Godefroy De FORSANZ

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Biographie succincte de Français, civils ou militaires, de toutes conditions, enterrés au Cimetière des Français de Phu Cam transféré en 2006 sur le site de Thuy Phung. Les textes relatifs à leurs destins ont été sélectionnés par Jean Cousso. Ils ont été rédigés, soit par les familles des défunts, soit par le comité de Rédaction de l’AAVH, soit par les auteurs de l’ancien BAVH. Merci de signaler tous textes ou images inappropriés.

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Godefroy De FORSANZ (1770-1871)

 Cimetière des Français – Tombe C16

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Godefroy light

 

 

Godefroy de Forsanz et Madame Chaigneau  (emplacements des tombes : F42 et C16) constituent les plus anciens défunts du Cimetière des Français de Hué. Ces noms sont ceux de deux acteurs essentiels de l’aventure des « Volontaires de Gia Long ». A la fin du XVIIIème siècle, quelques centaines de Français mandatés par Louis XVI, Bretons pour la plupart, ont joué un rôle déterminant dans l'histoire du Vietnam, en s’engageant comme « Volontaires » au service de Monseigneur Pigneau de Béhaine, Evêque d’Adran, pour restaurer la dynastie des Nguyen écartée du trône par les frères Tay Son. L’épopée réussira ; la dynastie des Nguyen subsistera jusqu’à la mort récente du dernier empereur : Bao Dai.

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L'apport de l'AAVH commence, dès 1913, ses recherches sur les

Français au service de Gia Long

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Dès sa naissance, l'AAVH s'est proposée de consacrer une partie importante de ses travaux et de ses études à la connaissance de ces Français qui "se sont mis au service du Roi Gia-Long". Cette intention est clairement exprimée dans le "Plan de Recherches des Amis du Vieux Hué" défini par Léopold Cadière en 1913, dont voici un extrait  :
"Vous connaissez tous, Messieurs, l’œuvre de Mgr d’Adran, et l’appui efficace que les officiers français venus à son appel prêtèrent à Gia-Long. Quelques-uns de ces officiers vécurent à Hué de longues années ; l’un d’eux y est mort et y a son tombeau (Godefroy de Forsanz, NDLR) ; un autre y a le tombeau de sa femme annamite et de quelques-uns de ses enfant (Ho Thi Hué Chaigneau et six de ses enfants, NDLR). Tant en France qu’en Indochine, on s’occupe activement et avec succès, à l’heure actuelle, à recueillir et à préciser les souvenirs relatifs à cette épopée des Pigneau de Béhaine, des Chaigneau, des Ollivier. Il nous importe de nous tenir au courant de ces travaux, et d’apporter, si possible, notre modeste pierre au monument que l’on élève à ceux qui nous ont précédés ici." …/…
En 1917 Henri Cosserat inaugure les recherches sur les Français au Service de Gia-Long en réalisant une étude d'ensemble qui réunit tous les renseignements relatifs aux 368  « volontaires » répertoriés à l'époque. H. Cosserat, dans le BAVH 3/1917, rassemble les premières notes et informations relatives aux acteurs principaux de cette aventure, que l’AAVH complétera et enrichira par la suite. Voici celles relatives à Godefroy de Forsanz.

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FORÇANZ ( ? - 1811)

 Extraits de l’article de Henri Cosserat (BAVH 3-1917) intitulé : « Notes biographiques sur les Français au service de Gia Long »

 

« Originaire de la Basse Bretagne. Sortait très probablement du cadre colonial : on ne trouve pas son nom parmi ceux des officiers qui ont quitté leur bord à l’époque où Mgr d’Adran arrivait en Cochinchine (…/…)
Je n’ai pu préciser au juste la date à laquelle il entra au service du roi Gia-Long. Parmi les documents que j’ai eus en ma possession, je n’ai aucune mention concernant de Forçanz avant l’année 1800, date à laquelle M. Le Labousse, dans une lettre qu’il envoie aux directeurs du séminaire de Paris, le 24 avril 1800, fait connaître que le roi Gia-Long a réussi à faire construire d’une façon parfaite des vaisseaux sur le modèle des vaisseaux européens et que celui qui porte le nom de l’Aigle, de 26 canons, est commandé par M. de Forçanz, qui est de la Basse Bretagne.
Une autre lettre, de Chaigneau à M. Barisy, du 2 mars 1801, et une de Barisy à M. Létondal, Procureur des Missions étrangères à Macao, du 11 avril 1801, signalent que de Forçanz assistait à la bataille navale qui eut lieu vers cette date, et aboutit à la destruction complète de la flotte des Tay-Son dans la baie de Qui-Nhon. Chaigneau raconte ainsi cette affaire à Barisy 2 mars 1801.
« Mon cher Barisy, nous venons de brûler toute la marine des ennemis, sans qu’il ait échappé le plus petit bateau. Le combat a été le plus sanglant que les Cochinchinois aient jamais eu. Les ennemis se sont défendus jusqu’à la mort. Nos gens se sont supérieurement conduits. Nous avons beaucoup de morts et de blessés, mais ce n’est rien en comparaison de l’avantage que le roi en retire. Vannier, Forçanz et moi y étions et en sommes revenus sains et saufs (…/…) »
Le Labousse, dans une lettre aux directeurs du Séminaire, datée de la province de Binh-Khang du 20 avril 1801, confirme et précise la présence de Forçanz à cette bataille : « . . . Les officiers français, écrit-il, MM. Chaigneau, Vannier et de Forçanz, qui commandent les trois vaisseaux le Dragon, le Phœnix et l’Aigle,furent de cette expédition. Ils accompagnèrent le roi chacun avec un bateau bien armé et ce fut eux qu’il chargea de faire entrer toutes les galères. Mais il les retint pour sa garde pendant qu’on se battait. Le sang français bouillonnait dans les veines au bruit des canons, et il fallut toute l’autorité royale pour arrêter leur ardeur. Ce prince eut moins de peine à faire avancer son armée au milieu des boulets, qui pleuvaient de toutes parts, qu’à les retenir auprès de sa personne. M. de Forçanz ne put même résister à la fougue guerrière qui l’emportait. Entraîné par son courage, il s’échappa pendant la nuit, et entra dans le port où il brûla à lui seul sept galères des mieux armées. MM. Vannier et Chaigneau en eussent bien fait autant, s’ils n’avaient écouté que leur bravoure, mais ils se souvenaient qu’ils avaient sous leur garde tout le royaume en la personne du Roi.. . . , »
A la date du 16 juillet 1801, une lettre de M. Barisy à MM. Marquini et Létondal, procureurs à Macao, et dans laquelle Barisy raconte en détail la prise des forts de l’entrée de la rivière de Hué et l’entrée à Hué du roi Gia-Long, nous fait connaître que de Forçanz y assistait aussi, à bord de son vaisseau le Bang-Phi (l‘Aigle), de 26 canons. C’est la dernière mention que je trouve concernant de Forçanz.
Louvet dit qu’il mourut dans le courant de 1809 ; mais il y a certainement erreur à ce, sujet,car M. Audemar, annonçant le naufrage de J. M. Dayot, ajoute que M. de Forçanz vient de mourir aussi, ce qui permet de présumer que cette mort a bien eu lieu en 1811, conjecture que vient enfin pleinement confirmer une lettre du P. Clément-Marie Capauna, missionnaire en Cochinchine, à M. Létondal, procureur à Macao, datée de « Ben-Nghe in Cocincina d. 20 junii an. 1811 » et dans laquelle il dit : «...In Hué hoc anno Dominus Fossant mortuus est ».
Ces deux citations prouvent d’une façon indiscutable que de Forçanz est bien mort à Hué en 1811, et non en 1809 comme le rapporte Louvet (…/…)
De Forçanz laissait des fils, dont la tutelle fut confiée, par ordre du roi Gia-Long, à Mgr de Véren. Que sont devenus ces enfants ? Je n’ai pu le savoir.
Au sujet de son tombeau, il ne peut y avoir de doute, et c’est certainement sa tombe qui se trouve à Hué près de la cathédrale (de Phu Cam, dans l’ancien cimetière déplacé aujourd’hui à Thuy Phuong, NDLR) dans un jardin appartenant au Bat-Pham Ho-Van-Thap situé sur le territoire du hameau de Phu-Tu.
D’après Duc Chaigneau, de Forçanz habitait Bao-Vinh, vis à vis de l’habitation de Vannier. »
Henri Cosserat

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