Léon SOGNY

 

Léon Louis SOGNY (1880-1947)

Par Louis Malleret, Secrétaire Général de la Société des Etudes Indochinoises.
 (Article, paru dans le bulletin de la Société des Etudes Indochinoises (Saigon) Tome XXII. 2ème semestre 1947)

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Portrait de Léon Sogny Directeur de la Sûreté en Annam, à 36 ans (AAVH AP 0571 fonds Sogny Marien)

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La nouvelle du décès de Léon-Louis SOGNY, parvenue à Saigon, dans les derniers jours de mai 1947, a douloureusement affecté tous ceux qui ont voué à la connaissance de l’Indochine le meilleur de leur esprit. D’autres diront sans doute ce que fut l’œuvre capitale qu’il accomplit en Annam, pour y fortifier la présence de la France, par la seule vertu de son prestige personnel, au cours de plus de quarante ans de services dans l’administration.
Mais nous ne saurions passer sous silence, dans notre bulletin, l’activité considérable qu’il déploya pour le développement d’une coopération intellectuelle, fondée sur une estime réciproque, entre Annamites et Français.
Léon-Louis SOGNY naquit à Douai, le 25 juillet 1880. Il vint en Extrême-Orient, comme maréchal des logis d’artillerie Coloniale et, à ce titre, participa à la campagne de Chine, contre les Boxers, en 1900-1901. Il acheva en Cochinchine, de 1902 à 1904, les dernières années de son engagement militaire, et entra dès sa libération dans la Garde Indigène, le 10 novembre 1904.
En avril de l’année suivante, il est affecté à Huế et toute sa carrière se développera désormais en Annam. Un de ses premiers soins fut d’apprendre la langue du pays qu’il parlait et lisait admirablement ce qui dès 1906, le fit choisir par ses chefs pour assurer la sécurité personnelle de l’Empereur (Than Thai1889 à 1907. NDLR) et commander la Garde du Palais. A ce titre, il accomplit des missions difficiles, au cours des évènements qui précédèrent l’intronisation de DUY-TAN et y acquit l’estime des deux gouvernements.
Au début de 1908, on le retrouve à Faifoo (Hoi An) où, pendant toute l’année, il coopéra à la pacification du QUANG-NAM. Affecté à An-Diêm, sur les confins moï de la même province, il y fait fonction de chef de poste, de janvier 1909 à janvier 1913. Par la confiance qu’il inspire aux Montagnards, il parvient à faire régner la paix, entre des clans qui vivent en état quasi-permanent de belligérance, et à assurer la sécurité des commerçants annamites qui pénètrent dans le haut-pays.
Le 1er janvier 1913, il est promu au grade d’Inspecteur et affecté à Huế, pour commander la brigade de la Province de Thua-Thiên. Il est en outre, chargé de fonder un bureau politique à la Résidence Supérieure et joue un rôle important, dans les événements qui aboutissent à l’élévation au trône de l’Empereur KHAI-DINH. Ces fonctions l’amenèrent à démissionner de son commandement, en 1916, afin de se consacrer entièrement à la direction des Services politiques, où il jouissait de la confiance unanime de la Cour et du Protectorat.
En 1918,alors qu’il se trouvait dans la métropole, il est rappelé en Indochine et désigné comme chef du Service de la Sûreté en Annam, fonctions qu’il organisa et exerça jusqu’à son admission à la retraite en 1941. Il devait reprendre de l’activité en 1945, comme conseiller politique requis par le Haut-Commissariat, et rendit jusqu’à sa mort des services exceptionnels, grâce à son expérience profonde des hommes et du pays. Mais sa santé était déjà gravement altérée. Un traitement de quelques mois, à l’hôpital Grall de Saigon, ne parvint pas à le remettre. Il revint à Huế, pour y connaître les rigueurs d’un siège de quarante cinq jours et y accomplir, avec tristesse, le dénombrement de toutes les destructions subies par les bâtiments et les collections du Palais Impérial. Ces événements hâtèrent sa fin et il s’éteignit à Huế le 26 Mai 1947.
Sogny, dont la curiosité pour les hommes et les choses de l’Annam était sans cesse en éveil, avait été sous la direction du R.P.Cadière, l’un des fondateurs de l’Association des Amis du Vieux Huế, dont il devint le trésorier, puis le Secrétaire Général. Sa collaboration au Bulletin de cette organisation, qui parut sans interruption, de 1914 à 1944, s’est manifestée par de nombreux articles. Nous nous bornerons à évoquer ici les principaux, dans lesquels Sogny s’efforça d’étudier, avec une méthode précise, les monuments impériaux de la capitale. Mais il s’intéressait aussi aux coutumes religieuses, au cérémonial, aux îlots de populations ayant survécu à l’expansion annamite, à la vie des anciens mandarins, aux événements historiques. Son dernier travail, l’un des plus importants, fut la publication du journal et de la correspondance de Rheinart, premier chargé d’affaires à Huế. La diversité de ses  préoccupations intellectuelles apparaît dans l’énumération de ses travaux, dont nous donnons la liste à la fin de la présente notice.
A la mort de H. Peyssonnaux, il devint conservateur du Musée Khai-Dinh et vécut, hélas ! assez longtemps pour mesurer l’ampleur d’un désastre qui aboutit à la dispersion de la bibliothèque et des collections patiemment recueillies dans toutes les provinces de l’Annam.
Elevé en mai 1939 par l’Empereur Bao-Dai à la dignité de Baron de An-Binh, Sogny fut l’un des rares Français qui se soit vu conférer cette distinction nobiliaire réservée d’ordinaire, aux seuls nationaux annamites. Ce témoignage d’estime  et de confiance récompensait l’activité d’un homme qui avait consacré toute sa vie, à consolider par des moyens pacifiques les relations politiques du Protectorat et de le Cour. Mêlé à tous les événements qui ont marqué prés d’un demi-siècle d’histoire, Sogny possédait une documentation de premier ordre qui devait lui permettre de laisser des mémoires dont il ressentait douloureusement la portée et qui ont hâté sa fin. Mais son âme sereine conservait un lucide courage, et de prodigieuses réserves d’énergie morale lui avaient permis de garder jusqu’au dernier jour, la volonté de dominer les tristesses de l’époque, pour aider à la résurrection d’un pays auquel son cœur s’était donné tout entier.
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Bibliographie des travaux de Léon Sogny 

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Les Urnes dynastiques du Palais de Hué : Notice descriptive. B.A.V.H. 1914 pp 15-31.
Les Associés de gauche et de droite au culte du Thai-Miêu B.A.V.H.1914 pp.121-144.
Les Associés de gauche et de droite au culte du temple dynastique du Thai-Miêu B.A.V.H. 1914 pp 295-314.
Les ossuaires des environs du Nam-Giao B.A.V.H. 1915 pp. 193-202.
La rue Rheinart B.A.V.H. 1915 pp.340.
Le Brevet de J.B. Chaigneau B.A.V.H. 1915. pp 449-451 (en collaboration avec Ho-phu-Viên)
Rapport du Trésorier sur l’année 1919. B.A.V.H. 1919 pp 555.
Le Temple des rois chams. B.A.V.H. 1920 pp. 465.
Rapport du Trésorier sur l’année 1920 B.A.V.H. 1920. pp. 487-488.
Les Vasques en bronze du Palais B.A.V.H. 1921. pp. 1-13.
Les Sceptres ou bâtons de bon augure, appelés « nhu-y » (en chinois : jou-i) B.A.V.H. 1921. pp. 101.108.
Les familles illustres de l’Annam : S.E. Nguyen-huu Dô – B.A.V.H. 1924. pp. 169.204.
Notice sur une urne du Musée Khai-Dinh B.A.V.H. 1924. pp. 297.300 (en collaboration avec Bui-Van-Cung).
L’initiation des Bonzes à la Pagode des Eunuques (H. Délétie). B.A.V.H. 1924 pp 333-338. Note additionnelle (documents recueillis par L.Sogny. B.A.V.H. Ibid . pp. 338-342.)
Rapport du Trésorier sur l’année 1924 B.A.V.H. 1925. pp. 219-220.
Les Plaquettes des dignitaires et des mandarins de la Cour d’Annam B.A.V.H. 1926. pp. 233-253.
Rapport du trésorier sur l’année 1927. B.A.V.H. 1927. pp 231-232.
Notice nécrologique : S.E.Ung-Huy B.A.V.H. 1928. pp. 163-166.
Le premier Annamite consacré supérieur de bonzerie par les Nguyen ; son tombeau B.A.V.H. 1928 pp. 205-216.
Rapport du Trésorier sur l’année 1928. B.A.V.H. 1928 pp. 310-311.
Les familles illustres : son Altesse le Prince Tuy-Ly ; B.A.V.H. 1929. pp. 187-198.
Rapport du Trésorier sur l’année 1929. B.A.V.H. pp. 266-268.
Cérémonial d’autrefois pour le mariage des Princesses d’Annam B.A.V.H. 1934. PP. 145-168.
Notulettes : I) Un sceau retrouvé en France. II) Une Mission américaine en Annam sous Minh-Mang. III) note rectificative au sujet de la mort du bonze Liêu-Quan. IV) Note complémentaire sur le Bonze Liêu-Quan . V) Note sur le rocher dit Ba Bia, « la Stèle » au col de Varella. VI) Quelques renseignements sur un îlot de population supposée cham, dans la province de Phu-Yên. B.A.V.H. 1937 pp. 57-77.
Henry Peyssonnaux B.A.V.H. 1937. pp. 450-452
Les titres nobiliaires B.A.V.H. 1939. pp 51-62.
Images du passé B.A.V.H. 1939. pp. 271.
Témoin d’un autre âge, une centenaire chrétienne,  B.A.V.H. 1941. pp. 71-74.
Une belle figure qui disparaît ; B.A.V.H. 1941. pp.69-70 (Le Prince Huong-Thiêt, fils du Pr. Tuy-Ly).
Un oubli réparé (cérémonie d’investiture du Prince Gia-Hung) Revue Indochinoise. 2° année N° 39- 1941. 29 mai pp. 9.10 et photos.
Les grandes familles de l’Annam : S.E. Ngyen-dinh- Hoè  B.A.V.H. 1942 pp. 341-350.
Rheinart, premier Ch. d’affaires à Huế. Journal, Notes et corresp. B.A.V.H. 1943. pp. 1-246.
Une page d’histoire : Hoang-Kê-Viêm B.A.V.H. 1943 pp. 329- 348.
Notulettes : Le tam-phap. Au sujet d’empreintes de la main de Gia-Long B.A.V.H. 1943. pp 407- 418.
Le Musée Khai-Dinh à Huê : revue Indochinoise N° 152. 29/7/1943 illustré.
Pages retrouvées. Revue Indochine N° 199. 22/6/1944.
En relisant Pierre Loti : Revue Indochine N° 202 du 13/7/1944.
En marge du Têt : pages oubliées Revue Indochine N° 175. 6/1/1944 (dans cet article il est question du poète et écrivain Jacques d’Adelsward-Fersen venu à Huê à l’occasion d’un voyage en Extrême-Orient, ainsi que du R.P.Cadière. C’était en janvier 1914 ! Jacques d’Adelsward-Fersen mourut à Capri en 1923.

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