour obtenir un socle. Elle n’a pas paru autrement courroucée de ce retard. Donc attendons la guérison de l’artiste.
Mon meilleur souvenir, je vous prie, à toute votre famille que j’espère en bonne santé.
Bien affectueusement à vous.
Cul00
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33 rue Folco Mollat
Sainte Catherine – Toulon. Var
Le 8 mars 1934
Cher Docteur
J’examinerai avec le plus grand plaisir les … ?… cambodgiens que vous avez dénichés au musée ethnographique de Toulouse. Comme j’irai probablement, dans le courant de l’été passé quelques jours à Lafitte (château de la famille Coral Rémusat, lieu des réunions de l’ASAL – NDLR), nous pourrions nous arranger à l’avance avec Monsieur Begouen pour qu’ils me soient communiqués à mon passage ; on éviterait ainsi de les faire voyager.
Je suis heureux que vous ayez entrepris un travail d’ensemble sur le folklore des Côtes d’Annam. Votre familiarité avec le sujet vous permettra, je n’en doute pas, de faire une riche moisson sur ce terrain inépuisable.
Golou (Victor Goloubew – ndlr) est à Angkor où il continue de fouiller pour mettre au jour les vestiges de sa fameuse capital Goloupura, dont le plan se précise de plus en plus. Il est plein « d’enavans et d’estrambord », comme on dit ici, et même sa santé est excellente pour le moment, à ce qu’il assure.
Quant au pauvre Po Paz (…. ?), qui se maintient toujours d’une façon étonnante, malgré les sombres pronostics du corps médical, sa décision de rester définitivement en Indochine est plutôt une nécessité qu’un choix ; d’ailleurs ce n’est guère que sur place qu’il peut faire ce travail vraiment intéressant.
Voila Robin Gougal. Il faut se féliciter que le poste n’ait pas été pourvu avant l’arrivée au pouvoir du burgraves (… /…) de Tournefeuilles. Car Dieu sait ce que l’équipe Daladier aurait envoyé là-bas !
Votre bien cordialement dévoué
Louis Finot
Cul00
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33 rue Folco Mollat
Sainte Catherine – Toulon. Var
Le 26 décembre 1934
Mon cher Docteur,
Merci de votre bon souvenir, de vos souhaits et du numéro de la Dépêche, «  Journal de la démocratie », contenant le résumé de votre conférence sur la démocratie chame. Pauvres types ! Ils ne se doutent guère qu’on parle d’eux en Languedoc., Et s’ils l’apprenaient, ils n’en seraient pas médiocrement fiers.
Claeys m’a envoyé les photos de ses trouvailles de Binh Dinh, dont je vous avoue que le caractère khmer ne me frappe pas, bien que, d’ailleurs, il n’eût rien d’extraordinaire, la domination cambodgienne au Champa, à la fin du 12e et au début du XIIIe siècle, ayant dû exercer quelqu’un influence sur le peuple conquis.
Golou doit être maintenant prêt des rivages indochinois. Je crois qu’il va monter pour quelques temps à Hanoi au lieu de retourner à Angkor.
Vous savez que l’agrandissement du musée de Tourane est choses décidée.
Mes meilleurs souhaits pour vous et tous les vôtres. J’espère que votre jambe ne vous fait plus souffrir. D’ailleurs c’est un mal qui ne survit pas à Noël, à en croire le vieux Sabolly (… ?…) :
Cul00
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Poême adressé par Louis Finot à Albert Sallet en fin de la précédente lettre :
« La cambo me fai mau
Bouto sello, bouto sello
La cambo me fai mau
Bouto sello a moun chivau
Quand aurai vist
Lou Fieu de Dieu Lou Paire
Et quand aurai
Félicita sa maire
N’aurai plus ges de mau
Bouto sello, bouto sello »
Bien cordialement à vous
Cul00