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Documents pour servir à l’histoire de l’Indochine et du Vietnam –  Témoignages et archives collectés par l’Association des Amis du Vieux Hué – Illustrations extraites de notre fonds iconographique
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Situer le contexte : données et organisation de la correspondance Sallet

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Extraits de la correspondance d’Albert Sallet avec ses principaux interlocuteurs et collaborateurs européens et « annamites ». Se reporter à la longue et très active carrière indochinoise (1901-1931) et toulousaine (1931-1946) du Médecin major pour mieux situer cette correspondance. (Voir sa biographie sur ce site : Menu : L’Association – Sous menu : Acteurs Principaux – Albert Sallet)

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Photographie AAVH J.C. – Le docteur Sallet dans son bureau privé de l’hôtel Morin de Tourane, recevant des savants dont il organise l’hébergement et les missions. L’appui de sa belle famille Morin et les infrastructures des 6 hôtels du même nom constitueront un atout essentiel qui facilitera les importantes activités de recherches en Annam. Sallet sera ainsi l’indispensable noeud postal d’un important échange.

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Liste des principaux correspondants d’Albert Sallet.

En noir, ceux dont nous présentons des extraits de lettres dans le sous menu : « Correspondance Sallet » :

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Ardant du Picq, Charles-Pierre (1879-1940) –  ASAL – Amicale des Savants et Artistes de Lafitte (1931 – 1937, Toulouse) – Begouën, Comte Napoléon-Henri (1863-1956) – Beille, Guillaume-Lucien (1862-1946)- Blanchard de la Brosse, Paul (1872 – ?) – Bonaparte, Roland Napoléon – Prince (1858-1924) – Cadière, Léopold (1869-1955) – Châtel, Yves-Charles (1885-1944) – Caïus, G. F. Père, (dates ?) – Claeys, Jacques-Yves (1896-1979) – Coedès, Georges  (1886-1969) – Coral-Rémusat, Gilberte de (1903-1943) – Cosserat, Henri (père) (1870-1937) – Dubreuilh, William (1857-1935) – Extrême-Asie – Georges Mignon – Finot, Louis (1864-1935) – Gaide, Laurent (Dates ?) – Gaspardone, Emile (1895-18 – 82) – Goloubew, Victor (1878-945) – Guillon, Médecin Général des cadres de réserves des Troupes Coloniales – Hermant, Paul-Hippolyte (Dates ?) – Ibos, Pierre (dates ?) – Jabouille, Pierre (Dates ?) – Karpelès, Suzanne  (1890-1968) – Krempf, Station Maritime de Cauda – Société Océanographique des Pêches de l’Indochine – Lasnet, (dates ?) Inspecteur Général du Service de Santé – Lebas, Jeanne (1882-1979) – Lefas, Georges (1906-2002) – Madrolle, Claude ou Claudius (1870-1949) – Marin, Louis (1882-1979) – Morineau, R.P. (Dates ?) – Mus, Paul (1902-1969) – Nguyen Dinh Hoe (1866-1944) – Parmentier, Henri (1871-1949) – Pételot, Albert (Dates ?) – Pham Huy Tong – Pirey, Henri Arnoulx de (1867-1932) – Pirey, Max Arnoulx de (1873-1934) – Sallet, Amélie (1884-1933) – Proux, Georges-Marie (dates ?) – Przyluski, Jean (1885-1944) – Robequain, Charles (1897-1963) – Sogny, Léon (1880-1987) – Stern, Philippe (1895-1979)

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La correspondance d’Albert Sallet – dont l’essentiel a été heureusement sauvegardé – est intéressante à plus d’un titre.

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En particulier, elle apporte un important éclairage sur les « coulisses » des activités scientifiques de la période la plus « productive » de l’orientalisme français en Annam –  région la plus riche du Vietnam en vestiges et en histoire – dans la première moitié du XXème siècle. Elle permet de mieux comprendre, à travers les courriers privés échangés entre Albert Sallet, d’une part, les savants, les chercheurs et les Institutions, d’autre part, la réalité – et les dessous – des recherches, des fouilles et des découvertes menées pendant ce demi siècle, et les détails de la vie quotidienne de leurs acteurs. Sallet a été la cheville ouvrière et l’animateur de cette correspondance grâce à un concours de circonstances et des atouts essentiels :
Sa carrière indochinoise se déroule principalement dans le centre Annam (ses postes de médecin Major, sont à Hué, Tourane, Faifo, Phanthiet…) – Ses responsabilités et son autorité scientifiques s’exerceront sans discontinuer, de 1906 à 1931 : co-fondateur de l’AAVH ; correspondant de l’EFEO en 1918, 1920, 1923, 1926, 1929, 1932,  1935, 1938, 1941 ; conservateur du Musée Cham etc… voir sa biographie, ses titres, ses missions officielles sur ce site : Menu « Association-Acteurs principaux » et « Fonds Sallet- Enquêtes et Collectes majeures ») – Sa situation familiale lui ouvre, par son mariage avec Amélie née Morin, toutes les infrastructures des 6 Hôtels Morin répartis en Annam (Voir le menu « Réalisations-L’Hôtel Morin de Hué »)
Une partie non négligeable de la correspondance Sallet provient des courriers des amateurs et des particuliers, impliqués dans l’aventure scientifique de l’Association des Amis du Vieux Hué, parfaitement orchestrée par ses acteurs principaux : en effet, sous la direction de Cadière et de Sallet, toute une population va être sollicitée de travailler, fouiller, protéger et sauvegarder le « riche Musée que constituent Hué et ses environs » dans le sens le plus large : « Le royaume d’Annam tout entier n’est-il pas au point de vue historique et à d’autres points de vue une extension de sa capitale ? » (Cadière in SHCF – 1925)
Les pôles essentiels de ces activités seront l’A.A.V.H (1913-1944), la Résidence Supérieure de Hué, les mandarins et le Bureau des Annales de la Cour et l’Ecole Française d’Extrême-Orient.
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Document 1 :
Voici, extrait de la correspondance d’Albert Sallet, un témoignage cocasse de la volonté que mettaient les AVH à inciter, entre autres, les planteurs à faire des fouilles dans leur terrain. Ces derniers étaient littéralement harcelés, au point qu’ils étaient quelquefois obligés de rappeler qu’ils n’étaient pas des archéologues :
 Extrait d’une lettre de M. Renacle, (Quang Nam -1928) planteur à Lagi – ancien territoire cham – en réponse à  Albert Sallet qui, sans doute, lui a demandé de lui signaler tout vestige qui serait retrouvé sur sa plantation :
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« …/… les emplacements contenant des souvenirs de l’ancien peuple Cham sont nombreux dans la région, mais tout est enfoui sous terre et la forêt vierge a remplacé villes, villages, camps retranchés, champs de bataille etc… …/…
Quand vous viendrez à Lagi, M. Pascal et moi vous ferons part avec plaisir de ce que nous connaissons à ce sujet ; vous seriez, après huit jours passés ici, mieux renseignés qu’après des années de palabres épistolaires en restant à Hué.…/…Rendez-vous compte aussi qu’avec ma nombreuse famille, mes maigres ressources et ma plantation qui ne remporte encore rien, il m’est impossible de travailler pour l’amour de l’achéologie et que je suis obligé de ne m’intéresser momentanément et à mon grand regret qu’aux choses susceptibles de me faire gagner « ma pauvre chienne de vie »  comme dit notre bon vieux Rabelais.
Il est certain que d’avoir au musée et sous vitrine des amulettes chams, des gris-gris et autres débris de jarres et marmites cassées avec de belles étiquettes : …. Don de Mr Renacle….cela flatterait mon petit amour propre et chatouillerait délicieusement ma petite vanité ! Mais hélas ! cela ne fait pas bouillir la marmite.
En attendant le plaisir de vous voir, de vous serrer la main et de causer, veuillez recevoir, Cher Docteur avec mes meilleures salutations, mes excuses pour vous avoir infligé la lecture de cette longue et incohérente épître ; mais vous savez sans doute depuis longtemps ce qu’est un vieux broussard comme votre dévoué :
Signé : RENACLE »
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Document 2
Léopold Cadière parle du rôle de Sallet, « cheville ouvrière » de l’AAVH naissante :
« …/…ll fut l’excitateur il s’empara de l’idée… il recruta des adhérents, il décida ceux qui étaient effrayés, à aller quand même de l’avant… » (1925 – L’oeuvre des AVH – SHCF).
Lors du départ de Sallet pour la Grande Guerre en 1914 « …Vous fûtes le plus dévoué des organisateurs et vous vous êtes révélé le plus ardent propagandiste…/… avec le père Cadière vous fûtes la cheville ouvrière de notre groupement. Partez content ! L’idée est debout, le Vieux Hué est un enfant robuste ! Avec pour le soigner à son entrée dans le monde des médecins tels que vous, il n’en pouvait être autrement. ../… « …/… Le docteur Sallet n’a cessé de s’occuper du Vieux Hué, soit pour collaborer à ses travaux par des études d’un grand intérêt soit pour lui recruter estime et adhésion…/… ». (BAVH 1914 p. 354)
 
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Quelques données remarquables sur la correspondance Sallet

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Sallet sera, de 1910 à 1931, le principal organisateur des trajets et des missions de ses correspondants scientifiques pour l’Annam. Il a à sa disposition tous les moyens matériels mis par ses beaux frères Morin, qui gèrent les infrastructures des Hôtels Morin de Tourane et Hué, les garages et les pompes à essence Morin, et abritent aussi l’office de Tourisme pour l’Annam. Le savant en mission sera ainsi pris en main, conduit et hébergé depuis son arrivée à Tourane, port de débarquement, jusqu’à son retour, en général au même port. Le réseau Morin existant à travers les 6 comptoirs-hôtels de la première grande Chaîne de restauration de l’Annam (Hôtels de Tourane, Hué, Station Climatique de Bana, Nha Trang, Qui Nhon) facilitera tous les déplacements et les hébergements.
Sallet accueillera ses correspondants dans une atmosphère particulière et affective : celle de sa propre famille. Les correspondances en témoignent, avec des mots du cœur. Albert, son épouse, Amélie Sallet née Morin, et leurs trois filles Monique, Jacqueline et Denise, seront pour les arrivants, souvent perdus dans ce pays loin de leurs foyers, un véritable havre, qui donnera aux liens écrits un caractère détendu, chaleureux et familier. On se sentira bien dans cette famille, élargie aux petits cousins Morin : Henri, René et Edmond, fils de Wladimir, le vrai fondateur de la saga et de Jeanne Derobert. Wladimir sera particulièrement considéré par les visiteurs pour ses conseils éclairés et sa tranquille personnalité.
 
Sallet est en relation avec une grande diversité d’interlocuteurs dont la correspondance touche à tous les domaines. Car, savant polygraphe, il s’intéresse à tout ce qui touche à la civilisation vietnamienne : traditions de l’Indochine et de l’Annam en particulier, histoire, coutumes, folklore, médecine traditionnelle, plantes médicinales, techniques, numismatique,  préhistoire… Ses bureaux – car il en a un attribué par ses beaux-frères dans chacun des 3 Hôtels Morin du Centre Annam : Hué, Tourane, Bana – recevront sans discontinuer les chercheurs, savants, aventuriers, européens ou annamites (personnalités de la Cour Impériale participant à l’œuvre de l’AAVH, responsables des fouilles employés par l’EFEO, la Société Indochinoise …)
Albert Sallet anime une important équipe d’érudits annamites qui maîtrisent parfaitement les deux langues…et plusieurs écritures dont le Nôm, le quoc Ngu et le cham. Ils seront les indispensables interprètes et traducteurs sans lesquels rien n’est possible. Ces mêmes secrétaires sont aussi à la disposition de la Résidence Supérieure. Au demeurant,  les « Résuper » successifs participent directement aux différentes missions confiées à Sallet : en particulier l’enquête officielle qu’il mène auprès des villages du Vietnam Central, et celle que lui confie le Gouverneur Général Pierre Pasquier sur la Pharmacopée sino-annamite en Annam  (voir le détail de ces missions sur ce site : « Fonds Sallet – Enquêtes systématiques en Annam »). Sallet est lui-même un excellent interprète, diplômé de langue annamite. Il peut aussi compter sur beaucoup d’ AVH qui, comme lui, maîtrisent le quoc ngu, au premier rang desquels des prêtres des Missions Etrangères de Paris : Léopold Cadière, les frères De Pirey, le Père Morineau, le père Lefaki….
La personnalité d’Albert Sallet est toute de convivialité et de bienveillance, qui se prolongeront  parfois de véritables liens d’amitié et de fidélités étonnantes, qui traverseront toutes les épreuves. Les R. P. Caius et Léopold Cadière, Louis Finot, Laurent Gaide, Victor Goloubew, Guillon, Paul Hermant… lui seront fidèles jusqu’à sa fin en 1948, alors qu’il termine sa vie près de sa sœur à La Souterraine. Ce besoin continue de conserver ses liens sera toujours une priorité. Il est profondément fédérateur. Ainsi, après avoir définitivement quitté l’Indochine en 1931 pour entamer sa nouvelle vie, toulousaine, il organise avec Gilberte Coral-Rémusat, de véritables retrouvailles des savants orientalistes dans une Amicale « incongrue » (voir la correspondance de « l’ ASAL – Amicale des Savants et Artistes de Lafitte »)
 
Avant son départ définitif de Hué, les anciens de l’AAVH avaient bien compris cet indispensable besoin de ne pas rompre avec ses collaborateurs et amis. Dans la dernière réunion d’adieu au Palais Tan Tho Vien, ils lui avaient conféré le titre de « Représentant des Amis du Vieux Hué en France ». Rôle qu’il tiendra, malgré l’immense tâche toulousaine à accomplir. De loin, il continuera à faciliter, par ses liens très étroits avec les Morin, les missions et recherches des savants et chercheurs.