Jean Haelewyn

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Jean Haelewyn (18 septembre 1901 – 23 août 1945)

Mort pour la France

Hélène Péras
Extrait de l’article du bulletin de la NAAVH N°9 (Avril 2005)

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   Dans l’univers de la longue et profonde nuit
    Grâce pour ceux qui flottent dans l’obscur
    Pitié pour toutes les âmes des morts
    Seules à la dérive loin de la terre natale
                                                                                               Nguyên Du – Oraison pour les âmes errantes
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Qu’ils dorment tous, en paix sur ces terres qui,
     pour eux, jamais…jamais…ne seront étrangères.
                                                              Hélie Denoix de Saint Marc

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Loin de la terre natale mais sur le sol de cette Indochine à laquelle il s’était profondément attaché, Jean Haelewyn, Résident Supérieur en Annam, est mort en martyr, à quarante-quatre ans, le 23 août 1945, assassiné par les Japonais, en même temps qu’Edouard Delsalle, Inspecteur en chef des Affaires administratives et son frère Abel Delsalle, Inspecteur chef de la Garde indochinoise.
Il y a de cela soixante ans. Nous sommes en cette même année du Coq où s’acheva tragiquement ce “rêve indochinois” qui fut, pour beaucoup, le seul réel et le sens de la vie.
Cet essai biographique n’a d’autre but que de sauvegarder et de rendre partageables les traces d’un destin, celui d’un fonctionnaire exemplaire, totalement engagé dans sa lourde tâche.

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L’origine, les années d’étude.

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Jean Haelewyn est né à Bordeaux, le 18 septembre 1901. Son père, Paul Haelewyn, a vingt-deux ans, il est étudiant en dernière année de médecine à l’Ecole de Santé navale. Il est originaire de Wormhoudt (Nord).  Sa mère, Jeanne Landreau, a 23 ans. Paul Haelewyn passe sa thèse en 1902 et commence sa carrière dans le service de santé, qui le conduira successivement à Cayenne, à Madagascar, au Cambodge, au Laos où il sert de 1911 à 1920, enfin en Algérie, à Philippeville, où il prendra une retraite anticipée, avec le grade de médecin-commandant. Il continuera toute sa vie à exercer la médecine, soignant les habitants arabes des quartiers pauvres. Jeanne et Paul Haelewyn rentrés en France au printemps 1962, mourront tous deux à quelques semaines d’intervalle pendant l’été 1962, quelques mois après leur retour.
L’enfance de Jean Haelewyn, se passe dans sa famille maternelle, à Libourne et à Montpellier, puis il entre au Prytanée National Militaire, à la Flèche, à quatorze ans, en 1915. Il en sort en 1919, bachelier es lettres–philosophie, commence à Paris ses études de droit et, au terme d’une année en division préparatoire passe, en 1920, le concours d’entrée à l’Ecole Coloniale où il est admis dans la Section indochinoise.
Devançant alors l’appel il fait son service militaire d’octobre 1920 à septembre 1921, dont neuf mois en Indochine (10ème RIC). Puis il revient à Paris terminer sa licence en droit et accomplir ses deux années d’études à l’Ecole Coloniale.
Il est breveté en 1923, sixième au classement général, cinquième pour la section indochinoise.
Nommé Elève administrateur, il se marie à Toulon, le 19 juillet 1923, avec Charlotte Barriga et s’embarque à Marseille le 13 septembre pour rejoindre son premier poste, au Laos.

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Ecole Coloniale – Salle 15 – 11 mars 1922

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Les étapes de la carrière (1923-1945)

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Sa première fonction est celle de Secrétaire particulier du Résident supérieur au Laos (Bosc). Il sera à ce poste pendant un an puis, Administrateur adjoint de troisième puis de deuxième classe il est, dès 1925, en Annam où il va demeurer huit ans : à Bái Thượng d’abord, comme Délégué puis, en 1926-27, à Huế où il occupe le poste de Délégué auprès du Ministère de l’Intérieur.
1928-29 est l’année de son premier congé en France. Il assure les fonctions de Chef de Cabinet du Directeur de l’Agence économique et de Chef du Service de la Documentation et de la Propagande à l’Agence économique et, revenu à Hué, celle de Chef du premier Bureau de la Résidence Supérieure.
Sa santé est à cette époque très dangereusement éprouvée par une maladie tropicale dont seule le guérira, à son retour en Asie, la médecine traditionnelle vietnamienne.
Administrateur adjoint de première classe en 1929-30, il assure, à partir d’avril 1930, l’intérim de Léon Sogny, comme Chef du service de la Sûreté en Annam, fonction qu’il cumulera, au début de 1931, avec celle de Chef de Cabinet du Résident Supérieur (Châtel), poste auquel il demeure en 1932, après sa promotion au grade d’Administrateur de troisième classe.
(Notons au passage qu’en 1930 il est trésorier de l’Association des Amis du Vieux Hué à laquelle il avait été admis le 27 juillet 1927 avec,  pour parrains, MM. Fries, Résident Supérieur, et Cosserat).
En congé en France en 1933 il est, en 1934, Chef de Cabinet du Gouverneur Général (Robin). Dans cette fonction il est affecté quelques mois à Saïgon, puis à Hanoï  en 1935- 1936, année pendant laquelle il exerce également la fonction de Directeur des affaires économiques et administratives et où il accède à la deuxième classe de son grade.
C’est en 1937 que lui est confiée, pour la première fois la responsabilité d’une province, celle de  Bac Ninh.

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AP3990 AAVH Péras – Bac Ninh, 1937 – Jean Haelewyn, Résident de France à Bac Ninh, avec le Tong Doc de Bac Ninh

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En congé en France en 1938, il est en mission avec la fonction de Secrétaire à la Commission d’enquête des Colonies.
À son retour, en 1939, il est nommé Résident de France à Ha Dông et, en 1940, Chef de Cabinet du Résident Supérieur au Tonkin (Rivoal).
Administrateur de première classe en 1941, il est Chef de Cabinet du Gouverneur de la Cochinchine (Rivoal), puis Directeur de Cabinet du Gouverneur général de l’Indochine (Amiral Decoux).
C’est en Décembre 1942 qu’il est nommé Résident Supérieur au Tonkin. Assurant d’abord cette fonction à titre intérimaire, il est titularisé le 16 Mars 1943.
Il restera à peine deux ans à ce poste avant d’être appelé à succéder à M. Grandjean à la Résidence Supérieure en Annam. Il prend ses fonctions à Huế fin 44. C’est là que le coup de force japonais du 9 mars 1945 viendra, non pas le surprendre car il le redoutait, mais faire de lui, comme de bien d’autres, le témoin et la victime de l’effondrement tragique de la présence française en Indochine.

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A g. AP3991 AAVH Péras – Bac Ninh, Phu Dong, 1937 – Le Résident de France avec les autorités de la Province. A dr. AP3992 Péras – Ha Dong, 1939 – Jean Haelewyn avec le Tong Doc Vi Van Dinh en tenue de cour, qui attend que lui soit remis le Brevet Impérial afférent au titre de noblesse qui lui a été conféré.

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Qui était Jean Haelewyn ?

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À sa sortie de l’Ecole Coloniale en 1923, le Directeur de l’Ecole notait :
« Beau et grand garçon d’apparence un peu délicate mais robuste. Très droit et très franc, Haelewyn est un très gentil camarade et a été un très bon élève. Respectueux de ses professeurs et de l’administration il savait rester très digne et conservait sa personnalité.
Travailleur assidu…de très bonne éducation et de très bonne tenue, était aimé de tous, professeurs et camarades »
Tous ceux qui l’ont approché ont été, en effet, frappés par sa beauté, son rayonnement, son affabilité. Colette Haelewyn disait de son père qu’il était un être « solaire ».
C’était aussi un travailleur scrupuleux, luttant contre la fatigue, ne cédant pas au découragement, soucieux à l’extrême de ceux dont il avait la charge.
Hormis les témoignages oraux et les quelques photographies préservées, nous disposons de trois sources principales pour essayer d’esquisser les traits essentiels d’un homme d’abnégation et de courage : les notes administratives, la correspondance avec ses parents, le journal qu’il a tenu entre le 1er janvier 1944 et le 8 août 1945, date à laquelle ses geôliers japonais l’emmènent, avec Edouard et Abel Delsalle pour la longue route dont nous connaissons l’horrible terme.

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Les notes

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Nous en citerons quelques-unes. Elles ont toutes la même tonalité.
Dès sa première affectation, le Résident Supérieur au Laos (Bosc) le dit « plein de zèle et de bonne volonté, intelligent, instruit ».
Le Résident supérieur en Annam (Pasquier) écrit en 1926 :
« Jeune administrateur, travailleur, intelligent, instruit, d’une correction et d’une tenue parfaites, remplit à mon entière satisfaction les fonctions de Délégué auprès du Ministère de l’Intérieur ».
Ce que confirme, en 1927, le Résident Supérieur Fries : « Depuis qu’il remplit les délicates fonctions de Délégué auprès du Ministère de l’Intérieur, Monsieur Haelewyn a fait montre de sérieuses aptitudes : ordonné, jugement sain, prompt à concevoir, travaille beaucoup… »
En 1930, le Résident Supérieur Le Fol écrit : «  M. Haelewyn a toujours mérité les notes les plus élogieuses. Intelligent, instruit, entièrement dévoué à sa tâche, il assure, par intérim, depuis le mois d’Avril dernier l’emploi particulièrement difficile et chargé en ce moment de Chef de la Sûreté ».
En 1932, le Résident Supérieur Châtel note : «… En vieillissant dans le métier de Chef de Cabinet il ne fait que gagner en valeur, car il garde toutes les charmantes qualités du fonctionnaire jeune, en y joignant le sérieux, la maturité d’esprit et le caractère que donne l’expérience de l’âge. M. Haelewyn s’annonce comme un administrateur devant faire une carrière tout spécialement brillante ».
« Aimable, distingué, instruit, dévoué à sa tâche…Belle intelligence ouverte » écrit en 1935 le Gouverneur Général Robin dont il est le Chef de Cabinet.
Les mêmes éloges reconnaissent les qualités déployées lors de ses premières fonctions à la tête d’une province, celle de Bac Ninh, en1937 où il a eu « à faire face à une situation difficile par suite de plusieurs ruptures de digues ayant entraîné la submersion des trois quarts de sa province ».
En 1940, le Résident Supérieur au Tonkin (Rivoal) écrit : « Fonctionnaire d’élite, alliant dans un heureux équilibre les qualités de l’intelligence, du cœur et du caractère. M. Haelewyn réussit aussi bien comme Chef de Cabinet que comme chef de province. Est très aimé et estimé des populations indigènes ».
La dernière note administrative dont nous disposons est datée du 17 septembre 1942 et signée de l’Amiral Decoux :
« M. Haelewyn remplit depuis plus d’un an auprès de moi, dans les conditions les plus délicates et les plus difficiles, les fonctions de Directeur de Cabinet.
Je n’ai eu qu’à me louer en toutes circonstances de sa puissance de travail, de son intelligence, de ses belles qualités de droiture et de dévouement. Arrivé très jeune à la première classe de son corps, ce remarquable fonctionnaire possède désormais les titres et  qualités nécessaires pour prendre la tête de l’un des pays de l’Union ».

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La correspondance

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Les lettres adressées à ses parents entre 1930 et 1944 permettent de mesurer tout l’effort sur soi qu’exigeait  le travail qui lui était confié. Elles révèlent une personnalité certes consciente de ses qualités mais dénuée d’orgueil, une lucidité critique alliée pourtant à une bienveillance, à un sens très fort de l’amitié, une perception aiguë de la gravité des évènements, un souci de justesse et de prudence dans l’action, une préoccupation dominante d’assurer  la sécurité des populations.
De Hué, le 29 octobre 1930, alors qu’il assure l’intérim de Léon Sogny, et que le pays est soumis à l’agitation politique que l’on sait, il écrit :
« Je mène une vie de brute, pas une minute de tranquillité, pas de repos et le souci d’une assez lourde responsabilité…C’est du bon travail, mais quel métier ! Heureusement que Sogny reviendra probablement en mars ».
Le 22 décembre 1930 :
« La tâche du service reste écrasante. .. Si je réussis à tenir le coup sans échecs graves je ne pense pas que l’on m’en saura gré mais je pourrai tout de même en tirer une satisfaction personnelle ».
Le 11 février 1931 :
«  Ici, je mène toujours la même vie de galérien : dix heures de bureau par jour, …J’attends toujours l’arrivée de Sogny…peut-être en juin, peut-être en septembre…Le métier présente de l’intérêt mais il y a par contre des corvées pénibles que je ne tiens pas à assurer plus longtemps… » .
« La situation politique s’est beaucoup améliorée dans le Nord Annam…mais l’incendie éclate maintenant dans le Quang Ngai … Les mesures prises ont permis de rassurer la masse de la population paisible ».
De Hà Đông, le 19 août 1939, il pressent :
« S’il y a conflit en Europe on peut être certain d’avoir des complications ici avec le Japon dont l’attitude devient de plus en plus arrogante et odieuse ».
Quand la guerre éclate, il souhaite être relevé de ses fonctions et mobilisé mais il est affecté à son poste. Le 30 novembre 1939, il s’inquiète : « Je voudrais bien que cette situation ne se prolonge pas indéfiniment Il est vrai que même en France de nombreux types de mon âge, non officiers –il n’est que sergent de réserve –  ne sont pas encore mobilisés ou, en tout cas, le sont à l’arrière. J ‘attendrai donc philosophiquement que l’on m’appelle ».
En fait, malgré son désir, il restera affecté spécial.
Après la défaite de 1940, les lettres, acheminées avec difficultés, témoignent de l’isolement des Français d’Indochine, de l’angoisse au sujet des proches, des efforts constants pour protéger autant qu’il est possible le pays de l’avidité et de l’agressivité latente de l’occupant japonais.
De Saïgon, le 1er janvier 1941, il s’inquiète des conséquences que peuvent avoir les imprudences commises par les mouvements de résistance :
«… comme si dans la situation où nous nous trouvons ici, on avait un autre devoir que travailler dans le calme et la discipline et…attendre.
Les Japonais sont là qui ne cherchent qu’un prétexte pour intervenir et mettre le grappin sur tout ce qui leur manque et que pourrait leur fournir l’Indochine. Nous devons donc éviter toute désunion qui leur fournirait un motif …
Nous avons aussi les Siamois qui, tels les chacals, ont voulu ronger leur  os… »
Dans la même lettre il se réjouit de la nomination  de Georges Gautier à la fonction de Résident Supérieur : « Savez-vous que mon camarade de promotion Georges Gautier vient de passer Résident Supérieur. J’en ai été heureux. C’est un avancement formidable et inattendu mais il est allé au plus digne et au meilleur ». (Gautier était sorti major de leur commune promotion en 1923).
 Le 20 du même mois il répond à une lettre reçue :
« Je ne peux vous dire avec quelle joie on se hâte de lire les nouvelles qui nous arrivent. Dans les circonstances actuelles on a l’impression que le lien qui nous unit à l’Europe, à la famille est tellement ténu  et fragile !. les lettres qui arrivent donnent l’impression que tout de même on n’est pas complètement isolés…Les Japonais continuent à être inquiétants. Les dents leur poussent tous les jours. Au point de vue économique ils voudraient une mainmise totale sur l’Indochine qu’ils paieraient en monnaie de singe…Et ils laissent clairement entendre que nous ne sommes pas en mesure de discuter. Si l’Amérique ne montre pas carrément les dents on se demande où ils s’arrêteront.
Pour le moment ils se contentent des bases du Tonkin. Mais le Sud leur serait utile pour pouvoir le cas échéant agir contre Singapour, les Indes Néerlandaises ou les Philippines. On peut toujours s’attendre à les voir s’amener ici. Dieu nous en garde !
…Au point de vue intérieur…le calme est revenu …La population indigène respire… ».
Le 29 mai 1941 il commente les dures conditions du traité franco-siamois.
Le 28 juin1941, de Dalat, il exprime son regret : il va falloir « quitter la Cochinchine, le pays le plus attachant de tous ceux où j’ai servi ».
La dernière lettre dont nous avons connaissance est écrite à Huế, le 6 octobre 1944 :  « Sans nouvelles de vous depuis deux longues années bientôt… Je suis à Hué depuis un mois…Courage… ». Elle a été postée à Paris, nous ne savons pas par qui, le 30 janvier 1945 et n’est parvenue à Philippeville  que le 31 janvier.

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Le journal.

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Précieusement conservé par son épouse puis par sa fille Colette, il est écrit à Hanoï du 1er janvier au 2 septembre 1944, puis à Huế  jusqu’au 4 avril 1945, enfin pendant la captivité à Dông Hà jusqu’au mercredi 8 août 1945.
Nous ignorons si, antérieurement, Jean Haelewyn avait déjà eu l’habitude de tenir ainsi une chronique journalière mais celle-ci, en ces deux années dramatiques, semble bien avoir répondu à une nécessité intérieure profonde : ne rien oublier, pouvoir un jour témoigner ou laisser un témoignage, tenir, aussi, traverser l’épreuve en restant soi-même.

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HANOÏ-HUE

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Rédigé dans une langue à la fois élégante et familière, ce cahier relate à partir du 1er janvier 1944, les activités quotidiennes du Résident supérieur au Tonkin, les entretiens avec les responsables civils et militaires, les tournées, les discussions « fermes » avec les Japonais, les inquiétudes, les bombardements, les incidents à la frontière chinoise, les disparitions énigmatiques,  et aussi, le six janvier, la mort de Madame Decoux dans un accident de voiture.
En février les bombardements s’intensifient, le 16 février il note :
« La destruction des ateliers de Truong Thi, le transbordement entre Dong Hà et Quang Tri placent le Tonkin dans une situation critique. Les tonnages de riz  attendus de Cochinchine ne pourront arriver. Déficit probable pour la soudure : 10 000 tonnes. Des économies permettront sans doute de le réduire à 3000 tonnes mais ce sera sévère. Envois par jonques en cours d’étude ».
La préoccupation du ravitaillement revient souvent. Elle revêt bien des aspects, par exemple :
« Recueilli de mauvais bruits, confirmant renseignements déjà reçus sur le fonctionnement du comptoir des céréales. Enveloppes distribuées abondamment par les commerçants chargés du ramassage … » ou encore, le 22 : « quelques plaintes pour la viande. Que diront les gens quand les camions manqueront tout à fait » et le 23 : « Les Japonais renforcent leurs troupes au Tonkin, et les coupures de la voie ne leur permettent pas de faire venir le ravitaillement. Ils demandent donc au Tonkin de leur fournir chaque mois 1400 tonnes de denrées : riz, paddy, son, sucre, sel. Fait un exposé de la situation : il manquera au Tonkin 2000 tonnes pour faire la soudure…Je puis fournir tout juste 10 tonnes de sel… ».
Pendant tout le mois de mars, les bombardements se répètent, Lang Sơn, Cam Pha, Haiphòng,
Le 18 mars : « Hué bombardé : ils ratent heureusement le pont de chemin de fer. Pas de victimes ».
Le 8 avril : « Après avoir tournoyé vers le Sud, une dizaine d’avions se dirigent sur Hanoï qui est bombardé. Une soixantaine de morts, 150 blessés. Tel est le bilan. Sauf une bombe au Sud…tout est concentré de part et d’autre de la voie ferrée (qui n’est pas touchée) depuis l’hôpital Yersin (atteint par éclats) jusqu’au quai. Place des Cuirs une bombe sur une tranchée. Nombreuses maisons détruites…Dans la citadelle nombreux bâtiments militaires démolis…Accompagné l’Amiral sur les lieux. Fonctionnement parfait des services de défense passive. Le soir visite aux blessés à Yersin et Lanessan. L’après-midi alerte, r. à s. »
Dans la nuit du 8 au 9 : « alertes toute la nuit, vagues nombreuses sur Tonkin et Nord Annam, r. à s. « .
Le 20 avril, pour la première fois, est évoquée la perspective de la mutation à Huế : « L’Amiral me reparle de la succession Grandjean…[Il] ne paraît pas avoir d’hésitation quant à son remplaçant. J’irai à Hué, Chauvet me succédera. En somme c’est la continuation de la tuile. Que vais-je aller faire dans cette galère ?», et le 22 : «… L’Amiral me demande si je vois une autre solution que celle de ma nomination pour Hué. Je suis bien forcé de reconnaître que la décision est logique. Il faudra donc plier bagages ».
Au cours des mois suivants, avril, mai, juin, se poursuivent les tournées  dans tout le Tonkin, les villes, les villages, les postes militaires. Les bombardements continuent, parfois très meurtriers.
Le 5 mai : « …  Saïgon bombardé vers 21h. 30. Avions venus par mer du Kwang Tung : une bombe isolée sur le théâtre. Axe : Chi Hoa, gare de marchandises, Khanh Hoi. 200 morts… ».
Le 12 : « Bombardement de Phu Lang Thuong :13 morts 18 blessés… »
Continuent aussi les discussions avec les Japonais, ainsi le 20 mai :
« Entretien avec Minoda, toujours à la recherche de 5000 hectares supplémentaires de terrains à jute. Discussion âpre. J’offre 1000 ou peut-être 2000 hectares de terrains de lit majeur. Il m’accuse de manquer d’esprit de collaboration. Finalement après des échanges de paroles aigres douces, il part en déclarant que Tokyo n’est pas d’accord sur le prix, et ne donnera son accord que quand on lui aura donné de quoi faire 10000 tonnes. On verra bien ». De même, le 9 juin : «  Reçu M. Minoda. Toujours exigeant. Demande 8.400000 piastres de change pour paiement du jute, et, c’est le plus beau, 500 f. sur notre récolte. Promis de câbler à Dalat pour les piastres, et répondrai lundi pour les 500 f. que bien entendu je n’ai pas l’intention de lui donner ».
Le 6 juin, on lit  (et l’on peut supposer que c’est le visiteur qui a apporté la nouvelle) :
« Visite de SE Yoshizawa. [Débarquement allié en France] ».
Dans la suite du journal ne figure aucune mention des opérations en France, des combats, de la libération. Le journal est interrompu entre fin juillet et la mi-août 1944. Il reprend le 20 août, avec la notation rapide d’une conférence de trois jours à Dalat, d’une visite à l’Empereur à Hué, des préparatifs de la passation de service, des entrevues avec les généraux Sabatier et Aymé. Il s’inquiète d’un manque de prudence : « J’apprends que la garnison de Tong se livre aux exercices d’alerte et attire l’attention de tout le monde. Avec tout cela c’est bien le diable si les Jap. un de ces jours ne s’énervent pas et ne nous font pas un coup de Jarnac… ».
Le 2 septembre 1944, a lieu la passation de service.  Chauvet est très ému «…quant à moi, je crâne. Mais j’ai tout de même fourni ici un trop gros effort pour ne pas m’être attaché peut-être même à cause des difficultés vaincues, et aussi, regret de partir au moment où cela va sans doute devenir sportif ».
J’aurai passé 21 mois au Tonkin ! C’est tout de même bien peu dans les circonstances actuelles pour laisser une empreinte.
À 13 h. une alerte d’adieu : sans attaque.  À 14 h. nous partons… ».
Il arrive à Huế le 4 septembre 1944 après un arrêt à Quảng Trị où S.E. Phạm Quynh est venue le chercher. Visites au Conseil des Ministres, à l’évêque, Monseigneur Drapier, à la famille du Régent qui vient de mourir et dont les obsèques auront lieu le 17 septembre.
Les 5 et 6 septembre : « Visites nombreuses, dont S.E. Pham Quynh qui brosse un tableau du mandarinat…Il y a du vrai…. Parlant de l’Empereur :“C’est un homme qui s’ennuie…”. Je fais remarquer que ce serait justement une raison de s’intéresser davantage aux affaires de l’État ».
 Première visite à Sa Majesté le 18 seprembre. Le premier Conseil des Ministres se réunit le 20. Puis commencent les déplacements à travers le pays secoué en octobre  par un typhon qui rend des routes impraticables. Il se rend à Saïgon en novembre, à Hanoï en décembre 1944 et au début de février 1945. Les raids aériens continuent.  Fin février, il note : « Etude instructions spéciales… » puis : « Pris mesures pour ravitaillement Nord Annam et Tonkin ».
Les 7 et 8 mars 1945 il est en déplacement dans la province de Quảng Trị. Il rentre à Huế le 8 mars dans la soirée. Le journal, dès lors, apporte une relation, heure par heure, des événements. Ce témoignage historique mérite d’être très largement cité.
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Le coup de force japonais

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Vendredi 9 mars 1945 :
« Humbert m’apporte un télégramme de Sûreté Hanoi, indiquant possibilité d’un coup de force japonais avant le 10 mars. Convoqué aussitôt le Colonel Ragot, en l’absence du Général, pour savoir si l’autorité militaire a reçu des indications et prend des mesures. Vu Ragot à 14h.30. Il est lui aussi dubitatif. Envoyé un télégramme aux provinces pour les mettre en alerte et les inviter à se rapprocher de l’autorité militaire. »
Dans l’après-midi vu le Colonel Richaud pour mise au point des instructions à donner en cas de coup de force japonais. Elles ne partiront d’ailleurs pas.
Vers 21h.10 : le Colonel Ragot me fait prévenir par le Lieutenant Hamelle qu’il a reçu coup sur coup les télégrammes annonçant tension, et attaque brusquée.
Convoqué aussitôt David : il arrive immédiatement prend les ordres et repart. Dans le jardin il tombe sur une patrouille japonaise qui s’est infiltrée on ne sait comment. Il est fait prisonnier et s’échappe quelques minutes après, lorsque, la fusillade commençant, les Japonais le lâchent pour prendre un dispositif de combat. Il rentre à la brigade et met des renforts en place dans les différents emplacements prévus et me rend compte par téléphone.
Pendant ce temps ai essayé de téléphoner à Humbert que j’ai au bout du fil et qui se rend chez moi, mais est fait prisonnier en route. Impossible d’avoir Ecarlat : on saura par la suite que la poste a été occupée.
Vers 21h.30 : Destenay me téléphone (ligne directe) que la gare est attaquée et qu’il se replie sur la brigade de Thua Thien. La fusillade a en effet commencé et durera toute la nuit. Le blockhaus Nord ouest de la  Résidence Supérieure semble avoir été annihilé rapidement. La brigade et le blockhaus du garage tiennent.
À la caserne de la Légation, feu violent. Les autos mitrailleuses et les tanks sortent à plusieurs reprises. Combat de mitrailleuses et de mortiers.
Dans la nuit la brigade de la Garde Indochinoise peut encore téléphoner : Hamon, Le Bail, Filipecki, et un sous-officier français qui n’a pu rejoindre son corps encadrent solidement les hommes. David dont on est sans nouvelles a été tué d’un coup de baïonnette comme on  le saura plus tard.
Dès vingt trois heures, plus aucune liaison avec l’extérieur
À plusieurs reprises des détachements japonais essayent de se faire ouvrir les portes de la Résidence Supérieure, sans d’ailleurs trop insister, et se retirent après quelques coups de crosse. Heureusement, car la terrasse Sud domine la Légation et permettrait d’installer des armes qui rendraient la Légation intenable ».
Lundi 10 mars :
« Jusqu ‘au jour, le feu continue violent.
Des troupes japonaises ont pris position dans le jardin de la Résidence Supérieure et attaquent la caserne de la Légation par sa face la moins défendue. De nombreuses balles de la Légation frappent l’hôtel de la R.S. Sans dégâts.
De sept heures à neuf heures le combat continue puis la Légation se rend vers neuf heures.
À neuf heures 30, les troupes japonaises après avoir fait sauter à coups de feu la serrure de la cuisine, où sont réfugiés plusieurs domestiques cachés sous les fourneaux et les tables, forcent la porte de la R.S.
Je descends immédiatement, et suis fait prisonnier par deux soldats japonais, baïonnette au canon qui m’emmènent devant l’entrée de mon bureau. Caméra et photographes ! Déjà.
Le capitaine Araï, très correct, m’informe que la Légation s’est rendue et me demande par l’intermédiaire d’un interprète annamite de donner l’ordre de cesser le feu partout. Je réponds que je puis le faire en ce qui concerne la brigade de la G. I. mais non l’armée qui n’est pas sous mes ordres.
Je rentre dans mon bureau et rédige l’ordre de cesser le feu pour les Brigades de la G.I.
Pour la R.S., qui interdit toute approche, l’ordre pourra être transmis et exécuté à 11h 10.
Les gardes du blockhaus “ garage ” sont prisonniers dans le jardin. Ils ont tenu jusqu’au matin, mais ont eu des blessés par l’éclatement de caisses de cartouches.
À 10h.30 arrivent le Colonel Kawaï, le consul Urabe, le vice-chancelier Yamasaki. Le colonel Kawaï m’invite  à ne pas quitter mon bureau et met un poste de garde dans la salle d’attente. Le consul Urabe “ me tient compagnie ” : j’apprends par lui que la veille, dans la soirée, l’Ambassadeur Matsumoto a conféré avec l’Amiral Decoux et exigé dans les deux heures le désarmement des troupes françaises. L’Amiral ayant refusé, les troupes japonaises ont opéré immédiatement. L’Amiral est prisonnier à Saïgon. Toujours de la bouche d’Urabe j’apprends que M. Yokoyama est arrivé à Hué dans la nuit venant de Saïgon et se trouve au Consulat. Mais toute la mission diplomatique  est aux ordres de l’armée qui, seule, commande.
J’insiste pour les soins aux blessés de la G.I. et pour que le cadavre qui se trouve devant la R.S. soit enlevé. Il ne le sera que le soir et on apprendra que c’est celui du jeune Harter, tué le 9 au soir en essayant de rejoindre son poste au bureau du chiffre.
Un soldat japonais transporte sur son dos un caporal de la G.I. blessé au pied, et l’emmène à l’hôpital.
Vers 13 heures, Yamasaki vient voir le Consul. Dans sa voiture, Buscail avec qui je puis échanger quelques mots, m’apprend que la G.I. de Thua Thien tient toujours et qu’il va essayer de faire porter mon ordre. Il le fera effectivement en risquant plusieurs fois sa vie et le feu cesse vers 15h.30. Il aura été très meurtrier pour les Japonais.
Vers la même heure le feu cesse au Mang Ca, qui a été copieusement arrosé par des mortiers ou de l’artillerie légère japonaise. Toute résistance a donc cessé à Hué, vers 15h.30 ou 16 heures. Urabe, qui s’impatiente envoie un soldat aux nouvelles. Sans espoir. Il y va lui-même, vers 15 heures, mais comme le feu n’a pas encore cessé ne peut dépasser l’hôtel Morin.
Finalement, après m’avoir enfermé, il s’en va vers 16h.30 “ prendre des ordres” .
Je lui demande officiellement de bien vouloir transmettre à l’autorité militaire japonaise qualifiée, mon désir de prendre contact sans délai avec un représentant nippon pour discuter avec lui toutes mesures propres à sauvegarder les intérêts de la population, assurer les soins aux blessés, la sépulture aux morts.
À 19h.30, M. Urabe revient, assez gêné, M. Yokoyama, me dit-il a beaucoup de travail ; d’autre part, il est subordonné au Commandement japonais, qui n’a pas encore fait connaître ses décisions.
Je dois cependant, me dit-il, me considérer comme un “interné politique”, l’Armée japonaise prenant la charge et la responsabilité de toute l’Administration et de la défense du pays.
J’insiste à nouveau, mais en vain, pour traiter toutes questions concernant la population et en particulier le sort des familles et des fonctionnaires. Sans succès. Il est certain que les civils japonais ne peuvent prendre aucune décision. Je suis autorisé à regagner mes appartements ».
 Dimanche 11 mars :
« Reçu à neuf heures le compte rendu de l’Inspecteur Filipecki :
3 tués : Inspecteur David, Adjudant Tran Anh Chau(1896), Adjudant Quan (1930), 9 blessés…
Envoyé aussitôt une note à M. Urabe demandant à nouveau une entrevue avec les autorités japonaises et insistant pour que des mesures soient prises promptement en vue de soigner les blessés, enterrer les morts et ravitailler la population. Aucune réponse mais le soldat qui a porté ma lettre revient avec une affiche manuscrite : “Visites rigoureusement interdites sauf autorisées” Signé : le Commandant en Chef des troupes japonaises.
Le Dr Haslé, cependant autorisé régulièrement par la gendarmerie ne peut pénétrer .
Dans l’après midi :
Un lieutenant accompagné de l’interprète Moryoshi et du Commandant Fauquenelle et de Buscail vient me voir pour me notifier que les familles des militaires et des fonctionnaires de la G.I. doivent être groupées à la Providence. Les intentions des Japonais à cet égard semblent d’ailleurs confuses, puisqu’ils envisagent également, mais vaguement, de regrouper toute la population française dans les deux lycées Khai Dinh et Dong Khanh.
L’adjudant de gendarmerie Sugiyama amène à la R.S. E. Delsalle qui y sera confiné et m’annonce également que A. Delsalle et Humbert seront aussi logés à la R.S. Ils arrivent d’ailleurs dans la soirée…
… J’apprends peu  à peu :
Qu’ont été tués :
Lieutenant Hamelle, Colonel Martin, Capitaine Barte ( ?), Commandant Ferrouillat, Capitaine Larbalétrier “suicidé”.
Sa Majesté a proclamé l’Indépendance. Le Gouvernement annamite a signé une déclaration conjointe ».
Lundi 12 mars :
« Aucune nouvelle. Dans la soirée A. Delsalle reçoit une convocation d’avoir à se présenter le 13 au matin aux Bureaux pour passer service et documents. La convocation est signée de SE Yokoyama, Conseiller Supérieur auprès  de l’Ambassadeur du Japon ».
Mardi 13 mars :
« Tout le personnel de la R.S. est convoqué par SE Yokoyama, qui installe à leur poste tous les fonctionnaires annamites.
À 11 heures je reçois la visite de SE Yokoyama qui me notifie officiellement que l’Armée japonaise a pris possession de toute l’Administration et de la défense du pays. Il me demande de bien vouloir lui remettre tous papiers officiels et clefs : ce que je fais en lui signalant qu’il n’y a plus rien d’intéressant. Il le comprend fort bien.
Je demande cependant à être tenu au courant de tout ce qui concerne la population française.
À ce moment M. Watanabe qui revient d’une conférence avec les autorités militaires annonce que celles-ci avaient l’intention de regrouper toute la population française dans certains quartiers, et désirent qu’un fonctionnaire français complète l’organe de liaison qui marche déjà avec Fauquenelle et Buscail.
Je réponds que je suis tout désigné pour être l’intermédiaire responsable entre la population et les autorités japonaises. J’essuie un refus courtois mais ferme. J’indique alors Destenay et proteste contre la façon dont il est traité : on m’affirme qu’on verra avec lui ce qui concerne Hué, qu’une intervention en sa faveur n’a pour le moment aucune chance d’être accueillie, étant donné qu’il a été capturé les armes à la main et que les Japonais ont contre lui de nombreux griefs.
Le Lieutenant Colonel Richaud est amené à la R.S.
À partir du 15 mars, la vie s’organise à la R.S. avec quelques incidents sans gravité… Dans l’ensemble traitement très courtois mais isolement assez rigoureux, coupé seulement par quelques visites de Haslé. Puis le Capitaine Araï est remplacé par le Capitaine Saito ; assez distant au début s’humanise peu à peu.
Nouvelles mondiales : offensive dans le Pacifique et sur le front européen.
Le 1er et 2 avril, obtenu du Colonel Kawaï les cartes pour les domestiques, leur permettant de circuler librement.
Le 3 avril, deux lieutenants japonais arrivent à 9h. et convoquent les deux Delsalle, Humbert et moi-même pour nous notifier que nous sommes transférés au bungalow de Dong Ha avec nos familles. Le départ aura lieu le jour même. L’armée japonaise fournira un camion par famille et autorise aussi un domestique par famille. Consternation, puis discussion. Aucune réponse satisfaisante : on obtient seulement de ne partir que le lendemain matin. Puis ils montent prévenir le Colonel Richaud qu’il devra retourner au Mang Ca avec les autres officiers prisonniers.
Bagages toute la journée…D’ores et déjà on prévoit que le séjour sera sévère…
Le 4 avril : Bagages prêts. À neuf heures les camions arrivent. À ce moment Humbert est avisé qu’il ne vient pas avec nous et est transféré à la Gendarmerie japonaise.
Embarquement laborieux des bagages.  À onze heures départ, en cinq camions. Nous sommes escortés par notre poste de garde.
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La captivité à Dông Hà

E
Arrivée à Dong Ha vers 14 h. Lamentable… Pas de vitres aux fenêtres, pas de matelas pour tous les lits, pas une porte ne ferme. Pas d’eau…Une crasse invraisemblable. Un sergent parlant anglais nous reçoit assez mal, nous prenant sans doute pour des criminels… »
… « Le 5 et le 6 se passent à s’organiser vaille que vaille : coltinage des caisses…on achète jarres, balais, on nettoie, on range. Ce n’est pas un mince travail. Le bungalow est un tas d’immondices ».
Le 7 avril : «  Visite du Colonel Kawaï : demandes d’explications pour les objets qui se trouvent à la R.S.. Comme je lui fais remarquer que je suis traité plus sévèrement que les autres Français de Hué il me répond que c’est à cause de ma situation prépondérante et qu’il regrette “de ne pouvoir me donner une installation aussi luxueuse qu’à la Résidence Supérieure ”…Il m’offre alors la maison Cléret proche du bungalow de Dong Ha, pour nous seuls. Je décline. Je ne puis laisser tomber les Delsalle. Bref, rien ne permet de conclure que notre séjour ici touche à sa fin ».
Le 8 avril : « Le Capitaine Hiromoto vient, sans conviction semble-t-il, renouveler l’offre de la maison Cléret. Refus discret mais ferme…
L’état de notre logis n’a plus rien à voir avec ce qu’il était à notre arrivée.
À noter pour l’avenir : Tenir la main à la bonne tenue des bungalows ».
Le 9 : «  Corvée de lavage. Rangement des caisses ».
Le 10 : …  « Conversation avec le sergent Wada, artiste peintre…Connaît Fujita et Sekiguchi. Nous montre les photographies de sa famille ».
Le 11 : « Les cinq prisonniers français qui se trouvaient à la poste (dont Faivre gérant du bungalow) sont transférés à Hué.
Jusqu’au 6 mai, séjour monotone. On s’organise pour tirer parti des faibles ressources locales et mener une vie à peu près acceptable bien que rude…
Pour passer le temps, je me mets au japonais : ceci me vaut quelque considération parmi la troupe, on échange quelques mots et de menus cadeaux. Le sergent Wada…s’humanise. Il est à peu près certain qu’il nous a tenus au début pour des gens dangereux, pour qu’on nous interne ainsi.
…nous obtenons successivement l’autorisation d’aller de temps en temps au village, puis nous baigner à la rivière, sous la garde débonnaire d’un soldat japonais…
En somme, reclus dans une caserne japonaise. Ceci me donne l’occasion de voir de près la vie militaire japonaise. Ne pas se tromper : le débraillé n’est qu’apparent…Tous sont gonflés à bloc, tous ignorants des nouvelles extérieures et tous sincèrement convaincus d’une absolue supériorité matérielle et morale du Japon et de son armée, qui doit leur assurer la victoire.
…À deux reprises visite du Colonel Kawaï. Il accepte de me rapporter de l’argent de Hué, me parle de la Résidence Supérieure aujourd’hui occupée par le Gouvernement annamite….
Sauf la mort de Roosevelt, rien à glaner de lui au point de vue nouvelles de l’extérieur.
Le 23 Avril, arrivée de Pauline Delsalle, venant de Dalat après un voyage mouvementé…avec la jeune Nicole G. des Fontaines. Nous apprenons par elles l’évacuation quasi totale de Dalat, …À Hué vie précaire, … quelques agressions dans les rues contre les Français. L’indépendance est un bien lourd fardeau !! Les médecins français ont été évincés de l’hôpital et les médecins militaires traités en prisonniers et internés au Mang Ca. Les Européens sont parqués dans un quartier…
…vie uniforme, sans contacts avec l’extérieur, sans informations. D’après les Japonais, Okinawa serait un échec total pour les Américains.
De temps à autre, 20 ou 30 Japonais partent…à la poursuite des détachements français qui tiennent la brousse au Sud de Khe Sanh en pleine région Moï.
Vers fin avril visite du Colonel Kawaï…Il nous donne une salle à manger plus convenable en déménageant le poste de garde. Nous avons en tout cinq pièces pour onze personnes. C’est un succès. Mais notre nouvelle salle à manger possède une ampoule électrique : luxe inouï.
Ce qu’il y a de certain c’est que maintenant règne une activité fébrile : creusement de trous individuels et édification d’abris pour sentinelles. Un détachement japonais rentre de la région moï ramenant cinq prisonniers français dont deux officiers minés par la fièvre. Parmi eux le capitaine O. .. à qui je puis dire rapidement bonjour, aussitôt interrompu par le caporal qui le surveille de près. Impossible de communiquer avec eux. Mais par la complaisance de quelques Japonais (soldat S.) nous leur faisons passer du café, du thé, des cigarettes. Au bout de trois jours, ils seront transférés à Hué » .
[En mai et juin : alertes aériennes, mouvements de troupes et de matériel, démarches pour obtenir la visite d’un médecin pour E. Delsalle, malade].
 Jeudi 14 juin :  … « Toujours aucune nouvelle de l’extérieur. Le temps paraît de plus en plus long ».
Samedi 16 juin : « Le Lieutenant de gendarmerie Fakioshi (ou Fuyoshi) accompagné de l’interprète Mizukami est venu de Hué pour me demander des renseignements sur l’organisation des F.F.I. en Annam. Je suis un peu sidéré. La gendarmerie japonaise semble ignorer que tout mouvement de ce genre se crée et s’organise en dehors du Gouvernement. Il me parle d’un ordre de constituer des F.F.I. datant d’août 1944 et que je n’ai jamais vu. Il prétend que des dépôts d’armes ont été constitués, que des explosifs ont été distribués, me demande quels étaient les ponts à faire sauter. Toutes questions auxquelles je ne puis évidemment rien répondre ne sachant rien. Entretien pénible et qui dure deux grandes heures, sans résultat.
Passage à Dong Ha d’une unité de cavalerie venant du Nord et de Chine allant vers le Sud, qui fait halte à Dong Ha pour la journée.
Le Médecin capitaine Y. Ianassawa s’occupe aimablement des malades. Homme courtois, bien élevé, médecin civil au Japon…
Toujours aucune possibilité de toucher de l’argent à Hué… ».
Dimanche 17 juin : « Vers 14h.30 un Liberator arrive du Sud, sans avoir été entendu. Je l’aperçois au-dessus de la voie ferrée. Mise à l’abri précipitée ; il lâche en passant une rafale sur on ne sait quoi et disparaît vers le Nord, semblant suivre exactement la voie ferrée. Bruit de mitraillage et de bombardement au Nord… »
Lundi 18 juin : «  Alerte vers 16h.30, pas de survol ».
Mardi 19 juin : « … Vers 19 heures, me promenant au seuil du bungalow je vois arriver un camion contenant sept prisonniers français. Impossible de leur parler ; à peine un signe. On nous refoule vers nos chambres mais comme on les conduit à la G.I., ils nous voient et paraissent sidérés de voir toutes ces familles françaises. On leur fait quelques signes. Là se borne l’entretien pour ne pas leur attirer d’ennuis. Ils sont destinés à Hué mais il y a des difficultés de communications ».
Mercredi 20 juin : « …alors que nous avons vu passer une grosse voiture, contenant des Japonais et un Européen, qui s’arrête chez le Capitaine…arrive Lagrèze (de la Shell). Il apporte 8000 piastres que la B.I. ..lui a confiées pour moi à tout hasard. J’apprends par lui que toutes démarches faites pour nous voir sont restées infructueuses. On lui confie une liste de médicaments qu’il tâchera de nous faire parvenir. Quelques nouvelles de la guerre : armistice allemand 7 mai. Ultimatum russe. Offensive prochaine. Espoir .
Deux officiers nippons viennent visiter la G.I. en prévision de l’arrivée de troupes. On transfère donc les prisonniers français près du marché. Parmi eux, le Lieutenant Colonel Dasque, malade. Un douanier du Laos. Un capitaine, le Sous Lieutenant Savary. Vers 16 heures, alerte…huit gros appareils passent haut au-dessus de la voie. Les Japonais énervés tirent une rafale de mitrailleuse et quelques coups de fusil, sans doute pour faire du bruit. On entend des détonations au Sud. Puis trois bombardiers passent escortés de deux chasseurs du  Nord vers le Sud. On pressent que le pont de Quang Tri en a pris un coup. Retour de cinq appareils Sud vers Nord, très haut, vers 17 heures.
Renseignements ultérieurs : il y a eu bombardement de Quang Tri : gare et pont atteints. Un des avions aurait été abattu . .. ».
Jeudi 21 juin : « ..Dans la soirée beuverie de nos gardiens. Puis vers 22 h. alerte… ».
Vendredi 22 juin : « Vers trois heures du matin un train part vers Quang Tri. Il emporte paraît-il les prisonniers français… ».
Lundi 26 juin : « Depuis le 22, le Liberator de service n’est passé qu’une fois loin au N.E. Nombreux mouvements de troupes de nuit, vers le Laos… ».
Mercredi 27 juin : « Dans la nuit du 27 au 28 des unités passent encore : camions venant du Sud, ainsi que de nombreux chevaux et des conducteurs annamites en grande quantité : Direction Laos. Depuis hier poste presque vide ; des Annamites montent la garde. Beaucoup sont Tonkinois et ne paraissent pas enchantés… Ce matin rencontré au puits “ le commandant ” probablement  Maeda, qui loge chez les Cléret.
Vers 12h.50 un avion venant du Sud-Est, probablement Lockheed, arrose et lâche quelques petites bombes sur la gare. Disparaît au Nord où l’on entend peu après une rafale de mitrailleuses.
…Le sergent-major Nakazawa (gendarmerie ?)…me demande la liste des personnes de notre groupe, par famille,avec indication âge et profession. Une de plus !
Vers 22h.30, le Lieutenant Yoshiyama ( ?) qui commande à Dong Ha en remplacement  du Capitaine Hiromoto s’amène accompagné du capitaine Araï. Très maigri mais tout à fait soufflé de nous retrouver en pareille condition. La “salle à manger” montre visiblement la médiocrité de toute l’installation. Bavardé jusqu’à minuit 30. Ragot est prisonnier. Capturé au Laos il a été transféré à Saigon. La Résidence supérieure serait devenue Résidence du 1er Ministre, et ce serait Tran trong Kim ancien inspecteur des Ecoles au Tonkin… ».
Jeudi 28 juin : « Matin : Le Colonel Araï visite notre installation et se montre de plus en plus choqué. Semble disposé à intervenir pour nous faire rentrer à Hué (ou à Quang Tri, mais cette solution est peu engageante).
Remis au Sergent Nakazawa le questionnaire avec liste des familles.
Les temps sont  mauvais. Ne pas parler à d’autres personnes etc…
Vers 15 h. un Liberator venant du Nord…fait trois passages sur Dong Ha, bombarde et mitraille les abords de la voie ferrée et de la gare. Trois bombes au Sud du bungalow entre celui-ci et la voie. Peut-être une vers la G.I. Eclats dans le jardin….Trois paillotes  flambent. Il n’y aurait pas de victimes.
Conclusion : drôle de séjour imposé par l’autorité militaire japonaise à des femmes et des enfants. Il est vrai  que ce n’est pas nouveau pour nous.
 Le Capitaine Araï repart pour Quang Tri. Il semble laisser quelque espoir de retourner à Hué.
À noter certains Japonais tiennent encore des propos rassurants sur les incendies allumés en Amérique par des bombes japonaises parachutées, lancées par des sous-marins. Le croient-ils ? »
Dimanche 1er juillet : « Journées calmes. Le bungalow vidé se remplit de nouveau. Une nouvelle compagnie y installe ses quartiers, semble être arrivée par sampans. Le pont de Kim Long à Hué serait démoli. Toujours beaucoup de camions vers l’ouest.
Le sergent chef  Nakazama m’intime l’ordre de ne pas parler aux soldats japonais !!
Nouvelle alerte…vers 11 heures…
Les Japonais mettent une mitrailleuse contre avions dans le bosquet en face du bungalow à moins de cinquante mètres de nous ».
Lundi 2 juillet : « Entretien. Demandé du riz au lieutenant Otani. Refus. L’armée japonaise ne peut nous en fournir.
Départ pour Hué dans une semaine en sampans ??
Alerte mais pas de survol.  Interdiction d’aller se laver au puits de Cléret ».
Mercredi 4 juillet : « …il doit y avoir grande conférence chez le Commandant car de nombreux officiers sont de passage ».
Jeudi 5 : « Vers 13h.30, survol par une Forteresse venue du Sud, passe en mitraillant, s’éloigne au Nord…revient, lance une bombe sur le pont de chemin de fer… ».
Vendredi 6 juillet : «  Vers 13h.30…un B.24 apparaît…pris à partie par des mitrailleuses japonaises, ne semble même pas s’en apercevoir et disparaît vers le Sud, sans ripostes.
Départ de petits renforts vers l’ouest : 2 camions. Le Lieutenant Otani et Wada s’en vont.
Toujours pas question de départ vers Hué ».
[Du 8 au 19 juillet : alertes, survols, attente…]
19 juillet : « …Rédigé une lettre au Général japonais… »
Le 20 juillet : « nouvelle tentative pour voir un officier. Réponse : on va le lui dire et on me préviendra… ».
21 juillet : « Remis la lettre à un sergent. Je le rencontre au puits le soir et il m’affirme que ma lettre a été transmise à Hué. J’en doute ? ».
Dimanche 22 : « Alerte quotidienne. R à S. Le bungalow est vide . Curieuse coïncidence ; c’est au moment où je me plains, dans ma réclamation, que notre groupe soit interné dans un camp japonais. Veut-on me répondre ultérieurement qu’il n’en est rien ? Ce serait drôle ».
……..
jeudi 26 juillet : « …Le Capitaine parlant français vient nous dire qu’en réponse à ma lettre, le commandement japonais nous offre de rapatrier nos familles à Hué mais que les hommes resteront à Dong Ha. Je proteste contre la mesure prise contre moi et il m’est répondu que : “ce sont mes fautes qui la motivent”. Au surplus le capitaine se retranche dans son rôle d’agent de liaison.
Finalement, je fais connaître le désir de ma famille de rester avec moi. Les frères D. demandent à être internés au Mang Ca ».
Vendredi 27 juillet : « Retour de Thi Thuong. Vagues tuyaux sur Hué : avaries légères au pont Clemenceau  par bombardement. Mitraillages et alertes fréquentes… ».
Dimanche 29 juillet : « Des préparatifs sont faits pour recevoir des officiers. Un fourrier vient nous emprunter des sièges. Comble du paradoxe !…Effectivement, il semble qu’il va y avoir une conférence ».
Lundi 30 juillet : « Nuit pénible + 34 °. Nombreux va et vient. Arrivée d’officiers. Installation d’un poste de TSF à la G.I. Départ de plusieurs camions chargés de matériel entreposé à la G.I. (canon de 25) ».
Mercredi 1er août : « Le centre du trafic s’est déplacé au marché, où l’électricité semble avoir été installée. Le gros des mouvements se fait par sampans.
Dans la soirée visite du Lieutenant Otani, venant de Khe Sanh allant à Hué. Toujours sybillin il m’apprend qu’aucun de nous ne resterait à Dong Ha. Les familles iraient à Hué, E. Delsalle au Mang Ca. Abel et moi : il ne sait pas. Aucune inquiétude ajoute-t-il. Il le répète à plusieurs reprises. Puis il parle de la fin de la guerre : tout sera fini au début de l’année prochaine affirme-t-il. En attendant, ne nous excitons pas à propos du départ : il semble que les autorités japonaises ne sont pas elles-mêmes très fixées sur ce qu’elles veulent faire de nous.
À noter qu’Otani dément le bruit répandu par un soldat japonais que la Résidence Supérieure aurait été bombardée ».
Dimanche 5 août : « Visite du Commandant Maeda, pendant le petit déjeuner…Il semble vouloir faire le recensement. Il se fait désigner Edouard Delsalle…et compte sa famille. Pourquoi ? L’entretien est bref. Il pose la question de savoir si nous avons des médicaments. Réponse négative, et je précise que c’est pour cela que nous demandons à retourner à Hué. Il me répond “Retourner, non”. Puis s’en va en déclarant qu’il verra “plus tard”.
Mardi 7 août  12h.20 : « Alerte. Un avion venant du Nord mitraille au passage le château d’eau de la gare puis va bombarder vers Quang Tri. Dégâts inconnus ».
Mercredi 8 août : « Rétablissement de l’électricité à la salle à manger ».
C’est  sur ces mots que s’achève ce témoignage, ce signe de présence d’un homme de 44 ans qui allait mourir d’une mort atroce quinze jours plus tard avec ses deux compagnons de captivité.
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Mort pour la France

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Dès lors ce que nous savons se résume à ceci :
Les trois hommes, Jean Haelewyn, Edouard et Abel Delsalle, sont emmenés en camion par leurs geôliers, sous le prétexte de les conduire à Saïgon pour préparer l’arrivée de leurs familles qui sont censées devoir les rejoindre plus tard. Dans les premiers jours de ce terrible voyage, Jean Haelewyn réussira une fois à faire parvenir un bref message. Puis plus rien.
Le convoi se dirige vers le Laos, descend la vallée du Mékong, passe par Paksé, arrive le 23 août au matin à Kratié, au Cambodge.
Différentes rumeurs ont couru sur les circonstances qui auraient déclenché la fureur meurtrière des Japonais : un rassemblement de la foule autour des prisonniers, un propos imprudent de l’un d’eux sur la capitulation japonaise. Rien de tout cela n’est vraiment attesté et il serait vain de s’y arrêter. La fureur des gardiens qui venaient d’apprendre la défaite du Japon est vraisemblable. Elle a été reconnue par les assassins devant le Tribunal Militaire de Saïgon lors du premier procès des criminels de guerre, le 7 octobre 1946. Mais l’hypothèse du guet-apens est plus que largement plausible et  le moindre incident pouvait servir de prétexte.
Les trois hommes sont emmenés hors de la ville et décapités.
Les cendres de Jean Haelewyn furent inhumées au Cimetière français de Saigon. Ce dernier, on le sait, est devenu un jardin public. La sépulture a disparu avec toutes les autres.
Les noms de Jean Haelewyn et d’Edouard Delsalle étaient gravés sur l’une des plaques de marbre apposées dans le hall de l’Ecole de la France d’outre-mer à la mémoire de tous les anciens élèves morts pour la France. Ces plaques ayant été retirées en 1960 (et déposées au C.A.O.M. à Aix), une nouvelle plaque, métallique, portant tous les noms, avait été établie. On peut  aujourd’hui la voir dans la galerie voûtée qui entoure le tombeau de l’Empereur aux Invalides.
Le nom de Jean Haelewyn se lit aussi sur l’une des plaques du péristyle du Prytanée National Militaire, à La Flèche.
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Ma reconnaissance va
 
À la mémoire de Colette Farbos-Haelewyn, de Paul et Jeanne Haelewyn.
À Roger Farbos.
À Monsieur Jacques Serre, Secrétaire Général  de l’Associatin des Anciens Elèves de l’E.N.F.O.M.
Au lieutenant-Colonel (e.r.) Bernard Morit, Délégué de l’Association des Anciens Elèves  au Prytanée National Militaire.