Musée Labit de Toulouse

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Documents pour servir à l’histoire de l’Indochine et du Vietnam –  Témoignages et archives collectés par l’Association des Amis du Vieux Hué – Illustrations extraites de notre fonds iconographique – Copyright © Images et textes contenus dans ce site sont protégés par © AAVH J.C. Toute reproduction est interdite sans autorisation. Merci de signaler tous documents inappropriés

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Albert Sallet et la MAGIE CONJURATOIRE D’ANNAM

Musée Georges-Labit de Toulouse (du 31 janvier au 22 février 2015)

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Exposition d’objets et de textes inédits collectés entre 1917 et 1932  par le Docteur Albert Sallet, médecin major en Indochine et premier conservateur municipal du Musée Georges – Labit. Ces documents ont été prêtés aux Amis du Musée Labit par l’Association des Amis du Vieux Hué. L’exposition a été réalisée à l’occasion du 20ème anniversaire de l’ Association des Amis du Musée Georges Labit et des 80 ans de la transformation de la maison de Georges Labit en premier Musée asiatique de province par Albert Sallet.

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A gauche, le cadre idéal pour une exposition de documents du Fonds Albert Sallet : le Musée Georges-Labit de Toulouse, sur les bords du Canal du Midi – A droite, Josiane Clergue Pomarède, Présidente de l’Association des Amis du Musée Labit et Philippe. Ils en ont été les initiateurs et la cheville ouvrière.

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IMAGES DE L’EXPOSITION

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TEXTES ET PANNEAUX

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Panneau N° 1 – Albert Sallet-Portrait

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Né dans la Creuse, à la Souterraine,  le 17/09/1877 d’un père sabotier, Albert SALLET est, en 1902, à la fin de ses études de médecine à Bordeaux, envoyé en Indochine et affecté au service de santé au Tonkin au sein d’une unité militaire.
Fin 1913, il est l’un des fondateurs de l’ASSOCIATION DES AMIS DU VIEUX HUE  (A. A .V. H.), société savante franco-vietnamienne vouée à la défense  du patrimoine annamite et pour le bulletin de laquelle A.SALLET écrira de nombreux articles.
Médecin major de  première classe En 1904, il s’occupe du service mobile de la vaccination contre la variole à Hanoï. Puis, il est nommé médecin major avant d’être muté à l’hôpital de Tourane où il obtiendra la Médaille des Epidémies pour son travail dans le contrôle de la peste. En 1910, il épouse Amélie Morin qui dirige en famille le Grand Hôtel de Hué et avec laquelle il aura 3 filles. Enfin, en 1920, il devient médecin-chef de l’hôpital régional de Phan Thiet dans le Sud Annam avant de prendre sa retraite en 1925. Il décide alors de rester vivre en Indochine avec sa famille et devient médecin civil libre. D’autre part, après avoir été archéologue amateur pour l’Ecole Française d’Extrême-Orient, il en devient membre correspondant en 1919 et « représentant de l’Ecole pour la surveillance et le contrôle de l’exportation des objets d’art Indochinois  » en 1926.
Retraité, il prend temporairement la direction du musée de Tourane en 1926. Il écrit un  « guide touristique » sur les monuments Chams. Il enrichit le musée fondé par Henri PARMENTIER, alors directeur de l’E.F.E.O., de plusieurs pièces intéressantes. En 1931, il publie un livre « L’officine sino-annamite en Annam, le médecin annamite et la préparation des remèdes » qui sera présenté à l’exposition coloniale de Paris en 1931. Albert SALLET alors âgé de 53 ans rentre en France pour les études de ses enfants. Il s’installe à Toulouse où il se fait construire une grande maison rue Bégué-David. Il découvre à proximité immédiate la fantaisie hispano-mauresque que le père de Georges Labit a légué à la municipalité toulousaine avec les collections de son fils en 1922 et qui avait été laissée à l’abandon depuis. Il va d’abord s’occuper de réorganiser bénévolement cette maison. Après un accord passé avec la mairie en 1935, il deviendra le 1er Conservateur du musée des arts asiatiques Georges Labit dont il veut faire le 1er musée d’art asiatique de province. Il y restera jusqu’en 1946 et retrouvera des amis, connus en Indochine, qui l’aideront à rénover le Musée : l’orientaliste toulousaine Gilberte de Coral-Rémusat, membre de l’E.F.E.O. et Philippe STERN, médecin d’origine juive et conservateur adjoint du Musée Guimet. Pendant 2 ans durant la guerre, A.SALLET cachera ce dernier dans le grenier du Musée LABIT pourtant très proche du siège de la Gestapo. Il servira aussi à la poudrerie nationale de Toulouse, considérée comme la plus importante de la zone dite libre, afin de soigner les nombreux Indochinois appelés pour y faire un travail pénible. Après l’inauguration officielle du Musée en 1945, fatigué,  A.SALLET rejoint sa sœur dans leur maison natale où il s’éteindra en 1948. C’est pendant sa période toulousaine qu’Albert SALLET va œuvrer au second tome de ses travaux axé sur la superstition et la magie conjuratoire (lutte contre les esprits malfaisants). Cet ouvrage qui aurait dû être imprimé par la Librairie PRIVAT ne sortira jamais. Cependant, autour des années 1935 – 1940, A. Sallet va faire des conférences extrêmement pointues concernant ce sujet sur Radio Toulouse (malheureusement, les archives de la radio n’ont pas été conservées).

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Panneau N°2 – Sorciers et Magie Conjuratoire

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 « Le Sorcier de Tourane ».  1919. Albert Sallet mentionne souvent ce sorcier sans indiquer son nom. Il serait, avec ses aides, à l’origine des dessins de magie conjuratoire, sans doute réalisés en double pour Sallet, l’original étant destiné au malade. Ils peignent sur papier de riz un double des « images » supports des pratiques magiques à des fins de protection ou d’exorcisme. Ces dessins étaient destinés à être pulvérisés et ingérés dans du thé par  ceux que l’on voulait soustraire aux esprits malfaisants. Ces amulettes peuvent être aussi bien des dessins de divinités légendaires, d’animaux ou de plantes placés sous le lit du malade, sur la porte de la maison ou accrochés sur une branche, pièces de monnaie, brique, outils préhistoriques… Entre 1919 et 1930, le docteur Albert SALLET obtient ainsi une collection unique en son genre de quelque 500 images ou amulettes qu’il classe comme documents de « magie conjuratoire »,  titre du livre qu’il n’écrira jamais, et que des spécialistes français ont commencé à déchiffrer…/…  (Dr Y. Pirame et J.P. Raynaud in Bulletin de l’ASNOM, N°108, Un médecin navalais honoré à Toulouse)
C’est dans le centre Annam, dans les provinces du Khanh Hoa, du Binh Thuan et du Binh Dinh, où vivent encore les derniers Chams dans des conditions misérables, que Sallet étudie le monde des « esprits malfaisants » : « Les esprits mauvais et les démons peuplent d’une façon particulière le vaste pays du Binh-Thuan. Tout s’y prête : l’aspect des terres diversement occupées (cultures et forêts, chaos rocheux, montagnes qui s’étagent, marais et sables, chemins perdus) ; c’est encore le mélange des races que font les Annamites, les Chams et les Moïs ; mais aussi c’est la facilité créatrice des natures simples qui l’habitent : le peuple ici est resté sans lettres. La crédulité a donc su fournir par l’intervention des fantômes et des génies méchants, l’explication de très nombreux phénomènes, et les superstitions ont remplacé toute religion du Buddha ou du Ngoc-Hoang  ».  Quelques génies locaux ont pourtant des rites particuliers, mais le monde des terreurs reçoit de plus nombreux sacrifices. Ici le sorcier est puissant. (…/…) Dr A. Sallet – Les Esprits Malfaisants dans  les affections épidémiques du Binh Thuan – in BAVH 1926/1 1925 – Tournée dans la province de Phan Thiet. Groupe de Chams
« Les médecins-sorciers » Lire l’article dans le tome I d’ A. SALLET, exposé dans la vitrine – L’Officine  sino-annamite en Annam – 1931 – Librairie Van Oest
…Le Royaume tout entier est semé de hantises… (…/…) Les croyances d’Annam sont très nettes sur ce point : le royaume tout entier est semé de hantises. Cependant, il semblerait que ce monde effrayant de fantômes et de terreurs ait peuplé les terres du Sud d’une manière encore plus abondante. C’est que là, mieux qu’ailleurs, tout se prête au développement des fantaisies démonologiques. Cette immense région offre par son aspect les contrastes les plus absolus et les plus saisissants. Tantôt elle est occupée par des cultures, tantôt par les brousses et la forêt ; ici, elle n’est que chaos rocheux ; ailleurs, elle est dominée par des collines ou par des montagnes étagées formant des expansions de la Chaîne orientale. Mais il faut surtout considérer le voisinage des races qui s’affrontent, sans avoir jamais opéré le mélange : Annamites, Chams et Mois, vainqueurs et vaincus d’autrefois et sauvages de la montagne. Ce qui agit surtout en faveur du démonisme, c’est l’imagination fertile des habitants qui a toujours aimé l’explication par le merveilleux ; c’est en second lieu un attachement profond aux croyances traditionnelles. (…/…) Albert Sallet – Les esprits malfaisants dans Ie Sud-Annam – Revue De Folklore Français et du folklore colonial – 1932
Photographie – Annam, Phan Thiet, 1923 – Albert Sallet en pousse-pousse devant sa résidence
« … plus redoutables sont les esprits malfaisants qui président  aux maladies épidémiques  » (…/…) Les esprits malfaisants, fantômes et démons, sont susceptibles d’agir isolément dans leur oeuvre maligne, mais le plus souvent ils manifestent en groupes, troupes dont les spécialisations sont naturellement marquées. On en voit qui jettent la désolation dans les familles dont ils entraînent l’effondrement matériel ou moral par les ruines, les pertes de situations et de charges, par la déconsidération. D’autres mettent en oeuvre les pires fléaux : incendies, inondation, tempêtes, certains sont particuliers aux accidents et justifient les noyades. Mais plus nombreux encore et plus redoutables sont ceux qui président aux maladies épidémiques et leur activité sait s’exercer tantôt au préjudice de l’être isolé, tantôt au détriment des différents groupes humains (…/…)

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Panneau N°3 – Hier et Aujourd’hui. Scènes de Magie Conjuratoire contemporaines

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Ces pratiques se sont prolongées jusqu’à nos jours, de façon plus ou moins clandestine, car le gouvernement désapprouve toutes activités liées à la superstition. Ici sont présentés des photos et objets utilisés récemment lors de cérémonies chez les sampaniers de  la région de Hué.
Estampage d’une stèle comportant symboles et formules magiques. (…/…) « On l’appelle la «stèle du sorcier » par traduction élargie de son nom populaire d’Annam « Bia bua » la stèle-talisman. Le fait de son caractère, celui de son aspect et la manière de son édification autorisent à signaler par une étude ce monument tout spécial dont je ne connais à travers le pays aucune réplique valable. Cette stèle appartient au village de Can Phau, l’un des 5 quartiers de l’agglomération de Fai Fo). Elle est placée près de la Maison commune, face au nord. Elle se compose d’une table de pierre en grès rougeâtre, enchâssée dans une maçonnerie formant niche, abritée par un toit à 3 rangées de tuiles. …/…Elle porte une inscription accompagnée de formules magiques. » Suivent des explications détaillées sur les dessins, groupes stellaires, signes et formules magiques  ». (Notice d’Albert Sallet relative à la stèle)
1926 – 1929 Enquête officielle d’Albert Sallet sur la « Pharmacopée  sino-annamite  en Annam »
En novembre 1926, le Gouvernement Général charge le Dr Sallet, « botaniste distingué, possédant une profonde connaissance des choses et des gens du pays, dont il parle la langue », de l’étude de la pharmacopée sino-annamite. Le Résident supérieur en Annam publie un ordre de service rédigé en français, en Quoc Ngu (forme romanisée du vietnamien) et en caractères chinois : voir cet ordre de service dans la vitrine. « Voici le Dr Sallet parti pour une mission de trois ans. Il sera accompagné de deux médecins vietnamiens, qui l’aideront à traduire tous les documents collectés. C’est là probablement la période la plus heureuse, la plus enrichissante et valorisante dans sa vie. Elle aboutira à l’édition de « L’Officine sino-annamite en Annam, tome 1 : Le médecin annamite et la préparation des remèdes ». Il n’y aura pas de tome II …/… En effet, après l’Exposition  Coloniale de 1931, les responsables à Hanoï annoncent à Sallet qu’il n’ y a plus de budget. Mais Sallet avait eu connaissance de cette décision, et avait déjà quitté l’Indochine pour Toulouse, capitale culturelle de l’Occitanie. Tous les documents préparatoires de son exaltant travail resteront en caisses… », jusqu’en 1995, date à laquelle son petit-fils Jean Cousso les retrouve et les confie à une « Nouvelle AAVH » qui aura pour objectif de sauvegarder et d’exploiter le fonds redécouvert. Extrait de l’article : « Albert Sallet – Un Navalais honoré à Toulouse » – (Dr Y. Pirame et J.P. Raynaud in Bulletin de l’ASNOM, N°108, 2005) En 2014, le fonds a été déposé au C.A.O.M  d’Aix en Provence.

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Panneau N°4 – Mythe de Tieu Den – Se protéger contre les Génies Malfaisants

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 «On raconte qu’autrefois, dans le Pays des Neuf Régions (Cuu Châu), s’agitait une quantité considérable de fantômes et de démons mauvais qui affligeaient de leur malice les habitants de la contrée. Alors, dans tout le royaume, on ne voyait que misère et calamité. Les Diables qui agissaient contre la tranquillité des gens étaient des esprits des plus redoutables qui avaient affronté les plus grands génies envoyés contre eux. Le Dieu gardien des pagodes (Hô Phap), lui-même, chargé par l’Empereur de Jade (Ngoc Hoang) de les combattre, avait dû reculer. L’Etre Suprême (Thai Thuong) mit la Boddhisatva (Quan Am) au courant de la lutte engagée et des insuccès répétés, en même temps que du désordre qui régnait dans le Pays des Neuf Régions ; mais la Boddhisatva, habile, décida de la création d’un personnage spécial qui devait se nommer le Roi des Démons, Tieu Dien, et devait être appelé à la réorganisation du royaume troublé.
La Trinité Bouddhiste donna semblablement à l’Etre  Suprême trois montagnes qu’ils placèrent sur sa tête. Les cinq génies des cinq points cardinaux lui attribuèrent cinq blocs qu’ils accolèrent sur sa face. Les sept bouddhas ornèrent sa mâchoire supérieure de sept dents. Chan Vo lui fit présent d’un drapeau, et l’Etre Suprême, de «talents spéciaux». Le Génie du Tonnerre (Hoa On) lui mit des flammes dans la bouche. Ainsi équipé, Tieu Dien se rendit sur le lieu de sa mission. Il y soumit le monde des fantômes et des démons. Alors l’Empereur de Jade lui demanda d’exercer une surveillance sur le peuple des âmes errantes. C’est de l’Empereur de Jade qu’il tient le titre de «Grand lettré à la bouche brillante, Roi des Démons (Tieu Dien Dai Sy Diem Khau Qui Vuong)». De nos jours, les sorciers lui rendent un culte ; dans chacune de leurs cérémonies, ils l’invoquent et lui demandent de leur fournir les âmes errantes, les Âm Hôn utiles. » Mythe recueilli en 1927 par A. Sallet auprès d’un sorcier de Tourane (actuelle Da Nang)

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Panneau N°5 – Annam, 1926 – Décriptage : Amulette «pour que la licorne protège la demeure»

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  En haut en noir :  «Ordre du tonnerre» –   Le symbole de la guirlande à trois volutes signifie :  «dans les trois religions» –   Sur le front de la licorne :  «clarté lumineuse» –   Sur la poitrine :  «Que les grands saints (dieux stellaires) des constellations décapitent les démons invisibles» Dessin réalisé par un sorcier non identifié de  la région de Tourane. Extrait d’une collection de plus de 500 dessins de magie conjuratoire (ou amulettes) sur papier de riz, collectés entre 1919 et 1930 par Albert Sallet, dans la région de Tourane.     Protéger la demeure – Amulette :   De part et d’autre : à droite, des clous de fer ; à gauche, des clous de fer –   En noir :  «interdire (croix en rouge)  la demeure».
(D’après Jacques Lemoine, Docteur en Ethnologie, ancien Directeur

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Panneau N°6 – Légende – Lam Thê Hoà

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Légende en rouge avec un caractère faux : Ti au lieu de Cai, qui s’explique par la transcription vietnamienne ; en effet les deux caractères se prononcent d’une façon identique en sino-vietnamien) – Divinité sur un dragon des mers.
L’un des Huit Immortels assis sur un dragon de mer, faisant un mudra de sa main droite et tenant sa tablette de Cour de la gauche. La représentation qui est faite de lui ici ne correspond guère à sa légende qui en fait tantôt une fille tantôt un garçon de I6 ans, tantôt un ivrogne inspiré se déplaçant avec un pied nu.

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L’Association des Amis du Musée G.LABIT remercie Brigitte et Jean Cousso, le  C.A.O.M,  Francis SAINT-GENEZ, actuel conservateur du  Musée Georges LABIT, et l’ensemble de son personnel,  pour leur aimable contribution à cette exposition

Crédits photos : J. Cousso, Fonds Sallet C.A.O.M. Aix en Provence

 

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