Begouën – Comte Napoléon-Henri (1863-1956)

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Extraits inédits de la correspondance du Comte Begouën adressée à Albert Sallet

Cul18

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Les Espas – Montesquieu Avantes – Ariège
1er août 1936
Mon cher ami,
Avec ce temps incertain tout le monde est plus ou moins patraque, mais enfin je tiens le coup pas trop mal et j’écris de tous les côtés pour le Congrès qui s’annonce bien.
Je viens d’adresser à Monsieur le ministre de l’Education nationale une demande  de distinctions à l’occasion du congrès ; je ne sais si elle aboutira ; en tout cas, comme j’ai cru me rappeler que vous n’aviez pas les Palmes académiques, j’ai demandé pour vous cette distinction. Si vous les avez, nous tâcherons de les transformer en Rosette… En attendant, vous voudrez bien m’envoyer votre état signalétique, nom, prénom, titres, etc…
Je viens de recevoir l’avis que l’Association des conservateurs des Collections Publiques tiendrait son congrès à Toulouse du 21 au 27 septembre, c’est-à-dire tout de suite après le nôtre. J’ai écrit au secrétaire, Monsieur Prinet, des Cabinets des Estampages, pour vous signaler. Attendez-vous donc à recevoir une circulaire. J’y viendrai le mardi. Je pense aller un de ces jours à Toulouse …. pas besoin d’y aller mais je ne sais quand. Je vous préviendrai.
Bien cordialement à vous.
Cul18

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Les Espas – Montesquieu Avantes – Ariège
3 septembre 1937
Mon cher ami,
Que je suis donc en retard vis-à-vis de vous, et ce n’est pas cependant faute d’y penser, mais j’ai passé d’assez mauvais moments. J’ai eu des crises de vertiges et des étourdissements très pénibles, et il a fallu des piqûres d’acétone pour me remettre d’aplomb. Maintenant cela va bien, mais que de travail en retard ! Sans parler des embêtements causés par la maison Privas pour les « Mêlanges ». Sans Boursiac nous n’en sortions pas.
Enfin le premier volume sera prêt sous peu, et le second sera fait par un autre imprimeur plus raisonnable, mais il faut lui remettre bientôt les manuscrits.
Boursiac bat le rappel des retardataires. Le nom du Docteur Sallet y figure…, et comme je tiens essentiellement à avoir le nom d’un bon ami comme vous parmi ceux qui me fêtent, je viens vous rappeler votre promesse. Envoyer bientôt votre manuscrit à Boursiac.
J’ai des remords de ne vous avoir pas envoyé un mot d’affectueuses condoléances pour la mort de votre cousin, que vous m’aviez dit aimer beaucoup, mais c’était au moment où j’ai été le plus fatigué. Nous avons eu aussi Max pendant 15 jours. Il va mieux mais ce n’est pas encore fameux.
Il n’est pas tombé une goutte d’eau depuis un mois. Tout est brûlé et sec comme au Sahara. Avec cela la fièvre aphteuse ! Mauvaise année ! et les événements politiques ne s’améliorent pas. Nous attendons Breuilh. Il a eu quelques visites intéressantes, les Absolon, les Pégnard sont repartis. Mandement est toujours fou, mais a fini par trouver des choses intéressantes.
Croyez, mon cher ami en mes sentiments les plus cordiaux.
Cul18

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Vichy le 10 avril 1942
(Lettre manuscrite de J. Carcopino adressée au Comte Begouen, transférée à Sallet pour information N.D.L.R.)
Mon cher confrère, je vous remercie d’avoir bien voulu attirer mon attention sur la publication des lettres adressées par Gabriele d’Annunzio à Madame Goloubew. Cette correspondance menace, par son principe même, d’être indiscrète pour l’honneur du grand sinologue. J’ai fait connaître à son excellence M. Bettai avec lequel j’ai eu naguère de bons rapports d’amitié, que Monsieur Goloubew vit encore et qu’il il y a lieu de ménager éventuellement ses susceptibilités.
Veuillez etc.
Signé : J. Carcopino
Cul18

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Les Espas
3 janvier 1943
Mon cher ami
Merci de vos bons vœux et je vous les retourne bien volontiers augmentés encore de toutes mes amitiés.
Je suis ici au calme loin des bôches et des collaborationnistes. Les rares paysans que je vois sont patriotes, anciens combattants, malheureusement mécontents des réglementations maladroites et vexatoires qui favorisent le marché noir. Je me retourne au coin du feu en attendant la défaite allemande que j’espère pour l’automne. Maintenons-nous pour le moment par le travail, afin d’avoir conservé une autre force intellectuelle et morale.
Je ne rentrerai pas avant la fin du mois, je ne vais pas mal, malgré le mauvais temps. Amitiés et voeux .
Cul18
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Ville de Toulouse   République Française
Museum d’Histoire Naturelle
25 août 1944
Mon cher ami,
Quand cette lettre vous parviendra-t-elle ?
Il faut espérer que d’ici quelques jours, les causes du désordre ayant heureusement disparues, l’ordre se rétablira peu à peu et que la vie normale reprendra ; mais je suis trop heureux de notre libération pour que je ne m’épanche pas un peu en dehors, en vous remerciant de votre bonne lettre qui m’a fait grand bien.
Les derniers jours de l’occupation ont été particulièrement durs. Pour ma part, j’ai été en huit jours honoré de deux visites domiciliaires et, à la dernière, l’officier commandant le détachement de 25 hommes m’a dit que je devais me juger heureux de ne pas avoir été fusillé.
Dimanche le maquis de l’Ariège, après avoir libéré Foix est venu à Saint-Girons et a emporté un premier succès. Mais les Allemands s’étant retranchés dans le collège et des maisons, les Français n’avaient pas assez de munitions et ont dû aller chercher des renforts ; le lendemain la ville a été nettoyée mais l’ennemi s’est retiré sur Brimon (?) joli petit village de 2000 habitants qu’ils ont complètement incendié, grillant même les habitants. Terrifiée par le maquis renforcé, ils battent en retraite dans les bois du côté du Mas d’Azil. On a entendu des coups de feu tout hier et un peu ce matin, mais ils ont f….. le camp, ayant perdu beaucoup d’hommes, et, la retraite leur étant coupée, malheureusement beaucoup de patriotes ont été tués aussi.
On n’a que peu de renseignements sur Toulouse, et nous attendons des nouvelles avec impatience. Mais enfin, on respire, on voit la fin du cauchemar. C’est à nous à reprendre en main la marche de nos affaires. Espérons que nous serons sages ; malheureusement, les fautes des dernières années du gouvernement pourront amener de trop vives réactions.
J’espère que vous et les vôtres s’en tireront bien comme par le passé. Ce qui, jusqu’à présent, est également le cas pour nous ; j’espère en particulier que les relations deviendront normales avec le Maroc, et qu’enfin, triste et maladive que soit ma fin de vie, je mourrai sur un sol libre et entouré de mes amis.
Cordiale poignée de main
Cul18

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Les Espas – 6 novembre 1945
Mon cher ami
Je vois dans les journaux de Paris la mort de Goloubew et de Pelliot. Cela doit vous faire de la peine, et je tiens à vous en envoyer mais sincères condoléances. D’autre par la situation paraît bien trouble et inquiétante en Indochine. Quelles nouvelles avez-vous des vôtres?
Votre bien amicalement dévoué
Cul18