Autres – Sallet polygraphe

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Documents pour servir à l’histoire de l’Indochine et du Vietnam –  Témoignages et archives collectés par l’Association des Amis du Vieux Hué – Illustrations extraites de notre fonds iconographique
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Albert Sallet, humaniste et polygraphe

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Sallet à son bureau LIGHT

Albert Sallet au travail dans son bureau privé de l’Hôtel Morin de Tourane (actuel Danang) (Photo J. Cousso)

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P1000855 Light RognéImportance de la variété des matières traitées par Sallet – Photographie de quelques tirés-à-part (Photos Jean Cousso)

 

 

D’une curiosité universelle, Albert Sallet a recueilli, tout au long de sa carrière, des milliers d’informations tant en Indochine (1903-1931) qu’en France (de 1931 à sa mort en 1948), dans des domaines aussi variés que l’histoire, la médecine, le folklore, les sciences naturelles, l’ethnographie, la vie quotidienne, etc. Cette collecte majeure n’étonne pas lorsqu’on connaît l’activité et l’énergie du Médecin Major, ses titres et les fonctions qu’il a occupées dans les divers postes, ses incessants déplacements….. Albert Sallet a passé toute sa vie à écrire sur tous les supports. Il n’eut pas le temps d’exploiter toutes ses notes en rentrant en France en 1931. Malgré cela, il reste de ses travaux une importante bibliographie. Au demeurant, son oeuvre ne peut se dissocier d’un humanisme reconnu par tous ses proches, qui sera un moteur essentiel de la connaissance de l’autre. Son amour et son admiration pour les Vietnamiens, dont il maîtrisera très vite la langue, ne peut faire de doute.

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Carnet

 

Carnets et agendas remplis par Albert Sallet pendant sa carrière en Indochine, de 1903 à 1931.  (Photo J. Cousso).

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Albert Sallet humaniste : témoignages

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Philippe Stern,  Conservateur en Chef du Musée Guimet

…/…Peu de personnes m’ont paru communier à ce point avec la douleur humaine…./…

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C’était la guerre et l’occupation. Philippe Stern, conservateur adjoint du Musée Guimet (par la suite il deviendrait conservateur du Musée Guimet à Paris), menacé, se cachait.  Albert Sallet l’accueillit à Toulouse dans le Musée Geoges-Labit dont il était le 1er conservateur. Il le “camoufla ” pour le soustraire aux persécutions raciales, tout en l’associant à ses travaux.  En 1948, apprenant la mort de son ami et protecteur, Philippe Stern a tenu à exprimer à la famille du savant toute sa reconnaissance fidèle.  Ecoutons cette voix d’un homme à son tour disparu. Philippe Stern témoigne :
« Je veux dire ce qu’Albert Sallet été pour moi, ce que j’ai su qu’il a été pour tant d’autres.  Il était de ces êtres si peu nombreux dont on peut dire en toute certitude qu’ils ont une belle âme.  Et ce sont les circonstances mêmes que nous avons traversées, qui me l’ont montré.  En 1940, frappé par la détresse du pays, il avait été touché de voir que certaines de ses nobles conceptions devenaient celles du Gouvernement qui les affichait.  Ce qu’il y avait derrière cet affichage, la noblesse même de son âme l’empêchait de le voir.  J’ai suivi, presque moment par moment, la tragédie qu’a été pour lui cette découverte progressive…/… »
Ce qui me semble plus beau encore, c’est qu’avec les idées qui étaient les siennes, il ait su, devant l’injustice, marquer un cran d’arrêt brusque ; je le sentais révulsé par toute persécution raciale. je ne pourrai jamais assez dire ce qu’il a été pour moi, comme il m’a accueilli, et comme il a facilité mon travail. je m’en souviendrai toujours, mais je trouve encore plus étonnant ce qu’il a pu être pour d’autres qui n’étaient pas ses amis, qui étaient presque des passants, s’exposant pour les protéger.  Peu de personnes m’ont paru communier à ce point avec la douleur humaine.  Il me semblait, certains jours, qu’il portait le poids du monde.  Toute souffrance injustifiée l’atteignait personnellement et directement… Je voudrais en terminant vous assurer que le souvenir du docteur Sallet sera avec moi pour toujours, car, à travers ces années tragiques, j’ai vraiment senti ce qu’il était. ” (Rapporté par G. M. Proux).
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Dr Le Van Ky et Pham Quynh, ministre de l’Education N. et créateur de la revue Nam Phong

Ah ! Monsieur, si la France ne nous envoyait que des gens comme lui !

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1941 – Le docteur Lê-van-Ky, médecin-chef à Sông-Câu, me parlait d’Albert Sallet. “ Il n’était pas seulement pour moi un chef et un aîné, mais un ami véritable. Et c’est un grand savant, connaissant bien mieux que beaucoup de nous notre histoire et nos traditions.  Oui, c’est un très grand mandarin… Il ne méprisait pas les petits, les moins titrés.  Malgré sa condition d’Européen, et notre différence d’âge et de grade, il ne voulait  pas que je l’appelle “ quan ” (c’est-à-dire à peu près : seigneur), mais seulement “ ông ”, ce qui peut se traduire par oncle, ou frère aîné… Et lui m’appelait également “ ông ”, au lieu de me dire “ em ”, terme un peu condescendant signifiant “ petit frère ”, que nous imposent d’autres Blancs qui ne le valent pas.  Ah ! Monsieur, si la France ne nous envoyait que des gens comme lui ! ”. (Rapporté par G. M. Proux).
1942 – Un illustre Vietnamien me parlait Albert Sallet.  Il s’agit de Son Excellence Pham Quynh, alors ministre de l’intérieur de l’Empire d’Annam ; je m’entretins avec lui lors de son voyage dans le Sud-Annam où il accompagnait S. M. Bao-Dai.  Il m’exprima lui aussi son admiration de lettré, et son amitié “ pour ce grand “ mandarin d’Occident ” qui connaissait tellement bien le peuple vietnamien, “ grand lettré, grand savant, si plein d’égards envers nous, et digne d’être honoré comme l’un des nôtres. ”…/… (Rapporté par G. M. Proux).

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Titres et fonctions principales

Médecin Major de première classe des Troupes Coloniales – Conservateur du Musée des Antiquités Chames de Tourane (actuelle Da Nang) – Membre du Conseil des Recherches Scientifiques de l’Indochine  – Chargé de l’Etude des Matières Médicales pour l’Annam – Correspondant de l’Ecole Française d’Extrême-Orient – Correspondant de la Société des Etudes Indochinoises – Membre fondateur de l’Association des Amis du Vieux Hué – Société Française de l’histoire de la Médecine – Société d’Ethnographie de Paris – Société d’Acclimatation Nationale de France – Société Médico-chirurgicale de l’Indochine – Etc.

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Liste non exhaustive des travaux et articles publiés par Albert Sallet

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Bibliographie d’Albert Sallet

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Abréviations : AB : Annales de l’Institut colonial de Bordeaux – BAVH : Bulletin de l’Association des Amis du Vieux Hué – BEI : Bulletin Economique de l’Indochine – BSAMFT : Bulletin de la Société Archéologique du Midi de la France a Toulouse – BSEI : Bulletin de la Société des Etudes Indochinoises – BSHNT : Bulletin de la Société d’Histoire naturelle de Toulouse _ BSMC: Bulletin de la Société Médico-Chirurgicale de l’Indochine – EA : Revue Extrême-Asie – MASIT : Mémoires de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles Lettres de Toulouse.

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1914 – Enumération des temples et lieux de culte de Hué (avec Nguyen dinh Hoe), BAVH, 1914 : 81- 85 ; 183-186 ; 341-342.
1919 – Le vieux Faifo (actuelle Hoi An), I. Souvenirs chams  ; II. Souvenirs japonais ; III. Les tombes européennes, BAVH, 1919 : 501-519.
1922 – A propos de Centenaires, BAVH, 192 1 384- 397.
1923 – Les souvenirs chams dans le folkore et les croyances annamites de Quang Nam, BAVH, 1923 : 201-229.
1924 – Le Nui Bà-gie, Pages Indochinoises, 1924.
– Les Montagnes de Marbre (Ngu hanh s’on), BAVH, 1924 : 1-145.
– La montagne de Bana, station d’altitude de l’Annam central (avec le Dr Gaide et H. Cosserat), BAVH, 1924.
1925 – Le tombeau de Nha Trang, EA : 273.
– Champignons d’Indochine, BSMC, n° 11, déc. 1924, 1925.
– Le sorcier et la sorciere (Thay et Thim), EA,1925 : 159.
– Le trésor des Rois chams et la Princesse gardienne, Le moniteur d ‘Indochine, 1925.
– Folklore de Binh-thuan 1 la Solitude de Gia lé, EA, 1925 ; 809.
1926 – Les esprits malfaisants dans les affections epidémiques au Binh thuan, BAVH, 1926 : 81-88.
– Les chams de l’Annam et leurs monuments ruinés, BSAMFT, 1926, 3-IV.
– La légende de la Princesse de Jade, EA, 1926.
1927 – Considération sur les manifestations du volcanisme en Annam et les sources thermo-minérales, III, BSEI, 1927, 3 : 161-168.
1928 – Au sujet des sources thermo-minérales de l’Annam, III, BSEI, 1928, 1 : 18-22.
– Le Ha thu Ô, plante des rajeunissements, BAVH, 1928 : 148-152.
– Campagne franco-espagnole du centre Annam, prise de Tourane 1858-1859, BAVH, 1928.
– Le laquage des dents et les teintures dentaires chez les annamites, BAVH, 1928 : 223-255.
– La stèle européenne de l’hopital de Faifo (actuelle Hoi An), BAVH, 1928 : 295-297.
– Les moxas de l’initiation des bonzes, BAVH, 1928-  299-300.
– Les Chams et l’histoire chame, Bulletin de l’1nstruction publique, novembre 1928.
– Les vers intestinaux et leurs traitements dans les thérapeutiques annamites et sino-annamites, BSMC, mai 1928 : 7.
– Le Banh trung, pain médicinal anthelminthique, BSMC,1928 : 7.
– Traitement annamite des plaies pénétrantes par coups de corne de buffle et plus spécialement le traitement des éventrations, BSMC, avril 1928.
– Xa tien, le grand plantain 1 Plantago Major L. ; famille des plantaginacées, BSMC,  juin 1928.
— Les Thuoc Me, BAVH, 1928 : 21-37.
– Quelques plantes médicinales de l’herbier indochinois, BSMC, oct. 1928-1929.
– Le Musée Khai Dinh. Le Pavillon, ses origines et son histoire, BAVH, 1929 : 59-84.
1930 – Les nids d’hirondelles, les salanganes et leurs nids comestibles, BAVH, 1930 : 1-77.
– L’usage en médecine des crabes fossilisés, BSMC, avril 1930 : 8 p.
– La légende de Thién Y A Na, EA, 1930. »

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Ecriture et style

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L’écriture d’Albert Sallet, « normale » à ses débuts, évoluera de façon catastrophique, jusqu’à devenir incompréhensible, voire « intraduisible » pour ses collaborateurs et correspondants qui s’en plaignaient. Ces derniers l’obligeront, par un cadeau collectif intéressé, à travailler sur une machine à écrire en 1928 ; les « tapuscrits » Sallet seront alors utilisables par tous.

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Evolution de l’écriture de Sallet

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light 1 Lettre A 10 ans    light 2 Lettre B    light 3

 De g. à dr. 1 – Albert a 10 ans ; lettre à son père Théophile sabotier à La Souterraine. 2 – Albert a 22 ans ; il finit ses études à Santé Navale à Bordeaux ; écriture tout à fait lisible. 3 – Albert a 47 ans ; une lettre comme des centaines, destinée à un article du BAVH ; son écriture est pratiquement illisible et donne des soucis aux employés de l’IDEO (Imprimerie d’Extrême-Orient) de Hanoi, chargés de l’impression du BAVH.

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Le style d’Albert Sallet est fait d’un mélange de vocabulaire de chercheur et d’un besoin de transmettre ses émotions au plus grand nombre, en particulier  celles liées à sa fascination pour l’exotisme et le fantastique (voir ses textes sur les « Esprits malfaisants en Annam »).
Léopold Cadière lui écrivait, à ce propos, dans une lettre datée de 1929 : « Quand je vous lis, je pense à Mac Orlan qui continue la tradition du Sâr Peladan *. Vous devriez vous appeler Salettan, ou quelque chose comme cela. Mais tout de même, vous êtes plus clair, plus lumineux que ces deux noms que je vous ai donnés. Je comprends que Monsieur Finot (Directeur de l’EFEO naissante – NDLR) vous ait critiqué ; ce n’est pas du tout son genre, fait de précision et de sobriété. Mais…Continuez ; chaque oiseau chante suivant la voix que Dieu lui a donné, et votre chant ne manque pas de charmes …/… »
* Sâr Mérodack Joséphin Peladan, pseudonyme de Joséphin Peladant, né à Lyon le 29 mars 1858 et mort à Neuilly-sur-Seine le 27 juin 1918, est un écrivain et occultiste français, adepte des Rose-Croix toulousains (NDLR)

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Exemple de la variété des matières étudiées par Sallet

Présentation d’extraits d’ouvrages ou articles

 

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 Page extraite d’un livret présentant le fonds Sallet, réalisée par AAVH J. Cousso

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LES NIDS D’HIRONDELLES par le Dr A. Sallet ; BAVH 1930/1

Table des chapitres : L’oiseau – Le nid – Habitat et répartition géographique des collocalia à nids comestibles – Les nids en Indochine – Exploitation des nids – Récoltes des nids – Les ariétés des nids – Valeur des nids – Fraudes – Utilisation des nids au point de vue culinaire – Les nids dans les thérapeutiques d’Extrême-Asie – Les cultes à l’occasion des récoltes – Folklore
La septième urne dynastique du temple The-Mieu dans le palais impérial de Hué porte le nom de Tuyen-Dinh. Elle retient parmi les détails qui la décorent un certain motif représentant des oiseaux qu’identifient les caractères (suivent les caractères). Il s’agit donc des Salanganes, c’est-à-dire des oiseaux aux nids comestibles. Ce sont des espèces qui fréquentent les grands rochers marins, côtes des continents ou écueils des îles dépendant de la mer de l’Est, laquelle pourrait être la partie Sud de la mer de Chine allant s’étendre parmi les archipels de ’Insulinde et de la Polynésie. Le dessin dont se marque le relief du bronze soulevé est charmant : il retient deux oiseaux dirigeant leur vol vers de hauts rochers à pic dont le pied est battu par le flot d’une mer troublée. Des cavités creusent ces masses et, sur les parois, dans les coins et les replis, s’accrochent des nids parmi lesquels de minuscules oiseaux paraissent manifester une impatiente attente. Les Salanganes et leurs nids méritaient bien de figurer sur les grandes urnes du Palais au milieu des détails jugés dignes de remarque parmi les choses et les conditions relevant du pays d’Annam. Dans le nombre des nids qui s’exportent à travers le monde d’Extrême-Asie pour les tables des riches et des grands, on sait que ceux des côtes de la vieille Cochinchine sont …/…

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ÉNUMÉRATION DES PAGODES ET LIEUX DE CULTE DE HUÉ par le Dr A. Sallet et Nguyen Dinh Hoe – BAVH 1 pp 81

La présente étude est, comme son titre l’indique, un simple relevé – des temples et lieux de culte de Hué et des environs immédiats de la ville. Pour des raisons particulières, les temples funéraires privés ne sont pas compris dans cette énumération. On n’a pas signalé non plus, du moins du numéro 1 au numéro 64, les pierres et arbres sacrés, quelqu’intérêt que présentent ces objets au point de vue religieux. On ne prétend donner aucune description des lieux mentionnés, ni d’ordre archéologique ou artistique, ni d’ordre religieux. On indiquera le nom sino-annamite de la pagode, lorsqu’elle en a un, et le nom vulgaire sous lequel on la désigne, et les divinités auxquelles on rend un culte dans la pagode ; on signalera l’existence de stèles, de cloches, ou autres objets présentant un intérêt historique ; on indiquera par les soins de qui la pagode est entretenue, et, autant que possible, la date de la construction on des restaurations de la pagode …/…

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LE VIEUX FAIFO : Table des chapitres : I Souvenirs chams – II Souvenirs japonais – III Les tombes européennes –  1 – SOUVENIRS CHAMS Par A. Sallet, Médecin-Major des Troupes coloniales.

L’installation des Chams à Faifo marque bien peu dans la tradition orale du pays. Il y a quelques années, les anciens de Hoi-An prétendaient que les Moi avaient occupé l’emplacement actuel de Faifo, longtemps avant que le vieil Ho-Bi-Xu n’existât. Or, les Moi ci-désignés sont les Chams ; la valeur du terme moi en Quang Nam atteignant toujours pour le passé les Chams et leurs oeuvres, ici Moi a ainsi l’équivalence de Cham. Rien ne s’oppose à ce que Faifo ait pu anciennement être habité par une population chame. Le Quang-Nam, si abondant en souvenirs d’un passé actif, où les merveilles écroulées paraissent encore suffisamment et sur tous les points pour attester un art avancé dans la statuaire et l’architecture, nous renseigne pleinement sur le développement des Chams et de leurs installations en terrain bas, soit en bordure de la Communication lue à la réunion du 31 juillet 1918.

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LES LAQUAGES DES DENTS ET LES TEINTURES DENTAIRES CHEZ LES ANNAMITES par le Docteur A. Sallet – BAVH 4 – 1928

Table des chapitres : Origines et coutumes – Le laquage des dents en Extrême-Orient – Impressions des Européens sur les dents noires – Laquage des dents et bétel – Rôle des laques dentaires – Mode et laquage – Impression annamites sur les dents blanches – Le laquage – Teintures et laques – Formules et techniques – Prohibitions – Délaquage – Phrases – Conclusions
Origine et coutumes
J’aurais voulu savoir à quelles raisons sérieuses l’homme d’Annam avait pu obéir en adoptant la coutume du noircissement des dents et de leur laquage. Ces raisons auraient sans doute fixé dans le temps toute une histoire. J’ai demandé la chose à bien des recherches, j’ai questionné bien des gens : ainsi j’ai eu des explications et quelques-unes valaient bien peu. Or, je m’arrête sur cette conviction que le laquage des dents est chose très ancienne et que les motifs qui l’ont fait pratiquer sont basés sur des principes d’hygiène dentaire et de préservation : mode et coquetterie étant venues après. Un haut mandarin m’a bien dit : la pratique du laquage des dents coïncide dans son origine avec celle des tatouages auxquels le peuple du vieux pays des Hong-Bang avait été soumis par autorité de ses rois. Voilà donc une coutume dont les applications à l’origine remonteraient aux premières époques historiques de l’Annam, qui formait alors le pays des Giao-Chi, dont les habitants vivaient du produit des pêches en mer. Or, ces gens étaient souvent attaqués et mordus par des monstres marins et le roi Hung-Vuong 1er ordonna à ses sujets de se dessiner sur le corps des images de dragons et de serpents afin de tromper et d’effrayer les animaux de leur crainte…/…

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CAMPAGNE FRANCO-ESPAGNOLE DU CENTRE-ANNAM par Albert Sallet – Prise de Tourane 1858-1859. BAVH 1928

 Les Missions catholiques installées sur les terres de l’Empire d’Annam, avaient supporté bien des vicissitudes sous les deux empereurs qui précédèrent sur le trône la venue deTu-Duc : églises incendiées, chrétientés détruites ou pillées, massacres organisés des catholiques indigènes : les persécutions étaient assez constantes, mais s’exaspéraient sous certaines influences d’époques ou de conseils. On emprisonnait les missionnaires venus d’Europe, sur les exigences imposées par des édits qui interdisaient aux prêtres étrangers de séjourner dans le pays, et ils étaient nombreux ceux qui avaient payé de leur vie leur ténacité dans l’apostolat. J’ai pensé qu’il serait utile de produire, en les résumant, les renseignements qui intéressent la chose essentielle de cette campagne, c’est-à-dire la prise de Tourane.
Tu-Duc reprit dès ses premières années de règne la rigueur des persécutions, en dépit des réclamations qui avaient été présentées par les nations d’Europe au gouvernement annamite. Ainsi deux missionnaires français furent décapités, après jugements très spéciaux des cours d’Annam, en 1851 et en 1852. Le gouvernement annamite refusa de recevoir l’ambassade que la France avait envoyée pour protester et même, dès qu’elle fut partie, Tu-Duc intensifia la portée et la fureur des mouvements anti-chrétiens à l’occasion desquels il attacha plus expressément une haine contre tout ce qui était d’Europe. En 1857, un missionnaire espagnol était décapité, un second était martyrisé en 1858. La France et l’Espagne se décidèrent à apporter une action commune et une campagne fut concertée unissant des forces prélevées dans les deux pays…/…

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LE MUSEE KHAI DINH par Albert Sallet : le pavillon, ses origines et son histoire (BAVH Avril-Juin 1929)

Au 6e mois de la 2e année de Duy Tan (Juillet 1908), une ordonnance royale consacra à l’édification d’une bibliothèque officielle les matériaux de construction d’un ancien palais de culte. En conséquence, les divers éléments du palais Long An, les bois : colonnes, charpentes, toitures et cloisons ; les pièces ornantes : faîtages et angles ; les dalles, les grès et les marbres, tout fut transféré au voisinage du grand palais sur la face orientale de celui-ci. On réajusta habilement tous ces détails : c’est ainsi que fut édifié le Tan tho vien, l’actuel Musée Khai Dinh. Primitivement le Tan tho vien ne disposait pas de l’immense et belle salle que représente à l’heure actuelle la partie antérieure du musée. Un système de cloisons compartimentait certains angles, formait des galeries. Les boiseries qui limitaient cela étaient décorées de poésies composées par les rois lettrés, gravées en caractères peints en rouges. Loges-annexes et galeries bordaient, en arrière de la large salle d’entrée, une pièce surhaussée où furent groupées de gigantesques armoires laquées de rouge et semées de dragons d’or…/…