Pharmacopée sino-annamite

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AP000197 Sallet LIGHT

AAVH AP0197 Sallet – Annam, Nghe An, Vinh, 1928 – Médicaments en vente sur le marché – Elément de la grande enquête menée par le Docteur Sallet sur la médecine et la pharmacopée sino-vietnamiennes. Liste de médicaments en vente sur le marché de Vinh avec le nom en caractère chinois, le nom vernaculaire et le nom latin scientifique.

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Enquête officielle d’Albert Sallet sur la

« Pharmacopée sino-annamite en Annam » 1926 – 1929

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En 1925, un contrat majeur est fourni à A. Sallet. Une commission spéciale est formée pour étudier la réglementation future de la pharmacopée traditionnelle en Indochine. Le Dr Gaide, inspecteur général des Services sanitaires et médicaux de l’Indochine, fait remarquer que l’élaboration d’un compendium, phase préliminaire essentielle, « ne pouvait être menée à bien qu’en faisant appel aux compétences locales de chaque pays de l’Union ».
Pour l’Annam, le résident supérieur, M. Pasquier, nomme le Dr Sallet « botaniste distingué, possédant une profonde connaissance des choses et des gens du pays, dont il parle la langue ». Il est chargé par le Gouvernement Général en novembre 1926 de l’étude de la pharmacopée « sino-annamite ». Son contrat est fixé à trois ans (n’oublions pas que l’Empire colonial français commençait à être mobilisé pour l’avalanche de publications qui vont venir enrichir l’Exposition coloniale de 1931, et que l’ouvrage de Sallet en fera partie). Le Résident supérieur en Annam publie un ordre de service rédigé en français, en quoc ngu (vietnamien) et en caractères chinois (voir AP0217).
« Monsieur le Docteur Sallet, médecin-major des troupes coloniales en retraite, est chargé par le Gouvernement du Protectorat, et dans un but uniquement scientifique, d’étudier les médicaments utilisés par les pharmacopées chinoise et annamite en Annam. MM. les Résidents Chefs de Province sont priés de bien vouloir lui prêter leur concours dans l’accomplissement de sa mission et, en particulier, faciliter les enquêtes et recherches auxquelles il procédera auprès des médecins et marchands de médicaments chinois et annamites »
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AP000217 LIGHT Sallet

 

 Ordre de mission d’Albert Sallet rédigé en 3 langues, signé du Résident Supérieur en Annam – Fonds Sallet

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« Voici le Dr Sallet parti pour une mission de trois ans. Il sera accompagné de deux médecins vietnamiens, qui l’aideront à traduire tous les documents collectés. C’est là probablement la période la plus heureuse, la plus enrichissante et valorisante dans sa vie. Elle aboutira à l’édition le 15 novembre 1931, à Paris, d’un ouvrage de 154 pages et 16 planches en héliotypie. Il s’agit de « L’Officine sino-annamite en Annam, tome 1 : Le médecin annamite et la préparation des remèdes ». Il n’y aura pas de tome Il…/… En effet, après l’Exposition les responsables à Hanoï annoncent à Sallet qu’il avait largement dépassé le temps imparti, ainsi que le budget prévu, et qu’il n’y avait plus de dépense à engager. Mais Sallet avait eu connaissance de cette décision, et avait déjà quitté l’Indochine. Il avait tourné la page de cette aventure pour s’intéresser aux potentiels et capacités culturels de Toulouse, la capitale du Haut-Languedoc. Tous les documents préparatoires de son exaltant travail resteront en caisses… », jusqu’en 1995, date à laquelle son petit-fils Jean Cousso les retrouve et les confie à une « Nouvelle AAVH » qui aura pour premier objectif statutaire d’exploiter le fonds redécouvert.
Extrait de l’article : « Albert Sallet – Un Navalais honoré à Toulouse » – (Dr Y. Pirame et J.P. Raynaud in Bulletin de l’ASNOM, N°108, 2005)
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04 AP000318 light Sallet Annam, Fai Fo, 1929 - Devanture de la Maison Hy Thanh

AAVH AP0318 Sallet – Annam, Fai Fo, 1929 – Devanture de la Maison Hy Thanh

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AP4815 light Sallet Annam, 1926 - Dessin aquarellé - Plante médicinale (5)

AAVH AP4815 Sallet – Annam, 1926 – Dessin aquarellé – Plante médicinale (5)

 

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AP0317 light Sallet Annam, Fai Fo, 1929 - Matériel pour la préparation des médecines (2)

 

AAVH AP0317 Sallet – Annam, Fai Fo, 1929 – Matériel pour la préparation des médecines (2)

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AP0351 Sallet Annam, 1931 - LIGHT Petites armoires à pharmacie traditionnelles

 

AAVH AP0351 Sallet – Annam, 1931 – Petites armoires à pharmacie traditionnelles

 

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Préface du livre d’Albert Sallet sur

l’OFFICINE SINO-ANNAMITE EN ANNAM (1931)

I – Le Médecin Annamite et la préparation des remèdes

Par le Dr Gaide, Inspecteur général des Services sanitaires et médicaux de l’Indochine.
eSallet 115 LIVRE
Livre De Sallet : « L’Officine sino-annamite en Annam » – Van Oest, 1932
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A la suite des réunions tenues, en 1925, par la commission spéciale chargée d’étudier la réglementation de la pharmacopée sino-annamite, je signalais a M. le Gouverneur général que l’étude de cette pharmacopée présentait non seulement un intérêt tout particulier, mais était indispensable pour l’élaboration d’un compendium. Cependant un pareil travail, même de longue haleine, ne pouvait être mené à bien qu’en faisant appel, dans chaque pays de l’Union, aux compétences spéciales qui s’y pouvaient rencontrer.
La connaissance des plantes et des produits utilisés par les guérisseurs indigènes étant intimement liée à celle du pays lui-même, de sa flore, de sa langue et de ses coutumes, il paraissait nécessaire, en effet, plutôt que de constituer une commission unique, de confier l’étude de la pharmacopée indigène, dans chaque pays, aux médecins ou pharmaciens de compétence affirmée, tels que le docteur Menaut au Cambodge, le docteur Sallet en Annam et MM. Crevost et Pételot au Tonkin.
Cette façon de procéder présentait, à mon avis, un double avantage : elle permettait des investigations plus minutieuses et par suite une exactitude plus rigoureuse des notions recueillies, et elle réalisait, en outre, un gain de temps appréciable, puisque les études seraient menées simultanément dans la plus grande partie de l’Indochine.
Ma proposition fut acceptée et M. Pasquier, alors résident supérieur de l’Annam, voulut bien appuyer la candidature du docteur Sallet : « … botaniste distingué, possédant une profonde connaissance des choses et des gens du pays, dont il parle la langue, et qui pourrait s’occuper avec fruit de la pharmacopée sino-annamite ».
C’est dans ces conditions que le docteur Sallet fut chargé officiellement, et par contrat, par le Gouvernement général et par la Résidence supérieure de l’Annam de l’étude de la pharmacopée sino-annamite.
Celle-ci, poursuivie pendant trois ans, présente une réelle valeur scientifique concernant une matière sur laquelle nous ne possédions jusqu’ici aucune documentation sérieuse. Or, nous ne pouvions pas rester plus longtemps ignorants de ces médecine et pharmacie sino-annamites par crainte de paraître vouloir, en l’étudiant, encourager le retard dans le progrès.
La valeur du travail du docteur Sallet existe surtout au point de vue botanique et au point de vue pharmaceutique, par suite de la détermination de très nombreuses plantes et d’un grand nombre de produits médicinaux.
Quant à son importance et à son intérêt pratique, ils sont indiscutables. M. le Gouverneur général Pasquier, lui-même, disait, lorsqu’il proposait d’utiliser la compétence du docteur Sallet :
« ll y a dans cette voie une tâche fort intéressante à entreprendre ; les procédés empiriques qu’emploient aujourd’hui encore tant de médicastres on d’apothicaires asiatiques pour le plus grand dommage de leurs trop nombreux clients, disparaîtront au fur et à mesure que seront mieux connues la flore médicale de ce pays et les propriétés réelles des plantes qui la composent.
D’utiles conseils et des instructions précises remédieront peu à peu au charlatanisme de tous les pseudo-pharmaciens ou médecins pour qui la santé des crédules « nha quê » est le dernier des soucis, et dont les « consultations» s‘inspirent beaucoup plus de sorcellerie que de connaissances scientifiques. Le docteur Sallet, qui a vécu au contact des populations annamites pendant de nombreuses années, qui connaît leur mentalité, pourrait rendre dans ce domaine de précieux services

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AP000198 Sallet LIGHT

 

AAVH AP0198 Sallet – Annam, Vinh, 1928 – Médicaments en vente à la pharmacie Bao Hao – Elément de la grande enquête menée par le Docteur Sallet sur la médecine et la pharmacopée chinoises et sino-vietnamiennes. Liste des médicaments chinois en vente à la pharmacie Bao Hao avec les noms sino-vietnamiens et les noms en caractères chinois.

 

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On a beaucoup écrit sur la matière médicale de la Chine. Parmi ies voyageurs européens, missionnaires, explorateurs, marchands, qui atteignirent autrefois l’Extrême-Orient, plussieurs ont fait part de leur surprise et de leurs remarques au sujet de l’action et de la nouveauté de certains remèdes. L’ouvrage que publièrent au siècle dernier Soubeiran et Dabry de Thiersant fut sans contredit le meilleur.
Ii en a été de même des matiéres médicales d’Annam qui ont provoqué d’assez nombreux travaux. Nous citerons plus particulièrement l’excellent inventaire do Loureiro ; celui do Mgr Taberd ; l’étude de Dumoutier, ancien directeur de l’Enseignement au Tonkin, sur la médecine et la pharmacie annamites dams ses Essais sur les Tonkinois, reproduite par la Revue indochinoise en 1907 ; l’ouvrage du docteur J. Regnault, médecin de ia Marine, sur la médecine et la pharmacie chez les Chinois et chez les Annamites, suivi d’un index pharmaceutique chinois, en 1 902 ; l’ouvrage du Pére Souvignet, présenté sous le titre de Variétés tonkinoises, comprend une longue série de plantes médicinales, avec des déterminations et des indications de désignations, en 1903 ; et, enfin, l’important travail de Perrot et Hurrier : malgré quelques imprécisions inévitables à cause des caractères compliqués, des noms exprimés dans des langues inattendues, avec des renseignements insuffisants, cette oeuvre publiée en 1907, peu après la première exposition coloniale de Marseille, témoigne d’une haute compétence et d’un labeur considérable.
Nous tenons à mentionner aussi l’étude, plus récente, de Crevost et Pételot, qui est plus générale car elle est consacrée aux produits médicinaux de l’Indochine entière.
Mais, tel qu’i1 est présenté, le travail du docteur Sallet marque un effort plus considérable, qui sera très heureusement utilisé pour des études ultérieures ayant pour but de reconnaître les principes de tous ces produits médicinaux. Il s’agit là, en effet, d’une documentation préparatoire fort  importante.
Les nombreuses équivalences chinoises et annamites sont définies d’après les déterminations de notre systématique botanique, les différences dialectales dans la langue populaire sont précisées comme il convient. Afin d’éviter les erreurs dans la lecture des noms, chacun de ceux qui sont représentés reste appuyé de la valeur précise de son caractère chinois ou de phonétique annamite. D’autre part, les crédits différents attribués aux espèces sont établis par des détails empruntés aux livres des matières médicales de la Chine ou de l’Annam et ils sont complétés, à l’occasion, par tout ce que le monde des campagnes, simplement, ou le médecin de village, avec ses secrets guérisseurs, out bien voulu livrer.
Qu’il nous soit permis de rappeler ici que l’observation primitive des hommes sut très vite découvrir, à côté des plantes alimentaires, les plantes ayant des propriétés curatives. Cette observation naturelle, base des thérapeutiques populaires, se rencontre, à résultat à peu près égal, chez tous les peuples. « L’indigène, dit le docteur Heckel, n’a pas dispersé ainsi que nous ses forces d’observation et les a concentrées sur un seul point ».
Les médecines végétales ont une action qui a été considérée par observation première et application empirique. Tous nos grands médicaments qui viennent de leurs plantes sont conséquences de cet empirisme, preuve évidente d’un génie spécial aux races primitives.
Cette observation populaire est profonde en général et elle va souvent plus loin que la constatation du fait, car elle sait reconnaître, en p1us, la valeur de menues particularités et les conséquences que celles-ci entraîneront. Ce sont certains détails dans les récoltes, les préparations : moment, mode, etc., toutes choses qui peuvent passer pour fantaisies, n’obéissant qu’à des rites, et que cependant il faut rattacher a des remarques habiles.
Par exemple, chez les Colombiens, la feuille d’un médicinier est récoltée, soit de bas en haut, soit de haut en has , et sa valeur thérapeutique diffère dans les deux cas, parce que le pétiole, entraîné lorsque la feuille est détachée du haut, apporte un élément spécial qui change 1’effet de cette médecine. En Annam, les plantes cueillies dans la fraîcheur du matin portent, en plus, la valeur des rosées dont leurs feuilles sont recouvertes. Certains fruits, ceux du quisqualis entre autres, par exemple, doivent être débarrassés de leurs pôles : il s’agit de supprimer le hile et son germe, porteurs d’éléments pernicieux. A côté des détails empruntés aux techniques chinoises, le travail du docteur Sallet sur les matières médicales d’Annam releve bien des choses recueillies de  l’empirisme local, traduit de l’expérience de médecins des campagnes ou de vieilles gens qui travaillent à la manière de nos rebouteurs, les « rhabilleux ». « Ils savent, dit Ajalbert, de tradition, du récit des anciens et de leur observation directe sur ies animaux, les vertus , les énergies de certaines plantes.
N’a-t-on pas procédé de même façon en Occident ? Notre arsenal médical a bien su trouver son fond originel dans les substances des anciens droguiers que l’empirisme avait créés. Ainsi les médecines exotiques ont fourni également et peuvent fournir encore des remèdes de haute valeur à côté des quinquinas, ipécas, plantes à strychnine, plantes à caféine, cardamomes, cannelles, etc.
Le mérite du docteur Sallet, est de donner, en même temps que les qualités fondamentales des médecines chinoises, des indications motivées sur ies emplois et les modes préférés de ces emplois en pays annamite. Il a tenu à indiquer l’efficacité des plantes d’Annam, que l’Annamite ignore souvent, et à décrire les formules populaires, en y joignant, pour de nombreux remèdes, les croyances qui s’attachent à chacun et tiennent des légendes.
Un récent rapport officiel de l’Inde nous renseigne sur l’importance du laboratoire des recherches pharmacologiques organisé à Bombay : La section pharmacologique (pour l’étude des médicaments indigènes) fut créée en 1924, sous la direction du révérend Pére Caius qui avait déjà acquis une réputation de chimiste et de bactériologiste par ses recherches sur la quinine, les antivenins et les anthelminiques. La section fut ouverte le 1er juin et, le 14 juin suivant, ie révérend Père Caius fut secondé par le docteur Mhascar. Actuellement, les systèmes de médecine indigène qui ont été en vogue pendant de nombreux siècles suscitent un grand intérêt et de nombreuses demandes sont faites pour leur rétablissement sous le patronage du Gouvernement. Quoi qu’on puisse penser de telles propositions, tous doivent faire bon accueil a un travail de recherches comme celui qui est et sera fait dans cette section sur les possibilités thérapeutiques des médicaments indigènes, de telle sorte que ce qui est bon dans le vieux système puisse être mis en relief et incorporé dans les méthodes plus connues de 1’Occident.
De même pourquoi n’enseignerait-on pas, à l’Ecole de médecine d’Hanoi, aux futurs médecins et pharmaciens indochinois, les éléments essentiels de la pharmacopée et de la matière sino-annamite ? ne leur apprendrait-on pas les médicaments les plus populaires et les plus employés et ne commencerait-on pas à les instruire sur les principales plantes médicinales du pays ? Bref, sur tout ce qui peut être vraiment pratique et à retenir de cette médecine indigène  ? Ils acquerraient du moins de cette façon la supériorité de pouvoir comparer et surveiller.
Les pharmaciens indochinois, étant alors autorisés à vendre eux-mêmes quelques produits reconnus efficaces de cette pharmacopée, prescrits d’autre part et dans certains cas par les médecins indochinois, attireraient davantage l’indigène vers leurs pharmacies. Ils arriveraient par leurs conversations avec celui-ci à augmenter davantage sa confiance dans les produits européens et les préparations, dont la vente au public resterait la raison d’être de leur profession. Ces mesures prises sagement, loin de risquer de causer un recul au progrès, ne feraient que le favoriser. En attendant la réalisation de ces voeux, je prie les docteurs Menaut et Sallet d’agréer tous mes remerciements pour avoir bien voulu m’apporter leur précieuse collaboration. Leur travail dépasse longuement la tâche pour laquelle j’avais sollicité leur compétence. »
Dr GAIDE, Inspecteur général des Services sanitaires et médicaux de l’Indochine. Hanoi, octobre 1930.

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AAVH AP2793 Schneyder Geuthner – Cochinchine, 1935 – Pharmacie chinoise – Monographie dessinée de l’Indochine – Ecole d’Art de Gia Dinh.
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