Beille, Guillaume-Lucien (1862-1946)

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Extraits de la correspondance de Lucien Beille à Albert Sallet

Cul18

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Docteur L. Beille
Professeur à la Faculté de Médecine et de Pharmacie
28 rue Théodore Ducros
Bordeaux – 14/12/1926
Mon cher ami,
… /…Je réponds aux questions de votre lettre.
Pourquoi ne mettriez-vous pas en titre :
Titre général : Officine Sino-Annamite (La suite du titre « en Annam » me paraît superflu).
I –  Le Médecin annamite
Soigneurs et préparateurs de remèdes
II – les cures végétales, ou bien : les plantes qui guérissent
Herbiers. Votre herbier de fougères est au Muséum ( service de Lecomte) ; je suis allé à Paris en mars dernier. Je lui ai montré la lettre du prince Roland (Bonaparte, voir sa correspondance – ndlr). Je lui ai donné vos lettres et j’ai demandé votre herbier. On m’a dit qu’il fallait trier, classer 2000 à 3000 cartons et dès qu’on les aurait on avertirait…. J’espère toujours qu’on finira par retrouver votre herbier et je vous le renverrai.
… /…
Pour la conservation des balanophorées, je vous conseille d’employer les liquides suivants que nous avons adoptés ici : formol à 40°, 40 g. – Glycérine 30 g. – nitrate de potasse 4 g. – Eau, 9 pour 1000
Je suis très heureux que vous soyez chargé de l’étude de la Pharmacopée SINO-ANNAMITE. Connaissez-vous le livre de Perrault à ce sujet ? Vous y trouverez peut-être de bons tuyaux, mais peut-être aussi pas mal de lacunes. Votre programme me paraît tout à fait bien et pour ma part je ferai mon possible pour vous seconder. Surtout s’ il n’y a pas trop de chimie car nous sommes d’une pauvreté !!!!
Je travaille toujours d’arrache-pied à mon Tome II, j’en modifie profondément la forme et cela m’entraîne très loin. Beaucoup de morphologie, moins de matière médicale qui fait l’objet d’un autre volume publié par un collègue de Lyon. Je ne vous dis donc pas que je suis très pressé vous le savez……
Cul18

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Bordeaux, le ? 1929
Mon cher ami, bien reçu votre bonne lettre du 16 avril qui m’accable (comme toujours) de reproches on ne peut plus justifiés. Mais qu’y faire ! Je n’en puis plus. J’ai décidé d’en finir avec mon deuxième volume et je laisse tout pour ne m’occuper que de ce livre qui m’a pris 100 fois plus de temps que je ne pensais y consacrer.
Tout cela par ce que depuis la guerre, nous n’avons plus de moyens et qu’il faut fouiller partout, pour avoir les documents nouveaux et encore on n’y arrive pas toujours. J’ai voulu commencer voir mon travail à un point de vue morphologique …cela vous intéressera j’en suis sûr mais combien c’est difficile pour l’auteur.
J’ai trouvé tout de même un moment pour parcourir les prêles d’Indochine, les eupatoires et les plantes de l’herbier indochinois.
Savez-vous que vous êtes terriblement documenté sur les us et coutumes et sur les usages médicamenteux de ces petites herbes. Vous faites là œuvre utile pour tous et il est désirable que vous la meniez à bonne fin ; mais il vous faudra encore beaucoup de temps. Il est évident que parmi cet ensemble de faits et d’observations recueillis patiemment et pour ainsi dire au jour le jour, il y en a de valeurs très différentes, mais il est indéniable que l’emploi d’un même médicament pendant des générations ne repose pas tout à fait sûre une fable, mais sur des observations et sur des constatations précise qu’il s’agit de savoir analyser.
Vous êtes on ne peut mieux placé pour cela et puis surtout vous êtes armés. Vous ne pourriez jamais écrire ces notes si vous ne saviez pas l’annamite. Aussi mon ami je ne puis que vous dire bravo ! Et vous souhaiter de mener ce gros travail à bonne fin.
J’ai connu jadis un élève de l’école de santé qui s’appelait Lasnet, n’est-ce pas le médecin inspecteur général dans vos me parlez ?
Ici train-train habituel. Je travaille six jours d’arrache-pied au laboratoire ; je consacre le septième à notre petit coin de campagne et j’y fait du sport cultural.
En attendant la retraite (encore 48 mois !) je suis de plus en plus dégoûté de ce que je vois et de ce que j’entends, j’aspire au repos c’est-à-dire à la facilité de rester chez moi et d’employer mon temps comme il me plaira.
Notre jeune exploratrice est revenue enchantée de son voyage en Algérie, navrée seulement de n’avoir vu ni le désert, ni les lions, ni même les chameaux !
Elle a l’humeur  voyageuse et je me demande si un jour ou l’autre,  elle ne voudra pas voir l’Indochine. Les tigres et surtout les braves gens c’est-à-dire nos bons amis de Tourane. En attendant nous savons bien que nos chères petites nièces sont à Toulouse mais nous ignorons leur tête et nous serions bien heureux de les voir à Bordeaux
Espérons que ce sera bientôt.
Sur ce, mon bon ami, je boucle ma serviette je file au laboratoire continuer la dernière revisite du manuscrit. J’en suis à la page 270…
Souhaitez-moi bon courage. Il m’en faut. Sur ce, mês meilleurs hommages à madame Sallet et je vous embrasse.
 Cul18e

 

Le 1er Janvier 1928…ma première lettre de l’année !!
Mon cher ami,
Nous avons reçu avec le plus vif plaisir votre bonne lettre et je ne veux pas laisser passer cette première matinée de janvier sans vous dire combien je pense à vous et à tous les vôtres. D’ici je vous adresse tous mes vœux les plus sincères et les plus affectueux et s’il en est un plus ardent, c’est celui de vous revoir.
Je sais bien que vous êtes maintenant tellement identifié à votre résidence (de Tourane, ndlr), qu’il vous en coûterait peut-être beaucoup pour la laisser, mais ne croyez-vous pas qu’un séjour momentané, même à intervalles assez éloignés, ne serait pas agréable pour vous et s’il est permis d’être égoïste, un plaisir bien légitime pour tout ceux qui vous aiment !!!… Moi je persiste à croire que oui ! Et je me dis que si vous y pensez enfin vous-même vous ne direz peut-être pas un non
Donc attendons et espérons !!
Je comprends que vous ayez des moments d’ennui et qu’après avoir accumulé comme vous l’avez fait, de nombreuses observations, vous ayez l’ambition bien légitime de les mettre en ordre pour qu’elles puissent être publiées. Il est certain que si vous étiez plus près, il me serait possible de vous aider un peu et tout au moins de vous aider à chasser le cafard. Vous n’êtes pas seul à avoir cette terrible maladie ! J’en sais quelque chose !!! Voilà trois ans que je travaille d’arrache-pied à mon Tome II. J’ai voulu modifier le plan de la première édition et donner une morphologie générale de chaque famille !… Expliquer les particularités les plus importantes, et bien cela qui n’a l’air de rien ma entraîné à des recherches du plus haut intérêt, dont je ne soupçonnais pas moi-même l’importance. Et quand je vois le nombre immense et la dimension des trous qui me restent à combler, il me prend de temps en temps l’idée de F… au feu les 1000 pages déjà écrites et à peu près prêtes, pour l’impression qui constituent actuellement mon manuscrit… mais après avoir réfléchi, je recommence, me disant que ce serait trop bête. Vous voyez que vous n’êtes pas le seul et si j’avais été prêt de vous j’aurais agi comme Monsieur Armand et notre ami Monsieur Gaide.
 N’oubliez pas que ce qui manque surtout, ce sont les travaux d’observation. Chacun des faits que vous relatez est une pierre qui servira un jour ou l’autre à quelqu’un, pour bâtir la maison qui réunira tous les faits observés en Annam et ailleurs.
Pour ma part, je ne saurai assez vous engager à continuer et à publier petit à petit tout ce que vous voyez. Les vers intestinaux de l’Annam ont peut-être des particularités que nous ne connaissons pas, le mode de traitement est en tout cas spécial ; vaut-il mieux ? Vaut-il moins ?.. Que le nôtre, c’est à voir !…
Les questions des morsures de serpents, la rage, la lèpre, tout cela mérite d’être examiné de près.
(…/…)  Que de choses intéressantes… envoyez donc à l’ami Maxwell, (procureur général 37, rue Thiac Bordeaux) ce que vous publiez là-dessus …il est à l’affût de toutes ces questions, je suis sûr que vous l’intéresserez énormément.
Vous me demandez, mon cher ami, ce que nous faisons… Et je vous répondrai tout simplement… que nous continuions à suivre le sillon sur l’ornière.
(…/…)
Nous avons songé à acheter une maison à la campagne. Le 28 juillet dernier nous avons fixé notre choix, la maison devait nous être livrée le 10 août. 1927, mais il y a des locataires qui ne veulent pas s’en aller et… nous attendons…. Les meubles sont empilés dans un grenier dans plusieurs de nos chambres. Notre maison est un vrai garde-meubles et à cause des belles lois qui décrètent que le propriétaire n’est plus le maître chez lui… il faut poireauter… c’est du joli ! On nous assure que nous finirons tout de même pas avoir notre bicoque ; je le voudrais bien, à 20 km de Bordeaux, sur la grande ligne de Toulouse, sur le bord de la Garonne dans les vignobles du Sauternais. On pourrait vous offrir une belle hospitalité… (…/…)
Avez-vous appris que Dubreuilh William était à la retraite, en même temps que Lagrange, Le Dantec …et puis moi dans cinq ans (ouf ! ouf !) c’est assez …on dit que les vieux déraillent…. !

Cul18