Cosserat, Henri (père) (1870-1937)

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Extraits inédits de la correspondance entre Henri Cosserat et Albert Sallet

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Lettre manuscrite de H. Cosserat adressée à Albert Sallet – Hué, 1929 (Fonds AAVH-J. Cousso)

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Hué, le 17 octobre 1925
Mon cher Docteur
J’avais demandé à Monsieur Ho Dac Khai de me donner l’adresse des descendants de son excellence Nguyen Than, qui, paraît-il, a fait paraître des mémoires sur une étude sur les Moi de Quang Ngai, dans l’espoir de trouver des renseignements sur les « Hommes à Queue », pour le travail du Docteur Gaide.
J’avais envoyé la réponse au docteur Gaide. Il me retourne le tout en me demandant de vous l’envoyer et de vous prier d’être assez aimable d’écrire à Quang Dao de Phan Rang, pour se renseigner à ce sujet.
Rien de neuf ici. Le jour de la prochaine séance n’est pas encore fixé, mais comme le Docteur Gaide ma écrit qu’il ne pouvait venir, je vais proposer au père Cadière le mardi 27 août, mercredi ou jeudi à son choix.
Donc tenez-vous prêts. Je vous enverrai d’ailleurs la convocation assez à temps pour que vous puissiez venir y assister.
Bonne et bien cordiale poignée de main;
H. Cosserat

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Hué, le 14 juin 1926
Mon cher ami,
Je reçois à l’instant votre télégramme : « télégraphier si mardi tient toujours, amitiés. Sallet »,
Étant donné qu’il est entendu que nous attendons l’arrivée de Sylvain Lévy, il est de toute nécessité que nous subordonnions notre séance à cette arrivée, car si nous faisons séance maintenant, nous n’aurons plus rien à nous mettre sous la dent pour une séance de réception de Sylvain Lévy.
Donc, attendons l’arrivée de ce dernier, ou plutôt tachez de la connaître quelques jours à l’avance, car il me faut au moins cinq jours pour faire les convocations et les expédier par la poste.
C’est ce qu’il y a de mieux à faire, n’est-ce pas?
À vous et bien cordiale poignée de main.
H. Cosserat

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Hué, ce 5 juin 1929
Mon cher ami,
Reçu hier soir votre lettre du deux courant, cependant arrivée à Hué le 3 juin d’après le cachet de la poste. Cela prouve que les distributions sont bien faites !
Je crois qu’il n’y a pas lieu de vous en faire si les indications portées au verso des cartes n’était pas reproduites sur les planches …/… car elles n’ont toutes qu’un intérêt bien relatif.
Ces indications ont du être reproduites ( ?) mais je ne puis l’assurer.
Laissez donc courir, sans vous faire de bile. Le principal c’est que l’IDEO (Imprimerie d’Extrême-Orient de Hanoi – ndlr) fasse paraître le premier bulletin 1929 dans le plus bref délai possible …/…
Je vais vous envoyer les dessins que le père Cadière désire faire encarter dans son article sur l’Abbé de Choisy et vous enverrai de même l’article de Gourotte dès que les cartes auront été réduites.
La dédicace pour le bulletin du Musée me va et je pense qu’il en sera de même pour notre Président.
Ici rien de particulier tout va bien.
À vous Bonne et bien cordiale poignée de main
Henri Cosserat

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P.S. À l’occasion tâchez de réunir tous renseignements sur le Cimetière franco-espagnol de l’Ilôt. La Chapelle funéraire qui existe a été construite en 1890-1900 avec l’aide du Souvenir Français et des habitants de Tourane. Le R.Père Laurent, mort depuis, puis surtout Monsieur Bertrand, agent des Messageries Maritimes à Tourane. Des photos ont été prises de l’inauguration, les discours ont été prononcés. Les ossements qui se trouvent dans l’ossuaire ont été ramassés dans les environs un peu partout, particulièrement auprès de l’emplacement des anciens hôpitaux et infirmeries. C’est, je crois, l’entrepreneur Beausière (?) qui a fait la route qui conduit à l’îlot, qui s’était chargé de récolter les ossements au fur et à mesure qu’il les trouvait.
Warkin pourrait certainement donner des renseignements à ce sujet. Les archives du Souvenir Français à Hanoi seraient peut-être bonnes à consulter. Il y a quelque chose d’intéressant à faire sur ce sujet, tout au moins à recueillir des documents pour l’avenir. Vous devriez faire photographier l’état actuel des lieux, après avoir fait débroussailler, bien entendu.
Henri Cosserat
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Hué, le 5 décembre 1931
Mon cher Docteur et ami,
Je sais bien que je vais me faire agonir de sottises pour avoir tant tardé à vous donner de mes nouvelles, mais j’ai un tas de raisons à donner comme excuses et la meilleure, c’est cette sacrée flemme coloniale que vous connaissez bien, quoi que vous n’en soyez pas atteint, qui vous fait toujours remettre au lendemain la lettre que vous pourriez, que vous devriez toujours faire le jour même. Tant pis, je ne peux pas me changer et plus je vieillis plus ce défaut s’accentue.
Ce qui me console c’est que je ne suis pas le seul à avoir ce défaut… et même que certains me dépassent, témoin notre brave père Cadière qui lui, c’est bien simple, a certainement juré de ne plus écrire de lettre a ses bons amis…surtout à ses meilleurs amis ! Ceci dit, voilà des poignées de nouvelles d’ici pour vous faire regretter encore plus de nous avoir quittés ! J’écris au hasard de la plume :
Le docteur Normet parti à Hanoi comme grand manitou des troupes coloniales, remplacé par le docteur Lenestour. Docteur Gaide, docteur de l’Assistance Médicale en Indochine n’a pas l’air très satisfait de ce changement de situation et je crois qu’il n’y fera pas long feu.
Nous voilà sans président pour les AVH. J’ai pressenti Délétie pour prendre cette place. N’ai pu lui faire accepter d’être porté candidat. M’a donné un tas de mauvaises raisons pour cela, mais rien ne tient debout. Ce qui fait que j’ignore pourquoi il refuse, à moins que ce soit motivé par les petites controverses qu’il a eues avec le père Cadière ??
Alors nous avons pensé à offrir cette présidence à Régaux (?) et j’attends qu’il soit revenu du Conseil Supérieur des colonies à Saïgon pour la lui offrir. Quels em…bêtements que tout cela ! Comme si nous n’en avions pas assez !
(pour ce qui concerne les) A.V.H. : Nous allons toujours tranquillement notre petit bonhomme de chemin et vous avez dû voir que nous commençons à prendre de l’avance, les bulletins 1931 ayant paru avant la fin de l’année ! Un record pour l’I.D.E.O. ! Quant à la matière, le père Cadière en a suffisamment pour deux ou trois ans, m’a-t-il dit ….et alors il est peinard et ne s’en fait pas. Toutefois il voudrait bien varier les noms des collaborateurs, mais tout le monde devient de plus en plus fainéant et ne veut en faire un brin. Alors de temps en temps je me dévoue et je joins un rien qui, heureusement peu important, passe inaperçu au milieu d’articles plus compétents ou le place le père Cadière. Heureusement !
Nous avons reçu le ministre Raynaud à son passage, séance belle et agréable mais trop courte séance, mais son Excellence Raynaud était si pressé ! Estimons-nous heureux qu’elle ait bien voulu nous accorder cette petite séance !
Affaires : pour votre famille vous êtes au courant de la situation commerciale d’ici. Pas bien brillante et à mon avis nous commençons seulement à nous ressentir de la crise. Ainsi moi je viens, depuis le 1er octobre, de voir mes appointements diminuer de 60 % pendant le même temps que … ?… des retraites été supprimé, ce qui fait que je suis à la portion congrue avec l’espoir de me voir encore enlever la totalité de cette portion congrue, d’un moment à l’autre. Heureusement que je n’ai plus mes fils à ma charge ; il ne me reste que le troisième âgé de huit ans, sans quoi je ne sais ce que j’aurais fait !
Léon vient d’être nommé sous lieutenant d’artillerie coloniale à Dap Cau et sera professeur quand il aura accompli son service militaire. Henri est depuis septembre professeur au lycée Chasseloup-Laubat à Saigon. S’il pouvait être près de moi, cela vaudrait mieux car je suis bien seul actuellement, Louis Liverset étant détaché à Quang Ngai à cause des communistes.
Nous avons Châtel comme Résident Supérieur. Toujours charmant, gai, vif et plein d’entrain, malgré les préoccupations de tous genres qui ne lui manquent pas. On dit ici que Le Fol est nommé Résidence Supérieur au Laos. Ce n’est certes pas Hué comme place ; mais il paraît qu’on y est mieux payé à cause de l’indemnité jointe à la fonction, et surtout on y a moins de soucis. Si j’étais à sa place je me ficherais du reste et profiterais de mes dernières années de fonctionnaire pour en mettre de côté le plus possible, en vivant peinard dans un PC pépère !
Voilà mon bon ami une bien longue lettre qui rachète mon long silence antérieur. J’aime vous en faire une de ce genre plutôt que de vous raser à chaque courrier, car ça deviendrait fastidieux. J’espère que vous êtes toujours en bonne santé ainsi que votre charmante petite famille. Je ne vous parle pas de madame Sallet qui se porte comme un charme et qui évidemment ne fait pas comme moi et nous donne souvent de ses nouvelles.
Mes affectueux vœux de santé et de bonheur pour vous et ceux qui vous sont chers. J’y joins, mon bon vieil ami, ma plus affectueuses poignée de main. Reviendrez-vous un jour nous voir ? Je veux l’espérer. Mais dépêchez-vous, je deviens de plus en plus vieux…
Affectueusement
H.Cosserat
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