La station climatique de Ba Na

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Documents pour servir à l’histoire de l’Indochine et du Vietnam –  Témoignages et archives collectés par l’Association des Amis du Vieux Hué – Illustrations extraites de notre fonds iconographique
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La station climatique de Bà Nà

Présentation des témoignages et archives collectés par l’ AAVH sur l’histoire de Ba Na

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W 005 AAVH semi LIGHT AP0223 Sallet

AAVH AP0416 Sallet – Annam, Ba Na, 1928 – Vue de la baie de Tourane depuis Ba Na

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V Panorama baie LIGHT 1998

Vue de la même baie de Da Nang prise au moment de la réhabilitation de la station en février 1998 (Photo J. Cousso).  Les 70 ans qui séparent ces deux photographies permettent de retrouver l’aspect général de la Baie de Tourane Danang et de mesurer l’agrandissement de la ville appelée à être l’un des plus grands ports du Vietnam. La deuxième photo fait déjà partie de l’histoire puisqu’il serait difficile de la prendre, aujourd’hui, alors que des réalisations modernes ont totalement transformé le sommet de « Nui Chua ».

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Au moment où disparaissent les derniers vestiges de l’ancienne Station Climatique de Ba Na, dans un projet pour le moins étonnant, alliant mondialisation et « Disney World »… l’AAVH se doit de rappeler l’histoire de cette station dont Albert Sallet fut un des fondateurs. Ce lieu magique fut inoubliable pour deux générations d’Européens qui y montaient se « refaire une santé » dans les moments de grosse chaleur. Il reste que, aujourd’hui comme hier, on jouit du haut de « Nui Chua » de la même vue grandiose sur la baie de Da Nang, sans doute l’une des plus belles de l’Asie du Sud Est.
En témoignent quelques extraits du « Livre d’or de Bana », dont J. Cousso possède un exemplaire unique :
…/… Végétation splendide, vigoureuse, serrée, parfois impénétrable formant un ensemble puissant et mystérieux…/… Panorama merveilleux, aux vastes horizons, que l’œil ne se lasse point de contempler. Retraite unique, incomparable, où l’âme se recueille et admire… 5/8/1929 M. Le Gall… /… Le panorama de de Ba Na est le plus beau, le plus grandiose que l’Indochine peut offrir à ses visiteurs… E.G. 1937…/… A Ba Na, c’est le délicieux printemps de France ! Les enfants reprennent leurs belles couleurs, les fleurs sont remplies de senteur… L’air pur et salutaire de ce site divin vaut bien mille traitements par les pilules Pinck… 17/6/32 Imbert, Pharmacien à Hué…/…
La NAAVH a collecté un ensemble de documents et de témoignages relatifs à l’histoire de Bana et à la vie quotidienne de ceux qui bénéficiaient de ses faveurs. Il s’agit sans doute de l’une des plus importantes sauvegardes de la mémoire de ce lieu unique.

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 li g Livre d'or AP0221 Sallet Light              lig Bana Madrolle Paris Hachette 1926 Light

A dr. Page de couverture du Livre d’Or de l’Hôtel Morin de Bana (pr. de J. Cousso).  A g. page du Guide Madrolle (Hachette Paris, 1939) ouverte sur Bana. Le texte est corrigé au crayon de la main d’Albert Sallet, alors correspondant et correcteur officiel du guide Madrolle pour l’Annam.

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Bana – Repères historiques

(d’après un article de H. Cosserat : Notice historique parue dans le BAVH 1924/4.)

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001 L AAVH AP2454 Ducrest

 AAVH AP 2454 Ducrest – Annam, 1938 – Vue aérienne du sommet de Ba Na. On aperçoit les deux bâtiments de l’hôtel Morin reconstruits (1935) à la suite du premier qui était en bois (1929). (Les photographies réalisées sur Ba Na par « Air en Indochine – Aéro Bien Hoa » ont été aimablement communiquées par Jean-Pierre Ducrest à l’AAVH).

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– 1894 à 1900 le Capitaine d’Infanterie de Marine, Debay, explore officieusement le massif annamitique central.
– Février 1900, le Gouverneur de l’Indochine Paul Doumer confie au même capitaine Debay une mission de reconnaissance dans les montagnes proches de Tourane en vue d’y installer un sanatorium à l’usage de la région Tourane-Hué. Mission disloquée en raison des épreuves et des difficultés.
– 1901 Paul Doumer, qui n’abandonnait pas son idée d’une installation d’un sanatorium dans l’Annam central, confie au Capitaine Debay une nouvelle mission, pour reprendre les reconnaissances entreprises quelques mois auparavant pour découvrir un lieu propice pour le sanatorium dans le massif de la haute vallée de Tuy Loan. Debay commence le tracé d’un sentier qui desservirait Bà Nà. Il fait un premier rapport complet sur le mont.
– Octobre 1902. Un affreux accident signale les derniers jours de la mission ; le Lieutenant Decherf, en surveillant la construction d’un pont, est gravement blessé, le 2 Octobre, à la côte 850, par la chute d’un arbre et succombe peu après à l’hôpital de Tourane.
– En 1904, H. Cosserat, installé à Tourane, qui s’occupe plus spécialement des produits forestiers de la région, explore la montagne avec son ami Tavel pour y étudier sur place particulièrement ces arbres à latex signalés par le Capitaine Debay, et dont il pense qu’ils peuvent donner du caoutchouc.
– Juin 1906, deux autres colons de Tourane, Messieurs Meunier et Demars, employés de la Compagnie des Thés de l’Annam (ancienne maison Lombard et Cie de Tourane), se servent également du sentier Debay dans l’exploration qu’ils entreprennent du massif à la recherche eux aussi d’arbres à caoutchouc.
-Un arrêté du 31 Janvier 1912 fait de la montagne de Bà Nà une Réserve forestière. Cette décision allait faire faire un grand pas à l’étude du massif et contribuer pour beaucoup à attirer l’attention sur lui.
– 1915, le Service Forestier prend l’initiative de rechercher ce qui pouvait rester de l’ancien sentier Debay.
– Octobre 1915, M. Marbœuf chef de la division forestière de Tourane séjourne en haut du massif pendant vingt et un jours. Il fixe l’emplacement de la future garderie sur le sommet de Bà Nà et en dirige la construction. Celle dernière constitue le premier édifice administratif de Bà Nà.
– En 1916, le Docteur Gaide, Directeur du Service de la Santé en Annam, intéressé par tout ce qu’il avait entendu dire sur le fameux pic de Bà Nà, se décide à aller se rendre compte par lui-même de ce qu’il en est réellement, afin de prendre une décision au sujet de l’établissement d’un sanatorium.
– Mai 1919, Monsieur Beisson, qui avait obtenu l’autorisation de s’installer sur l’emplacement choisi par lui lors d’un séjour en 1918, monte à Bà Nà accompagné de l’entrepreneur annamite avec qui il a traité pour la construction de la maison qu’il veut y établir. Les travaux commencent aussitôt, et fin Juillet suivant, le bâtiment est achevé. Cette construction est donc la première de Bà Nà due à l’initiative privée.
– Au cours de l’année 1920, trois médecins, les Docteurs Marque, Sallet et Raynaud, montent à Bà Nà. Ils y séjournent quelques jours et fournissent le premier rapport sur la valeur de la station, rapport qui décidera de son avenir.
– 1921, un commerçant de Tourane, M. Emile Morin, « dont l’initiative mérite certainement plus qu’une simple mention », n’hésite pas à aller s’installer sur place à demeure et à y construire deux grands bâtiments à étages contenant vingt-deux chambres très confortables qu’il put mettre à la disposition du public en Mai 1923. Admirablement situé sur une sorte d’éperon qui domine tout le pays compris entre la mer et le massif de Bà Nà, on jouit depuis l’hôtel d’un panorama splendide tant par son étendue que par la variété des sites qui se déroulent devant les yeux du spectateur.
– 1923 début de l’essor touristique de Bà Nà qui se couvre progressivement de villas et de constructions administratives.

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Service de Transports et de Chaises à porteurs de Tourane à Bà Nà et vice-verça en 1924 – Horaires

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AP9105 light Sallet Affiche Horaires transports Tourane Bana 1924

 

Note des horaires et tarifs des transports vers Bana qui était affichée dans les hôtels Morin de Tourane, Hué et Bana.

 

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002 L AAVH AP4454 Sallet

 

Plan de la station de Bana mentionnant les chemins, les services et les noms des propriétaires des habitations – Extrait de la Collection des AVH (Sallet, Gaide, Cosserat – Editeur IDEO Hanoi – 1925)

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Départ de Tourane
MARDI, JEUDI, SAMEDI
Départ en automobile de l’Hôtel Morin à 4 heures 30 du matin et arrivée en bas de la montagne entre 5 heures 30 et 6 heures. Ensuite départ en chaise à porteurs ; arrivée à Bà Nà vers 11h 30
PRIX DES PLACES
Auto, par voyageur, la place : 2$00 – Enfant, de 3 à 10 ans : 1$00
Domestique indigène : 0$50
Départ de Bà Nà
LUNDI, MERCREDI, VENDREDI
Départ de Bà Nà en chaise à porteurs à 5 heures du matin ; arrivée au bas de la montagne vers 10 heures ; ensuite départ en automobile ; arrivée à Tourane entre 11 et 12 h.
PRIX DES BAGAGES
De Tourane à Bà Nà ou de Bà Nà à Tourane : 0$ 04 par kilogramme
CHAISES A PORTEURS
Européen : La chaise à 8 Coolies : 3 $ 20
Enfant de 10 ans à 16 ans et indigène. La chaise à 6 coolies : 2 $ 40
Enfant de 3 ans à 10 ans. La chaise à 4 coolie : 1 $ 60
AVIS : MM. Les voyageurs qui désirent aller à Bà Nà sont priés de prévenir au moins quarante-huit heures à l’avance. Chaque voyageur peut porter 30 kilogrammes environ. On peut prendre dix voyageurs environ à chaque voyage. Le service commence le 13 Mai et finit le 15 Septembre. Il est assuré par M Le -Van -Tan à Tourane.

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Extraits du Livre d’Or de Bà Nà

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Ces extraits sont tirés du Livre d’Or de l’Hôtel Morin de Bà Nà. Ils ont été publiés dans un numéro spécial du journal : « Le Centre Indochinois » en 1937.

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AAVH AP Sallet – Annam, Ba Na, 1925 – Le portique des enfants – Hôtel Morin.  Notice : « Le lieu préféré des enfants de Ba Na, c’était la cour de l’Hôtel Morin près du tennis. Au fonds à droite, je reconnais le Kiosque utilisé pour les réunions amicales, les parties de bridges ou la messe dominicale. Laure Morin, soeur de maman (Amélie Sallet née Morin) est à gauche et le Dr Sallet, médecin de la station, à droite en bottes.  » (D’après Jacqueline Sallet).

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« Six heures après son arrivée à Ba Na ma fille aînée s’écriait : « j’ai faim », cela ne lui était jamais arrivé en France. Depuis deux mois ces bonnes dispositions se sont maintenues : merci Ba Na… » 17/08/29 Docteur Comès
« Nulle part vous ne trouverez l’occasion de monter au cours d’une escale, en une heure à 1500 mètres d’altitude et d’avoir le panorama que vous avez de Bana sur la mer. Le Peak de Hong Kong est trois fois moins élevé que Bana. Sous les tropiques, cette différence a son importance …/… C’est la Turbie qui s’en rapprocherait le plus…/… » E. G. Article paru dans « France Annam »

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AAVH – AP210 Sallet – Annam, Ba Na, 1924 – Repos des porteurs sur la route vers Ba Na

 

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« A Ba Na, c’est le délicieux printemps de France ! Les enfants reprennent leurs belles couleurs, les fleurs sont remplies de senteur… L’air pur et salutaire de ce site divin vaut bien mille traitements par les pilules Pinck… » 17/6/32 Imbert, Pharmacien à Hué.
« Quitter Ba Na c’est mourir doublement. C’est s’enfoncer à nouveau dans le désert, sous le soleil brûlant , après avoir goûté l’ombre de la fraîcheur de l’oasis…/… Végétation splendide, vigoureuse, serrée, parfois impénétrable formant un ensemble puissant et mystérieux…/… Panorama merveilleux, aux vastes horizons, que l’œil ne se lasse point de contempler. Retraite unique, incomparable, où l’âme se recueille et admire… » 5/8/1929 M. Le Gall

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AAVH AP9062 Fiard – Bana, 1939 – Goûter d’enfants organisé par Mme Sogny sur le perron de sa villa

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« Quel bonheur d’être les hôtes de l’hôtel Morin. Ici l’appétit devient parfait. Petits et grands retournent dans leurs foyers avec forces et couleurs…/… Joignons-y l’exquise urbanité de Mme Sallet qui sait faire naître chez tous une gaieté saine et de bon aloi…/… » 31 août 1930, Guyonvarch.
« Ba Na, c’est l’aboutissement délicieux d’un beau voyage ; c’est le sanatorium par excellence pour les petits et pour les faibles ; c’est un site que la nature s’est plu à faire magnifique et grandiose ; c’est assurément aussi un lieu de prédilection pour l’élévation de la pensée et le recueillement de l’âme. Le temps n’aura aucune prise sur la gratitude de mon souvenir pour Ba Na… » Le 07/09/1927. Le Bris

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A g. AAVH AP0223 Sallet – Annam, Ba Na, 1929 – Les escaliers de l’Hôtel Morin – A dr. le même emplacement photographié au moment de la réhabilitation de la station en février 1998 (Photo J. Cousso)

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« J’ai vu les baies les plus illustres du monde, celles de Naples, de Rio-de-Janeiro, de Sydney, la Porte d’Or à San-Francisco, et maintenant je découvre que le panorama sur la baie de Tourane, vu de Ba Na, n’a rien à envier de ces beautés célèbres dans l’univers…/… » 31/8/1931 Docteur Colat
« La vue ne se lasse pas de contempler le spectacle féérique que nous offrent la baie de Tourane et le Col des Nuages d’où je sortais en février 1930 sur les ailes rapides d’un Potez piloté par mon ami Zimmer…/… » Bana, 9/8/1931, Guibout.
« Je suis monté avec une idée noire
Vladi m’a donné une belle idée rose
Il m’a épargné tout déboire
Je descends avec une idée mauve »
M. Lebouc, Chef Service Vétérinaire 25/08/1931

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AAVH AP0254 Sallet – Annam, Ba Na, 1929 – Le Service médical. Notice : Le Docteur Sallet, qui fut, avec le Dr Gaide l’un des fondateurs de la station climatique de Ba Na, en 1919, séjournait régulièrement à Ba Na dont il était pratiquement le médecin officiel au moment de la bonne saison. On le voit ici devant le chalet du médecin de Service. Le service médical était assuré à Ba Na pendant trois mois, du 15 juin au 15 septembre, par des médecins désignés par le directeur local de la Santé

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« L’austérité des monts et la grâce des plaines
Le vert de la forêt et le bleu de la mer,
Et tout ce que la terre a de fraîches haleines
Douce au corps fiévreux et à l’esprit amer
Tu verses tous ces dons, généreuse, à mains pleines
Déesse de Ba Na, qui foules d’un pied fier
Ce vieux sol de granit tout hérissé de chênes !
Si tu n’existes pas, hormis dans la notice,
Que le Docteur Sallet te consacra jadis,
Que ton idée au moins, Duc-Ba te soit propice
Et nous ramène encore à ton frais paradis »
Louis Finot, Directeur de l’EFEO, 19/8/1929
« En montant à travers ces sous-bois, où le murmure des sources se mêle aux cris des gibbons, nous avons joui une fois de plus de cette merveilleuse sensation de fraîcheur et d’euphorie, dont on se sent pénétré au fur et à mesure qu’on s’élève…/… Le panorama de de Ba Na est le plus beau, le plus grandiose que l’Indochine peut offrir à ses visiteurs … » E.G. 1937

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Bana 1998 light HMorin Sallet         Bana cheminée d'époque light

A g. un morceau du panneau en béton annonçant l’hôtel Morin de Bana, découvert par l’AAVH au moment de la réhabilitation de la station en février 1998 (Photo J. Cousso). A dr. un vestige d’une ancienne cheminée d’une villa détruite (1998 – Photo J. Cousso)

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BANA : CROYANCES ET LÉGENDES
Article d’Albert Sallet paru dans le BAVH 1917/4

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La « Montagne Princesse », si paisible, se peuple de tout un monde mystérieux, aux heures de nuit, et l’Annamite des villages en bordure, dont les maisons s’abritent aux creux des premiers vallonnements, considère ses hauteurs comme sacrées. La montagne est « linh », puissante et redoutée, et l’on fait crédit et l’on sacrifie sans cesse aux esprits répandus dans les replis de sa forêt. Les rudes travailleurs, bûcherons et charbonniers, familiers de ces solitudes, confient bien vite à l’indigène venu des villes, impie et crédule, la légende brève de quelque récit dans lequel se manifeste une ombre ou un démon. On sait ainsi les hantises du soir, le triomphe des fantômes errants, les épouvantables « ma lai », goules sans corps, têtes volantes ; les « ma-moi » aux formes multiples et sombres qui spécialisent l’inquiétude portée par le surnaturel sauvage, et aussi les « con tinh » guettant le voyageur isolé ; l’esprit qui hurle et celui qui se blottit, celui qui conduit et celui qui égare.
Toutes les terreurs de la nuit sont là, amplifiées de mille détails, d’un rien, de tout : la solitude de la formidable forêt, la surprise d’un bruit, la montée subite d’une lame blanche de brouillard, le spectre d’un arbre étrange et le vent exaspérant sa plainte dans laquelle se mêlent des rumeurs traînées de loin.
La peur se précise d’exemples : c’est le boy attardé que des mains invisibles saisissent au milieu d’une brume et serrent de liens tandis qu’il se débat, hurle et s’échappe enfin affolé ; c’est l’homme qui a vu la forme sombre bondissant brusquement dans le sous-bois dangereux. Mais l’offrande invariablement apaise. (Voir au sujet de ces divers démons : L. Cadière. Croyances et pratiques religieuses des Annamites aux environs de Hué (I. Les Arbres ; II. Les Pierres. B. E .F. E. O. 1919. Dr. Sallet : Les Souvenirs chams dans le folklore et les croyances annamites du Quang-Nam B A. V. H. 1923).
Si vous dirigez une enquête sur tout ce royaume mouvant de la nuit, l’Annamite, sous le plein jour, dédaignera les ombres, se rira des terreurs, niant les apparitions et les hantises ; ou, par crainte des vengeances, il ne livrera rien. Tout ce folklore, du reste, que j’ai pu noter sur Bana et sa montagne, semble ne pas attacher de particularités très nettes. Peut-être plus nombreux sont les esprits, parce qu’ils mélangent ceux de la forêt, ceux de la montagne et ceux de la zone basse. Cependant il semblerait qu’un génie meilleur serait reconnu en propre. Je le signale très imprécis, en dépit de mes enquêtes. C’est un esprit meilleur et féminin, la Dame du lieu : on la nomme Duc-Ba. Elle s’apparenterait ou se confondrait avec « Phat-Ba », la Dame Buddha. Dans tous les cas, elle traîne avec elle sa bonté et de la confiance ; on lui rend hommage. Des gens qui connaissent la forêt affirment qu’il existe dans le dédale des ravins un coin perdu où la montagne, creusée parmi les éboulis d’argiles et de roches, forme un abri qu’un auvent a complété. C’est à « Duc-Ba » que le « mieu » sauvage serait dédié, et le principal décor en serait une plaque de marbre blanc rayée comme une table d’échecs. Aux temps des guerres, lorsque le futur Gia-Long luttait pour son royaume contre les Tay-Son usurpateurs, la tradition affirme que le prince prit contact avec le « Núi Chúa ». Sans aucun détail, l’on raconte qu’il eut accès par la montagne vers des refuges. Je tiens ce seul fait, indirectement, qu’un point aurait été occupé par Nguyen-Anh et l’on m’a désigné dans les mouvements du Nord-Ouest, un pic formant pyramide régulière, qu’une échancrure de notre montagne encadre et singularise plus encore. Sur ce sommet, la légende veut dire qu’un terrain aurait été établi, supportant au centre une table de marbre, et aux angles, quatre sièges de pierre. Un sentier escaladait en spirale les flancs de cette hauteur. C’était là où le prince réfugié recevait l’impôt des peuplades « Moï » fidèles.
Mais dans le large espace du plan incliné, créé par la jonction des bases de la montagne de Bana et de celle immédiatement parallèle du Sud-Ouest, par où coule le Lo-Dong, d’anciennes cultures se désignent, malgré que tout effort ait été abandonné depuis longtemps. Dans ce point reculé, sûr, affranchi des surprises possibles, Gia-Long, dit la tradition, aurait abrité une partie de sa famille, confiant dans la garde des « Moï ».Une femme de Nguyen-Anh aurait entrepris là, pour l’entretien matériel des siens, la mise en valeur d’une cinquantaine d’hectares de terrains neufs, et les vestiges se marquent de la trace des rizières et de quelques arbres fruitiers.
Les circonstances ne m’ont pas permis de pousser très loin les recherches concernant le rôle joué dans l’histoire par ce côté montagneux, formant rempart immense, forteresse solide et refuge profondément garanti (Je tiens les renseignements qui suivent de M. Dupuy-Volny, Résident de France au Quang-Nam).
La part que l’on tient de la tradition est des plus indigentes. D’une enquête menée dans les derniers villages, ceux qui empiètent sur les pentes, il résulte que le futur Gia-Long, pourchassé, se serait retiré vers Bana et que, sur ses ordres, des jacquiers et des théiers auraient été plantés. Les théiers existeraient encore et, à cause de l’arôme spécial de leurs feuilles plus petites, leurs semences seraient recherchées pour les nouvelles cultures. La construction de la route aurait détruit les derniers des anciens jacquiers. C’est au cours de ce séjour que le prince Nguyen-Anh aurait connu un homme du nom de Mac, au village de Hoi-Vuc (c’est le village qui se trouve un peu en amont du confluent des deux Lo-Dong). Mac approvisionnait les troupes du prince, sacrifiant les buffles, portant le riz gluant.
Lorsque Gia-Long s’établit sur le trône d’Annam, il voulut confier une charge mandarinale à ce fidèle serviteur. Cependant, Mac habitué à sa montagne et à la vie des champs remercia le maître et refusa les faveurs. Il reçut le titre de « Binh Huong Xu Si » (l’homme lettré retiré dans la solitude). Son tombeau, objet d’un soin pieux, se trouve sur le territoire de Hoi-Vuc et fait figure, tels ceux des mandarins des grades. L’endroit s’appelle Bào-Càu et, dans un espace maçonné de 10 mètres sur 7, se trouve la pierre tombale et une stèle importante qui porte cette inscription: « CO-VIET Bình Huong Xu Si MAC công mo ».
Le « Dai-Nam nhut thong chi » nous apprend sans détail que toute la trouée de Cu De et son voisinage étaient singulièrement fortifiés.
Nous avons vu que le régiment Trà-O était campé auprès de Lo Dong il occupait le poste de Ai-Tan. Il existait dans cette zone trois de ces défilés défendus : Ai-Tan Ai-Thuong ou poste de Tram-Da plus au Nord, et Ai-Trung, vers la montagne de Hoi-An. Ai-Tan gardait sans doute le passage du Lo Dong. Mais le nom de Hoi-Vuc est bien significatif pour expliquer son origine et les efforts de défense qui avaient dû être installés sur le passage existant au Sud de la montagne. Et à cette époque où Nguyen-Van-Dat, général commandant l’armée gauche du prétendant, exécutait brillamment vers l’Est du Cam-Le au voisinage des magasins de My-Thi, les troupes désespérées des Tay-Son, Nguyen-Duc-Xuyen tenait le poste de Bà-Viên près de Phò-Nam, et Nguyen-Van-Duyet avait été chargé de la position de Tram-Da réoccupée.
Dr A. Sallet.

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La Vie à Bana

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AAVH AP7727 Dégremont – Bana, 1928 – Le thé sur la terrasse des Pélissier.
Bana, station d’altitude, tient à adjoindre à son altitude certaines qualités obligées d’existence, qui en font un point où l’on vit dans des conditions choisies de climat, et ceci dans un calme et dans une régularité de vie absolue. Les dispositions du terrain, la dispersion des pavillons obligent en général à la soirée familiale et aux repos nécessaires après l’activité des jours. Mais Bana a conservé pour ceux qui fréquentent la station une distraction unique, variée dans ses détails : c’est la marche par les sentiers, ou directement à travers la montagne, sport total dont l’organisme entier bénéficie.
Il est joint à cette étude un tracé des divers chemins créés autour du centre urbain. Le réseau s’étend ; il doit s’amplifier encore. Et sur ces routes de forêt il y aurait tant à rappeler. Je revois plusieurs de ces promenades familières, quelques-uns des recoins vers lesquels elles conduisent.
A l’Ouest de la « Santé », descend un routin dont les lacets multipliés limitent la fatigue. Il va dans l’ombre des mamelons entaillés et des creux vallonnements intermédiaires, protégés par le grand bois étendu partout. Il atteint des torrents plus profonds : celui-ci est bouleversé de roches recouvertes en partie de mousses et de fougères, parmi les suintements. La liane formidable qu’est le philodendron jette en écharpe ou en couronne les nouures de ses rhizomes gris et la singularité admirable de ses feuilles profondément découpées. Une végétation puissante entoure, saisissant les blocs, s’accumulant aux terres, poussée sans fin dont la vie utilise les débris des espèces mortes ou lutte dans la vie exubérante des autres. Sous une mê1ée végétale, le ruisseau formé glisse, inconnu, s’annonçant au passage des roches, prenant air sur quelque fond sableux pour disparaître sous un nouveau fouillis. Cet autre ravin donne tout un bois délicat de fougères arborescentes, aux cimes égales sur des stipes différents de hauteur. Ici, c’est la cascatelle jaillie de la roche, groupant les ruissellements voisins pour en précipiter l’ensemble sur un seuil rocheux, dont la cascade réduite d’été doit être importante dans son débit d’hiver.
Puis, un sentier de retour conduit par une rampe assez rapide, secourue par des escaliers nombreux, jusque sous le terrassement de l’hôtel. Un travail récent a su créer un chemin d’accès permettant l’ascension calme d’un mamelon spécial, de ce côté occidental de la montagne, mamelon que les premiers occupants de Bana avaient escaladé dans les difficultés du bois et de la pente. Sur un arbre du sommet, il fut fixé un drapeau : le mamelon reste désormais « le Drapeau ». Et de sa terrasse de crête on a bien l’un des plus puissants panoramas du système montagneux de l’Ouest et du Nord, sur les détails de la chaîne et sur la gigantesque masse qui l’épaule, étendue tel un barrage que termine en mer la montagne du Col.
Chaque escarpement est devenu praticable, chaque ravin se laisse atteindre ; le Service des Forêts a ingénieusement su créer et aménager les sentiers utiles. Il faudrait dire les beautés de chacun, les décors spéciaux, les défilés, les chaos, la munificence des végétations de tel point, la succession des merveilles du sous-bois pénétré par certains torrents : ainsi celui qui aboutit à l’endroit que l’on dit « la source de Faifo ».
Sur les chemins réguliers sont disposés, pour le gré des promenades tranquilles, des bancs dont l’installation a été définie sur des emplacements qui apportent le charme de leur cadre ou l’agrément de la vue qu’ils permettent.
Souvent, revenant de « Faifo » par la route, nous dirigeant vers le groupement actuel de Bana, nous nous sommes arrêtés, à la partie supérieure de cette route. Un banc est précisément installé sur le chemin en bordure de l’escarpement où sont édifiés les pavillons de la Douane, un peu en avant de ce couloir toujours glacé où la route abandonne le versant Est des cimes pour se jeter sur celui de l’Ouest.
A nos pieds, une pente presque en à-pic, s’effondrant vers un ravin peuplé d’arbres ; deux pins aux aiguilles dressées sur des membres tordus encadraient le décor ainsi que l’on présente tant de paysages japonais ; partout, devant nous, se présentait la houle des verts infinis soulevée par les arbres plus forts, et à travers l’immense trouée qui isole le mamelon de « Faifo », la vue projetée très loin atteignait les montagnes du Nord, celles de l’autre côté du fleuve du Cu-De, montagnes tout entières ensevelies dans des tons violets, s’embrumant vite ou, parfois, laissant tomber sur leurs lignes le pli d’un nuage blanc trop lourd.
Bana a su créer ses excursions dont la variété étonne ; Bana n’a fait appel qu’à sa seule nature, et celle-ci veut intéresser chacun. Il ne peut être question de chasse, ou bien alors il faudrait gagner les pentes très basses de l’étage inférieur, non plus que de l’attrait de quelque vestige laissé par l’homme dans le passé. Les promenades ne veulent compter que pour la marche et l’intérêt calme d’un coin charmant ou la découverte d’un panorama merveilleux. Les promenades jouent un grand rôle dans la vie de Bana, et leur action est grande sur le travail qui s’opère pour la santé de chacun dans la bienfaisance d’un climat de fraîcheur avec le réconfort des appétits et l’apport inévitable de sommeils meilleurs.