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Le médecin-préparateur en Annam (AP0001) – Voir image AP4830 planche 2

 » …/…Le praticien annamite s’emploie à préparer lui-même les prescriptions qu’il écrit pour les malades qui le consultent.
Il préparera habituellement sur place l’ordonnance qu’il aura rédigée. Cependant lorsqu’il s’agit de médecines qui doivent être prises en potions (sur décoctions infusions, macérations, etc.), le client pourra transporter avec lui les produits inscrits par le médecin, produits pesés, qu’il maniera chez lui suivant les indications marquées. Dans ce cas, chaque drogue est placée sous une enveloppe particulière mentionnant le nom de la substance qu’elle contient ; l’ensemble de toutes ces médecines enveloppées intéressant une même préparation, est repris dans une enveloppe unique laquelle s’accompagne obligatoirement d’une formule écrite.
C’est parce que le médecin annamite exécute lui-même ses prescriptions qu’il doit être en mesure de les faire valoir habilement dans l’intérêt de ses malades et dans le souci de sa réputation. En Annam, le jeune homme qui se destine à la pratique de la médecine suit son maître dans ses enseignements ; le maniement des drogues fait partie des leçons accordées à l’élève, plus encore par démonstrations que par explications doctrinales. Du reste les lectures achèveront cette éducation, souvent heurtée, sans suite, dans laquelle la question des traitements semble prévaloir sur les observations cliniques, lesquelles s’attardent aux épreuves superficielles, mais détaillées à l’envi, des pouls, des aspects changeants de la peau, des colorations diverses de la langue, des yeux, etc.
Les produits que le médecin utilise, il lui arrivera de les récolter lui-même dans les lieux proches de son habitation ; mais il se confiera avec plus d’adresse au marchand dont les drogues viennent de Chine (lesquelles seront en général tenues pour plus actives que celles qui sont d’Annam). Ces médecines, au surplus, lui arriveront préparées ainsi qu’il convient, supprimant de la sorte un travail absorbant et complexe. Le praticien des campagnes annamites saurait à la rigueur préparer des extraits, des électuaires, des huiles composées, des onguents et des pilules : il a de tout cela chez lui, en attendant des cas à venir, il tient tout l’essentiel de ce qui peut être conservé sans perte et il n’utilise son savoir professionnel que dans certaines circonstances et plus particulièrement à l’occasion des formules dont il détient le secret. Ce sont les médecines dites Gia Truyen (secrets de famille) dont les recettes sont pieusement conservées dans les familles médicales.
Ici, le plus habituellement, le médecin fait l’éducation de ses fils ou des enfants adoptés provenant de familles amies ou de parents proches. Il confie à chacun les détails de sa science et lui révèle les secrets qu’il connaît, que d’autres lui ont confiés ou qu’il a su trouver : ainsi vont quelques réputations d’écoles ou de familles. Mais cette question des Truyen conduit expressément aux spécialisations sur l’exploitation de formules créditées. Des médecins sont réputés à cause des recettes dont ils disposent vis-à-vis des plus dures maladies : il en est pour les ulcères, d’autres pour les lèpres, les toux chroniques ; il en est pour la rage et pour les affections de langueur nées des « coups de vents ».
Ces recettes sont extrêmement difficiles à glaner ; on ne peut jamais justifier qu’elles soient entières ou totalement vraies.
J’en ai recueilli un certain nombre et je le dois à la complaisance habile de plusieurs mandarins ; cependant je n’estime pas avoir pris le meilleur. Le champ d’exploitation est vaste, mais les très bonnes formules ayant fait leurs preuves (certains confrères d’Annam sauraient en approuver plusieurs) sont jalousement gardées à cause des profits qu’elles réservent à ceux qui les détiennent. » (Voir AP0200)
(Extrait de « l’Officine sino-annamite en Annam » – Albert Sallet – 1931 – Editions G. Van Oest)

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Minorités ethniques du Sud-indochinois – Moï (AP0003)

Les « Hauts Plateaux » désignent les provinces de l’intérieur de l’Annam, Kontum, Darlac et Haut-Donnaï, peuplées principalement de populations moins avancées, les montagnards du sud-indochinois, auxquels Georges Condominas a réservé l’appellation de « proto-indochinois ». Cette appellation est préférable à celle de Moï, terme extrêmement péjoratif voulant dire « sauvage ». En effet aux yeux des Vietnamiens et des occidentaux, les Moï étaient perçus comme des « hommes ayant pour tout vêtement une ceinture-tablier (ou des femmes aux beaux seins nus, vêtues d’une simple jupe), pipe au bec, coiffés d’un chignon, portant une hotte dorsale et un coupe-coupe au manche courbé reposant sur l’épaule ».
Ce cliché, qui s’attache à tous les proto-indochinois, vient principalement de leurs costumes et des outils qu’ils portent habituellement dans leurs déplacements ; autrement dit de leur culture matérielle. De simplement teintée d’exotisme, l’image que colportent les sédentaires, tant européens qu’asiatiques, sombre alors dans la réprobation. Car pour eux, les montagnards sont affectés d’une véritable tare, le nomadisme avec, comme circonstance aggravante, la réputation de destructeurs de forêts. On connaît la source de ce double jugement négatif : l’essartage. En effet, de la culture sèche itinérante sur brûlis avec longue friche forestière, on retient la non permanence des champs cultivés. Certes, le nomadisme ne constitue pas en soi un défaut et n’est répréhensible qu’aux yeux des sédentaires ».
(D’après G. Condominas in « Montagnards des pays d’Indochine dans les collections du Musée de l’homme » Boulogne-Billancourt. 1995)
Ces proto-indochinois ou Moï (que l’on désignait, vers 1950, sous l’appellation de « pemsiens », de l’abréviation PMSI, populations montagnardes du sud-indochinois) appartiennent à deux grands groupes ethnolinguistiques : les austro-asiatiques, ou môn-khmer, autochtones en Asie du sud-est ; et les austronésiens, qui s’apparentent aux cultures proto-malaises de l’archipel indonésien et aux Cham.
Géographiquement, le groupe des austro-asiatiques comporte deux ensembles distincts séparés par le groupe des austronésiens.
Les austro-asiatiques méridionaux occupent les hauts plateaux du nord-est de la Cochinchine, du sud de l’Annam et du sud-est du Cambodge, à cheval sur les frontières de ces trois territoires. On dénombre parmi eux de nombreuses tribus, vivant séparées les unes les autres dans les clairières des forêts et pratiquant la culture sur brûlis ou la riziculture.
– les Stieng, des deux côtés de la frontière de la Cochinchine et du Cambodge ; beaucoup d’entre eux ont été employés comme travailleurs agricoles dans les grandes plantations d’hévéa (voir AP0365) ;
– les Maa et les Sré, riziculteurs et planteurs de thé, habitent les hauts plateaux de la région de Djiring ;
– les Mnong et les Gar occupent la région de Dalat et du Lang Bian (voir AP0100).
Les austro-asiatiques septentrionaux occupent les hauts plateaux du centre, de part et d’autre de la frontière de l’Annam et du Laos. Ils se subdivisent en nombreuses tribus qui ont une réputation de chasseurs et de guerriers intrépides. Les derniers « insoumis » se sont recrutés parmi eux. Du nord au sud, où peut distinguer :
– les Kha Tu et les Jeh, entre Tourane et le Laos (Voir AP0023);
– les Sédang, dans la région de Dac To ;
– les Bahnar dans la région de Pleiku et de Kontum.
Entre ces deux groupes, les austronésiens occupent les hautes vallées des rivières qui descendent de la chaîne annamitique vers la vallée du Mékong et vers la mer de Chine. Les deux groupements les plus importants sont :
– les Jarai, au nord du plateau du Darlac (Voir AP0617) ;
– les Rhadé, dans la région de Ban Me Thuot (Voir AP0617).
(Comité de Rédaction)

e

Les Montagnes de Marbre (AP0004)
Les « montagnes de Marbre » que les Annamites appellent « montagnes des Cinq Eléments », Ngu Hanh Son, constituent un groupe de masses rocheuses déchiquetées faites de calcaire métamorphisé, de calcite et de schistes, émergeant de la dune à 7km au sud de Tourane. Elles sont consacrées aux « Cinq éléments », Ngu Hanh, à savoir : l’Eau, le Métal, la Terre, le Bois et le Feu ; en sino-annamite, Thuy, Kim, Tho, Moc, Hoa. En réalité, ces montagnes sont au nombre de six ; mais les deux collines les plus méridionales sont toutes deux consacrées à l’élément Feu, Hoa, parce que considérées comme constituant une masse unique, le défilé qui les sépare étant très étroit. Ces deux parties sont cependant distinguées par les deux principes qui sont à l’origine du monde dans la philosophie taoïste, le Yin et le Yang, en vietnamien Am et Duong. Le mont le plus au sud est dédié au premier, le principe mâle et clair, c’est le Duong Hoa Son ; l’autre, plus élevé mais moins étendu, est dédié au principe femelle et obscur, c’est l’Am Hoa Son.
Elles ont été visitées par presque tous les Européens qui ont abordé à Tourane au 18ème siècle et au 19ème et, en particulier, par Pierre Loti qui leur a consacré quelques très belles pages dans ses « Propos d’exil ».
Elles sont le lieu de diverses légendes et de divers cultes, surtout bouddhiques.
Le massif le plus important, la « montagne de l’Eau », Thuy Son (voir AP1198, AP2066), renferme des grottes aménagées en pagodes bouddhiques après avoir été, du temps des Cham, des sanctuaires brahmaniques. Les grottes de cette montagne, dont les plus visitées sont la Huyen Khong Dông, la Hoa Nghiem Dong et la Tam Thanh Dong, abritent de nombreux lieux de culte, autels, pagodes ou pierres sacrées. Des bonzes habitent les monastères et les pagodes installés dans ces collines et les environs. Ils assurent les cérémonies du culte et l’accueil des pèlerins. Les deux temples les plus importants, à l’extérieur des grottes, sont la pagode Tam Thai (voir AP1187), située près de l’entrée des grottes Huyen Khong (voir AP0455, AP0456, AP0458, AP2141) et Hoa Nghiem (voir AP0457) et la pagode Linh Ung, située prés de celle de la grotte Tam Thanh.
Des cimetières bouddhiques sont aménagés à l’extérieur, auprès des monastères et des pagodes. Ils contiennent les dépouilles des bonzes défunts, dans des monuments funéraires qui se présentent sous la forme de stupa, petites tours à étages (voir AP0332).
Les Montagnes de Marbre ont servi de carrières à diverses époques pour fournir des matériaux pour la construction ou l’artisanat local. Sous le règne des premiers empereurs de la dynastie des Nguyen, cette exploitation fut interdite. C’est dans les provinces du nord de l’Annam, et, en particulier celle de Thanh Hoa qu’ils allèrent chercher le marbre pour la construction des palais et des tombeaux de Hué. Mais pendant les premières décennies de l’administration coloniale, cette exploitation fut autorisée et des quantités importantes de marbre furent extraites (principalement de la montagne Duong Hoa) et expédiées vers la Cochinchine, la Chine et le Japon (voir AP2039). Les rues de la ville de Tourane furent même bordées de trottoirs de marbre. Cette exploitation excessive fut interdite sous le règne de Thanh Thai, une tolérance étant toutefois accordée aux habitants des villages voisins, pour fabriquer des petits objets avec les morceaux tombés de la montagne (voir AP0460 et AP2111).
Un chemin de fer à voie étroite long de 35 km, allant de l’îlot de l’Observatoire, en face de Tourane, jusqu’à Fai Fo et qui servait à l’exploitation des carrières, permettait aux touristes de se rendre sans difficulté aux montagnes de Marbre (voir AP2137). Au pied même des montagnes, les touristes qui n’avaient pas pris la précaution de se faire accompagner par des domestiques, pouvaient trouver des porteurs pour les bagages et les jeunes enfants (voir AP2138).
(Comité de Rédaction)
Monseigneur Lemasle, évêque de Hué (AP0006)
Mgr Lemasle, né en 1874 à Servon (Manche), arriva à Hué en 1898. Il fut d’abord chargé d’enseigner la rhétorique, la philosophie et la théologie au Petit  Séminaire d’An Ninh, puis au Grand Séminaire de Phu Xuân, pendant une dizaine d’années. En 1911, il fut mis en charge de plusieurs paroisses de la province de Quang Tri, s’occupant en particulier du couvent de Dinh Cat et du pèlerinage de La Vang (Voir AP1235).
En 1921, il prit la direction de la paroisse St François-Xavier à Hué (voir AP0991). Nommé pro vicaire en 1930, il dut renter en France pour raisons de santé l’année suivante et fut reçu par le Pape Pie XI, lors d’un voyage à Rome.
De retour à Hué en 1933, il prit la direction de l’Institut de la Providence (voir AP0770) qui avait été fondé par Mgr Chabanon et s’en occupa jusqu’à sa nomination comme évêque et vicaire apostolique de Hué (1936). C’est pendant son épiscopat que se fit la fondation du Monastère bénédictin de Thien An. Le coup de force japonais du 9 mars 1945 le surprit alors qu’il était en visite pastorale dans la province de Quang Binh et c’est en barque et en pousse-pousse qu’il réussit à rejoindre Hué, où il fut assigné à résidence. Il put néanmoins continuer à exercer pendant quelque temps une partie de ses activités grâce à un laissez-passer délivré par les autorités japonaises. Mais, après la prise de pouvoir des Vietminh, tout déplacement lui fut interdit. Affecté par ces événements, Mgr Lemasle tomba malade. Transporté à la clinique St Paul à Saïgon, il y décéda, le 26 septembre 1946.
(Renseignements communiqués par le RP. Moussay, conservateur des archives des Missions Etrangères de Paris).
Monseigneur Chabanon, évêque de Hué (AP0007)
Mgr Chabanon, né à Antrenas dans la Lozère, avait fait ses études au Séminaire de Mende, puis à celui des Missions Etrangères. Ordonné prêtre en 1896, il rejoignit aussitôt le diocèse de Hué qui s’appelait alors Vicariat Apostolique de la Cochinchine septentrionale. Il s’initia à la langue vietnamienne et aux us et coutumes du pays auprès de Père Bonin, curé de Cô Vuu.
Après quelques années passées comme professeur au  Grand Séminaire de Hué, il eut la charge de diverses paroisses du district de Quang Binh, construisant une belle église à Loan Ly et s’occupant spécialement de la formation spirituelle des religieuses du couvent de Di Loan (voir AP0045 et AP1235). En 1918, il fut nommé Supérieur du Grand Séminaire, poste qu’il occupa pendant 13 ans, tout en participant activement, grâce à sa connaissance de la langue, à des commissions de rédaction du catéchisme et d’unification des prières en vietnamien.
Sacré évêque en 1930, il fut nommé vicaire apostolique en 1931 et se consacra entièrement au gouvernement de la mission, inaugurant le monastère cistercien de Phuoc Son et construisant l’Institut de la Providence (Voir AP0770). Epuisé par l’excès du travail qu’il assumait, il rentra en France en 1936 et mourut quelques jours après son arrivée à Marseille.
(Renseignements communiqués par le RP. Moussay, conservateur des archives des Missions Etrangères de Paris)
  1. Joseph Delalex, missionnaire à Vinh (AP0009)
Le Père Joseph Delalex, né en 1873 à Marin (Haute Savoie), fit ses études secondaires au collège d’Evian et entra comme laïc au Séminaire des Missions Etrangères en 1891. Ordonné prêtre en 1896, il rejoignit la Mission du Tonkin méridional où il exerça son ministère pendant plus de 20 ans, au milieu de multiples difficultés, famines et inondations. Après un séjour en France, il fut chargé du district de Vinh en 1922. C’est en 1929 qu’il construisit l’église et le presbytère dont nous avons les photos. En 1945, il fut chassé de son église par la guerre et mourut peu de temps après, le 19 juin 1945. »
(Renseignements communiqués par le RP. Moussay, conservateur des archives des Missions Etrangères de Paris)
Ville de Qui Nhon (AP0010)
Qui Nhon, chef-lieu de la province de Binh Dinh, situé au nord de la baie de Thi Nai, « le marché des salines », est bâti sur une pointe de sable fermant le goulet d’une rade intérieure s’enfonçant au nord et finissant en lagune peu profonde. Vers l’est, se dresse la presqu’île de Phuong Mai, dont les hauteurs commandent la baie et la rade.
Qui Nhon, est le port de Binh Dinh qui fut ouvert au commerce occidental par le traité de 1874. Ce port était fréquenté par des jonques chinoises venant de Soua-t’eou (Chine) et de Hai Nan avec la mousson du nord-est, ou de Singapour à l’époque de celle du sud-ouest. Un service à vapeur régulier le reliait à Haiphong et à Saïgon. Quelques liaisons irrégulières existaient également avec Hong Kong.
Qui Nhon était le débouché naturel de la riche plaine du Binh Dinh et des hauts plateaux de Pleiku et de Kontum. Le trafic à l’exportation portait en particulier sur le sucre brut, la soie grège et le crépon dit de Qui Nhon, ainsi que sur les porcs vivants et la volaille. Mais ce port naturel, de grande importance commerciale, n’offrait aux grands navires qu’un mouillage extérieur mal protégé et le mouillage intérieur, dans la lagune n’était accessible aux petits navires que par un étroit goulet aux courants violents (voir AP3877).
La ville européenne s’étendait sur le cordon littoral entre mer et lagune. Une belle plage de sable fin très étendue et ombragée de filaos attirait les touristes qui trouvaient plusieurs hôtels pour les accueillir, dont l’hôtel Morin que l’on aperçoit en haut à gauche de la photo (voir AP1884). A l’entrée de la ville européenne se dressait l’église ; Qui Nhon était le siège d’un évêché.
Qui Nhon se trouvait un peu à l’écart de la « route mandarine » (RC n°1) sur une bretelle allant de Binh Dinh à Qui Nhon (voir AP1225). Mais Qui Nhon était le point de départ de la RC n° 19, la meilleure route d’accés vers Kontum par le col d’An Khê et le Deo Mang (voir AP3483). On pouvait également atteindre la ville par la voie des airs, une piste d’atterrissage étant aménagée au pied du Nui Ba Hoa.
Dans la province de Binh Dinh, on pouvait visiter de nombreux monuments cham (Tours d’Argent, de Cuivre, d’Ivoire). Dans les jardins de la Résidence, ont longtemps été déposés quelques objets, statues, pièces de tympan, décors provenant des ruines cham des environs. Elles ont ensuite été transférées au Musée de Tourane.
La ville chinoise, très commerçante, s’étendait à l’ouest de la ville européenne.
(D’après le Guide Madrolle : Indochine du Sud -1939)
Le temple cham de Dong Duong (AP0011)  
Les vestiges du temple bouddhique cham de Dong Duong se trouvent dans la province de Quang Nam, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Tourane et à une quinzaine à l’ouest de la route mandarine, la  RC.1. Dong Duong ne se trouve donc qu’à 21 km à vol d’oiseau du site de Mi Son, l’autre grand centre religieux du Champa, celui-ci élevé aux divinités de brahmanisme, celui-là au culte bouddhique (voir AP0679).
L’ensemble architectural de Dong Duong compte parmi les plus importants du Champa, tant par les monuments qu’il comporte que par la statuaire très originale qu’il contenait et qui a permis de définir très tôt un « style de Dong Duong ». Il a été construit à la fin du IXème siècle par le roi bouddhiste Indravarman II.
Dans un rayon de 5 km autour du temple, on a relevé les vestiges de neuf édifices cham. Le nom de Dong Duong signifie « plaine de la divinité ». C’était sans doute le site d’Indrapura, la « ville d’Indra » qui fut la capitale de la 6ème dynastie (860 à 986), jusqu’à sa destruction en 982 par les troupes annamites conduites par le roi Lê Hoan, fondateur de la dynastie des Lê. Ce temple a été décrit en détail par Parmentier dans son Inventaire (1909), il était déjà très ruiné à cette époque.
L’ensemble était composé de quatre enceintes successives, alignées d’ouest en est et précédées par une allée longue de près de 800 mètres.
Dans la première enceinte, à l’ouest, se trouvait le sanctuaire principal, une tour, kalan, dont  ne subsistait que la base. Cette Tour Principale était  précédée à l’est par une autre tour percée de portes sur ses quatre faces, en meilleur état, dénommée par Parmentier « Tour Centrale » (voir AP0190, 0374, 1951, 1952). Ces deux tours étaient environnées de bâtiments secondaires, des templions contenant des statues de deva assis (voir AP1211) et un édifice allongé baptisé  « bibliothèque ». L’ensemble était entouré d’un mur d’enceinte, ouvert à l’est par un « gopura », porche monumental à trois entrées avec une statue de gardien « dvarapala » dans chacune des ailes du porche, de part et d’autre de la porte centrale. Deux hauts pylônes étaient placés  des deux côtés du gopura (voir AP0190 et AP0374). Cette même disposition (gopura, dvarapala et pylônes) se retrouve aux quatre enceintes.
Dans  la deuxième enceinte se trouvait une longue salle sans doute couverte en tuiles à l’origine, ouverte à l’est et à l’ouest et bordée au nord et au sud par une série de petites bornes.
Dans la troisième enceinte, une grande salle, « vihara », formée de deux rangées de huit  gros piliers en briques, entourés sur les quatre faces par une rangée de piliers plus petits (voir AP 0191) et qui soutenaient une toiture. A l’intérieur de ce vihara, à l’extrémité ouest, se trouvait un piédestal sculpté (voir AP0182, AP1944) qui supportait une statue de Bouddha assis.
La quatrième enceinte faisait le tour de tout le monument, incluant les trois autres. Il n’en subsistait guère que les vestiges du gopura à l’est.
Les dvarapala (demi-dieux gardiens des portes) logés dans les ailes nord et sud des portes d’entrée (gopura) des quatre enceintes successives étaient donc à l’origine au nombre de huit, encore en place à l’époque des photos du fonds Sallet. Le dvarapala se tient debout dans une attitude menaçante au-dessus d’un animal ou d’un personnage. Animaux et personnages diffèrent pour chaque dvarapala. Les dvarapala de la deuxième enceinte sont les plus réussis. Celui du sud que l’on voit sur l’image est dressé sur un buffle crachant un petit guerrier. Il a été transporté au musée de Tourane.
(Comité de Rédaction)
 
Le Musée Economique de Hanoï (AP0012)
Le Musée économique fut construit à l’occasion de l’exposition de Hanoï de 1902 (voir AP3606).
Il devait permettre de présenter de façon permanente les productions de la colonie et de mettre à la disposition des colons une information actuelle sur les nouveautés. Paul Doumer en confia la réalisation à Adolphe Bussy, fonctionnaire des bâtiments civils. L’exposition de 1902 connut un succès éclatant.
Le palais flambant neuf développait une façade de 100 mètres de long rythmée par une colonnade monumentale. Au centre de l’édifice, la fausse coupole s’ornait de peintures de Vollet, tandis que les galeries se déployaient jusqu’aux salles des pavillons latéraux. Transformé après l’événement en musée commercial et industriel, dédié par la suite au gouverneur général Maurice Long, l’établissement présentait toutes les richesses commerciales indochinoises, depuis les matières premières jusqu’aux produits manufacturés.
(Le Brusq – Le Vietnam à travers l’architecture coloniale)
Ville de Fai Fo (AP0013)
Fai Fo était, pendant des siècles, le seul port du pays ouvert au commerce extérieur. Très fréquenté par les commerçants chinois et japonais, il fut, au cours des XVIIème, XVIIIème et XIXème siècles un des ports les plus importants du S.E. Asiatique.
A partir du 18e siècle les Européens (Hollandais, Portugais, Anglais et Français) y établirent des comptoirs  C’est par le port de Fai Fo que débarquèrent les premiers missionnaires catholiques, y compris le Père Alexandre de Rhodes, à qui l’on doit la romanisation du Quoc Ngu.
On distingue, au centre de la photo, la Pagode Ba Mu ou de « la Maternité », avec son curieux portique orné de représentations du fruit surnommé « mains de Bouddha » à cause de sa forme caractéristique (citrus digitalis) et, à gauche de la pagode, le pont japonais (voir AP0383). Les diverses congrégations chinoises y ont construit des temples et des maisons communes.
Le docteur Sallet a consacré plusieurs articles du BAVH aux antiquités de Fai Fo (voir AP0005), et en particulier aux derniers vestiges anciens cham, japonais et européens (voir AP0193).
(Comité de Rédaction)
Le temple cham de Po Klaung Garai (AP0015) – Voir photographie AP1994 planche 7
Le temple cham de Po Klaung Garai est construit sur une colline qui domine l’important centre ferroviaire de Tourcham sur la ligne de Phan Rang à Dalat.
De ce temple il subsistait, à l’époque de la photo, quatre édifices en briques élevés sur une plate-forme au centre de laquelle se dressait le sanctuaire principal, tour kalan de plan rectangulaire, surmontée de trois étages en retrait et ouverte à l’est par une porte précédée d’un vestibule (voir AP1999).
Devant cette tour se trouvait une salle rectangulaire basse sans étage avec un toit de tuiles.
Au sud de cette salle s’élève un bâtiment annexe, sorte de « bibliothèque » pour reprendre une appellation utilisée à Angkor, également de plan rectangulaire, surmonté d’un étage et d’une toiture en maçonnerie affectant la forme d’une selle de cheval.
Enfin, en avant de la salle rectangulaire se dresse une tour d’entrée surmontée également de trois étages et ouverte à l’est et à l’ouest.
Sur le fronton du sanctuaire, une sculpture en tympan représente la danse cosmique de Civa, agitant ses six bras (voir AP1949). Dans le sanctuaire, Civa est représenté sous la forme d’un mukha-linga (linga avec le visage du dieu). Dans le vestibule se trouve une statue du taureau Naudin, monture favorite du dieu.
Des inscriptions figurant sur les piédroits de la porte du sanctuaire donnent le nom de Jaya Simhavarman III, attesté avant 1292 et  1306 A.D., et qui pourrait bien être le fondateur du temple. Ce souverain ne peut pas être identifié avec Po Klaung Garai, souverain plus ou moins légendaire qui, selon la Chronique Royale, aurait régné entre 1151 et 1205 A.D.
(Comité de Rédaction)
Minorités ethniques du nord-Indochinois (AP0020) – Voir image AP3125 planche 9
La « Haute Région » tonkinoise est peuplée de tribus variées, non vietnamiennes, arrivées du Laos et des provinces méridionales de la Chine (Guangdong, Guangxi, Fujian) à des dates diverses, entre le XVIIIème et le début du XXème siècle.
Elles ont conservé leurs langues, leurs coutumes et leurs vêtements traditionnels.
L’ethnie la  plus nombreuse est celle des Tay qui peuplent le Laos et les provinces tonkinoises limitrophes du Laos. Dans la Haute région tonkinoise, on rencontre des Tho et des Nhang (voir AP1263, AP3623, AP3716), appartenant à l’ethnie Tay installés à des altitudes faibles, jusqu’à 450 m. Les femmes Tho portent des vêtements de toile bleue, longue tunique, pantalon assez large descendant aux chevilles, jambières, et une jupe sur le pantalon ainsi que des bijoux d’argent. Les femmes Nhang portent des vêtements, pantalon et veste  bleu foncé, sans broderie ni autre ornement qu’un parement et deux petits galons de couleur rouge bordant le tour du cou, le bas des manches et le revers de la veste (voir AP1356).
Après les Tay, les deux tribus les plus importantes sont celles des Méo (en chinois Miao) qu’on désigne maintenant sous le nom de Hmong (voir AP3111, AP3112 et AP3124 à 3128), et des Man (désignés maintenant sous le nom de Yao). Ces deux  groupes étaient eux-mêmes subdivisés en nombreuses sous tribus que l’on dénommait habituellement d’après certaines  particularités des vêtements féminins. On retrouve une diversité comparable chez les Méo, chez qui l’on distinguait, toujours à partir des vêtements féminins, les Peu Miao ou Méo blancs (voir AP0707), les Hao Miao ou Méo à fleurs, les  Muong Cha Miao ou Méo à cornes.
D’autres tribus, moins nombreuses, sont dispersées dans la Haute Région, en particulier les Xa Pho (ou Lolo). Les femmes lolo (voir AP3102) sont réputées pour leur teint blanc, leur profil très fin et leurs yeux vifs et noirs. Elles portent de grands turbans descendant jusqu’au bas du dos, une ceinture de couleur vive et une jupe à bandes brodées. Les hommes s’habillent comme les Annamites…/…
(D’après De Rozario, « Cha Pa, station d’altitude » – 28ème cahier de la Société de Géographie de Hanoï. 1935)
Tombeaux annamites : La tombe (AP0021)
Après avoir procédé à l’ensevelissement, on dresse sur la tombe un tumulus en terre qui a à peu près les dimensions du cercueil, soit 2 m de longueur, 0 m 50 de largeur et 0 m 50 de hauteur. Ce tumulus s’appelle Dim Dai, « tumulus allongé ». Le deuil fini, on procède, dans les familles pauvres, à l’établissement définitif du tombeau, c’est-à-dire que, s’il doit rester en terre, le tumulus allongé est remplacé par un tumulus hémisphérique entouré, à une distance d’environ 1 mètre tout autour, par un épaulement de terre formant bourrelet ou par un petit mur de pierres sèches ou par une haie vive, dans lesquels on a ménagé, du côté des pieds du mort, une ouverture permettant l’accès à la tombe.
Cette ouverture est parfois protégée, à une certaine distance, par un écran en terre ou en arbustes.
Pour les chefs de grandes familles, pour les dignitaires des villages, les dimensions sont dépassées, et l’on voit des tumulus de 2 à 6 m de diamètre. La forme est en principe hémisphérique, mais le sommet tend à monter légèrement en pointe, et les pentes sont souvent rectilignes (« forme en fond de chaudron » – Dang Long Chao). Les tumulus de grande dimension sont parfois hémisphériques, mais, en général, ils sont aplatis très fortement pour n’avoir pas à transporter une trop grande quantité de terre.
Dans les tombeaux en terre, aux environs de Hué, on ne voit que ce tumulus de forme hémisphérique plus ou moins régulière. On ne fait jamais des tumulus rectangulaires, du moins à ma connaissance.
Parfois, le tumulus hémisphérique repose sur un soubassement, circulaire ou carré, mais je ne pense pas que ce soubassement soit rituel.
Dans les tombeaux en maçonnerie, au contraire, nous trouvons plusieurs formes. Nous avons d’abord le tumulus hémisphérique évidemment plus régulier, et ne prenant jamais de grandes dimensions. Mais ce modèle est plutôt rare. Suivant l’expression annamite, »en forme d’œuf d’oie ».
(D’après Léopold Cadière : Tombeaux annamites dans les environs de Hué – 1928/2)
Le pays Kha Tu et les « chasseurs de sang » (AP0023)
(L’orthographe correcte est « Kha Tu », mais le BAVH et le garde principal Le Pichon écrivaient « Ka Tu ». La première orthographe sera conservée pour éviter les confusions)
Dans les années 30, dans l’ouest de la province de Quang Nam, plusieurs tribus moï refusaient encore de payer l’impôt à l’administration coloniale et était considérées comme « insoumises ». La Garde Indigène était chargée de la pacification de cette région.
Dans un article publié dans le BAVH 1938/4, Le Pichon, inspecteur de la Garde Indigène, qui prit une part active à ces opérations de  pacification,  a donné une description détaillée des Moï Kha Tu, qui habitaient l’ouest de la province et furent parmi les derniers à se soumettre. Le Pichon avait intitulé son étude : « Les chasseurs de sang ».
« L’Hinterland compris entre la moyenne vallée du Song Cai ou rivière de Fai Fo (nom moï « Dak-Min ») et le Laos était, en 1935, mal connu. Parcouru au début du siècle par le Capitaine Debay, puis avant la guerre par le Chef de Poste d’An Diem, aujourd’hui Chef du Service de la Sûreté à Hué, M. Sogny, il était surveillé par ce poste d’An Diem, seul point de contact de l’Administration avec les Moï du Quang-Nam Ouest.
A partir de 1935, fut entreprise la pénétration des 5.000 km2 qui échappaient à notre contrôle. Le poste de Ben Giang amorça d’abord, dans la vallée du Song Cai, la section Nord de la Piste 14 destinée à relier les plateaux moï à Tourane. Puis l’emprise de la province de Fai Fo s’étendit successivement vers l’Ouest aux bassins du Song Giang et du Song Bung, affluents du Song Cai descendus des confins du Laos, aux bassins du Sông Con, autre  affluent du Sông Cai venu du Nord, et de l’A Vuong, affluent rive droite du Song Bung, venu des confins du Thua Thien.
Le Poste 6, sixième poste moi du Quang Nam, était installé en 1936, à 400 mètres d’altitude, à cheval entre Song Giang et Song Bung, pour dominer la partie sud du territoire nouvellement pris en mains. Le secteur de Poste 6, Ka Tu pour la plus grande part, est cependant peuplé de Diê sur ses limites sud et est. En 1937, pour dominer la partie nord entièrement peuplée de Kha Tu, était créé  le poste de Ben Hien, occupé par M. Le Pichon  pendant un an de dur travail.
En 1936, le secteur d’An Diem ne comprenait que les abords immédiats du poste : les Moï pillaient et tuaient sans vergogne. Au début de 1937, une recrudescence des assassinats précipitait une action administrative préparée pour 1938 seulement. An Diem, coincé entre des villages annamites, n’avait pas de relations directes avec le pays moï.
Pour dominer une population remuante et agressive dans un décor chaotique, il fallait s’installer à son contact immédiat et trouver la clef de ses communications. En mai 1937, An Diem était abandonné pour Ben Hien poste élevé à 12 kilomètres dans l’intérieur, à la limite de la navigation des sampans, sur un promontoire de 80 mètres dominant le confluent du Song Con et de la Se Ka Lam et le carrefour des voies commerciales, véritable verrou de l’arrière-pays.
En quelques semaines d’un travail épuisant entamé par le garde principal Rudler, poursuivi par le garde principal Le Pichon, de solides constructions, une piste carrossable accrochée au flanc des ravins surgissaient de la forêt : fièvre et peines ne furent pas comptées.
En septembre, les premières automobiles arrivaient au poste.
Une fois installé, le garde principal Le Pichon poussa pacifiquement la soumission d’un pays extraordinairement tourmenté et força enfin la confiance des autochtones.
La création de pépinières, l’aménagement des pistes, la pénétration médicale consolident aujourd’hui, à Ben Hien comme à Poste 6, une oeuvre politique que la valeur et l’esprit de sacrifice des cadres et des effectifs de la Garde Indigène de l’Annam ont permis de mener à bien malgré les obstacles dressés par le climat, par le relief et par les hommes ».
(R. Ducrest – BAVH.1938/4)
Vues aériennes de Hanoï (AP0024)
La série de vues aériennes de Hanoï permet de se faire une idée précise de la topographie et des principaux édifices et monuments de la ville à cette époque.
Ces photos ont été prises vers l’année 1930 ; la plupart d’entre elles par les services de l’Aéronautique militaire en Indochine et quelques-unes par Roger Guioneau.
Plusieurs de ces photographies donnent une vue étendue de certaines parties de la ville : le centre, aux alentours du Petit Lac, à la jonction du quartier européen et du quartier indigène (voir AP0024 etAP0042), le quartier européen (voir AP2220), le quartier nord (voir AP2209). D’autres se concentrent sur des édifices ou des constructions remarquables, écoles (voir AP2458), musées (voir AP0012), pont (voir AP3853) ou terrains d’aviation (voir AP4237 et AP4404).
(Comité de Rédaction)
Hué – le Mang Ca – la  Concession (AP0025)
La « Concession » était la partie de la Citadelle cédée au gouvernement français pour y loger ses troupes.
L’ouvrage avancé appelé Mang Ca (nageoire de poisson) à cause de sa forme, situé à l’extérieur de l’angle nord-est de la Citadelle, fut concédé par le roi Tu Duc en 1884 (traité Patrenôtre) pour y installer le représentant français et la première garnison.
Cet espace réservé fut par la suite agrandi pour occuper dans le coin nord-est de la citadelle elle-même un carré d’environ 250 mètres de côté. Cette « Concession » fut aménagée et des casernes, une infirmerie et des logements en dur y furent installés.
(BAVH. 1918/4 : La Concession de Hué par P. Cantin)
Le Mang Ca, élément de la fortification de la Citadelle de Hué.
Cet ouvrage s’appuie sur le côté extérieur nord de la face N.E de la Citadelle de Hué. Il n’en est séparé que par le fossé qui se ramifie pour l’entourer de toutes parts. Une poterne sous le rempart du Corps de place, au centre de la courtine (c’est la porte de Truong Dinh) puis un pont en brique sur le fossé, donnent accès de la place dans l’ouvrage.
Ce dehors, symétrique par rapport à une capitale parallèle à la face N.O. du corps de place, a la forme générale d’une lunette dont les deux faces ont été brisées et présentent ainsi chacune deux branches, permettant de mieux battre certaines directions.
Il a les dimensions approximatives suivantes :
Ouverture de la gorge : 220 mètres environ en ligne droite ; longueur des flancs : 200 mètres environ ; longueur des petites branches des faces : 60 mètres environ ; longueur des grandes branches des faces : 160 mètres environ.
Il est actuellement ouvert à la gorge, mais devait, autrefois, être fermé par un parapet de terre dont on voit l’indication sur les cartes datant de 1885, et qu’on devine encore à un certain exhaussement du terrain. Cette défense était nécessaire, car les traverses, qui prolongent les flancs de l’ouvrage jusqu’au fossé de gorge et y interrompent la berme, n’ont été construites, par nos troupes, que depuis l’occupation.
Antérieurement, en suivant la berme du Mang Ca au pied du rempart, on atteignait la poterne de Truong Dinh et on pénétrait dans la gorge de l’ouvrage, qu’il a donc fallu barrer. Le parapet construit à cet effet, probablement organisé pour tireur debout, si peu élevé fût-il, était néanmoins réversible et pouvait servir d’abri à un assaillant déjà maître du Mang Ca. C’est sans doute pour cette raison que nous l’avons probablement rasé et que nous avons préféré améliorer la défense du dehors en prolongeant le mur d’escarpe jusqu’au fossé de gorge, à l’aide de traverses.
Le Mang Ca a un double objet.
En premier lieu, il était destiné à battre le port de Bao Vinh et à donner des feux d’artillerie enfilant les deux bras de la Rivière des Parfums qui partent de ce port et se dirigent l’un vers le nord, en passant devant le marché du village, l’autre vers le nord-est dans la direction de Thuàn An…/…
Un deuxième objet du Mang Ca est d’assurer le flanquement de la face N.E. de la Citadelle, en prenant d’enfilade son glacis et le canal Dong Ba.
On peut s’étonner que les ingénieurs de 1805 n’aient pas songé à lui faire jouer le même rôle sur la face N.O. Il aurait suffi, à cet effet, de le substituer à la lunette nord de la place et de modifier son tracé pour lui permettre, en même temps, de battre d’enfilade les bras du fleuve. Mais on l’écartait ainsi de la voie d’eau qui le contourne actuellement et on estimait, sans doute, que cette première ligne de défense ne se trouverait plus à bonne portée de mousqueterie de l’ouvrage, mousqueterie de l’époque bien entendu.
Ce raisonnement nous permet de conclure que cette voie d’eau était naturelle et existait avant 1805.
L’étude du Mang Ca nous montre les mêmes éléments de fortification que dans le corps de place. A l’extérieur, on trouve le glacis et le chemin couvert, puis le fossé (largeur 33m 50) et la berme au pied du rempart (largeur 8m 60). Le mur du parapet est moins épais que celui du corps de place, car sa plongée n’a que 1m 28 au lieu de 1m 80. Il est aussi moins haut (de 5 m à 5m 80 au lieu de 6m 60), ce qui assure au corps de place un certain commandement, désirable dans le cas où le Mang Ca tomberait aux mains de l’ennemi…/…
La poterne du flanc sud, appelée porte Trân Bình, de dimensions plus réduites que les portes de la place (2 mètres de largeur au lieu de 3m 37, et 3 mètres de hauteur de voûte au lieu de 5m 14), et construite postérieurement à 1805, puisque, à cette époque, la porte Truong Dinh existait seule, permettant aux défenseurs du Mang Ca d’en sortir pour contre-attaquer sur le glacis Est de la Citadelle.
(D’après Ardant du Picq – Les Fortifications de la Citadelle de Hué – BAVH 1924)
Le tombeau de Minh Mang (AP0026)
Le tombeau de Minh Mang est situé sur la « Montagne de la Piété », Hieu Son, au bord de la rivière des Parfums. Il est entouré d’un mur de briques de 3 mètres de hauteur, percé de trois portes monumentales. La porte centrale, appelée Grande Porte Rouge, « Dai Hong », ouvre sur la « Cour des Grandes Salutations » (voir AP1930) où se dresse le pavillon Dinh Vuong ou pavillon de la Stèle (voir AP1132, AP2523), précédé d’un portique. En arrière de cette esplanade, sur deux terrasses superposées,  est construit le temple de la Grâce Immense « Sung An », où étaient placées les tablettes du roi et de son épouse légitime et où était rendu le culte aux mânes du roi (voir AP0745).
Ce temple est entouré par un bassin en forme de croissant, le « Tam Nguyet Tri » ou « Lac de la Clarté Pure » contourné par une balustrade de terre cuite ajourée. Puis, sur le même axe, après le « Pavillon de la Lumière », se trouve un tumulus circulaire cerné de hauts murs au centre duquel, en un lieu ignoré de tous, est enterrée la dépouille royale.  Cette enceinte sacrée a 5 thuoc 6 tac (2m 35) de hauteur sur la partie antérieure, et 8 thuoc 1 tac (3m 40) sur la partie postérieure, le pourtour mesure 62 truong (263m). La porte d’entrée de cette enceinte est en marbre, les battants en bronze ; on y accède par un escalier monumental de trente-six marches, de chaque côté duquel la rampe est formée par un dragon déroulant ses anneaux. Ce tumulus symbolise le soleil tandis que le bassin en forme de croissant qui le borde en partie représente la lune.
Les deux bassins sont franchis par des ponts précédés de portiques en bronze (voir AP2505). Chacun de ces portiques se compose de quatre colonnes formées par un dragon enroulé ; l’extrémité de ces colonnes est couronnée d’un vase d’où émerge une fleur de lotus. Les entrecolonnements sont formés de panneaux émaillés figurant les attributs des quatre saisons sur fond de couleur, avec une inscription en lettres d’or au milieu.
(Voir le BAVH 1937/4, l’article sur le tombeau de Minh Mang par Ch. Lichtenfelder).
Ce qui frappe le plus, c’est le silence des grands bois de pins qui entourent les tombeaux, et le calme profond de ces demeures royales ; c’est à peine si, de temps en temps, le cri strident d’un pigeon vert ou la plainte d’un paon sauvage viennent les troubler.
C’est le Roi Minh Mang qui en a tiré le meilleur parti sous tous les rapports en particulier dans la disposition des bâtiments, telle qu’elle est décrite dans la notule AP2523.
En effet les sépultures des rois d’Annam se composent chacune :
     1- du tombeau proprement dit ou enceinte sacrée renfermant la dépouille du roi et celle de sa femme légitime.
     2 – d’un pavillon recouvrant la stèle sur laquelle se trouve l’inscription des principaux événements de son règne.
     3 – d’une terrasse s’élevant en gradins, semblable à celle qui précède la salle du trône au palais et servant à l’accomplissement des cérémonies rituelles les jours de fête.
     4 – d’une pagode destinée au culte de la mémoire du défunt roi, où se trouvent sa tablette mortuaire et celle de sa femme légitime.
     5 – des bâtiments annexes élevés à la mémoire de ses ancêtres ; d’autres destinés à loger ses femmes après sa mort ; d’autres encore ayant servi de pavillon de repos lorsqu’il venait surveiller les travaux de sa demeure dernière, car il faut remarquer que chacun de ces rois s’est intéressé personnellement à la construction de sa sépulture.
Minh Mang est le seul souverain qui ait adopté une idée d’ensemble, en plaçant ces divers bâtiments suivant l’axe même du tombeau ; les constructions annexes sont situées sur les collines avoisinantes, séparées de la ligne médiane par de grandes pièces d’eau creusées à main d’homme.
(Comité de Rédaction)
Laque et laqueurs (AP0027)
Le patron de leur corporation est Tran Tuong Cong, ambassadeur en Chine sous le règne de Le Nhan Ton (1443-1460). Il introduisit à Hanoï les techniques de la province chinoise du Ho Nan.
Les laqueurs travaillaient des cuirs laqués et ciselés utilisés dans la sellerie et le harnachement des chevaux des mandarins, ainsi que dans les garnitures de leurs palanquins. Ils réalisaient aussi des laqués appliqués sur bois, cuir, métal, soie, toile ou papier et des laqués sculptés (laques de Pékin) où la matière à sculpter était constituée soit d’un mélange de filasse, de papier, de coquille d’oeuf et d’huile de camélia additionnée d’un vernis rouge corail ; soit par des panneaux entièrement en laque. La laque, qu’il ne faut pas confondre avec le stick-lack (produit animal), est le suc laiteux obtenu par incision de l’arbre à laque, « Cay Son », bien étudié au Nord Viêt Nam par le médecin et botaniste français Balansa.
Ce suc est conservé dans des paniers de bambou imperméabilisés à la laque ou à l’huile de persimmon et recouverts d’une couche de papier imperméabilisé, assujetti au panier par un lien circulaire. Une coupe d’un de ces paniers montre, en bas, le « Nuoc Thiec », matière aqueuse évacuée qui servait à la préparation des mastics. Elle est surmontée d’une couche analogue, servant au calfatage des barques et des paniers. La laque marchande est constituée par le Son Gioi avec sa couche inférieure de deuxième qualité et sa couche supérieure de première qualité. La pellicule supérieure est un produit d’origine diastasique élaboré par les masses sous-jacentes ; à partir du deuxième mois jusqu’à trois et cinq ans après la récolte. On l’écume avec une cuillère et on la conserve à part.
Partant de cette matière première, les laqueurs vont obtenir un certain nombre de préparations : tamisage – laque de couleur – mastics divers – laquage du bois.
(Extrait de Connaissance du Viêt Nam – Pierre Huard et Maurice Durand – Réédit. EFEO 2002)
Cartes postales de la Collection Morin frères (AP0028)
Les frères Morin, outre l’hôtellerie, leur activité principale, se lancèrent dans de multiples entreprises : transports, salles de cinéma, fabrique de glace, gestion des nombreuses maisons dont ils étaient propriétaires à Hué etc. Ils furent également éditeurs de cartes postales.
Il existe au moins trois séries de cartes postales éditées par Morin frères à des dates différentes.
La première, qui doit être la plus ancienne et qui compte environ 150 cartes, consiste en une série de cartes-photos numérotées, sans mention d’éditeur.
La seconde série, à laquelle appartient la présente carte, compte une centaine de cartes-photos qui portent au verso la mention MF suivie d’un numéro et, au verso, la mention « Edition MORIN Frères. HUE (Annam) ».
Ces deux premières séries ont été éditées entre 1914 et 1925.
La troisième série, beaucoup plus importante, publiée dans les années 1920-1930, comporte plusieurs centaines de cartes, imprimées en héliogravure et tirées en bistre, avec la mention de l’éditeur.
Toutes les cartes postales de la collection Morin Frères représentent des paysages et des monuments de Hué, de Tourane et des environs.
(Comité de Rédaction)
Hué – Pagode Thien Mu dite pagode de Confucius (AP0030)
La pagode Thien Mu, de la « Vieille Dame Céleste », était également appelée « pagode Linh Mu », la « Vieille Dame Immortelle ». D’après Cadière, c’est l’empereur Tu Duc qui, n’ayant pas d’enfant, avait pensé qu’il expiait peut-être par là le sacrilège résultant de l’emploi abusif des caractères désignant le ciel (Thiên) et la Terre (Dia) Il aurait donc décidé de remplacer ces mots par des termes équivalents et c’est ainsi que la pagode Thien Mu serait devenue la pagode Linh Mu. (BAVH.1915/3 p.261)
Elle était plus connue des Européens sous le nom erroné de « pagode de Confucius », par confusion avec le temple de la Littérature ou « temple de Confucius » situé un peu plus en amont sur la Rivière des Parfums. C’est la plus ancienne pagode de Hué puisqu’un premier temple bouddhique y fut construit, sous la dynastie des Lê, par  Nguyên Hoang, ancêtre de la dynastie des Nguyen. Il avait eu, à cet endroit, l’apparition d’une vieille femme qui lui prédit l’avènement d’une dynastie florissante. Ce premier temple fut considérablement amélioré et agrandi par les empereurs et les rois successifs de la dynastie des Nguyen.
Un escalier permet de monter directement du bord de la Rivière des Parfums jusqu’au portique à 4 colonnes (voir AP1185) et après avoir traversé la route, jusqu’au porche d’entrée de la pagode. De là, on aperçoit la tour Phuoc Duyên, de « la source du bonheur » (voir AP1189), improprement appelée Tour de Confucius qui fut construite par l’empereur Thieu Tri en 1844. C’est une tour octogonale de sept étages, pour rappeler les sept bouddha de l’antiquité. Un escalier intérieur permet de monter au sixième étage (voir AP2488).
A droite et à gauche de la tour, deux petits édifices octogonaux (voir AP1189) furent construits par le roi Minh Vuong en 1710. Le pavillon de gauche contient une monumentale cloche en bronze tout à fait remarquable par ses dimensions (elle pèse plus de 2 tonnes et mesure 2,5 m de haut) et par le soin particulier avec lequel elle fut gravée et décorée. Elle porte une série d’inscriptions qui furent rédigées par le roi Minh Vuong lui-même. Le pavillon de droite abrite une stèle de pierre majestueuse, dressée sur le dos d’une tortue.
L’entrée principale de la pagode Thien Mu est un grand portique à trois ouvertures situé après la grande tour. De part et d’autre de chacune de ces trois ouvertures ont été édifiées deux grandes statues polychromes (voir AP0330) formées par de l’argile recouvrant une armature de fer. Ces six statues représentent les Kim Cang. Ce mot est la traduction du sanscrit Vajra qui signifie « bâton, masse de diamant ». Il désigne aussi le Génie porteur de cette masse qui est le sceptre d’Indra (dieu du Tonnerre). Les Kim Cang sont devenus, en Annam, des divinités populaires, sorte de Génies guerriers protecteurs de la religion bouddhique (BAVH. 1915/3)
(Comité de Rédaction)
 
Hué – La Cité Interdite (AP0031) – Voir photographie AP2498  planche 8
L’ensemble de temples, de palais, de maisons d’habitation, de jardins, de terrains vagues ou de mares qui forment la Citadelle de Hué, se divise en trois enceintes, en trois cités :
     – Thanh : l’enceinte extérieure qui forme ce que les documents appellent la Cité Capitale, Kinh-Thanh, habituellement désignée sous l’appellation de Citadelle (Voir AP0031) ;
     – la Cité Jaune Impériale, Hoang Thanh ; enfin, enfermée dans les deux premières ;
     – la Cité Pourpre Interdite, Tu Cam Thanh, qui est à proprement parler la résidence particulière du Souverain.
On accédait à la Cité Interdite par la Grande Porte dorée (Dai Cung Mon) qui se trouve juste derrière la salle du Trône (Palais de la Paix Suprême, Thai Hoa). Après avoir franchi cette porte on accédait au Palais des Audiences, Can Chanh, puis aux appartements du roi, de la reine, de la reine mère, du prince héritier, des concubines ainsi que des constructions diverses : théâtre, pavillons de lecture ou de repos, bibliothèque.
(Comité de Rédaction)
Hué : la Citadelle (AP0032) – Voir photographie AP1901 planche 3
La Citadelle de Hué est entourée d’un rempart de dix kilomètres de côté, ponctué de dix portes surmontées par des miradors et défendu par des fossés, des glacis et des bastions. Cette citadelle renferme la Cité Capitale (Kinh Thanh) qui était la capitale du royaume et le siège du pouvoir royal et de toute l’administration (Voir AP0031).
Tout autour de la Cité Impériale et de la Cité Interdite enfermées derrière leurs hauts murs, s’étendait une véritable ville abritant les administrations, les sièges des six ministères et des conseils du gouvernement, ainsi que des casernes, des magasins de riz, une fabrique de sapèques, des palais princiers, des temples, le Camp des Lettrés ainsi que des demeures de mandarins.
(Comité de Rédaction)
Le Co Mat ou Conseil Secret (AP0032)
Le Pavillon du Co Mât, Conseil Secret, était situé dans l’allée des Ministères,  à l’intérieur de la citadelle de Hué.
Il a été construit, ainsi que les délégations qui l’entourent, sous le règne de Thanh Thai. Les membres du Conseil secret s’y réunissaient régulièrement en présence de l’empereur. Pendant la période coloniale, les réunions du Conseil Secret, présidées par le résident supérieur en Annam, se tenaient deux fois par semaine pour délibérer des affaires publiques.
Le palais est situé au centre d’une enceinte en maçonnerie ouverte, à l’est et à l’ouest par deux portes monumentales. L’entrée principale, à l’est (voir AP2472), est un portique à trois ouvertures, surmonté par un petit pavillon. La porte ouest, plus modeste, ne comporte qu’une seule ouverture (voir AP1172).
Entre l’entrée principale et le pavillon du Co Mat se dresse un imposant écran en maçonnerie pour protéger le bâtiment des influences maléfiques (voir AP1124). Il a la forme d’un rouleau qui se déroule autour de deux pinceaux et est orné en son centre du caractère Tho de la longévité, comme le précise la mention manuscrite portée au verso de la carte. Les animaux symboliques, licornes, phénix, dragons et chauves-souris décorent les côtés et le faîtage (voir AP2473).
Le palais du Co Mat lui-même est un petit bâtiment entouré d’une véranda à ouvertures cintrées, surmonté d’un étage en retrait (voir AP1181). Plus tard, un petit portique supporté par de fines colonettes jumelées a été ajouté au-dessus de l’escalier d’accès (voir AP1173).
(Comité de Rédaction)
Le Palais An Dinh – Le théâtre (AP0035)
D’après la légende inscrite à la main au dos de l’image, ce théâtre se trouvait dans le Palais An Dinh qui était réservé au  Prince Héritier et qui a également servi de résidence à la Reine Mère. Il se trouve en dehors de la citadelle, au sud de la ville européenne et en bordure du canal de Phu Cam.
Derrière ce palais se trouvait le Théâtre Impérial, le « Cuu Tu Dai ».
La photo représente l’intérieur de ce théâtre. En bas d’un escalier monumental sont rangés des fauteuils où devaient s’asseoir les spectateurs.
Une autre vue du théâtre du palais An Dinh est donnée  dans la vignette AP0044.
Un autre théâtre ou salle des fêtes, « Duyet Thi Duong », était situé dans la Cité interdite, à droite du palais Can Thanh, où se trouvaient les appartements privés du roi.
(Comité de Rédaction)
Hué – Le Tombeau de Thieu Tri (AP0037)
Sur la stèle du tombeau de l’empereur Thieu Tri, on peut lire, vers la fin du texte écrit par l’empereur Tu Duc :
« Le Roi mon père a dit, dans une ordonnance, qu’il convenait de ne pas trop employer d’argent et de force (prestations) dans l’entretien des tombeaux ; j’ai encore dans l’oreille sa voix précieuse. Moi, son enfant, je n’ai pas voulu surpasser son idée (faire plus qu’il ne voulait), et je me suis conformé avec respect à cet ordre parfait.
Sur la colline Thuan Dao sise dans le huyen de Huong Thuy j’ai simplement fait construire le palais profond (tombeau) et le chemin souterrain, sur le modèle du tombeau Hieu Lang (Minh Mang). Pour les autres dépenses, je ne ferai que me conformer aux rites, mais avec modération. Ainsi, je montrerai que le Roi mon père a voulu ménager les biens et la générosité de son peuple. »
En dépit de ce vœu manifesté par Tu Duc de modérer les dépenses, le tombeau qu’il a édifié pour son père Thieu Tri comporte de nombreuses constructions, comme on peut le constater dans cette description officielle :
 » La sépulture est entourée par une enceinte de pierres de 36 truong avec 8 thuoc et 1 tac d’élévation, percée d’une porte à deux battants de bronze (voirAP1160). L’étang, qui s’étend devant la sépulture, est appelé l’étang  Ngung-Thuy ou étang « d’émeraude », sur lequel sont jetés trois ponts de pierres (voir AP2524). Celui qui se trouve au milieu est appelé Chinh Trung  ou « Juste centre », celui à l’Est, Dong Hoa ou « Paix à l’est », celui à l’Ouest, Tay Dinh ou « Tranquillité à l’Ouest ». Aux extrémités du pont « Juste centre » sont construits deux portiques de bronze aux caractères décoratifs en or, appelés Phuong Mon ou « Porte carrée ».
De l’étang on arrive à une haute esplanade sur laquelle est bâtie une maison à trois compartiments et à un étage appelée Duc Hinh ou « Parfum de la vertu ». A droite et à gauche de la maison, on voit deux pylônes de maçonnerie (voir AP1163). Un peu plus loin s’érige le pavillon de la stèle;
A droite et à gauche du pavillon de la stèle, deux licornes dorées, Ky Lan  montent la garde.
Puis vient la cour funéraire, où l’on voit six mandarins, deux chevaux, deux éléphants de pierre en ligne, cinq de chaque côté, qui assistent l’empereur défunt.
Au délà de la cour funéraire s’élève un autre portique de bronze (voir AP2502) aux caractères décoratifs en or, appelé Phuong Mon ou « Porte carrée ». Le tout est abrité derrière un écran devant lequel est creusé un étang appelé Nhuan Trach ou « Imprégné de Bienfaits ».
Deux corps de bâtiments sont construits à gauche de la cour funéraire. Le bâtiment principal comprend cinq compartiments, le bâtiment secondaire en a sept. Ces deux corps de bâtiment sont nommés Bieu Duc ou « Manifestation de la Vertu ». Les deux ailes du Bieu Duc sont jointes à l’enceinte extérieure par deux murs percés de deux portes, de sorte qu’il y ait deux parties distinctes dans l’ensemble.
De la face postérieure du Bieu Duc on voit deux maisons, celle des « Assistants de gauche », et celle des « Assistants de droite ». De la face antérieure du Bieu Duc on voit deux autres maisons, celle des « Participants de l’Est », celle des « Participants de l’Ouest ». Devant le Bieu-Duc, se trouve la porte des « Bienfaits immenses ».
A l’entrée de la porte Hong Trach, se trouve une maison appelée « Pavillon des salutations ». Devant la porte Hong Trach, il y a un portique dont les montants sont en pierre sculptée de sentences parallèles, et dont la traverse est ornée de caractères en or. Ce portique s’ouvre sur un étang appelé « Étang de la Lune ». A gauche de la sépulture se trouve une maison à trois compartiments appelée « la Lumière éclatante ».
Derrière le palais se trouve une maison appelée « logement des femmes de service ». Sur la montagne servant d’écran au palais Bieu Duc, se trouve une maison appelée « logement des mandarins de service ». Le tombeau Xuong est construit d’après le plan du tombeau Thien Tho et du tombeau Hieu, mais les terrains dont on dispose ne permettent pas la construction d’une muraille d’enceinte, La Thanh, qui délimite l’emplacement du tombeau. Des colonnes de maçonnerie jalonnent le terrain pour délimiter le périmètre de l’emplacement du tombeau.
Le tombeau de Thieu Tri se trouve sur la montagne Thuan Dao, au Sud du huyen de Huong Thuy. Le nom du tombeau est « Xuong ». (Extrait du BAVH)
Hué – Le The Mieu, temple dynastique des Nguyên (AP0040)
Le The Mieu, temple de la dynastie des Nguyen, consacré à Gia Long et aux souverains qui lui ont succédé ainsi qu’à leurs épouses, est situé dans l’angle sud-ouest de la cité impériale. Il fait donc pendant au Thai Mieu, temple consacré, quant à lui, aux ancêtres de Gia Long et situé dans l’angle sud-est, de l’autre côté de la salle du Trône (palais Thai Hoa). Le The Mieu a été édifié en 1821, sur l’ordre de Minh Mang.
Le temple est lui-même entouré de hauts murs de maçonnerie, percés de portes monumentales et qui délimitent trois espaces successifs.
Dans l’enceinte, la plus septentrionale, se trouve le Hung Mieu, temple consacré au culte du père et de le mère de Gia Long (Voir AP0590).
Dans l’enceinte centrale, la plus importante, se trouve le The Mieu à proprement parler où sont conservées les tablettes des souverains de la dynastie des Nguyen et de leurs épouses. Devant le temple, se trouve une vaste cour où se déroulent les cérémonies rituelles liées au culte des souverains défunts.
Entre les enceintes centrale et méridionale s’élève un élégant portique à deux étages et à belvédère, le « Hien Lam Cac », Porte de la Lucidité éternelle ou Entrée de l’Ame Célèbre (Voir AP0595). Ce portique est flanqué, à droite et à gauche, de deux portails à trois entrées de plus petites dimensions. En avant de ce portique sont alignées les 9 énormes urnes (Dinh) dynastiques en bronze (voir AP0352). Ces urnes ont été coulées en 1835 et ciselées ensuite d’élégants motifs.
L’enceinte méridionale contenait deux constructions dans lesquelles étaient vénérés les « associés de droite et de gauche », les fidèles serviteurs de Gia Long qui l’avaient aidé dans sa conquête du trône.
(Comité de Rédaction)
Hué – La Pagode Tu Hieu ou « pagode des Eunuques » (AP0041)
 » Cette pagode se trouve non loin du Nam Giao, esplanade des sacrifices,  sur la route du tombeau de Tu Duc.
…/…Du temps de Thanh Thai, les eunuques étaient au nombre de quinze ; cinq étaient en service aux tombeaux où, selon les rites, restaient encore des femmes de rois défunts ; deux étaient au service de la Reine Mère ; les autres desservaient le harem royal. Thanh-Thai leur ayant préféré un régiment de jeunes filles qu’il avait embauchées pour son service personnel, et les ayant en outre souvent maltraités, beaucoup de ces eunuques quittèrent à ce moment là le Palais. Il n’en reste plus actuellement que neuf, lesquels, selon toutes probabilités, seront les derniers fonctionnaires de cette espèce.
En 1914, en effet, il fut question de les licencier et de supprimer ainsi ce restant des moeurs d’autrefois, peu compatible avec les idées du présent ; toutefois, pour ne pas priver de ressources ces vieux serviteurs, il fut décidé de les conserver jusqu’à extinction, mais de ne plus admettre aucune nouvelle recrue. Il est donc temps, pour les Amis du Vieux Hué, de réunir quelques notes sur les ancêtres, pardonnez-moi l’expression, de ces infortunés…/…
En 1893, les eunuques de la cour firent reconstruire et agrandir une pagode bouddhique existante pour qu’un culte puisse être rendu à leurs mânes, à défaut de descendants. Elle leur servait également de lieu de retraite.
A côté de la pagode était installé le « Cimetière des Eunuques » comportant des tombes placées symétriquement des deux côtés d’une cour dallée et des petits pavillons abritant des stèles funéraires. »
(Laborde – BAVH 1918/2, « Les eunuques à la cour de Hué »)
Le site de la ville de Hanoï – Historique (AP0042)
Site
Sur la rive droite du Fleuve Rouge, à 102 km de Haiphong.
La ville avait 10 km² en 1927, et l’agglomération 2.139 km² en 1993.
Le siège d’une province créée en 1831 fut appelé Ha Noi (=fleuve/à l’intérieur de), car situé entre le fleuve Rouge et le Song To Lich. Cette province englobait alors le pays de Ha Dong qui n’est devenu une province séparée qu’en 1902. Ce nom de Hanoï est devenu si populaire qu’il a complètement supplanté le nom traditionnel de Ke Cho (= les gens du marché). C’était aussi le siège du vice-roi (Kinh Luoc), représentant l’empereur d’Annam, fonction qui a été supprimée en 1899 par Paul Doumer.
Historique
Le site actuel ou des sites vraiment très proches, fut capitale dès 143 lorsque le gouverneur chinois du Kiao Tche (c’est-à-dire du Tonkin) y transféra sa résidence. En 1009 le roi fondateur des Ly postérieurs l’a dénommée Thang Long (=qui s’élève et plane/le dragon) et y a construit une citadelle. En 1428 les Lé postérieurs changent le nom en Dong Kinh (=de l’est/capitale). En 1802 Gia Long, fondateur de la dynastie des Nguyen, s’y fait couronner et lui redonne le nom de Thang Long. Il reconstruit les fortifications. Mais en 1803 il transféra sa capitale à Hué.
La ville fut occupée par Francis Garnier le 20 novembre 1873 (il fut tué par les Pavillons Noirs le 21 décembre 1873). Rendue le 20 janvier 1874 aux autorités annamites contre l’octroi d’une concession le long du fleuve Rouge, elle fut réoccupée par le commandant Henri Rivière le 25 avril 1882.
Depuis 1902 Hanoï est le siège du Gouvernement Général de l’Indochine. La ville de Hanoï est une municipalité de plein exercice.
Les premiers missionnaires occidentaux (le père jésuite Alexandre de Rhodes) sont dans la région en 1626. Les premiers négociants occidentaux (des Hollandais) sont à Hanoï en 1638.
Population (En 1000 habitants) (chiffres concernant l’agglomération lorsqu’ils sont connus) :
1900 :    67                           1905 :    81 (110)
1927 :    110                        1936 :    149
1960 :    297 (630)              1980 :    (2571)
1993 :    (2150)
(Comité de Rédaction)
L’Ecole Pellerin – Monseigneur Pellerin (AP0045)
L’Ecole Pellerin, tenue par les Frères des Ecoles Chrétiennes se trouvait au bord de la Rivière des Parfums, sur la rive droite, peu avant la gare. L’autre école religieuse de Hué était l’Institut de la Providence, construite par Mgr Chabanon (voir  AP0007).
Les Frères des Ecoles Chrétiennes (œuvre fondée par Jean-Baptiste de la Salle – 1651-1719) avaient pour vocation l’instruction et l’éducation des jeunes. L’institut comptait, en 1838, 238 écoles en France et 53 à l’étranger. En 1866, l’amiral de La Grandière les appela en Cochinchine pour diriger le Collège d’Adran qui avait été créé en 1861 par les Missions Etrangères de Paris (voir AP1473). Ils réussirent si bien que quelques années plus tard ils créèrent des écoles à Cholon, Vinh Long et Bac Trang.
En 1889, ils prirent la direction de l’Institution Taberd qui avait été créée en 1874 en faveur des enfants métis abandonnés. De Saïgon, ils rayonnèrent sur toute l’Indochine. En 1894, appelés à Hanoï par Mgr Puginier, ils y fondèrent l’école qui porte son nom. En 1943, la province d’Indochine des Frères des Ecoles Chrétiennes comptait 200 frères dispensant l’enseignement à 6000 élèves dans 16 écoles. Un noviciat pour la formation pédagogique des Frères avait été ouvert à Nha Trang en 1933 et leur dernier établissement, le Sacré Cœur de Dalat, ouvrait ses portes en 1941.
Monseigneur Pellerin, dont cette école portait le nom, était originaire de Quimper. Né en 1813, il partit pour la Cochinchine orientale en 1843. Nommé évêque en 1846 puis vicaire de la Cochinchine septentrionale (région de Hué) en 1850, il parcourut activement son diocèse malgré les persécutions et fonda un séminaire dans la chrétienté de Di Loan (voir AP0045 et AP1235) qu’il dut fermer en 1854.
En 1856, il fut contraint de quitter la Cochinchine et profita de son séjour en France pour plaider la cause des chrétiens persécutés auprès des autorités françaises et de Napoléon III lui-même.
Revenu dans son diocèse lors de l’intervention de la flotte française à Tourane, des persécutions redoublées l’obligèrent à se retirer au Collège général de Pinang où il mourut le 13 septembre 1862.
(Comité de Rédaction)
Hué – Le Palais Kien Trung (AP0047) – Voir photographie AP2498  planche 8
Le palais Kiên Trung, résidence personnelle du souverain, a été construit initialement par Thanh Thai et reconstruit par le roi Khai Dinh sur l’emplacement du Mirador Minh Vien Lau, d’où l’empereur Minh Mang avait l’habitude d’aller suivre le mouvement des étoiles.
C’est un palais de style occidental et à la façade ornée d’une décoration surabondante, dans le style qu’affectionnait ce souverain et qui a trouvé sa pleine expression dans son tombeau.
A l’intérieur, des antichambres (voir AP0031), des salons, une salle de billard (voir AP0060) où les visiteurs étrangers étaient parfois admis. Ces pièces étaient ornées d’un somptueux ameublement occidental, de splendides « bleus de Hué » et de vitrines de bibelots.
(Comité de Rédaction)
Hué – Le temple Phung Tien (AP0050)
Les objets précieux ayant appartenu aux rois défunts étaient à l’origine conservés dans leurs tombeaux respectifs. Mais, pour éviter la disparition qui les menaçait, ils furent regroupés, à partir de 1911, dans des bâtiments mieux surveillés à l’intérieur de la Citadelle, en particulier dans le Temple Phung Tien.
Le temple Phung Tien « Vénération des ancêtres », affecté au culte de Gia Long et de ses successeurs réunis, se trouvait derrière le The Mieu, Temple des générations.
D’après Ph. Eberhardt (Guide de l’Annam – 1911), ce temple était gardé par un certain nombre de linh et habité par des femmes âgées, toutes de la famille royale, et qui avaient remplacé, au fur et à mesure de leur disparition, les femmes des anciens rois et, comme elles, rendaient un culte journalier à l’âme de leur maître, lui préparant ses repas, son thé, ses cigarettes, allumant lorsqu’il est nécessaire, les bougies rituelles, etc.
Un eunuque de rang élevé commandait à tout ce personnel.
Dans ce temple des objets précieux ayant appartenu aux empereurs défunts étaient présentés à l’admiration des visiteurs de la Citadelle et il était souvent désigné sous le nom de « Musée de Hué ».
Parmi les objets exposés se trouvaient de nombreux bibelots d’origine occidentale, et, en particulier des cadeaux offerts aux souverains lors de visites ou de réceptions officielles. Cette superbe pendule faisait partie de ces cadeaux. Dans une vitrine, on pouvait admirer une collection de jades (voir AP0059). Dans la cour, devant le temple était alignée une série de grands vases en bleu de Hué (voir AP0062)
(Comité de Rédaction)
Tombeaux annamites : L’enceinte (AP0052)
On comprend, sous ce terme, non seulement l’enceinte proprement dite qui entoure la tombe, mais aussi divers autres éléments qui sont étroitement associés à l’enceinte : la porte, les écrans protecteurs, la cour pour les salutations et les parapets qui l’entourent, la table à offrandes, le bassin, l’autel du génie du Sol, les colonnes délimitant le terrain interdit. La stèle même fait partie de l’enceinte ; mais son rôle est d’une importance telle qu’elle mérite d’être étudiée à part.
La tombe est presque toujours entourée d’une enceinte ; même les tombes en terre, du style le plus simple, en ont une, simple bourrelet de terre et de pierres sèches, ou d’arbustes.
L’enceinte est de plusieurs modèles : circulaire ou ovale, carrée ou rectangulaire ; elle est simple ou double. Il semblerait que la tombe hémisphérique ou semi ovoïde appelle l’enceinte circulaire ou ovale, la dalle rectangulaire, l’enceinte carrée ou rectangulaire. Il n’en est rien.
L’enceinte est désignée par le terme chinois Uynh Thunh « enceinte murée de la tombe ».
L’enceinte ovale est dite en forme de selle de cheval, nom qui s’applique aussi à l’enceinte circulaire. Mais le modèle rectangulaire (Khuong Thunh) est très fréquent, à enceinte simple ou double. Et nous arrivons ainsi à l’octogone régulier. Dans ce dernier modèle, un des côtés reste ouvert, pour permettre l’accès à la tombe. Le mur de l’enceinte atteint 1 m. 50 ou 1 m. 80 environ de hauteur dans les tombeaux princiers, mais ordinairement il varie entre 0,40 m et 0,80 m. Sa largeur est variable, à partir de 0, 20 m.
Les surfaces du mur, à l’intérieur, sont parfois décorées de motifs ornementaux ou de sujets de genre. Il est percé, en avant, d’une porte donnant accès à la tombe. Cette porte est de plusieurs modèles. Tantôt c’est une simple ouverture dans le mur, tantôt l’ouverture est flanquée de deux piliers, plus ou moins surélevés au-dessus du mur.
La « cour » de la tombe est ordinairement circonscrite par des « parapets », murs peu élevés, de 0,20 m à 0,60 m de hauteur, qui donnent à la cour des formes diverses et contribuent pour une bonne part à l’esthétique du tombeau. Le parapet dessine une cour rectangulaire, à deux ouvertures, avec un écran dans le parapet avant, qui est aussi décoré de piliers.
L’enceinte renferme encore une table à offrandes.
Le bassin est un élément assez rare.
Le mort que l’on met en terre vient occuper une partie du domaine du génie du Sol, cet esprit qui joue un si grand rôle dans la vie religieuse annamite.
Le terrain qu’occupe le mort est sacré. Son étendue dépend de la position sociale de chacun. Il faut dire ici que, pour les membres de la famille royale, la périphérie du terrain consacré au mort, du terrain « interdit », est délimitée par des colonnes en maçonnerie, en pierres sèches ou en terre.
(D’après Léopold Cadière : Tombeaux annamites dans les environs de Hué – 1928 tome 2)
La Tour de Cuivre à Binh Dinh (AP0054)
La Tour de Cuivre se trouve au centre de l’ancienne citadelle cham de Cha Ban, à une dizaine de kilomètres au nord de la citadelle annamite de Binh Dinh.
Les Vietnamiens lui avaient donné le nom de Canh Tiên qui désigne une sorte de patate hérissée de verrues, ce qui correspond assez bien à sa silhouette un peu déchiquetée.
Ce kalan en briques reposait sur un haut soubassement revêtu d’un parement en pierre dont il ne subsiste presque rien. Sur ce soubassement s’élève une construction carrée, ouverte à l’Est par une porte très ruinée et ornée sur les trois autres faces par des fausses portes. Aux quatre angles les pilastres, qui subsistent encore en partie, étaient faits de pierre, par assises carrées maintenues  dans la maçonnerie de brique par des tenons de pierre et ornées de bandes verticales de volutes.
Les deux étages supérieurs de la tour sont ornés de petits édifices en réduction, baptisés par Parmentier « amortissements d’angle » et qui donnent à l’ensemble son allure si caractéristique.
Sur la photo, prise du sud-est on voit clairement la porte est, la fausse porte sud très ruinée, le haut du pilastre d’angle sud-est, en pierre, ainsi que l’amortissement de l’angle sud-est dont les arêtes sont ornées de pièces d’accent en pierre.
(Comité de Rédaction)
Tours cham de Hoa Lai (AP0056)
Le Groupe de Hoa Lai se trouve dans la province de Phan Rang, l’ancienne province cham du Panduranga, à quelques kilomètres au nord du chef-lieu, en bordure de la route nationale, la RC.1.
Ce groupe se composait de trois tours, « kalan », alignées du nord au sud, entourées de constructions diverses, bassin, mur d’enceinte. Il ne subsiste que les deux tours nord et sud, la tour centrale et les autres constructions ayant totalement disparu.
La photo représente la tour sud, prise à partir du sud. On distingue les fausses portes des faces ouest et sud, composées d’une arcature double portée par deux hauts piliers ainsi que les trois étages supérieurs. A l’intérieur des fausses portes, un dvarapala assez bien conservé est  sculpté en relief dans la maçonnerie en briques. Le style de ces sculptures et la forme élancée des arcatures, ont permis de dater ces monuments du troisième quart du IXème siècle. Ils sont donc légèrement antérieurs au temple de Dong Duong.
(Comité de Rédaction)
Les bleus de Hué (AP0062)
La dénomination « bleu de Hué » est attribuée à des porcelaines décorées en bleu sous couverte, fabriquées en Chine à partir du début du XVIIIème siècle, à l’usage de la cour du Viêt Nam.
Vassal de la Chine jusqu’en 1885, le Viêt Nam devait, selon la coutume, porter des tributs aux empereurs chinois. En contrepartie, les rois et les mandarins vietnamiens pouvaient commander à la manufacture impériale de Jingdezhen, dans la province du Jiangxi, des porcelaines d’après les modèles remis aux ambassadeurs se rendant à Pékin.
Cette porcelaine dite « d’ambassade » comporte deux grandes catégories :
– des porcelaines de commande, d’inspiration vietnamienne dans les formes et les décors et d’exécution chinoise;
– des porcelaines de Chine offertes comme cadeaux diplomatiques au pays tributaire.
Datant de l’époque des rois Lé (qui règnent mais ne gouvernent plus) et des seigneurs Trinh qui exercent le pouvoir effectif au nord (notamment Trinh Sâm 1767-1782), les porcelaines un peu lourdes, au blanc très pur, au bleu de cobalt intense portent sur leur base les caractères chinois Nôi Phu « palais intérieur », c’est-à-dire l’ensemble des palais des seigneurs Trinh à Thang Long (Hanoï).
Certaines de ces porcelaines sont destinées au palais (Nôi Phu Thi) du centre,  d’autres au palais de droite,  au palais du nord, au palais du sud, au palais de l’est, d’autres enfin au palais de l’ouest (Nôi Phu Thi Doai). Cette dernière marque est inscrite en relief sur fond blanc, les autres étant tracées en bleu sous couverte.
Les porcelaines réservées au « palais du printemps éternel, palais de gauche » portent l’inscription Khanh Xuân Thi Ta. Elles sont de fabrication légèrement postérieure et portent souvent des décors de dragons et de licornes qui entourent le caractère « longévité ».
Ces pièces exceptionnelles et rares sont d’une exécution parfaite à tous les points de vue : forme impeccable, dessins très soignés, caractères chinois artistiquement tracés. Les motifs, puisés à la source chinoise, sont nombreux et variés : objets symboliques taoïstes ou bouddhiques, végétaux, fleurs et fruits, généralement associés à un animal (orchidées et papillons, lotus et crabes, pruniers et daims,…), paysages où sont retracées des scènes historiques ou légendaires, animaux mythiques (le dragon à cinq griffes, emblème du souverain ; le phénix, la licorne, emblème du prince héritier et la tortue qui symbolise la longévité).
En 1771 commence la révolte des frères Tây Son contre les seigneurs Nguyên qui gouvernent au sud. Hué, l’un des trois frères, se proclame roi sous le nom de Quang Trung à Phu Xuân (Hué) en 1788, après avoir pris Hanoï et provoqué la chute des Trinh et des Lé. En 1789, fort de sa grande victoire sur l’armée chinoise des Qing qui avait envahi le pays, Quang Ttrung Nguyên Hué envoie des ambassades auprès de l’empereur Qianlong (1736-1795). De ces missions en Chine, ont été rapportées des porcelaines portant la marque spécifique Trân Ngoan « bibelot précieux ». Parfois craquelées et cerclées de cuivre, elles sont ornées de poèmes illustrant le décor, écrits en caractères chinois ou en caractères Nôm (système sinisant de transcription de la langue vietnamienne, remontant au XIIIème siècle). Sous le règne du roi Quang Trung soucieux de forger un sentiment national affranchi de l’influence chinoise, le Nôm, langue du peuple, se substitua au chinois classique…/…
L’interrègne des Tay Son est de courte durée. Quang-trung meurt en 1792. Le prince Nguyên Anh entreprend alors la reconquête du pays qu’il réunifie en 1802, fondant à Hué la dynastie des Nguyên, qui s’achèvera en 1945 avec l’abdication de Bao Dai.
Sous le règne des empereurs Nguyên, les pièces d’ambassade sont datées d’après un système composé de dix « troncs célestes » et de douze « branches terrestres », qui, par combinaison, donnent un cycle de soixante unités servant à numéroter les années.
Règne de Gia Long (1802-1820) marques Giap Ty Niên Chê (fait en l’année Giap Ty – soit 1804), Mâu Thin (1808), Ky Ty (1809), Canh Ngo (1810), Ky Mao (1819).
Règne de Minh-mang (1820-1840) : marques Canh Thin (1820), Giap Thân (1824), Binh Tuât (1826), Mâu Ty (1828), Canh Dân (1830).
Règne de Thiêu Tri (1841-1847) : marques Tân Suu (1841), At Ty (1845).
Règne de Tu Duc (1848-1883) : marques Nhâm Ty (1852), Dinh Ty (1857), Mâu Thin (1868), Tân Mui (1871).
Après 1885, sous la domination française, le Viêt Nam cessa d’envoyer des ambassades en Chine…/…
Pour distinguer les pièces originales des pièces de reproduction, il faut comparer la pâte, la couverte, la qualité des émaux et du trait. Dans le sud, où ces porcelaines d’ambassade sont reproduites dans les fours locaux de Lai Thiêu ou de Cho Lon, elles sont dénommées « porcelaines d’échantillon ».
Parmi les porcelaines destinées à l’usage de la cour de Hué, les plus appréciées sont les pièces à décor Ngu Liêu (les cinq saules), Mai Hac (le prunier et la grue sacrée), Truc Loc (les bambous et les daims), autant de symboles de longévité. Et également :
– Phi Minh Tue Thuc : quatre oies sauvages en train de voler, de crier, de s’abriter et de manger.
– Hac Râp : décor qui représente deux oiseaux à un seul oeil et une seule aile, ne pouvant voler que par couple, symbolisant la pathétique histoire d’amour de l’empereur Tang, Xuanzong (713-755) et de Yangguifei, sa concubine, qui s’achèvera par le sacrifice de celle-ci pour sauver le royaume d’une révolte.
Toutes les porcelaines anciennes répondaient à des usages précis : bols, assiettes pour servir les mets, vases, jarres à alcool de riz pour le mariage. Certaines formes sont spécifiquement vietnamiennes, ainsi le pot à chaux, servant à renfermer la chaux de coquillages utilisée dans la chique du bétel et la pipe à eau…/…
(Loan de Fontbrune, membre de l’AAVH)
Henri Parmentier (AP0065)
Henri Parmentier passe sa jeunesse à Paris. Bachelier ès lettres et ès sciences en 1888-1890, il entre à l’École des beaux-arts, section architecture, en 1891. Attaché au service d’architecture de Tunis, il débute dans l’archéologie par un relevé et une restitution du temple de Saturne-Baal à Dougga (mention honorable au Salon des Artistes français, en 1896). Nommé pensionnaire-architecte de l’EFEO naissante, il débarque en novembre 1900 en Indochine, qui va devenir sa deuxième patrie. Sa première mission consiste en l’étude et la sauvegarde des monuments cham, très peu connus à l’époque et souvent confondus avec des temples khmers. Après un repérage complet, il entreprend avec Ch. Carpeaux de longues campagnes de fouilles sur les sites de Mi Son en 1903-1904, de Dong Duong, de Chanh Lô en 1905 et de restauration des temples de Po Nagar en 1905 et de Po Klaung Garai en 1908.
Ses études et relevés des monuments cham sont publiés dans l’Inventaire descriptif des monuments cham de l’Annam, dont le premier volume (description des monuments) paraît en 1909 et le second (étude de l’art cham) en 1918. Ils lui valent le Prix d’archéologie coloniale.
En 1904, il est nommé chef du service archéologique de l’EFEO et organise, en compagnie d’H. Dufour et Ch. Carpeaux, une première mission à Angkor. Les trois archéologues effectuent un relevé complet des bas-reliefs du Bayon. H. Parmentier obtient en 1905 le diplôme d’architecte DPLG en présentant une étude sur un type d’habitat adapté aux conditions climatiques du Tonkin.
En novembre de cette même année, il organise la Conservation d’Angkor et, en 1908, l’installation des collections du musée de l’EFEO à Hanoï. Il réalise les plans du musée d’art cham de Tourane, qui sera achevé en 1919 et agrandi en 1936. Le musée recevra officiellement, à cette occasion, le nom de musée Henri Parmentier.
En 1907, l’École commence un programme de travaux sur le site d’Angkor ; H. Parmentier met en place un programme de conservation des édifices. En 1911, l’étude des temples de Sambor (Kompong Thom), jusque-là considérés comme cham, l’amène à définir un nouvel art : L’art préangkorien. Il étudie, entre autres, les bas-reliefs du grand temple de Bantey Chmar, les temples de Vat Phu, de Vat Nokor, l’architecture khmère ancienne d’après les bas-reliefs du Bayon et, en collaboration avec L. Finot et V. Goloubew, en 1926, le temple de Bantey Srei.
En 1932, il dégage le temple du Krol Roméas sur le Phnom Kulen. Atteint par l’âge de la retraite, mais choisissant de continuer à travailler pour l’EFEO, il est nommé chef honoraire du Service archéologique. En 1933, il décide de mettre à jour l’inventaire des monuments indochinois de Lunet de Lajonquière, mais sa santé affaiblie par ses nombreux séjours dans la brousse ne lui permet pas de poursuivre ce travail sur le terrain. Il se fixe alors définitivement au Cambodge et rédige un ouvrage sur l’art architectural hindou en Inde et en Extrême-Orient. Il consacre les dernières années de sa vie à la réalisation d’un travail sur l’art du Laos, mais le pillage de sa bibliothèque, lors de l’occupation japonaise, le prive d’une partie de sa documentation. Il meurt le 22 février 1949 à Phnom Penh.
Il avait assuré par deux fois la direction de l’EFEO par intérim : du 2 juillet 1909 au 1er novembre 1910 et du 7 mai 1918 au 8 décembre 1920 (soit durant un total de trois ans).
(Site Internet de l’EFEO)
Tourane – Le Musée des sculptures cham ou Musée Henri Parmentier (AP0067)
Le Musée Cham est situé au sud de la ville, en bordure du fleuve, sur l’emplacement du Jardin de la Ville. Dans ce jardin, en 1892, Charles Lemire, alors résident en Annam, avait fait transporter et mettre en place une cinquantaine de sculptures (voir AP001197, AP1210 et AP2002). En 1908, Henri Parmentier, architecte à l’EFEO, préconisa la construction d’un Musée où seraient regroupées toutes les sculptures trouvées dans la région. Ce musée fut construit en 1915 et inauguré officiellement en 1919. Henri Parmentier était l’auteur des plans. Le musée était constitué à l’origine d’une structure rectangulaire entourée de galeries ouvertes supportées par des colonnes  et ornées de motifs architecturaux caractéristiques de l’art du Champa. Au moment de son ouverture, il abritait 160 œuvres, provenant essentiellement des provinces du Quang Nam et du Binh Dinh.
Ces collections furent enrichies par des découvertes ultérieures. A la suite des fouilles très importantes réalisées à Tra Kieu (Quang Nam) et Thap Mam (Binh Dinh) par J.Y. Clayes et des très riches sculptures qui y furent mises au jour, un agrandissement du musée fut décidé. Deux ailes furent ajoutées aux deux extrémités de la façade reprenant le style architectural et le décor d’origine. Le nouveau musée fut inauguré le 11 mars 1936, en présence d’Henri Parmentier. C’est à cette occasion que l’affiche fut imprimée.
(D’après Jean-Pierre Raynaud)
Parmi les pièces figurant dans le musée à l’époque où A. Sallet en était le conservateur, on pouvait admirer :
     – le grand piédestal de Mi Son orné de petites scènes finement sculptées se rapportant à la vie religieuse et ascétique (VIIème siècle.).
     – le piédestal de Tra Kieu, (voir AP0069, AP0071, AP1210) qui était placé à l’origine à l’extérieur devant la façade du musée  et qui supportait un linga. La base est ornée d’une frise où G. Coedès a reconnu des épisodes de la vie de Krishna (Xème siècle).
     – la statue de gardien du temple, surnommé le « Dvarapala terrible » (voir AP0072) provenant de Tra Kieu (Xème siècle).
     – le piédestal « aux danseuses », provenant de Tra Kieu (voir AP0073), orné de très élégantes figures de danseuses et de musiciens (Xème siècle).
     – le Vishnu, de Da Nghi. Statue très fine de forme à torse nu ; la tête joliment sculptée a les yeux étirés en longueur et un peu obliques (VIIème – VIIIème siècle).
     – des sculptures provenant de Dong Duong (voir AP0182, 1944)
(Comité de Rédaction)
Visite du roi du Siam en Indochine – 1930 (AP0069) – Voir photographie AP2545 planche 1
Le roi du Siam, Prajadhipock qui avait succédé en décembre 1925 à son frère, Rama VI, fit un grand voyage en Indochine en décembre 1930 pour resserrer les liens entre les deux pays. A Saïgon, il offrit une statue d’éléphant en bronze qui fut placée dans le jardin botanique de la ville, à côté du temple du Souvenir annamite.
Le roi était féru d’art, d’archéologie et de bouddhisme. Quand il était encore prince héritier, il avait eu de nombreux échanges avec des membres de l’EFEO. Il fut donc très intéressé par la visite du Musée cham de Tourane (Voir AP0067 à AP0073, AP0077) au cours de laquelle il fut guidé par le conservateur Albert Sallet.
Il se rendit également à Hué où, en l’absence de SM. Bao Dai qui  terminait ses études en France, il fut reçu par le premier Régent (voir AP2545).
Le roi était accompagné dans sa visite par la reine et la princesse royale, sa fille.
Il devait être renversé, deux ans plus tard, par un coup d’Etat militaire qui mit en place le régime du major Pibul Songgram.
(Comité de Rédaction)
L’Ecole de Santé Navale à Bordeaux (AP0074)
 » En 1890, la marine implante à Bordeaux l’Ecole Principale du Service de Santé de la Marine. Les écoles de Rochefort, Toulon et Brest deviennent des écoles annexes assurant la préparation au concours d’entrée à Bordeaux et ce jusqu’en 1963, date de leur fermeture définitive.
L’Ecole de Santé Navale est dirigée par un médecin-général et, dès le début, les modalités de la formation sont établies, dont le principe est resté le même : les élèves sont étudiants à la faculté de médecine et de pharmacie de Bordeaux, suivent le même cursus universitaire, font les mêmes stages hospitaliers et obtiennent en fin d’études les mêmes diplômes que leurs camarades civils. L’école assure leur entretien ainsi qu’un enseignement complémentaire avec contrôles de connaissances et une formation militaire.
L’Ecole de Santé Navale a donc fonctionné de façon continue et fonctionne encore selon ces modalités, si l’on excepte une brève interruption pendant la deuxième guerre mondiale, avec un transfert à Montpellier…/…
En 1900 sont créées les troupes coloniales et en 1903 le corps (ou service) de santé des troupes coloniales qui deviendra en 1958 le Service de Santé des Troupes d’Outre-mer et en 1961 celui des Troupes de marine.
Ce corps a aussi son école d’application : en 1905 est créée à Marseille, sur le site du Pharo, l’Ecole d’Application du Service de Santé des Troupes Coloniales, dont le nom évoluera de la même façon pour être maintenant l’Institut de Médecine Tropicale du Service de Santé des Armées.
Les personnels formés travaillent ensuite outre-mer soit dans les cadres au profit des unités militaires soit, les plus nombreux, hors-cadre, en milieu civil, au profit des populations. Pendant trois-quarts de siècle, ce sont six mille d’entre eux qui ont ainsi exporté leur savoir et leur dévouement…/… »
(Extrait de l’intervention du docteur Bandelier lors du colloque « Bordeaux-Viêt Nam, d’hier à demain », organisé en avril 2003 par l’AAVH au Musée d’Aquitaine)
Visite du ministre des Colonies Paul Reynaud en Indochine – 1931 (AP0075)
L’année 1931 avait vu le succès de l’exposition coloniale de Vincennes (voir AP1477) où 7 millions de visiteurs  avaient pu admirer les reproductions du temple d’Angkor (1ère enceinte supérieure seulement) ou de la pagode Mot Cot. Le succès de cette exposition avait quelque peu occulté les événements survenus peu de temps auparavant en Indochine, avec la révolte de la garnison de Yen Bay et la répression très dure qui s’ensuivit.
A la fin de cette même année 1931, Paul Reynaud, alors ministre des Colonies, entreprit un voyage en Indochine, avec force publicité et accompagné d’une suite nombreuse.
Il parcourut le pays en voiture du sud au nord et Tourane et Hué furent des étapes obligées de son itinéraire. A Tourane, il visita le Musée cham (AP0076, AP0077, AP0312, AP0319, AP0445). A Hué, en l’absence de S. M. Bao Dai qui terminait alors ses études en France, il fut reçu au Palais par la Grande reine mère (voir AP1601).
Parmi les fonctionnaires, militaires, mandarins et autres officiels de son entourage, il ne fut question que de l’œuvre civilisatrice immense accomplie par la France dans ce territoire et de l’attachement des populations indigènes à la nation protectrice.
Quelques voix discordantes s’élevèrent pourtant.
C’est ainsi que, dans une lettre inédite à Albert Sallet, en date du 19 août 1931, le RP. Cadière écrivait :
 » M. Paul Reynaud est passé. Grand tralala ! Réunions solennelles, allocutions…Repassé, photos, magnésiums, etc. Au point de vue politique, on lui a tourné la tête dans une direction, et on a tâché qu’il ne la détourne pas de tout son voyage afin qu’il ne  vît que  ce qu’on voulait lui faire voir et qu’il entendit fort peu, le moins possible, ce que l’on ne voulait pas qu’il entende. On y a réussi ! « 
La journaliste Andrée Viollis, qui accompagnait le voyage ministériel, publia un livre quelques années plus tard,  « Indochine SOS », violent réquisitoire contre les excès du régime colonial, qui fut préfacé par André Malraux.
(Comité de Rédaction)
La tour cham de Bang An (AP0090)
La tour de Bang An se trouve à une vingtaine de kilomètres au sud de Tourane, dans la province de Quang Nam. Elle fait partie d’un ensemble monumental décrit par Henri Parmentier (1909) dans son inventaire, qui comprenait une grande tour octogonale précédée d’un vestibule qui constituait le sanctuaire principal. Cette tour était accompagnée de deux édicules, l’un au  sud-ouest  (voir AP1962) et l’autre au nord-est. Deux statues de gajasimha (voir AP0187, AP1948), animal fabuleux, mi-lion (en sanscrit : simha), mi-éléphant (en sanscrit : gaja) se trouvaient à l’extérieur, à proximité de la tour.
La grande tour est de plan octogonal, forme très rarement utilisée dans l’architecture cham. Au-dessus d’un bahut général assez élevé, les murs sont lisses, sans aucun pilastre ni décor. Ils sont surmontés par une corniche ornée de hautes pièces d’accent au-dessus de laquelle s’élève une toiture octogonale de forme ogivale dont les arêtes sont également ornées d’une suite ascendante de pièces d’accent. De ce corps principal se détache en avant un vestibule, en forme de petite tour, ouvert par deux portes latérales et une porte d’entrée.
Sur la photo, la tour principale et le vestibule sont vus du sud. A gauche, on aperçoit les restes du petit édicule sud-ouest, de plan carré, qui était déjà très ruiné à l’époque et avait perdu sa toiture.
(Comité de Rédaction)
Ville de Viet Tri (AP0095)
Viet Tri (province de Phu Tho), (souvent orthographié par erreur Vietri) était un centre important, à 72 km au nord-est de Hanoï.
Situé au confluent du Fleuve Rouge avec la Rivière Claire d’un côté et la Rivière Noire de l’autre, c’était un important noeud de communication fluviale. De son port partaient les chaloupes vers Hoa Binh et Cho Bo. Un pont de fer de 300 mètres franchissait  la Rivière Claire, commun à la route et à la voie ferrée (voir AP1294). Les rives du fleuve avaient été aménagées en une agréable promenade où les habitants de Viet Tri venaient chercher une brise rafraîchissante et qui possédait même, comme Saïgon, sa « pointe des blagueurs » (voirAP1304 et AP1319).
Viet Tri était une gare sur le chemin de fer du Yunnan de Hanoï à Lao Kay.
Une garnison importante y résidait (voir AP1252, AP1317).
Les Papeteries de Viet Tri (filiale de la Société des Papeteries de Dap Cau) utilisaient uniquement des matières premières du pays et surtout du bambou.
(Comité de Rédaction)
Mnong et Maa – Minorités du sud-indochinois – L’essartage (AP0100)
Les Mnong occupent les hauts plateaux à cheval sur les frontières du Cambodge, du sud de l’Annam et du nord-est de la Cochinchine, autour de la région appelée des « trois frontières ».
La limite septentrionale de leur habitat passe au sud de Ban Me Thuot où ils sont en contact avec des montagnards austronésiens, les Jarai. Au Cambodge, où ils sont répandus dans les provinces du Mondolkiri et du Rattanakiri, ils sont dénommés Phnong.
Les Maa sont séparés des Mnong par les Koho du plateau de Fyang, une tribu apparentée de riziculteurs. Mnong et Maa occupent une succession de plateaux et de collines qui s’étagent jusqu’au versant tombant abruptement sur les petites plaines côtières du Centre. C’est la région de la haute forêt plus ou moins dégradée et Mnong et Maa sont les « hommes de la forêt et de l’essartage ».
L’essartage se pratique de la façon suivante :
– au coeur de la saison sèche, on abat tous les arbres et arbustes d’un terrain choisi au préalable et on les laisse sécher au soleil pendant environ un mois.
– à l’approche de la saison des pluies, on incendie les abatis, après avoir aménagé des pare-feu tout autour de la zone concernée et après avoir exécuté les rites agraires appropriés. On brûle soigneusement les troncs et les souches qui n’ont pas été entièrement calcinés et on étale les cendres qui vont servir d’engrais et enrichir le sol.
– on procède alors aux semailles ; les hommes s’avancent sur le champ et percent le sol avec deux piquets pointus qu’ils tiennent dans chaque main tandis que les femmes qui les suivent, déposent quelques semences dans chaque trou.
– pendant la saison des pluies, il faut procéder à des sarclages répétés pour éviter la prolifération des mauvaises herbes. Une récolte de riz précoce permet d’assurer la soudure.
– la moisson du paddy « mère » a lieu enfin après une nouvelle et très importante cérémonie rituelle qui constitue une action de grâces envers les génies qui ont protégé tous les travaux agricoles et permis de riches récoltes.
Au bout de quelques années, quand la fertilité de ce terrain enrichi par les cendres végétales est épuisée, on se déplace pour mettre en valeur de la même façon une autre partie de la forêt. Mais les montagnards prennent grand soin de laisser la forêt se régénérer et l’humus se reconstituer. Ces « Ray » ont un rendement nettement supérieur à celui des rizières de montagne irriguées. De plus la culture du riz y est associée à la production de légumes et de fruits ainsi qu’à la culture de cotonniers et d’indigotiers.
Les déplacements des cultures servent de calendriers aux montagnards et ils parlent de « l’année où ils ont mangé la forêt » de tel ou tel endroit.
A côté de ces « hommes de la forêt et de l’essartage », sur les plateaux les plus élevés, vivent des populations très proches par la langue et par le mode de vie mais qui pratiquent la culture dans des rizières qu’ils labourent selon des techniques qu’ils disent avoir héritées des Cham. Ce sont en particulier les Lac, de la région de Dalat et les Sré de la région de Djiring. Le vocable « Sré » signifie d’ailleurs « rizière irriguée ».
Les montagnards de cette région sont passés maîtres dans l’art de la vannerie (voir AP0003). Dans chaque foyer, les hommes fabriquent eux-mêmes les paniers, hottes et vans dont la famille a besoin. De même trouve-t-on dans chaque foyer un métier à tisser de type « océanien » à un rang de lisse, un rouet et une égreneuse à coton. Ces instruments sont utilisés par les femmes et permettent de vêtir tous les habitants de la « grande maison ». Certaines tisseuses confectionnent des pièces, jupes, ceintures-tabliers, couvertures qui sont de vrais chefs-d’oeuvre richement colorés en indigo et en rouge chez les Mnong, tandis que les Maa préfèrent le blanc. La réputation de ces artistes dépasse nettement le cadre de leur village et permet des échanges avec les villages voisins et même un commerce avec les villes environnantes.
Par ailleurs toutes ces populations attachent une très grande importance à la parure corporelle. Hommes et femmes ornent leur coiffure de peignes, de plumes de couleur et de pompons de coton rouge. Dans certaines tribus, on casse les incisives de la mâchoire supérieure et on taille en pointe celles de la mâchoire inférieure, puis on laque de noir toute la dentition, « pour ne pas ressembler au buffle ».
(D’après Georges Condominas, in « Montagnards des pays d’Indochine »)
Stations d’altitude de l’Indochine (AP0103)
Les principales stations d’altitude de l’Indochine, parfois qualifiées de « sanatoriums » où les familles d’occidentaux venaient chercher un peu de fraîcheur et fuir les chaleurs excessives, étaient les suivantes :
Au Tonkin :
– La Cascade d’Argent sur le Tam Dao, à 930 un d’altitude, près de Vinh Yen et à 84 km de Hanoï. Fréquenté par les familles du Tonkin.
– Cha Pa dans les « Alpes tonkinoises », à 1500 m d’altitude et à 38 km de Lao Kay et de la gare des chemins de fer duYunnan.
– Mau Son, à 1400 m d’altitude et à 29 km de Lang Son, près de la frontière chinoise.
En Annam :
– Ba Na à 1400 m d’altitude et à 44 km de Tourane ; station fréquentée par les habitants de Hué et de Tourane.
– Bach Ma à 1400 m d’altitude à mi-chemin entre Tourane et Hué ; fréquenté surtout par les familles de Hué.
– Dalat, plateau du Lang Bian à 1475 m d’altitude et à 308 km de Saïgon ; la grande station d’altitude du sud.
Au Cambodge :
– Bokor (Mont de l’éléphant) à 1960 m d’altitude ; près de Kampot (42 km) et à 190 km de Phnom Penh.
Au Laos :
– Song Hac – 1100 m – Dans le Mg Phuon, au milieu des forêts de pins.
(Comité de Rédaction)
La province de Thai Nguyen (AP0120)
La province de Thai Nguyen est située à une centaine de kilomètres au nord de Hanoï (de Hanoï à Thai Nguyen, le chef-lieu, il y a 75 km), à la limite de la Moyenne et de la Haute Région. On y rencontre donc une alternance de collines gréseuses rouges mamelonnées, couvertes d’herbes (terrain idéal pour la chasse au petit gibier à plumes : perdreau, caille et bécasse) et de massifs calcaires primaires déchiquetés par l’érosion et entaillés par de profondes vallées fluviales. Ces massifs sont couverts de forêts à la végétation luxuriante.
La province de Thai Nguyen est entourée au nord par la province de Bac Can (voir AP0018) ; à l’ouest par celle de Tuyen Quang (voir AP4741) ; au sud par celles de Vinh Yen (voir AP1335) et de Phuc Yen et à l’est par celles de Bac Giang et de Cao Bang (voir AP1344).
La province est traversée du nord au sud par le cours du Song Cau. Ce fleuve, né dans la province de Bac Can, arrose ensuite celles de Thai Nguyen, Bac Giang et Bac Ninh, avant de former, avec les autres rivières descendant de la région de Lang Son, un vaste delta où est situé le port de Haiphong. Le Song Cau est navigable depuis Cho Moi, dans la province de Bac Can. C’est une voie très fréquentée par les jonques et les sampans transportant des marchandises. C’est par ce fleuve que le charbon et les minerais extraits dans la province sont acheminés jusqu’à Haiphong.
La province de Thai Nguyen est également traversée par la RC. N°3, sur laquelle vient s’articuler tout un réseau de routes provinciales qui desservent toutes les localités importantes. Cette route suit le Song Cau sur une partie de son parcours. « La route remonte le cours du haut Song Cau, dans une vallée pittoresque, bordée de falaises rocheuses escarpées, empanachées d’une végétation exubérante. (Les gorges d’Ollioulles, si célèbres en Provence, ne donnent qu’une idée affaiblie de celles de la présente route de Cao Ky, avec ses successions de décors variés) »
(Guide Madrolle, 1925).
Le pays est de peuplement Tai ; au XVIIème siècle, il formait une circonscription (Chau) confiée à des princes indigènes. En 1802, après l’écrasement de la rébellion des Mac qui avaient fondé un royaume dans la région de Cao Bang, les autorités annamites furent rétablies et, en 1813, le siège provincial installé dans le site actuel. La citadelle fut construite en terre en 1815 et reconstruite en briques en 1849. Mais les exploitations minières avaient attiré beaucoup d’Annamites du delta et, en 1835, des mandarins annamites furent superposés aux seigneurs Tai. Des bandes chinoises occupèrent la citadelle en 1862 ; les Français s’y établirent en 1884.
Les Annamites qualifient les Tai de « Tho » (indigènes) ou de « Nong » (immigrés). Ils sont reconnaissables à leur costume bleu. D’autres tribus immigrées, les Yao (Man) parcourent aussi les sentes, exploitant dans la montagne les produits de la forêt : rotin, Cu Nam, racines tinctoriales, bambous, lataniers, lianes à caoutchouc.
Toute la province de Thaï Nguyen est richement minéralisée et l’exploitation de ces mines constitue sa principale richesse.
Près du poste de Don Du (à une vingtaine de kilomètres au nord de Thai Nguyen), on comptait de nombreuses exploitations minières (étain, wolfram, fer, zinc, charbon). Les minerais étaient transportés par routes ou par de petites voies ferrées équipées de Decauville jusqu’au Song Cau, d’où ils partaient par voie fluviale vers les usines de Thai Nguyen et de Haiphong.
A Cu Van (12 km de Thai Nguyen), des mines de fer, exploitées traditionnellement avaient donné naissance à une petite industrie de fabrication de marmites indigènes et de socs de charrue. A Mo Na Kon (15 km à l’est de Thai Nguyen) on rencontre des minerais de fer, hématite, magnétite hydratés, à la limite des terrains primaires (schistes et calcaires) et des terrains secondaires (terrains rouges).
Près du poste de Huong Son (à 25 km environ à l’ouest de Thai Nguyen) se trouvaient des mines de zinc en exploitation. Dans la région de Cho Chu (à une vingtaine de kilomètres au nord de Thai Nguyen) de nombreuses exploitations minières (charbon, zinc, calamine) étaient en activité. Plus au nord, étaient exploitées des mines de charbon à Phan Me et de calamine à Lang Hit. A Phan Me, des fours à coke traitaient le charbon gras de Lang Cam (à 5 km au S.O.). Une voie ferrée de 11km assurait le transport de la houille à Minh Li, sur le Song Cau d’où des embarcations de 4 à 5 tonnes descendent sur Haiphong.
En dehors du chef-lieu, les localités les plus importantes de la province sont :
– le poste administratif de Cho Chu à une cinquantaine de kilomètres au nord (voir AP0547) ;
– le poste militaire de Don Du à une vingtaine de kilomètres au nord de Thai Nguyen (voir AP0126 et 0128) ;
– le poste de Huong Son, à 25 km environ à l’ouest (voir AP0149) ;
– les villes de Lang Mit et Phan Me, sièges de sociétés minières. (Comité de Rédaction)
Minorités du Nord-Indochinois : Man ou Yao (AP0131) – Voir image AP3125 planche 9
Les Yao de Chine et d’Indochine restent fidèles à l’appellation commune qui, en Chine, ne recouvre pas moins de 28 entités tribales différentes, pour une dizaine en Indochine. L’administration coloniale avait substitué un peu partout au nom de Yao le générique chinois Man pour les « barbares du sud ». Les Man du Viêt Nam appartiennent à deux groupes linguistiques, le « Mien » et le « Moun ».
C’est dans une mouvance, faite de dissidence, de répression et de pacification, que certains groupes de Yao n’ont pas hésité à franchir les frontières de l’empire chinois pour trouver refuge dans les pays voisins de l’Indochine. Tous ces groupes ont reçu des populations voisines des appellations locales le plus souvent en rapport avec quelque détail vestimentaire du costume féminin.
A ce qu’on croit savoir aujourd’hui, par exemple, les Man Quan Trang sont entrés au Viêt Nam dès le XIIIème siècle en provenance du Fujian. Les Man Quan Chet , « pantalons serrés », sont venus du Guangdong au XVème siècle. Par contre les Man Thanh Y, « habits bleu indigo », sont venus de Guangdong à Mon Cai à la fin du XVIIème siècle. Une partie d’entre eux atteignit Tuyen Quang. Une autre partie se dirigea vers Yen Bai et Lao Kai où ils devaient devenir les Man Diên « indigo ». Les Man Do « Yao rouges » et les Man Tiên, « Yao à sapèques » sont venus du Guangdong et du Guangxi à la fin du XVIIIème siècle. Les femmes Man Tien portent des colliers faits de sapèques d’argent (tien) tandis que les hommes portent le turban. Les derniers venus, à la fin du XIXème et au début du XXème siècle sont les Man Lô Gang  « venus après » dans leur langue,  ou Man Son Dau « à têtes cirées ».
Au Viêt Nam, les Yao  de langue « Mien » peuvent se répartir en deux groupes :
  1. Les Man Dai Ban (Man Ta pan en chinois « grande planche ») comprenant les Yao rouges, les Man Côc (à  turbans en forme de cornes), les Quan Chet etc.
  2. Les Man Tiêu Ban (« petite planche ») comprenant les Tiên et les Quan Tiên.
Les Yao de langue moun se répartissent en :
  1. Les Quan Trang (appelés ainsi en raison des pantalons blancs que leurs filles portent le jour de leurs noces) comprenant aussi les Ho.
  2. Les Lan Tien « bleu indigo », comprenant les Thanh Y, les Tuyên etc.
(D’après Jacques Lemoine « Montagnards des pays d’Indochine »)
L’enquête scientifique d’Albert Sallet (AP0146)
L’enquête systématique qu’Albert Sallet a diligentée de 1919 à 1931 auprès des villages du Viêt Nam central, suivait la double voie hiérarchique, coloniale et mandarinale. La nouvelle AAVH conserve, pour les exploiter, quelque 4000 pp. (propriété de Jean Cousso) des réponses des villages :
 « …/…L’examen de ces réponses révèle les différentes étapes dans l’acheminement des informations provenant des villages. Tout document parvenant par voie officielle jusqu’au Docteur Albert Sallet, doit être signé du chef et du maire du village qui l’adressent au Phu (préfecture). Le Tri Phu (préfet) l’adresse, après y avoir porté une mention, aux autorités vietnamiennes provinciales (Tinh). Ces dernières y apposent une mention à leur tour et font une lettre de résumé avec explications des démarches suivies. Elles adressent enfin cette lettre avec traduction française, accompagnée des réponses des villages comme preuves au Résident ou aux autorités françaises provinciales avec prière d’adresser l’ensemble au Docteur Albert Sallet.
L’existence de certains doubles de ces réponses laisse supposer que quelque part, un double aurait pu être conservé par les autorités vietnamiennes (entre les autorités locales et les autorités provinciales). …/… »
(Extrait du compte-rendu de la mission d’Alexandre Lê pour l’EFEO – 5 avril 1997)
Pour organiser l’enquête, Sallet se fait aider de son ami Nguyn Dinh Hôe, Directeur de l’école des Hau Bo de Hué avec lequel il a déjà réalisé en 1914 un relevé méthodique des « pagodes et lieux de culte de Hué et de ses environs immédiats » (Voir les 4 premiers numéros du BAVH). Ils se mettent au travail en relation étroite avec des ministres de la Cour d’Annam :
    -établissement d’une liste des villages qui sera régulièrement « réactualisée », en mentionnant le nombre précis d’habitants, jusqu’au plus petit hameau. (L’AAVH possède des exemplaires manuscrits de ces listes comme celle des villages dépendant de la Résidence de Faifo, actuelle Hoi Anh)
    – élaboration des questionnaires en fonction des villages ;
    – organisation de l’acheminement des questionnaires par la double voie hiérarchique avec l’aide des services des Résidences de France et des administrations annamites locales ;
    – récupération des réponses ;
    – traduction des réponses par les interprètes de la Résidence Supérieure ou les Lettrés de Huê ;
    – classement des témoignages ;
    – rédaction des rapports destinés au Gouvernement Général et aux services concernés. « …/…
Quelques précisions sur l’enquête :
Les questionnaires porteront sur des domaines très diversifiés, si l’on en juge par l’étude du fonds Sallet. Ils dépendent d’abord de l’intérêt scientifique que présente le village en fonction de la richesse de ses vestiges, de ses cultes et de l’importance de sa tradition orale. Le questionnaire n’est pas exhaustif. Il donne l’initiative aux maires ou aux chefs de village de fournir des informations sur ce qui leur paraît important.
Bien souvent, à la fin du questionnaire, le Maire  » signale ….  » suit une ou plusieurs observations touchant à des informations complémentaires, souvent inattendues, quelquefois insolites.
Les autorités administratives directement supérieures ou les Lettrés sont sollicités d’aider les responsables des villages à recueillir les témoignages des anciens et à rédiger les réponses. Il est même fait appel à des « indicateurs et estampeurs de ruines » et aides « secrétaires indigènes du cadre secondaires », mis en « chômage technique » par I’EFEO.
(Comité de Rédaction – Source : fonds A. Sallet)
Tombeaux annamites : La stèle (AP0183)
La stèle est l’élément le plus important du tombeau, car c’est elle qui individualise la tombe et lui donne son état civil. Néanmoins, beaucoup de tombeaux sont dépourvus de stèle. La place officielle de la stèle semble être, si l’on s’en rapporte à la fréquence des cas, au pied de la tombe. On la place assez souvent dans l’écran postérieur. Pour les stupas, la place de la stèle est sur la face antérieure. Ordinairement elle est à l’air libre, mais, pour les personnages importants, elle est abritée sous un édicule en maçonnerie, simple ou à étage.
L’inscription de la stèle comprend habituellement 3 lignes verticales : une ligne à droite, une ligne au centre, une ligne à gauche ; mais nombreux sont les tombeaux où la stèle ne comprend que la ligne du centre, ou la ligne du centre et celle de gauche, ou la ligne du centre et celle de droite. La ligne du centre est en grands caractères ; elle est parfois multiple, lorsque plusieurs corps sont enterrés dans le même tombeau, et que la même stèle sert pour tous ; elle commence au haut de la stèle et donne les noms et titres du défunt. La ligne de droite et celle de gauche sont en caractères plus petits ; celle de gauche donne le nom des parents ou amis qui ont élevé la stèle.
Exceptionnellement, la date est à gauche et le nom des auteurs de la stèle à droite.
La ligne de droite donne la date : année, lunaison, jour. Parfois le tout est donné avec un grand luxe de précision. Pour indiquer l’année, même diversité de procédés, allant de la précision extrême à l’absence totale d’indication : titre cyclique et indication numérique de l’année du titre de règne. La ligne de gauche, sur la stèle, indique le nom des personnes qui ont érigé la stèle, parfois leurs titres, toujours le degré de parenté qui les habilite à exercer cette fonction du culte : « Un tel, fils pieux, petit-fils pieux, de naissance ou par adoption, ou chef de culte, ayant tel titre, remplissant telle fonction, respectueusement, a érigé, gravé…/…
(D’après Léopold Cadière : Tombeaux annamites dans les environs de Hué – BAVH 1928 tome 2)
Fouilles archéologiques dans les sites cham (AP0191) – Voir photographie AP1994 planche 7
 » Dong Duong représenta un dur travail : les journées étaient pour nous de onze heures, chantier de 6 heures du matin à 10 heures et demie et de midi à 6 heures et demie. Ce qui, avec le demi-paiement journalier des coolies, les pansements et les soins médicaux essentiels, la rédaction rapide du journal de fouilles, nous menait toujours jusqu’à plus de 7 heures du soir. Ces heures semblent étranges : elles étaient nécessitées par les coutumes des Annamites, qui déjeunent tôt et dont il eût été cruel de reculer le repas jusqu’à 11 heures. Nous leur donnions deux heures pour manger et faire la sieste. Ce n’était d’ailleurs pas trop pour nous nettoyer extérieurement et intérieurement, Carpeaux et moi, nous alimenter et nous reposer un peu.
Cette division spéciale était amenée aussi par le fait que les heures de travail les plus pénibles étaient – contre ce qu’on aurait pu attendre – celles du matin, surtout de 8 à 10. Le soleil tapait ferme dès 8 heures et ce n’était que quand il avait assez chauffé le sol que le courant d’air s’établissait de la plaine au bois : rarement avant midi ; de telle sorte que ce paradoxe était réel, qu’il faisait beaucoup plus chaud à 8 heures du matin qu’à une heure de l’après-midi !
Ce travail, qui ne durera pas douze semaines, du 7 septembre au 27 novembre 1902, comporte un effort de 10.107 journées de coolies à 0$20 l’une.
Dépense d’un peu plus de 2000 piastres pour un déplacement de plus de 3000 mètres cubes de déblai, le travail par jour étant d’environ 40 mètres cubes.
L’étude de l’art cham a exigé quatre campagnes principales :
– fouilles de Dong-Duong  en 1901 ;
– fouilles de Mi Son, qui n’ont pas demandé moins de onze mois, 1902-1903 ;
– fouilles rapides et moins intéressantes de Chan Lo à leur suite ; – dégagement en 1936 de Po Nagar de Nha Trang et mise en train de sa consolidation, que je n’ai pu achever, arrêté par l’emprise de l’art khmer.
Les fouilles de Dong Duong  ont fait le bonheur des Annamites de la région, le Quang Nam, parce qu’elles s’effectuèrent une année de disette ; elles nous demandèrent un effort désespéré en raison du peu de temps que nous laissait l’approche du Congrès des Orientalistes à Hanoï, où nous étions de service, nous amenant ainsi à multiplier le nombre des coolies employés. Nous en eûmes sans peine, par suite de la famine, près de deux cents ; il est vrai que les payions vingt cents au lieu de dix, tarif officiel à l’époque. Mais quel coup de chien il nous fallut donner ! En quatre mois nous n’avons peut-être pas pris quatre jours de repos, le plus souvent encore imposés et gâtés par le typhon que nous subîmes en ce point ou par des pluies diluviennes.
Malgré ce système, dans les premiers jours un estampage est gâté par un inconnu : je coupe une demi-journée au représentant  du chef de canton et au notable de Dong Duong. Le lendemain, ils pincent un coolie qui recommençait, et je le fais punir énergiquement : le fait ne s’est plus reproduit. Depuis, l’envahissement constant du chantier par le petit marché de thé et de cuisine qui vient alimenter cette armée de travailleurs bien payés, je dois renverser et briser la jarre d’une femme, prise à donner à boire dans la chaîne des porteurs de décombres. Un coolie qui dort dans un coin, deux autres qui travaillent peu ou mal sont, du premier jour, renvoyés. Il en est de même pour trois autres pris à appliquer le truc ingénieux de remonter les briques du grand tas de la décharge de bas en haut et le notable responsable subit le même sort.
En revanche, toute trouvaille signalée donne lieu à une prime et les hommes qui se blessent au pied sur les chicots de racines qu’on ne peut pas faire disparaître dans les sentiers, dallés par nous de briques, sont dispensés de transports : un morceau de papier rouge des paquets photographiques, qu’ils ne peuvent se procurer chez eux collé à leur chapeau, les désigne et les excuse. »
(Henri Parmentier – Souvenirs d’un vieil archéologue indochinois)
Accès à Ba Na depuis Tourane (AP0208)
« Service de Transports automobiles et chaises à porteurs de l’hôtel Morin de Tourane à l’hôtel Morin de Bana et vice-versa trois fois par semaine :
– Départ de Tourane : Mardi, Jeudi, Samedi
Départ en automobile, de l’Hôtel Morin, à 4 heures 30 du matin ; arrivée au bas de la montagne entre 5 heures 10 et 6 heures ; ensuite, départ en chaise à porteurs, arrivée à Bana entre 10 heures 10 et 11 heures 10.
– Départ de Bana : Lundi, Mercredi, Vendredi :
Départ de Bana, en chaise à porteurs, à 5 heures du matin ; arrivée au bas de la montagne vers 10 heures ; ensuite, départ en  automobile ; arrivée à Tourane entre 11 heures et midi.
– Prix des places :
Automobile, par voyageur, la place : 2$00.
Enfant de 3 ans à 10 ans : 1$00.
Domestique indigène : 0$50.
Prix des bagages :
De Tourane à Bana ou de Bana à Tourane, 0$04 par kilogramme.
– Chaises à porteurs :
Européen : la chaise à 8 coolies : 3$ 20.
Enfant de 10 ans à 16 ans et indigène : la chaise à 6 coolies : 2$40.
Enfant de 3 ans à 10 ans : la chaise à 4 coolies : 1$60.
– AVIS
  1. Les voyageurs qui désirent aller à Bana sont priés de prévenir au moins quarante-huit heures à l’avance. Chaque voyageur peut porter 30 kilogrammes environ.
On peut prendre dix voyageurs environ à chaque voyage.
Le service commence le 13 mai et finit le 15 septembre. Il est assuré par M Le Van Tap à Tourane. »
(Publicité extraite d’un guide touristique de l’époque)
Evolution de l’écriture de la langue vietnamienne (AP0217)
L’annamite est une langue du groupe Thaï, monosyllabique, isolante, avec tons, sans flexion ni dérivation ; les rapports grammaticaux ne sont marqués que par la place des termes.
Au début, les peuplades autochtones n’avaient pas d’écriture. Trois se disait « Ba ». Lorsque les Chinois ont occupé le pays (1er siècle avant JC.) ils ont apporté leur écriture : les Chu Han ou Nhu (=caractères chinois), caractères que les lettrés annamites devaient apprendre. Mais pour des raisons physiologiques les Annamites ne pouvaient pas prononcer ces caractères comme les Chinois ; ils devaient s’en approcher le plus possible. C’est ce qu’on appelle la lecture sino-annamite des caractères chinois. C’est ainsi que, les Chinois du Nord disant « San » pour trois et ceux de Canton « Sam », les Annamites lurent « Tam » pour dire trois. (Le même phénomène a eu lieu au Japon.
La connaissance des Chu Han était nécessaire pour passer les examens littéraires et devenir mandarin. Mais relativement peu d’Annamites étaient capables de lire les caractères chinois.
Par ailleurs ceux qui voulaient qu’une certaine pensée purement autochtone échappe à la domination chinoise et soit sauvegardée, imaginèrent de transcrire réellement la prononciation annamite de leur langue avec des éléments dérivés des caractères chinois, mais en modifiant fortement leur dessin et en leur donnant une certaine fonction phonétique souvent très éloignée de celle à laquelle les Chinois pouvaient s’attendre.
Cela se fit lentement, mais n’est attesté qu’à partir du XIIIème siècle : ce sont les Chu Nom (=caractères démotiques). Les Chinois ne pouvaient pas les lire, sauf à faire des études spéciales. Mais le système était quand même trop compliqué pour se répandre dans la population.
Les premiers missionnaires catholiques (des Portugais basés à Macao), désirant laisser aux indigènes des textes religieux à lire, cherchèrent à réaliser une transcription utilisant l’alphabet latin.
Sa mise au point en 1651 fut l’oeuvre du Père jésuite Alexandre de Rhodes (1591-1660) qui vécut par deux fois au Tonkin entre 1619 et 1646.
C’est le Chu Quoc Ngu (=lettres/de la nation/la langue) qui a libéré la littérature annamite (et de ce fait la pensée annamite) de la gangue imposée par l’usage des caractères chinois.
Il est devenu l’écriture officielle du pays.
(Comité de Rédaction)
Le RP. Jules Saulot, missionnaire à Tourane (AP0218)
Le RP. Jules Saulot, né en 1872 à Bolbec (Seine maritime), arriva en Cochinchine orientale (Qui Nhon) en 1903. Affecté successivement dans la province de Quang Nam puis à Ninh Hoa, il dut aller se faire soigner au Sanatorium de Hong Kong en 1908.
A son retour, il fut nommé curé de Tourane où il maria Albert Sallet et Emilie Morin (voir AP0569), puis il fut affecté à Qui Nhon où il demeura jusqu’en 1917, date à laquelle il demanda à partir en France pour soigner les soldats blessés. Revenu en Indochine à la fin de la guerre, il occupa d’abord le poste de procureur de la Mission puis redevint curé de Tourane en 1927. Il y séjourna jusqu’en 1936, quand, gravement malade, il retourna en France pour y mourir peu après son arrivée.
(Renseignements communiqués par le RP. Moussay, conservateur des archives des Missions Etrangères de Paris.)
Poème adressé à Albert Sallet par Nguyen Sanh Hui, père de Ho Chi Minh (AP0219)
Ce poème, signé Nguyen Sanh Hui, a été retrouvé dans les achives d’Albert Sallet. Il lui est probablement adressé. En voici une traduction proposée par Hélène Péras (Lettre à J. Cousso datée du 26 janvier 2003) :
« Très respectueusement à Son Excellence,
Hospitalisé depuis quelques temps, ayant pu guérir par la grâce d’en haut et étant maintenant en bonne santé, j’ai, à la demande instante d’un jeune soldat, écrit un poème en langue vulgaire, inspiré par ce qui se fait dans cet hôpital. Je me permets de le présenter à Son Excellence pour qu’Elle se divertisse à le lire.
Le poème dit  :
Cette maison qui sait, unit le monde entier.
Maison tout comme un chant de louange à l’unisson.
Le Maître prend grand soin des faibles et des malades
Les jeunes et les vieux, du Résident ont la visite.
Sur les dalles du sol un vent paisible passe
La lune étincelante aux vitres se reflète.
Rendons grâce à l’Etat, qu’il nous protège encore
Et que le coeur du Roi soit prompt à pardonner.
Signé :
Le Docteur en second : Nguyen Sanh Huy, En toute déférence
Notes de la traductrice :
1/ Si la traduction mot à mot de « Quan Lon » est bien Mandarin Grand, elle a le sens de « Excellence » et est employée aussi comme pluriel de majesté par les mandarins se désignant eux-mêmes.
2/ « Bon Bien » ou « Bon Be » littéralement.: « les quatre mers », signifie  le monde entier. « Bon Be Mot Nha » :  » le monde entier ne forme qu’une seule famille  » est une locution toute faite.
3/ Quan Thay : le Maître. Il peut sans doute s’agir du Médecin Chef. Mais il ne semble pas justifié de garder la traduction  « mandarin médecin ». Thay est un terme de respect polyvalent. C’est le mot composé « Thay Thuoc » qui signifie médecin. Par contre, « Quan Thay » est le maître, éventuellement le protecteur, celui qui a des serviteurs et les fait travailler pour lui.
4/  » les dalles  » : Gach. Il s agit bien de briques. Les  dalles sont une petite licence poétique.
5/ « Qu’il nous protège encore » : « Con Trong Nua » peut aussi vouloir dire  » espérer encore « .
6/ Il s’agit là d’un  » poème de circonstance  » en heptamètres réguliers à rime unique (avec une tolérance au 7ème vers : un ton égal rimant avec un ton rentrant). La déférence de l’adresse au destinataire de la lettre, le caractère un peu convenu de l’exercice prosodique, incitent à choisir une rythmique classique pour la traduction française. Il se pourrait bien que l’auteur tente de faire entendre un double sens à ce « chant de louange » et veuille inciter son lecteur à une sympathie amusée, peut-être dans l’espoir d’être entendu avec indulgence en plus haut lieu (le souverain ? L’autorité française ?).
Lettre du Pho Bang Nguyên Sanh Huy. Le titre de Pho Bang (deuxième tableau) était attribué aux candidats qui, ayant fait d’assez bonnes compositions aux examens de doctorat de la capitale, n’avaient cependant pu prendre rang parmi les lauréats et ne figuraient donc que sur la deuxième tablette. Nguyen Sanh Huy était le père de Hô Chi Minh.  Cette lettre est adressée à une excellence (Bâm Quan Lon) non précisée qui pourrait être le résident français de la province où il se trouvait alors. Nguyên Sanh Huy envoie un poème en vietnamien décrivant, de façon très littéraire et très allusive, la vie dans l’hôpital où il était soigné. Après sa destitution en 1911, le père de Hô Chi Minh se réfugia en Cochinchine où il mourut en 1929.
(Note du Comité de Rédaction)
Station d’altitude de Ba Na – Historique jusqu’en 1925 (AP0222)
-Février 1900. Paul Doumer confie au capitaine Debay une mission de reconnaissance dans le massif annamitique pour installer un sanatorium dans un rayon de 150 km de Tourane ou de Hué. Mission disloquée étant donné les difficultés.
-Décembre 1900. Reprise de la mission. En novembre 1901, le capitaine Debay découvre un emplacement dans la vallée de Tuy Loan. Il rédige un rapport circonstancié sur ses reconnaissances dans le massif du Song Cam Lé (ou Song Tuy Loan), rapport que les AVH seront les premiers à reproduire dans le BAVH 1925. Lors de cette expédition sont édifiées 2 cases et une véranda qui seront utilisées lors des reconnaissances ultérieures.
-20 août 1902. Debay propose à Paul Doumer le choix du massif de Lo Dong (Ba Na) pour l’établissement d’une station d’Altitude. A la fin de la mission, le lieutenant Decherf est tué par la chute d’un arbre.
-Juin 1906. Deux colons de Tourane de la Cie des Thés de l’Annam, Meunier et Demars, reprennent le sentier Debay, très abîmé, et visitent le sommet de Ba Na.
-31 janvier 1912. Un arrêté constitue la montagne de Ba Na en réserve forestière.
-1915. Le Service Forestier inspecte ce qui reste du sentier.
-23 au 27 août 1915. M. Guibier, chef du Service Forestier charge M. Marboeuf, du même service, de reconnaître avec précision le sentier Debay pour le reconstruire.
-1916. Le Dr Gaide, chef du service de santé de l’Annam se rend à Ba Na pour faire un premier rapport médical sur la future station.
-1919. Décision de remplacer le tracé Debay (qui passait par Tuy Loan et Hoi Viet) par un nouveau, passant par Cao Son et An Loi.
La même année, M. Beisson, avocat à Tourane, fait édifier par un entrepreneur annamite la première construction en dur de Ba Na.
-27 mai 1919. Un arrêté du G.G. distrait de la Réserve Forestière une parcelle pour la construction du centre.
La même année, M. Galtier, Résident du Quang Nam dont dépend Ba Na fait relever le plan de la future station par M. Leprince, agent des travaux publics et procède au lotissement des terrains qui sont aussitôt achetés. Les premières maisons s’élèvent.
-1920. Les docteurs Sallet, Raynaud et Marque fournissent le premier rapport médical sur la station d’altitude.
-Février 1921. Emile Morin, responsable de l’hôtel Morin de Tourane, fait construire l’Hôtel Morin de Ba Na en bois, en deux bâtiments contenant 22 chambres.
-Mai 1923. Ouverture au public de l’hôtel Morin qui sera le centre de la vie de Ba Na.
(Comité de Rédaction, d’après le BAVH « Bana » Docteurs Gaide et Sallet, Henri Cosserat – 1925)
Hôtel Morin de  Ba Na (AP0223)
L’hôtel Morin de Ba Na fut construit, à partir de 1921, par Emile Morin (voir son portrait en AP1875) qui gérait l’hôtel Morin de Tourane.
Il fut ouvert au public en mai 1923.
Entièrement en bois, il comprenait deux grands bâtiments à étages, avec une trentaine de chambres très confortables.
L’hôtel Morin comportait naturellement un restaurant (voir AP0393) où l’on pouvait prendre une pension complète depuis 7 $ par jour et 150 $ par mois avec un tarif réduit pour les enfants (Guide Madrolle de l’Indochine 1925).
Admirablement situé au sommet de la montagne de Ba Na sur une sorte d’éperon (voir AP1218) qui domine tout le pays compris entre la mer et le massif de Ba Na, on jouissait depuis l’hôtel d’un panorama splendide tant par son étendue que par la variété des sites qui se déroulaient devant les yeux des spectateurs.
L’hôtel, au centre de la vie de la station d’altitude, était le lieu privilégié de toutes les activités et de tous les loisirs : fêtes, soirées déguisées, parc de jeux de tous les enfants (voir AP0204 et AP0403), activités culturelles et sportives avec un court de tennis (voir AP0230). Sa cuisine et son atmosphère étaient réputés, sous la conduite des deux sœurs Morin : Amélie et Laure.
Le Livre d’or de l’hôtel (voir AP0221) contient de précieux témoignages des visiteurs, quelquefois illustres, qui y séjournaient.
L’hôtel en bois sera en 1938 reconstruit en dur (voir AP1728) avant d’être détruit pendant les combats de 1946.
(Comité de Rédaction)
Bref historique du télégraphe en Indochine, de la conquête à 1904 (AP0224)
Dans l’ancien empire d’Annam, le télégraphe n’existait naturellement pas et toutes les communications entre la Cour de Hué et les provinces se faisaient par des coureurs à pied ou à cheval qui se succédaient de relais en relais, tout le long du réseau routier de l’époque. Ces relais, les « tram », abritaient le personnel, coolies, secrétaires, lettrés, ainsi que les porteurs chargés du transport des mandarins et de leurs bagages. Sur la route mandarine, qu’empruntait la principale ligne de « tram », les relais étaient distants de quinze à vingt kilomètres et des porteurs à pied étaient capables de couvrir la distance de Hué à Hanoï (700 km) en moins de huit jours.
L’un des premiers soins du corps expéditionnaire fut d’installer un réseau de communications efficace. Dès 1860, le capitaine de vaisseau D’Ariès mit en place un service télégraphique, chargé de la construction des lignes. La première liaison fut réalisée entre Saïgon et Bien Hoa, puis prolongée jusqu’à Baria et au Cap St-Jacques. Le 12 mars 1862, Lemire, alors employé du télégraphe, assistait à l’inauguration de la ligne de Saigon à Bien Hoa (28 km). Le 17 avril de la même année était inaugurée celle de Saigon à Cholon (7 km).
Le bureau du télégraphe à Saïgon était alors installé place de l’horloge, au coin de la rue Catinat et de la rue du gouverneur (plus tard rue Lagrandière). A l’occasion de la signature du traité de 1862 entre l’amiral Bonard et les représentants de Tu Duc, les ambassadeurs annamites vinrent visiter ce bureau.
Dans le même temps un service postal était mis en place et des bureaux ouverts dans toute la Cochinchine. Les liaisons avec la métropole furent assurées par un service périodique de paquebots britanniques, via le canal de Suez.
 En 1867, lors de l’annexion des provinces de Vinh Long, Chau Doc et Ha Tien, les lignes télégraphiques étaient construites au fur et à mesure que les troupes d’occupation s’installaient.
En 1870 un accord était passé avec une compagnie anglaise de Singapour pour l’installation d’un câble sous-marin entre Saïgon et Singapour. Le premier télégramme « voie câble » fut échangé entre Saïgon et la Métropole le 31 juillet 1871.
C’est le 1er janvier 1873 que Pavie entra au service des Télégraphes, en qualité d’agent auxiliaire des lignes de 2ème classe. Après avoir planté des poteaux dans les marécages de la Cochinchine, il alla ensuite en installer au Cambodge où il fut chargé d’étudier le tracé de la ligne Saïgon-Bangkok. Ce fut le début de près de quinze années d’exploration au cours des quelles il parcourut le Cambodge, le Siam, le Laos, l’Annam et le Haut-Tonkin et plaça le Laos sous la protection de la France.
En 1882, le service des postes est définitivement séparé du Trésor et forme avec le service télégraphique une administration indépendante.
Le traité de 1883 qui reconnaissait le protectorat de la France sur le Tonkin prévoyait la construction d’une ligne télégraphique terrestre reliant Saïgon à Hanoï par Qui Nhon. En attendant la réalisation de ce projet (qui ne devait être achevé qu’en 1888) un câble sous-marin fut installé par une compagnie anglaise entre le Cap St-Jacques et Do Son avec raccordement à Thuan An, à l’entrée de la rivière de Hué et mis en service le 17 février 1884. Le 9 septembre, c’était le tour du câble Haiphong – Hanoï.
Au fur et à mesure que l’occupation du Tonkin se poursuivait, le réseau télégraphique devenait de plus en plus dense. Toutes les localités furent reliées à Hanoi et le siège des administrations publiques fut installé par Paul Bert en bordure du Petit lac, près de l’emplacement de l’ancienne Pagode des Supplices. Le télégraphe s’installa non loin de là dans une voie qui reçut le nom de « rue du télégraphe » (devenue plus tard rue Laubarède).
En avril 1888, un décret réunit sous l’autorité d’un directeur unique les services postaux et télégraphiques de la Cochinchine, du Cambodge, de l’Annam et du Tonkin et, à la suite d’un accord signé avec le gouvernement chinois, des liaisons télégraphiques internationales furent établies avec la Chine. En 1890, 116 bureaux de poste avaient été ouverts en Indochine, 10.000 km de fils télégraphiques posés, Hanoi et Saigon étaient reliés par une ligne terrestre, Mon Cai, Lang Son et Lao Kai raccordés aux bureaux chinois et en 1893, les travaux de construction d’une ligne télégraphique longeant le cours du Mékong commencèrent.
A l’aube du XXème siècle, le service des Postes et Télégraphes fut réorganisé sur de nouvelles bases : l’Indochine fut divisée en cinq circonscriptions correspondant aux cinq pays de l’Union.
Les travaux sur les lignes du télégraphe qui sont rapportés par les documents du fonds Breton visaient essentiellement à améliorer et à compléter le réseau. Les documents de l’époque insistent sur les difficultés rencontrées et sur les efforts, l’abnégation et les sacrifices qui durent être déployés  sur le terrain. « Il faut, pour s’en rendre compte, imaginer ce que pouvait être, à cette époque, le travail de construction des lignes, dans un pays fait de marécages, coupé de cours d’eau, sans routes et brûlés par un soleil de feu. A l’insalubrité s’ajoutait l’insécurité et nombreux furent les coups de main contre les petits postes isolés et insuffisamment défendus. »
Les agents du service télégraphique payèrent un lourd tribut à la maladie et à l’insécurité.
(D’après R. Despierres, « Le service des PTT. en Indochine » in BAVH-1944/1)
 
Transports terrestres traditionnels (AP0242)
La plupart des transports traditionnels de produits pondéreux (riz, minerais) ou encombrants (poteries, bois et bambous) se faisaient par voie d’eau. La voie terrestre était utilisée pour les transports de personnes et les transports de marchandises en quantités limitées et sur de courtes distances. Compte tenu de la rareté du cheptel, celui-ci était réservé, surtout au Tonkin, aux travaux des champs. Ce n’est que dans le sud et, en particulier, aux approches du Cambodge,  que le boeuf était utilisé comme animal de trait.
Le transport terrestre était donc essentiellement un transport humain. Palanquins officiels transportant les mandarins, hamacs et chaises à porteurs furent peu à peu remplacés par le pousse-pousse qui pouvait servir aussi bien pour les marchandises que pour les personnes. Les brouettes étaient très utilisées elles aussi pour transporter animaux et marchandises entre les marchés des villages et des villes.
Cette rareté de la traction animale explique en partie l’inexistence de grandes routes dans l’ancien Annam. La route mandarine n’était parfois qu’un étroit sentier, franchissant les cols par des longs escaliers ou traversant les rivières par des gués ou des pont couverts.
Un bel exemple de pont couvert est celui qui se trouvait près de Vinh, sur la route de Xa Lam. Sur de hauts piliers en bois, le pont s’arrondissait en dos d’âne, avec sa lourde couverture de tuiles qui pouvait servir d’abri en cas d’orage.
Les mandarins avaient leur palanquin (Certains évêques avaient aussi le leur, voir AP4698). A Do Son, station balnéaire située près de Haïphong, les solides femmes de pécheurs avaient adopté la chaise à porteurs pour promener les touristes. Un confortable fauteuil en rotin, équipé de coussins et de repose-pied était fixé entre deux longs brancards de bambou. Aux extrémités, deux bambous transversaux attachés au cadre par des liens végétaux servaient à quatre porteurs à soulever l’ensemble sans difficulté. Ce dispositif permettait, en plaçant les bambous transversaux en oblique, de passer par les chemins les plus étroits et même d’escalader les rochers.
Les lourdes brouettes chinoises avec leur roue de bois pleine et leurs brancards courbés se rejoignant à l’avant se rencontraient partout dans les campagnes, les villages et les villes (voir AP2097). Les conducteurs souvent chinois, soulevaient les brancards à deux mains en s’aidant d’une bricole, d’un harnais passé sur les épaules. Ces brouettes servaient souvent au transport des cochons que l’on amenait au marché, ficelés à un gros bambou et entassés sur la brouette malgré leurs bruyantes protestations.
Le pousse-pousse est né au Japon vers 1868. Il se répandit rapidement dans tout l’Extrême- Orient, l’Inde et l’Océan Indien. Il parvint à Hanoï en 1884 et fut aussitôt adopté dans toute l’Indochine. Le pousse-pousse fut la grande attraction de l’Exposition coloniale de Marseille de 1906. Cette légère voiturette montée sur deux hautes roues était à l’origine entraînée par deux personnes : un tireur entre les brancards et un pousseur à l’arrière, ce qui justifiait son nom de pousse-pousse. Le pousseur disparut ensuite tandis que l’engin se perfectionnait. Le pousse de maître avec ses roues équipées de pneumatiques, son siège capitonné, ses lanternes et ses ornements de cuivre et son tireur revêtu d’un uniforme impeccable représentait le summum du luxe (voir AP1323). Le pousse-pousse ne se contentait pas toujours d’un seul passager : il pouvait, la petite taille des Vietnamiens aidant, en transporter plusieurs avec leurs bagages. Pour les paysannes se rendant au marché ou en revenant, il se transformait en un transporteur pratique de marchandises.
La charrette était rarement utilisée en raison de la rareté des bêtes de trait (voir AP1480).
Les minorités khmères vivant en Cochinchine utilisaient la charrette cambodgienne reconnaissable à son timon relevé en avant de pirogue et aux deux cornes latérales, à hauteur du moyeu, servant à mieux attacher les charges encombrantes. Les « Moï » des hauts plateaux du sud transportaient leurs charges sur le dos, dans des hottes.
L’éléphant était capturé dans les régions montagneuses. A Hué, il participait encore à la pompe impériale. Dans les exploitations forestières, il maniait les lourdes billes de bois et les transportait jusqu’au cours d’eau voisin ; il était aussi utilisé dans les chasses au grand fauve où il servait de mirador de tir ambulant (voir AP0404).
(Comité de Rédaction)
La station d’altitude de Ba Na (Quang Nam) (AP0253)
 » La station de Ba Na était installée à 1400 m d’altitude sur la montagne de Ba Na, un contrefort de la chaîne annamitique, à une trentaine de kilomètres environ à vol d’oiseau au sud-ouest de Tourane.
Le site fut reconnu en 1901 par le capitaine Debay, chargé par le gouverneur général Paul Doumer de déterminer un emplacement pour un sanatorium dans l’Annam central où les Européens pourraient trouver un peu de fraîcheur pendant la rude saison estivale. En effet, les habitants de la Cochinchine disposaient de la station de Dalat, ceux du Tonkin des stations de Cha Pa et du Tam Dao ; il fallait que quelque chose soit fait pour les résidents de Hué et de Tourane (Voir AP0222).
Le projet attendit néanmoins une vingtaine d’années avant d’aboutir, bien que la valeur du site ait été confirmée par plusieurs visites dont celles du docteur Albert Sallet, d’Henri Cosserat et du docteur Gaide, tous trois membres des « Amis du Vieux Hué ».
En 1919, un plan de lotissement des terrains fut établi et la première villa construite, sur l’initiative d’un civil, M. Beisson, avocat-conseil à Tourane. Un hôtel Morin y fut installé en 1923 et une route carrossable de 28 kilomètres fut aménagée permettant d’accéder en voiture au pied de la montagne. La station était ensuite atteinte en chaise à porteurs, un service régulier fonctionnant pendant la saison d’été (de mai à septembre), sur 20 kilomètres de bonne piste.
La station élève ses constructions sur une longue crête bosselée, d’où l’on découvre un panorama merveilleux vers l’ouest, sur la montagne sauvage et boisée ; vers l’est sur le delta du Quang Nam et la baie de Tourane cernée de sables blancs. Les chalets de bois s’éparpillent sur les pentes.
Dans le copieux article que le Bulletin a consacré à la station de Ba Na (BAVH 1924/4. pp. 343 à 383) le docteur Gaide a donné sur le climat de Ba Na la conclusion suivante :
« C’est un climat plutôt sec, d’une douceur constante, aux journées tièdes sans excès et aux nuits d’une exquise fraîcheur. Ce climat sain, modéré, analogue à celui de la Méditerranée moyenne, convient admirablement à tous les organismes fatigués ou déprimés par les fortes chaleurs de l’été et en particulier aux femmes et aux enfants. »
Tandis que des pluies persistantes tombent entre 700 et 1200 mètres, tandis que les nuages poussés par les vents s’amoncellent dans les vallons, à mi-hauteur, le ciel de la station reste souvent bleu ou traversé seulement de légers nuages, très élevés. Le degré hygrométrique moyen de l’été est de 87,5 et la nébulosité de 6,3. La température d’été varie entre 15° et 25°, tandis que celle de la plaine atteint souvent dans la même saison 35° et davantage à l’ombre, sous les effluves du vent du Laos.
Le service médical est assuré à Ba Na pendant trois mois, du 15 juin au 15 septembre, par des médecins désignés par le directeur local de la Santé. Un chalet spécial est mis à leur disposition, auquel est annexée une salle de consultations et de pansements avec un infirmier…/… » (voir AP0254)
Mais le grand charme de Ba Na résidait également dans les magnifiques panoramas que l’on pouvait découvrir de son sommet et dans les agréables promenades que l’on pouvait faire dans la forêt et les sous-bois  environnants. »
Le Dr Gaide, un des fondateurs de la station  faisant la comparaison entre la station de Ba Na et celle de Dalat, écrivait : « La station de Ba Na, et cela nous le reconnaissons bien volontiers, n’est en rien comparable à celle de Dalat, puisqu’elle ne peut être qu’une station d’été, à intérêt très local. Mais, telle qu’elle est, elle est d’une réelle importance et d’une utilité incontestable, car elle est actuellement la seule station d’altitude possible pour le Centre Annam. Dalat est trop éloigné, en effet, de Tourane et de Hué, pour qu’il soit possible aux fonctionnaires et aux colons d’y faire de fréquents et de longs séjours, le déplacement étant trop onéreux et trop pénible en été pour la majorité des Européens. Par contre, la rapidité et la facilité d’accès (4 heures de Tourane et 7 heures de Hué) sont telles qu’il n’est pas exagéré de dire que Ba Na est maintenant à la portée de tous et que cette station méritera d’être fréquentée par tous les Européens de Hué, de Tourane et des provinces voisines, lorsque l’hôtel sera suffisamment agrandi et lorsque de nouveaux chalets particuliers seront construits.
Contrairement à ce que l’on pense, ce ne sont pas les emplacements qui font défaut ; en dehors des pitons de la crête, qui ne sont d’ailleurs pas encore tous occupés, il existe sur les deux versants plusieurs mamelons parallèles et perpendiculaires, surtout du côté du versant occidental, qui se prêtent parfaitement à l’édification de nombreuses villas.
Enfin, nous tenons à affirmer qu’une villégiature estivale à Ba Na constitue la cure d’altitude parfaite, tout à fait apaisante et qui convient surtout aux familles ainsi qu’aux personnes désireuses de se reposer en toute tranquillité. Bien plus : en raison du panorama merveilleux sur la mer et sur toute la chaîne annamitique, des décors et des jeux de lumière si variés, que l’on a constamment sous les yeux, le séjour y est agréable et présente un charme tout spécial. C’est même là, à notre avis, la supériorité de Ba Na sur Dalat, dont l’horizon limité est toujours le même, bien que l’étendue du plateau facilite de nombreuses promenades « .
(D’après BAVH.1924-4 et Teston et Percheron – « L’Indochine moderne » – 1930)
Les 5 sites du Viêt Nam classés au Patrimoine Mondial (AP0270)
1 – Ensemble des monuments de Hué (inscription en 1993).
Justification d’inscription : Établie comme capitale du Viêt Nam unifié en 1802, la ville de Huê a été non seulement le centre politique mais aussi le centre culturel et religieux sous la dynastie Nguyên, jusqu’en 1945. La rivière des Parfums serpente à travers la cité-capitale, la cité impériale, la cité pourpre interdite et la cité intérieure, ajoutant la beauté de la nature à cette capitale féodale unique.
2 – La Baie d’Along (inscription en 1994 et extension en 2000).
Justification d’inscription : La baie d’Along, dans le golfe du Tonkin, compte environ 1 600 îles et îlots qui créent un paysage marin spectaculaire de piliers de calcaire. En raison du relief vertigineux, la plupart des îles sont inhabitées et non perturbées par l’homme. Les valeurs esthétiques exceptionnelles de ce site sont complétées par son grand intérêt biologique.
3 – Les sanctuaires de Mi Son (inscription en 1999).
Justification d’inscription : Du IVe au XIIIe siècle, la côte du Viêt Nam contemporain accueillait une culture unique, associée par ses racines spirituelles à l’hindouisme indien. Cette relation est illustrée par les vestiges d’une série d’impressionnantes tours sanctuaires, au cœur d’un site remarquable qui fut pendant quasiment toute son existence la capitale religieuse et politique du royaume de Champa.
Justification d’inscription : Le sanctuaire de Mi Son est un exemple exceptionnel d’échange culturel, de par l’introduction de l’architecture hindoue du sous-continent indien en Asie du Sud-Est. Le royaume du Champa était un important phénomène de l’histoire politique et culturelle de l’Asie du Sud-Est, comme en témoignent remarquablement les ruines de Mi Son.
4 – La ville de Hoi An (inscription en 1999)
Hoi An constitue un exemple exceptionnellement bien préservé d’une cité qui fut un port marchand d’Asie du Sud-Est du XVe au XIXe siècle. Ses bâtiments et la disposition de ses rues reflètent les traditions autochtones aussi bien que les influences étrangères, qui ont donné naissance à ce vestige unique.
Justification d’inscription :
Hoi An est une importante et remarquable manifestation de la fusion des cultures, au fil du temps, dans un port commercial international. Hoi An est un exemple exceptionnellement bien préservé de port marchand traditionnel d’Asie.
5 – Le Parc national de Phong Nha Ke Bang (inscription en 2003).
Justification d’inscription : La formation karstique du Parc national de Phong Nha Ke Bang a évolué depuis le paléozoïque (il y a environ 400 millions d’années) et c’est la plus ancienne région karstique importante en Asie. Suite aux changements tectoniques importants, le paysage karstique du parc est extrêmement complexe et présente de nombreuses caractéristiques géomorphologiques très importantes. Ce vaste paysage, qui s’étend jusqu’à la frontière de la République démocratique populaire lao, offre des phénomènes spectaculaires, dont de nombreuses grottes et rivières souterraines s’étendant sur plus de 65 kilomètres.
(Site internet de l’UNESCO – 2006)
Hué – L’hôtel Guérin devient l’hôtel Morin (AP0272)
Le Grand Hôtel de Huê, fut le premier hôtel susceptible d’accueillir les Européens de passage à Hué. Avant sa construction, les visiteurs européens étaient hébergés soit par les autorités militaires et religieuses soit à la Légation de France.
Il fut aménagé dans des bâtiments construits en 1901 par M. H. Bogaert. Après le passage du typhon « Giap Thin » (1904), M. Bogaert vendit l’immeuble à M. Alphonse Guérin qui en fit le Grand Hôtel de Hué, d’une part et le Comptoir général des Articles de Consommation, d’autre part.
En 1901, M. Bogaert fait construire un bâtiment pour servir de bureaux et d’entrepôts pour les matériaux de sa fabrication. M. Bogaert était un officier qui avait participé à la prise de Hué en 1885. Après sa démobilisation, il s’était lancé dans les affaires en achetant et en restaurant l’usine de tuiles et de briques de Long Tho. Cette usine avait, pendant près de deux siècles, produit les matériaux nécessaires à la construction des palais et des tombeaux de Hué, de Gia Long à l’avènement de Tu Duc.
  1. Bogaert en fit rapidement une cimenterie moderne dont les bénéfices lui permirent de construire les bâtiments dont M. Guérin se rendit acquéreur en 1904. Il est probable que ce sont les dégâts dus au passage typhon « Giap Thin » cette année là, qui ont incité M. Bogaert à vendre le tout à M. Guérin.
En 1906, un document de la Chambre Consultative Mixte de Commerce et d’Agriculture de l’Annam présente l’ensemble immobilier sous le nom : A. Guérin – Grand Hôtel de Hué. Faute de documents, il n’est pas possible de donner d’indication précise sur la manière dont M. Guérin est devenu acquéreur de l’ensemble des activités de M. Bogaert.
Dans les dernières années du XIXe siècle M. Guérin était négociant à Tourane et c’est vraisemblablement à ce titre qu’il entra en relation avec M. Bogaert. Ils ont peut-être travaillé ensemble, M. Guérin s’occupant des articles de consommation et M. Bogaert se chargeant des matériaux et de la partie hôtellerie. Jusqu’au jour où M. Bogaert céda l’ensemble de son affaire à M. Guérin. Un catalogue (voir AP0211 et AP0212) daté du 15 mai 1906 comporte la mention : « Comptoir général d’articles de consommation. Ancienne maison H. Bogaert – fondée en 1886. A. Guérin successeur ».
Ce catalogue avait été expédié par M. Guérin à sa soeur, Mme Labatu, en Métropole qui l’avait précieusement conservé. La lecture de ce catalogue semble accréditer la publicité de l’entreprise :
« On trouve tout à mon Comptoir, comme à Paris au Bazar de l’Hôtel de Ville ».
Cette publicité sera reprise sous une autre forme par l’hôtel Morin :
« Chez les Morin, on naît dans un berceau Morin et on meurt dans un cercueil Morin ».
Revenons au catalogue Guérin ; on y apprend  que M. Guérin avait mis au point un système de VPC (Vente par correspondance). S’agissant de l’hôtel il n’y a, en dehors des tarifs journaliers et mensuels, aucune indication sur le nombre de chambres mises à la disposition de la clientèle. On sait simplement que les ingénieurs et techniciens français qui travaillaient à la construction des chemins de fer et de la gare de Hué y étaient hébergés.
Quant aux articles de consommation (voir AP0211 et AP0212), ils vont des armes et munitions de chasse aux vins et eaux minérales comme on peut le voir sur la reproduction de la table des matières qui figure à la fin du catalogue. C’est donc une entreprise en développement rapide et déjà florissante que M. Wladimir Morin rachète à M. Guérin lorsqu’il prend possession du Grand Hôtel de Hué en 1907.
Il lui donnera une importance et une réputation telles qu’il en fera un monument historique, inséparable de l’histoire de Hué. Au demeurant, on ne peut dissocier la réussite de Wladimir de celle de la famille Morin puisque l’Hôtel de Hué faisait partie d’un ensemble de réalisations connues sous le nom de « Établissements Morin Frères ».
(Comité de Rédaction)
Alphonse Guérin, directeur du Grand Hôtel de Hué (AP0273)
Alphonse Guérin est né le 16 octobre 1872. Il est décédé à 71 ans début février 1943, deux mois après le décès de Wladimir Morin.
« …/…En commençant par les certitudes, Alphonse, Aldéric Guérin est né le 16 octobre 1872 à Saint Sauveur (Jersey). Son père Aldéric Guérin était rentier. Il était l’époux d’Eugénie, Constance Clément. Alphonse avait une soeur, Anna…/…. Leur enfance a certainement été très douce et je me souviens qu’Alphonse parlait parfois de ses gouvernantes allemande et anglaise. Il semble qu’il ait acquis dans les deux langues une aisance suffisante pour que, en 1940, lorsque des officiers allemands sont venus pour loger chez nous, il puisse soutenir une conversation en allemand et les éconduire poliment mais fermement.
Je n’ai aucune idée des études qu’Alphonse a pu faire, mais il a dû fréquenter quelques bons collèges avant de partir nez au vent et sac au dos pour l’Indochine.
Quel âge avait-il ? Comment a-t-il acquitté son passage ? Sur quel cargo? Avait-il été embauché par H. Bogaert pour l’aider à faire fonctionner son comptoir et son hôtel ? Toutes les hypothèses restent plausibles.
Après vingt-quatre ans d’incertitudes une date précise, celle de son mariage avec Maria Lebrun à Tourane (actuellement Da Nang). Comment se sont-ils connus ?
Alphonse Guérin était commerçant et Michel Lebrun était négociant. Dans les colonies lointaines …/… les relations d’affaires devenaient, par la force des choses, des relations amicales. Ensuite le veuvage étant difficile à supporter longtemps sous un tel climat, tout s’enclenche jusqu’à une discrète cérémonie à la Résidence de France à Tourane…./…
C’est sans doute au lendemain de leur mariage que les jeunes époux sont remontés un peu vers le nord pour s’installer à Hué puisque ses deux filles Marcelle et Simone y naquirent en 1901 et 1905. Pendant une grande décennie, quelle fut la vie d’Alphonse, honorable négociant de Hué qui dirige un grand hôtel-restaurant et un comptoir qui, selon ses propres paroles, « peut fournir n’importe quoi, comme le Bazar de l’Hôtel de Ville ? ».
Il suffit de feuilleter le dernier catalogue qu’il a édité et rapporté en métropole pour s’en persuader : cela va des liquides et spiritueux à la quincaillerie la plus variée, des articles de bonneterie à la lampisterie, des huiles, essences, peintures aux armes et munitions de chasse. Ce catalogue a été corrigé et complété par Alphonse, sans doute en vue d’un bon à tirer et annoté sur la première page (à l’attention d’un correspondant inconnu) : « Faites pas (sic) attention aux fautes, le livre a été imprimé par des annamites » (re-sic pour a minuscule).
Comment était organisé ce comptoir ? Rien ne permet de l’imaginer…./…
Les bribes que j’ai recueillies au hasard des anecdotes et surtout des noms de villes que j’ai entendu répéter pendant toute mon enfance, permettent de reconstruire un semblant de tableau cohérent et d’expliquer comment à 30 ans, avant la Première Guerre, il était possible de se retirer des affaires pour vivre de ses rentes.
J’ai pu essayer le scénario qui va suivre sur un vieux monsieur de 90 ans rencontré à un mariage l’été dernier. Il était né en Indochine au début du XXème siècle et y avait vécu jusqu’à l’âge de 12 ans. Il y était revenu dans les années vingt accompagné de sa femme et il y a fait carrière pendant 25 ans. Il m’a confirmé que les magasins Morin étaient florissants à cette époque là, que l’Indochine était la terre de tous les trafics et que l’administration coloniale en était largement complice. Ce scénario comporte un sorte de colonne vertébrale qui s’appelle le Mékong et des mots-clés tels que Louang Prabang, Hauts Plateaux, Angkor Vat, Saïgon, Cholon, sampans, etc, qui finissaient par aboutir à un point de convergence qui portait le nom de Comptoir de l’Opium.
Alphonse avait une activité de négociant avec un catalogue disons « grand-public » et une activité de trafiquant sans catalogue réservée à quelques initiés. Ses honorables correspondants européens qui lui vendaient, par exemple, des armes et munitions pour la chasse tous gibiers recevaient volontiers des commandes pour des armes et munitions de guerre. Les livraisons s’effectuaient à Hué dans les entrepôts du comptoir et de là étaient acheminées à leurs destinataires qui se terraient sur les Hauts Plateaux. Il semble que le convoi qui se formait à Hué était dirigé par Alphonse lui-même accompagné d’une garde armée chargée d’en assurer la sécurité. Ce convoi traversait les forêts qui allaient jusqu’au Mékong où l’attendaient des sampans susceptibles de remonter le cours du fleuve et de franchir les rapides.
Une fois arrivés à destination, les coolies faisaient simplement un échange de fardeaux et le convoi repartait avec un chargement d’opium. Le paiement de la marchandise, en effet, n’avait pas lieu au moyen de billets mais en équivalent de marchandises. Quand je dis équivalent c’est évidemment une équivalence unilatérale : les armes, livraison comprise, étant cotées au prix du kilo d’opium à la production et l’opium livré à Saïgon étant au tarif officiel connu. Alphonse ayant toujours été très fort en calcul mental j’ai tout lieu de croire que son retour à Hué le trouvait alourdi d’un joli pactole à chaque fois. Il ne faut toutefois pas oublier qu’une telle expédition ne pouvait pas se renouveler souvent. Au moins 300 km à pied pour rejoindre le cours du Mékong à travers jungle et montagnes à partir de Hué puis un bon millier de kilomètres à contre-courant du fleuve pour arriver vers Louang-Prabang ou au-delà, devaient déjà demander deux petits mois. Le temps de décharger et de recharger les sampans puis de rejoindre Cholon et de retourner à Hué par la route, pour le chef de l’expédition qui abandonne ses porteurs, et ce sont près de six mois qui se sont écoulés.
Que dire de plus qui ne devienne roman ? Une décennie d’aventures de ce type a vite fait de transformer un négociant doué en aventurier. Et je pense qu’il a fallu un événement important pour que cet aventurier devienne, presque du jour au lendemain, un rentier en métropole.
En famille, on chuchotait que la première fille d’Alphonse et Maria, Marcelle née en 1901 serait morte à deux ans au cours d’une épidémie comme il y en avait à l’époque dans les colonies. Aussi, lorsqu’en 1905 il y eut une petite Simone, il fut décidé qu’elle était de santé trop fragile pour survivre là-bas et tout le monde retourna en métropole. Ce retour se situe entre 1906 et 1910…/… »
(Témoignage de Jacques Fournol, petit-fils d’Alphonse Guérin, pour l’AAVH -14 mai 2001)
Les exécutions capitales (AP0276)
La littérature coloniale des dernières décennies du XIXème siècle et des premières du  XXème  abonde en textes décrivant des exécutions capitales par décapitation au sabre. L’aspect spectaculaire du déroulement de cette cérémonie, le rituel dont elle était entourée, son caractère un peu « barbare « , étaient bien faits pour frapper l’imagination des journalistes et des écrivains de l’époque.
Les éditeurs de cartes postales ont publié plusieurs séries de cartes sur ce thème, comme celles de Morin frères relatives à une exécution dans le Quang Nam en 1918 (voir de AP1276 à AP0279).
La décapitation pour les hommes et la strangulation pour les femmes étaient la peine suprême prévue par le code pénal annamite (code Gia Long). L’administration coloniale n’a théoriquement jamais pratiqué cette méthode. Mais, aussi longtemps que la justice indigène a continué à fonctionner parallèlement à la justice coloniale, des exécutions de cette sorte ont eu lieu.
La rébellion contre le pouvoir central était évidemment passible de la peine de mort. Tous les « pirates » capturés étaient donc livrés à la justice indigène pour être exécutés. Si des fonctionnaires et des militaires français assistaient à la cérémonie, ils n’étaient que spectateurs et le juge et le bourreau appartenaient à la justice indigène.
La guillotine, jugée beaucoup plus « humaine » et plus « civilisée » a remplacé la décapitation au sabre vers 1910.
Albert de Pouvourville, bon connaisseur de l’Indochine à l’époque de la conquête, qui avait lui-même participé pendant des années à la poursuite des « pirates » au Tonkin, nous a laissé quelques belles descriptions d’exécutions capitales, dans son livre « Chasseur de pirates ». Nous en extrayons le passage suivant :
 » …C’était le bourreau de Son Tay. Je n’ai pas de fausse honte, et je le répète que c’était un homme discret et délicat. C’était rare dans la fonction. Il m’apprit à couper les têtes. En effigie, comme de juste. Il suffit de prendre adroitement le sabre à deux mains, de lui faire exécuter un moulinet rapide et élégant et, à la dernière volte, de pouvoir, d’un seul coup de droit fil, couper sans bavure le tronc d’un bananier moyen. Le bourreau de Son Tay était un artiste. J’allais parfois le voir manœuvrer, et son amitié me valait, dans la foule une place réservée. Quand il me savait là, il « fignolait » son condamné et ajoutait mille grâces à sa parade. Il faut avoir vu cela ; le condamné, ligoté et agenouillé, les mains au dos et ficelé à son poteau, la tête penchée sur la poitrine ; un valet qui chique le bétel, passe son doigt, mouillé de salive rougeâtre sur le cou du patient, à l’endroit précis où il doit être frappé.
Le Quan An, de sa plus belle voix de tête, lit l’arrêté de mort ; des Linh Co,  plus ou moins dépenaillés, tapent sur des gongs à intervalles mesurés ; d’autres beuglent dans de grands porte-voix ; tout à l’entour, il y a grand concours de populace, boys, petits marchands, badauds et paysans. Tour ce monde est muet. Dans un coin, tout enrubannée de blanc, la famille du condamné, portant déjà le deuil et poussant des sanglots étouffés ; sanglots réglementaires. Sur un signe imperceptible, le bourreau s’écarte de sa victime et revient à lui, le bras haut, puis il tourne, fait des pointes, des jetés battus, plie des jointures et arrondit le jarret. C’est le moment de la mort. Au quatrième pas de la danse, le sabre s’abat et la tête s’envole. Quand le bourreau est très habile – et celui de Son Tay l’était -, la tête détachée suit le mouvement de la lame ; elle repose sur le plat du sabre, sans tomber ni vaciller, et le bourreau la promène ainsi sous les yeux de l’assistance. C’est l’effet rare et délicieux. »
« Bien entendu ce sont là des exécutions raffinées pour condamnés de luxe. Souvent la peine capitale précise par combien de coups la mort doit être donnée, et la tête ne doit tomber qu’au dernier. Dans les jours de presse, quand il y a plusieurs exécutions – j’ai vu quatorze condamnés exécutés à la file – le bourreau brise la colonne, tranche le col, et passe au suivant ; si la tête tient encore au tronc par les chairs de la gorge, c’est un valet qui les taille avec un petit couteau. C’est moins élégant, mais on n’y regarde pas de si près dans les campagnes. J’ai vu aussi le bourreau fausser son arme sur les vertèbres du premier condamne ; et j’ai vu les autres attendre paisiblement pendant qu’il redressait sa lame entre deux pierres. Du reste, le regret de la dépouille est inexistant. Quand la famille n’a pas le droit de réclamer le cadavre, on le met au hasard, tête et tronc, dans une espèce de bourriche, et deux coolies, à bout de perche et cahin-caha, portent le tout à la rivière prochaine. Quand le condamné est de marque, ou si c’est un pirate dont il faut que le peuple connaisse la disparition, on met la tête dans un panier à claire-voie et on le hisse au bout d’un immense mât de cocagne, sur la place du marché urbain. C’est le pilori asiatique. La tête des chefs de bande se cloue à la porte de la Citadelle, dans le chef-lieu où ils accomplirent leurs exploits et demeure exposés aux passants, jusqu’à la pourriture ; telle est la hiérarchie des supplices ; ainsi le veulent les convenances et les usages de la mort. « 
« …/…Partout où j’ai vu des exécutions, j’ai, quelque soit le patient, remarqué la même paisible froideur en face de la mort. Faut-il en faire honneur au caractère de la race ou au tempérament spécial de chaque condamné ? J’ai vu mourir, dans des conditions singulièrement plus terribles que celles où a succombé Doi Van, des criminels, des innocents, des condamnés politiques, des marchands, des mandarins, des coolies. Leur attitude à tous a été la même…Certains disent que, dans les prisons, avant le départ pour l’exécution, on fait prendre au condamné une quantité d’opium qui le rend insensible. Mais l’opium, quand il fait l’esprit inerte, fait aussi le corps impuissant. Or les condamnés, une lourde cangue au cou, font, au trot du cheval du mandarin de justice, la course de la prison au poteau. Il semble impossible, après ce développement de force physique, qu’ils n’aient pas conscience de la situation « .
 » Dans les hautes classes, le froid courage et la résignation indifférente sont des traits de caractère enseignés comme de hautes vertus, auxquelles l’annamite s’entraîne dès le plus bas âge. Mais cette culture n’existe que pour le petit nombre, et pour un niveau social qui a rarement affaire au bourreau. La vie des pauvres gens est si misérable, que la conserver pour souffrir, ou la perdre sans souffrance – ou à peu près – leur paraît indifférent, convaincus que l’inconnu dans lequel ils sont précipités ne peut être plus mauvais que le présent qu’ils connaissent. Ils sont assez sceptiques : la religion étant plutôt une superstition ou une distraction luxueuse, le populaire a des notions fort vagues sur les doctrines élevées du bouddhisme, et n’a guère de soucis des sanctions futures.
« D’ailleurs une tradition fortement ancrée dans l’esprit du peuple est celle-ci, qu’il ne peut arriver aucun malheur à un Annamite qui meurt dans son pays, et y est enterré, quelqu’ait été son genre de mort. Jeté à l’eau, le corps du supplicié le couvre d’une infamie que ne lui avaient donné ni ses crimes, ni le supplice. Et l’exil perpétuel est considéré comme une peine bien plus grave que la mort. J’ajoute que, au premier choc de la lourde lame sur les vertèbres du cou, le patient perd toute sensibilité et même le sentiment de ce qui se passe. Et je crois que c’est à la réunion de tous ces motifs, puissants dans leur total, qu’il faut attribuer le courage, réel ou apparent, avec lequel l’Annamite fait bonne figure à la mort. »
  • de Pouvourville : Extrait de « Chasseur de pirates »)
La station balnéaire de Cua Tung (AP0281)
« Station balnéaire située sur la mer de Chine à 10 km de la RC n°1, à 106 km au nord de Hué et à proximité du Cap Lay.
Cua Tung bénéficie à la fois de la brise de mer et du vent du Laos. Séjour très agréable pendant la saison de mai à septembre. C’est un des plus jolis centres balnéaires de l’Indochine, très fréquenté par les Européens de Hué, Quang Tri et Dong Hoi. Avec ses côtes, ses belles avenues, Cua Tung rappelle les paysages de l’Inde et de Ceylan. La station est construite en bordure d’une lagune formée par l’embouchure de la rivière Ben Hai (voir AP3304 et 3305).
D’élégantes villas (voir 4952), construites en bordure de la falaise, dominent une magnifique plage de sable blanc (très sûre) ombragée par de sveltes filaos (voir AP1278, 2509, 4947).
On y trouve toutes espèces de crustacés, poissons et coquillages. La paroisse de Di Loan (voir AP1235 et AP4953), dont le Père Cadière fut le pasteur pendant des décennies se trouve à proximité de CuaTung.
Cua Tung comptait deux hôtels : Le « Grand Hôtel des Caps » (ouvert de juin à octobre. 9 chambres – Prix de la chambre à partir de 2 § 20. Pension complète : 7 $ ) et « l’Hôtel de la Plage », appelé également Hôtel Blanc (voir AP1005). »
(Guide Taupin de 1937)
Le charme de Cua Tung.
 « …/…Surprise et fête des yeux aussi vive qu’à la « Porte d’Annam », qu’au « Col des Nuages », qu’au « Varella » ; mais ici l’agréable brise marine, rafraîchie par le large, comme avivée par la hauteur même de la côte, ajoute à la caresse des couleurs la sensation du bien-être physique. En forme de S, la falaise monte graduellement du sud au nord, rouge sombre, déchiquetée, tachetée çà et là par le vert foncé des arbustes rasant le sol. A nos pieds, à quarante mètres au-dessous de nous, quelques ondulations de sable doré recouvert en grande partie par des plantes rampantes, où s’aperçoivent encore à cette heure des fleurettes bleues. Puis, encadrant une plage de près de deux kilomètres où s’ébattent joyeusement quelques baigneurs, deux promontoires de roches noires où le flot se brise mollement en dentelle blanche. Enfin, immense comme l’horizon, bleu tendre comme le ciel du soir qu’elle reflète, la mer, immobile, s’endormant déjà, tandis que derrière nous le soleil se couche dans la splendeur des crépuscules d’Annam et allonge sur le rivage l’ombre de la côte où s’allument quelques feux.
Au loin, entre le ciel et l’eau, une tache sombre, une vague forme de chat allongé : l’île du Tigre. Tout au nord, un promontoire boisé que la nuit amplifie et rend presque noir : « La Tête de l’Eléphant », avant-garde du cap Lay. Devant nous, se détachant sur l’horizon où viennent se fondre en une bande vert clair les dernières gloires du soleil couchant, quelques voiles blanches suivies d’un sillage brillant… Pas un bruit ; à peine le froissement des vagues se poussant doucement sur le sable fin, à nos pieds, au bas de la falaise ; et de l’air, de l’air frais, à pleins poumons, en plein mois de juillet, en plein Annam.
De l’air à toute heure et pendant tout l’été, si frais, la nuit, qu’il faut se couvrir du drap, parfois même de la couverture, si sec, le jour, que la peau n’a jamais besoin de transpirer ; une vie simple et bonne, paresseusement intelligente sous la grande véranda qui borde sur chaque face les paillotes européennes en torchis badigeonné d’ocre ou de chaux, à large circulation d’air entre les cloisons et le toit, dont le nombre augmente chaque année en bordure de la falaise ; un calme absolu, reposant, devant un horizon large et sans cesse animé : voilà ce que le colonial du Centre Annam trouve à Cua Tung
Après moins d’un mois de séjour, il en repart avec des forces nouvelles, un appétit inconnu d’ordinaire en ces pays et qui dure plusieurs mois encore lorsqu’il a regagné l’intérieur.
Cua Tung jouit en effet d’une situation unique ; placé près d’un des promontoires les plus saillants de la côte d’Annam, mais que la grande forêt n’étouffe point de sa végétation et n’empoisonne point de ses miasmes, il bénéficie à la fois de la brise de mer et du vent du Laos. Mais ce vent, même en plein été, arrive en droite ligne de la région montagneuse humide et boisée sans passer sur les dunes surchauffées qui occupent, en trop d’endroits de l’Annam, le littoral ou la région intermédiaire. Débarrassé de son  humidité, il conserve sa fraîcheur en restant sec.
C’est là le grand avantage de Cua Tung sur la montagne. Ajoutez-y l’accès facile : on descend d’auto à la porte de sa « villa ». Ajoutez-y l’espace, le champ libre autour de soi pour agrandir son « camping » ; pour ceux qui ont le courage de résister aux délices si tentantes du farniente et du bain d’air sans exercices, ajoutez-y l’agrément des excursions faciles dans le voisinage ; pour ceux qu’une mollesse réparatrice retient sur une des chaises longues de la véranda, ajoutez-y le kaléidoscope changeant de la mer et le spectacle si varié de la vie indigène sur la côte ; et vous n’aurez qu’une faible idée de Cua Tung, de la façon dont on y vit, et de la façon dont on peut s’y distraire…/… »
(Extrait du BAVH)
Angkor – Photographies aériennes (AP0289) – Voir photographie AP0299 planche 10
Toutes les photograhies présentées ont été prises par Claude Guioneau à bord de deux avions :
-de 1958 à 1960, à bord d’un avion marque Stinson « Voyager » 108-3 équipé d’un moteur Franklin de 175 CV, quadriplace, vitesse de croisière 180 km/heure.
-de 1960 à 1963 à bord d’un avion marque « Cessna 172 » équipé d’un moteur Continental de 145 CV, quadriplace ; vitesse 200 kms/h.
Pour prendre ces photos aériennes, le pilote sort 10° de volets afin d’augmenter la portance des ailes, il règle la puissance du moteur sur 1.800 tours/minute. Pour le Stinson la vitesse se situe à 110 km/h et pour le Cessna à 120 km/h.
Le pilote dirige l’avion sur l’objectif à photographier en le plaçant sur la gauche de l’avion, côté pilote photographe, la vitre de la portière ayant été descendue au préalable. L’appareil photo utilisé était un Voigtländer, format 6×6, équipé d’un objectif Zeiss-Tessar de 4,5 d’ouverture. La vitesse d’obturation utilisée est le 250ème de seconde et l’ouverture de 8 ou de 11 suivant l’ensoleillement, la mise au point étant l’infini. Les pellicules étaient des Kodak 125 ASA.
Au moment de la prise de vue, le pilote stabilise l’avion sur la trajectoire choisie, lâche le volant (manche), l’avion est alors parfaitement stable. Les altitudes différentes de prises de vues sont notées suivant les chiffres indiqués sur l’altimètre de bord.
Des centaines de photos aériennes ont été prises de cette façon au-dessus du Cambodge. Ainsi la photo des accès au port de Sihanoukville a été tirée à 1000 exemplaires afin d’être utilisée par les différentes compagnies de navigation, aucune carte exacte n’existant à cette époque. Beaucoup de ces photographies, commandées par S.E. le Prince Sihanouk, alors Chef du Gouvernement, lui ont permis de faire mieux connaître son pays à l’étranger. D’autre part, de nombreuses éditions de livres sur le Cambodge ( S. Lacouture – B. Groslier – C. Mayer ) ont fait appel à ces photographies aériennes.
(D’après Claude Guioneau, pilote-photographe)
Angor Vat (AP0291) – Voir photographie AP0299 planche 10
Le temple d’Angkor Vat consacré à Vishnou, édifié dans la première moitié du XIIe siècle par le roi Suryavarman II, est un monument funéraire à la gloire de ce dernier.
Construit au sud de la capitale Angkor Thom, il forme un rectangle d’environ 1500 m sur 1200 comprenant son encadrement de bassins fossés larges de 190 m. C’est le plus grand ensemble monumental du groupe d’Angkor.
Le monument comporte 4 enceintes successives que l’on a l’habitude de numéroter en partant du centre du monument.
La 4e enceinte bordée par les douves enferme un espace de 1025 m sur 800. Cet espace est traversé par une vaste chaussée en pierre longue de 350 m et large de 9m 40 qui conduit à une terrasse en croix à 2 niveaux et au portail d’entrée, le Gopura, de la troisième enceinte.
Cette troisième enceinte constitue une longue galerie de 187 m sur 215, ouverte sur l’extérieur et dont le mur intérieur est entièrement décoré de bas-reliefs.
Entre la 3e et la 2e enceinte, du coté ouest se dresse un préau cruciforme délimitant 4 bassins carrés.
La première enceinte sert de base au monument central avec ses 4 tours d’angle et sa tour centrale qui culmine à 63 m et contient la cella où était honorée la statue du Dieu.
« Si Angkor Vat est, de tous les édifices, le plus vaste et le mieux conservé, c’est également le plus important et celui qui, de beaucoup, l’emporte par son caractère de grande composition architecturale, comparable aux plus belles créations humaines du monde entier. Par son plan parfaitement affirmé et équilibré, par l’harmonie de ses proportions et la pureté de ses lignes, d’une sobriété qui se rencontre rarement chez les Khmers, par le soin tout particulier apporté à sa construction, il mérite d’être placé à l’apogée d’un art qui, parfois, surprend par sa complexité et ses habitudes de bâclage.
Angkor Vat est une oeuvre de puissance et de raison »
(M. Glaize – Les monuments du groupe d’Angkor – IDEO)
Angkor – Le Bayon (AP0302)
Imposant monument bouddhique édifié à la fin du XIIe siècle ou au début du XIIIe siècle par le roi Jayavarman VII au centre de sa capitale d’Angkor Thom, enclos dans le rectangle de 140 m sur 160 qui constitue sa troisième enceinte (galerie des bas-reliefs) ; il donne l’impression d’être comprimé dans un cadre trop étroit.
Sa masse énorme est ramassée à l’intérieur de ses deuxièmes galeries de 70 m sur 80 dans une inextricable confusion de blocs amoncelés.
De loin, avec la seule composante horizontale de la dernière enceinte en guise de soubassement, ce  n’est qu’un entassement de pierres, une sorte de chaos en mouvement à l’assaut du ciel ; de partout, qu’on les prenne en diagonale ou bien de front, les cinquante tours à visage jaillissent de plans différents, donnant cette impression d’escalade.
(D’après M. Glaize – Les monuments du groupe d’Angkor – IDEO)
Le temple de Banteay Samre (AP0304)
Le temple de Banteay Samre la « citadelle des Samre » (population aborigène qui peuplait la région située au pied du Phnom Kulen) est situé à l’est du Baray occidental, à une dizaine de km de la muraille est  d’Angkor Thom.
C’est un temple brahmanique qui fut édifié dans la moitié du XIIème siècle et « anastylosé » par M. Glaize de 1936 à 1944.
Sans doute légèrement postérieur à Angkor Vat, il est construit dans le même style classique de la meilleure époque où le décor, mis en valeur par de grands nus, est fonction même de l’architecture » (M. Glaize)
Venant de l’est, une chaussée dallée en latérite longue de 200 m, bordée de nagas-balustrades, conduit jusqu’au portail d’entrée de l’enceinte extérieure. Dans l’enceinte intérieure, le sanctuaire central est précédé d’une salle longue, flanquée de 2 élégantes « bibliothèques ».
(Comité de Rédaction)
Pharmacie traditionnelle – Boutique de médecin d’Annam (AP0315) – Voir image AP4830 planche 2
 » La boutique d’un médecin d’Annam est ordinairement peu importante. Elle tient place le plus souvent dans une pièce à usage familial et elle est désignée par une ou deux armoires, fractionnées par des layons sur lesquels s’engagent des tiroirs qui sont eux-mêmes compartimentés (voir AP0316).
Hormis leur importance moindre, elles sont établies sur le même modèle que celles des « droguiers » chinois. Le plus souvent elles ont été peintes en rouge foncé ou en brun, et chacun des tiroirs porte sur des bandes verticales de papier collé d’un rouge vif, mentionnés par des caractères nets, le détail du contenu des cases intérieures. Du reste, chaque case du tiroir répète directement, en caractères, la désignation de ce qu’elle reçoit.
Dans le haut du meuble, un rayon plus vaste, ouvert sur toute sa longueur, a pour destination de porter les récipients à huile, les pots chargeant les graisses, les flacons à alcool, tous les remèdes préparés et les médecines qui sont liquides ou fluentes. Une table, des bancs et des tabourets, un ou deux lits de camp complètent l’ameublement, avec l’ornementation inévitable, dans ses détails ordinaires, d’une pièce annamite convenant à de modestes lettrés, sentences suspendues ou collées aux parois et aux colonnes, autel familial, etc. Les étagères avec des livres et quelques paquets de plantes séchées sont parfois admises en évidence…/… »
 (Extrait du livre d’Albert Sallet : L’officine sino-annamite en Annam – I – Le médecin annamite et la préparation des remèdes – Ed. Van Oest – 1931)
La Société des Etudes Indochinoises (SEI) (AP0320)
 » La SEI est la plus ancienne société savante de l’Indochine.
Par le Comité Agricole et Industriel auquel elle succéda sans interruption en 1883, elle appartient aux intéressantes innovations de 1865. Elle fut reconnue d’utilité publique par décret du 2 février 1907.
Sa bibliothèque se compose d’un nombre considérable d’ouvrages européens et orientaux (plus de 10.000) relatifs à l’Extrême-Asie et notamment aux civilisations hindoue, chinoise, japonaise, malayo-polynésienne et indochinoise (histoire, archéologie, religions, ethnographie, folklore, etc.)
Cette collection peut être tenue pour la seconde de l’Indochine après celle de l’Ecole Française d’Extrême-Orient.
Le Bulletin de la Société des Etudes Indochinoises, créé en 1867, sous le titre Bulletin Agricole et Industriel de la Cochinchine, comprend plus de quatre-vingts volumes. Ce bulletin est échangé contre les publications de Sociétés de même nature du monde entier. « 
(Extrait de « L’Indochine Moderne – Teston et Percheron »  1931 – Librairie de France)
L’Art à Hué (AP0323)
« En matière d’art, les Annamites n’ont jamais eu de vastes desseins ; ils ont excellé dans la décoration ; leurs motifs sont stylisés ; et l’artiste est comme impuissant à rendre la réalité, d’où absence de vie, même dans les scènes de genre ; mais, par contre, grande fluidité des formes, se transformant les unes dans les autres, et se renouvelant, par les efforts d’imagination de l’artiste ; caractère symbolique, religieux, de la plupart des motifs, mettant dans chaque dessin de la poésie et du mystère ; l’art de Hué, plus raffiné que l’art du Tonkin ; diverses écoles, suivant les régions et les époques.
Les motifs principaux de l’art annamites sont : les motifs géométriques, les caractères, divers objets inanimés, les fleurs, feuilles, rameaux et fruits, le dragon, la licorne, le phénix, la tortue, la chauve-souris, le lion, le tigre, le poisson, les paysages.
La ville, la maison, meubles, dentelles (E. Gras. BAVH, 1919, pp. 31-45). Utilisation des motifs de l’art annamite pour la confection de dentelles, de broderies, qui s’adapteraient au style du pays, mieux que les motifs éternellement reproduits qui nous arrivent d’Europe. Fidélité aux lois architecturales annamites, dans la construction, surtout dans l’ornementation extérieure des maisons, afin de ne pas ôter aux villes d’Extrême-Orient leur cachet d’exotisme. Emploi des meubles annamites, de style pur, des bibelots annamites, pour l’embellissement intérieur des maisons : ils se prêtent admirablement à tous nos besoins, à condition de savoir faire un choix judicieux…/… »
(Extrait de « L’art à Hué » L. Cadière BAVH, 1919)
Association des Amis du Vieux Hué (AAVH) – Activités et historique (AP0328)
 » Fondée en novembre 1913, l’Association des Amis du Vieux Hué se propose de rechercher, de conserver et de transmettre les vieux souvenirs d’ordre politique, religieux, artistique et littéraire, tant européens qu’indigènes, qui se rattachent à Hué et à ses environs.
Elle comprend environ 500 membres, soit européens, vivant dans la colonie d’Indochine, ou dispersés en Extrême-Orient ou en France ; soit indigènes (un quart environ), grands mandarins de la Cour et des provinces, notabilités du commerce ou de l’industrie, anciens élèves des grandes écoles de Hanoï.
Elle est dirigée par un bureau, composé d’un Président, d’un Rédacteur du Bulletin, d’un Secrétaire et d’un Trésorier, élu chaque année en assemblée générale. Les fonds proviennent des cotisations fournies par ses membres (12 piastres d’Indochine par an) et de subventions allouées par le Protectorat et le Gouvernement annamite.
L’Association manifeste surtout sa vitalité par son Bulletin, qui, tiré à 675 exemplaires, paraît tous les trois mois par fascicule de 80 à 120 pages grands in-8, et forme, au bout de 16 années, l7 volumes comprenant, sans les tables 6.500 pages, 1.450 planches hors texte, 600 dessins dans le texte, sans compter d’innombrables têtes de chapitre, culs de lampe, fleurons, lettrines, en noir, en couleurs, avec des couvertures artistiques pour chaque fascicule. Conformément au plan de recherches tracé par le P. Cadière dès le début, le Bulletin ne s’est occupé que pour mémoire du Vieux Hué préhistorique et du Vieux Hué cham, chasse gardée de l’EFEO. L’AAVH s’est surtout intéressée au Vieux Hué annamite et au Vieux Hué européen.
La Société a publié aussi une série de monographies des provinces de l’Annam. A cette bibliothèque sont jointes une collection d’estampages de stèles et une collection de photographies et de dessins en voie d’organisation et de développement. Elle a fondé un Musée qui a reçu dans la suite une direction autonome, et où sont réunis les plus beaux modèles de l’art annamite ou extrême-oriental : meubles, sculptures, peintures, poteries, laques, incrustations, soieries, etc. C’est le Musée Khai-Dinh, dont l’Association a publié une luxueuse description. Elle s’est occupée en outre de diverses manifestations artistiques expositions, concours, projets de vignettes pour timbres-poste, etc. et a participé aux délibérations qui ont amené la création d’une Ecole d’arts industriels à Hué.
Au point de vue touristique, non seulement elle a publié les guides mentionnés plus haut, mais elle a contribué à la défense des sites et lieux pittoresques de Hué, à l’érection ou à la restauration de monuments dans le pur style annamite, à l’embellissement de la ville. »
(D’après « L’Indochine Moderne » – Teston et Percheron 1931 – Librairie de France)
Thérèse Le Prat, photographe (AP0333)
Née Thérèse Cahen en 1895, Thérèse Le Prat reçoit une éducation littéraire et musicale, puis devient photographe après son divorce d’avec l’éditeur Guillaume Le Prat en 1930.
Elle est engagée par les Messageries Maritimes et effectue de nombreux reportages en Asie. Elle rencontre Gilberte de Coral-Rémusat en 1938 lorsque celle-ci souhaite intégrer 4 de ses meilleures photographies à côté des 28 de Hugues de Coral, dans son ouvrage-album « Les arts de l’Indochine ». Elle devient amie du couple et compagne de Philippe Stern (directeur du Musée Guimet), qu’elle suivra en 1940 à Toulouse.
Leur mariage sera célébré dès la Libération, le 21 novembre 1944. Sa carrière de photographe est brillante, comme membre de « l’avant-garde créative » et du « Groupe des XV » de 1946 à 1957.
Le fonds photographique de Thérèse Le Prat (18 000 négatifs), est géré par le « Patrimoine photographique » du Ministère de la Culture.
(Jean-Pierre et Lydia Raynaud)
Albert Sallet (AP0340)
Ce Creusois, ancien élève de l’École Principale du Service de Santé de la Marine et des Colonies, eut deux vies successives :
– en Indochine, de 1903 à1925, date à laquelle il fait valoir ses droits à la retraite pour en jouir sur place, toute sa carrière de médecin des troupes coloniales, qui sera marquée essentiellement par son intérêt constant pour les cultures locales auxquelles il se consacrera tout entier lorsqu’il aura quitté l’uniforme, jusqu’à son retour en France,
– à Toulouse, où il s’installe à la fin 1930. Il va devenir le premier conservateur du musée des arts asiatiques Georges Labit et s’avérer l’un des protagonistes du bouillonnement intellectuel de la métropole occitane.
Le médecin  des troupes coloniales.
A la fin du XIXe  siècle, les besoins croissants nés de l’expansion coloniale rendent nécessaire la création d’un Corps civil de santé des colonies et des pays de protectorat, dont la formation est confiée à l’École Principale du Service de Santé de la Marine et des Colonies, ouverte à Bordeaux en 1890 (voir AP0074). Les difficultés de gestion des personnels qu’il recrute entraînent rapidement sa mise sous statut militaire par rattachement aux Troupes Coloniales, lorsque ces dernières sont créées en 1900.
Albert Sallet, né le 17 septembre 1877 à La Souterraine, où son père exerçait la profession de sabotier, est admis en 1899, après sa première année de médecine, avec une bourse d’Etat, au concours d’entrée à l’École de Bordeaux, dont il sortira en décembre 1902, comme médecin stagiaire. Il est désigné pour servir en Indochine où il va effectuer un premier séjour de trois ans (à noter que, suivant son livret militaire, le Tonkin ou l’Annam, seront identifiés « en guerre » pour des « opérations de pacification » qui se poursuivront jusqu’en novembre 1920). Débarqué en 1903 à Haiphong, le port du Tonkin, départ de la ligne de chemin de fer qui pénètre en Chine, il est affecté au Service de santé au Tonkin, « dans les cadres  » au début, c’est-à-dire au sein d’une unité militaire. Il va intervenir dans les provinces de « Haute-Région », zones de montagnes (Lao Kay, à la frontière avec le Yunnan) et de plateaux.
Nommé au grade de médecin aide major (deux galons) en 1904, il est mis « hors cadres », à la disposition des autorités civiles, détaché au service mobile de la vaccination contre la variole, basé à Hanoï, dans le delta du Fleuve Rouge. Pendant toute cette période, sa manière de servir lui vaut des notes très élogieuses, pour « ses connaissances techniques très sérieuses en médecine et chirurgie, son goût pour la botanique, et son apprentissage de l’annamite parlé et écrit ».
Après un premier congé, en France, il revient le 31 novembre 1906 en Annam pour un deuxième séjour qu’il effectue à l’ambulance de Tourane. Nommé au grade de médecin major de 2e classe pendant le congé de fin de campagne qui suit, à compter du 23 mars 1910, il est de nouveau désigné pour servir à Tourane, où l’ambulance est devenue hôpital. De retour le 26 août, il épouse le 19 octobre 1910 une demoiselle Morin (voir AP0376), orpheline de père et de mère vivant depuis six ans dans cette ville, où elle aide son frère et sa soeur dans l’exploitation d’un grand hôtel-restaurant qui va devenir très connu. A partir de ce moment, et bien que son action dans le contrôle de l’épidémie de peste de Tourane, port très actif avec la Chine, lui vaille la médaille des épidémies en 1911 et une lettre de félicitations du ministre de la guerre en 1912, il va apparaître sous un jour peu prisé par sa hiérarchie qui finira par le remettre dans les cadres le 1er août 1913 au 9e Régiment d’infanterie coloniale à Hué, pour y terminer ce troisième séjour d’une durée de plus de quatre ans.
En 1916, en séjour métropolitain à Fréjus, il fera annuler une affectation à Madagascar. Sa volonté de continuer son activité localement, contraire aux usages du Service de Santé pour lequel mobilité et disponibilité sont la règle, modifiera les notes qui deviennent « bon médecin…, cultivé, excellent second ». Affecté comme médecin de la province du Quang Nam à Fai Fo, il découvre la civilisation des Cham, en plein déclin.
A son retour en France, en service aux camps de Fréjus, il reçoit enfin le 29 décembre 1920, à près de onze ans de grade, le quatrième galon de médecin major de 1ère classe. Pour son dernier séjour, il est affecté comme médecin-chef de l’hôpital régional de Phan Thiet dans la région la plus méridionale de l’Annam, activité qui lui permet d’approfondir l’étude des Cham avec l’aide des infirmiers de l’hôpital, en se liant d’amitié avec des familles de la région. Il apprend leur langue, et pénètre dans leurs traditions médicales et pratiques de « magie conjuratoire »…
Le 28 janvier 1925, il demande à être admis à la retraite d’ancienneté après 25 ans de service, retraite qui lui sera accordée pour en jouir, à compter du 15 mai, à Tourane, où il s’était marié quinze ans auparavant. Le Directeur du service de santé des Troupes du Groupe de L’Indochine, écrit « Médecin-major de 1ère classe des Troupes Coloniales, retraité sur sa demande à compter du 15 mai 1925. Retiré à Tourane. Officier très instruit et de relations agréables. A été très apprécié dans les Services de l’Assistance indigène, possède un brevet de traducteur en langue annamite. Excellent praticien dévoué. Feuillet technique : Esprit très cultivé. Botaniste. Très bonne valeur professionnelle. Hygiéniste et Épidémiologiste », signé, médecin inspecteur général Gaide.
Albert Sallet, homme de culture en Indochine… jusqu’en 1930.
En novembre 1913, il fait partie des membres fondateurs de l’Association des Amis du Vieux Huê (AAVH), qui se propose « de rechercher, de conserver et de transmettre les vieux souvenirs d’ordre politique, religieux, artistique et littéraire, tant européens qu’indigènes qui se rattachent à Hué et à ses environs ». Elle comprendra environ 500 membres, soit européens vivant en Indochine ou dispersés en Extrême-Orient ou en France, soit indigènes, un quart environ, grands mandarins de la Cour d’Annam et des provinces, ainsi que des notabilités du commerce ou de l’industrie. L’association est animée par le rédacteur du Bulletin trimestriel le Père Lèopold Cadière. Le Bulletin (BAVH) tirera à 650 exemplaires et formera au bout de 16 années 17 volumes (qui ont été intégralement édités dans un CD-Rom grâce à la participation de la nouvelle AAVH).
A la première réunion, Albert Sallet est secrétaire de l’Association, et jusqu’à son retour en France, en 1930, il publiera dans le Bulletin des Amis du Vieux Hué 16 articles : 5 sur l’ethnologie et l’ethno pathologie, 4 sur l’archéologie ou l’architecture, 3 sur la géographie, 2 sur la botanique et la pharmacopée…/… Notons deux des articles qui concernent la civilisation cham, en 1919 « Le vieux Faifo : Souvenirs cham », et en 1923 un volumineux article « Les souvenirs cham dans le folklore et les croyances annamites du Quang Nam ».
Archéologue amateur pour l’Ecole française d’Extrême-Orient, l’EFEO, basée à Hanoï, après l’annamite qu’il maîtrise parfaitement (dans les cercles d’amis on l’identifie comme un « annamitisant distingué »), il s’initie au cham et à l’épigraphie par la lecture des inscriptions présentes au musée cham de Tourane. Puis il se lance dans des fouilles archéologiques et peut présenter le résultat de ses découvertes dans la province où il vit maintenant et qu’il parcourt en tous sens. C’est sa première publication dans le Bulletin de I’EFEO, en 1919, dont il devient un collaborateur, un « membre correspondant ». Le titre de ce premier travail est « 1917-1919, recherche de vestiges cham au Quang Nam ». Le voici donc accepté parmi les savants de l’Ecole, et engagé dans un approfondissement de tous les aspects culturels de cette civilisation qu’il voit bien (en tant que médecin visitant les régions les plus reculées) en train de disparaître. En 1924, une deuxième publication dans le Bulletin a un titre qui fait déjà plus « pro » que le précédent « Recherches archéologiques dans la région de Phan Thiet ». Ses centres d’intérêt et travaux personnels le signalent au grand spécialiste, Henri Parmentier et de nombreux contacts vont sceller entre eux une solide amitié qui durera aussi longtemps qu’eux-mêmes…/…
1919-1930, il mène une vaste enquête systématique en Annam (voir AP0196). Aidé par le directeur de l’école des Hau Bo, Nguyen Dinh Hoe, Albert Sallet met en place un questionnaire destiné à la collecte d’informations précises sur l’histoire, les coutumes, les traditions, les pratiques médicales et les plantes médicinales. L’originalité de cette enquête est que le questionnaire est transmis puis recueilli par tous les échelons d’une double voie hiérarchique vietnamienne (mandarinale) et française, et destiné à des chefs de villages choisis pour leur richesse en vestiges, l’importance des cultes pratiqués et la reconnaissance d’une forte tradition orale. Le questionnaire n’est pas fermé et permet à chaque échelon d’ajouter commentaires et témoignages. Il existe donc une série de documents en vietnamien, et leur traduction en français, qui n’ont pas été systématiquement exploités, et qui représentent dans les archives de la Nouvelle AAVH près de 2 000 pages…/…
1919-1930, il explore les pratiques de « magie conjuratoire » (voir AP4228). Une importante collecte de documents originaux. A partir de conférences faites aux Sociétés savantes de Toulouse et de publications telle celle de 1925 « Les esprits malfaisants dans les affections épidémiques au Binh Thuan » (il résidait à Phan Thiet) il donne à connaître le bilan de son expérience et de ses approches originales.
Depuis 1919 et jusqu’à son départ pour la France, en 1930, il a obtenu que certains d’entre eux (il cite souvent le « sorcier de Tourane » de 1925 à 1930) acceptent de peindre sur papier de riz les « images » support des pratiques magiques à fin de protection ou d’exorcisme. Il obtient une collection unique en son genre de quelque 600 images ou amulettes qu’il classe comme documents de « magie conjuratoire », titre du livre qu’il n’écrira jamais, et que des spécialistes français ont commencé à déchiffrer…/…
Un contrat majeur lui est fourni. En 1925 une commission spéciale est formée pour étudier la réglementation future de la pharmacopée traditionnelle en Indochine. Le Dr Gaide, inspecteur général des Services sanitaires et médicaux de l’Indochine, fait remarquer que l’élaboration d’un compendium, phase préliminaire essentielle, « ne pouvait être menée à bien qu’en faisant appel aux compétences locales de chaque pays de l’Union ». Pour l’Annam, le résident supérieur, M. Pasquier, nomme le Dr Sallet « botaniste distingué, possédant une profonde connaissance des choses et des gens du pays, dont il parle la langue ». Il est chargé par le Gouvernement Général en novembre 1926 de l’étude de la pharmacopée « sino-annamite ». Son contrat est fixé à trois ans (n’oublions pas que l’Empire colonial français commençait à être mobilisé pour l’avalanche de publications qui vont venir enrichir l’Exposition coloniale de 1931, et que l’ouvrage de Sallet en fera partie). Le Résident supérieur en Annam publie un ordre de service rédigé en français, en quoc ngu (vietnamien) et en caractères chinois (voir AP0217):
 » Monsieur le Docteur Sallet, médecin-major des troupes coloniales en retraite, est chargé par le Gouvernement du Protectorat, et dans un but uniquement scientifique, d’étudier les médicaments utilisés par les pharmacopées chinoises et annamites en Annam, MM. les Résidents Chefs de Province sont priés de bien vouloir lui prêter leur concours dans l’accomplissement de sa mission et, en particulier, faciliter les enquêtes et recherches auxquelles il procédera auprès des médecins et marchands de médicaments chinois et annamites « . Voici le Dr Sallet parti pour une mission de trois ans. Il sera accompagné de deux médecins vietnamiens, qui l’aideront à traduire tous les documents collectés. C’est là probablement la période la plus heureuse, la plus enrichissante et valorisante dans sa vie. Elle aboutira à l’édition le 15 novembre 1931, à Paris, d’un ouvrage de 154 pages et 16 planches en héliotypie. Il s’agit de L’Officine sino-annamite en Annam, tome 1: Le médecin annamite et la préparation des remèdes. Il n’y aura pas de tome Il dont le titre aurait dû être La pharmacopée…/… En effet, après l’Exposition les responsables à Hanoï annoncent à Sallet qu’il avait largement dépassé le temps imparti, ainsi que le budget prévu, et qu’il n’y avait plus de dépense à engager. Mais Sallet avait eu connaissance de cette décision, et avait déjà quitté l’Indochine. Il avait tourné la page de cette aventure pour s’intéresser aux potentiels et capacités culturels de Toulouse, la capitale du Haut Languedoc. Tous les documents préparatoires de son exaltant travail resteront en caisses…
1926, SaIlet rejoint l’EFEO et est nommé à titre provisoire « conservateur du Musée cham de Tourane, et représentant de I’EFEO en Annam pour la surveillance et le contrôle de l’exportation des objets d’art indochinois ». Le musée avait été installé et inauguré en 1919 par Henri Parmentier, chef du Service archéologique de I’EFEO. Il contenait 268 pièces « dont plusieurs d’un grand mérite artistique ».
Des cartes postales éditées par le musée, celle envoyée par Victor Goloubew à Sallet (20 février 1936) est émouvante :  » Cher ami, je suis plongé dans de vieux souvenirs, comme la trompe de ce vieux Ganesha est plongée dans du beurre fondu. Pense à vous, aux choses du passé… à notre amitié. Serai après-demain à Saïgon où retrouverai les Coral, notre spirituelle comtesse Gilberte, et Stern…  » (Voir AP0432)
En 1930, à 53 ans, Albert Sallet avait décidé de quitter I’Indochine : il rejoint ses trois fillettes et leurs cousins installés à Toulouse depuis un an. Les 7 enfants Sallet-Morin sont distribués dans des établissements privés. Sallet s’aperçoit qu’il est à quelques dizaines de mètres d’une villa « hispano-mauresque » qui fut un musée « oriental » appartenant à une famille disparue, les Labit. La ville avait acquis en 1920 le legs de ce musée, mais ne savait qu’en faire, car le restaurer coûterait cher, et pour quoi faire ? Sallet prend les choses en main, retrousse ses manches, et montrera à la municipalité ce qu’on peut en faire : le premier musée asiatique de province … avec l’aide de la jeune Gilberte de Rémusat « l’orientaliste toulousaine », de Philippe Stern, professeur à l’École du Louvre et conservateur adjoint au musée Guimet (que Sallet a hébergé et dissimulé pendant toute la guerre, dans le grenier du musée devenu très/trop proche du bruyant siège de la Gestapo), et de Victor Gouloubew secrétaire bibliothécaire de I’EFEO.
Toulouse, capitale occitane, exerçait sur Sallet, homme aux multiples talents, une réelle fascination. Les « sociétés savantes » l’accueillent, et il éprouve une intense satisfaction à présider les séances de la Société de Géographie du Midi, ou celles de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles Lettres, et à participer, grâce à une amicale complicité avec le comte Henri Bégouen, aux conférences de l’Académie des Jeux floraux, ou celles de la Société d’Histoire Naturelle, ou encore celles des Toulousains de Toulouse où il n’oubliait jamais, sous un prétexte ou sous un autre, de rappeler qu’il était le seul membre actif d’un binôme improbable « les amis du Vieux Toulouse et du Vieux Hué… ».
Il a soif de communication et s’est trouvé, pendant la guerre, présent sur Radio Toulouse, insufflant à ses « chers auditeurs et amis » un vaste panorama de ses savoirs.
Grâce aux documents hérités par Jean Cousso qui les a reversés aux archives de la NAAVH (la Nouvelle Association des Amis du Vieux Hué) et à celles du Musée Labit, nous avons pu réaliser un dossier assez convaincant pour que la municipalité décide en 1999 d’honorer la mémoire d’Albert Sallet. A notre demande de modifier le nom d’une des rues desservant le musée, les services compétents ont préféré la solution plus originale, et combien plus satisfaisante de donner le nom de « Promenade du Docteur Albert Sallet, premier conservateur municipal du musée Georges Labit » à l’allée longeant le canal du Midi.
L’inauguration en a été faite le 11 décembre 1999 par le maire en personne, M. Dominique Baudis. …/…
Après l’inauguration du musée en juin 1945, assurée avec le prestige de son concepteur, Philippe Stern son complice pendant les années de guerre, Sallet est fatigué, épuisé et seul, ses deux filles sont mariées au loin, et il rejoint hâtivement sa soeur dans leur maison natale de La Souterraine, pour mourir deux ans après en 1948. Il avait 71 ans.
Cet homme chaleureux qui avait le culte de la camaraderie et de l’amitié a été salué, loué et remercié de tous côtés. Pour ne citer que quelques-uns de ces témoignages, nous retenons Pierre Huard, doyen de la faculté de Médecine de l’Indochine : « Tel fut Albert Sallet, médecin des plantes, des choses et des hommes du Viêt Nam. L’Ecole française d’Extrême-Orient n ‘oubliera ni ses travaux, ni sa vie ».
Philippe Stern, conservateur au musée national des arts asiatiques Guimet : « Il était de ces êtres si peu nombreux dont on peut dire en toute certitude qu’ils ont une belle âme…/…, ce qui me semble plus beau encore, c’est qu’avec les idées qui étaient les siennes, il ait su, devant l’injustice, marquer un cran d’arrêt brusque : je le sentais révulsé par toute persécution raciale…/… Peu de personnes m’ont paru communier à ce point avec la douleur humaine. Il semblait, certains jours, qu’il portait le poids du monde…/… « 
Le général Hanck, qui lui a succédé comme président de la Société de Géographie de Toulouse :  « Pendant l’occupation ennemie, sa haute connaissance des hommes et des langues d’Extrême-Orient le fit appeler au Service médical de la Poudrerie de Toulouse où travaillaient tant d’Indochinois. Il y rendit de grands services et, à un tout autre point de vue, grâce à ses fonctions, par un camouflage habile et discret, put épargner à bien des jeunes Français la triste déportation du STO. J’en parte témoignage, ayant eu plusieurs fois recours à lui à cet effet…/… Sous une apparence modeste de vieux savant, le Dr Sallet, passionné dans son désir de toujours servir, de toujours mieux connaître, d’approfondir sans cesse les civilisations et les antiquités de l’Indochine, fut un de ces Français modestes dont le labeur acharné a tant contribué outre-mer à la grandeur de la Patrie ».
La Poudrerie nationale de Toulouse. Nous avons pu retrouver quelques précieuses archives sur cette très importante activité, la plus importante de la zone dite libre pour laquelle des contingents de jeunes Indochinois (en fait des Vietnamiens) furent astreints à un travail pénible. Sallet s’est fait un devoir d’être présent bien au-delà de sa période militaire où il avait repris l’uniforme, pour les soigner et surtout les écouter avec compassion, lui qui pouvait aussi leur raconter dans leur langue ce qu’il comprenait de leurs cultures et connaissait de leur pays.
Le « bon et modeste docteur » Sallet était bien l’un des « Justes » de Toulouse.
(J.P. Raynaud et Dr Y. Pirame : « Un Navalais honoré à Toulouse » in bulletin de l’ASNOM, N°108, déc. 2005)
Urnes dynastiques de Hué – Décor (AP0352)
En 1914, Léon Sogny a publié dans le BAVH un article sur « les Urnes dynastiques du palais de Hué », illustré par les dessins des motifs décorant la première urne, dessins réalisés par V. Francis Ducro. Les dessins reproduits ici proviennent du fonds Sallet et ont été réalisés par un artiste qui signe Nguyên Thu.
Chaque urne est ornée de 17 gravures représentant des sites célèbres du pays, des motifs célestes, des animaux, des plantes et des produits de l’art ou de l’industrie. Ces motifs en relief ont été ciselés, après la fonte, dans des plaquettes venues de fonte et adhérentes à la masse.
La première urne, d’où proviennent tous les dessins reproduits ici, est l’urne Cao Dinh, consacrée à Gia Long. En choisissant le sujet de ces motifs, Minh Mang a voulu reproduire ce qui existait à son époque dans le royaume ; mers, montagnes, fleuves, frontières, ports de mer, plantes, arbres, animaux, produits, bateaux, canons et armes en usage, pour tout ce qui est du domaine terrestre. Le ciel fut aussi représenté par le soleil, la lune, les planètes, la Grande Ourse, la Petite Ourse, le vent, les nuages, les éclairs et la pluie.
Ces motifs célestes sont au nombre de neuf et chacune des urnes a le sien propre, placé au même endroit. On peut en déduire qu’ils ont une certaine analogie entre eux. De même pour certains des animaux représentés sur les urnes. Ainsi l’urne dédiée à Gia Long (Cao Dinh, urne de la Grandeur) porte un soleil qui semble donner aussi l’idée de grandeur. Le tigre a sans doute été mis sur la même urne pour renouveler et renforcer cette même idée de grandeur et de puissance. Celle dédiée à Minh Mang (Nhan Dinh, urne de la Charité et de la Vertu) porte une lune qui indique probablement la même idée de puissance, mais d’une façon plus modeste que pour le père et  prédécesseur de Minh Mang. La panthère joue le même rôle que le tigre de l’urne précédente.
Et ainsi de suite pour les autres urnes :
– celle de Thieu Tri porte les 5 planètes et le  rhinocéros ;
– celle de Tu Duc, la Grande Ourse et le cheval ;
– celle de Kien Phuc,  la Petite Ourse et l’éléphant ;
– celle de Dong Khanh, le vent et le bœuf sauvage.
Enfin les trois dernières, qui sont sans affectation, portent les nuages et le porc, les éclairs et la chèvre, la pluie et l’élan.
Pour certaines figures, le commentaire dit : « Bon Trieu So Che »,  ce qui signifie « fabriqué sous notre dynastie. »
Ce commentaire accompagne des représentations de bateaux, barques et jonque, d’un grand canon sur affût, d’un fusil de chasse et d’un char. Il s’agit de navires de guerre ou de commerce, d’armes, de matériel de guerre. La plupart de ces objets existaient bien évidemment avant la dynastie des Nguyen. Mais, au dix-septième et au dix-huitième siècle, les rois de Hué étaient obligés de se les procurer en Europe, tandis que, sous Gia Long et sous Minh Mang, les Annamites se mirent à construire et à fabriquer eux-mêmes ce dont ils avaient besoin, sous la direction première, il faut le reconnaître, des Français venus au service de Gia Long. C’est cet essor de l’industrie annamite, essor qui malheureusement, n’eut pas de suite, dont Minh Mang voulut perpétuer le souvenir sur les urnes dynastiques.
A titre d’exemple, voici (toujours d’après Sogny) le détail des motifs gravés sur la première urne (Cao Dinh), la transcription de l’inscription en caractères sino-annamites gravée auprès de chaque motif, la traduction en annamite vulgaire et la traduction en français :
  1. Nhut (Mat Troi) – Le Soleil
  2. Dong-Hai (Bien Phia Dong) – La mer de Chine
  3. Thien-Ton Son . (Nui) Montagne. « Appelée Chieu Tuong au Thanh Hoa »
  4. Nguu Chu Giang (Sông) – La Rivière de Saïgon
  5. Vinh Te Ha (Sông) – Fleuve. « En Cochinchine, à l’embouchure, se trouve le port de Ha Tien »
  6. Tri (Con Tri) – Le Faisan
  7. Ho (Con Cop ) – Le Tigre
  8. Miêt (Con Tranh) – La Tortue
  9. Long (Con Rong) – Le Dragon
  10. Tu Vi Hoa (Bong Tu Vi) – Un genre de rosier
  11. Ba La Mat (Cay Mit) – Le Jacquier
  12. Cang (Lua Thom) – Le Riz parfumé
  13. Tram Huong (Go Tram Huong) – Le Bois d’encens
  14. Thiet Moc (Go Lim) – L’arbre lim
15.Thông  (Cu Hanh) – Une espèce d’oignon
  1. Da Sach Thuyen – Un Bateau, « créé sous notre dynastie »
  2. Dai Bac (Sung Lon) – Un grand canon., « créé sous notre dynastie »
(D’après L. Sogny, « Les urnes dynastiques du palais de Hué » in BAVH/1 – 1914 – Voir aussi AP0596)
Stieng – Minorité du Sud (AP0365)
Les Stieng occupent un territoire à cheval sur la frontière entre le Cambodge et la Cochinchine. Au Cambodge, ils sont implantés au sud du Mondolkiri. En Cochinchine, ils sont installés à la limite du delta du Mékong, dans les zones forestières des provinces de Bien Hoa et de Thu Dau Mot.
Leurs villages se trouvent à proximité de l’axe Bien Hoa – Bu Dop. C’est la route des grandes plantations d’hévéas : Hon Quai, Loc Ninh, Bu Dop. Aussi ont-ils été recrutés très tôt pour travailler dans ces plantations comme ouvriers agricoles. Hommes de la forêt comme leurs voisins Mnong et Maa, ils pratiquent traditionnellement la culture sur brûlis, la pêche et la chasse. Ils habitent de grandes cases aux parois en bambou tressé et au toit de paille, juchées sur des pilotis (voir AP0396). Comme leurs voisins, ils pratiquent l’art de la vannerie et du tissage. Chaque foyer dispose d’un métier de type océanien sur lequel les femmes tissent les jupes, les ceintures-tabliers ou les couvertures, assises sur le sol et maintenant l’ensouple avec leurs pieds (voir AP0390).
Les Stieng sont en contact permanent avec les Khmer, qui habitent les villages voisins. Ils ont adopté certaines de leurs habitudes vestimentaires et il est parfois difficile de distinguer un Stieng d’un Khmer (voir AP0367, AP0388).
(Comité de Rédaction)
Hué – Evacuation des Français en mars 1946 (AP0372)
Cette photographie fait partie d’une série de 6 (voir AP0372 – AP1777 – AP4333 – AP4480 – AP4516 – AP5000) portant sur l’évacuation des Français de Hué vers Saïgon, à la fin de la période d’occupation japonaise.
Le « Cap Saint-Jacques », transformé pour la circonstance en navire-hôpital, avait un équipage anglais. Les photographies, prises par le 3ème officier de bord, G.W. Heavens, ont été par la suite expédiées à Mme Bret qui a bien voulu en communiquer copie à l’AAVH.
Mme Milhaud-Bret est la fille de M. André Milhaud, professeur d’anglais au Lycée Khai Dinh, qui réussit à maintenir et à réorganiser l’enseignement à Hué, malgré les dangers et les difficultés de l’occupation japonaise, permettant aux élèves d’achever leur année scolaire et aux terminales de passer leur baccalauréat.
(Renseignements fournis par Mme Milhaud-Bret – Juin 2005)
Après l’agression japonaise du 9 mars 1945, la population civile européenne de Hué fut concentrée dans un périmètre limité à la ville. Elle y vécut dans des conditions extrêmement difficiles jusqu’à la capitulation japonaise le 15 août 1945. Les troupes françaises vinrent libérer la ville en septembre 1945.
Le 3 mars 1946, un convoi de 500 femmes et enfants put quitter Hué et rejoindre la ville de Tourane par la route, d’où un navire les a transportés à Saïgon.
La NAAVH a publié en 2006 le journal que Huguette Ellul, une lycéenne de 17 ans, a tenu pendant cette période.
(Comité de Rédaction)
Le Pont japonais de Fai Fo (AP0383)
 » Un pont construit sur un arroyo constitue la marque la plus connue, sinon la moins formelle, du séjour des Japonais. Il est édifié à l’issue d’une des artères chinoises les plus importantes de la ville, à quelques mètres seulement du confluent  de l’arroyo dans le grand fleuve (La rivière Thu Bon).
« Pont japonais » pour les Européens, « Chua Cau » (Pagode du pont),  pour les indigènes, il reste désigné officiellement dans les textes et les actes en caractères par le nom de Lai Vien…/…
La légende rapporte que l’empereur Hien Ton dans la 18e année de son règne, faisait à cette époque, vers la fin du  printemps, sa tournée du côté du Sud. Il s’arrêta au pays de Hoi An,  Huyen de Duy Xuyen où il aperçut un grand nombre de bateaux étrangers, et un pont auquel il donna le nom de Lai Vien (« aller au loin »), à cause des circonstances de sa visite. Plus populairement, ce pont était appelé Cau Ngoi,  (pont en tuiles).
C’est un pont couvert, avec soubassements et avant pont maçonnés. Il est flanqué sur son côté Nord d’une construction élevée en plein ruisseau supportant une petite pagode. La direction du pont est franchement E.-O. La partie proprement dite comprend une arche principale de trois mètres de portée et deux petites arches latérales.
A l’intérieur, chaque avant-pont possède une loge latérale protégée par une barrière légère et basse en bois peint. Dans chacune, une statue d’animal semble assurer la garde du pont. Vers la ville, ces statues représentent des chiens accroupis sur leur train de derrière (voir AP0454). Vers la sortie Ouest, elles représentent des singes. On ne peut rien rapporter quant à leur origine et à leur signification. De temps en temps, ces statues sont encapuchonnées de rouge et on brûle devant eux des bâtonnets d’encens.
D’après une tradition, ces statues symboliseraient les dates de construction du pont. Commencés dans l’année Than (année du singe), les travaux auraient été terminés dans l’année Tuât, celle du chien, deux ans plus tard.
(Albert Sallet. Souvenirs japonais à Fai Fo – BAVH.1919/3 )
Albert Sallet et l’identité cham (1) (AP0391)
Première partie : Fidélité à la race et aspirations d’un peuple mourant.
L’attachement à la race ne s’est jamais émoussé chez eux et c’est pour cela que, unis dans un même culte, ainsi que je l’ai dit, Cham et Bani fraternisent. L’évangélisation chrétienne ne les a jamais touchés en dépit du zèle des prêtres de nos missions qui se sont mêlés à eux, comme le P. Durand et le P. Geffroy. Ils ont dit « Cham ont été nos pères, Cham nous sommes, Cham seront nos enfants. Et nous resterons Cham jusqu’à ce que la dernière poignée de terre cham soit venue recouvrir le dernier des Cham ».
Ils n’ont point admis le christianisme qui aurait pu modifier leur vie traditionnelle, mais, parce qu’ils sont bons et doux, au temps des persécutions que déchaîna la « guerre des lettrés » et qui ensanglantèrent le sud, ils apportèrent aux catholiques traqués ou emprisonnés, un secours qui n’était pas toujours exempt de risques.
J’ai appris tant de choses auprès des Cham ! Ils se montraient reconnaissants et j’avais leur confiance. Je revins chez eux durant l’été de 1925, avant mon départ de Phan Thiet, et là, dans la maison de E Muc, que l’on n’osait plus appeler Pô Bia, « la reine », celle qui est l’héritière des rois, du fait de la loi du matriarcat dominant chez les Cham. J’avais revu les trésors légués dont elle a la garde : objets d’or massif, hautes tiares des rois, couvre chignons des reines, fleurs d’oreilles et puis des vases d’argent et des armes rares. J’annonçais alors mon départ et je leur demandais d’étudier leurs désirs.
Ils vinrent chez moi, à Phan Thiet, un groupe de notables et de prêtres cham et musulmans accompagnaient la Princesse. Ils m’adressèrent leurs regrets, simplement, de toute leur peine. Puis, sans penser à eux-mêmes, pour des profits et des honneurs, ils m’exprimèrent un seul voeu au nom du peuple cham : l’autorisation d’ouvrir une école cham où, sous la direction d’un maître cham, les enfants apprendraient l’écriture et la langue ; ils revendiquaient d’ailleurs toutes les charges d’une semblable réalisation.
Sans doute, les enfants cham fréquentent l’école annamite de notre enseignement, car il y a nécessité pour certains Cham à parler la langue d’Annam dans les contacts indispensables avec les Chinois à l’occasion des ventes de récoltes, mais ils doivent surtout la connaître en raison des rapports avec l’administration indigène dont ils relèvent, ainsi qu’avec notre administration protégeante. Pour les quelques milliers de Cham qui vivent dans nos provinces d’Annam, il n’existe aucun interprète officiel de leur race.
Mes Cham confiants avaient jugé que l’éducation qui leur était dispensée sur une direction étrangère à tout leur sentiment, à leur point de vue était insuffisante. Je confiais leur désir à M. Louis Finot, qui dirigeait alors l’Ecole Française d’Extrême-Orient. Il entrevit aussitôt le double intérêt que présentait un tel voeu : protéger une langue sur un plan meilleur d’intégrité et conserver à la race son caractère plus absolu. Il m’autorisa à agir et j’intervins auprès de M. Pierre Pasquier, alors résident supérieur en Annam, qui fit immédiatement étudier les possibilités d’une réalisation.
On ne peut qu’admirer. Ces gens misérables avaient estimé que, bien avant tout intérêt d’ordre pratique, à bénéfice prochain, il était indispensable, pour garder leur caractère de race, de protéger par un enseignement précis l’intégrité de la langue écrite, appui définitif de la langue parlée »…/…
(Extrait d’une conférence d’Albert Sallet – Un peuple qui disparaît : Les Cham du Sud-Annam. Toulouse – 1936)
Albert Sallet et l’identité cham (2) (AP0392)
Pour la première partie, voir AP0391.
2e partie : Les deux périodes de l’histoire cham. L’histoire d’autrefois et les Cham de nos jours.
« Autrefois, l’Annamite n’apportait qu’une attention sans recherche aux ruines chames qu’il rencontrait : il ignorait le sens de l’histoire à laquelle elles se rattachaient. Il désignait les emplacements reconnus des noms de Chô Hoi ou de Thâp Hoi « emplacements » ou « tours des barbares », et de Lô Gach, c’est-à-dire « fours à briques » à cause de l’abondance de ces matériaux dans les masses écroulées. Mais l’Annamite qui traite le Cham avec mépris, a toujours considéré en méfiance ces lieux ruinés, hantés par les innombrables fantômes de la nation morte. Comme il le fait encore, il s’est efforcé d’apaiser par des offrandes les âmes des anciens maîtres du sol afin de pouvoir sans dommage piller les briques et desceller les pierres. Notre occupation est venue et aussitôt nos savants s’attachèrent à ce passé subitement découvert : on rechercha les origines de ce peuple réduit et l’on consulta son histoire.
C’est l’Ecole Française qui a conduit un tel travail. Car on ne connaît aucun manuscrit cham de la première époque, et il dut pourtant en exister, nous en avons des témoignages. La carence des livres fut en partie comblée par l’apport documentaire des inscriptions des stèles et des édifices commémorant la raison d’un monument, la valeur d’un personnage ou le fait d’un événement. La mise au net d’une semblable matière, aux chapitres décousus, souvent inachevés, a demandé un travail énorme, mais les épigraphies déchiffrées ont pu éclairer avec une précision, parfois inattendue, l’histoire de siècles perdus malgré le bruit de leurs agitations violentes et en dépit de leur gloire et de leurs utiles travaux.
Je ne veux nullement m’étendre sur les nomenclatures des rois et les faits politiques connus par ce travail que je rappelle ; l’aperçu que je donne ici veut simplement opposer le royaume d’autrefois très riche et très fort, à ce qui en subsiste à l’heure actuelle : des débris dispersés et misérables.
Qu’importe-t-il de savoir ? Que les frontières du Champa, vers le sud atteignaient les régions orientales de notre Cochinchine actuelle, tandis qu’au nord elle se fixaient au Hoânh Son, expansion orientale de la grande Chaîne, qui sépare le Quang Binh du pays du Nord-Annam. A l’ouest, des limites imprécises se perdaient dans les montagnes, chez les Moi, ces « sauvages », frères d’origine, avec lesquels le Cham traitait par droits de suzerain ou par relation d’amitié. L’étendue du royaume était protégée par des citadelles qui garantissaient la paix et la sécurité au peuple agriculteur dont l’effort dirigé peut nous confondre. Car, la fertilité des campagnes et l’entretien des terres reposaient sur un système géant, remarquablement compris, de canaux d’irrigation dont les réseaux s’appuyaient pour la garantie de leur débit sur d’immenses bassins de retenue ingénieusement disposés.
Les groupes religieux les plus importants tels que Mi Son, Dông Duong, et encore Pô Nagar de Nha Trang, nous ont éclairés en de nombreux points sur la vie morale du royaume. Leurs inscriptions nous ont fixés sur le sentiment religieux régnant, d’une forme exaltée sans cesse par la gratitude des rois. Toute une galerie iconographique admirable, dont le Musée de Tourane, à la conservation duquel je fus appelé pendant plusieurs années, a su grouper une magnifique part, nous montre les divers dieux vénérés et leur importance.
Çiva dominait dans le culte avec les divinités de son accord de son épouse, la çakti Uma, et ses fils, Ganeça, à tête d’éléphant, et Skanda, dieu de la guerre ayant un paon pour monture. Vishnu eut un culte plus ancien, devenu plus discret. il s’accompagnait d’un monstre ailé Garuda, de Laks’mi, son épouse. Plus discret encore s’est manifesté le culte  adressé à Brahma, premier des dieux, flanqué du hamsâ qui est l’oie sacrée. Sa çakti-épouse est la Saràsvati. La splendeur du culte brahmanique retint durant longtemps l’adoration exclusive ou combinée envers des dieux que la doctrine du Bouddha, apparue en des  temps plus évolués, ne put jamais éclipser. Les rois et les seigneurs dotaient les temples de statues, qui furent parfois d’or massif, ils donnaient des esclaves et des  villages entiers, terres et  gens. La lecture des pierres révèle cela, mais encore, les phrases gravées nous ont fait connaître l’organisation sacerdotale et les hiérarchies sociales copiant l’Inde, les détails de la vie de la nation, les gestes de la cour et ceux du peuple. Et  sur de nombreux points, la sculpture des personnages et des décors est venue appuyer l’importance documentaire de la phrase inscrite.
A côté des renseignements apportés par les épigraphies découvertes datant de l’ancien royaume, une autre source importante d’indications précieuses s’est rencontrée dans les annales des diverses nations avec lesquelles le royaume cham avait vécu en conflit, plus rarement en  amitié. Dans les périodes plus anciennes, la part la plus abondante sera fournie par la Chine ; plus tard, elle sera annamite et d’ailleurs.
Et c’est ainsi qu’en associant les données des épigraphies locales aux détails relevés dans les annales étrangères, il a été possible de restaurer toute une histoire, d’en apprécier et d’en souder les épisodes intéressants. Les stèles qui situent les fastes locaux, sont muettes sur le fait des désastres intérieurs, mais l’histoire étrangère nous renseigne : temples profanés, ruinés, statues, tablettes, trésors emportés en Chine ou vers d’autres pays victorieux ; dévastation des villes, sac des palais dont on entraîne captifs les gardiens de la cour, les bonzes officiels et le harem du roi. Les aventures sont mobiles et se répètent ; à chaque infortune, le Champa répare, rétablit ses frontières et opère à son tour des sorties profitables au détriment des voisins.
Le Champa a ses figures et des épisodes curieux. Il faudrait dire au long la légende qui tient lieu d’histoire de l’un des premiers chefs cham connus. Un aventurier, Fan Wen, forgea deux sabres avec deux poissons dérobés qui furent mystérieusement transformés en pierres. Il devint rapidement influent, brouilla avec leur  père les fils du roi, son maître. A la mort de ce dernier, il les fit rappeler, les reçut avec cérémonie et leur offrit en bienvenue de l’eau de coco empoisonnée. Alors, il devint roi.
En 1044, le roi Jayà Simhavarman II fut vaincu par Ly Thai Tôn qui régnait sur l’Annam. Le palais fut pillé, la reine, le sérail, les danseuses tombèrent entre les mains du vainqueur. Mais quand ce dernier voulut appeler à son bord Mi E, la reine captive, celle-ci préférant la mort à son déshonneur, enroula son corps dans des étoffes et se précipita dans le fleuve. Le roi d’Annam, pour rendre hommage à une telle fidélité lui décerna par brevet le titre de « femme très chaste et très douce ».
Jaya Simhavarman III, après avoir épousé plusieurs princesses de son pays et l’une des filles du Roi de Java, vint à prétendre à la main de l’une des soeurs du roi d’Annam : il cédait à cette occasion à son royal beau-frère, deux provinces sur ses territoires du nord. Au bout de peu de mois, Jaya Simbavarman III mourut. Alors, à l’imitation des sutties de l’Inde, toujours en usage en pays cham, « Perle de jais », la jeune reine venue d’Annam, fut appelée avec ses compagnes à monter sur le bûcher de l’époux. Le frère de la malheureuse envoya à son appel un jeune mandataire fort habile qui fit autoriser par la cour la jeune veuve à venir prier au bord de la mer ; une barque attendait. Mais Trân khac Chung, ambassadeur averti et homme heureux plus que navigateur estimable, mit 18 mois pour effectuer son voyagé de retour. Le fait de la disgrâce qui l’attendait n’a rien de surprenant.
Et de même en tout pays, surtout en Orient, les annales dynastiques nous montrent le grand nombre des rois et des règnes évoluant à travers des trahisons et des meurtres plus nombreux que les générosités. Ainsi l’histoire cham nous apparaît semée de perfidies. Or cette histoire classée sur documents, est celle d’une première époque : les Cham actuels l’ignorent.
Durant les années que j’ai passées au service de l’assistance médicale du Binh Thuan, j’ai entretenu les rapports les plus confiants avec mes Cham : je leur ai montré les grands ensembles religieux dispersés, ruines encore merveilleuses, là-bas, plus au nord, vers Qui Nhôn et au Quang Nam. J’ai expliqué le sens de ces choses et mes gens en ont su mesurer l’intérêt.
Mais que n’ignorent-ils pas ? Des luttes anciennes, ils ne conservent qu’un sentiment de crainte mêlé de haine, mais sans élan, vague et très profond, contre l’homme d’Annam, l’ancien vainqueur, sans qu’ils puissent apporter une précision d’histoire, simplement parce qu’ils reconnaissaient en lui le rude oppresseur des récentes époques. « 
(Extrait d’une conférence d’Albert Sallet, ex-conservateur des Antiquités cham de Tourane, « Un peuple qui disparaît – Les Cham du Sud-Annam », parue dans les bulletins de la Société de Géographie de Toulouse, N° 118/120 de 1936)
(Voir la 3ème partie à AP0470 – Pour plus de détails historiques, voir AP2133)
La fête des Sœurs Trung (AP0395) – Voir photographie AP4962 planche 2
Cette fête des Deux Sœurs se célèbre chaque année le 6e jour du 2e mois annamite (le 22 mars cette année), dans les nombreux temples qui leur sont consacrés et dont les plus célèbres se trouvent l’un dans la province de Son Tay et l’autre sur le territoire de la ville de Hanoï (ancien village de Dong Nhan).
Voici, dans l’ordre, d’après le beau poème de S. E. Hoàng Cao Khai, l’histoire de ces deux héroïnes dont la postérité a gardé si pieusement le souvenir :
1- Depuis 111 avant Jésus-Christ, la domination chinoise pesait lourdement sur le Viêt Nam. A part quelques gouverneurs célèbres, pénétrés d’humanisme confucéen et que la postérité a doté du titre de « bienfàiteurs » (tant est grand l’esprit de justice des Annamites), les maîtres chinois du peuple des Giao Chi n’étaient que des potentats cupides et sans scrupules dont l’oppression, était insupportable.
Sous la dynastie des Hàn en particulier, vers 39 après J.-C., l’Administration chinoise est intolérable. Le gouverneur chinois Tô Dinh se fait remarquer par sa cruauté il fait régner la terreur sur les campagnes, exaspérant les chefs de clan et la population, à qui il ne reste plus que les yeux pour pleurer. Tô Dinh n’hésite pas à supprimer sans pitié les individualités quelque peu marquantes et à étouffer dans le sang toute velléité de justice émanant du peuple. Les paysans, sur un simple ordre du Gouverneur, sont requis par milliers et déportés sur le bord de la mer ou dans les montagnes pour y chercher des perles, des carapaces de tortues, des cornes d’ivoire et autres produits précieux qui seront exportés par le gouverneur et vendus à prix d’or en Chine.
2 – En 39 après J.-C., un mandarin annamite du nom de Thi Sac, indigné de tant d’injustice et bouleversé à la vue de toutes les misères que ses compatriotes ont à subir, ose adresser une pétition au Gouverneur demandant des réformes en faveur de la population afin de la sauver de « l’eau bouillante et du feu brûlant ».
Le Gouverneur Tô Dinh, en guise de réponse, le fait appréhender par ses gardes et le fait décapiter sans autre forme de procès.
3 – La femme du défunt, nommée Trung Trac, et sa soeur Trung Nhi font le serment de le venger et de libérer le peuple du Viêt Nam de l’atroce tyrannie de Tô Dinh. Trung Trac réussit, tant sa foi est contagieuse, à rallier à sa cause 36 guerrières parmi les cinq familles de son village. Le mouvement se développe progressivement dans tout le Tonkin et la croisade libératrice gagne les populations Man et Moi qui fournissent de farouches troupes de choc. En quelques mois, Trung Trac et Trung Nhi réussissent à grouper 80.000 partisans qui se tiennent prêts à combattre au premier signe.
4 – L’ordre d’insurrection est donné le 6e jour du 1er  mois annamite. Les Deux Soeurs établissent leur quartier général au Châu de Diên (actuellement province de Vinh Yen). Par une manoeuvre habile dirigée sur la berge de Truong Xa (fleuve Bach Hac, actuellement province de Vinh Yen), les Deux Soeurs parviennent à grouper leurs forces.
Montées sur des éléphants, à la tête de leurs troupes, elles avancent rapidement en direction de Liên Châu, résidence du gouverneur chinois.
La surprise est complète. Tô Dinh, désemparé, prend la fuite.
Ce premier succès soulève l’enthousiasme de toute la population du Viêt Nam qui se joint spontanément aux forces des deux héroïnes et chassent les autres gouverneurs chinois. Soixante-cinq citadelles tombent aux mains des Deux Soeurs.
5 – Trung Trac est proclamée reine sous le titre de Trung Vuong, installe sa capitale à Mê Linh (Phu de Yên Lang, province de Phuc Yên) et inaugure la première ère d’indépendance du Viêt Nam.
6 – L’Empereur chinois Quang Vu s’alarme de la puissance de Trung Vuong. Il décide de tenter une expédition de répression. En 42, il désigne le vieux général Ma Vien, âgé alors de soixante-dix ans, pour prendre le commandement des troupes. Celles-ci, concentrées à Pakhoi, sont prêtes à embarquer. Mais l’amiral chinois Doàn Chi meurt brusquement. Ma Viên décide de mener l’expédition par voie de terre. Ses troupes sont bien entraînées et bien exercées. La conquête du pays se fait donc sans coup férir, les malheureux paysans annamites étant désarmés et inexpérimentés. Ma Viên s’avance facilement, à travers le delta, jusqu’aux environs de Mê Linh.
7 – Une grande bataille s’engage entre les troupes de Ma Viên et celles des Deux Soeurs. Après de durs combats, les Chinois essuient un échec cuisant et sont contraints de se replier sur les bords du Grand Lac.
L’Empereur de Chine dépêche à Ma Viên un renfort de 50.000 hommes. Ecrasées par le nombre, les troupes des Deux Soeurs sont décimées et fuient en débandade. Trung Trac et Trung Nhi parviennent tant bien que mal à regagner Mê Linh et à s’y fortifier. Ma Viên craignant les rigueurs de l’été met ses troupes au repos. En l’automne 43, il reprend l’offensive. Par un habile stratagème, il réussit à attirer les troupes annamites à Cam Khé (province de Son Tay, près du fleuve Day), où il les anéantit.
Ne voulant pas survivre au désastre, les Deux Soeurs se noient à l’embouchure du Sông Hat au confluent du Day et du Fleuve Rouge. Trung Trac était âgée de 29 ans.
8 – Un temple fut édifié à l’endroit même où les deux jeunes héroïnes périrent. Un autre temple, le plus important et le plus célèbre, le Chùa Hai Bà, fut édifié au XIIème siècle, sous le règne de Ly Anh Tôn, sur le territoire de Dông Nhân, près de l’abattoir de Hanoï. La légende prétend, en effet, que les Deux Soeurs furent changées en statues de pierre qui vinrent s’échouer sur les bords du Fleuve Rouge, en face de ce village. Les habitants y élevèrent pieusement un sanctuaire. Emporté par une inondation, il fut rebâti en arrière de la digue du village de Huong Vién. C’est la célèbre « Pagode des Deux Soeurs » dont le service est assuré par des Ba Vai (religieuses). On y peut contempler les statues des deux guerrières vêtues, Trung Trac, d’une robe de soie jaune et Trung Nhi, d’une robe de soie rouge.
C’est en ce temple que chaque année depuis des siècles, le 6e jour du 2e mois annamite, les pèlerins se pressent en foule pour honorer la mémoire de ces deux héroïnes…/…
(Jean François – Extrait de l’hebdomadaire « Indochine » N°83 – Avril 1942)
Les Françaises en Indochine (AP0397)
La proportion des femmes françaises (en Indochine) a peu à peu augmenté, grâce aux progrès de l’hygiène et du confort, au développement des stations d’altitude, à la facilité des voyages maritimes et aussi au lent effritement des préventions métropolitaines contre la vie coloniale.
L’Indochine tente même quelques femmes célibataires ayant un métier. On en trouve plusieurs dans l’enseignement.
Cependant, les femmes restent bien inférieures en nombre aux hommes, surtout pour les « blanches à 100% ».
La pyramide des âges montre un net creux entre 10 et 20 ans : bien que sans cesse perfectionnée, l’organisation scolaire de l’Indochine ne permet pas de retenir tous les jeunes. Les parents préfèrent encore entretenir leurs enfants en métropole, où l’ambiance  reste « malgré tout plus favorable à leur développement physique, à leur formation intellectuelle et morale ».
(D’après Charles Robequain – 1937)
Palais du gouverneur général à Saïgon – Destination du monument (AP0401)
Le palais ou hôtel du gouverneur général, était appelé à l’origine « Palais du Gouvernement » car il avait été construit pour abriter les logements et les bureaux de l’amiral gouverneur de la Cochinchine et de ses services. Quand l’Union indochinoise fut créée en 1886,  il devint palais du gouverneur général de l’Indochine. Ultérieurement, la capitale fut transférée à Hanoï. Les gouverneurs généraux de l’Indochine continuèrent néanmoins à utiliser ce palais lors de leurs fréquents séjours à Saïgon.
On le désignait également par l’appellation de « palais Norodom » – du nom du large boulevard qui démarrait devant ses grilles – pour le distinguer de celui du lieutenant-gouverneur de Cochinchine, situé rue Gia Long, qui était connu sous le nom de « palais Gia Long ».
Ce palais du gouvernement, une des toutes premières oeuvres architecturales importantes de la jeune colonie, est dû à la volonté de l‘amiral de La Grandière. Dès 1863, dans le plan de la ville de Saïgon qu’il fit dresser, un emplacement avait été prévu pour l’édification d’un palais destiné au gouverneur, le long de la rue de l’Impératrice (plus tard rue Mac-Mahon).
En 1865, les premières études étaient lancées, un concours organisé et, en 1868, l’amiral en posait solennellement sa première pierre. Il ne devait cependant pas assister à son inauguration en 1870, ayant quitté la colonie deux années plus tôt.
Le premier objectif de cette construction était naturellement de fournir à l’amiral gouverneur de la Cochinchine une résidence à la hauteur de l’importance de ses fonctions. Après l’occupation de la ville (1859) on avait construit, près de la citadelle détruite et incendiée, ce qu’on a appelé les « ouvrages neufs » qui, commencés par M. Jaureguiberry et continués par le commandant d’Ariès, ne furent jamais complètement achevés. Dans leur enceinte  se trouvait la première habitation du gouverneur, ainsi que les hôpitaux, une petite chapelle catholique et les dépendances de l’imprimerie officielle (sur l’emplacement du futur hôpital Grall). A son arrivée à Saïgon (1862), le vice-amiral Bonard fit dresser en dehors de ces « ouvrages neufs » une magnifique maison  dont la charpente avait été achetée à Singapour et qui était destinée à servir de palais provisoire au gouverneur de la colonie. Ce second hôtel du gouverneur se composait de trois bâtiments parallèles en bois, et occupait l’emplacement de la future école Taberd. Ce sont ces éléments provisoires que le nouveau palais devait remplacer.
A côté de cette utilisation pratique, la construction de ce splendide édifice devait avoir une signification politique beaucoup plus importante : passée la phase d’installation, il s’agissait d’affirmer la permanence de l’autorité française, de montrer aussi bien aux populations autochtones qu’aux détracteurs de la métropole que la colonisation était bien en place et appelée à durer et à se développer. Il convient de rappeler que la prise de Saïgon (1859), survenant après celle de Tourane, avait davantage été le fruit des circonstances que le résultat d’une politique clairement définie. La conquête des trois provinces de Cochinchine (1861-1862) fut elle-même très sérieusement remise en question lors de l’ambassade, dirigée par Phan Thanh Gian, que l’empereur Tu Duc envoya en France (juillet 1863 – mars 1864) pour en négocier la rétrocession. Il fallut toute l’énergie de l’amiral de La Grandière, appuyée par celle de son prédécesseur, l’amiral Charner et toute l’autorité du ministre de la Marine, Chasseloup-Laubat, pour convaincre Napoléon III de refuser cet abandon. Le palais du gouverneur devait être le symbole de la pérennité de la présence française, pérennité que La Grandière devait affirmer plus clairement encore en faisant occuper en 1867 les trois provinces occidentales de Vinh Long, Chaudoc et Ha Tiên.
Enfin, on attendait également que la majesté du palais du gouverneur fournisse un modèle « incontestable » de la supériorité occidentale et un exemple frappant de ce que la colonisation allait pouvoir apporter de bienfaits et de progrès au pays. C’est ce que voulut exprimer l’amiral dans son allocution, lors de la cérémonie de la pose de la première pierre :
 » J’ai tenu à vous réunir pour assister à la pose de la première pierre  de l’hôtel du Gouvernement afin de donner à cette cérémonie une signification que j’emprunte à la situation actuelle de la Cochinchine. Il n’est plus possible de méconnaître que la colonie soit entrée dans une nouvelle ère de prospérité. Cette destinée, qui lui était assurée par sa position avantageuse, le naturel facile de ses habitants et la richesse de son sol, s’affermira de plus en plus, j’en ai l’assurance, par l’accroissement de culture du mouvement commercial. Le temps est loin de nous, Messieurs, où notre occupation, au lieu d’être considérée ainsi qu’elle l’est présentement par les populations comme un gage de bonheur, suscitait de leur part une hostilité occulte dont notre patience, notre justice ont su triompher »
(Comité de Rédaction)
Palais de Justice de Saïgon (AP0402)
Le Palais de Justice de Saïgon dresse sa façade austère et imposante, légèrement en retrait de l’avenue Mac Mahon (maintenant Nam Ky Khoi Nghia, du « soulèvement du sud »), à proximité de la prison centrale, son complément naturel, et non loin du palais du Gouvernement, siège de l’autorité.
Il a été construit de 1881 à 1885 par l’architecte Alfred Foulhoux, du service municipal des bâtiments civils, à qui l’on devait également la construction de la prison centrale. Foulhoux avait utilisé, en les complétant, les plans de son confrère Jules Bourard,  un des constructeurs de la cathédrale de Saïgon, qui était rentré en France en 1880.
La large cour d’honneur précédant le bâtiment principal est encadrée de deux pavillons accotés à l’entrée qui est elle-même fermée d’une grille basse maintenue par deux pylônes surmontés de deux têtes coiffées d’un casque grec. Le bâtiment central est flanqué de deux grandes ailes perpendiculaires. Ces trois corps de bâtiments à sous-sol, rez-de-chaussée et un étage, forment une masse d’ensemble bien équilibrée. Au milieu de la façade du bâtiment central, un porche en assez forte saillie, surmonté d’un fronton triangulaire, est couronné par une toiture à quatre pentes. Le discret bossage qui anime les angles du porche et les toitures de tuiles à faible pente forment une réminiscence savante de l’architecture italienne maniériste. Tout l’ensemble était badigeonné d’une couleur ocre jaune, dite couleur « travaux publics », relevée par la beauté des tuiles rouges. L’architecte a tenu compte les données climatiques locales en disposant une galerie continue formant véranda sur toutes les faces du bâtiment, les larges baies étant simplement fermées par des persiennes. De même, la salle des pas perdus est largement ouverte sur la végétation environnante, produisant une ambiance agréable et fraîche.
Le décor sculpté est discret. Au-dessus des colonnes du porche, le fronton représente en relief, sur  un fond sobrement décoré, une femme assise en majesté, tenant l’épée dans sa main droite et appuyant sa main gauche sur le code des lois. Elle porte une couronne rayonnante et sa poitrine est couverte de l’égide, symbole supplémentaire de sa puissance ; de chaque côté, un homme et une femme, d’habits et de type vietnamiens, symbolisent le peuple. Certains y ont vu l’image de la France pacificatrice de la Cochinchine ; mais il s’agit sans doute plus simplement de la Justice flanquée de ses justiciables indigènes. A noter, pour renforcer le caractère « ethnique » de la représentation que la coiffure du sujet masculin dessine le caractère chinois qui signifie « homme », conformément à l’usage vestimentaire local.
Parmi les éléments du décor, on remarque en outre des mascarons sur pendentifs et des motifs stylisés (lauriers, balances, épées et autres symboles de la justice) embellissant sobrement les façades allégées par le dédoublement des colonnes, aux chapiteaux ioniques ou composites. Quelques têtes de lion à gueule ouverte pourraient faire songer aux  monstres gardiens des temples vietnamiens, à moins qu’ils ne se réfèrent aux deux lions qui ornaient les armoiries de la ville de Saïgon.
Le Palais de justice de Saïgon reflète l’organisation judiciaire propre à la Cochinchine. Conjointement à l’administration générale de la colonie, les Français s’intéressent à la justice, régie jusqu’alors par le code Gia Long et le droit coutumier communal. Ce sont les dispositions de ce code, qui avait été traduit par Aubaret, qui furent d’abord appliquées. Mais, pour des raisons humanitaires, des peines d’emprisonnement ou de travaux forcés furent substituées au rotin, à la cangue ou à la bastonnade. Il n’est pas certain que ces mesures furent appréciées par les condamnés, qui préféraient souvent une sévère mais brève correction à une longue détention. Les juridictions indigènes furent supprimées en Cochinchine par un décret du 25 mai 1881, alors qu’elles étaient maintenues en Annam et au Tonkin, cette différence est liée d’une part au statut de la colonie et d’autre part à l’introduction de la politique d’assimilation. Pour mettre en oeuvre le droit français, des justices de paix furent créées bientôt dans les provinces de l’intérieur, tandis qu’une cour d’appel était installée à Saïgon. Des juristes comme Durwell, qui présida la cour d’appel de 1898 à 1914, s’attachèrent à recueillir les coutumes locales, afin de constituer une jurisprudence adaptée au pays. La prison centrale a été déplacée à la fin des années 1940 et remplacée par la faculté des Lettres (aujourd’hui bibliothèque municipale). Le palais du Gouvernement a disparu en 1963, à la suite d’un bombardement. Le palais de Justice, quant à lui, a subsisté et a survécu à tous les changements de régime. Son décor symbolique a été jugé suffisamment discret pour avoir être conservé (en dehors des initiales de la république sur les pylônes du portail d’entrée qui ont évidemment été effacées). Il est même assez remarquable que, lorsqu’ils ont voulu, en 1963, agrandir ce palais de Justice, les nouveaux édiles aient ajouté un  bâtiment, sur l’arrière, dont l’aspect général et les décorations prolongent exactement l’ancien.
(Extrait de : « Etude de quelques monuments représentatifs de l’art français à Saïgon dans les années 1877-1908 » par Lê Thi Ngoc Anh)
Hôtel de ville de Saïgon – Esthétique et décor (AP0412) – Voir photographie AP3953 planche 6
 » Situé au bout de la belle perspective du boulevard Charner (Nguyên-Huê) l’hôtel de Ville (Toa Dô Chanh) attire toujours l’attention, mais la façade a été modifiée ; les ailes n’avaient à l’origine qu’un rez-de-chaussée, couvert par des terrasses à balustrades ; et de grands bâtiments utilitaires ont été construits au voisinage, sans souci d’harmonie dans le paysage urbain.
L’esthétique de l’hôtel de Ville a été très contestée, dès le début. Avant même la fin des travaux, quelqu’un aurait déjà déclaré dans une séance du Conseil Municipal : « …il faut avouer que ce bâtiment, tel qu’il est, présente un profil grotesque. Il a été complètement raté » ; Antoine Brébion disait en 1911 : « …L’ensemble est d’un mauvais goût, d’un tape à l’œil que rien ne rachète… « .
Il est vrai que le campanile étriqué paraît bizarre entre les deux grands toits à forte pente qui surmontent les deux avant-corps de l’édifice ; et la décoration surabondante risque de produire la fantaisie plus que la majesté pour laquelle on s’était finalement résigné à la dépense.
Au-dessus du premier étage ouvert de fenêtres en arcades et à balustrades, trois frontons curvilignes rappellent les décors de la renaissance italienne ou du « Baroque » franco-italien du début du XVIIème siècle (dissymétrie, suggestion du mouvement). Nous n’osons guère interpréter les figures du fronton central : une jeune femme, non sans grâce et majesté, se tient un peu sur le côté, enveloppée d’une large draperie au mouvement tournant, tandis qu’un enfant nu maîtrise deux bêtes sauvages à droite et qu’un autre enfant, à gauche, lui présente ce qui peut être un drapeau ou une enseigne ; est-ce l’allégorie de la ville de Saïgon ? On comprend mieux les autres sculptures : celles du fronton de droite évoquent la prospérité, symbolisée par une jeune femme dont la tête apparaît sur un fond de draperie gonflée par le vent, et un rameau d’olivier ; elle appuie son bras droit sur une urne d’où l’eau s’écoule, tandis que son bras gauche tient une rame ou un gouvernail antique ; le caducée, emblème du commerce, la faux et la gerbe de riz sont à ses pieds. Le fronton de gauche évoque la force : une jeune femme est coiffée d’un casque surmonté d’un coq (emblème de vigilance ?), les cheveux flottant en arrière, elle apparaît aussi sur un fond de draperie gonflée par le vent ; elle appuie aussi ses bras sur une urne d’où l’eau s’écoule, mais elle tient l’épée dans la main gauche et appuie sa main droite sur une forme rappelant la silhouette d’un ancien navire ; un canon et ses accessoires sont à ses pieds.
Le reste de la façade est envahi par un abondant décor géométrique ou végétal ordonné en frises ou en lourdes guirlandes, et rythmé par des colonnes, pinacles et amortissements ; on peut distinguer les initiales HVS enlacées sur des cartouches séparés par des faisceaux de licteurs, au-dessus des cinq portes de l’édifice. Malgré la surcharge, tout n’est pas désagréable à l’œil. Notons que deux consoles ornées de jeunes filles au milieu des roses, juste au-dessus des fenêtres en rez-de-chaussée, ont disparu, paraît-il en 1943 et 1971 ; les crochets qui tenaient ces moulages restent visibles. Le souci d’économie a dû avoir son influence sur la qualité des matériaux. ; dès 1908, un conseiller municipal signalait les dégâts, dus aux intempéries sur certains bas-reliefs. « 
(Extrait de : « Etude de quelques monuments représentatifs de l’art français à Saïgon dans les années 1877-1908 » par Lê Thi Ngoc Anh in BSEI – 4e trimestre 1973)
Mandarin et mandarinat (Chine et Annam) (AP0413)
L’image d’un lettré ou d’un mandarin aux ongles très longs n’est plus d’actualité. Elle correspond à une ancienne tradition chinoise, concrétisée par l’expression Chu Zhi Jia (Tch’ou Tche Kia) = prendre soin de/doigt/carapace.
Disons d’abord que le mot « mandarin » ne vient pas du chinois mais du portugais « mandar », qui signifie commander, ordonner. (Et les Portugais l’ont emprunté au malais « manteri », qui vient du sanscrit « mantrin » qui signifie conseiller d’Etat). En chinois on dit Guan Yuan (Kouan Yuan) = exercer une fonction publique/particule spécifique des officiers civils et militaires. On met seulement le premier caractère « Guan » derrière le titre de la personne pour indiquer qu’il s’agit bien d’un fonctionnaire chargé d’une fonction publique ; donc pour nous d’un « mandarin » ; en annamite : Quan Van (pour les civils) ou Quan Vo (pour les militaires).
Les mandarins se recrutaient à la suite de concours littéraires instaurés sous les Sui (Souei), (en annamite : Tuy), vers 610 après J.C., basés sur la seule connaissance de la doctrine de Confucius des Cinq Livres Classiques : Wu Jing (Wou King), (en annamite : Ngu Kinh). A savoir : Livre des Mutations, Livre des Odes, Canon des Documents, Mémoire sur les Rites, Chronique de la Principauté de Lu.
Il y avait 3 niveaux de concours (voir AP1781) :
   1 – un concours annuel au chef-lieu de district. Ceux qui le réussissaient étaient nommés bacheliers : Xin Cai (Sieou Ts’ai) = distingué/talent, (en annamite : Tu Tai).
   2 – un concours triennal au chef-lieu de province, pour nommer des licenciés : Ju Ren (Kin Jen) = promouvoir/homme, (en annamite : Cu Nhon).
   3 – un concours triennal à la capitale du pays, pour nommer des docteurs : Jin Shi (Chin Shih) = du plus haut degré/fonctionnaire, (en annamite : Tien Si).
Les mandarins étaient classés, en ce qui concerne les fonctionnaires civils et judiciaires, en 9 ordres ou degrés, chacun divisé en 2 rangs ou classes. La progression des privilèges (notamment titre, étendard, emblème) et des fonctions a été à peu près fixée sous les Song (en annamite : Tông), vers l’an 1000, après la révision et l’impression des classiques confucéens. Cela allait du 2e rang du 9e ordre (Titre : « Honorable susceptible d’avancer en second » ; Emblème : un pic ; une fonction prise à titre d’exemple : receveur de l’octroi) ; en passant entre autres par le 2e rang du 5e ordre (« Excellence dont la droiture mérite le respect » ; 2 étendards ; un faisan ; un sous-préfet) ; jusqu’au 1er rang du 1er ordre (« Excellence au renom éclatant » ; 4 étendards ; une cigogne ; Membre du Conseil Privé).
Les mandarins des 4 premiers ordres étaient dispensés de corvées matérielles. Ils pouvaient donc laisser pousser leurs ongles qui devenaient ainsi un signe extérieur de leur rang. Et laisser pousser certains ongles leur était possible car les Chinois ne se servent pas pour écrire de porte-plume mais de pinceau qu’ils tiennent verticalement, coincé entre la base du pouce et de l’index, la main étendue bien parallèle au plan sur lequel ils tracent les caractères.
En Annam le système était pratiquement le même. Il y eut 81 concours nationaux triennaux entre 1442 et 1779 (au lieu des 112 possibles, à cause d’invasions, de guerres civiles ou d’événements politiques) au cours desquels 1.111 docteurs furent nommés.
Pour la province de Nam Dinh, au concours triennal de 1903 il y eut 11.248 candidats. Les 50 qui ont réussi les 4 épreuves ont été nommés licenciés et autorisés à se présenter au concours national suivant. Les 150 qui n’ont réussi que 3 épreuves ont été nommés bacheliers.
(Comité de Rédaction)
Saïgon – Hôtel des Postes (AP0424)
Au premier plan, la place de la Cathédrale, avec le square orné du monument de l’évêque d’Adran et du prince Canh.
La nécessité de remplacer les vieux bâtiments des postes de la Place de l’horloge se fit sentir vers la fin du XIXème siècle avec le développement du réseau télégraphique.
Un bâtiment imposant fut construit entre 1886 et 1891 par les architectes Alfred Foulhoux, directeur du Service des bâtiments civils de la Cochinchine et Henri Vildieu, employé de ce même service.
Le grand portail cintré au centre correspond au hall réservé au public, vaste nef couverte d’une charpente métallique vitrée répandant la lumière à l’intérieur. Des deux côtés de cet espace s’alignent les guichets logés dans deux nefs latérales plus basses.
De part et d’autre du hall central, les ailes du bâtiment abritent les bureaux des services administratifs et de la direction.
Le goût décoratif d’Alfred Foulhoux (à qui l’on doit également le Palais du gouverneur de Cochinchine) se retrouve dans les ornements de la façade : visage de Mercure surmontant le portail, initiales « P et T » se fondant dans un décor végétal, tête de tigre et de dauphin, et cartouches ponctuant le rez-de-chaussée et portant les noms des savants qui ont contribué aux progrès des communications d’Ampère à Wheastone.
(Comité de Rédaction)
Historique de la Cathédrale de Saïgon (AP0430)
« La première église de Saïgon semble avoir été une vieille pagode abandonnée au bord de la rivière, transformée en église en 1850 par Mgr Lefebvre. Rapidement devenue insuffisante, elle fut remplacée par les soins de l’amiral Bonard par une grande construction, surtout en bois (1863-1865) qui, dévorée par les fourmis blanches ne dura pas longtemps et dut être remplacée par l’usage de la salle des fêtes de l’ancien palais des gouverneurs , « magnifique maison de bois dont la charpente avait été achetée à Singapore » et qui pouvait contenir plus de 600 personnes (1874).
En ce temps du régime de l’ordre Moral, la dignité de la France et de la religion exigeait qu’on fît mieux ; autant qu’un traité de protectorat signé à la cour de Hué (1874), la construction monumentale d’une nouvelle France d’Asie affirmerait sans ambiguïté la détermination des colonisateurs de s’installer définitivement dans le pays.
Après un concours public entre plusieurs architectes, l’amiral Duperré (1874-1877) fit le choix de M. Boudard, de Paris, pour diriger à forfait les travaux. Après quelques hésitations, on décida l’emplacement de la nouvelle église, à la partie la plus haute de la ville, au haut de la rue Catinat (Tu Do) menant tout droit à la rivière, d’où on apercevait facilement le bel édifice.
Le 7 octobre 1877, Mgr Colombert, évêque de Samosate, posa la première pierre de l’édifice ; le 11 avril 1880, il pouvait déjà l’inaugurer en présence du premier gouverneur civil, Le Myre de Vilers, après seulement deux ans et demi de travaux.
L’église mesure 133 m de long du porche à l’extrémité du chevet. Les tours s’élèvent à 36,60 m au-dessus du sol  et les flèches dont on les a surmontées en 1894 portent leur hauteur à 57 m. Il y a, dans les deux tours, une sonnerie de six cloches pesant 25.850 kilos. (Notes : Sol, La, Si, Do, Ré, Mi.)
 C’est un bâtiment d’allure bien traditionnellement française, d’extérieur semblable aux églises romanes des XIème et XIIème siècles, d’intérieur voûté à la manière ogivale des XIIIème et XIVème siècles, comme on aimait les faire au siècle dernier. On n’a pas adapté le style aux conditions locales : l’aération y est même plutôt défectueuse, et n’a été qu’un peu améliorée, vers 1942, par le percement de petites ouvertures dans les murs des chapelles latérales. Cependant, la dédicace qu’on peut lire sur une plaque au côté droit du transept, a été faite à « saint François Xavier », évangélisateur non-violent de l’Extrême-Orient au XVIe siècle, en même temps qu’à la « Bienheureuse Marie Vierge Immaculée » et le bâtiment n’a pas été orienté vers le tombeau de Jésus, mais selon le plan déjà tracé de la ville.
Cet édifice, dont l’architecture sans artifice laisse comprendre l’organisation, masse de briques roses rythmée par des chaînes de pierre grises, harmonie de volumes hiérarchisés, reste une expression du bon sens organisateur, suggérant la grandeur sans écraser ni exalter l’individu. « 
(D’après l’Etude de quelques monuments représentatifs de l’art français à Saïgon dans les années 1877-1908 par Lê Thi Ngoc Anh in BSEI – 1973)
Tout compris, construction et ameublement de l’église, les frais, supportés par la Colonie, ont été de deux millions cinq cent mille francs (2.500.000 fr.).
En face de la Cathédrale, au milieu du parterre qui orne la place, s’élevait depuis 1902 la statue de Mgr Pigneau de Béhaine, évêque d’Adran, due au talent de M. Lormier. L’érection en a été faite avec beaucoup de solennité et devant une foule nombreuse, sous la présidence de Mgr Mossard, qui a béni le monument et de M. De Lamotte, lieutenant gouverneur de la Cochinchine.
Vicaires Apostoliques de la Cochinchine Occidentale :
Dominique Lefebvre, de 1852 à 1865.
Jean-Claude Miche, de 1865 à 1873.
Isidore Colombert, de 1873 à 1894.
Jean-Marie Dépierre, de 1895 à 1898.
Lucien Mossard, de 1898 à 1920.
Victor-Charles Quinton de 1920 à 1924.
Isidore Dumontier, depuis 1926.
(Extrait de « L’Indochine Moderne » 1931 – Teston et Percheron – Librairie de France)
Victor Goloubew (1878-1945) (AP0432)
« Né à Saint Pétersbourg, Victor Goloubew appartient à une riche famille de l’aristocratie impériale. Après des études de sciences naturelles à l’université, il épouse Nathalie de Cross. Le couple séjourne quatre années dans le duché de Bade où Victor étudie la philologie, l’histoire de l’art et l’archéologie. Puis les époux s’établissent à Paris en 1905 avec leurs deux enfants, Victor et Yvan. En 1908, Nathalie rencontre le poète D’Annunzio qui exerce sur elle une fascination souveraine. Bien que la séparation des époux soit inéluctable, Victor Goloubew lui demeure fidèle jusqu’à sa fin misérable en 1945.
Il porte un vif intérêt aux arts de l’Asie, en particulier à la peinture chinoise. Vers 1914, il fonde la revue Ars Asiatica. Ruiné par la révolution soviétique, il choisit d’être archéologue. En 1920, il est nommé membre temporaire de l’E.F.E.O. qu’il servira pendant 25 ans, la dirigeant par intérim, pratiquant des fouilles et publiant ses recherches. Il accompagne Louis Finot à Angkor où il fera par la suite de nombreux séjours.
Affecté au service de la documentation photographique, il se spécialise dans les questions iconographiques. En 1923, il obtient la direction du département des études et de l’histoire de l’art. En 1926, il est chargé des fouilles à Sambor Prei Kuk puis, en 1927, il prend les fonctions de bibliothécaire de l’E.F.E.O. En 1936 il devient directeur du musée Louis Finot.
La dernière décade de sa vie est consacrée à la vie administrative de l’E.F.E.O. Bloqué en Indochine par la guerre, il meurt à l’hôpital de Hanoï des suites d’une crise cardiaque ».
(D’après Jérôme Ghesquière, Responsable des archives photographiques du Musée Guimet. Extrait de son intervention lors du colloque AAVH – Musée Albert Kahn en 2002 : « Sauvegarde des Images Fixes et Animées relatives au Viêt Nam d’Autrefois »)
La société « Brossard et Maupin » (AP0433)
L’entreprise Brossard et Maupin, à l’origine de nombreux bâtiments administratifs est l’une des plus anciennes entreprises d’Extrême-Orient. M. Brossard exécuta ses premiers travaux en Indochine vers 1890. La société a construit à cette époque le chemin de fer des Charbonnages de Hongay.
Association avec M. Chopin en 1906.
Au début des années 20, la société est mise en difficulté par la chute de la Banque Industrielle de Chine.
Une nouvelle société du même nom s’ouvre en 1924.
Exemple de réalisations : infrastructures sur le chemin de fer de Viet Tri à Lao Kay ; sur celui du Yunnan ; la gare d’Hanoï ; 6000 mètres de quais à Saïgon ; le Marché Central de Saïgon ; des appontements ; de nombreux immeubles de rapports ou de banques ;  les premiers immeubles de 4 à 5 étages de la rue Catinat etc.
A Singapour : les immeubles de la Banque de l’Indochine ; la « Chartered Bank » ;  la gare.
Au Yunnan : le Grand Hôtel de Pékin ; le Pont de la victoire à Canton etc.
(Comité de Rédaction)
Hué – Ecole des Hau Bo – Le Thuong Bac (AP0451)
« L’Ecole des Hau Bo (Aspirants-mandarins), de Hué a été créée le 5 mai 1911.
Cette institution a pour but de donner un supplément d’instruction moderne nécessaire aux Tien Si et Pho Bang aux Cu Nhon et Tu Tai membres de la Famille royale ou de la classe mandarinale, élite du peuple annamite, appelés à servir le Gouvernement royal tant dans l’administration que dans l’enseignement.
Ces lettrés annamites font ainsi un stage de 3 ans avant d’être nommés dans les fonctions publiques.
La création de cette école spéciale a été étudiée par M. Logiou, alors Directeur du Quoc Hoc et préparée par M. Labbez, Administrateur de 1ère classe des Services civils, sous les auspices de MM. les Résidents Supérieurs Groleau et Sestier. Elle fut inaugurée par S. M. Duy Tan et le Résident Supérieur Sestier le 28 juillet 1911.
L’école est installée dans l’ancien local appelé Thuong Bac (Service des commerçants venus par mer), situé sur la rive gauche de la Rivière parfumée, à la sortie de la porte Sud-Est, militairement appelée Mirador VIII.
Ce local, antérieurement dénommé Cong Quan (Hôtel des passagers officiels), installé dans la citadelle, en face des bâtiments du Phu de Thua Thien ou préfecture de Hué, avant 1885, fut transféré à l’endroit actuel par ordre de S.M. Tu Duc en 1875 et appelé désormais Thuong Bac.
Le Thuong Bac était composé de cinq bâtiments dont le principal destiné à la réception des Ambassadeurs existe et sert actuellement de salles de classe aux Hau Bo. Le Van Minh Hoang Cao Khai (voir AP3511) l’a surélevé lorsqu’il y habitait pendant son séjour à Hué et l’a garni d’un plafond, de portes, de fenêtres et d’un parquet en bois.
Dans l’aile gauche de ce bâtiment était installé le Thuong Bac Ty ou Bureau des Affaires étrangères, sous les ordres d’un Vien Ngoai (Chef de division) détaché du Ministère des Rites. A l’aile droite se trouvait le Hanh Nhon Ty (Bureau des voyageurs), sous la direction du Vien Ngoai, un prêtre indigène qui fut agréé, par S. M. Tu Duc comme Interprète du gouvernement, avec le titre de Tham Bien au Thuong Bac.
Les quatre autres annexes étaient occupées par le personnel des deux Bureaux et le Père Hoang qui enseignait le français, l’anglais, le siamois et le laotien à une trentaine d’élèves.
Dans ce local du Thuong Bac fut reçue, en fin 1879, la dernière ambassade d’Espagne dont les membres furent logés au Su Quan, hôtel des Ambassadeurs), sur la rive droite, où étaient logés les premiers chargés d’affaires de France avant la construction de l’Hôtel de la Résidence Supérieure. Ce Su Quan était à l’emplacement actuel du pavillon des officiers se trouvant derrière la Résidence Supérieure et de la Caserne de la 10e coloniale.
Après l’affaire de 1885, le Thuong Bac devint la Résidence du Ministre-Régent Nguyen Van Tuong, chargé du Gouvernement provisoire pendant la fuite de Ham Nghi. Il devint ensuite le quartier général du corps d’occupation de l’Annam. Après le départ du Général Munier, il resta inoccupé pendant de longues années jusqu’au moment où S. E. Hoang Cao Khai vint y loger en 1897. Celui-ci lui apporta plusieurs modifications et lui donna la physionomie qu’il a jusqu’à présent.
Le local était devenu, après le départ de S. E. Hoang Cao Khai, logement particulier du Prince Buu Liem, par ordre de S. M. Thanh Thai.
Le Gouvernement annamite l’a racheté en 1908 pour y installer la première école de filles annamite. Enfin en dernier lieu il servit de logement au Précepteur de S. M. Duy Tan ».
(Nguyen Dinh Hoe, Sous Directeur à l’Ecole des Hau-Bo – BAVH 1915/1)
S.E. Nguyen Dinh Hoe (AP0451)
Mandarin et Lettré, Nguyen Dinh Hoe fut un « acteur essentiel de l’Association des Amis du Vieux Hué, et un témoin privilégié de son époque ».
Voir l’article de Jean Despierres (BAVH 2001 – N°6) sur sa biographie.
Sommaire :
1 – Une jeunesse de Marin.
Naissance dans le quartier de la Marine Royale – Rôle de la Marine dans l’histoire du Viêt Nam – Le jeune marin Nguyen Ðình Hoe –  Au collège des interprètes avec le Père Hoàng – Le voyage à Saïgon – La rencontre avec Pierre Loti – Embarquement sur la « Lionne ».
2 – Le Secrétaire-Interprète : Colonnes de police et ambassades – Les Secrétaires Interprètes – Première colonne de police au Quang Ngai et au Quang Nam – Ambassade en France – Deuxième colonne de police au Nghê An
3 – Le professeur
Nguyen  Dình Hoe, professeur au Quoc Hoc – A l’école des Hau Bo.
4 – Le Haut fonctionnaire
5 – La retraite et la mort.
L’histoire de la vie de Nguyen Dình Hoe a été racontée par  Léon Sogny dans un article de la revue « Indochine » (Avril 1941) suivi d’un autre article, plus documenté, dans le BAVH.
(Comité de Rédaction)
Ton That Han, Régent d’Empire (AP0452)
S.A. Ton That Han, prince de Pho Quang est né en 1854 à Lac Thé (Annam). Il appartenait au 5° degré de la famille royale et était l’arrière-petit-fils de l’Empereur Hoang De (Gia Long).
En 1879, il fut reçu à l’examen de sortie du collège de Quôc Tu Giam. En 1880, il entre dans le gouvernement annamite et est affecté au bureau provincial de Quang Ngai. Puis, ce fut la succession chronologique de ses diverses fonctions jusqu’aux charges  les plus élevées du mandarinat : 1886 : Tri Huyen ; 1889 : Tri Phu ; 1891 : nommé Lang Trung ; 1894 : nommé An Sat de Ha Tinh ; 1895 : Bo Chanh  à Ha Tinh ; 1896 : Tuan Phu à Ha Tinh ; 1901 : Tong Doc de Quang Nam, puis d’An Tinh. (Voir AP0824 pour les les grades dans l’administration annamite)
1906 : élevé aux fonctions de ministre de la Justice, membre du Co Mat ; 1907 : Régent d’Empire à l’avènement de S.M. Duy-Tân et nommé Hiep Ta Dai Hoc Si ; 1909 : cumule avec les fonctions de ministre de la Justice, celles de Chef du département des Rites et du Service de Censure ; 1911 : nommé vicomte de Pho Quang ; 1916 : nommé membre du nouveau Conseil Secret institué par S.M. Khai Dinh et élevé au titre de comte de Pho Quang ; 1917 : nommé Thai Tu Thien Bao, Dông Cac Diên Hoc Si, membre du Conseil de Gouvernement ; 1920 : nommé Thai Tu Thieu Bao, Vo Hien Dien Dai Hoc Si ; 1925 : nommé Régent d’Empire, après la mort de S.M. Khai Dinh, en vertu de la convention du 6 novembre 1925 (c’est à ce titre qu’il présida les cérémonies du Nam Giao en 1927 et 1930 – voir AP2546 et AP2946). Il asssure effectivement les fonctions de Régent de 1924 (date de la mort de Khai Dinh) à 1932, date du retour de France de S.M. Bao Dai. A ce titre il représente le souverain aux cérémonies de la cour durant cette période (funérailles du souverain, intronisation…) ; 1932 : admis à la retraite définitive après avoir été élevé au grade de Can Chanh Dien Dai Hoc Si ; 1933 : désigné comme Conseiller vénérable de l’Empire et élevé au titre de duc de Pho Quang (voir AP0647) ; 1944 : élevé au titre de prince de Pho Quang Quan Vuong.
(D’après l’index général du BAVH)
 
L’archipel des Cu Lao Cham (AP0465)
Cet archipel, à une douzaine de kilomètres environ de la côte du Quang Nam, au large de l’embouchure de la rivière de Fai Fo, est le principal centre des groupements de salanganes, hirondelles de mer.
L’archipel comprend 7 îles principales.
 » La plus importante, qui est désignée sur les cartes sous le nom de Cu Lao Cham, mesure environ 8 km sur 4 et forme un massif montagneux avec un sommet majeur de 518 m. La côte est ceinturée de falaises, sauf sur la plus grande partie du bord Ouest qui offre plusieurs points accessibles, en particulier celui d’un havre autour duquel se dispersent les habitations du village de Tân Hop.
Ce coin d’île est assez prospère : les creux des courtes vallées sont naturellement irrigués et  produisent les riz et les plantes alimentaires nécessaires à la population de l’île. Les pêches sont faciles dans les eaux mêmes des îles ; celles-ci sont bordées par des étendues corailleuses au milieu des quelles, chassant les polypes fixés, puisant parmi les algues, vivent d’abondantes espèces : poissons, coquillages, holoturies, dont les prises sont conduites dans les grands marchés de la côte et plus exclusivement sur le marché de Fai Fo…/…
Ces îles rocheuses sèment les masses de leurs durs squelettes aux arêtes des montées, ou les opposent aux brisants en constituant la falaise. Là, leurs granits sont creusés sur plusieurs points de grottes marines dont les voûtes sont établies par l’affrontement même des rocs dominant les couloirs formés par le seul déblaiement  des terres entraînées par l’incessant travail des eaux. Certaines de ces cavernes marines laissent aborder sous leur abri un flot moins aigre, comparable à celui qui pénètre les chambres des falaises de Provence, prolongeant sous le roc la tranquillité des eaux des calanques.
Dans le total, on ne compte que quatre grottes où fréquentent et nichent les salanganes. : elles sont désignées Hang Kho (la grotte sèche), Hang Ca (la grande grotte) Hang Vo Vo (la grotte des guêpes maçonnes), et Hang Tây (la grotte de l’Ouest)…/…
Les Cu Lao Cham semblent tenir une place importante dans l’histoire des Cham : le nom seul en témoigne. On dit que les rois du grand royaume avaient installé dans les hauteurs de ces îles leur palais d’été et que se tenait, vraisemblablement dans l’une des formations les plus hostiles à l’accès, un lieu de détention pour les condamnés aux lourdes peines et de durée.
Les Cu Lao Cham ont servi durant des époques pour les ravitaillements en eau et en bois.
(D’après Albert Sallet in BAVH – 1930/1)
Nids d’hirondelles (AP0466)
 » La septième urne dynastique du temple The Mieu (voir AP0352 et AP0596) dans le palais impérial de Hué porte le nom de Tuyen Dinh. Elle retient parmi les détails qui la décorent un certain motif représentant des oiseaux qu’identifient les caractères Yên Oa. Il s’agit des salanganes, c’est à dire des oiseaux aux nids comestibles. Ce sont des espèces qui fréquentent les grands rochers marins, côtes des continents ou écueils des îles dépendant de la partie sud de la mer de Chine.
Les salanganes et leurs nids méritaient bien de figurer sur les grandes urnes du Palais au milieu des détails jugés dignes de remarque parmi les choses et les conditions relevant du pays d’Annam. Dans le nombre des nids qui s’exportent à travers le monde d’Extrême Asie pour les tables des riches et des grands, on sait que ceux des côtes de le vieille Cochinchine sont tenus en particulière estime.  Il est inscrit en Annam, parmi les mets acceptés avec faveur pour les repas du souverain, huit productions particulières qui sont de provenance indigène et que l’on nomme Bat Tran, les « huit précieuses ».
…/…Les nids d’hirondelles sont classés parmi les aliments les plus recherchés en Extrême-Orient. L’oiseau a plusieurs noms en annamite et en sino-annamite ; c’est le Collocalia Francica Germaini Oustalet ; mais il y a plusieurs espèces ; le nid en forme de bénitier a été l’objet d’une abondante littérature ; il est fait avec un mucus secrété par les glandes salivaires ; l’oiseau habite dans les rochers depuis Java jusqu’au Nord du Tonkin, de préférence au bord de la mer, en Annam, surtout dans les environs de Tourane ; l’exploitation, très difficile, a toujours été affermée ; les nids sont classés en plusieurs catégories, quelques-uns vendus très cher ; c’est pourquoi on les fraude ; utilisés comme aliment, ou comme médicament ; la récolte donne lieu à certaines cérémonies cultuelles et à certaines croyances folkloriques.
 » Ces glandes, dit Bernteim, secrètent une quantité considérable d’un mucus épais, visqueux, qui vient s’amasser à la partie antérieure de la cavité buccale. Ce liquide ressemble assez à une solution saturée de gomme arabique ; il est très visqueux et filant. Si l’on en tire un fil de la bouche, et qu’on l’enroule autour d’un bâton, on peut retirer toute la salive de la bouche et même les conduits excréteurs. Elle se dessèche très rapidement et ressemble tout à fait à la substance qui compose les nids. Au microscope, elle présente le même aspect, mise entre deux feuilles de papier, elle les agglutine comme le ferait une solution de gomme. On peut même en entourer des brins d’herbe et les coller les uns aux autres ».
(Dr A. Sallet. « Les Salanganes et leurs nids comestibles » BAVH, 1930)
 
Saïgon – Le monument aux Morts (AP0468)
Le monument aux morts de la guerre 1914-1918 de Saïgon s’élevait sur une place derrière la cathédrale, à l’entrée de la rue Garcerie.
Il se composait d’une colonne à section carrée, surmontée d’une gloire ailée, debout sur un hémisphère et tenant dans les mains une guirlande fleurie. Cette statue était l’œuvre du sculpteur Gustave Hierholtz qui, d’après son petit-fils Jacques Hierholtz, s’inspira de sa femme pour la réaliser.
Au pied de la colonne, un groupe en bronze représentait un poilu et un soldat annamite debout devant un drapeau déployé. Sur les trois autres faces du pied de la colonne, des dragons en pierre déroulaient leurs anneaux.
En avant du monument, sur un petit socle en maçonnerie, une urne de bronze contenait une poignée de terre recueillie à Verdun.
Gustave Hierholtz, né à Lausanne en 1877, de parents alsaciens fit ses études à l’Ecole Nationale des Arts décoratifs à Paris. Après un séjour en Algérie, il est mobilisé en 1914 et part pour l’Indochine en 1915. Grièvement blessé au cours d’un combat contre les rebelles, il est rapatrié en France pour y être soigné.  De retour à Hanoi en 1919 comme directeur de l’Ecole des Arts appliqués, il est l’auteur, entre autres œuvres, du monument aux morts de Hanoï (voir AP2150), inauguré le 11 novembre 1928 et de la statue du maréchal Foch inaugurée le 11 novembre 1932.
Rentré définitivement en France en 1935, il installe son atelier à Sceaux et y travaille jusqu’à sa mort survenue en 1957.
(D’après  « l’Album de mon grand-père » de Jacques Hierholtz. Fontainebleau – 1981)
Albert Sallet et l’identité cham (3) (AP0470)
Pour les première et deuxième parties, voir AP0391 et AP0392.
Troisième partie : le Sud Annam et les derniers cham.
 » On est surpris de rencontrer, enclos sur de médiocres espaces dans les deltas méridionaux de I’Annam, de misérables groupements organisés en villages. Pour des raisons dues à des craintes obscures, l’arbre fait défaut et la triste impression s’en accroît. Or, les habitants de ces groupes présentent des caractères ethniques qui les différencient immédiatement des Annamites leurs voisins. Détails physiques, costume, langage, religion, coutumes, tout les place à part, sans lien de parenté acceptable. Du reste, l’homme de I’Annam les considère avec mépris il les nomme Moï, ce qui signifie « sauvages », quand il ne descend pas au terme pire de Loï, en les apparentant aux sauvages de la Chaîne, sur un plan presque égal à celui de l’animal. Mais l’administration d’empire les inscrivait sous le nom de thô,  » ceux de la Terre « , semblant consacrer ainsi leurs droits de priorité.
Pour eux, pour l’histoire d’autrefois et l’histoire du monde, ils sont les Cham et leur pays était le Champa du nom symbolique d’une fleur au parfum fragrant, pour laquelle notre science européenne des plantes a gardé le vieux mot sanscrit, en désignation de l’espèce représentée. La race cham disparaît. Son développement sur les territoires d’Annam se limite aux plaines de Phan thiêt, de Phan Ri et de Phan Rang dans l’ancien Binh Thuân.
Les mauvais espaces, triste lot que les Cham occupent dans l’aridité des sols sableux et la sévérité des brousses, portent encore l’empreinte nette des efforts que tentèrent, il y a quelques siècles, des ancêtres habiles et laborieux. Les temps ont changé et les volontés sont lasses. Je revois cette malheureuse campagne dont j’ai suivi si souvent les routes entre Tinh My, l’ancienne cité royale, le « palei chnar » des Chroniques et le Sông Luy, « le fleuve du rempart », parce qu’il coupe plus haut une citadelle restée sans Histoire. On abandonne la forêt pour la plaine brûlée à longueur d’année par un soleil, auquel succèdent, sur un temps très court d’hiver, des pluies qui ravinent mais ne séjournent pas. Une flore buissonnante d’espèces généralement épineuses se disperse un peu partout, mais dans les espaces libres, sans nul souci ni grand travail ; l’homme de ces terres a jeté ses cultures mêlées : cotonniers, sojas, patates, riz. Le domaine cham est pauvre, surtout quand on compare son étendue actuelle avec celle des territoires d’autrefois. Car l’homme d’Annam, venu des grands deltas du Nord en conquérant, s’est emparé de tout ce qui était meilleur. Il se réserva le bord marin aux pêches abondantes, et il revendiqua les terres aux alluvions plus riches. Le Cham était sans défense, mais les Annamites immigrés, soit frappés d’exil, soit installés dans le pays en garnisaires, restaient le plus souvent sans scrupule ni aveu.
Le triomphe définitif de la maison d’Annam, au début du XIXème siècle, a marqué formellement le point d’agonie de la race cham : les terres furent plus que jamais envahies et le peuple, gouverné par son ancien vainqueur, connut des tribulations pires. La vieille prophétie justifiait sa parole :
 » Alors, les fils des Cham connaîtront la plus profonde désolation ! « .
Le dernier seigneur cham, Pô Chneung, agissant encore en manière de roi, désespérant des pitiés, des justices mais aussi de l’avenir de la race bouleversée, se résigna à l’exil. Il s’en alla vers des plaines meilleures où d’autres Cham, avides de tranquillité, l’avaient précédé en d’importants exodes ; leur vieil ennemi à travers l’histoire, le peuple khmer les avait accueillis.
Pô Chneung quitta le Binh Thuân pour le Cambodge en 1823 : c’était la quatrième année du règne de Minh Mang, cet empereur d’Annam qui fut particulièrement dur au peuple cham. La moitié des familles accompagnait le dernier Roi.
Les Cham ne sont plus maintenant que quelques milliers dans l’Annam et leur nombre décroît sans cesse. Du moins ceux qui restent ont conservé,  en dépit de tout, le culte de la tradition et la fidélité entière au passé. C’est de cette fidélité et de cet attachement que meurt une race qui ne se laisse pas assimiler et ne demande rien. J’aurai à le redire. Quant à ceux qui se réfugièrent en Cochinchine ou au Cambodge, ils ont nécessairement oublié bien des choses : mais depuis longtemps les conditions de leur vie sont devenues préférables »
(Extrait d’une conférence d’Albert Sallet, ex-conservateur du Musée des Antiquités Cham de Tourane, « Un peuple qui disparaît – les Cham du Sud-Annam », parue dans les bulletins de la Société de Géographie de Toulouse. N° 118 et 120 de 1936)
Le sacrifice du buffle : la mise à mort (AP0496)
 » Les femmes dansent, les cris s’élèvent, les tam-tams résonnent furieusement et le vieux qui est venu s’accroupir pontifie. Il invoque les ancêtres, les invite à la fête, puis jette à l’aide d’un petit goupillon de bambou des gouttes d’alcool aux quatre points cardinaux, ce seront ensuite des pincées de sel et de riz. La scène a réellement grande allure à la lueur des feux immenses allumés tout autour des maisons.
Les invocations du vieillard s’accélèrent. Il se met à genoux levant les bras au ciel. C’est le moment le plus grave de la cérémonie, celui où l’officiant demande aux ancêtres ce qu’il faut faire… La réponse sera donnée par le goupillon que le vieillard lancera sur les couvertures et qui sera favorable s’il tombe dans la poche, défavorable s’il tombe à terre.
Sa Mo, 10 heures ; la fête bat son plein, femmes, enfants, tout le monde danse au son des gongs et des tam-tams…/… Le vieux, après avoir recueilli un bol de sang du mufle de la bête, a repris sa place sur la natte des offrandes.
La cérémonie d’hier recommence et les ancêtres nous sont favorables. Le vieux part ensuite aux quatre coins du village, jeter aux génies du sang du buffle, du sel, du riz, des entrailles de coq. Il appelle ensuite les ancêtres à grands cris pendant que les hurlements et les tam-tams font rage. Puis il encense le buffle, lui jette sur le corps l’eau et le sel et confie la lance pour tuer la bête à un notable. Le buffle attaché par les naseaux est libéré. il n’est maintenu au poteau que par le licol de cinq mètres de long environ. C’est presque une corrida. L’animal est vigoureux, il fonce sur l’adversaire à chaque coup de lance. Il est en rage, couvert de sang, il renifle bruyamment et recule pour foncer à nouveau ; le lien va se rompre. Le vieux chef de Sa Mo intervient. Il redresse sa vieille carcasse, saisit la lance et, plein de défi, avance vers le fauve. Les Ka Tu poussent des hurlements, le buffle charge ; le vieux, impassible, reste sur place, mais sa lance rapide va se ficher au coeur… Le buffle chancelle et s’affaisse…/…
(Le Pichon : Les chasseurs de sang – BAVH 1938/4)
Les sampans et les sampaniers de Hué (AP0517)
A Hué, le sampanier a lié sa vie à celle du fleuve, elle lui donne refuge et subsistance. On pense que les sampaniers de Hué, il y a plusieurs générations de cela, ont quitté les abords d’une des plus grandes lagunes du Centre Vietnam pour trouver une vie meilleure sur les bords de la Rivière des Parfums. Leur occupation principale était la pêche et le commerce qui s’y rattache, ainsi que le transport des passagers et des marchandises.
Plus récemment, l’ensablement de la Rivière des Parfums qui a empêché de transformer Hué en port de commerce international, a apporté aux sampaniers qui la draguent un moyen de vivre. Le sable et le gravier tirés du lit de la Rivière leur apportent un revenu par la vente à des intermédiaires, qui eux-mêmes vont revendre le tout à des entreprises de construction. Pour ce faire, ils ont équipé leurs embarcations de grandes pelles munies d’une longue perche en bambou et treuillées par un système de tourniquet actionné par plusieurs personnes.
Une autre source de revenu est la pêche, en particulier la pêche à l’épervier (voir AP0765) dans la rivière des Parfums ou le canal de Phu Cam (voir AP2479), mais le produit de celle-ci n’est constitué que de petites fritures, qui à la vente, n’amènent qu’un faible bénéfice. La pêche sert donc principalement à la nourriture de la famille.
On voit en permanence de nombreux sampans aller et venir aux alentours du canal de Dong Ba et s’amarrer à proximité du grand marché (voir AP0517, AP0776, AP2476). Ils transportent les produits des campagnes environnantes; qui vont être proposés sur les étals du marché. Ils transportent également les paysans qui viennent vendre leurs productions.
Des sampaniers font également le transport des passagers d’une rive à l’autre de la Rivière des Parfums (voirAP0763). Avant la construction du Pont Clemenceau, ces bacs étaient même le seul moyen de traverser le cours d’eau. Par la suite, ils sont restés très actifs, même après la construction du pont. Les trois bacs les plus fréquentés aboutissaient au marché de Dong Ba, au Mirador VII, les principales entrées de la Citadelle et à la gare de Hué.
Les sampans servent aussi pour les promenades et les excursions dans les alentours de la capitale. Quelle meilleure façon de rendre visite aux tombeaux royaux que de remonter la Rivière des Parfums pour, après avoir dîné, redescendre vers Hué en sampan (voir AP0767, AP0768) pour jouir, dans le calme et la fraîcheur, de la vue des montagnes se profilant dans les eaux, pendant qu’au loin les sampaniers égrènent les notes grêles de leurs chansons (voir AP4994). Le chant des sampaniers, le Hat Chèo Do, doux et gai ainsi que les cantilènes des sampanières, plus graves et plus tristes, font partie de l’atmosphère enchantée de la capitale.
En parlant de sampans, de sampaniers et de sampanières on n’aurait garde d’oublier les fameux « sampans fleuris », promenant au clair de lune des jeunes lettrés, des vieux mandarins ou des commerçants cossus qui écoutaient avec ravissement les jolies chanteuses déclamant des poèmes ou s’enivraient de leurs charmes.
Toute la vie des sampaniers tourne ainsi  autour de leur embarcation, qui est leur outil de travail et leur domicile. Il est courant sur ces bateaux de trouver des familles constituées d’un couple, d’un grand parent et de nombreux enfants. Le nombre de 6 est courant parmi eux. En l’absence de caisse de retraite, les enfants et leur éducation vont être l’espoir de leurs parents dans une vieillesse prise en charge par leur progéniture. Ces enfants vont être aussi la raison de beaucoup de sacrifices consentis par leur père et mère.
Traditionnellement les sampans de Hué sont confectionnés avec le bois de deux arbres provenant de la région de Hué à Tourane : le Kiên-kiên, (Hopea Pierrei, Dipterocarpacées), et le Cho (Dipterocarpus Tonkinemis, autrefois appelé Pistacia Zentiscus), qui donnent ces longues planches ayant jusqu’à 16 mètres de long. Formule : les trois planches du fond en Cho, les bordages en Kiên-kiên. L’auteur (Nguyen Tien Lang) ajoute : « La formule telle quelle, est bien incomplète et sèche. Il y faut ajouter les sampaniers, la Rivière des Parfums (ou le Canal de Phu-Cam) au clair de lune, et les chants, et la musique » :
« Ah ! Que le destin de l’homme est bizarre, et comme la vie est différente du rêve… ! « 
Les sampaniers honorent leurs divinités et leurs génies particuliers. Ils entretiennent un « Mieu » en bois construit sur le bord du canal de Dong Ba à l’angle du pont de Gia-Hoi, où est célébré le culte de Ba Ha et des Nhu Hành.
(Comité de Rédaction)
Les premières relations commerciales entre Bordeaux et Tourane (1817 à 1824) (AP0519)
L’aventure commerciale du Bordelais Balguerie commence par son mariage avec Melle Stuttenberg, fille d’un riche négociant établi aux Chartrons. A la mort de son beau-père, il s’associe avec le baron Sarget pour monter une affaire d’armement maritime : « Balguerie, Sarget et Cie ».
Les traités de 1816 permettent aux armateurs français de reprendre la mer. L’objectif est de rallier la mer de Chine, de charger les cargaisons de sucre et de les ramener à Bordeaux, alors première place d’Europe pour le raffinage des sucres de canne (32 raffineries).
Balguerie obtient des autorités françaises l’admission des sucres en provenance de l’Annam, avec modération des droits.
Le navire « La Paix » quitte Bordeaux en mars 1817. Peu après, le « Henry », d’un autre armateur (Philippon), lui emboîte les voiles.
6 mois après, Chaigneau et Vannier, conseillers de l’empereur Gia Long, les accueillent à Tourane et facilitent leurs démarches. Mais les Chinois sont passés avant eux pour acheter les lots disponibles de sucre de qualité. Au retour, « La Paix » fait naufrage. Seul le « Henry » atteindra Bordeaux en août 1818.
Malgré ces déceptions, Balguerie-Stuttenberg et l’armateur Philippon tiennent à exploiter l’ouverture consentie par Gia Long. Le « Larose » (qui remplace « La Paix ») et le « Henry » repartent pour Tourane en 1819. Au retour, Chaigneau et Vannier s’embarquent sur le « Henry » pour représenter Gia Long auprès de Louis XVIII.
En 1820, seul le « Larose » repart de Bordeaux, embarquant Chaigneau, chargé en qualité d’agent de France de négocier un traité de commerce avec l’empereur Gia Long.
Mais il trouve à Hué son successeur Minh Mang qui n’a plus les mêmes dispositions que Gia Long. S’ajoutent à cela des difficultés d’ordres politique (naissance du « Parti Colonial ») et économique (suppression du « demi-droit »). Enfin, le « Neptune » de Balguerie fait naufrage dans la baie de Tourane en 1822.
Le comptoir ouvert à Tourane en 1817, géré par l’ancien subrécargue de « La Paix » ferme ses portes en 1824.
Il faudra attendre 30 ans pour que reprennent, par la force des événements politiques, les relations commerciales entre Bordeaux et Tourane.
(D’après Delphine Boissarie – Mémoire de maîtrise : « La maison bordelaise Denis Frères et l’Extrême-Orient » – 2005)
L’association du Souvenir Indochinois (AP0526)
L’association du Souvenir Indochinois a été fondée en 1917 par des mandarins et des hauts fonctionnaires ayant servi en Indochine, émus par l’importante contribution des Indochinois à la Grande Guerre : cent mille d’entre eux étaient venus en Europe combattre ou travailler pour la défense de la France.
En Indochine, des monuments sont élevés à leur mémoire :
– le monument du Souvenir Indochinois à Saïgon (voir ci-dessus)
– la stèle du Souvenir Annamite à Hanoï (voir AP2148, AP3751, AP3755).
En France, l’association du Souvenir Indochinois se donne une double mission :
– regrouper les sépultures des Indochinois
– édifier des monuments à la mémoire de leur contribution.
L’ensevelissement des morts au combat étant assuré par l’autorité militaire, le Souvenir Indochinois s’est occupé des morts d’accident ou de maladie. Trois mille tombes ont ainsi été regroupées dans plusieurs cimetières.
Des monuments ont été élevés dans six d’entre eux : ce sont les monuments du Souvenir Indochinois. En voici la liste :
1 – Les monuments érigés dans le Jardin Tropical de Vincennes.
-Le temple du Jardin Tropical de Vincennes.
C’était un très bel édifice d’architecture traditionnelle vietnamienne, construit sur le modèle d’un Dinh, maison communale, offert par la province de Thudaumot pour servir de maison de la Cochinchine à l’exposition coloniale de Marseille en 1906, puis à l’exposition coloniale de Nogent-sur-Marne en 1907. Racheté par le gouvernement français, il avait été mis en 1917 à la disposition du Souvenir Indochinois.
En 1919, l’Empereur Khai Dinh dédiait le temple aux mânes des héros morts pour la France. Le 9 juin 1920, le rescrit impérial était apporté en grande pompe au temple par l’envoyé spécial de l’empereur, au cours d’une cérémonie d’inauguration présidée par le ministre des colonies, M. Albert Sarraut, en présence du Maréchal Joffre, des plus hautes autorités civiles et militaires, des délégations des bataillons de tirailleurs ainsi que des centres d’ouvriers militaires indochinois. En 1922, l’Empereur Khai Dinh lui-même se rendait en visite à Vincennes, accompagné de son fils, le futur Empereur Bao Daï, et faisait don au temple d’un mobilier rituel.
Tel était donc le temple du Souvenir Indochinois, avec ses 64 colonnes en bois de fer soutenant la charpente et la toiture en tuiles, ses trois autels de laque rouge et or dont l’un portait le rescrit impérial, ses meubles de bois sculpté et incrusté de nacre, ses emblèmes de procession, drapeaux et oriflammes, gongs et tambours, ses céramiques bleu et blanc, son escalier d’accès orné de dragons, sa pièce d’eau, ses portiques, sa grande urne funéraire en bronze. En 1984, le temple sera détruit par un incendie d’origine criminelle puis reconstruit par l’ANAI (voir ci-dessous).
– Le Monument à la mémoire des Cambodgiens et Laotiens (E. Auberlet, architecte), érigé aux abords du Temple de Vincennes.
– Le Monument à la mémoire des Vietnamiens catholiques, le deuxième érigé aux abords du Temple de Vincennes.
2 – Les monuments du Souvenir Indochinois en province :
Marseille, Nogent-sur-Marne, Aix-en-Provence, Montpellier, Tarbes, Bergerac. Dans ces cimetières, un pylône est érigé, rappelant celui qui avoisine le pavillon de la stèle du tombeau de Tu Duc (voir AP1928).
« Autour du dinh de Thu Dau Mot exposé lors de l’exposition coloniale de Nogent-sur-Marne de 1907 se crée un sanctuaire composé par les architectes Charles Litchenfelder et Auguste Delaval. Au cimetière de Nogent, mais aussi de Montpellier, Aix en Provence ou Marseille, se dressent des pylônes commémoratifs imitant celui qui jouxte le pavillon de la stèle du tombeau de l’empereur Tu Duc à Hué. (Le Viêt Nam à travers l’architecture coloniale de A. Le Brusq – 1999)
L’Association Nationale des Anciens et Amis de l’Indochine et du Souvenir Indochinois (ANAI) est héritière depuis 1981 de l’Association du Souvenir Indochinois.
En 1981, l’ANAI prend la relève du Souvenir Indochinois et décide de restaurer le temple de Vincennes qui, faute d’entretien avait subi d’importantes dégradations.  Après l’incendie d’origine criminelle de ce monument le 20 avril 1984, c’est à une reconstruction complète qu’il fallut procéder. Le nouveau temple de Souvenir Indochinois, plus modeste que son prédécesseur à été inauguré le 4 avril 1992 par l’ex empereur Bao Dai.
 (Comité de Rédaction, d’après les interventions du général (C.R.) Paul Renaud et Mme Sabine Didelot lors du colloque organisé par l’AAVH au Sénat en octobre 2003 sur le thème : Le rôle des Associations dans la Sauvegarde de la Mémoire de l’Indochine)
Un siècle d’histoire de Tourane (1787-1888) (AP0536)
Par le traité du 28 novembre 1787 signé par l’envoyé du prince Nguyen (Gia Long) et le ministre de Louis XVI, le roi de Cochinchine et son Conseil d’Etat céderont à perpétuité à Sa Majesté Très Chrétienne, ses héritiers et successeurs, le port et le territoire de Han Lan et la péninsule (baie de Tourane), les îles adjacentes de Fai Fo au midi et de Hai Wen au Nord. Mais la Révolution et la suite des événements ne permirent pas d’occuper ces concessions.
La baie de Tourane étant le mouillage le plus voisin de Hué, c’est ici que les marins français vinrent jeter l’ancre chaque fois qu’un de leurs nationaux était molesté par les autorités annamites. Ainsi, successivement, le capitaine Laplace apparut avec la « Favorite » en 1831, le commandant Lévêque avec « l’Héroïne » en 1843, le contre-amiral Cécille en 1845, l’amiral Lapierre avec la « Gloire » et la « Capricieuse » en 1847 ; ils avaient ordre de faire des démonstrations de force pour faire cesser les persécutions entreprises par la cour de Hué et les martyres exercés contre les missionnaires catholiques français et espagnols. Ces ambassades furent parfois mal écoutées et quelques-unes, comme celle de 1847 puis celle de Montigny en 1856, durent faire usage de leurs armes pour se défendre.
Le gouvernement de Napoléon III résolut d’agir plus vigoureusement et une flotte se rendit sur les côtes d’Annam. L’Espagne, ayant à venger des insultes faites à ses nationaux, se joignit à l’expédition.
Le 1er septembre 1858, les ouvrages qui commandaient au sud l’entrée de la baie de Tourane, furent enlevés par moins de 2.000 hommes, dont un contingent hispano-philippin. Une garnison fut laissée dans la presqu’île de Tien Cha, tandis que la flotte alliée se rendait en Cochinchine pour occuper Saïgon. Les Annamites fortifièrent alors quelques points de la chaîne du Col des Nuages que l’amiral Rigault de Genouilly dut attaquer en septembre 1859. Enfin, les alliés évacuèrent Tourane le 23 mars 1860 pour renforcer leur établissement de Cochinchine.
Par le traité de Saïgon du 5 juin 1862, le port de Tourane fut ouvert au commerce français, puis par celui du 25 août 1883, ce privilège fut étendu aux étrangers. Tourane fut érigé en centre urbain et en concession par ordonnance de Dong Khanh le 3 octobre 1888.
(Extrait du Guide Madrolle – Indochine du Sud – 1939)
« Admiralty photographic library » (AP0542)
Cette photographie fait partie d’une série de 25, portant toutes le cachet « Admiralty photographic library » (bibliothèque photographique de l’Amirauté) surmonté d’une couronne ; elles doivent provenir d’un fonds britannique.
Elles sont toutes numérotées et représentent des paysages divers de la haute région tonkinoise.
Elles portent également au verso une mention manuscrite au crayon, précisant en anglais : le sujet, le lieu de la photo et ses coordonnées géographiques précises. D’après certains indices, elles dateraient des années 1925-1930.
(Comité de Rédaction)
Le port de Saïgon-Cholon (AP0563)
Le port de Saïgon est situé en bordure de la Rivière de Saïgon, affluent du Dong Naï, à 80 kilomètres environ dans l’intérieur des terres au point où s’arrête la navigation maritime et où commence une navigation intérieure très active.
Le chenal d’accès offre, sur tout son parcours, une profondeur d’au moins 10 m sous les plus basses mers et une largeur utile de 250 à 300 mètres. Contrairement à ce qui se produit aux embouchures du Mékong, aucun banc de sable ne barre l’entrée de la Rivière de Saïgon ni celle du Dong Naï, ces deux cours d’eau charriant peu d’alluvions.
Le port de Saïgon a été de tout temps accessible aux grands navires sans travaux spéciaux d’aménagement de la rivière qui y conduit. Le chenal d’accès est suffisamment large et profond, il présente assez de fixité, pour que les navires de 180 mètres de long puissent accéder au port.
Les grands paquebots des Messageries, le « Porthos », le « d’Artagnan », le « Paul Lecat », l’ »André Lebon » (ce dernier ayant un tonnage de déplacement de 19.260 tonnes) fréquentent régulièrement, et sans difficulté, le port de Saïgon. Parmi les navires les plus longs, qui ont remonté la rivière jusqu’à Saigon, on peut citer le croiseur anglais « Hawkins » qui est venu à Saïgon en 1924 ; sa longueur totale est de 184 mètres.
Les navires profitent souvent du flot pour accéder au port mais, la vitesse des courants de marée n’étant que de 2 à 3 nœuds, ils peuvent remonter la rivière à toute heure de marée. Toutefois, sauf pour les courriers postaux, le port n’est ouvert que de jour aux mouvements des navires. Pour rendre l’entrée et la sortie des grands navires moins dépendantes des heures de marée et pour permettre an besoin l’augmentation de longueur des bateaux fréquentant le port de Saigon quelques aménagements de la rivière ont été entrepris ces années dernières (vers 1930) ; on a dragué un banc d’argile dure et de pierre de Bien Hoa dit « banc de Corail » et amélioré la rivière au droit de quelques coudes tels que le « coude de l’Est ». Ces aménagements ont donné de bons résultats.
Le port de commerce de Saïgon comprend deux parties distinctes : le port maritime et le port fluvial, réunis sous la gestion d’un même Conseil d’Administration.
Le port maritime de Saïgon a été délimité par le décret du 4 juin 1896, modifié par les décrets du 23 octobre 1897 et 4 juin 1901. Il s’étend, en aval du port de guerre, à partir de la place Rigault de Genouilly. Des arrêtés ont rattaché au port de Saïgon le port de Cholon et les canaux reliant ces deux ports ainsi que toute la voie d’accès depuis la baie de Ganh Rai.
D’autre part, un décret du 2 janvier 1914 a constitué le port de Saïgon en établissement public autonome, investi de la personnalité civile et géré par un Conseil d’Administration, dans des conditions analogues à celles fixées par les lois du 5 janvier 1912 et du 12 juin1920 pour les ports maritimes de commerce de la métropole.
Ce Conseil, présidé obligatoirement par le Président de la Chambre de Commerce de Saïgon, se compose de quatorze membres dont trois sont désignés par le Gouverneur général, un quatrième est choisi par la Chambre de Commerce, en dehors de son sein, les dix autres représentent les diverses assemblées élues de la Cochinchine et du Cambodge.
L’autorité du Conseil d’Administration s’étend sur tout le territoire du port de commerce ; c’est lui qui dispose des taxes perçues au bénéfice du port de commerce et de toutes les ressources affectées à son budget ; il établit les programmes de travaux, les fait exécuter et exploite ou fait exploiter pour son compte l’ensemble des ouvrages du port. Il est obligatoirement consulté sur l’organisation et le fonctionnement du service des phares et balises, de la police sanitaire, du pilotage ; sur l’organisation matérielle des services de Douanes dans les limites du port de Commerce ; sur les règlements de police du port et de ses accès ; sur l’établissement ou la modification des tarifs de chemins de fer desservant le port ou y aboutissant.
Toutefois, comme tout établissement public, le port est placé sous la tutelle administrative, en ce sens que les décisions les plus importantes du Conseil d’Administration doivent être soumises à l’approbation de l’Autorité administrative…/…
(Extrait de « L’Indochine Moderne »  1931 – Teston et Percheron – Librairie de France)
Léon Sogny, Directeur de la Sûreté et Baron d’Annam (AP0571)
« Mon père Léon Sogny a consacré sa vie à l’Indochine et surtout à l’Annam pendant quarante ans. Il a exercé les plus hautes fonctions dans le domaine de la sécurité du territoire. Il ne nous a, hélas, laissé aucun document relatif à sa vie : il ne parlait jamais de ses activités professionnelles. Sa biographie ne peut donc être que succincte, ce qui est d’autant plus regrettable que ses mémoires auraient constitué un apport considérable à la connaissance de la proche histoire de « l’Annam ».
Mon père est né à Douai le 25 juillet 1880. A l’âge de 18 ans, il contracte un engagement dans l’artillerie de marine et participe, comme maréchal des logis, à la Campagne de Chine (1900-1901) contre les Boxers (voir AP4647). Il rentre en France en 1902 et, son congé terminé, demande à achever son contrat en Indochine. Il découvre alors un immense champ d’activité et décide de s’y installer.
Il a d’emblée compris que pour être proche des populations il était indispensable de parler leur langue.
Dés le 1er janvier 1904, il obtient son premier brevet de langue annamite. Parallèlement, il entame l’étude des caractères chinois. Il ne cessera jamais de se perfectionner pour mieux pénétrer l’histoire et les civilisations indissociables de ces deux pays.
Il entre dans la Garde Indigène le 10 novembre 1904 et est affecté à Hué en avril 1905. Toute sa carrière se déroulera désormais en Annam.
La qualité de ses services et le fait qu’il parle admirablement la langue annamite le désignent en 1906 pour assurer la sécurité personnelle de l’Empereur.
Il acquiert l’estime des gouvernements des deux pays.
Au début de 1908, il est appelé à Faifo (actuelle Hoi An), où il participe, une année durant, aux opérations de pacification consécutives aux troubles qui se produisirent au Quang Nam.
De janvier 1909 à janvier 1913 il est chef de poste à An Diem aux confins de la région Moï de la même province (voir AP0023). Par la confiance qu’il inspire aux montagnards et la compréhension fondée sur les contacts personnels dont il fait preuve, il parvient à faire régner la paix entre les clans qui vivent en état de guerre quasi permanent et à assurer la sécurité des commerçants annamites qui pénètrent dans le haut pays. Le 1er janvier 1913, promu au grade d’inspecteur, il est rappelé à Hué pour commander la brigade de la Garde Indigène de la province de Thua Thien et créer le bureau politique de la Résidence Supérieure en Annam.
En 1914, espérant être mobilisé et participer à la guerre, il suit à Hué une période d’instruction d’officier de réserve.
En 1918, alors qu’il se trouve en France, il est rappelé d’urgence en Indochine où les autorités lui confient la responsabilité de créer et de diriger le Service de la Sûreté en Annam, fonction qu’il exercera jusqu’à son admission à la retraite en 1941.
Mon père restera toujours mortifié et presque honteux de n’avoir pas eu la possibilité de se battre pour la France.
Pendant presque un demi-siècle, mon père sera étroitement mêlé aux événements qui ont marqué l’histoire de l’Indochine.
Il s’est toujours efforcé de consolider, grâce à sa connaissance profonde du pays et des gens, les relations politiques de la cour et du protectorat. Ses rapports avec les personnalités annamites de toutes tendances et aussi avec les populations ont toujours été empreints de tolérance et de respect.
Dès avant 1939, mes parents décident de terminer leur vie en Annam et font construire une maison à Hué. Le 7 mai 1939, mon père est élevé, par Sa Majesté Bao Dai, à la dignité de Baron de la Paix, (An Binh Nam).
L’ordonnance du roi est particulièrement élogieuse, « envers ce Français dont la précieuse collaboration fut décisive en maintes conjonctures délicates pour ramener l’ordre et la paix. Son dévouement inlassable et désintéressé à la chose publique lui a valu l’admiration affectueuse et l’estime générale de la Famille Royale, de la Cour, et du peuple « .
En 1941 mon père prend sa retraite avec le grade de Contrôleur Général de la Police. Il est toutefois maintenu à son poste et sera de nouveau requis en 1945 par le Haut Commissaire en Indochine, pour exercer auprès de lui les fonctions de conseiller politique.
Après tant d’années de vie sous un climat difficile, sa santé s’est dégradée. Il doit encore subir les dures épreuves physiques et morales d’un an de concentration et de restrictions de toutes sortes imposées par les Japonais de mars 1945 à avril 1946.
En 1947 il connaît pendant 45 jours les rigueurs du rude siège de Hué. Ces événements précipitent sa fin et il s’éteint à Hué le 26 mai 1947 où il repose encore, conformément à sa volonté, au cimetière de Phu Cam.
Sur son tombeau une main anonyme a fait graver l’épitaphe suivante :
 » Le sage n’est plus, qui donc nous conseillera ? « …/…
Parallèlement à ses fonctions officielles, mon père, travailleur infatigable et curieux des hommes et des choses d’Annam, a été, en 1913, sous la direction du Révérend Père Cadière, l’un des fondateurs de l’Association des Amis du Vieux Hué, dont il fut trésorier puis enfin Secrétaire Général. Il était lié d’une profonde amitié avec les autres fondateurs, en particulier le docteur Albert Sallet (qu’il appelait le « Vieux Galonnier ») et Monsieur Henri Cosserat.
Sa collaboration au bulletin trimestriel de cette association, qui parut sans interruption de 1914 à 1944, s’est manifestée par de très nombreux articles. Le premier, relatif aux urnes dynastiques du Palais, a paru dans le N°1 du bulletin en 1914.
Mon père s’efforça d’étudier méthodiquement les monuments impériaux de la Capitale, la généalogie des familles royales, les coutumes religieuses, le cérémonial, les objets du culte, les îlots de populations ayant survécu à l’expansion annamite, la vie et l’oeuvre des anciens mandarins, les événements historiques, enfin l’oeuvre des Français et des Annamites qui ont marqué l’histoire de l’Annam.
Son érudition était grande au point que lettrés annamites ou français s’adressaient à lui pour obtenir des précisions sur les sujets les plus ardus.
C’est avec un grand déchirement qu’il a vécu en 1946 la destruction et le pillage des collections uniques du Musée, ainsi que de la Bibliothèque de l’Association des Amis du Vieux Hué qui n’abritait pas moins de 5000 ouvrages dont un bon nombre étaient uniques.
Il était aussi membre de la Commission Municipale, du Conseil du Protectorat, du Conseil Français des Intérêts économiques et correspondant de l’Ecole Française d’Extrême-Orient. Il était Chevalier de la Légion d’Honneur.
(Extrait du  BAVH N°5 / Année 2000). Ce texte a été lu par Annick Marien à l’occasion du colloque organisé en 2000 à l’Université de Nice Sophia-Antipolis sur le thème : « Recherches institutionnelles et non institutionnelles »)
Léon Sogny et la langue annamite (AP0572)
« …/…J’ai parlé à M. Génibrel. C’était un bon professeur. Je connais un annamitisant de haute valeur qui lui doit beaucoup. C’est mon vieil ami M. Sogny. J’espère qu’un jour prochain il nous racontera lui-même, comme il savait raconter, dans quelles circonstances il fit connaissance avec le P. Génibrel.
Mais ce qu’il ne dira certainement pas, et ce que je dois dire ici, c’est que M. Sogny peut, à volonté, passer de la prononciation dialectale du Sud à celle du Quang Nam, à celle de Hué, à celle du Nord. Cela requiert une réelle maîtrise. C’était une jouissance pour moi, quand je résidais à Hué, et que nous partions à la découverte, M. Sogny et moi, à bicyclette, dans les villages qui environnent la capitale, c’était une jouissance pour moi de l’entendre interpeller les passants et les passantes. J’ai vu là, d’une manière frappante, comment la connaissance de la langue annamite met de suite en confiance les Annamites de toutes les classes que l’on rencontre pour la première fois.
Evidemment, les qualités naturelles de M. Sogny lui ont beaucoup servi pendant sa vie, mais une des causes principales de la grande influence dont il a joui dans les milieux annamites les plus fermés, et les solides amitié qu’il s’y est créées, c’est la maîtrise avec laquelle il manie la langue annamite. Quel bel exemple pour tous…/… »
(Léopold Cadière – Souvenirs d’un vieil annamitisant – Extrait de la revue Indochine N° 202 du 13 juillet 1944)
Le noircissement des dents chez les Annamites (AP0573)
« …/… Il est impossible de dresser d’une façon précise la date du noircissement des dents en Indochine. Très schématiquement, ont eu les dents noircies : les Annamites, les Thaï, les Muong, les Man, les Khmer, les Moï et certains Kha. Ne se noircissent pas les dents : les Sinoïdes de la haute région, les Chinois, les Cham et certains Moï « chamisés ».
Même chez les Annamites, cette coutume tombe de plus en plus en désuétude. Ce courant s’est d’abord manifesté en Cochinchine, sous la double influence de la nombreuse colonie chinoise qui s’y trouve et d’une évolution plus rapide vers la civilisation occidentale. Au Tonkin, le noircissement des dents, de plus en plus abandonné dans les grandes agglomérations, est toujours en faveur dans la campagne annamite.
Sur 1.430 tirailleurs du recrutement rural examinés il y a quelques années, à notre demande, 1.037 avaient les dents noircies et 393 seulement les dents blanches. 80 % des paysans tonkinois ont donc les dents noircies. Sur cette masse, 60 % des individus sont âgés de 22 à 26 ans. C’est dire que dans les environs de Hanoï, on noircit encore les dents, Comme nous avons pu le constater, on voit même dans les marchés ruraux des « bécon », aux dents totalement noircies qui servent de réclame à la méthode employée.
Sur cette méthode, bien des erreurs ont été écrites. Le bétel qui donne aux lèvres une coloration pourpre, brunit les dents et leur donne, selon l’expression des Annamites, l’aspect  d’os déterrés. De là à dire que les dents Annamites étaient noircies par le bétel, il n’y avait qu’un pas, vite franchi par une série d’auteurs que je ne nommerai pas. D’autres, à la suite de Pierre Loti, dans « Propos d’exils », se sont figurés que le noircissement des dents était obtenu par l’action d’une couche de laque.
La réalité est toute autre ainsi que l’ont montré Mondière, dès 1873, puis Girard, Crévost, Bonifacy, Holbé et Sallet.
Les dents ne sont pas laquées en noir mais teintes en noir. Sans vouloir insister sur la technique que nous avons étudiée en détail, signalons qu’on applique d’abord sur la dent un mordant rouge à base de stick-lack ou gomme-laque. Cette gomme laque n’a rien de commun avec le vernis végétal noir et non rouge, retiré de certaines euphorbiacées. Le terme de laquage consacre donc une erreur formelle. Il faut le remplacer par celui de « noircissement des dents » ou « teinture des dents » qui est, d’ailleurs, la traduction exacte du terme en usage dans langue annamite (Rang Ruom Den). Une fois les dents teintes en rouge, on applique sur elles un mélange ferro-tannique (Thuoc Ruom Rang Den) qui donne la coloration noire définitive.
Telle est la technique annamite. Mais, il en existe une infinité, permettant, tant bien mal, d’arriver au même résultat.
Pourquoi les Annamites se noircissent les dents ? Quelle est la signification anthropologique de cette coutume ?
Comme bien des usages annamites, l’explication est attachée à une légende, celle du mari d’une fée des mers. La fée mit au monde 100 oeufs qui donnèrent, en éclosant, 100 garçons. Bientôt, la mésentente sépara les époux, mais la fée voulut ramener ses 100 fils en son royaume des mers. Le roi réussit à cacher à sa femme la moitié de sa progéniture. Et pour dérouter la mère qui persistait à y retrouver ses enfants, il les rendit méconnaissable, en leur tatouant la peau, et en leur noircissant les dents.
Il est difficile de donner une date à cette coutume…/… »
(Pierre Huard – Extrait de la revue Indochine N°134, 25 mars 1943)
Les conférences-promenades des Amis du Vieux Hué (AP0574)
« Les conférences-promenades étaient pour les AVH des « séances en déplacement ».
Les statuts prévoient que des « excursions, dont seuls les membres de l’Association feront partie, pourront être organisées, après étude et mise au point préalable par un membre délégué de l’Association qui donnera aux excursionnistes toutes les indications nécessaires. Ces excursions ne pourront avoir qu’un but de documentation, à l’exclusion de tout objet relevant seulement du tourisme. Les frais seront supportés par les membres excursionnistes suivant un chiffre déterminé par personne par le bureau ». (Article 4 des statuts).
Dans l’idée de L.Cadière, ces excursions n’avaient pas un but touristique mais devaient être de véritables séances de travail pratique. Il s’agissait de transporter la réunion sur les lieux mêmes de sa raison d’être : Hué, ses monuments, ses environs.
La chance unique de la société est d’avoir à portée de promenades le passé de l’Annam et d’être une institution savante qui fait de l’histoire à partir d’un matériau en sa possession. Les Amis du Vieux Hué sont « des historiens qui, comme les vrais amis des plantes, préfèrent les voir croissant en plein vent que desséchées dans un herbier ». (R.P.Bernard-Conférence-DCA-1939).
Dans les toutes premières années, quelques promenades furent organisées, ainsi que l’explique Cadière. (SHCF, l’oeuvre des AVH) :
 » On fit même quelques promenades, à trois, à cinq ou six, alors que, au début, on était encore toute ardeur, et ces promenades ne furent pas inutiles, puisqu’elles procurèrent au musée diverses sculptures cham, et elles ne manquaient pas de charme : le but que l’on proposait était sérieux, comme il convenait à des archéologues d’occasion, mais on le réalisait avec beaucoup de gaieté. Malheureusement, le zèle se refroidit vite. A la séance du 26 février 1918, Henri Cosserat fit une proposition au sujet de visites promenades aux environs de Hué. La même année, à la réunion de la commission artistique du 20 octobre, le P.Cadière traçait un plan du travail que l’on pourrait faire dans ces promenades. A la séance du 1er août 1916, il appelait de nouveau l’attention des membres de la Société sur l’utilité de ces excursions, et M.R. Orband, quelques mois plus tard, annonçait « qu’une excursion à la sépulture de Gia Long sera incessamment organisée. Et ce fut tout ».
Il faudra attendre 1935 pour que renaissent, après une éclipse de plus de quinze années les promenades ou « visites-conférences ». C’est M. Dupuy, président à l’époque qui « avait proposé de reprendre l’idée d’organiser des visites de la ville et des environs de Hué, sous la direction de notre Rédacteur ». (DCA-1935). C’est sans doute pour pallier la désaffection des réunions mensuelles que l’idée fut reprise. La première sortie prévoyait la visite du  Musée Khaï Dinh le 17 mars 1935. Les membres étaient accompagnés de leurs épouses ou d’invités officiels. D’autres visites suivirent comme la conférence-promenade du jeudi 25 avril 1935 : départ à 17h30, rue des Arènes près du pont de chemin de fer.
« L.L.E.E. Pham Quynh, Thaï Van Toan et Nguyen Khoa Ky avaient tenu à honorer de leur présence cette première conférence-promenade ».
Les promeneurs, suivant le P.Cadière, escaladent un sentier escarpé qui les conduit dans la cour de la Pagode Lich Doi, d’où l’on domine les environs de Hué. De là, le P. Cadière situe plusieurs monuments et en retrace l’histoire.
Conférence-promenade du 27 février 1938. Départ à 16h pour l’Ecran du Roi (Nui Ngu Binh) et les environs. Une quinzaine de personnes, dont le Résident Supérieur et plusieurs professeurs, mandarins annamites et révérends Pères, écoutèrent les explications du P. Cadière sur l’histoire des lieux. Puis, visite d’un tombeau princier, celui de Vinh Quoc Cong au pied de la montagne.
On se sépara à 18h15.
Conférence-promenade du 18 septembre 1938.
Cette promenade conduit une trentaine de personnes, dont 5 Annamites et 8 femmes sur les lieux de la visite du 25 avril 1935…/… »
(Extrait des « Documents concernant l’Association » – Archives AAVH)
 
Biographie succincte de Léopold Cadière (AP0575) – Voir image AP1817 planche 2
Etapes essentielles de la vie de Léopold Cadière.
–    1869 : Naissance le 14 février dans la paroisse de Sainte Anne des Pinchinats, près d’Aix-en-Provence, d’une famille de modestes fermiers…/… Le prénom de Léopold fut « emprunté » au maître de la propriété. Ecole communale, puis école du quartier de la ville où ses parents viennent s’établir.
–    1880 – Collège Bourbon qui deviendra ensuite le Lycée Michelet. Le père de Léopold meurt. Petit puis Grand Séminaire d’Aix. Léopold Cadière s’enthousiasme pour les récits d’exploration et de voyage. Mais c’est dans la lecture des Annales de la Propagation de la Foi qu’il découvre sa vocation de missionnaire. Tout jeune, il souhaitait aller au Tibet et avait acheté une grammaire tibétaine. Entre au Séminaire des Missions Etrangères de Paris. Il est l’un des premiers séminaristes appelés à faire leur service militaire. Il l’accomplit à Marseille.
–    1892 – 24 septembre : ordonné prêtre à Paris.
–    1892 – 26 octobre : départ pour l’Indochine.
–    1892 – 3 décembre : débarque à Tourane.
–   1892 – 23 décembre : arrivée à Hué. Monseigneur Caspar, linguiste éminent, l’oriente vers les recherches sur le langage, l’histoire et l’ethnologie religieuse.
–    1893 (janvier) à octobre 1895 : nommé professeur au Petit Séminaire d’An Ninh, près de Di Loan (Cua Tung) province de Quang Tri, région des « Terres Rouges ».
–    1894 (octobre) à septembre 1895 : enseigne la théologie dogmatique à Kim Long (Hué) au Grand Séminaire.
–    1895 (octobre) : affecté à la paroisse de Tam Toa (Quang Binh), voisin du « Mur de Dong Hoi » (sujet de son mémoire couronné par l’Institut de France – 1903 – et paru dans le BEFEO en 1906).
–    1896 à 1903 : affecté à la paroisse de Cu Lac (Quang Binh) dans la vallée de Ngon Son, champ d’action de ses travaux linguistiques. Il vécut le grand typhon de 1897 suivi d’une épouvantable famine. En 1901, il se rendit à Hong Kong pour y rétablir pendant 6 mois sa santé compromise.
–    1903 (juin) à 1904 : affecté à la paroisse de Bo Khe.
–    1904 à 1910 : Paroisse de Co Vuu (Quang Tri).
–   1910 : Doit repartir en France pour se reposer. Il y travaillera à rechercher dans divers instituts et bibliothèques d’Europe, pour le compte de l’EFEO, des documents relatifs au Viêt Nam et à connaître les nouvelles méthodes de recherches historiques. Sans doute pour se préparer à la réalisation d’un centre de recherches (indépendant de sa hiérarchie et de l’EFEO) à Hué.
–  1913 à 1918 : Aumônier de l’Ecole Pellerin de Hué tenue par les Frères des Ecoles Chrétiennes (voir AP0045). Création de l’AAVH en 1913, dont il sera l’animateur et le rédacteur principal (125 titres).
–    1918 : Nommé à la paroisse de Di Loan (Cua Tung) Province de Quang Tri (voir AP1235), l’une des plus anciennes et des plus prospères de l’Indochine. Le Père Cadière y accomplira d’étonnantes réalisations.
–    1928 à 1930 : A la suite d’une crise cardiaque, L. Cadière rentre en France pour se reposer à Aix-en-Provence.
–    1930 à 1945 (coup de force japonais) Retour à Di Loan.
–    1945 : Résidence forcée à la Procure de la Mission, au bord du Canal de Phu Cam (voir AP0734).
–    1946 (18/12) à 1953 : 7 ans de captivité à Vinh.
–    1953 (13 juin) : Léopold Cadière est libéré. Il revient à la procure des Missions à Hué.
–   1955 (6 juillet) : Mort de Léopold Cadière à 86 ans. Il est enterré au cimetière de la Mission à Phu Xuan, près de la Cathédrale de Phu Cam à Hué.
(Comité de Rédaction)
Eloge de Léopold Cadière (AP0576) – Voir image AP1817 planche 2
Par : Georges Coedès, le RP. Lefas, Georges Condominas et le Chef du Gouvernement du Viêt Nam en 1955 :
Allocution de M. Georges Coedès au décès de Léopold Cadière.
 » Avec le RP. Léopold Cadière disparaît le doyen des Membres de l’Ecole Française d’Extrême-Orient, le dernier survivant de cette équipe de chercheurs qui, groupés autour de Louis Finot, le fondateur de l’Ecole, ont tant fait au début de ce siècle pour la connaissance des peuples de l’Indochine française, de leur histoire, de leurs monuments et de leurs moeurs.
Collaborateur du Bulletin de l’Ecole dès la première année de sa publication en 1901, nommé Correspondant de l’Ecole en 1903, puis Pensionnaire de 1918 à 1921, de nouveau Correspondant à partir de 1930 et enfin Membre d’honneur depuis 1948, le RP. Cadière a donné à l’Ecole les meilleurs de ses travaux, les plus originaux, ceux qui ont le plus contribué à fonder sa réputation.
Au cours de la célébration en 1942 du cinquantenaire de son arrivée en Indochine, le RP. Cadière, considérant ce demi-siècle passé au milieu des Vietnamiens, déclarait :
 » J’ai compris les Annamites parce que j’ai étudié ce qui les concerne. J’ai étudié leur langue, dès mon arrivée ici, et je continue à le faire à l’heure actuelle. J’ai étudié leurs croyances, leurs pratiques religieuses, leurs moeurs, leurs coutumes. J’ai étudié leur histoire. Ayant étudié et compris les Annamites, je les ai aimés. Je les ai aimés à cause de leur belle intelligence, de leur vivacité d’esprit. Je les ai aimés à cause de leurs vertus morales. Je les ai aimés à cause de leur caractère. Je les ai aimés enfin à cause de leurs malheurs. « 
Le Chef du Gouvernement du Viêt Nam à Mgr Urrutia, vicaire apostolique de Hué (1955), au décès de Léopold Cadière.
 » Je suis profondément affligé par la nouvelle du décès du Révérend Père Cadière, dont la vie entière fut consacrée au bien de ce pays. Les oeuvres que le défunt a laissées, tant dans le domaine social et religieux que dans celui des Lettres et de la Linguistique, témoignent de son profond amour pour le peuple du Viêt Nam, qui saura garder de cet érudit et grand ami un souvenir impérissable. La disparition de cet éminent apôtre, qui n’a cessé, de son vivant, de se pencher sur mes compatriotes, est pour nous tous une grande perte. En cette douloureuse circonstance, je vous adresse, Monseigneur, l’expression de mes sincères regrets et de mes condoléances émues « 
  1. Lefas au décès de Léopold Cadière.
 » Puisse le souvenir du R. P. Léopold Cadière, en nous ramenant à cette tradition féconde, ranimer la flamme de l’Union dans la culture et dans l’amour, dont nous ne désespérons jamais. « 
Georges Condominas
 » Bien sûr, je ne prétends pas que tout ce qu’a écrit Léopold Cadière était parfait. On relève ça et là des tics d’époque : on échappe difficilement au milieu auquel on appartient, plus difficilement encore s’il s’agit d’une société coloniale ; celle-ci supporte mal l’éloge des indigènes et pas du tout les critiques de son action ou simplement de son comportement, surtout si l’on présente de solides arguments à l’appui de cet éloge ou de ces critiques. Dans un tel contexte, on appréciera d’autant plus l’ouverture d’esprit de notre auteur : il estimait que la confiance dont il était l’objet lui imposait de façon absolue de dire la vérité. On imagine mal aujourd’hui le courage qu’il fallait en 1912 pour présenter ce portrait du colonisateur dans la conscience  du colonisé :
 » Pour l’indigène, nous sommes l’étranger, l’homme d’une autre race et d’une autre religion, nous sommes celui qui attaque ses dieux, le représentant d’une nation qui a asservi sa patrie, le compatriote d’administrateurs qui exigent des impôts détestés « 
(Témoignages rassemblés par le Comité de Rédaction)
Art décoratif annamite (AP0582)
« …/…Tous les êtres que l’artiste annamite tire du bois ou du cuivre, ceux qu’il jette sur une toiture ou sur un pan de mur, sont traités dans un but décoratif. La grecque ou le ruban flexible, les feuillages ou les animaux, le dragon onduleux aussi bien que la licorne trapue ou la tortue massive, sont raccourcis, allongés, tordus, torturés, pour qu’ils rendent l’effet voulu, pour qu’ils achèvent la courbe d’une arête, s’encastrent dans un coin, enveloppent l’extrémité d’une poutre, ne sortent pas d’un étroit panneau, ou remplissent le dessus d’une boîte. C’est comme ces petits arbustes dont, patiemment, inlassablement, on replie et noue les branches, pour qu’ils ne débordent pas du vase qui les contient et ne dépassent pas la rocaille qui leur sert de fond.
Ce souci est visible partout et l’artiste annamite a su tirer des motifs qu’il employait les plus jolis effets. C’est la tortue qui, semble-t-il, a été la plus rebelle. Elle s’est adaptée, tout naturellement à son rôle de support de stèle : elle est là dans son élément et elle communique vraiment à la stèle, que l’on veut éternelle, la solidité, l’éternité, dont l’animal est le symbole. Mais lorsqu’elle veut remplir dignement l’office d’ornement d’accent, au bout d’une arête latérale, et remplacer le souple dragon ou la grecque élancée, sa carapace toute ronde ne la sert guère. Aussi la voit-on allonger tant qu’elle peut son cou encore trop court, et l’artiste, pour l’aider, lui met dans la bouche un ruban, une fumée, une volute d’eau.
C’est ce point de vue décoratif qui a sans doute amené l’artiste à styliser ses motifs. Tout est traité conventionnellement, non seulement les ornements tirés de la ligne, mais les fleurs, les animaux, les êtres inanimés, la mer, les nuages, les rochers. La fantaisie du sculpteur ou du peintre est grande, mais elle se meut dans les bornes strictes de la stylisation.
Même quand ils pourraient se libérer, ils ne le font pas. Dans tel panneau sculpté, l’artiste a représenté un des fruits traditionnels : la poire, la pêche, la grenade ou la pomme cannelle. Pour la poire ou la pêche, on comprend qu’il s’en soit tenu à la représentation conventionnelle ; ces fruits ne sont pas communs en Annam. Mais pour la grenade, pour la pomme cannelle ou la main de Bouddha, l’artiste en voit dans tous les jardins il en mange, la saison venue. Et cependant, ces fruits prennent des contours conventionnels…/… »
(Léopold Cadière. Introduction à « l’Art à Hué » – IDEO, 1919)
Hué – La Porte Ngo Mon (AP0584)
« La porte Ngo Môn (Porte du Sud exact ou Porte du Midi) était l’entrée d’honneur du Palais Impérial. La partie centrale est percée de trois portes monumentales, celle du centre étant réservée à l’empereur. C’est par cette porte que passait le souverain pour se rendre au sacrifice du Nam Giao (voir AP2877). Les voûtes sont revêtues de plaques de cuivre et font entendre un curieux écho sous la voûte du milieu.
Elle est surmontée de la grandiose tribune (le belvédère des 5 phénix, Lau Nam Phung) où trône l’empereur lors des spectacles de gala ou des défilés, ou encore, après 1945, lors des meetings populaires. A l’étage au-dessus de la tribune se tient la salle réservée aux dames du Palais ; on y accède par un escalier discret. Ces dames se dissimulent au public derrière un grillage finement sculpté.
La porte franchie, on trouve un grand bassin carré : le « Bassin aux Eaux d’or », traversé en son milieu par le « Pont de la Voie Centrale » qui était orné à chacune de ses extrémités par un portique en bronze (voir AP0046), avant de déboucher sur « l’Esplanade des Saluts » du Palais Thai Hoa (voir AP1125).
Devant la Porte Ngo Mon, entre celle-ci et le Cavalier du Roi (voir AP02454), s’étend une vaste esplanade sur laquelle étaient organisés des défilés (voir AP1610 et AP1614), des réceptions (voir AP0796), ou le cortège lors de la cérémonie du Nam Giao.
La Porte Ngo Mon a été construite par Minh Mang, en 1833, sur l’emplacement d’une terrasse qu’avait élevée Gia Long. Une plaque de marbre consacre ce nom de Ngo Môn.
(D’après Hué, la Cité Interdite de S.M. Bao Dai – Ph. Lafond. 1995)
Les souverains de la dynastie des Nguyen (AP0594)
Dans son livre « L’Indochine française (souvenirs) », Paul Doumer écrivait en 1930 :
« Nous donnons indifféremment au souverain d’Annam le titre de roi ou d’empereur. Les Annamites, qui font la distinction, désignent toujours leur monarque par le titre le plus haut, celui d’empereur, avec la signification de chef de plusieurs Etats, les rois étant chefs d’un Etat unique. En souvenir de sa domination sur l’Annam, le Tonkin, la Cochinchine dont il reste nominalement le souverain, et de son ancienne suzeraineté sur le Cambodge, le prince qui règne à Hué doit être appelé empereur. Au surplus, quelle que soit la dénomination que nous employons en nous adressant, en français, au monarque ou à ses ministres, l’interprète traduit par le même mot de la langue annamite, le seul qui puisse être donné à l’homme qui occupe le rang suprême, et ce mot équivaut à celui d’empereur. Et pourtant, couramment, nous disons le roi, la citadelle royale, les reines, etc. On ne me chicanera pas si je me conforme le plus souvent, dans ce récit, au commun usage des Français d’Indochine. « 
Pour notre part, nous utiliserons de préférence le mot « souverain ».
Le 31 mai 1802, Nguyen Phuoc Anh, vainqueur des « rebelles » Tây Son (qui avaient renversé la dynastie des Lê)  se proclama Hoang Dê (empereur) sous le nom de règne de Gia Long et fonda la dynastie des Nguyen qui devait régner jusque en 1945.
Les 13 souverains de cette dynastie furent les suivants :
  1. Gia Long, né en 1762, régna du 31 mai 1802 à sa mort, le 3 février 1820. Son fils aîné, le prince Canh, qui avait accompagné l’évêque d’Adran lors de son voyage en France, était mort de la petite vérole en 1801.
  2. Minh Mang, quatrième fils de Gia Long fut désigné par lui pour lui succéder au détriment des enfants de son fils aîné. Né à Saïgon en 1792,  il régna du 14 février 1820 à sa mort, le 20 janvier 1841.
  3. Thieu Tri, fils aîné du précédent, né en 1807, régna du 11 février 1841 à sa mort d’une attaque d’apoplexie, le 4 novembre 1847. Il laissait 36 enfants mâles.
  4. Tu Duc, fils du précédent, né le 22 septembre 1829, fut désigné par son père pour lui succéder au détriment de son frère aîné. Il régna du 10 novembre 1847 à sa mort, le 19 juillet 1883. Mort sans descendance, il désigna son neveu Duc Duc pour lui succéder par un décret testamentaire spécial.
  5. Duc Duc, né en 1852, fils du prince Thoai Thai Vuong, qui était le quatrième fils de Thieu Tri et donc le frére de Tu Duc. Duc Duc ne régna que 3 jours, du 20 au 23 juillet 1883. Les régents Nguyen Van Tuong et Ton That Thuyet le destituèrent, sous l’accusation d’impiété et d’inceste et le firent mourir de faim.
  6. Hiep Hoa, né en 1847, était le 29ème fils de Thieu Tri et donc le frère cadet de Tu Duc. Il ne régna que 4 mois du 30 juillet au 30 novembre 1883. Accusé de complicité avec les autorités françaises, il fut destitué par le conseil de régence et contraint au suicide.
  7. Kien Phuc, né en 1869, était le fils de prince Kien Thai Vuong, qui était le vingt sixiéme fils de Thieu Tri et donc le frère cadet de Tu Duc (voir AP0966). Comme ses deux frères qui lui succédèrent sur le trône, Kien Phuc avait été adopté par Tu Duc qui l’avait fait élever au Palais. Il régna du 2 décembre 1883 au 31 juillet 1884. Il mourut officiellement « des suites d’une longue maladie » mais sans doute empoisonné par le régent Tuong.
  8. Ham Nghi, né en 1872, était le plus jeune des fils de Kien Thai Vuong, frère de Tu Duc. Il régna du 2 août 1884 au 5 juillet 1885, date à laquelle il s’enfuit de Hué avec les deux Régents. Déposé par les Français en juillet 1885, il fut capturé en 1888 et déporté en Algérie où il mourut en 1946.
  9. Dong Khanh, était le fils aîné du prince Kien Thai Vuong et donc le frère des deux précédents souverains. Né en 1864, il régna du 19 septembre 1885 à sa mort, le 28 janvier 1889.
  10. Thanh Thai (voir AP0693), fils de Duc Duc, né en 1878, régna du 1er février 1889 au 3 septembre 1907, date de sa déposition pour « cruauté ». Exilé à Madagascar puis à La Réunion, il revint au Viêt Nam en 1950 et s’installa au Cap St. Jacques. Il mourut en 1954.
  11. Duy Tan, fils du précédent, né en 1899, régna du 5 septembre 1907 au 3 mai 1916, date de sa déposition par les autorités coloniales pour complot. Exilé à La Réunion, il mourut le 26 décembre 1945 dans un accident d’avion, alors que son retour à Hué était envisagé par la France.
  12. Khai Dinh (voir AP0713), fils de Dong Khanh, né en 1885, régna du 18 mai 1916 à sa mort, le 6 novembre 1925. Khai Dinh fut le premier souverain de Hué à se rendre en France.
  13. Bao Dai (voir AP0749), fils du précédent, né en 1913. Proclamé empereur le 9 janvier 1926, au décès de son père, il ne fut couronné qu’en 1932, à son retour de France où il avait effectué ses études. Il abdiqua le 25 août 1945, remettant les insignes du pouvoir à la République démocratique du Viêt Nam, présidée par Ho Chi Minh. Il mettait ainsi fin à la dynastie des Nguyen qui avait régné près de 150 ans sur le pays. Bao Dai est mort le 31 juillet 1997 en France où il s’était retiré après sa déchéance proclamée par Ngo Dinh Diem suite à un référendum en octobre 1955. Voir aussi AP0749.
Tous les souverains de la dynastie des Nguyen sont nés à Hué, à la seule exception de Minh Mang né à Saïgon, pendant les campagnes que son père, le futur Gia Long menait contre les Tay Son. La plupart de ces souverains sont morts à Hué aux exceptions de Ham Nghi, mort en exil en Algérie, de Duy Tan, tué dans un accident d’avion en Afrique et de Bao Dai, mort en France.
(Comité de Rédaction)
Urnes dynastiques de Hué – Généralités (AP0596)
Léon Sogny a consacré un long article très documenté aux « urnes dynastiques du palais de Hué », dans le premier bulletin de l’AAVH (BAVH – 1914 / I)
 » Les urnes dynastiques, au nombre de neuf, sont rangées devant le temple The Mieu ; elles ont toutes un nom et représentent un des empereurs de la dynastie au XIXème siècle. Le nom de chacune d’elles entre, en effet, dans la composition du nom posthume de cet Empereur.
– la première, Cao Dinh, est dédiée à Gia Long ;
– la seconde Nhân Dinh, à Minh Mang ;
– la troisième, Chuong Dinh, à Thieu Tri ;
– la quatrième, Anh Dinh, à Tu Duc ;
– la cinquième, Nghi Dinh, à Kien Phuc ;
– et la sixième, Thuân Dinh, à Khai Dinh.
– les Empereurs Duc Duc et Hiep Hoa n’ayant pas reçu de nom posthume officiel, et d’autre part, les Empereurs Ham Nghi et Thanh Thai existant encore, il y a actuellement trois urnes sans affectation : Tuyen Dinh,  Du Dinh et Huyen Dinh.
C’est ainsi que la plus grande, l’urne Cao, personnifie Gia Long, qui a ce titre posthume de Cao ; elle mesure 2m 02 de hauteur, 1m 61 de diamètre et pèse 4.307 livres annamites, soit 2.601 kg ; les autres sont un peu plus petites ; la plus légère pèse 1.933 kg. ; elles sont toutes ornées, sur leur panse, de motifs en relief représentant soit des éléments de la nature, des produits du sol, ou des oeuvres faites de main d’homme. Les urnes dynastiques, en bronze, ont nécessité, pour leur confection, un grand effort et une grande habileté technique ; le four annamite a de nombreux défauts, lorsqu’on y travaille le cuivre, à cause des déchets qu’il donne, à raison de 20% de la masse totale ; chaque fourneau pouvant à peine traiter 30 ou 40 kg, il fallait, pour la fonte de chaque urne, employer une soixantaine de fourneaux ; le moule était renversé, et c’est par l’un des pieds de l’urne que se faisait la coulée ; le moulage était très compliqué ; les ateliers étaient situés à l’emplacement de l’Ecole professionnelle ; les motifs en relief ont été ciselés, après la fonte, dans des plaquettes venues de fonte et adhérentes à la masse.
Lorsque Minh Mang, en novembre-décembre 1835, ordonna de fondre les urnes dynastiques, il se souvenait des empereurs des anciennes dynasties chinoises, qui avaient fait une opération semblable, et il avait le même dessein qu’eux ; les urnes sont le symbole du mandat du Ciel ; leur taille, leur poids, leur bon équilibre, symbolisent la stabilité d’une dynastie ; leur ouverture, largement béante, recueille et concentre la faveur du Ciel qui assure la pérennité des Etats « 
(D’après Léon Sogny)
Dans le numéro du BAVH d’avril – juin 1916 intitulé « Hué pittoresque », H. Guibier consacre quelques lignes aux urnes dynastiques :
 » Une fois près du temple The Mieu dans cette cour où s’alignent les urnes dynastiques placées là par la volonté de l’empereur Minh Mang, on se sent transporté loin, oublié soi-même dans ce « camposanto » où l’âme des empereurs défunts revit dans les vibrations du bronze, où le passé sommeille, engourdi par le soleil trop chaud qui brûle les dalles.
Un léger coup, frappé sur le flanc d’une urne : un murmure d’ondes sonores se propage en pulsations harmoniques, et les urnes voisines retiennent chacune un peu de ce chuchotement dans leur cœur de silence enfermé dans le bronze  » Voir aussi AP0352. (Comité de Rédaction)
Voyages de sa majesté Bao Dai en Annam (1932-1933) (AP0607)
Le fonds Sogny Marien contient de nombreuses photographies (78 vignettes) qui ont trait aux 3 voyages que Sa Majesté Bao Dai accomplit peu de temps après son retour en Annam, en 1932 et 1933.
Après avoir vécu 9 ans à Hué, auprès de son père, l’empereur Khai Dinh, le Prince Vinh Thuy part pour la France afin d’y effectuer ses études. Il est accompagné de Monsieur Charles, ancien résident supérieur en Annam, qui a bien voulu se charger à Paris de l’éducation, des études et des connaissances du monde occidental du futur empereur..
Le Prince Vinh Thuy revient en Annam le 3 janvier 1926 pour assister aux obsèques de son père.
Le 8 janvier 1926, il est intronisé et il prend le nom de Bao Dai. Il est alors âgé de 13 ans. (Voir AP2928).
Il retourne en France pour poursuivre ses études interrompues et ne reviendra définitivement en Annam que le 8 septembre 1932. Son Excellence Ton That Han est choisi comme Régent du Royaume pendant l’absence de l’Empereur. (Voir AP0452).
Peu de temps après son retour de France, S.M. Bao Dai effectue trois voyages dans son royaume. En novembre 1932 dans le Nord Annam (voir AP1603) ; en janvier 1933 dans le Sud Annam (voir AP1510) et en février 1933 dans les Pays moï des plateaux du Sud Annam (voir AP0608).
Au cours de ses voyages qui constitueront la première prise de contact avec son pays, avec l’administration provinciale et avec les populations, S.M. Bao Dai a beaucoup écouté, observé et interrogé, montrant ainsi sa volonté de régner en tenant compte des particularités des différentes régions et de leurs populations.
Il a tenu à rendre avant tout à ses glorieux ancêtres fondateurs de la dynastie, le culte qu’il leur devait.
(Texte d’Albert Marien et Annick Marien née Sogny, largement inspiré des « notes de voyages » de Henri Le Grauclaude – Editions de la Presse populaire de l’Empire d’Annam – Hué, 1933)
Le troisième voyage de SM. Bao Dai en 1933 (AP0608)
Le troisième et dernier voyage d’information dans son pays entamé en janvier 1933 conduira S.M. Bao Dai à visiter les pays « moï » dans lesquels depuis 1923 l’administration annamite n’étendait pas son autorité.
Au moment de ce voyage, l’administration coloniale considère que le pays est pacifié et protégé des commerçants qui abusaient de la misère des habitants. Un réseau de voies de communication permet aux Rhadé, Djaraï, Banhar et Sédang de circuler, de commercer et d’avoir accès aux bienfaits de l’Administration.
C’est par le Col d’An Khe que le cortège impérial accède aux plateaux. La garde indigène et les délégués des villages apportent à l’Empereur et au Résident Supérieur en Annam le premier salut du pays moï.
A l’établissement zootechnique dirigé par M. Lebouc, chef des services vétérinaires du protectorat sont présentés à l’Empereur des échantillons d’animaux domestiques que les scientifiques améliorent par le croisement des races.
Pleiku commande un secteur récemment érigé en Province dont M. Janin est le Résident de France (voir AP1539).
La cavalerie Djarai effectue une fantasia endiablée et S.M. fait l’honneur aux Djaraï de boire à même la jarre de vin de riz (voir AP1538). Dans les environs, le souverain visite la plantation de la Catecka (voir AP1540) et est reçu par M. Choisnel, directeur de la plantation et son épouse (voir AP1541, AP1545 et AP1546).
Kontum accueille S.M. par de grandes réjouissances.
Le cortège visite les chutes de Yali et quelques villages typiques où S.M. se doit de sacrifier à la coutume de la jarre.
De Kontum à Ban Me Thuot, la route traverse de nombreuses plantations, alors que les délégations des villages proches rendent hommage au Souverain.
A Ban Me Thuot, M. Destenay, résident de France accueille S.M. (voir AP0609). A ses côtés se trouve le neveu de Kundjonob, personnage influent et chef de la tribu des Rhadé.
S.M. visite l’école franco rhadé.
Au Darlac, le chef Kundjonob (voir AP0616), plus que centenaire, grand maître de corporation des Pacamsi chasseurs privilégiés des pachydermes à longue trompe, a réuni pour accueillir S.M. au terrain d’aviation une troupe de 162 éléphants (voir AP0608, AP0613) et a offert à S.M. un éléphanteau (voir AP0615).
Par le col de M’Drack (voir AP1525), le cortège regagne la côte à Nha Trang (voir AP0622).
S.M. visite le temple Cham de Po Nagar, puis l’Institut océanographique (voir AP1520, AP1521), l’Institut Pasteur (voir AP0629, AP0630), et la plantation de Suoi Dao, dépendance de l’Institut où le latex est transformé en caoutchouc exportable ainsi que l’église de Nha Trang (voir AP0632), récemment terminée.
Enfin S.M. assiste à une démonstration de 400 élèves des écoles qui exécutent des mouvements de gymnastique rythmique (voir AP0633).
A Phan Rang a lieu la cérémonie du Bai Khanh et la présentation au souverain des personnalités de la ville.
Phan Thiet est en fête (voir AP0623, AP0624).
  1. Auger, résident de France maîtrise l’exubérance de la foule.
Une retraite aux flambeaux précède la présentation de jonques et de sampans fleuris.
Le cortège royal visite les écoles chinoises (voir AP1528), la coopératives des « saumuriers » (Phan Thiet est réputé pour la qualité de son Nuoc Mam) et inaugure la stèle qui commémore la souscription généreuse de la Province à la Société d’Encouragement aux Etudes Occidentales.
(Texte d’Albert Marien et Annick Marien née Sogny, largement inspiré des « notes de voyages » de Henri Le Grauclaude – Editions de la Presse populaire de l’Empire d’Annam – Hué, 1933)
Jaraï et Rhadé – Minorités du Sud-indochinois (AP0617)
Les deux groupes voisins des Jaraï et des Rhadé (que l’on désigne maintenant sous les appellations de Jörai et Eddé) sont des minorités des hauts plateaux du Sud indochinois qui parlent une langue austronésienne et s’apparentent culturellement aux proto-malais de l’Indonésie et aux Cham. Très nombreux (environ 150.000 Jaraï et 80.000 Rhadé),  ils occupent les hautes vallées et les plateaux qui s’étendent de la frontière du Cambodge au littoral de la mer de Chine, entre Nha Trang et Tuy Hoa ; les Jaraï au Nord (vallées des affluents de l’Apa et de la Srépok), les Rhadé au Sud (plateau du Darlac, région de Ban Me Thuot).
Ils ont une organisation sociale matriarcale. Les villages (voir AP2850 et AP3485) qui regroupent de 300 à 500 personnes sont implantés dans des clairières et constitués de « longues maisons », toutes orientées nord-sud.
Ces maisons sont de solides constructions sur pilotis, composée d’une partie commune où sont reçus les visiteurs et où se réunissent les hommes, et d’appartements privés, à la suite de cette partie commune, chaque ménage occupant une travée entre deux paires de colonnes. Chez les Jaraï, cet espace est ouvert, la longue maison ne formant qu’une seule immense pièce ; chez les Rhadé, l’emplacement réservé à chaque ménage est séparé du suivant par une cloison de bambous tressés. La longueur de la maison dépend donc du nombre de descendants d’une même aïeule qui y résident.
Près du village se trouve le point d’eau où chacun se rend plusieurs fois par jour pour faire provision d’eau et se baigner. C’est un lieu privilégié de rencontre et également un endroit sacré où l’on célèbre chaque année un sacrifice.
Tout prés également du village se trouve le cimetière, où les morts sont l’objet de la part de leurs proches de visites et de dons de nourriture jusqu’à ce qu’ils soient renvoyés définitivement dans le monde des ancêtres, au cours d’une grande fête, quelques mois, voire plusieurs années plus tard. C’est un lieu extrêmement important chez les Jaraï (voir AP0696), chez qui les tombes sont ornées de sculptures figuratives de personnages chargés de tenir compagnie aux défunts.
Jaraï et Rhadé vivent de la culture du riz. Mais si les Rhadé sont de vrais agriculteurs pratiquant l’essartage et protégeant leurs champs par des miradors (voir AP0703), les Jaraï sont avant tout des chasseurs et des pêcheurs, et éventuellement des guerriers. Ils étaient réputés pour capturer les éléphants sauvages (voir AP0615).
Jaraï et Rhadé pratiquent la vannerie et le tissage du coton. Les hommes portent une tunique noire sans manches, fermée par une série de brandebourgs rouges agrémentés de boutons en cuivre, ainsi qu’une ceinture-tablier. Les femmes portent une jupe longue.
Toute la vie sociale est réglée par la coutume, tradition orale très ancienne que seuls quelques hommes dans chaque village peuvent réciter par cœur sous sa forme poétique, mais dont tous connaissent le contenu.
Sabatier, qui fut résident de France au Darlac et qui a consacré sa vie aux montagnards de cette région, a recueilli fidèlement les traditions orales qui constituent la coutume. Il a été le premier à organiser les « Palabres du Serment  » au cours desquelles les tribus montagnardes venaient jurer attachement et fidélité aux Autorités coloniales.
Au niveau de l’ethnie toute entière, Jaraï et Rhadé reconnaissent l’autorité spirituelle suprême (voir AP0606) de « gardiens d’objets sacrés » (Potao chez les Jaraï).
(D’après Anne de Hauteclocque, in Montagnards des pays d’Indochine)
Pham Quynh, lettré et homme d’Etat (AP0622)
« Issu d’une longue lignée de lettrés confucéens originaires du village de Luong Ngoc au nord Viêt Nam, dans la province de Hai Duong, Pham Quynh naquit le 17 décembre 1892 à Hanoi.
Orphelin de mère à l’âge de 9 mois et de père à 9 ans, il fut élevé par sa grand-mère à Hanoi où il suivit l’enseignement du Collège du Protectorat. Il en sortit premier en 1908 à l’âge de 16 ans et entra la même année à l’Ecole Française d’Extrême-Orient en qualité d’interprète.
L’année suivante, à l’âge de 17 ans, il épousa Melle Lê Hi Vàn, également âgée de 17 ans. En 1911, deux ans plus tard, naquit le premier des 13 enfants du couple : cinq garçons et huit filles. Pham Thi Ngoan était la 4° des filles ; elle épousera en 1940 Nguyèn Tiên Lang, mon père, et poursuivra l’œuvre de Pham Quynh en publiant en France, entre 1978 et 1997 d’importants travaux sur le Nam-Phong et sur le Kim Vàn Kiêu.
Pham Quynh avait un physique volontaire et dégageait une impression de sérieux, voire de sévérité au premier abord. Grand de taille – 1,73m – pour un Vietnamien de sa génération, il était souvent vêtu de manière stricte avec la traditionnelle tunique noire sur un pantalon blanc, avec pour couvre-chef le turban noir des lettrés.
Cette apparente froideur résultait de son éducation confucéenne dans laquelle le respect d’autrui commandait de ne pas montrer ses émotions en restant impassible.
Selon le journaliste français René Lays qui l’a interwievé en 1933 pour « L’Impartial », un journal de Hanoï, « il cachait derrière cette apparence austère, un tempérament sensible et passionné ».
En 1917, à l’âge de 25 ans, il fonda la revue Nam-Phong (Vent du Sud ) dont il fut le rédacteur en chef et l’animateur jusqu’en 1932, année où l’empereur Bao-Daï l’appela à la Cour de Hué comme ministre chargé de la direction du cabinet impérial, puis en 1933, Ministre de l’Education Nationale.
En 1942, il fut nommé Ministre de l’Intérieur, ayant rang de Premier Ministre.
Le 9 mars 1945, après le coup de force japonais sur l’Indochine, Pham Quynh en tant que 1er des ministres de la Cour signa la proclamation di l’indépendance du Viet-Nam puis se retira de la vie politique. Pas pour longtemps, hélas…..
Le 23 août 1945, les hommes de main du Viet-Minh firent irruption dans sa villa Hoa Dùông près de Hué et l’enlevèrent avec son gendre Nguyên Tiên Lang.
Peu après, Pham Quynh fut exécuté. Sa dépouille fut retrouvée avec celles d’un frère et d’un neveu de Ngô Dinh Diêm en 1956 dans la forêt de Hac Thu au centre Viet Nam. Il fut de nouveau inhumé à Hué, dans les jardins de la pagode Van Phùoc où il repose désormais.
Quant à Nguyên Tiên Lang il fut prisonnier du Viet-Minh jusqu’en 1952, année de sa fuite puis de son départ pour la France. De cette expérience, Nguyên Tiên-Lang en tira un roman autobiographique, « Les Chemins de la Révolte » qui obtint en 1954 le Prix Silvio Pellico.
La famille de Pham Quynh se disperse de par le monde au gré des vicissitudes politiques de l’histoire du Viet-Nam, pour partie aux USA et pour partie en France et en Suisse.
(Causerie faite par M. Nguyen Quoc Cuong, petit-fils de S.E. Pham Quynh, à Biscarrosse le 28 novembre 2004, dans le cadre du week-end de l’Assemblée Générale de l’AAVH)
Nam Giao, sacrifice au Ciel et à la Terre – La cérémonie (AP0638)(Voir AP2977 pour le début du récit concernant le Nam Giao) – Voir photographie 2896 planche 3
 » L’office qui se déroule dans ces différentes enceintes, la nuit, à l’heure où la lune brille de son plus grand éclat et laisse couler son froid rayon argenté par l’ouverture du dôme, est extrêmement complexe ; aussi pendant que l’Empereur se recueille, est-il nécessaire de procéder à une répétition générale, qui satisfera en partie un public attiré par l’intérêt que présentent toujours les symboles oubliés ou ensevelis, appel d’un passé qui ressuscite de loin en loin ; mais si l’attrait du décor et des costumes est réel, cette parade diurne, scène mimée que la lumière du jour offusque, est sans âme ; les mandarins sont des figurants qui remplissent machinalement leurs rôles et il faudra l’ombre propice et son mystère pour ressusciter une pensée collective, pour rendre à chaque élément la réalité magique que l’homme a voulu leur attacher ; c’est la nuit seulement que la fête prend tout son sens à la lueur des astres, des grandes torchères et des lampadaires figurant les constellations zodiacales.
Mais si tout est recueillement dans les lieux sacrés, dès la tombée du jour, autour de l’esplanade, sous les pins, des feux de bivouac ont été allumés auprès desquels se pressent les soldats et le personnel qui fut nécessaire ; c’est ripaille et causeries profanes tandis que la cloche sonne à l’heure où S. M. Bao Dai se rend au Nam Giao. Il est en tenue d’apparat, vêtu d’une tunique à larges manches de soie violette sur laquelle s’étalent, en broché d’or, dragons, soleil, lune, constellations ; il porte une jupe de satin jaune, un fémoral composé de plusieurs bandes de soie de couleurs diverses terminées par des franges, une étroite écharpe autour du cou, croisée sur la poitrine et terminée par des brins de soie mêlés de pierreries, un bonnet retenu par une jugulaire et surélevé en arrière pour supporter la plaque brodée horizontale d’où tombent devant et derrière douze chaînettes de perles de couleur ; enfin, l’Empereur tient entre ses mains la tablette de contenance en jade, qu’il mettra dans une pochette de son vêtement chaque fois qu’il sera appelé à agir, pour la reprendre aussitôt après (voir AP2946).
L’Empereur devant le seuil à triplé portes de la troisième enceinte (voir AP0639), pénètre par l’entrée de gauche, réservant celle du milieu aux Génies, et procède au lavement des mains, purification solennelle de l’officiant qu’il devient ; et dans la nuit ceux qui auraient pu se glisser assez près auraient entendu alors des indications de ce genre « A Sa Majesté, qu’Elle s’avance devant la tablette à encens. A Sa Majesté, qu’Elle passe la tablette de jade dans sa manche,… qu’Elle offre l’encens…, qu’Elle se redresse…etc.
C’est que, dès l’instant que l’Empereur a franchi la troisième enceinte, toute la cérémonie se déroule selon un rituel empreint de la plus rigoureuse liturgie chinoise, et chaque acte s’ordonne à haute voix par deux hérauts.
Un des buffles de sacrifice est brûlé, holocauste dont les fumées iront rappeler aux Génies célestes qu’ils sont invités tandis qu’un peu des poils et du sang de la victime sont enfouis en terre pour inciter les Puissances terrestres à venir. L’Empereur, qui a franchi le deuxième tertre, brûle de l’encens en leur honneur, tandis que retentit le « chant de la Paix » accompagné de danses rituelles. Sa Majesté atteint maintenant le temple du Ciel : les Génies arrivent, les Génies sont là, les voiles de leurs tablettes sont retirés pendant le chant du commencement « O immensité sans bornes du Ciel ! O calme profond de la Terre ! Vos bienfaits sont grands comme le Ciel et la Terre. Votre grâce de génération et de production est au-dessus de tous les éloges. Nous vous offrons ces précieux objets avec une vénération sincère bien que vous ne parliez pas… « 
Offrandes des objets de jade, des pièces de soie, des victimes, des fruits et du vin ayant satisfait les Esprits, un mandarin lit la Prière ou Invocation par laquelle, en une saison particulièrement propice aux êtres animés, l’Empereur a le bonheur d’offrir un brillant sacrifice aux génies dont il espère l’appui bienveillant. Cet appel, le plus solennel, est suivi du partage des offrandes, c’est-à-dire leur répartition entre tous les génies, qu’ils soient honorés dans la Maison azurée ou sur le Tertre carré. Et l’Empereur fait le simulacre de goûter à la viande du Bonheur, morceau découpé dans le buffle de l’autel du Ciel et au Vin sacré qui seront transportés le lendemain au Palais impérial. La fin de la cérémonie est proche; après le chant de 1’ »Approbation », sorte d’humble action de grâces aux Esprits invisibles qui ont bien voulu participer à cette fête, leur départ est accompagné du chant de la « Prospérité » : « Les grands actes sont accomplis ; la joie n’est pas loin de nous ; les génies s’élèvent ; cent êtres spirituels les accompagnent respectueusement. Qu’ils nous laissent la joie et le bonheur, avec leur puissante protection et toutes sortes de constante prospérité. »
Et la cérémonie se termine vers l’aube ; l’Empereur rentre alors à la Maison du Jeûne d’où, avec le même cérémonial, il regagnera son Palais, abandonnant pour trois ans ces vieux rites qui ont perdu leur signification précise du temps où l’homme, ému par les grands phénomènes cosmiques, cherchait à participer à la Nature, à puiser en elle une force bénéfique. La foi primitive a disparu, les rites représentent aujourd’hui un ensemble de symboles et de gestes mystérieux, mais la grandeur de la cérémonie subsiste car elle réside dans ce recueillement où l’âme, repliée sur elle-même derrière une paroi impénétrable de lumières, de sons, de parfums, qui la ferme à tous les appels extérieurs des sens, cherche à se concentrer dans la nature pour redevenir simple atome du Grand Cosmos. « 
(Paul Boudet – in revue « Indochine »  n°83 – avril 1942)
S.E. Ton That Dan (AP0648)
 » Le 8 mai 1936 est décédé à Hué Son Excellence Ton That Dan, ex Ministre de la Justice, Dong Cac Dien Dai Hoc Si, Vicomte de Pho Non.
Issu d’une famille de mandarins, S.E. Ton That Dan est né le 10e jour du 1er mois de la 24e année de Tu Duc (année Tan Vi, février 1871), au village de Lai The, canton de Ngoc Anh, Huyen de Phu Vang, province de Thua Thien. Il appartient à la 5ème branche de la famille royale.
La carrière de Ton That Dan a suivi le cours régulier d’un cursus mandarinal, sans les accidents qui marquent si souvent le parcours de ces hauts fonctionnaires.
Admis au Collège Quoc Tu Giam en 1890, il fut reçu Cu Nhun au concours triennal de 1897, puis au 12e mois de la même année, fut admis, avec le grade de 7-1 au cours des Gradués du Collège Quoc Hoc pour faire ses études de français, et au cours de ces mêmes études, fut promu aux grades de 6-2 académique, puis de 6-1. Reçu au concours de sortie de ce collège en 1900, il fut nommé successivement  :
Tri Huyen de Binh Khê (Binh Dinh) en 1900,
Tri Huyên de Hau Lôc (Thanh Hoa) en 1902,
Tri Phu de Dien Chau (Nghe An) en 1907,
Thua Phu de Thua Thien en 1910,
An Sat de Dong Hoi en 1913,
Bo Chanh de Nghe An en 1917,
Bo Chanh de Binh Thuan en 1919,
Tham Tri au Ministère de la Guerre en 1920,
Tuan Vu de Quang Tri en 1922,
Tong Doc de Vinh en 1923.
(Voir AP0824 pour les les grades dans l’administration annamite)
En 1926, S. E. Ton That Dan fut rappelée par Sa Majesté Khai Dinh à la Capitale comme Ministre de la Justice et Membre du Co Mat (Conseil secret). En 1928, S. E. fut également chargée des fonctions de Président du Conseil du Ton Nhon. En 1930, il fut chargé, avec M. Bonhomme, Inspecteur des Affaires Politiques et Administratives en Annam, d’une mission de pacification dans les provinces de Nghe An et de Ha Tinh…/…
En 1931, S.E. Ton That Dan fut désignée comme Délégué du Gouvernement Annamite à l’Exposition Coloniale Internationale de Paris, et il put ainsi visiter les principales villes de la France.
Admis à la retraite en 1933, S. E. Ton That Dan est décédée le 8 mai 1936, à l’âge de 65 ans.
En récompense des éminents services qu’il a rendus au pays au cours de sa longue et brillante carrière, Sa Majesté Bao Dai lui a décerné, après son admission à la retraite, le titre de noblesse Pho Nhon Nam (Vicomte de Pho Nhon) et, à titre posthume, celui de Dong Cac Dien Dai Hoc Si.
  1. E. était Officier de la Légion d’Honneur, Grand-Officier du Dragon d’Annam et Officier de l’Instruction Publique. Mandarin de haute envergure, S.E. Ton That Dan s’était acquis une juste réputation par l’indépendance de son caractère, sa fermeté et sa droiture…/…
(Extrait du BAVH 1939/2 : Quelques mandarins d’hier, par Nguyen Tien Lang, Chef de Bureau au Cabinet de Sa Majesté)
(Voir aussi AP0452)
Aviation – Liaison aériennes France-Indochine (AP0655) – Voir photographie AP0715 planche 4
Après la seconde guerre mondiale les liaisons maritimes furent peu à peu supplantées par des liaisons aériennes. Voici quelques indications sur ces dernières, car les anciens coloniaux ont suivi de près leur développement.
Le premier vol d’un avion en Indochine eut lieu à Saïgon le 10 décembre 1910. Puis il y eut en 1913 quelques liaisons locales effectuées par Marc Pourpe (il a eu sa rue à Saïgon dès août 1915) (AP0715). La première liaison Paris – Saïgon fut réalisée par Pelletier Doisy sur Bréguet 19 du 24 avril au 11 mai 1924. Mais ce n’était qu’un raid. Et il y en eut quelques autres :
Du 11 au 20 octobre 1927, par Challe et Rapin, sur Potez 25 ;
En avril 1929, par Bailly et Réginensi, sur Farman 190 ;
Du 17 au 21 novembre 1929, de Hanoï à Paris, par Costes et Bellonte (voir photocopie d’une enveloppe avec cachet AP3626).
La première liaison commerciale fut postale, en avril 1929 (voir enveloppe avec cachet AP3627). La première liaison complète régulière pour passagers eut lieu le 3 janvier 1931. Elle durait 11 jours, avec 79 heures de vol. En voici quel était le déroulement, 2 fois par mois, par la Compagnie Air-Orient :
    -de Paris à Marseille, par avion Wibault 182, avec escale à Lyon ;
    -de Marseille à Beyrouth, par hydravion CAMS 53 (puis 58), avec escales à Naples, Corfou, Athènes, Castellorizo, Tripoli (de Syrie) ;
    -de Beyrouth à Damas, en automobile, faute d’un terrain d’aviation à Beyrouth ;
    -de Damas à Bagdad, en avion Farman 301 ;
    -de Bagdad à Saïgon, en avion Fokker VlIb, avec escales à Bouchir, Djask, Karachi, Jodhpur, Allahabad, Calcutta, Akyab, Rangoon, Bangkok.
Les liaisons se sont constamment améliorées ensuite, avec de nouveaux appareils et la suppression de certaines escales :
    -En mai 1932, en 10 jours et au rythme d’une fois par semaine, avec la mise en service de la liaison directe par avion de Tripoli à Damas.
    -En décembre 1933, le premier voyage de bout en bout avec le même appareil, le Dewoitine 332 « Emeraude » (F-AMMY), en 7 jours dont 49 heures de vol, ouvre de grands espoirs. Mais lors de son retour (départ de Saïgon le 5 janvier 1934 ; voir enveloppe avec cachet AP3628) l’appareil a été pris dans une tempête de neige et s’est écrasé à Corbigny (Nièvre) le 14 janvier, causant la mort de ses 10 occupants, dont Pierre Pasquier, le Gouverneur Général de l’Indochine, et de Maurice Noguès, l’initiateur de la ligne qui porte maintenant son nom. On a alors continué à utiliser plusieurs appareils pour assurer le trajet.
    -En 1936, en 7 jours, grâce aux hydravions Léo 242, aux avions Potez 62 et Dewoitine 338 : le jeudi, Paris, Marseille, Athènes ; le vendredi jusqu’à Bagdad ; le samedi jusqu’à Djask ; le dimanche jusqu’à Jodhpur ; le lundi jusqu’à Calcutta ; le mardi jusqu’à Bangkok ; et le mercredi jusqu’à Saïgon.
    -En 1938, le Dewoitine 338 est utilisé de bout en bout ; la durée du voyage est réduite à 6 jours. Escales à Marseille, Tunis, Tripoli, Benghazi, Alexandrie, Le Caire, Damas, et le reste comme ci-dessus.
Après une interruption en juin 1940, les liaisons ont repris en décembre 1945 sur DC3 militaire (Dakota) en 5 jours. Puis Air France et la T.A.I. (Transports Aériens Intercontinentaux, filiale des Messageries Maritimes, voir AP1424) ont mis en service des appareils plus rapides et de meilleure capacité :
    -En 1947, des Douglas DC4 (non pressurisés) ; parcours en 40 heures de vol + 32 heures d’escales dont 2 nuits à Karachi et au Caire (48 passagers).
    -En 1949, des appareils pressurisés : DC6 et Lockheed Constellation ; 27 heures de vol + 5 à 8 heures selon les escales.
    -En 1951, DC6B et Super Constellation G ; 25 heures de vol + 4 à 7 heures selon les escales.
    -En 1958, DC7C et Super Starliner ; 22 heures de vol et 2 heures pour une seule escale.
    -1961, apparition des premiers avions à réaction : DC8 et Boeing 707. Le temps de vol est réduit à 17 heures ; mais il faut 5 escales car le rayon d’action est relativement faible sur les premiers modèles. D’où un temps total d’environ 22 heures. Mais les rayons d’action se sont rapidement améliorés.
    -En 1975, les gros porteurs : B747 et DC10 ; vol de 14 heures, plus une seule escale (en principe, car il a fallu souvent en augmenter le nombre pour assurer un remplissage satisfaisant en passagers de ces gros porteurs).
    -En 1995, les B747-400 et Airbus A340 vont jusqu’à Bangkok sans escale. Puis l’avion d’Air France se dirige alternativement vers Saïgon et Hanoï. Au total 13h½ de vol et 15 heures pour le parcours.
(Comité de Rédaction)
Léon Sogny est élevé au titre nobiliaire de « Baron An Binh » (AP0659)
Le  document ci-dessous nous a été communiqué par Annick et Albert Marien. Il est extrait du journal « La Gazette de Hué » daté du 6 mai 1939. L’événement est d’importance pour qu’il soit signalé par la presse de l’époque : Léon Sogny est élevé au titre de Baron Anh Binh par Sa Majesté Bao Dai. Il est un des rares Français (mis à part les gouverneurs généraux et les résidents supérieurs en Annam) qui se soient vu conférer une telle distinction, réservée d’ordinaire aux seuls nationaux annamites.
« M. Sogny à l’honneur.
  1. Sogny élevé au titre nobiliaire de Baron An Binh.
  2. le contrôleur général L. Sogny, Chef des Services de la Police et de la Sûreté en Annam va bientôt demander à prendre sa retraite et à abandonner un poste où il sut toujours donner toute la mesure de ses qualités. Par une ordonnance en date du 29 avril 1939, M. Sogny a été élevé au titre de Baron An Binh. La date de la cérémonie solennelle de la remise du Brevet, de la plaque en or et du cachet, est fixée à demain, dimanche 7 mai.
Nous ne pourrons mieux faire, pour souligner les hautes qualités du chef des Services de la Sûreté en Annam, à qui La Gazette présente ses sincères et chaleureuses félicitations, que de reproduire ici la traduction du texte même du Brevet Impérial afférent à ce titre nobiliaire.
Traduction du texte du Brevet Impérial :
« En vertu du Mandat du ciel et dans la prospérité du pays.
Nous, Empereur, Ordonnons :
Dans les relations franco annamites, le plus haut prix doit être attaché à la confiance réciproque et à l’accord harmonieux et amical.
Lors de l’octroi d’un titre nobiliaire et de l’investiture solennelle, le but essentiel est de récompenser le mérite. La circonstance étant favorable, nous prenons l’ordonnance que voici en faveur de Monsieur Léon Sogny :
« Pourvu de qualités intellectuelles hors de pair, possédant une culture solide et approfondie, M. Sogny est de la lignée des Français qui vinrent en Annam avec la volonté d’y accomplir une oeuvre utile. Au service de l’Administration depuis 40 ans, il a su créer de solides sympathies et de grandes affections, semblant traduire ses affinités prédestinées avec les eaux et les montagnes d’Annam. Il a servi sous les trois règnes de Nos Augustes Prédécesseurs avant de servir sous le Nôtre. Longue serait la liste de ses actions méritoires. Comme chef de la Sûreté et de la Police de l’Annam, il a prouvé sa connaissance parfaite de tous les milieux et de toutes les situations ; sa précieuse collaboration fut décisive en maintes conjonctures délicates, pour ramener l’ordre et la paix.
Comme une balance juste, comme un limpide miroir, il n’a été guidé dans son action administrative que par l’impartialité et l’intégrité. Ses vues furent toujours justes et ses actes heureux.
Le gouvernement a maintes fois reconnu les éminents services qu’il rend. Le pays, dans toutes ses classes sociales, de la cour à la campagne et à l’humble paysan, le connaît et voit en lui un homme réputé et exemplaire. Du vivant de Sa Majesté Notre Auguste Père, M. Sogny jouissait de Sa haute estime. Depuis Notre Avènement au Trône, il nous rend personnellement de nombreux services. Combien belles et dignes d’éloges sont une telle carrière et une telle œuvre !
Nous décidons, en conséquence, d’élever Monsieur Sogny au titre de Baron An Binh (Paix et Tranquillité).
Que la présente Ordonnance rehausse sa renommée en proclamant notre reconnaissance pour les services qu’il a rendus ! Qu’elle constitue un gage de Notre Haute et Cordiale Estime ! Que, devant les Annales de l’Empire, elle garde la mémoire des actions méritoires accomplies, pour les siècles à venir !
Que le Baron An Binh, uni intimement à l’Annam, jouisse longtemps du bonheur commun de notre union, le partageant avec tous les Annamites. Cette pensée nous sera, entre toutes, particulièrement agréable.
Respect à ceci. »
 (Extrait du BAVH N°5 décembre 2000)
Titres nobiliaires décernés par la Cour de Hué (AP0660)
L’usage des titres nobiliaires existait en Chine depuis les temps les plus reculés. Ils furent créés sous la dynastie des Châu, c’est-à-dire plusieurs siècles avant l’ère chrétienne. Le royaume d’Annam-Tonkin et Nord-Annam actuels fut conquis par les Chinois vers le commencement de notre ère, et ce n’est qu’au Xème siècle, après quelques brèves périodes de liberté, puis d’une façon tout à fait définitive, au XVème siècle, que les Annamites reprirent leur indépendance. Mais, au cours de cette longue occupation, les Chinois avaient introduit dans le pays leurs lettres, leurs arts, leurs lois et leur étiquette de cour.
C’est ainsi que les titres nobiliaires, dont l’usage a cessé en Chine depuis la Révolution de 1911, ont continué à subsister en Annam. Ils comprennent deux catégories :
– A. Six titres exclusivement réservés aux princes de sang royal étaient, dans l’ancienne Chine, dévolus aux rois et princes tributaires, ainsi que douze autres titres moins importants destinés aux descendants des princes du sang, avec diminution d’un degré à chaque génération.
– B. Cinq titres de noblesse réservés aux mandarins, quelle que soit leur origine (apparentés à l’Empereur ou d’origine populaire), pour récompenser les mérites, et, plus particulièrement, les mérites militaires : Công, Huu, Bo, Tö et Nam.
Ainsi qu’il est indiqué plus haut, ces titres (A et B) sont transmissibles au fils aîné, avec diminution d’un degré à chaque génération.
A la suite de l’installation de la France en Indochine, la terminologie suivante fut admise pour désigner les dignitaires nantis de titres de noblesse :
– Prince, pour les six titres mentionnés à la catégorie A.
Et, pour les cinq titres de la catégorie B, que certains ont comparé à nos  » comtes d’Empire  » :
– Duc pour Công.
– Marquis pour Huu.
– Comte pour Bo.
– Vicomte pour Tö.
– Baron  pour Nam.
Aucun protocole n’a réglementé la question, mais plus de 50 ans d’usage ont définitivement consacré ces termes.
(Index du BAVH)
Titres nobiliaires annamites décernés à des Français (AP0663)
« Depuis l’arrivée des Français dans ce pays, et par analogie avec ce qui se fait pour les Mandarins, des titres nobiliaires ont été décernés par l’Empereur d’Annam, à de hautes personnalités françaises. C’est ainsi qu’entre 1885 à nos jours, vingt-deux titres ont été octroyés à un ministre français, un amiral, deux généraux, neuf gouverneurs généraux de l’Indochine, et neuf résidents supérieurs de l’Annam. Ces titres nobiliaires qui, autrefois, pour les Annamites, donnaient droit à certains privilèges, réduits de nos jours à une simple pension, sont purement honorifiques pour les Français, qui reçoivent simplement un brevet et une plaquette d’or sur laquelle le titre est gravé en caractères chinois.
Liste des hauts fonctionnaires français auxquels un titre nobiliaire a été décerné par la Cour d’Annam de 1885 à nos jours (1937) :
  1. de COURCY (Cô-xi), Général en chef, titre de Bao-Ho Quan-Vuong, ordonnance du 10ème jour, 9ème mois, 1ère année Hàm-Nghi (17 octobre 1885).
  2. de CHAMPEAUX (Sâm-bô), Chargé d’affaires, Bao-Ho Cong, ordonnance de même date que le précédent.
  3. ……………(Ba-duy-dam), Vice-Amiral, Chef d’Etat-Major, Bao-Quoc-Cong, ordonnance de même date que les précédents.
  4. WARNET (Ba-nê), Général Commandant en chef le corps expéditionnaire du Tonkin, Duc-Quoc-Vuong, ordonnance de même date que le précédent.
  5. …………….Sanh-bich), Ve-Quoc-Cong, ordonnance de même date que les précédents.
  6. RICHAUD (Mi-sô), Gouverneur Général, Pho-Quoc Quan-Vuong, ordonnance de même date que le précédent.
  7. RHEINARD (Lê-na), Chargé d’affaires, Luong-Quoc Quan-Vuong, ordonnance de même date que les précédents.
  8. ROUSSEAU (Du xô), Gouverneur Général, Pho Nam Vuong, ordonnance du 6ème jour, 2ème mois, 8ème année Thanh Thai (19 mars 1896).
  9. BRIERE (Bo-ri-ê), Résident Supérieur, Ho Nam-Cong, ordonnance de même date que le précédent.
  10. DUVILLIER (Dô-vi-ê), Vice-Résident de 1ère classe, Commissaire du Gouvernement, Ve-Vo-Hau, ordonnance de même date que les précédents.
  11. BOULLOCHE (Bô-lô-so), Résident Supérieur, Ta Quoc Vuong, ordonnance du 19ème jour, 6ème mois, 11ème année Thanh-Thai (26 juillet 1899).
  12. BEAU (Bô), Gouverneur Général, Phu Quoc Vuong, ordonnance du 24ème jour, 1er mois, 2ème année Duy Tan (25 février 1908).
  13. LEVECQUE (Le-viet), Résident Supérieur, Phu Quoc Cong, ordonnance de même date que le précédent.
  14. LUCE (Luc-so) Gouverneur Général p. i., Pho-Nam Quan-Vuong, ordonnance du 22ème jour, 11ème mois,  5ème année Duy-Tân (10 janvier 1912).
  15. GROLEAU (Cô-rô-lô), Résident Supérieur, Pho-Nam-Cong, ordonnance de même date que le précédent.
  16. SESTIER (Xich-xê), Résident Supérieur p. i., Pho-Nam-Cong, ordonnance de même date que les précédents.
  17. SARRAUT (Sa-lô), Gouverneur Général, Phu-Nam, ordonnance du 29ème jour, 12ème mois, 5ème année Duy-Tân (16 février 1912).
  18. PASQUIER (Bac-kê), Gouverneur Général, Trach-Nam Quan-Vuong, ordonnance du 2ème jour, 2ème mois, 6ème année Bao-Dai (20 mai 1931).
  19. ROBIN (Rô-binh), Gouverneur Général p. i., An-Tinh-Cong, ordonnance du 15ème jour, 4ème mois, 8ème année Bao-Dai (9 mai 1933).
  20. CHÂTEL (Sa-tiên), Résident Supérieur, Nghe-Quoc-Cong, ordonnance de même date que le précédent.
  21. CHARLES (Sa-lê), Gouverneur Général honoraire, Te-Nam-Vuong, ordonnance du 19ème jour, 3ème mois, 9ème  année Bao-Dai (2 mai 1934).
  22. GRAFFEUIL (Co-la-phoi) Résident Supérieur, Te-Quoc-Cong, ordonnance du 19ème jour, 3ème mois, 11ème année Bao-Dai (9 mai 1936). »
(Léon Sogny – Les titres nobiliaires – BAVH 1937/1)
Ville de Phan Thiet (AP0671)
Phan Thiet, résidence de France (voir AP0104), siège des autorités de la Province du Binh Thuan, à 864 km de Hué par la Route Mandarine. Plage de sable très étendue. Station balnéaire. Hôtel. L’agglomération de 22.000 hab. s’étale sur les deux rives du Song Ca Ti, à 1 km de la mer.
Sur la rive N, le quartier européen dissémine ses cottages dans les jardins sablonneux.
Sur les deux berges, le bourg asiatique arrive jusqu’à la mer. Marché important, où se coudoient les Chinois du sud, les Annamites, les Cham de la plaine, les Malaisiens et les Indonésiens de la montagne (voir AP0391).
Sur la rivière, les sampans déchargent leur pêche fructueuse. Le long de la route, s’alignent des jarres pleines de nuoc-mam, mixture malodorante (sic !) que les jonques exportent en Chine (voir AP0066).
La province produit du poisson, riz, tabac, maïs, canne à sucre, ananas, cocos, arec, pastèques, bananes, oranges, mangues.
Les Cham, anciens maîtres du pays habitent en arrière de la côte, entre les Annamites des vallées basses et les Indonésiens de la montagne. Ils ont laissé des vestiges de quelques monuments, en particulier à Pho Hai (voir AP0188).
Le docteur Sallet a été médecin chef de l’hôpital de Phan Thiet en 1927-1928 (voir AP0068).
(D’après le Guide Madrolle – Indochine du Sud – 1926 – Hachette)
Ultime appréciation de la carrière de Léon Sogny (AP0682)
Appréciation des services de Léon Sogny par son supérieur, le Résident Supérieur en Annam (Graffeuil) :
 » Monsieur Sogny arrive à la fin de sa carrière.
Ce bulletin clôturera les éloges administratifs décernés par tant de ses supérieurs au cours d’une longue carrière. Je sais qu’il ira dormir sous la poussière des sections d’archives. Je ne puis cependant résister au désir de conclure et de dire ce que fut la carrière d’un fonctionnaire de grand coeur, de haute valeur morale et administrative qui s’est écoulée parmi la sympathie de tous, Français et Annamites.
La vie administrative de M. Sogny s’intègre dans l’histoire de l’Annam, et surtout de Hué et de la Cour depuis trente ans. Après des débuts brillants et appréciés dans la Garde Indigène, il fut appelé à Hué en raison de sa connaissance de la langue annamite, de son intelligence et de l’influence qu’il avait déjà dans les milieux de la capitale.
Il fut alors le mentor amical d’un jeune roi et le conseiller attentif du protectorat dans les relations avec la Cour. Quand un Service de la Sûreté fut plus tard créé, on le confia à cet homme qui, depuis, a rendu à tous les Résidents Supérieurs qui se succèdent, tant de services.
Ce qui eût pu être une carrière banale devint un apostolat. M. Sogny remplit sa tâche d’une manière si large que ce chef des services de Sûreté resta l’ami, le conseiller, souvent le protecteur des Annamites que la fortune, les événements trahissaient. Il devint souvent le tuteur, s’efforçant de ramener dans la vie normale, les jeunes égarés qu’il connaissait et contre lesquels il avait dû agir. Si on devait lui faire un reproche, ce serait d’avoir été si bon que certains en aient abusé.
Est-ce réellement un reproche et n’est-il pas beau de voir un homme avoir, comme chef de la sûreté, participé à tant d’événements, d’intrigues et de répressions, et de conserver, loin de toutes critiques, l’estime et le respect de tous. D’avoir servi avec dévouement la cause française et de laisser aux indigènes l’impression juste qu’il les a aimés et servis.
Tout cela suppose de hautes qualités morales, l’amour conjugué de la France et de son pays d’adoption, une sérénité qui n’admit pas les intrigues de personnes qui eussent rabaissé sa mission de son niveau d’idéal humain à une besogne administrative médiocre.
Un tel départ est pour l’administration une perte qui ne se remplace pas. Si personne n’est indispensable, il est des gens qui ont une valeur d’action exceptionnelle. M. Sogny est de ceux-là. La seule consolation de ses amis est d’espérer qu’après sa retraite, il restera à Hué…/…
Hué le 26 août 1938″
Monsieur Grandjean, alors Directeur des Affaires Politiques et Chef de la Sûreté Générale au Gouvernement Général de l’Indochine en 1938, s’associe à l’éloge du Résident Supérieur et considère M. Sogny comme un fonctionnaire irremplaçable. « 
(Document communiqué par Albert et Annick Marien)
Déposition de Thanh Thaï (A00686)
Thanh Thaï (=réussir parfaitement) devint le 1er février 1889 le dixième souverain de la dynastie des Nguyen. Il appartenait à la cinquième génération des descendants de Gia Long, le fondateur de la dynastie. Né en 1879, il était le fils du cinquième empereur, Duc Duc. Il a succédé à Dong Khanh (1885-1889).
En ce qui concerne sa déposition le 3 septembre 1907, L’Illustration a publié dans son numéro du 26 octobre 1907 un récit fait par son correspondant à Hué. En voici de larges extraits. Entre parenthèses, quelques mots modifiés ou déplacés pour assurer une bonne liaison.
« …La nécessité de détrôner Thanh Thaï ne faisait pas question, même aux yeux de ses sujets, de ses ministres… et de ses familiers, témoins journaliers de sa folie, de ses crises de délire homicide. Le gouvernement français, bien résolu à interner ce pauvre dément, confiait dès le 29 juillet, à notre représentant près de la cour de Hué, M. le résident supérieur Levecque, le soin d’en informer le Co Mat (Conseil secret)… Les hauts mandarins (reconnaissant) que leur roi était incapable de régner (ont demandé) que, déposé, il fût du moins remplacé sur le trône par un membre de la famille royale… Le gouvernement français admit parfaitement cette manière de voir.., et, renonçant à déposer Thanh Thaï, décida de l’autoriser à abdiquer en faveur de l’un de ses fils. Le 2 septembre M. Beau, (gouverneur général de l’Indochine)… notifiait à la Cour cette décision… Le lendemain l’acte d’abdication…était présenté à Thanh Thaï qui se résolut à le signer… (En) voici le texte :
 » Malgré notre légère vertu, nous avons pu conserver la grande charge pendant dix-neuf ans. Par suite des occupations du royaume qui nous ont rendu malade, nous sommes aujourd’hui incapable de continuer à régner. D’accord avec M. le gouverneur général, le cinquième prince est désigné pour nous succéder, afin de nous permettre de nous retirer, nous soigner… « . Dès le jour suivant Thanh Thaï était conduit au palais de la Reine Mère. Sa garde était confiée à M. Prosper Jourdan, inspecteur de la garde indigène, et à des soldats annamites. On vient de le transférer à Saïgon, où il est arrivé le 21 octobre, accompagné de cinq de ses femmes, de dix enfants, de nombreux domestiques. Il s’est installé au Cap Saint-Jacques, dans la villa des gouverneurs. Le cinquième prince est un enfant de huit ans, Vinh San, qui, pourvu d’un conseil de régence (présidé par S.E. Truong Nhu Cuong), va régner sous le nom de Duy Tan, (=attaché aux réformes). Ce rejeton de la dynastie des Nguyen est né d’une servante des concubines royales… Le 5 septembre (1907) il était solennellement intronisé. « .
D’après divers faits relatés par les chroniques (voir notamment « Sur la Route Mandarine » de Dorgelès, page 137, 6e ligne) Thanh Thaï était vraiment cruel et déconsidéré. Il a été exilé à La Réunion en 1926. Il est revenu au Viêt Nam en 1950 où il est mort en 1954.
Mais, était-il aussi cruel et fou qu’on vient de le dire ? Des historiens ont dû se pencher sur la question. Les textes du correspondant de L’Illustration et de M. Dorgelès ont pu être fortement orientés par l’administration française qui aurait amplifié certains faits regrettables de la vie privée du souverain afin de les prendre comme prétexte.
(Comité de Rédaction)
La mobilisation de 1914 à Hué (AP0708)
« …/…En 1914, nous n’avions pas encore « l’Arip » (Bulletin officiel quotidien d’information), et les seules nouvelles qui nous parvenaient de la Métropole étaient de source anglaise, ou alors se trouvaient condensées, en quelques lignes, par la peu prolixe Agence Havas, et affichées à la vieille Poste, mal éclairée et peu accueillante, domaine incontesté du père Castagnier qui vous y recevait en pyjama et en savates.
Inutile de préciser que les échos du drame Caillaux-Calmette ou du voyage du Président de la République en Russie n’intéressaient presque personne à Hué. La vie y était douce, insoucieuse, comme en ces paradis sans histoire d’Océanie où « tout est calme, tout est volupté ».
Brusquement un vent mauvais balaya cette quiétude ; là-bas en Europe un incendie formidable se préparait à tout détruire ; en France nos frères mobilisés se trouvaient déjà sous les armes prêts à se jeter dans la fournaise. Le 3 août, une note de la Résidence Supérieure passa dans tous les services : la guerre était déclarée entre la France et l’Allemagne, chacun devait rester à son poste et attendre les événements avec la plus grande confiance.
Du coup le Cercle de la Rive Droite connut une exceptionnelle animation ; tous les « bobards » sur la Turpinite, sur la cavalerie de Rennemkampf, sur les raids extraordinaires de Védrines, furent sans discussion adoptés par tous : le bruit court…. il paraît que…. un télégramme officieux au Résuper affirme …. etc …. Ah ! Jeunesse !
Nous possédions la conviction profonde que la guerre serait de courte durée, et toute à la gloire des armées alliées ; aussi la satisfaction intime d’être assurés d’en sortir vivants nous permettait de considérer les événements avec optimisme et même enthousiasme.
Penchés, au Cercle, sur des cartes hérissées de petits drapeaux français, anglais ou belges, nous écoutions tous les soirs, les cours de haute stratégie des anciens, Orban, Hoppe, Castagnier, Délétie, avec beaucoup plus de foi que les commentaires plus réservés des officiers de l’active.
La guerre, après tout, n’est qu’une question de bon sens …/… »
(Extrait du BAVH-19374, article de Le Bris : « Le Monument aux morts de Hué »)
Fêtes du quarantenaire de S.M. Khai Dinh (AP0713)
(Voir début à AP2902)
Le quarantenaire de SM. Kai Dinh a été l’occasion, les 29 et 30 septembre 1924, d’importantes cérémonies dans la ville de Hué. H. Délétie en a donné une description détaillée dans le BAVH n°2 de l’année 1925. Nous en extrayons les passages suivants :
« …Hué étalait ses splendeurs sous un ciel pur de fin d’été. Des arcs de triomphe, où les caractères de la « longévité » et du « bonheur »  (voir AP2909, 2925) se détachaient en fleurs multicolores sur un fond de verdure fraîche, enjambaient les allées de la ville encombrée d’une foule en habits de fête, à la fois étonnée, joyeuse et recueillie. Des oriflammes et des bannières aux couleurs officielles de Sa Majesté et à celles du Dragon de l’Annam pendaient du haut des mâts en bordure des trottoirs. Une longue file de lanternes octogonales en papier colorié longeait les rives du Fleuve des Parfums (voir AP2907)  et les canaux de la Citadelle. Sur les miradors, les fanions jaunes et rouges des grands jours se déployaient au souffle d’une brise légère (voir  AP2905 et 2906).
Au « Grand Cavalier, » dominant la cité impériale de son mât immense et de ses cordages obliques, flottaient le pavillon royal, les drapeaux triangulaires des provinces et les étendards dentelés des Cinq Eléments (voir AP2903).
Sur l’Esplanade, neuf pavillons avaient été dressés dont les Cai Phen (cloisons) habilement peintes reproduisaient à s’y méprendre les tuiles des toits et les briques des murs. C’est là qu’étaient exposés les cadeaux offerts à Sa Majesté à l’occasion de son Quarantenaire (voir AP2908) ; c’est là qu’attendait, pour la visite officielle, la foule des mandarins, commerçants, industriels, journalistes, venus de la Cochinchine, du Tonkin et de tout l’Annam, tandis que le peuple innombrable garnissait les contrescarpes plus élevées de la Citadelle ou s’installait dans les créneaux des murs.
Le porche central de la Porte du Midi s’est enfin ouvert : les miliciens aux molletières jaunes tranchant sur le blanc de leurs dolmans présentent les armes à l’appel du clairon. Les musiciens de la fanfare royale, en uniformes verts, entament une marche guerrière, et deux blancs chevaux de parade, caparaçonnés de rouge, suivis chacun d’un porteur de parasol jaune, avancent lentement, tenus à la bride, entre les rangs des satellites tout de rouge habillés. Sur deux files apparaissent, au trot nerveux de leurs montures impatientes, les dragons du roi, en vestes écarlates à brandebourgs jaunes ; et voici venir, dans une victoria de couleur impériale, le Gouverneur général, le Résident Supérieur, le Prince Héritier et le Roi. La visite officielle est commencée.
….Devant le pavillon central où les plus belles pièces ont été réunies autour de l’horloge moderne offerte par le Gouvernement Protecteur, un groupe de chanteuses du Nord Annam (voir AP2923), au son d’un orchestre accroupi au bord de la natte, dansent et adressent à Sa Majesté les souhaits des dix mille bonheurs et des dix mille longévités. La nuit est tombée : les lanternes sont reines. La foule des invités français et annamites, remplit les galeries de la Grande Porte du Midi, où des tables chargées de rafraîchissements et de pâtisseries délicates ont été dressées. L’esplanade s’est transformée en théâtre en plein air ; une troupe de comédiens de Nam Dinh mime les scènes classiques de l’histoire nationale (voir AP2922). Et, pour clore la fête, un immense feu d’artifice, dont les pièces principales représentent des caractères ou des paniers de fleurs, embrase l’esplanade et les terre-pleins et fait pousser à la foule des cris de joie et d’admiration…/…
(H. Delétie – BAVH n°2 de l’année 1925)
Résidents Supérieurs à Hué (AP0714)
Le premier résident supérieur en Annam fut mis en place en 1886. Avant cette date, le représentant de la France à Hué était un chargé d’affaires. Ce poste fut tenu successivement par Pierre Paul Rheinart (qui l’occupa trois fois), Paul Louis Félix Philastre, Louis Eugène Palasne de Champeaux et François Jules Harmand.
Les résidents supérieurs qui se succédèrent jusqu’en 1913, date du départ de Georges Mahé furent les suivants :
–   Charles Dillon, de 1886 à 1888 ;
–   Séraphin Hector, de 1888 à 1889 ;
–   Léon Jean Laurent Chavassieux, p.i., du 3 mai au 12 juillet 1889 ;
–   Séraphin Hector, pour la 2ème fois, du 12 juillet 1889 au 1er avril 1891 ;
–   Jean Thomas Raoul Bonnal, expédition des affaires, du ler avril au 26 octobre 1891 ;
–   Ernest Albert Brière, du 27 octobre 1891 au 20 avril 1894 ;
–   Léon Jules Pol Boulloche, p.i. du  21 avril au 12 décembre 1894 ;
–   Louis Charles Frédéric Baille, p.i. du 15 décembre 1894 au 28 mai 1895 ;
–   Ernest Albert Brière, pour la 2ème fois, du 28 mai 1895 à 1897 ;
–   Jean Calixte Alexis Auvergne, de 1897 à 1898 ;
–   Léon Jules Pol Boulloche, pour la 2ème fois, du 4 février 1898 au 23 mars 1900 ;
–   Jean Calixte Alexis Auvergne, pour la 2ème fois, p. i.  le 23 mars 1900 ;  titulaire du 3 mai 1901 au 11 janvier 1902 ;
–   Paul Louis Luce, p.i. du 11 janvier 1902 au 11 février 1903 ;
–   Jean Calixte Auvergne, pour la 3ème fois, du 19 février 1903 au 10 juin 1904 ;
–   Jean Ernest Moulié, p.i., du 10 juin 1904 au 1er mai 1906 ;
–   Fernand Ernest Lévecque, p.i. le 1er mai 1906 ;  titulaire du 26 janvier 1908 au 15 août 1908
–   Paul Edgard Dufrénil, p.i. du 15 au 25 août 1908 ;
–   Elie Jean-Henri Groleau, p.i. le 25 août 1908 ; titulaire du 11 janvier 1909 au 26 février 1911 ;
–   Henri Victor Sestier, p.i., du 26 février au 31 décembre 1911 ;
–  Jean François Eugène Charles, expédition des affaires, du 31décembre 1911 au 22 janvier 1912
–  Georges Marie Joseph Mahé, du 22 janvier 1912 au 21avril 1913.
Après le départ du résident supérieur Mahé et jusqu’au 9 mars 1945, le poste de résident supérieur en Annam fut occupé successivement par :
–   Labbé dit Labbez, expédition des affaires, du 22 avril au 6 juin 1913;
–   Jean François Eugène Charles, pour la 2ème fois, p.i. le 6 juin 1913 et titulaire, de mai 1914 à 1920 (voir AP0723).
–   Pierre Marie Antoine Pasquier (voir AP0821), de 1920 à 1927 et fut donc celui qui resta le plus longtemps à ce poste ;
–   Jules Fries, de 1927 à 1928 ;
–   Aristide Eugène Le Fol, de 1928 à 1931 ;
–   Yves Charles Chatel (voir AP0611), de 1931 à 1934 ;
–   Maurice Fernand Graffeuil (voir AP1077), de 1934 à 1940 ;
–   Emile Louis François Grandjean de 1940 à septembre 1944 ;
–  Jean Haelewyn (voir AP3993), de septembre 1944 au 9 mars 1945. Arrêté par les Japonais après le coup de force, il est emmené en captivité à Dong Ha puis transporté en camion au Laos et au Cambodge, jusqu’à Kratié, où il est exécuté le 23 août 1945.
(Comité de Rédaction)
Marc Pourpe, aviateur (AP0715)
Il fut le premier aviateur à survoler Hué en 1913. C’était à bord d’un Blériot XI (du type de celui qui a traversé la Manche avec Blériot) baptisé La Curieuse.
Ses premiers vols eurent lieu à Saïgon en février 1913. Il rentra en France en septembre 1913 après avoir parcouru 17.000 km en Indochine. Il fut tué en opération le 2 décembre 1914. Une rue de Saïgon et un quai de Tourane (actuelle Da Nang) portèrent son nom jusqu’en 1954.
Cet événement, qui avait rassemblé un public nombreux sur les remparts, survenait trois ans après le premier vol d’un avion en Indochine effectué par Charles Van Der Born à Saïgon le10 décembre 1910 sur un Farman remonté après un voyage en bateau (voir AP0717).
(Comité de Rédaction)
Le Lycée Chasseloup-Laubat avant 1954 (AP0718)
1871 : C’est l’année d’origine de notre lycée. Le 10 juillet de cette année-là, naît à Saigon sur décision de l’amiral Marie-Jules Dupré, gouverneur militaire de Cochinchine, au croisement futur des actuelles rues Mac Mahon et Chasseloup-Laubat, un établissement nommé « Ecole Normale Coloniale ».
Les Français ayant conquis Saïgon en 1859 et la Cochinchine en 1862 ont en effet besoin d’interprètes faisant le relais entre eux et les autochtones, désormais placés sous administration directe française. La Cochinchine est en effet colonie et non sous protectorat comme le sera l’Annam un peu plus tard.
1874 : Avec l’établissement définitif de civils français et la nécessité d’un établissement d’enseignement général, l’Ecole est renommée « Collège Indigène » le 14 novembre 1874, avec un enseignement classique français gratuit.
1876 : Le Collège Indigène devient le Collège Chasseloup-Laubat sur décision du gouverneur militaire, l’amiral Auguste baron Duperré, en souvenir du comte de Chasseloup-Laubat, ministre de la marine de Napoléon III artisan de la conquête de la Cochinchine. Le Collège Chasseloup-Laubat est scindé en un « quartier européen», destiné aux Français de souche ou de nationalité, et un « quartier indigène».
1891 : Le collège Chasseloup-Laubat atteint péniblement une centaine d’élèves pour un corps de 24 enseignants, à cause de la concurrence de l’école confessionnelle Taberd, qui a déjà 260 élèves. Ceci est dû à la politique anti-confessionnelle du gouvernement de la IIIème République, qui va aboutir à la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1902 en France, date à laquelle le collège laïque Chasseloup-Laubat va alors prendre un véritable essor.
1893 : Le collège Chasseloup-Laubat atteint sa surface au sol définitive, malgré le fait que les bâtiments ne soient pas encore d’un seul tenant, en quadrilatère.
1924 : Le collège Chasseloup-Laubat compte 215 élèves.
1926 : Une grève survient au collège lors de la mort de Phan Chu Trinh, nationaliste vietnamien, et des inscriptions ABLF (à bas les Français) sont relevées sur les murs de l’établissement.
1927 : Le « quartier indigène » du collège Chasseloup-Laubat devient autonome au sein des mêmes bâtiments, sous le nom de « Collège de Cochinchine », car l’enseignement secondaire de type occidental se généralise (le dernier concours triennal destiné à sélectionner les mandarins administrant le pays a eu lieu 8 ans auparavant, en 1919).
1928 : Le collège devient le « Lycée Chasseloup-Laubat » par décision du Gouverneur Général de l’Indochine. Les besoins d’enseignement secondaire sont en effet devenus indispensables. Simultanément, le Collège de Cochinchine devient le Lycée Petrus Ky et prend possession en 1929 de nouveaux bâtiments séparés, construits à la limite ouest de Saïgon, alors nettement séparé de sa sœur jumelle chinoise, Cho Lon. De ce moment date la rivalité des deux lycées. Tous les deux étant d’excellente qualité, les élèves saïgonnais de l’enseignement moderne ne peuvent plus se mesurer que sur deux terrains : le taux de réussite au baccalauréat, et la victoire au match de football annuel opposant désormais les élèves des deux établissements. Les membres du corps professoral permutent parfois entre les 2 établissements, tandis que le français sera d’usage commun jusqu’en 1949, quand le programme d’éducation national vietnamien commencera à être appliqué au lycée Petrus Ky (il le sera totalement à partir de 1955 pour ce dernier lycée).
Fin des années 1920 : Le lycée Chasseloup-Laubat a pour proviseur Raphaël Barquisseau, homme de lettres, qui eut auparavant comme élèves deux célébrités : le futur général Salan (au lycée de Nîmes), et le futur général Vo Nguyên Giap (à Hà Noï, avant d’être proviseur à Saigon).
1930 : Le statut général et définitif des lycées français d’Indochine (dont le lycée Chasseloup-Laubat) est établi par l’arrêté du 11 février 1930. Cette année-là, notre lycée compte 605 élèves, dont 46% d’élèves français.
1935 : A partir de cette année, la création du lycée Sisowath à Phnom Penh permet aux élèves cambodgiens de ne plus être obligés d’aller à Saïgon au lycée Chasseloup-Laubat pour leurs études secondaires, comme c’est le cas du  prince Norodom Sihanouk qui est devenu roi et a quitté le Lycée Chasseloup-Laubat pour le trône.
1938 : L’Institution catholique Taberd avec 900 élèves du primaire devient un grand rival du lycée Chasseloup-Laubat. Désormais il y existe des classes du secondaire, par décision du gouverneur général de l’Indochine, M. Brévié.
1944 : Avec les « Mouvements de jeunesse » du commandant Ducoroy instaurés par l’amiral Decoux, les classes secondaires de Chasseloup-Laubat défilent avec les élèves des autres établissements saïgonnais (total: 20 000 jeunes) sur le boulevard Norodom lors de la fête de Jeanne d’Arc en mai de cette année.
1945 : Le 10 mars, le CFE (comité français d’entraide) dirigé par Mgr Cassaigne, archevêque de Saïgon, est autorisé par la mission de liaison du colonel japonais Amano à prendre le lycée Chasseloup-Laubat comme centre d’hébergement des Français regroupés, à partir du 12 mars 1945, jusqu’à la capitulation japonaise en août. Les cours sont interrompus jusqu’en octobre.
Le collège de jeunes filles Calmette (futur lycée Marie Curie en 1948) étant temporairement fermé, pour devenir provisoirement le Collège Mossard en 1947, les jeunes filles de cet établissement sont transférées jusqu’en 1947 au lycée Chasseloup-Laubat.
1945 : Le Viêt Minh prend le pouvoir pendant quelque temps à Saïgon ; les cours sont donc souvent interrompus à cause des évènements. Ils reprennent définitivement à la fin de 1945 sous la protection de l’armée française, qui assure parfois et jusqu’en 1947 le transport dans des camions militaires des écolières françaises du Lycée Calmette (futur Lycée Marie Curie en 1948) temporairement transférées à Chasseloup-Laubat.
1947 : Le lycée Chasseloup-Laubat redevient réservé aux garçons et fonctionne normalement de 1946 à 1948 sous l’éphémère « République de Cochinchine » dirigée par Nguyên Van Thinh puis Lê Van Hoach et enfin Nguyên Van Xuân, avec le retour en octobre au centre et au sud du Viêt Nam des troupes françaises du général Leclerc.
Les Laotiens ne sont plus obligés à partir de cette année 1947 d’aller à Saïgon pour leurs études secondaires au lycée Chasseloup-Laubat (ou à Hanoï au lycée Albert Sarraut), avec la création du lycée fédéral Pavie à Vientiane.
1949 : Le lycée Chasseloup-Laubat compte en cette année mille treize élèves en primaire (le « Petit Lycée ») et 759 élèves en secondaire. M. Vinciguerra est directeur du Petit Lycée durant cette période, au moins jusqu’en 1954.
1949-1954 : Le lycée fonctionne sous le contrôle des Services de l’Enseignement du Haut Commissariat de France au Viêt Nam dans le cadre de l’Etat du Viêt Nam, au sein de l’Union Française. Le 11 juillet 1951, lors de la distribution des prix, le général De Lattre de Tassigny devenu Haut Commissaire et Commandant en chef français en Extrême Orient y exhorte les élèves à choisir leur camp et à se battre en conséquence.
1950 : Des troubles (manifestations, défilés) surviennent à Saigon sous l’égide du Mouvement Pour La Paix, avec la participation de certains élèves du lycée, dont quelques-uns l’auraient quitté pour entrer au maquis.
1954 : La rentrée de septembre est légèrement décalée, les locaux du lycée étant utilisés pour recueillir les réfugiés fuyant le Nord après la partition instaurée par les Accords d’armistice de Genève du 20 juillet de cette année-là. Le censeur à cette date est Monsieur Olier, et le lycée compte 37% de Français ou étrangers et 63% de Vietnamiens dans les classes secondaires.
(Georges Nguyen Cao Duc – Responsable de l’Information de l’AEJJR – Amicale des Anciens Elèves de Chasseloup-Laubat/Jean-Jacques Rousseau – Courriel : http://aejjrsite.free.fr)
Hué – Le pont Clemenceau (AP0731)
Longueur 400 m en 6 travées ; largeur de la chaussée centrale 5m 62 ; 2 trottoirs en encorbellement de 1m 95. La vue est prise de la rive droite du fleuve, du côté de la ville européenne.
Le pont qui franchit le fleuve des Parfums, en face de l’hôtel Morin a d’abord porté le nom du roi Thanh Thai. Après l’abdication de ce roi, il a été rebaptisé pont Clemenceau mais les Annamites l’ont toujours désigné sous le nom de pont « Truong  Tien ».
Sur les appellations du pont, voir AP0781.
Ce pont fut construit à la fin du XIXème siècle (voir AP1179, photo du pont au début du siècle) et endommagé peu après, en 1904,  par un typhon.
Détruit partiellement pendant les combats de Hué, en janvier 1947 (voir AP1755), il fut reconstruit en 1948 (voir photos AP1740 à AP1746)
(Comité de Rédaction)
Hué – La cathédrale de Phu Cam (AP0734) – Voir photographie AP1099  planche 8
Dès 1866, Mgr Sohier bâtit, en marge de la ville, et avec le concours de paysans pauvres, la première église de Hué. Un de ses successeurs, Mgr Caspar écrivait peu de temps après :
 » En promenant chaque jour mes regards sur cette grande ville de Hué, qui fait partie de ma paroisse, comme je désire voir Notre-Seigneur prendre enfin possession de la capitale des Tu Duc et des Minh Mang qui se vantaient d’anéantir la religion chrétienne dans leurs états ! Aujourd’hui, les chrétiens de l’Annam sont plus nombreux et plus libres que jamais. Je voudrais que nous eussions une grande église, voire même la cathédrale de la mission. Un jour viendra, j’en ai la confiance, où mon rêve d’apôtre sera réalisé. En attendant, puissè-je arriver à construire un modeste oratoire pour les chrétiens de la ville ! « .
Le vœu du pasteur ne tarda pas à se réaliser au-delà de ses espérances, car la cathédrale de Phu Cam, érigée sur une éminence au sud de la cité, se voit consacrée en 1901. Seule grande église du vicariat, elle dresse ses hautes tours en gradin de part et d’autre d’une façade à l’élégance toute italienne. En avant du parvis, de chaque côté de l’édifice, des pylônes imitent les sentences parallèles qui flanquent l’entrée des temples asiatiques.
(A. Le Brusq. « Le Vietnam, à travers l’architecture coloniale » 1999)
Hué – Le canal de Dong Ba à Hué (AP0739)
Dong Ba (« Est-Nord ») désigne le quartier situé au nord-est de la citadelle, au confluent du fleuve et du canal qui porte le même nom de Dong Ba ainsi que le marché qui s’y trouve.
« Ho Thanh Ha » (fleuve qui protège la Citadelle)..
C’est le nom qui fut donné, à la 2e lune de la 2e année de Minh Mang en 1821, au canal qui, sur trois côtés, entoure la Citadelle.
Mais là se borne l’action de Minh Mang. Le canal avait été creusé par Gia Long en l’année At Suu, 4e de son règne (1805). La partie Est du canal est appelée ordinairement « Canal de Dong Ba », à cause du quartier et du marché du même nom qui se trouvent sur ses bords.
C’est en 1837, 18e année de Minh Mang, que l’on commença à revêtir en pierres les bords de cette partie du canal. Toute la partie aval du Canal de Dong Ba, c’est-à-dire la boucle qui entoure le Mang Ca, serait naturelle.
(Extraits de : Henri Cosserat « La Citadelle de Hué » – Cartographie – BAVH 1933 1-2)
Hué – Canal Impérial (AP0744)
 » Le Canal impérial qui traverse la Citadelle d’ouest en est, en faisant plusieurs coudes, est une partie d’un ancien bras du fleuve de Hué qui a été aménagé ; cette branche partait du fleuve principal, en aval du marché actuel de Kim Long, sur la route de Confucius et le quai du P. de Rhodes ; elle est facilement reconnaissable, à travers les villages de Kim Long, de Van Xuan et de Phu Xuan, auxquels elle sert de limite ; arrivée au canal ouest de la Citadelle, elle se perd, dans les remaniements de terrain qu’a occasionnés la construction des murs et des fossés ; mais elle devait suivre sensiblement le cours actuel du Canal impérial ; au canal est de la Citadelle, on en revoit les traces, dans les jardins et les rizières,jusqu’au moment où elle rejoint de nouveau la grande branche du fleuve,en face du village de Tien Non ; cette branche et la branche principale du fleuve formaient une île, « l’isle royale » des anciens auteurs européens qui parlent de Hué, où Ngai Vuong, en 1687, fit bâtir sa résidence ; l’endroit n’a plus varié jusqu’à nos jours, si ce n’est de quelques dizaines de mètres ; ce même prince commença à régulariser le cours de l’ancien bras du fleuve, pour que les eaux ne nuisissent pas à son palais ; mais ce sont surtout les travaux entrepris par Gia Long pour la construction de la Citadelle qui amenèrent le comblement de ce bras du fleuve. Le Canal impérial, qui suit, sans peut-être l’épouser partout, l’ancien bras, fut creusé en deux fois ; une première fois par Gia Long, vers 1805 ou dans les années suivantes, du canal Est de la Citadelle, jusqu’à l’Ecole d’Agriculture actuelle (anciens greniers) ; une seconde fois par Minh-Mang, en 1825…/… »
(Index du BAVH – 1925)
Le pavillon de la stèle du tombeau de Tu Duc (AP0746)
Le pavillon qui abrite la Stèle est construit au milieu d’une grande cour dallée de carreaux provenant de Bat Trang et ornée de beaux frangipaniers.  Ce pavillon comporte un étage. La partie basse est largement ouverte sur ses quatre faces et ornée d’une bordure de tuiles rondes. L’étage, en retrait est entouré d’une balustrade ornée de carreaux de céramique. Sa toiture à quatre pentes, couvertes de tuiles rondes est surmontée d’un faîtage décoratif figurant des dragons.
De part et d’autre du pavillon de la stèle se dressent deux énormes pylônes (voir AP1928) de forme carrée et dont les quatre faces  portent des sentences. Ces pylônes sont sensés symboliser la puissance du souverain, et permettre aux influences célestes de se répandre sur la terre.
La stèle logée sous ce pavillon est un énorme monolithe de granit gris pesant 20 tonnes. Il a fallu quatre ans pour l’acheminer depuis la carrière de la province de Thanh Hoa d’où il fut extrait. C’est la plus grande stèle de tout le Viêt Nam. Elle a été érigée en 1875, c’est à dire du vivant même du roi, contrairement à l’usage qui voulait que la stèle funéraire d’un souverain fût rédigée par son successeur, c’est Tu Duc lui-même qui rédigea ce texte de près de 5000 caractères sino-annamites qui fut ensuite gravé sur la stèle d’après le modèle même de l’écriture du roi. Il voulait ainsi clarifier certains aspects de son règne. Reconnaissant certaines erreurs qu’il avait commises, il choisit de nommer son tombeau Khiem Lang, ce qui signifie le tombeau modeste, en réclamant l’indulgence du ciel.
Cette inscription, rédigée par le roi lui-même, dit notamment:
 » Je naquis faible et maladif ; mon père s’occupa sérieusement de mon instruction et il était content de mes progrès rapides…  mon père m’associait à ses travaux et je prenais part aux affaires de l’État ; j’étais plus intelligent que mes frères, mais je n’eus pas de maîtres dignes de moi ; je me mariai, mais j’étais honteux de ne pas avoir d’héritier ; j’échappai à grand peine à la variole ; à la mort de mon père, je pris, avec tremblement, la direction des affaires ; (…) ma santé continuait à être chancelante ; j’ai donc fait choisir un emplacement favorable, et, en décembre 1864, on a commencé les travaux de mon tombeau ; (…) lorsque tout fut fini, je donnai de grandes fêtes »
(Comité de Rédaction)
L’empereur Bao Daï (AP0749) – Voir photographie AP3000  planche 8
Le 13e et dernier empereur de la dynastie des Nguyen a été S.M. Bao Daï.
Né le 23 octobre 1913 au palais Doan Trang Vien, un des six palais des concubines royales, le prince Vinh Thuy est le fils unique de S.M. Khai Dinh. (Une rumeur veut que S.M. Khai Dinh ait été impuissant et que Vinh Thuy soit en réalité le fils d’un oncle du roi).
Il est désigné comme prince héritier le 10 mars 1922 et investi à ce titre le 15 mai de la même année. Il part alors faire des études en France sous le contrôle de M. Charles, ancien Résident Supérieur en Annam (voir AP1979). Il revient à Hué en 1926 pour assister aux funérailles de son père ; il est alors intronisé sous le nom de règne de Bao Dai, « Gardien de la Grandeur ». Il repart de nouveau en France pour terminer ses études (Lycée Condorcet, Sciences Politiques) et revient en Indochine en 1932 pour être couronné. Dès le début de son règne, il effectue un grand voyage dans les provinces de son royaume. En 1934, il épouse une jeune catholique du Sud qui deviendra Nam Phuong, « Doux parfum de Sud ».
Son fils Bao Long est né le 4 janvier 1936.
Bao Daï était plutôt favorable à la France et très imprégné de l’occident. Ses rapports avec les Gouverneurs Généraux étaient bons, bien que son pouvoir ait été théorique. Pendant la période difficile de 1940 à 1945, l’Amiral Decoux a tenu à donner aux « Souverains Protégés » un prestige réel et une autorité plus grande. Par des contacts fréquents il veillait à ce qu’aucune divergence ne s’établisse entre eux et lui, face aux manoeuvres des Japonais.
Le 9 mars 1945 les Japonais, pour des raisons essentiellement militaires, mirent fin à l’administration française en arrêtant tous les hauts fonctionnaires civils, les militaires ainsi que la plupart des responsables économiques, sans toucher apparemment aux hiérarchies locales. Bao Daï en profita pour, le 11 mars, dénoncer le Traité de 1884 de Protectorat de la France. Dans l’incertitude du moment – on ne pouvait alors prévoir une fin si rapide de la guerre du Pacifique – ce n’était pas un geste de si mauvaise politique, même s’il a été accompli sous la pression des autorités japonaises. D’autant plus que celles-ci tenaient en réserve une autre personnalité annamite: un descendant du Prince Canh, fils aîné de Gia Long, réfugié au Japon depuis 1905.
Le 15 août 1945 le Japon capitule. Mais sur place il aide immédiatement les mouvements nationalistes, notamment le Viêt Nam Doc Lap Dong Minh Hoï (= Ligue des Associations pour l’Indépendance du Viêt Nam. En abrégé : le Viêt Minh). Celui-ci, bousculant les autres mouvements, prend le pouvoir effectif à Hanoï le 21 août sous le couvert d’un Comité National de Libération.
Le 25 août 1945 Bao Daï abdique, non pas en faveur de son fils Bao Long dont la régence aurait pu être assurée par l’impératrice Nam Phuong très populaire, mais du « Gouvernement Républicain Démocratique » aux représentants duquel (Tran Huy Lieu et Cu Huy Can) il remet à Hué les attributs du pouvoir : le sceau impérial d’or et l’épée d’or de Gia Long. Au début de septembre, devenu le citoyen Vinh Thuy, il accepte les fonctions de Conseiller Suprême du Gouvernement Provisoire de la République Démocratique du Viêt Nam dont Ho Chi Minh se proclame Président. Il sera même élu député du Thanh Hoa aux élections du 6 janvier 1946 pour la première Assemblée Nationale. (A noter que pour chaque circonscription il y avait un candidat unique présenté par le Gouvernement Provisoire).
Ainsi finit officiellement la dynastie des Nguyen.
Si les Français vont récupérer Bao Daï à Hong Kong (où il s’était réfugié, via la Chine, lorsque les troupes de Leclerc sont entrées à Hanoï le 18 mars 1946), pour signer les Accords de la Baie d’Along le 5 juin 1948, c’est comme « Chef de l’Etat du Viêt Nam » qu’il signe le 8 mars 1949 avec le Président Auriol les Accords de l’Elysée, et qu’il nomme le 1er juillet 1949 les 45 membres d’une Assemblée Consultative. Mais l’opinion publique ne lui est pas favorable et son Président du Conseil depuis le 16 juin 1954, Ngo Dinh Diem (qui est mandarin et a été son ministre en 1932) n’a aucun mal à faire voter par référendum le 20 octobre 1955 la déchéance de Bao Daï. Il se nomme Chef de l’Etat à sa place et proclame la République Nationale du Viêt Nam (26 octobre 1955).
Ainsi finit une deuxième fois la dynastie des Nguyên.
Nam Phuong est décédée le 15 septembre 1963.
Bao Daï est décédé le 31 juillet 1997 à l’Hôpital du Val de Grâce à Paris.
(Comité de Rédaction)
Ferblantiers (AP0751)
 » Ils travaillent le fer blanc, le zinc et l’étain. Avant l’arrivée des Occidentaux, leur industrie se bornait à la fabrication des petits cônes surmontant les chapeaux, des godets servant de lampes, des boîtes à contenir l’opium et de quelques autres menus ustensiles (voir AP0218).
Depuis, elle a pris un très grand développement. L’ouvrier traditionnel travaillait assis ou accroupi, se servant énergiquement de ses mains et de ses pieds qui constituaient un étau vivant, souple et solide. Cela permettait de présenter les objets travaillés sous l’incidence voulue aux outils (lime, marteau, chasse-rivet) maniés par les mains restées libres…/… Le mot « Quap » exprime cette idée de saisir un objet entre le gros orteil et le second. « 
(Extrait de Connaissance du Viêt Nam – Pierre Huard et Maurice Durand – Réédit. EFEO 2002)
S.M. Nam Phuong (AP0761)
Née le 4 décembre 1914 à Go Cong, Nguyen Huu Thi Lan était la cadette d’une famille catholique de propriétaires terriens de Cochinchine, d’où le prénom qui lui a été donné de Jeanne-Mariette. Elle a été en partie élevée en France, où elle fut l’élève du Couvent des Oiseaux à Neuilly sur Seine, car sa soeur aînée Agnès Nguyen Huu Hao (1903-1998) avait épousé le baron Didelot.
En 1933 elle est arrivée à Hué (voir AP0752 et suivantes) et a épousé S.M. Bao Dai le 20 mars 1934 (voir AP0758).
Ce mariage n’alla pas sans entraîner de sérieuses difficultés. L’aristocratie, comme le peuple, reprochait au monarque son choix d’une épouse catholique et la monogamie qui devait en découler. Le pape Pie XII, de son côté, refusa à la famille de S.M. Nam Phuong une dispense pour le mariage. Finalement il eut lieu presque en secret. S.M. Bao Dai s’engagea à ne pas donner naissance à des héritiers hors mariage.
Ce n’est que le 30 mars 1934 que ce dernier lui a conféré le nom officiel de Nam Phuong, « Doux parfum de Sud ».
Le couple a eu 5 enfants, 2 garçons et 3 filles : le prince héritier Bao Long, « conserve la grandeur » (voir AP0760) né le 4 janvier 1936 ; la princesse Phuong Maï « fleur de pêcher », née le 1er août 1937 ; la princesse Phuong Lien « fleur de lotus » née le 3 novembre 1938 ; la princesse Phuong Dong « fleur de pivoine » née le 5 février 1942 et le prince Bao Thay « conserve la prospérité », né le 3 décembre 1943.
S.M. Nam Phuong mena une vie assez discrète, appréciant peu le genre de vie de Bao Dai. Elle a vécu les événements de 1945-46 à Hué et a rejoint son mari à Hong Kong peu après la libération de la ville début février 1947 (AP0853). Fin 1947 elle est au château familial de Thorenc, dans la région de Cannes. Mais en 1958 elle s’installe à Chabrignac (Corrèze) ou elle mourra le 15 septembre 1963, étouffée par une diphtérie non décelée.
Rappelons que Bao Dai, redevenu Nguyen Vinh Thuy après son abdication, s’est remarié en France le 23 octobre 1972, s’est converti au catholicisme en 1988 (il a reçu alors le prénom de Jean-Robert) et est décédé à Paris le 31 juillet 1997.
Un timbre à l’effigie de S.M. Nam Phuong a été émis le 1er septembre 1942 (un 6 cents rouge).
(Comité de Rédaction)
Origine du nom « Truong Tien » du pont Clemenceau (AP0781) – Voir photographie AP1655  planche 4
« …/…j’avais traduit ce vocable par  » fonderie de sapèques « .
Je devais ce renseignement à Mgr Caspar, qui avait  une connaissance approfondie de tous les vieux souvenirs de la Capitale. Et ce sens répond manifestement à une tradition annamite. Mais je n’ai jamais pu découvrir, malgré une longue enquête, le moindre vestige de cette « sapèquerie ». Ce n’est pas, toutefois, une raison pour rejeter cette interprétation.
Il convient cependant, d’envisager une autre explication.
Il a existé pendant prés d’un siècle, et jusqu’à ces derniers temps, un peu au-dessous du Pont Clemenceau, à l’emplacement du Stade actuel, un « champ d’exercice pour les éléphants », Tap Tuong Truong. C’est à ce souvenir qu’il faut, je crois, rattacher le nom de Truong Tien. Il ne rappelle pas une ancienne « fonderie de sapèques », mais « le champ d’exercice antérieur », c’est-à-dire, situé sur le côté antérieur de la Citadelle, en avant de la Citadelle. Il se rattache ainsi aux manoeuvres que les régiments des éléphants et les autres troupes faisaient jadis et très souvent à cet endroit. Donc : Do Truong Tien « le bac du champ d’exercice antérieur » ; Cau Truong Tien « le pont du champ d’exercice antérieur » ; Sông Truong Tien « le fleuve du champ d’exercice antérieur » ; Cho Truong tien, « le marché du champ d’exercice antérieur ». Il n’y a jamais eu de pont en bois à la place du Pont Clemenceau. Le pont a toujours été en fer. Mais, tout d’abord, le platelage fut fait en bois. Après le typhon de 1904, qui jeta dans le fleuve deux ou trois travées entières du pont, on résolut de rendre cet ouvrage plus lourd, et on fit la chaussée en ciment…/… ». (Voir AP0731).
(Note de Léopold Cadière dans « Onomastique de la Citadelle de Hué » BAVH 1933)
Lieux de culte traditionnels chez les Annamites (AP0782) – Voir photographie AP3376 planche 5
 Pendant la période coloniale, les Français avaient coutume de désigner sous l’appellation unique de « pagode » tous les lieux de culte traditionnels des Annamites, qu’ils soient consacrés à la religion bouddhiste, taoïste, au confucianisme ou au culte des génies ou des esprits. Quand l’édifice du culte était de dimensions plus modestes, on l’appelait simplement « pagodon ».
Madrolle (Indochine du Nord. Paris 1929), s’insurgeait déjà contre cette tendance simplificatrice et proposait de distinguer entre :
– le temple, édifice couvert d’un culte animiste élevé pour être la résidence de l’esprit d’une divinité ou d’un humain promu au rang de génie ;
– la pagode, sanctuaire bouddhiste.
Il précisait que ce dernier mot venait du chinois Pa Kou t’a, « stupa des ossements blanchis », mausolée phallique ou sanctuaire contenant des reliques bouddhiques.
Encore que cette étymologie paraisse contestable, nous retiendrons cette distinction pratique en réservant le terme de « pagode » aux sanctuaires bouddhiques et en désignant tous les autres lieux du culte sous le nom de « temple ». Nous précisons néanmoins qu’il n’est pas rare qu’un sanctuaire bouddhiste abrite également des images du panthéon taoïste ou d’un génie protecteur.
Dans la langue vietnamienne, tous ces édifices sont désignés par des noms particuliers selon le culte auquel ils sont consacrés. On distingue traditionnellement huit principaux lieux de culte :
  1. le Dinh, temple des génies protecteurs des villages et maison commune ;
  2. le Dên, temple régional ou national élevé à la mémoire d’un personnage célèbre ou d’un génie. Quand ce personnage ou ce génie est féminin, on désigne le temple sous le nom de Phu ;
  3. le Chùa, pagode bouddhiste. Un petit Chùa, élevé dans un endroit isolé, est appelé Am ;
  4. le Miêu, petit temple dédié au génie de l’agriculture, au génie du sol ou aux personnes mortes de mort violente ;
  5. le Diên, Dên de moindre importance, dédié aux lieutenants de Tran Hung Dao ou aux esprits infernaux ;
  6. le Tinh, où officient les femmes médiums ;
  7. le Cây Huong ou Cây Nhang, « arbre d’encens » ou « arbre parfumé », petit templion en maçonnerie niché à la base du toit de la maison ou sur un pilier dans le jardin et dédié aux esprits et aux constellations ;
  8. le Van Miêu, « temple de la Littérature », affecté au culte de Confucius dans les chefs-lieux de province, qui devient un Van Chi « base de la Littérature » dans les sous-préfectures et un Tu Chi, « base du temple » dans les villages.
Les trois lieux de culte les plus importants sont les trois premiers, Dinh, Dên et Chùa mais, pour être complet, il faudrait citer également :
-les Nhà Tho, « maisons du culte », qui renferment les tablettes du clan familial ;
-les Vong Cung ou Hành Cung, « palais d’attente », réservés au passage du souverain et souvent désignés sous le nom de « pagode royale »
-les esplanades pour le sacrifice du Ciel et de la Terre (Nam Giao à Hanoï et à Hué)
(Comité de Rédaction)
Buffle (AP0783)
Le compagnon fidèle, rustique et infatigable de tous les travaux des champs, c’est le buffle qui patauge dans la boue, tire la charrue (voir AP1140, AP1461, AP2720) ou la herse (voir AP2051, AP2463), et foule la gerbe récemment moissonnée pour séparer le grain et la paille (voir AP0726).
Cet animal puissant qui supporte mal l’odeur de l’occidental, obéit au doigt et à l’oeil au « becon », gamin de six ou sept ans, juché sur son dos (voir AP1476).
Il est utilisé plus rarement au transport à tirer les charrettes ou à tracter les troncs d’arbres (voir AP1285).
Dans certaines fêtes villageoises, on assiste parfois à des combats de buffles organisés (voir AP3394) ; ceux de Sam Son, qui se déroulent sur la plage, sont particulièrement réputés ( voir AP2471).
Chez les montagnards, à l’occasion de grandes cérémonies, on procède au sacrifice du buffle (voir AP0479).
Le buffle, trop précieux pour l’agriculture, n’est qu’exceptionnellement mangé. Le bouddhisme réprouve d’ailleurs la profession de boucher. De même, le lait de la bufflesse est rarement utilisé pour l’alimentation humaine. La mère le réserve à son petit bufflon (voir AP2070).
(Comité de Rédaction)
Hué – L’Ecran du Roi (Ngu Binh) (AP0785)
La silhouette caractéristique de l’Ecran du Roi, que l’on peut apercevoir de bien des points de la Capitale (AP0763, AP1179 et AP2083), a de tous temps suscité l’intérêt des spécialistes de la géomancie (et les souverains de Hué en étaient férus) et éveillé la curiosité des visiteurs.
Quand Ngai Vuong transféra sa capitale à Phu Xuan (la terre des Riches Printemps) à peu près à l’emplacement actuel de Hué, il fut attiré par l’aspect et les conditions géomantiques du lieu qui est situé devant une montagne qui a toute l’apparence d’un écran avec son sommet aplani et ses arêtes presque régulières, d’où son nom Ngu Binh (Ecran du Roi), qui doit  protéger la Capitale contre les influences occultes néfastes venant du Sud.
Le R.P. Cadière donne les renseignements suivants concernant la « Montagne ou Ecran du Roi » :
« L’Ecran du Roi fait partie d’une petite chaîne de collines isolée qui s’élève, au milieu de la plaine des tombeaux, au sud-est de la citadelle, sur la rive droite du fleuve. Cette chaîne décrit un arc de cercle et comprend, au nord-est, un massif formé de trois sommets, connu sous le nom de Tam Thai, ou Hon Dông Dàng « le pic de la colline Dang », nom qui indiquerait un souvenir cham.
Après une dépression assez forte vient l’Ecran du Roi ; puis, à l’ouest de celui-ci, deux autres sommets, dont l’un, le Hon Thien, « le pic du Ciel », couronné de pins, taillé en gradins, servit, au temps des Tây Son, de tertre pour le sacrifice du Ciel.
L’Ecran du Roi est formé de deux sommets de hauteur presque égale, réunis par une croupe à peine plus basse, dirigée d’est en ouest. Ce sommet est terminé par cinq terrasses concentriques, la dernière étant circulaire. Cet ensemble rappelle les pyramides à étages des Khmer. Ici, un édifice cham devait couronner la plate-forme ; mais les Annamites en ont fait disparaître les briques. Quatre rampes s’étendent suivant les deux axes. L’escalier le plus important est dans l’axe nord-sud. Il est continué par une chaussée en pente douce qui contourne le mamelon An Kieu et se prolonge dans la direction de « l’îlot du Roi »
Le R.P. Cadière ajoute que : « Minh-Mang fit construire sur le sommet est, un pavillon dont on voit encore les soubassements… Le monarque fit plusieurs fois l’ascension de l’Ecran du Roi : il y prenait le frais, il admirait de là les constructions nouvelles qu’il faisait exécuter à son palais et à la citadelle, il y composait des pièces de poésie. L’image du Ngu Binh fut représentée sur une des urnes de bronze que Minh Mang fit fondre en 1835-1836.
Thieu Tri classa la colline parmi les vingt sites célèbres de la capitale, et fit dresser une stèle au pied de l’escalier qui conduit au sommet. Tu Duc vers ses dernières années, en 1873, gravit le Ngu Binh : il nous a décrit, dans une pièce en vers, son essoufflement et sa fatigue, mais aussi son admiration Enfin, l’auteur fait remarquer que cette colline a été choisie par les souverains de Hué comme un écran magique pour protéger leur capitale contre les influences mystérieuses venant du sud. L’écran des pagodes et des maisons d’habitation, Binh Phong, n’est pas seulement, comme le nom semblerait l’indiquer, une « protection contre les vents » nocifs ou les miasmes délétères, C’est surtout une protection magique contre les influences néfastes, de source mystérieuse, qui arrivent par les airs et sont portées par les vents. Il en est de même de l’Ecran du Roi… »
Le docteur M. A. Auvray qui fut médecin de la légation, a laissé dans ses souvenirs, la description du panorama découvert du haut de l’Ecran du Roi (BAVH 1933/3 – Dix huit mois à Hué) :
 » Les envions de Hué permettent quelques promenades qui ne manquent pas d’intérêt. Voici d’abord la Montagne du Roi ou Dia Bin, au sud-ouest de la Légation, de l’autre côté de la rivière de Phu Cam. Elle est couverte de sapins, et sa forme est à peu près celle d’une butte de polygone ; on dirait une gigantesque construction humaine ; sa hauteur est de 120 mètres environ ; elle sert de point de repère aux navires pour l’entrée de Thuan An ; un escalier, tout en ruines, comme d’ailleurs tous les monuments de Hué, conduit au sommet, et si la montée n’est pas encore facile, en revanche la vue dont on jouit là-haut compense largement toutes les peines. L’œil domine en entier le vaste bassin formé par les montagnes, plaine immense où l’on peut suivre dans ses sinueux contours le long ruban argenté du fleuve qui court d’abord au milieu des rizières, enceint la Citadelle, entoure de ses bras des îlots de verdure, et, traversant de nouvelles rizières, va se jeter enfin dans la lagune. A vos pieds, la Citadelle étale ses bouquets d’arbres au milieu desquels brillent de reflets dorés les tuiles vernies des palais royaux ; à l’horizon, d’un côté, des pics bleuâtres à demi noyés dans les nuages qu’ils rassemblent, de l’autre, des dunes blanches et le bleu de la mer se mariant à celui du ciel ; en arrière, une lande inculte, nue, sauvage, toute mamelonnée de tombeaux ; sur tout ce paysage règne un calme profond, presque absolu ; ce n’est guère qu’au coucher du soleil que, çà et là, la campagne s’anime : les troupeaux de buffles rentrent à l’étable, conduits par un enfant qui somnole sur sa lente monture ; les bûcherons descendent des collines avec leur faix de bois mort, et l’on entend monter jusqu’à soi le bruit des marchés endormis tout à l’heure. Le charme est grand de ce spectacle chèrement acheté et qui l’a vu seulement une fois doit en garder un vivant souvenir »
Les Amis du Vieux Hué n’ont cessé de protéger les pins de l’Ecran du Roi, comme ceux du Nam Giao, toujours menacés par les hommes ou les intempéries. Ils sont allés plusieurs fois en excursion sur ce site, guidés par le savant « rédacteur du bulletin ». (Voir AP0574)
(Comité de Rédaction)
Programme des fêtes des 13 et 14 juillet 1910 à Kompong Thom (AP0798)
Sous l’autorité de M. Chambert, Résident de France à Kompong Thom.
« Le 13 JUILLET
18 h : Feu de salve, bombes et pétards.
20 h 30 : Retraite aux flambeaux. Départ de la maison du Gouverneur, halte à la Résidence et retour chez le Gouverneur.
Théâtre annamite.
Le 14 JUILLET
6 h :        Feu de salve, bombes et pétards.
7 h 30 :   Revue de la Garde Indigène sur la route de Kompomg Cham, défilé.
8 h 30 :   Courses de chevaux, de charrettes à boeufs et à buffles (voir AP0410).
14 h 30 : Régates à l’appontement de la Résidence, course aux Comaros, mât de beauprés.
15 h 30 :Jeux divers, mât de cocagne, jeu de tourniquet, courses à pied, courses en sac, baquet russe, concours d’avaleurs de ficelle, massacre des marmites.
16 h 30 : Luttes cambodgiennes et Kongs.
21 h : Fête de nuit, soirée et réception à la Résidence.
Toute la journée, théâtre annamite et cambodgien.
(Programme original communiqué à l’AAVH par Mme Degang, fille de  M. Chambert)
Hué – Le Musée Khai Dinh (AP0805)
En projet dès la naissance de l’association des AVH, le Musée Khaï Dinh devint réalité grâce à R.Orband et surtout à Pierre Pasquier, Résident Supérieur en Annam, fervent soutien et Ami du Vieux Hué. Ce musée n’aurait cependant pu voir le jour sans l’aide du Gouvernement annamite qui en autorisa l’installation au Palais Tho Vien.
Les AVH concentraient en un même lieu symbolique et grandiose leur salle de Réunion, leur Musée et leur Bibliothèque. Dans le BAVH consacré au Musée, le Docteur Sallet a retracé l’histoire de cette merveille de l’architecture annamite.
A la fin de 1928, en raison de l’augmentation constante des collections, le gouvernement annamite consentit, sur la demande de la Commission d’Administration, à faire transférer et à reconstruire derrière le Musée un ex-grenier royal sans utilisation, pour servir d’Annexe.
Si le Musée Khaï-Dinh a reçu par la suite, une direction autonome, placée sous le contrôle scientifique de l’Ecole Française d’Extrême-Orient, il n’en reste pas moins que c’est à l’AAVH qu’il doit sa pleine et totale réalisation, tant au plan de l’organisation initiale, que des premières collections qui y furent déposées.
Importance du Musée : extrait d’une plaquette de l’EFEO (Exposition internationale 1931) sur le Musée :
« Le Musée Khaï-Dinh qui a un caractère à la fois documentaire et artistique, comprend deux parties, l’une archéologique, l’autre moderne. Il est destiné à rassembler les oeuvres d’art représentatives de la vie sociale, rituelle et politique de l’Annam, à reconstituer certains intérieurs indigènes, à sauver les plus beaux spécimens de l’art annamite (meubles anciens, porcelaines, émaux, laques, bronze, broderies, dessins et peintures, sculptures,  bijoux, etc.). »
Le Musée comprend 14 sections :
1/ Préhistoire – Moï
2/ Art Cham
3/ Art des métaux (cloches, armes, brûle-parfums…)
4/ Numismatique
5/ Bijouterie, Joaillerie, Emaux, Ivoire, Ecaille, Cristal, Jade
6/ Laques et nacres
7/ Sculptures sur bois
8/ Les arts du dessin, peinture, broderie
9/ Céramique chinoise et annamite (voir AP0807 et AP0808)
10/ Rétrospective du costume annamite
11/ Souvenirs des premiers Européens en Annam
12/ Bibliothèque : Manuscrits, ouvrages, estampes, plans, cartes, gravures et photos.
13/ Salle des reproductions d’oeuvre d’art
14/ Ethnographie.
De 1924 à 1930, le nombre des pièces formant les collections est passé de 601 à 4060. Le Musée recevait chaque année des milliers de visiteurs : personnalités, touristes, groupes scolaires, mais aussi de nombreux artistes venant étudier ou copier les beaux spécimens de l’art annamite.
(Comité de Rédaction)
Gouvernement et administration annamites en 1930 (AP0824)
1 – Gouvernement et administration centrale :
L’administration centrale, fonctionnant à Hué, auprès du souverain, comportait de nombreux titulaires, à tous les degrés de la hiérarchie mandarinale.
Les personnages les plus élevés de l’empire, après Sa Majesté Bao Dai et ses proches parents, sont, non point les Ministres comme il en serait dans une monarchie européenne, mais les quatre Dai Hoc Si ou Grands Chanceliers, appelés vulgairement les Tu Tru ou « Colonnes de l’Empire » (Ces quatre grands chanceliers portaient un titre les rattachant à l’un des palais royaux de Hué : Can Chanh, Van Minh, Vo Hien, Dong Cac. C’est ainsi que LL.EE. Ton That Dan et Vo Liem furent Dong Cac Dien Dai Hoc Si, Grands Chanceliers du Palais de l’Orient). Ce sont de hauts dignitaires, ayant le grade de 1°-1 qui est le plus élevé du mandarinat, dont le rôle consiste à conseiller le souverain dans les circonstances importantes. Ces dignités peuvent d’ailleurs ne pas être toutes occupées. Lorsqu’elles le sont, les ministères les plus importants sont généralement dirigés soit par leurs titulaires, soit par les assesseurs, dits Hiep Ta Dai Hoc Si (1°- 2), de ces derniers. (Sur les ordres et classes des Mandarins, voir AP0413)
Ensuite viennent les Thuong Tu ou Ministres (2°-1), qui, avec l’Empereur, constituent à proprement parler le Gouvernement annamite. Il y a sept départements ministériels : Intérieur, Finances, Rites, Travaux publics, Instruction publique, Guerre et Justice. En principe, ils devraient être dirigés par un ministre spécial à chacun d’eux. En fait, leurs attributions ayant été forcément réduites depuis l’installation du Protectorat, deux d’entre eux sont parfois réunis entre les mêmes mains. C’est ainsi que, actuellement, il n’y a que six ministres pour les sept départements, l’instruction publique et la Guerre ayant le même titulaire.
Chaque ministère possède des bureaux (Ti) dont la composition normale est la suivante : un Tham Chi (2°- 2), Secrétaire Général ; un Thi Lang (3°-1), Secrétaire Général adjoint ; des employés supérieurs dont le nombre est généralement de cinq ou six par ministère et qui portent les titres de Lang Trung (3°- 2) ou Ta Ly (4°- 1), de Vien Ngoai (3°- 2), de Chu Su (5° -1)) et de Tu Vu (5°- 2) ; enfin, des employés subalternes tels que, dans la capitale et les provinces, les Thua Phai de 6 classes (7° – 1 à 9°- 2) et, dans les Phu et Huyen, les Lai Muc ou Thong Lai comportant la même hiérarchie.
Rappelons, d’autre part, que le fonctionnement des divers départements ministériels est contrôlé par trois fonctionnaires des Services Civils délégués par le Résident Supérieur, l’un pour l’intérieur, l’instruction publique et la Guerre, un autre pour la Justice et le troisième pour les Finances, les Rites et les Travaux publics.
La réunion des Ministres sous la présidence du Résident Supérieur constitue une assemblée à laquelle on a continué de donner le nom de Co Mat ou Conseil Secret, bien que cette expression ait cessé de correspondre à une réalité depuis l’ordonnance de réorganisation du 27 septembre 1897 qui a transformé l’ancien Co Mat en simple Conseil des Ministres. A cette assemblée est attaché un mandarin de haut rang faisant fonction de Secrétaire Général et un personnel analogue à celui des ministères. Le Co Mat ne fonctionne que lorsque le roi est majeur ; pendant sa minorité, il est remplacé par un Conseil de régence dénommé Phu Chanh Phu.
Provisoirement et pendant la minorité et l’absence du Roi, ses pouvoirs rituels ont été confiés à un haut dignitaire de la Cour ayant le titre de Régent de l’Empire (S.E. Ton That Han fut le dernier Régent d’Empire) et ses pouvoirs en matière d’administration proprement dite sont confiés au Résident Supérieur, agissant d’accord avec le Conseil du Co Mat, et cela en vertu d’une convention intervenue le 6 Novembre 1925, à la suite du décès de Sa Majesté Khai Dinh.
Deux autres conseils importants existent aussi à la Cour ; d’une part, un Conseil de censure ou Do Sat Vien ayant pour mission de contrôler la gestion des fonctionnaires, présidé par un Do Ngu Su (2°-1) qui cumule généralement cet emploi avec celui de Ministre et comprenant un personnel de Chuong An (4°- 4) ou gardiens de sceaux, Ngu Su (5°- 1) ou censeurs et employés ; (Ce conseil, très important autrefois, a vu son importance diminuer depuis l’établissement du Protectorat); d’autre part, un Conseil des membres de la famille royale ou Tôn Nhan Phu, qui, comme le Co Mat, est présidé par le Résident Supérieur et qui, avec comme vice-président un mandarin de haut rang, s’occupe de toutes les affaires intéressant les Ton Nhan ou princes du sang, Cong Tu ou neveux d’empereur, Cong Ton ou arrière-neveux d’empereur, Ton That ou parents plus éloignés, ainsi que de la désignation des mandarins chargés des temples impériaux.
Les autres institutions de la Cour de Hué méritant d’être mentionnées sont : le Noi Vu Phu, service de trésorerie (voirAP0743) s’occupant de la gestion du budget du Gouvernement annamite, lequel constitue un budget autonome, arrêté par le Résident Supérieur en Conseil du Co Mat, dont les recettes consistent en quasi-totalité en une subvention annuelle du budget local de l’Annam et auquel sont inscrites en dépenses non seulement la liste civile de l’Empereur et les dotations des membres de la famille impériale et de leur suite, mais aussi la solde du personnel civil et militaire payé au titre de l’Administration indigène tant dans les provinces qu’à la capitale ; le Kham Thien Giam, observatoire d’astronomie chargé de questions rituelles et de la préparation du calendrier annuel ; le Quoc Su Quan ou bureau des annales de l’Empire ; le Thai Y Vien, service de santé de la Cour; le Ho Thanh Nha, bureau de la police de la citadelle le Tan Tho Vien, ou bibliothèque royale.
Enfin, trois institutions sont spécialement attachées à la personne de l’Empereur. L’une est le Noi Cac, grande chancellerie devant être présidée, en principe, par un Dai Hoc Si et chargée de préparer les ordonnances royales, de transmettre aux services intéressés les annotations du souverain et de lui soumettre les rapports présentés par les divers conseils ou ministères. Une autre est la maison militaire de l’Empereur qui comprend : d’une part le personnel des chambellans (Thi Ve Su), composé d’un petit nombre de mandarins militaires dont la hiérarchie s’étend du 6°-1 au 3°-1 et d’un peloton de gardes du corps ; d’autre part la garde impériale (Than Thi Ve), plus importante (300 hommes environ) et commandée par un Thong Che (2°-1). La troisième, enfin, est le Can Dinh Tu, sorte d’intendance qui s’occupe du service intérieur du palais et à laquelle sont rattachés les musiciens et les danseuses du souverain…/…
(Galembert – G. Général de l’Indochine – Les administrations et les services publics indochinois – Le Van Tan 1931)
2 – Administration régionale :
Parallèlement à l’administration centrale fonctionnant à Hué, auprès du souverain, une administration régionale était en place dans les provinces, suivant la hiérarchie mandarinale.
Dans les grandes provinces siégeait un Tong Doc (2°-1), assimilé à un ministre. Le gouverneur de la capitale était Phu Doan (2°-2) du Thua Thien, tandis que les gouverneurs de provinces moins importantes étaient Tuan Vu (2°-2). Aux côtés du gouverneur se tenaient le Bo Chanh (3°-1) trésorier provincial et l’ An Sat (3°-2) juge provincial.
Au-dessous des gouverneurs, l’administration était confiée à des Tri Phu (4°-2) préfets de 1ère classe et des Tri Huyen (5°-1 et 5°-2) sous préfets de 1ère et de 2ème classe.
Au bas de la hiérarchie venait l’armée des commis, agents et attachés de bureau, agents d’exécution recrutés parmi les mandarins subalternes (7° et 8° classes).
(Comité de Rédaction)
La station d’altitude de Cha Pa (AP0842)
Cha Pa était habituellement à l’époque coloniale, orthographiée Chapa en un seul mot. L’orthographe actuelle, suivant la phonétique vietnamienne, est « Sa Pa ».
Cha Pa est situé dans un site de caractère alpestre, entre 1.500 et 1.600 mètres d’altitude, non loin de la frontière chinoise ; on y accède en passant par Lao Kay, desservi par la voie ferrée des Chemins de fer du Yunnan (296 km et 9 heures de Hanoï à Lao Kay, train de nuit pendant la saison). On pouvait, plus difficilement, atteindre Lao Kay par la route en empruntant la RC N°2 de Hanoï à Ha Giang (260 km par Viet Tri, Tuyen Quang et Lang Cay) puis par la RC N°4 de Ha Giang à Lao Kay (150 km). Mais en 1930, ces routes n’étaient guère praticables. Depuis Lao Kay, on atteignait Cha Pa par 35 kilomètres de route « automobilable ». Avant d’être élargie, cette route était étroite et sinueuse, aussi la circulation était-elle réservée le matin à la montée et l’après-midi à la descente La montée jusqu’au village se fait au milieu d’arbres géants et des clairières où pousse surtout le bananier sauvage à fleur écarlate (voir AP0845 et 1279).
La station est dans une sorte de col ménagé entre des croupes verdoyantes, sur le versant méridional du Lo Sui Tong, dont le sommet atteint 2.228 mètres d’altitude. La vue s’étend à l’est sur une riche vallée, au fond garni de rizières, au sud-ouest sur l’altier Fan Si Pan aux pentes boisées et qui dresse à 9 kilomètres de Cha Pa seulement, le pic le plus élevé de 1’Indochine. La station est entourée de montagnes élevées :
– 2228m, le Lo Soui Tong, au nord ;
– 2858 m, les aiguilles de Ta Yang Ping, au NO (AP0844) ;
– 2725 m à l’ouest ;
– 3143 m au sud : le Fan Si Pan, point culminant de l’Indochine (AP3142) ;
– 2378 m, Ie Khao Tao Pho, à l’est.
Les habitations de la station s’étagent, desservies par une route en lacets de plus de 3 kilomètres. Dans la partie basse, se trouvent les villas particulières, les bâtiments administratifs  (résidence, poste, commissariat de police) l’église, et deux hôtels simples, mais confortables, l’hôtel du Centre et le « Cha Pa hôtel ». L’hôtel Métropole, plus luxueux se trouve à l’entrée de la station, sur la route de Lao Kay. Dans le vaste marché, avec ses halles couvertes viennent se rassembler tous les six jours les montagnards d’alentour, aux costumes pittoresques, porteurs de légumes, de fruits et de vivres de toute nature (voir AP0846). Dans la partie haute, à l’ouest du village, ont été installés le grand sanatorium militaire, la villa des officiers ou « villa Pennequin » (voir AP0644), et celle des sous-officiers ou « villa Mangin ».
Le service forestier a tracé dans les environs une douzaine de sentiers d’une longueur totale de plus de 80 km agrémentés de bancs pour se reposer et de belvédères pour admirer les points de vue de la région. Ces sentiers permettent des promenades très variées vers les principaux sites touristiques de la station : la roche percée, les ponts de lianes (voir AP1280), la cascade (voir AP2101), etc. tout en facilitant l’exploitation du bois. Des excursions plus importantes peuvent être organisées à cheval (voir AP0844) sur la RC N°4 vers le col de Lo Qui Ho et Binh Lu et par la route provinciale de Muong Bo, vers cette localité.
Tandis qu’à Hanoï, pendant les plus fortes chaleurs, le thermomètre atteint 42° C il dépasse rarement 34° à Cha Pa. En hiver, il descend parfois même à zéro, En été, les pluies sont plus abondantes qu’à Dalat, mais elles sont généralement brèves et tombent plutôt la nuit. L’humidité n’est pas à redouter à cette époque.
« Depuis 1925, les sanatoria de Cha Pa et de Hongay (l’Ile aux Buissons), ouverts aux officiers et aux fonctionnaires, ne forment plus qu’une société unique constituant un groupement coopératif avec une seule organisation centrale ; le mode de gestion de ces établissements ressemble sensiblement à la gestion commerciale d’un hôtel-restaurant.
Les militaires de toutes catégories ne sont autorisés à bénéficier d’une ou de plusieurs saisons à Cha Pa que s’ils ne présentent aucune affection aiguë en évolution. En effet, entéritiques et dysentériques convalescents s’accommodent mal d’un séjour dans cette station. Les paludéens ont besoin d’y rester longtemps pour voir disparaître complètement leurs accès, Cha Pa convient donc aux convalescents, aux fatigués intellectuels ou physiques, aux affaiblis ; lorsqu’ils sont assez vigoureux cependant pour réagir à l’excitation que provoque chez eux la cure de montagne. Les anémiques post infectieux, les anciens paludéens, les coloniaux anémiés par un long séjour s’en trouveront bien ; de même le climat convient à certaines bronchites chroniques, accompagnées d’emphysème ou d’asthme, et toute une catégorie de nerveux (neurasthéniques, phobiques, surmenés, etc.)
Par contre, on n’enverra pas à Cha Pa : les cachectiques, les cancéreux, les affections aiguës en évolution, les artérioscléreux, les cardiopathes instables, les hypertendus, les tuberculeux, les rhumatisants, enfin les névropathes trop excitables ou trop déprimés. »
(Extrait de Teston et Percheron – L’Indochine Moderne – 1931 – Librairie de France)
Réglementation de la circulation automobile en Indochine (AP0845)
La circulation des automobiles en Indochine a été réglementée par un arrêté du Gouverneur général en date du 29 septembre 1913, modifié et complété par divers autres arrêtés dont le dernier en date est celui du 20 janvier 1920. Cette réglementation générale, assurée dans chaque pays de l’Union par le service local des Travaux publics, concerne tous les véhicules à moteur à l’exception de ceux employés sur les voies ferrées et des cylindres compresseurs.
En outre, plusieurs arrêtés des Chefs d’Administration locale ont complété, pour chaque pays, la réglementation générale, spécialement en ce qui concerne les automobiles affectées aux transports en commun, en précisant, en particulier, les maxima de la charge par essieu, des dimensions du gabarit, du nombre de voyageurs, de la vitesse, etc.
Enfin, diverses décisions des Chefs de province et arrêtés municipaux ont édicté des prescriptions de détail relatives à la circulation et à la police des automobiles dans les agglomérations urbaines, notamment on ce qui concerne la vitesse maxima.
Aux termes de ces diverses réglementations, aucun véhicule automobile ne peut être mis en service dans la Colonie avant qu’un procès-verbal dressé par le service local des Travaux publics ait constaté que ce véhicule satisfait aux diverses prescriptions de sécurité imposées, et notamment qu’il est pourvu de deux systèmes de freinage distincts.
Copie de ce procès-verbal est joint à la déclaration que le propriétaire de l’automobile est tenu d’adresser au Chef de l’administration locale, avant de pouvoir mettre sa voiture en circulation. Ce procès-verbal doit être renouvelé chaque fois que la voiture change de propriétaire ou qu’elle subit des modifications influant sur son type ou sur sa vitesse. Cette déclaration donne lieu à la délivrance d’un récépissé. Le véhicule automobile est inscrit sur un registre matricule et il reçoit un numéro d’ordre précédé de la lettre initiale du nom du pays de l’Union intéressé ou pour le Cambodge de deux  P (Phnom Penh). Ce numéro doit être inscrit, de façon très apparente, à l’arrière du véhicule, et éclairé la nuit.
Enfin, tout conducteur d’automobile doit être porteur d’un certificat de capacité,  portant la photographie du titulaire, et obtenu à la suite d’épreuves pratiques, subies devant une commission spéciale désignée, dans chaque pays, par le Chef de l’Administration locale.
Ce certificat peut d’ailleurs être retiré si le titulaire a été l’objet, dans une même année, du constat de plusieurs contraventions suivies du prononcé d’une peine.
(Les Travaux Publics de l’Indochine – A.A. Pouyanne – IDEO 1921)
Accords de la Baie d’Along (AP0852)
Rappelons tout d’abord (voir AP0749) que l’empereur Bao Daï a abdiqué le 25 août 1945 en faveur du Gouvernement Républicain Révolutionnaire de Ho Chi Minh dont il devint le Conseiller Suprême. Il a repris alors son nom de Nguyên Vinh Thuy. En janvier 1946 il a été élu, sur une liste unique, député du Thanh Hoa. Lorsque, à la suite d’un accord signé entre Ho Chi Minh et Sainteny le 6 mars 1946 afin de débarrasser le Tonkin des militaires chinois, le Général Leclerc est arrivé à Hanoï le 18 mars 1946, Vinh Thuy s’est réfugié à Kun Ming, ex Yunnanfou, (et ultérieurement en septembre 1946 à  Hong Kong).
A suivi une période d’entrevues avec Ho Chi Minh : en Baie d’Along (24 mars 1946) avec Thierry d’Argenlieu ; à la Conférence de Dalat (avril-mai) ; à la Conférence de Fontainebleau (juillet-août 1946). Toutes ont échoué car la France a refusé le retour de la Cochinchine dans un Viêt Nam plus ou moins indépendant. Le Viet Minh échoue dans son attaque générale du 19 décembre 1946 contre toutes les garnisons françaises du Tonkin, de l’Annam et de la Cochinchine. Le gouvernement Viet Minh se réfugie dans la Moyenne Région (voir AP3957).
Le Haut-commissaire Thierry d’Argenlieu est remplacé par Emile Bollaert le 5 mars 1947. C’est alors que la France recherche une solution au problème indochinois avec Bao Daï, solution préconisée depuis longtemps par Léon Pignon. Il y a d’abord les Entretiens en Baie d’Along avec Bollaert les 6 et 7 décembre 1947 ; puis les Accords de la Baie d’Along du 5 juin 1948 entre les mêmes, signés sur un navire de guerre : la France accorde à Bao Daï ce qu’elle avait refusé à Ho Chi Minh : le rattachement de la Cochinchine au Viêt Nam (réunion des 3 Ky) selon des modalités qui seront fixées lors d’une Conférence en France.
Le 20 octobre 1948, Léon Pignon remplace Bollaert.
Les Accords de l’Elysée signés le 8 mars 1949 entre Bao Daï et le Président Vincent Auriol fixent le processus suivant :
     -le 23 avril 1949 une Assemblée Cochinchinoise de 50 membres spécialement élus par un collège de notables (désignés à cet effet) se réunit à Saïgon et abroge le statut de colonie de la Cochinchine ;
     -le 4 juin 1949, ratification par le Parlement français du changement de statut de la Cochinchine ;
     -le 1er juillet 1949 Bao Daï devient le Chef de l’Etat du Viêt Nam et Président du 1er gouvernement central du Viêt Nam indépendant.
(Comité de Rédaction).
Emile Bollaert (AP0855)
Né à Dunkerque, Emile Bollaert (1890-1978) suit des études secondaires à Paris et y passe sa licence en droit. En 1913, il entre comme attaché au cabinet du préfet du Nord, Félix Trépont. Sous-lieutenant de chasseurs alpins pendant la guerre de 1914-18, son attitude lui vaut cinq citations et la Légion d’honneur. En 1919, il commence une carrière préfectorale qu’il poursuivra jusqu’en 1931.
Il est à plusieurs reprises chef de cabinet d’Edouard Herriot lorsqu’il est président du Conseil en 1927 et 1932.
De décembre 1932 à février 1934, ce fils et petit-fils de musiciens est directeur général des Beaux-Arts.
En 1934, il retrouve Edouard Herriot, maire de Lyon, en tant que préfet du Rhône.
En septembre 1940, ayant refusé de prêter serment au maréchal Pétain, il est relevé de ses fonctions. Revenu à Paris en 1941, il entre dans la Résistance. Il est désigné dès 1942 comme le futur préfet de police de Paris puis comme commissaire à l’Intérieur à la Libération. « Beaudoin » (son pseudonyme de résistant) contacte le général de Gaulle, qui, par un décret du 1er septembre 1943, le nomme délégué général du Comité français de la Libération nationale auprès du Conseil national de la Résistance, pour remplacer Jean Moulin.
En février 1944, Bollaert est intercepté, avec Pierre Brossolette, sur la côte bretonne en cherchant à se rendre à Alger. Il est déporté en Allemagne : d’abord à Buchenwald, puis à Dora, enfin à Bergen-Belsen. Il est remplacé, au poste de délégué général du Comité de libération nationale en France occupée, par Alexandre Parodi.
Après son rapatriement, il est désigné, en novembre 1945, comme commissaire de la République à Strasbourg.
Le 5 mars 1947, il est nommé Haut Commissaire de la République en Indochine, pour remplacer Thierry d’Argenlieu. Il y mène des négociations avec Bao Daï et le Viet Minh.
Le 21 octobre 1948, Emile Bollaert est remplacé par Léon Pignon.
De 1949 à 1960, il préside le conseil d’administration de la Compagnie nationale du Rhône.
Emile Bollaert est décédé le 18 mai 1978 à Paris, où il a été inhumé au cimetière du Montparnasse.
(Site internet de l’Ordre de la Libération)
Hôpital Grall à Saïgon – Historique (AP0857) – Voir photographie AP4704 planche 6
« …/…L’Hôpital Grall à Saïgon, ainsi nommé en 1925 en hommage au médecin inspecteur général Charles Grall, qui organisa notamment l’assistance médicale en Indochine, a été de 1860 au 30 avril 1975 le fleuron de la médecine française dans le sud-est asiatique.
Le 17 février 1859, les Français prennent possession de Saïgon. D’emblée les amiraux, premiers gouverneurs de la colonie, édifient sur un plateau au sud-est de la citadelle, seul endroit réputé salubre, une formation qui, dès 1860, fonctionne comme un hôpital de la Marine. C’est sur ce site, dont la pérennité atteste combien il fut judicieusement choisi, que vont être construits à partir de 1880 les spacieux bâtiments, conçus par Gustave Eiffel, en poutrelles de fer sur soubassement de granit, le tout transporté de France, qui sont de nos jours un des plus beaux vestiges de l’architecture coloniale.
Nous sommes au début de l’ère pastorienne. Dans un modeste pavillon de quatre pièces de ce qui sera plus tard l’hôpital Grall, Albert Calmette, celui-là même qui devait aussi fonder l’Institut Pasteur de Lille et y attacher son nom au vaccin contre la tuberculose, crée en 1891 la première filiale de l’Institut Pasteur. Il y reçoit peu après Alexandre Yersin, alors médecin de la marine marchande de passage, et l’entraîne dans le tout nouveau corps de santé colonial qui lui ouvre une carrière scientifique considérable débutant d’éclatante manière par la découverte en 1894 à Hong Kong du bacille de la peste. Son successeur, Paul Louis Simond, qui se fera connaître en mettant en évidence en 1898 à Karachi le rôle vecteur de la puce dans cette maladie, sera le premier à faire appel à des collaborateurs indigènes.
Par la suite, d’autres immeubles de réalisation plus banale seront ajoutés, portant la capacité au-delà de 500 lits, dans un cadre magnifiquement arboré par d’immenses tamariniers disposés au long d’allées qui donnent à l’ensemble un charme auquel peu de gens restent insensibles.
Après les accords de Genève et le retrait des dernières troupes françaises en avril 1956, l’hôpital Grall, précédemment hôpital maritime, puis militaire, enfin colonial, redevenu militaire pendant la guerre d’Indochine, s‘adapte à l’évolution de sa clientèle. Il reçoit un statut civil original stipulant : « Avec l’accord du Gouvernement de la République du Viêt Nam, la France assure la gestion et le fonctionnement de l’établissement hospitalier dénommé Grall », mis à sa disposition par une location symbolique faisant l’objet d’un bail.
Elle prend à sa charge la rémunération et les frais de déplacements des personnels expatriés et fournit certains matériels et équipements dont l’importation est exonérée de taxe de toute nature. Dans cette configuration inédite, la formation qui doit vivre sur ses propres recettes et se retrouve gérée par une commission franco-vietnamienne fonctionne avec du personnel local. Seuls la direction et l’encadrement sont confiés à des officiers et sous-officiers du corps de santé des troupes coloniales, puis du service de santé des armées après la disparition de ces dernières, en position de détachement auprès du ministère des Affaires Etrangères comme experts de coopération.
Pendant vingt ans, Grall va mettre à la disposition des Saïgonnais, et même de malades venant de beaucoup plus loin, dans un pays toujours en guerre, les ressources de ses installations et de ses équipes, qui jouissent d’une considération flatteuse. Il jouera aussi un rôle éminent dans la conservation de la pensée médicale française et le maintien de la francophonie dans les milieux vietnamiens soumis à la pression d’une présence américaine omniprésente. Ses praticiens participent assidûment à la Société médicochirurgicale de Saïgon, dont le français reste la langue de travail. Ils effectuent et publient des travaux qui contribuent à la connaissance de la pathologie du sud-est asiatique Ils se voient confier des missions d’enseignement aux facultés de Saïgon, puis de Hué, ainsi qu’à l’Ecole d’infirmières Caritas, dont le diplôme, reconnu en France, facilitera la reconversion de celles qui le détiendront, lorsque viendra le temps de l’exode. Ils opèrent à l’extérieur avec leurs confrères vietnamiens, et apportent leur assistance médicale et chirurgicale au traitement des lépreux et des poliomyélitiques.
Ainsi, dans son dernier avatar, « l’hôpital Grall restait le lieu privilégié du rayonnement de la médecine française », comme l’écrira en 1990 Alain Puidupin, élève de l’Ecole du Service de Santé des Armées de Lyon, dans sa thèse de doctorat consacrée à « L’hôpital Grall dans l’histoire franco-vietnamienne ».
La chute de Saïgon le 30 avril 1975, sonne le commencement de la fin d’une présence médicale française qui, en son ultime bastion, aura duré 115 ans. Grall, dans la panique généralisée au souvenir des massacres de l’offensive du Têt en 1968 à Hué, est le seul hôpital qui fonctionne encore. Au maximun de ses capacités. Près de trois mille personnes s’y réfugient les 29 et 30 avril. Jusqu’au 15 mai, 676 malades sont hospitalisés, avec au cours des trois premiers jours 225 interventions d’urgence sur des civils, et des combattants des deux camps.
Très vite, les nouvelles règles imposées, les chicaneries de l’administration, le blocage sur le port de tout approvisionnement, les obstacles à la relève des personnels maintenus en fin de séjour vident de leur substance les accords de coopération, aboutissant en juillet 1976 au transfert du dernier témoin d’une longue histoire commune au ministère vietnamien de la santé publique.
Hôpital pédiatrique N°2 de Ho Chi Minh ville.
Renaissance de l’hôpital Grall de Saïgon
L’arrêté consacrant la création de l’hôpital pédiatrique n°2 (Bênh Viên Nhi Dông 2) dans l’ancien hôpital Grall  fut signé le 19 mai 1978.
Dix ans plus tard, c’est dans un état de délabrement avancé que retrouvent avec tristesse certains, qui l’ont connu en des temps meilleurs, le vénérable établissement si cher à leur coeur. Parmi eux, le médecin général inspecteur Louis José Courbil, ancien chirurgien à Grall, et le secrétaire d’état à l’aide humanitaire, Bernard Kouchner, qui y fit un bref passage en avril 1975. Ils vont se mobiliser pour le sauver.
Le 25 octobre 1990 voit la signature d’un protocole d’accord sur « La réhabilitation de l’hôpital pédiatrique n° 2 à Ho Chi Minh Ville dit hôpital Grall, qui comprendra des travaux sur les bâtiments et les réseaux, ainsi que l’amélioration de l’équipement médical et chirurgical de l’hôpital. Elle sera complétée par un programme de formation destinée au personnel médical de l’hôpital ». C’est pour s’associer à ce projet  que d’anciens personnels, militaires et civils, français et vietnamiens, ont créé le 5 mai 1990 l’Association des anciens et des Amis de l’Hôpital Grall  (A..A.A.H.G.) dont l’objet déclaré, conformément à la loi de 1901, est :
 -d’encourager toute activité humanitaire, morale et scientifique en vue de perpétuer l’esprit  attaché à l’œuvre accomplie par tous ceux et celles qui ont servi à l’hôpital Grall de 1860 à 1975.
– de contribuer, dans le cadre de la francophonie, au maintien et au développement d’échanges culturels et techniques, par des activités de recherche, d’évaluation scientifique ou de formation médicale.
Dans le but de faire de cette rénovation de l’hôpital pédiatrique n° 2 le terrain privilégié d’échanges entre médecins français et vietnamiens, à un moment où le Viêt Nam était coupé de la communauté médicale internationale, l’A.A.A.H.G. prit l’initiative d’organiser, en étroite relation avec les directions du service de santé d’Ho Chi Minh Ville et de l’hôpital, les « Premiers entretiens médicaux de Grall » les 6 et 7 décembre 1991. Cette manifestation inaugurale réunit plus de 200 participants, dont une centaine venant de France, comprenant des personnalités du monde universitaire et du service de santé des armées. C’est à cette occasion que réapparut officiellement le nom de Grall dans la dénomination de l’hôpital, qui devenait  « Bên Viên Nhi Dông 2 Grall », en même temps qu’était rafraîchie la stèle à Calmette et Yersin, érigée en 1963 dans la cour d’honneur.
En 1995, les quatrièmes entretiens médicaux de Grall sortent de leur cadre originel et leur évolution échappe à l’A.A.A.H.G, ce qui est le destin promis aux actions de coopération couronnées de succès. »
(Extrait de la communication du Dr Yves Pirame, Président de l’AAAHG, lors du Colloque organisé au Sénat en octobre 2003, à l’initiative de l’AAVH, sur le Rôle des Associations dans la Sauvegarde de la Mémoire de l’Indochine)
Costumes de cour (AP0863)
Les costumes des mandarins pour les audiences solennelles et les audiences ordinaires avaient été soigneusement réglementés par une ordonnance datant de la 5ème année de Thieu Tri (1845).
Le costume des audiences solennelles (Dai Trieu Phuc) n’était accordé qu’aux mandarins du 6ème degré et au-dessus, ceux du 7ème degré et au-dessous n’ayant que le costume des audiences ordinaires.
Le tissu, la couleur et le décor de ces costumes différaient suivant les degrés et les classes des mandarins.
Trois qualités de tissu étaient employées :
Pour les mandarins des 3 premiers degrés, le tissu utilisé était du satin dit Bat Ti (des huit fils). Pour ceux  des 4ème  et 5ème  degré , le tissu était du satin dit Tru (en faisceau) et pour les mandarins du 6ème degré, du satin dit Quang Tô Tru.
Les couleurs des tissus étaient au nombre de six :
– Vieux cuivre (Co Dong) pour les mandarins du 1er degré, 1ère classe
– Bleu de ciel (Thien Thanh) pour les mandarins du 1er degré, 2ème classe
– Pourpre ou plutôt bleu rougeâtre (Cam Bich) pour les mandarins du 2ème degré, 1ère classe
– Vert mandarinal (Quan Luc) pour les mandarins du 2ème degré, 2ème classe, ainsi que pour ceux du 4ème degré
– Bleu foncé, indigo ou bleu précieux (Buu Lam) pour les mandarins du 3ème degré, 1ère classe, ainsi que pour ceux du 5ème degré
– Bleu de jade (Ngoc Lam) pour les mandarins du 3ème degré, 2ème classe, ainsi que pour ceux du 6ème degré.
Sous la tunique, le mandarin portait une tunicelle (Thuong) dont la couleur différait également selon les degrés et les classes et qui était ornée d’un animal symbolique, caractéristique de chaque classe. Sur la robe des audiences solennelles cet animal était brodé dans un cercle à la partie inférieure ; sur celle des audiences ordinaires il était brodé dans un carré sur la poitrine.
Pour les 1er et 2ème degrés, cet animal était la grue dite Tien Hac (grue des immortels) pour les civils et la licorne (Ky Lan) pour les militaires. Pour le 3ème degré, l’animal était un Cam Ke (espèce d’argus) pour les civils et un lion (Su Tu) pour les militaires ; pour le 4ème degré, l’animal un paon (Khong Tuoc) pour les civils et un tigre(Hô) pour les militaires ; pour le 5ème degré, une oie pour les civils et un léopard pour les militaires ; pour le 6ème degré, un faisan blanc (Bach Nhan) pour les civils et un ours (Hung) pour les militaires. Des animaux symboliques étaient également attribués aux mandarins civils et militaires des degrés inférieurs : héron  et petit tigre pour le 7ème, poule d’eau et hippopotame pour le 8ème et enfin caille et rhinocéros. pour le 9ème.
(D’après Nguyen Don : costumes de cour des mandarins civils et militaires in BAVH, 1916/3)
Biographie du Général Henry Le Bris (AP0874)
Henry Le Bris est né à Plouneventer (Finistère) le 21 mars 1886.
Le 29 mai 1906, il est appelé au service militaire.
De 1907 à 1909, il est élève de l’école normale d’instituteurs de Quimper, comme son père Yves Le Bris l’avait été. En fin 1909, il demande a être envoyé en Indochine et il est affecté à Hué.
Dès son arrivée, il s’intéresse au pays et apprend la langue annamite. Il participe à la création de l’Association des Amis du Vieux Hué.
En 1912, son frère Eugène, instituteur comme lui, le rejoint à Hué.
En novembre 1913, Henry est directeur de l’école franco annamite de Thua Thien (Hué).
Parallèlement, après avoir suivi les cours d’officier de réserve, il est promu sous-lieutenant de réserve, le 14 juillet 1914. Désormais, il a choisi sa voie : il sera militaire.
 Il est rappelé sous les drapeaux en octobre 1914 et participe à la grande guerre pendant laquelle il est blessé le 29 octobre 1916. Il termine la guerre le 11 novembre 1918 avec le grade de capitaine, cinq citations et la croix de chevalier de la Légion d’Honneur.
En juin 1918, il s’était marié à Morlaix avec Mlle Preuchat.
En novembre 1919, il rejoint son poste en Indochine avec sa femme et sa sœur Yvonne Le Bris, institutrice, qu’il a convaincue de venir exercer en Indochine. Yvonne Le Bris épousera Léon Sogny en 1922, à Rosporden (Finistère).
De novembre 1924 à novembre 1926, Henry Le Bris participe aux opérations de pacification au Maroc, dans le Rif, comme chef de bataillon et reçoit une citation.  C’est à Fez, en 1925, que naît Henry-Jean qui sera le seul enfant de M. et Mme Le Bris (voir AP0841)
Après un nouveau séjour en métropole il retourne en Annam de février 1929 à août 1931, puis de nouveau en métropole de janvier 1932 à décembre 1933. Pendant ce séjour, il est stagiaire au Centre d’études annamites à Toulouse.
Promu lieutenant-colonel le 25 décembre 1933, il retourne en Indochine, au Tonkin,  où il sert, de janvier 1935 à janvier 1936  à l’Etat-major du général Verdier (voir AP0840 et AP0848). Ce dernier lui remet les insignes d’officier de la Légion d’Honneur à Hanoï en 1935 (voir AP0831). Au départ du général Verdier, en janvier 1936, il est affecté à l’Etat-major du général Buhrer (voir AP0830, AP0834 et AP0839).
En congé d’août à décembre 1937, il est promu au grade de colonel le 25 décembre 1937 et sert à l’Etat-major des Colonies à Paris jusqu’au 5 avril 1940.
Pendant la campagne de France, Henry Le Bris commande le 5ème régiment d’Infanterie coloniale et est cité à l’ordre de l’Armée. Fait prisonnier en juin 1940, il ne sera libéré qu’à la fin de la guerre en mai 1945. Pendant sa captivité, pour son plaisir et pour occuper ses camarades prisonniers, il donne des cours de langue annamite et prononce des conférences sur l’Indochine.
Il est mis à la retraite en 1945 et se retire en France (voir AP0854).
Ses profondes connaissances de la langue et du pays conduisent les autorités  à le rappeler en Indochine pour être conseiller auprès du Haut-commissaire à Saïgon. Il est alors promu général de brigade.
Il a l’immense chagrin de perdre son fils unique, le lieutenant Henri-Jean Le Bris, tué près du Cap Saint-Jacques à l’âge de 21 ans.
Nommé Commissaire de la République pour l’Annam le 1er avril 1947, il retrouve Hué et adresse à la population une proclamation dans laquelle il rappelle qu’il avait commencé sa carrière dans cette même ville, 38 ans auparavant (voir AP1093). Il est muni des pleins pouvoirs civils et militaires. Son premier soin est de faire l’inventaire des destructions qu’a subi la ville de Hué au cours du siège (voir AP1759 et suivants) et de faire démarrer la reconstruction, en particulier celle des ponts sur la rivière des Parfums, le pont Clemenceau (voir AP1848 à 1853) et le pont de chemin de fer (voir AP1846 et AP1847)
Il est nommé grand officier de la Légion d’Honneur en 1948 et la remise des insignes donne lieu à une importante manifestation (voir AP0875 à AP0880)
Au cours de son séjour, il est appelé à accueillir de nombreuses personnalités. C’est ainsi qu’il reçoit Bao Dai, chef de l’Etat, à son retour dans sa capitale (voir AP0869), les hauts commissaires en Indochine Emile Bollaert (voir AP0860 à 864) et Louis Pignon (voir AP0866) ainsi que le général Valluy, commandant en chef (voir AP0872).
Le 5 juin 1948, il assiste, en Baie d’Along, à la signature des accords préliminaires entre Bao Dai et E. Bollaert, représentant le gouvernement français (voir AP0850 à AP0852).
Il rentre définitivement en France en 1949.
Le général Le Bris est décédé à Nice, le 21 juin 1962. Il est inhumé au cimetière de Morlaix.
(Comité de Rédaction)
La Rivière Noire (AP0891)
La Rivière Noire, affluent de droite du Fleuve Rouge, prend sa source en Chine, dans la province du Yunnan. Elle franchit la frontière du Tonkin au nord-ouest de Lai Chau (4ème territoire militaire), puis traverse la province de Son La et le sud de celle de Phu Tho. Sa direction générale, qui était jusque là nord-ouest / sud-est, change brusquement. Entre Cho Bo et Hoa Binh son cours est sensiblement ouest-est et, à partir de Hoa Binh, il remonte carrément vers le nord et va se jeter dans le Fleuve Rouge à une dizaine de km en amont de Viet Tri. Viet Tri , au confluent, est un port fluvial important (voir AP0295).
La Rivière Noire est navigable de son confluent avec le Fleuve Rouge jusqu’à Cho Bo(voir AP1351). Entre Viet Tri et Hoa Binh, la rivière traverse une région pittoresque. Ses rives sont bordées de forêts de lataniers (voir AP4672) et de falaises rocheuses (voir AP4677) dont le marbre a été exploité dès le début de la conquête.
Dans son parcours entre Hoa Binh et La Phu, elle arrose les pieds de la montagne Tan Vien, mont sacré sur lequel fut installée la station d’altitude du Ba Vi. (Voir AP3466)
Toute cette région des rives de la Rivière Noire est peuplée par des populations Muong, de même origine que les Vietnamiens mais qui n’ont pas reçu l’empreinte de la civilisation chinoise et ont été davantage influencés par leurs voisins Thaï.
(Comité de Rédaction)
Activité professionnelle des Européens et assimilés en Indochine (AP0917)
Forêts et agriculture : 705 soit 3,4%
Mines et Industries : 1.172 soit 5,7%
Transports : 419 soit 2%
Commerce : 1.517 soit 7,4%
Banques et assurances : 249 soit 1,2%
Professions libérales : 1.795 soit 8,8%
Armées et Marine : 10.779 : 52,6%
Fonctionnaires : 3.873 : 18.9%
Total des individus ayant  une profession : 20.509 soit 100%
Sans profession : 21.836
Total général : 42.345
70% des « Européens et assimilés » ayant déclaré une profession sont fonctionnaires ou militaires, soit presque 15.000 individus. En général, les militaires restent en poste deux années.
Les fonctionnaires furent plus nombreux en 1914 (4.366) et en 1929 (4.836), avant les mesures d’économies et d’indigénisation des postes après la crise de 29.
Les personnes « sans profession » sont essentiellement les femmes et les enfants.
La catégorie « profession libérale » compte aussi 629 missionnaires (catholiques et protestants).
Reste finalement une poignée de quelques milliers de colons, sans cesse renouvelée par des éléments « frais » venus de la métropole et qui a joué un rôle décisif dans la transformation de l’Indochine.
(Extraits de l’ouvrage « L’évolution économique de l’Indochine Française » par Charles Robequain, professeur à la Sorbonne -1939)
L’eau et l’électricité à Hué (AP0937)
« L’adduction et la distribution de l’eau à Hué, ont été concédées en 1921. Les volumes d’eau distribués varient de 3.500 à 4.000 mètres cubes par jour. L’eau est prise dans la rivière de Hué, en amont de la ville et épurée au moyen de filtres lents à sable submergé.
La distribution de l’énergie électrique a été également concédée en 1921 au même entrepreneur ; il exploite l’usine et le réseau appartenant à la ville de Hué. Le contrat de concession est en cours de révision. L’éclairage électrique de Tourane, également concédé en 1921 a commencé à fonctionner en janvier 1923. »
(A. Pouyanne – Les Travaux Publics de l’Indochine – IDEO – 1926)
L’usine électrique, propriété de la Société Indochinoise Pour les Eaux en Annam (SIPEA), se trouvait au sud de la ville européenne.
L’usine des eaux était située sur la Rivière des Parfums sur la rive droite en amont de Long Tho, à la limite de la remontée des eaux saumâtres.
On avait adopté, pour la construction des bâtiments, un style rappelant celui des temples et des tombeaux voisins.
(Comité de Rédaction)
S.E. Vo Liem (AP0940)
Le 14 janvier 1936 est décédé à Than Phu (près de Hué) S.E. Vo Liem, ex-Ministre des Rites, Dong Cac Dien Dai Hoc Si, Vicomte de Xuan Hoa. (Pour les grades et fonctions des mandarins, voir AP0824).
Né le 26e jour du 9e  mois de l’année Qui Dau (15 octobre 1873), au village de Than Phu, Huyen de Huong Thuy, province de Thua Thien, S.E. Vo Liem était le fils de S.E. Vo Khoa, Tong Doc, faisant fonctions de Tuan Vu du Ha Tinh.
Admis au Collège Quoc Tu Giam en 1893, en qualité de Am Sanh, il fut reçu Cu Nhon en 1894.
Admis au Collège Quoc Hoc en 1897 comme élève, il fut en 1899 nommé professeur de français du même collège. Sa carrière de mandarin chargé de fonctions d’autorité commença en 1900 : il fut successivement nommé Tri Huyen de Phu Cat en 1900,Tri Phu de Bong Son (Binh Dinh) en 1902, An Sat de Binh Thuan en 1907, An Sat de Ha Tinh en 1909, Bo Chanh de Ha Tinh en 1910. Il revint à la capitale en 1914 comme Ta Ly au Ministère de la Guerre et devint Thi Lang au même Ministère en 1915, puis Tham Tri au même Ministère en 1916. En 1919 il prit la direction de la Province de Binh Dinh comme Tong Doc, puis il fut rappelé à la Capitale en 1923 comme Ministre des Travaux Publics. Il cumula ces fonctions avec celles de Ministre du Palais (Luu Kinh Dai Than) en 1926 et celles de Ministre de la Guerre en 1928 et fut nommé Ministre des Rites en 1930.
Admis à la retraite en mai 1933, S.E. Vo Liem décédait le 14 janvier 1936. Il reçut à titre posthume le titre de Vicomte de Xuan Hoa (Xuan Hoa Tu), S.E. Vo Liem était Commandeur de la Légion d’Honneur, Officier de l’Instruction Publique et Grand Officier du Dragon d’Annam.
Au cours d’une longue vie active consacrée au service de son pays, S.E. Vo Liem a laissé à tous ceux qui l’ont approché le souvenir d’une intelligence fine et clairvoyante, d’une grande amabilité, d’un souci constant de l’intérêt général. En tant que Ministre des Rites, il a vu, à l’occasion du retour de France de S.M. l’Empereur Bao Dai certaines réformes importantes décidées personnellement par le Souverain :
suppression des lay dans les cérémonies d’hommage à Sa Majesté, suppression de quelques victuailles dans certains sacrifices de la Cour…/…
(Extrait du BAVH 1939/2 : Quelques mandarins d’hier, par Nguyen Tien Lang, Chef de bureau au Cabinet de Sa Majesté)
Henri Cosserat (Père) (AP0952)
Original de la photographie illustrant l’hommage du R.P. Cadière à Henri Cosserat au lendemain de sa disparition (BAVH N°4 1937).
Extrait de cet hommage.
Il s’agit de la fin du texte de Léopold Cadière :
« Henri Cosserat, l’homme de toutes les énergies, qui avait forgé son expérience au contact des situations les plus diverses, était devenu tout naturellement le conseiller des causes difficiles et le protecteur de ceux, Français ou Annamites, qui se trouvaient désarmés ou vaincus devant les rigueurs de la vie.
La dignité, la droiture, la générosité de son caractère, sa modestie lui ont attiré l’estime de tous et des amitiés solides. Henri Cosserat disparaît à l’âge de 67 ans, emporté par la maladie qui l’a mis longtemps face à face avec la mort, dernière offensive de la Nature contre les forces physiques et morales de l’ami que nous pleurons. Il a su la regarder avec courage et trouver dans la foi de ses pères, l’espoir d’une vie meilleure, récompense d’une vie terrestre vertueusement remplie.
Il laisse le souvenir d’un grand honnête homme, grand par la noblesse de son âme, grand par l’élévation de ses sentiments, grand par la sincérité de sa modestie, et sans doute la pensée de Pascal se trouve-t-elle illustrée par lui :
« La grandeur de l’homme est grande en ce qu’elle se connaît misérable ».
Puisse l’atmosphère d’amicale et fervente sympathie qui s’élève de notre pieux entourage, être le soutien de sa veuve et de ses enfants dans leur immense douleur. »
(Léopold Cadière)
Contrats et congés en métropole (AP0954)
Les Français expatriés en Indochine bénéficiaient de congés payés en France, selon un rythme et des modalités variables selon leur employeur. En parler c’est évoquer un autre aspect de la vie coloniale. Les détails ci-après se rapportent à la période entre les deux guerres et concernent les salariés du secteur privé.
Rythme des contrats et des congés.
Bien qu’il y ait eu certaines particularités on peut dire que les principes généraux suivants étaient appliqués dans les maisons de commerce. Soulignons d’abord qu’à cette époque on « partait aux colonies » pour y faire carrière. C’était donc en principe pour quelques dizaines d’années. Il n’était pas question de s’y rendre pour faire « un coup » ou « des piastres » comme cela fut la motivation de certains expatriés après 1945. Soulignons aussi qu’il n’y avait pas de système de retraite. Les retraites par répartition ne furent instituées qu’en 1947. Chacun devait penser à sa retraite en faisant des économies et en les plaçant selon un système de capitalisation.
Au premier contrat le jeune expatrié, agent débutant, partait pour 4 ans et le plus souvent seul. En effet la présence d’une famille aurait été peu compatible avec le travail qui l’attendait : mis à toutes les sauces, sans horaire fixe, il réceptionnait les marchandises sur les quais, surveillait les entrepôts ; il parcourait le pays, visitant la clientèle ; il était envoyé partout en renfort, selon les besoins. Il ne connaissait ni samedi ni dimanche. Il n’y avait pas de congé annuel, sinon une semaine au moment du Têt et quelques jours fériés de ci de là. Pendant cette période, l’employeur jugeait des capacités de son stagiaire et surtout de sa bonne adaptation aux contraintes du pays et aux règles de la Maison.
Vers la fin de son premier séjour, l’employeur lui faisait savoir s’il envisageait de lui renouveler son contrat. Dans la négative, le salarié avait droit au voyage de retour et à 3 mois de congé payé en France. Dans le cas contraire et si l’employé était d’accord, un nouveau contrat était signé donnant droit à 3 mois de congé supplémentaire à prendre avant le retour à la colonie. La durée de ce nouveau contrat était alors de 3 ans. Il le faisait comme agent confirmé, voire chef de service. Et il pouvait emmener sa famille car souvent il se mariait au cours de son premier congé.
Le 3e contrat suivait les mêmes règles. Le salarié recevait alors plus de responsabilités, ayant le plus souvent la signature (fondé de pouvoirs), du moins partiellement dans des domaines bien délimités.
Le 4e contrat était encore plus intéressant : grade plus élevé (fondé de pouvoirs élargis ou directeur), meilleure solde et surtout meilleures gratifications. C’est à ce moment que l’expatrié commençait à penser sérieusement à sa retraite : achat d’une résidence, placements divers. Et les gratifications servaient essentiellement à cela.
J’attire l’attention sur un point particulier du rythme du travail aux colonies. Partant pour 8 mois, l’employé ne pouvait confier son service à un intérimaire chargé d’expédier les affaires courantes. Il avait donc un successeur qu’il mettait complètement au courant. A son retour, il lui était confié un autre travail : autre poste ou dans un autre lieu. Et il en changeait dans la seconde partie de son séjour, afin de permettre à un autre agent de partir en congé. D’où le grand intérêt professionnel d’une telle carrière résultant des tâches variées exercées.
Pour disposer enfin d’un directeur confirmé l’employeur devait donc attendre une bonne douzaine d’années et il lui avait fallu engager en général une vingtaine de stagiaires. Il y avait une élimination importante au bout du premier contrat. Mais également au bout du 2e contrat car certaines épouses ne pouvaient se faire au climat. Par ailleurs certains ménages ne pouvaient s’adapter au genre de vie coloniale, si agréable sous certains aspects (les épouses ne travaillant pas), mais si difficiles sous d’autres : éloignement de la famille, oisiveté, vie facile voire étourdissante, problèmes d’éducation des enfants.
Ce schéma général s’est trouvé considérablement modifié à partir de 1947; essentiellement à cause de la situation de guerre et des voyages rapides par avion.
Déroulement des congés.
Généralement l’expatrié passait ainsi son congé : D’abord un passage au siège de la société pour traiter de questions professionnelles ou matérielles. Ensuite un tour de famille. Il suivait souvent une cure pour remettre qui son foie (à Vichy), qui ses intestins, voire les deux. Puis, selon ses goûts, il effectuait un voyage touristique et se livrait à des activités culturelles qui faisaient cruellement défaut à la colonie : théâtre, concerts, musées, cinémas.
Après une bonne moitié du congé passée, les fonds commençaient à manquer, surtout si l’on avait particulièrement fréquenté les hôtels. L’on envisageait alors de repartir avant la fin théorique de son congé. Et souvent également, c’était l’employeur qui suggérait une telle solution lorsque cela lui convenait pour faciliter la rotation de son personnel. Alors recommençait le cycle des occupations du début : contacts avec l’employeur, achats de vêtements et d’équipements, tour de famille.
(Comité de Rédaction)
Le Prince Kien Thai Vuong (AP0966)
Le Prince Kien Thai Vuong était le 26ème fils de l’empereur Thieu Tri, donc le demi-frère de l’empereur Tu Duc.
S’il ne régna pas lui-même, il fut le père de 3 rois :
     – Kien Phuoc (1883-1884)
     – Ham Nghi (1884-1885)
     – Dong Khanh (1885-1889)
Il fut donc également le grand-père de Khai Dinh et le bisaïeul de Bao Dai.
Son tombeau est situé entre celui de Khai Dinh et celui de Dong Khanh. Le portique d’entrée que l’on voit sur cette photo comporte 2 piliers en maçonnerie ornés d’inscriptions qui supportent un fronton fait de plaques émaillées et qui sont flanqués à leur base par deux lions de pierre.
Au centre de l’ouverture du portique se dresse une stèle en pierre appelée la « Stèle des 3 empereurs », sur laquelle peut se lire l’inscription suivante en caractères :
« Hommage reconnaissant et respectueux des trois empereurs Dong Khanh, Kien Phuoc et Ham Nghi ».
(Le Dr Gaide et Henri Peyssonneaux ont consacré un article abondamment illustré à ce tombeau – BAVH 1925/1)
Eléphants de guerre à l’entraînement (AP0972)
 » …/…Sur le glacis, perpendiculairement au fleuve, se dressent trois rangées de palissades ; elles sont formées de bambous soutenant de grandes nattes, et distantes de 150 mètres environ les unes des autres ; devant chaque obstacle sont plantés des mannequins coloriés, représentant l’ennemi, derrière les nattes de grands feux sont entretenus, et des soldats accroupis attendent le moment de l’attaque ; quatorze éléphants sont en ligne, harnachés en guerre, portant cornac et soldats armés de javelines ; en avant l’éléphant chef se tient immobile, prêt à donner aux autres le signal et l’exemple. A un coup de tam-tam, l’éléphant s’agenouille, demandant au général l’autorisation de combattre ; il l’obtient et se relève. A un autre coup de tam-tam, et trois hurrahs, ces bêtes énormes dont quelques-unes mesurent jusqu’à 3 m 05 de hauteur, s’ébranlent en bon ordre, lentes d’abord, puis plus vites, rapides enfin ; les cavaliers qui les flanquent à droite et à gauche les suivent à peine ; une immense clameur s’élève, tout le monde crie ; à l’approche des combattants, les pétards, les fusées, les bombes partent et éclatent de tous côtés ; des feux de paille s’allument ; les éléphants s’arrêtent un moment, saisissent les mannequins avec leur trompe, les font sauter et tournoyer dans l’air, puis, repartant à nouveau, ils culbutent l’obstacle et continuent leur course, malgré la fumée, les détonations et les cris, jusqu’à la seconde palissade où la même fantasia recommence. Enfin, pour achever d’aguerrir ces braves combattants, fantassins et cavaliers forment autour d’eux une ronde immense, criant, hurlant, gesticulant, leur faisant partir à la trompe fusées et pétards, et leur jouant presque dans l’oreille du gong et du tam-tam…/… »
(Extrait du BAVH 1933/3 – Dix huit mois à Hué en 1883 par M. A. Auvray)
Voyage maritime (AP0982)
Les voyages étaient longs à cette époque (1920/1930) car les navires étaient équipés de chaudières alimentées en charbon, (classifiés S/S pour « steamship »). La vitesse était d’environ 12 noeuds. Les ravitaillements en charbon et en eau douce prenaient beaucoup de temps aux escales. Les distances sont considérables : près de 13.600km de Marseille à Saïgon et plus de 5.300 de Saïgon à Yokohama.
De Marseille à Saïgon, il fallait compter 28 jours par les Messageries Maritimes (2 à 3 départs par mois) et 2 jours de plus par les Chargeurs Réunis (2 départs par mois). Par ailleurs, la Peninsular and Oriental desservait Singapour en 21 jours et Hong-Kong en 26 ; mais alors il fallait attendre une correspondance pour Saïgon ou Haiphong par un stationnaire.
A partir de 1930 la situation s’améliore. D’abord par le remplacement du charbon par le mazout. L’escale d’Aden pour charbonnage a pu être supprimée, le ravitaillement en combustible est devenu plus rapide et plus propre. Ensuite par le remplacement des chaudières à vapeur par des moteurs alimentés au gas-oil : les S/S sont devenus des M/S pour « motorship ». Comme le président d’alors des Messageries Maritimes ne voulait pas utiliser de termes anglais, il a imposé la dénomination de « nautonaphte » (N/N) pour cette catégorie de navires : le « Félix Roussel » de 1931 ; le « Georges Philippar » de 1932 (21.000 tonnes ; il a brûlé et sombré près du cap Gardafui lors du retour de son voyage inaugural en mai 1932) ; « l’Aramis » en 1933 (voir AP1761). Mais ce néologisme est resté sans lendemain et les navires d’après-guerre des Messageries Maritimes sont dénommés des M/S : La « Marseillaise » de 1949 ; le « Vietnam », le « Cambodge » et le « Laos » de 1950-53. Enfin des gains de rapidité et de confort ont encore été réalisés lorsque des congélateurs ont permis d’espacer les ravitaillements en vivres frais ; et lorsque des systèmes de dessalement de l’eau de mer ont fourni de l’eau douce.
Voici quelques annotations concernant les voyages maritimes d’avant-guerre (du moins sur cette liaison).
        -Dimensions : Le N/N « Félix Roussel » avait 163m de long et faisait 24.000 tonnes. Le S/S « André Lebon » était le plus long : 172m ; c’était le maximum possible pour naviguer dans la rivière de Saïgon très sinueuse et tourner dans le port de Saïgon. (Les navires ne disposaient pas d’hélices transversales pour faciliter leurs manoeuvres et, dans un autre domaine, n’avaient pas de dispositif anti-roulis). Certains étaient plus petits (150m) car c’était la longueur maximale admise pour desservir les ports de Madagascar.
        -Bagages : une malle-cabine par personne était autorisée qui, comme son nom l’indique, trouvait place dans la cabine sous la couchette. En outre 250kg de bagages étaient autorisés (en 1re classe), à répartir entre la « soute » (inaccessible pendant le voyage) et la « prévoyance » (cale spéciale accessible 2 fois par semaine).
         -Eau : l’usage de l’eau douce était très limité : 1 heure par jour, quelquefois moins. Le reste du temps c’était de l’eau de mer que distribuaient les robinets.
        -Aération : à l’époque, bien sûr, on ignorait la climatisation, et même la simple ventilation forcée qui n’a été installée qu’à partir des nautonaphtes. L’aération ne provenait que de l’air capté par des manches à air en zinc insérées dans les hublots ouverts (AP3268). Il n’y avait donc pas d’aération lorsque le bateau ne se déplaçait pas ou lorsque l’état de la mer ou du ciel obligeait de garder les hublots fermés. La climatisation n’est venue que bien après guerre.
        -Disposition : en général, la salle à manger était juste au niveau de la mer, les salons nombreux au pont couvert le plus élevé, et les ponts de cabines entre les deux. Il n’y avait pas de pont soleil comme maintenant, et pas de piscine. Un orchestre de chambre et des solistes donnaient des concerts.
Schéma d’un voyage entre Marseille et Yokohama 1935. On trouvera successivement : Nombres de jours entre deux escales et cumulés depuis Marseille – Escale à – Distance depuis la précédente escale (en milles marins) – Durée de l’escale) :
1                             Départ de Marseille
4 1/2.    4 1/2        Port-Saïd – 1510 milles – 1 jour.
1           6 1/2       Suez – 87 milles. Arrêt pour débarquer le pilote du canal.
4          10 1/2       Djibouti – 1284 milles – 1/2 jour.
1/2       11 1/2       Aden – 133 milles – 1 jour.
6 1/2    19             Colombo – 2093 milles – 1 jour.
5          25              Singapour – 1570 milles – 1 jour.
2          28              Saïgon – 648 milles – 3 jours.
3          34              Hong Kong – 934 milles – 1 jour.
2 1/2    37 1/2.     Shanghaï – 824 milles – 3 jours.
2 1/2    43             Kobé – 769 milles – 1 jour.
1          45              Yokohama – 346 milles – 1 jour.
Total arrondi des milles parcourus 10.200 soit près de 19.000km.
(Comité de Rédaction)
La piastre et les pièces de monnaie indochinoises (AP0998)
Avant l’introduction de la piastre d’argent indochinoise, la monnaie utilisée sur place par l’administration coloniale était la piastre mexicaine. C’est en cette monnaie que le Trésor de la Cochinchine, mis en place à partir de 1862, effectua d’abord ses paiements. Cette monnaie fut acceptée d’autant plus facilement qu’elle était pour les indigènes une espèce connue et pour les Français un moyen d’écouler les pièces mexicaines, reliquat de la trésorerie de la campagne du Mexique. Le contre-amiral Bonard lui conféra un cours légal parallèlement au « Trade dollar » américain ou au dollar de Hong Kong.
En 1877, elle était acceptée dans les paiements pour 5,35 francs, alors qu’au poids du fin elle ne valait que 4,75 francs. Pour éviter cette perte pour le Trésor de 0,60 franc par piastre, le Gouvernement résolut d’établir un régime monétaire propre à la colonie par l’émission  d’une piastre de commerce ayant le même poids que le Trade dollar américain.  Les premières piastres furent frappées en 1878 avec la mention « Cochinchine française ». A partir de 1885, elles portèrent l’inscription « Indochine française ».
La première piastre indochinoise était une pièce en argent de 27,215 gr au titre de 0,900 et de 39 mm de diamètre. Elle comportait des monnaies divisionnaires également en argent, au même titre de 0,900 :
–              Une pièce de 50 cents de 13,607 gr et de 29 mm de diamètre ;
–              Une pièce de 20 cents de 5,443 gr et de 26 mm de diamètre ;
–              Une pièce de 10 cents de 2,721 gr et de 19 mm de diamètre.
L’effigie commune à toutes ces pièces, gravée par le sculpteur Barre, représente une République assise, drapée à l’antique, tenant d’une main un  faisceau de licteur, l’autre main appuyée sur la barre d’un gouvernail et une ancre en arrière.
La frappe de ces monnaies se poursuivit régulièrement jusqu’en 1895 mais la baisse continue du métal argent provoquait de graves difficultés aussi bien sur le plan économique que dans le domaine budgétaire. Afin de consacrer cette baisse du métal, un décret de 1895 abaissa le poids de la piastre de commerce et ses divisions, à proportion. Ce poids fut ramené à 27 gr pour la piastre, 13,5 gr pour la pièce de 50 cents, 5,4 gr pour celle de 20 cents et 2,7 gr pour celle de 10 cents. En 1898, le titre des pièces de 10 et 20 cents fut réduit à 0,835.
A partir de 1903, les piastres mexicaines furent retirées de la circulation.
Mais les cours du métal argent connaissaient des fluctuations très importantes et très irrégulières, passant sur le marché de Londres de 61 1/8 pence l’once en 1870, à 25 pence en 1910, pour remonter à 64 ½ et 1920 et retomber à 36 ¾ en 1930.
Pour faire face à la crise, le Gouvernement dut décréter le cours forcé de la piastre et finalement, en 1930, abandonner l’étalon argent au profit de l’étalon or. La Chine fut alors le seul pays à conserver l’étalon argent.
En 1931, la piastre de commerce de Barre fut remplacée par une autre pièce en argent, à l’effigie de  la République coiffée du bonnet phrygien et laurée à gauche, due au sculpteur Lindauer. Cette pièce pesait 25 gr au titre de 0,680. En 1939, la pièce de 20 cents en argent fut remplacée par une pièce en bronze-nickel à l’effigie du profil droit de la République (Turin, graveur).
Ces pièces d’argent restèrent en service jusqu’à la fin de la guerre mondiale, devenant chaque jour de plus en plus rares et remplacées progressivement par les billets de banque. A partir de 1946, toutes les pièces en argent furent remplacées par des pièces en bronze-nickel ou en aluminium à l’effigie de la République de profil droit (Turin, sculpteur).
Pour les valeurs plus faibles, des pièces de 1 sapèque (1/500 de piastre) en bronze furent émises de 1879 à 1884 pour la Cochinchine, puis de 1887 à 1902 pour l’Indochine. Des pièces de 1 centième en bronze à l’effigie de la République assise (Barre, sculpteur) circulèrent de 1885 à 1894. Elles furent remplacées par les pièces de 1 cent en bronze à l’effigie de la République assise protégeant de son manteau une femme annamite assise (Dupuis, graveur) qui furent en service de 1896 à 1939. et furent remplacées à leur tour en 1940 par une nouvelle pièce de 1 cent en zinc ornée d’un bonnet phrygien et de deux tiges d’olivier, due au sculpteur Lindauer. En 1943 une pièce minuscule de 1 cent, en aluminium, pesant 0,3 gr avec un décor de deux tiges de riz fut frappée dans un atelier provisoire à Hanoï, au titre de l’Etat français.
Enfin, une pièce de 5 cents en bronze-nickel ou en maillechort, ornée de gerbes de riz et due au graveur Patey, circula de 1923 à 1939,  remplacée en 1943 par la pièce en aluminium de l’Etat français (1 gr).
(Comité de Rédaction)
Sapèque (AP1002)
La principale unité monétaire qui circulait au Viêt Nam avant l’arrivée des français était la sapèque (Tien ou Van) petite pièce ronde en cuivre, laiton, ou d’autres alliages, d’un diamètre extérieur de 20 à 25 mm et avec un trou carré au centre permettant de l’enfiler sur un cordon. La sapèque pesait théoriquement 3,82 gr (un Tien dans le système pondéral) et était la 600ème partie de la ligature (Quan). En réalité, son poids pouvait varier de 1,5 à 2,5 gr  avec la qualité du métal utilisé
Le mot sapèque viendrait du malais Sappica ou Sapeku  qui dériverait lui-même du mot chinois Peku ou Pak signifiant cent. Un sapeku ou une sapèque serait donc à l’origine une file de 100 pièces de petite monnaie. Yule et Burnell indiquent qu’à Macao on donnait le nom de sapèque à la monnaie chinoise appelée « Cash ». Les Français ont adopté le mot sapèque et l’ont appliqué à la monnaie en usage au Tonkin et en Cochinchine.
Pendant la période de l’occupation chinoise, ce sont naturellement des monnaies chinoises qui circulaient sur le territoire de l’Annam. Les premières monnaies « nationales » furent frappées sous les dynasties des Dinh (968 – 980) et des Lê antérieurs, sur le modèle des monnaies chinoises, pièces rondes avec un trou carré avec l’inscription du nom de l’ère de règne. Au revers, le caractère Dinh ou Lê, nom de la dynastie. Ces monnaies nationales furent frappées en très petit nombre, dans un but purement politique et la monnaie chinoise continua à circuler largement.
Avec la dynastie des Tran (1225-1414), première grande dynastie nationale, la production de monnaie, tant officielle que privée, prit une grande ampleur. Tous les souverains de cette dynastie émirent des pièces avec le nom de l’ère de leur règne. Mais le nom de la dynastie n’était plus indiqué au revers.
C’est sous la dynastie des Lê postérieurs (1428-1789) que se situe l’âge d’or de la monnaie vietnamienne. Au cours de 15ème siècle, chaque souverain a émis de la monnaies qui se distingue par la qualité du travail de fonte et du bronze utilisé, la finesse de la graphie  et la régularité des poids, toujours aux alentours d’un  Tien (3,82 gr). Certaines pièces atteignent même 6 gr. La dynastie des Mac, installée à Cao Bang, qui usurpa le pouvoir de 1528 à 1592, frappa sa propre monnaie, mais commença à utiliser le zinc et le fer, métaux moins coûteux et laissa se développer le monnayage privé. Les Lê, quand ils revinrent au pouvoir tentèrent de lutter contre ces pratiques, mais la pénurie de cuivre (les mines se trouvaient dans des régions contrôlées par la Chine) et la division du pays entre les deux principautés rivales des Trinh et des Nguyen rendirent ces mesures peu efficaces. C’est sous le règne de Lê Du Tong, pendant l’ère Vinh Thinh (1705-1729) que fut émise la première monnaie de grand format, d’un diamètre de 50,5 mm et d’un poids de 33,13 gr. Sous le règne de son successeur Lê Hien Tong, pendant l’ère Canh Hung, ces grandes monnaies devinrent courantes, frappées à l’occasion d’anniversaires ou de commémorations et utilisés comme cadeaux pour récompenser les bons serviteurs (monnaies de présentation). Le revers était le plus souvent orné d’un motif décoratif (phénix ou dragons).
Les Tay Son (1789 – 1802) fondèrent leur propre dynastie après avoir renversé celle des Lê et frappèrent leur propre monnaie. Faute de cuivre, ils durent se contenter d’émettre des  pièces de qualité médiocre, très minces et en mauvais laiton.
La dynastie des Nguyen qui s’attacha, avant la conquête (1802-1884), à réorganiser le pays, voulut également remettre de l’ordre dans le système monétaire. Gia Long (1802-1820) frappa des pièces en laiton avec des poids variés et mit en service des petits lingots d’argent pur, d’un poids de 38,37 gr (un taël, Lang). Le monnayage de Minh Mang (1819-1840) fut très important : sapèques courantes en laiton, sapèques en zinc, grandes pièces  de 1 Tien (3,48 gr) en laiton, grandes monnaies de présentation de 50 mm de diamètre, portant au revers des maximes tirées d’ouvrages classiques confucéens. A partir de 1832, Minh Mang frappa une pièce de monnaie d’argent, sans trou central, imitée des 8 réaux espagnols et figurant au revers un dragon volant dans les nuages et portant la perle. Ses successeurs Thieu Tri (1840-1847) et Tu Duc (1847-1883) frappèrent eux aussi des sapèques à leur nom de règne et des grandes monnaies de présentation. Tu Duc frappa également des monnaies de présentation en argent ainsi que des lingots en argent de 10 taëls (380,38 gr) et des lingots en or de 10,81 gr.
Sous la domination française (1883-1945), le gouvernement colonial substitua sa propre monnaie à celle des souverains nationaux. Toutefois, ceux-ci continuèrent à frapper des sapèques à leur titre de règne : Ham Nghi, Dong Khanh, Thanh Thai, Duy Tan, Khai Dinh et Bao Dai.
L’administration coloniale frappa elle-même des pièces de 1 sapèque (1/500 de piastre) en bronze de 1879 à 1884 pour la Cochinchine, puis de 1887 à 1902 pour l’Indochine. Ces pièces furent remplacées par des pièces de 1 centième et de 1 cent, à l’effigie de la République.
(Comité de Rédaction)
Le Collège Quoc Hoc, futur Lycée Khai Dinh (AP1024) – Voir photographie AP1024 planche 1
Là où s’élève le Quoc Hoc actuel, il y avait jadis les casernes des troupes de la Marine, Thuy Su ; en tout 15 longs bâtiments datant de 1806 et s’étendant du canal de Phu Cam à la Résidence Supérieure ; sur le bord du fleuve étaient des hangars servant de cales sèches pour les barques royales ; après les événements de 1883-1885, ces casernes furent désaffectées peu à peu ; en 1897, par ordonnance royale, le Quoc Hoc fut créé, pour l’enseignement des sciences occidentales ; il fut construit avec une partie des bâtiments de l’école des Hanh Nhon, et, en 1899, on y affecta deux des casernes de la Marine ; c’étaient des maisons couvertes en paillotes et d’une installation vraiment sommaire ; M. Ngo Dinh Kha fut le premier directeur de l’établissement.
La « principale école franco-annamite de tout l’Annam » a été détruite en 1917 à cause de sa vétusté. Elle deviendra plus tard le Lycée Khai Dinh. C’est à l’occasion de sa disparition que E. Le Bris, membre actif de l’AAVH, formé à la « sauvegarde de la mémoire » de la capitale, lui consacre un article dans le BAVH, 1916. En voici quelques extraits :
« Ces bâtiments vont être démolis : ils sont presque les derniers vestiges du Vieux Hué qui disparaît peu à peu, désagrégé par l’œuvre du temps ou remplacé par un Hué plus « vingtième siècle », au séjour plus facile aussi, n’en déplaise aux membres de notre Société. C’est pourquoi il est un peu de notre devoir de fixer quelques souvenirs historiques au sujet de notre Quoc-Hoc pour que l’oubli ne se fasse pas complètement sur lui.
Voici d’abord le portique d’entrée, à caractère architectural bien annamite ; deux larges murs réunis par quelques poutres supportant un étage, le tout recouvert par un toit à la chinoise, telle en est, grosso modo, la structure. Il fut construit en 1898, en même temps que le mur d’enceinte en briques. Vingt ans seulement, alors qu’il en paraît cent ; comme, en ce pays, le temps donne vite un air de vétusté à toute chose ! Sur le devant, un panneau vert de grisé permet encore de distinguer les caractères : « Phap Tu Quoc Hoc Truong ».
A l’étage, auquel on accède par un escalier vermoulu et tortueux, est suspendue une cloche fêlée jetant de temps en temps sa petite voix vieillotte et sèche sur tout ce coin d’une autre époque.
La porte d’entrée franchie, une allée feuillue se présente au visiteur. Elle se termine du côté sud du collège par une sortie sur les rizières de Phu Cam après avoir séparé tout l’établissement en deux parties bien nettes : à gauche les classes et à droite les habitations du Directeur, de quelques maîtres et des internes.
Il y a, au Quoc Hoc à proprement parler deux écoles ; d’abord l’école primaire élémentaire, construite parallèlement à la rue Jules Ferry, puis, derrière, les cours complémentaires où enseignent les maîtres européens, au fond d’une cour plantée de caoutchoutiers et de lilas du Japon. Toutes les salles se ressemblent et toutes font peine à voir : des murs jaunes qui s’effritent, des portes et fenêtres rongées et tenant par miracle, voilà le cadre ; ajoutez quelques cartes au mur, de longues tables incommodes aux écoliers, un bureau quelconque pour le maître et vous aurez une salle de classe du Collège Quoc Hoc.
Avant 1912, les maîtres européens étaient souvent dans l’obligation de faire leurs cours la tête couverte ou parfois encore de prendre un parapluie pour circuler dans les classes. Ce n’est qu’à la suite d’un rapport officiel du Docteur Reboul, alors chef du Service de la Santé à Hué, qui y dénonçait le Quoc Hoc comme un danger public, qu’on se décida à ajouter dans chaque classe un double plafond en bambou tressé.
En la 8e année du règne de Thanh Thai (1897), un arrêté royal ordonna de construire le Collège Quoc Hoc en transportant sur le terrain officiel du corps d’armée de gauche Ta Dinh une partie des immeubles de l’école des Hanh Nhon. On ajouta, pour le Directeur, une maison composée de trois travées terminées par deux demi travées…/…
L’heure de la mort a sonné pour le vieux collège. L’Administration, sans attendre que de lui-même le Quoc Hoc croule, a décidé de le démolir et de construire sur le même emplacement de magnifiques bâtiments à étages où les futurs élèves trouveront toutes les facilités pour s’instruire et toutes les commodités pour vivre agréablement ; depuis mai l915, des centaines d’ouvriers travaillent activement à cet effet, sous l’habile direction de M. Leroy, entrepreneur, un des « Amis du Vieux Hué ».
Dans quelques années, ce coin ne sera plus reconnaissable ; les admirateurs bénévoles de la symétrie et de l’uniformité seront satisfaits de voir des constructions confortables à vague style européen dans ce merveilleux paysage d’Orient.
Nous, pour qui le vieux collège disparu sera lié à des souvenirs de jeunesse, nous fermerons peut-être parfois les yeux, en passant devant les nouveaux bâtiments, en nous remémorant les vers si tristes de Sully Prud’homme :
« Je n’aime pas les maisons neuves,
Leur aspect m’est indifférent ;
Les anciennes ont l’air de veuves
Qui se souviennent en pleurant »…
(Comité de Rédaction)
Annamites morts pour la France (1914-1918) (AP1032)
 » Je crois utile de rappeler ici certains chiffres attestant l’aide militaire de l’Indochine à la France pendant la Grande Guerre.
Bien qu’en certains coins excentriques quelques actes de piraterie, quelques essais de soulèvement dus à d’anciens rebelles, mirent le Haut Commandement dans l’obligation d’organiser quelques expéditions répressives (Sam Neua ; Song La ; Phong Saly ; Thai Nguyen ; Binh Lieu), l’Indochine put rendre à la Métropole 1.309 Français civils mobilisés ainsi que 6.000 officiers et hommes de troupe de l’armée active.
Mais il est bon de savoir que 92.411 Annamites, tous volontaires, s’embarquèrent pour le lointain, apportant aux armées alliées l’aide précieuse de leur bonne volonté et de leur esprit de discipline.
Ce total d’Indochinois se répartit ainsi :
4.800 combattants ; 24.272 soldats appartenant aux 15 Bataillons d’Etapes (Zône des Armées) ; 9.019 Infirmiers Coloniaux ; 5.339 Ouvriers d’Administration Coloniale ; 48.981 Travailleurs militaires, dans les usines de l’intérieur. Les combattants appartinrent aux 4 Bataillons de Marche Indochinois, les 1er, 2e, 7e et 21e ; les deux premiers furent dirigés sur l’Armée d’Orient, les 7e et 21e Bataillons tinrent les tranchées sur le front français. Tous furent engagés dans des actions pénibles et tous, malgré le froid, les obus, les balles, les gaz même, firent vaillamment leur devoir en dignes fils des anciens guerriers de Gia Long et de Minh Mang. Le Chemin des Dames (1917), les Vosges, Reims, le Col de Krusova, Véliterna, Cafa Cjarparit, autant de noms de batailles qui résonnent encore dans la mémoire de nos camarades, anciens combattants annamites…/…
Hélas, beaucoup trop d’entre eux sont restés là-bas dans les humbles cimetières du front. Les listes officielles, établies par les soins de l’autorité militaire, totalisent le nombre très élevé pour l’Annam de 1.106 morts, chiffre qu’il serait bon de voir graver sur l’Ecran funéraire pour que celui-ci ne soit plus le Monument de quelques-uns seulement. La province de Phu Yen par exemple, perdit 129 volontaires pendant la Grande Guerre, soit comme tirailleurs soit comme ouvriers ; or, un unique nom, celui du Tirailleur Ho Phong figure sur le Monument aux Morts. N’y a t-il pas là une omission regrettable ?
Et cependant, ce nombre de 1.106 absents est sûrement au-dessous de la vérité, car quelques commandants de Dépôts des Isolés Coloniaux en Indochine prirent l’expression « Morts pour la France » dans le sens de « Tués à l’ennemi « , et leurs listes, celle du Dépôt N°3 de Tourane en particulier, furent de ce fait très incomplètes.
J’ai confronté tous ces documents avec ceux que les Résidents de chaque province fournirent à la Résidence Supérieure, et je peux déduire que le nombre total des soldats, originaires d’Annam, morts en Europe de 1914 à 1918 est d’environ 1.500.
On reste confondu devant ce nombre élevé de morts, et l’on éprouve une immense tristesse en pensant que tant d’hommes innocents sont allés mourir loin de chez eux, sans trop rien comprendre à l’épouvantable drame dans lequel ils se trouvaient engagés. La tuberculose fit ses ravages parmi ces hommes des tropiques ; la grippe espagnole en terrassa un grand nombre ; les « péris en mer » sont plus d’une centaine ; mais cependant très nombreux sont ceux qui moururent des suites de blessures reçues dans la Zône des Armées.
Dans tous les cimetières militaires de France, les dépouilles des enfants d’Annam sont mêlés aux ossements des enfants de France, donnant ainsi au problème de l’association franco-annamite son sens le plus précis et le plus émouvant.
Tous ces jeunes Annamites, avant de mourir loin des visages aimés, loin de leurs si tranquilles villages, auront eu, hélas, l’atroce vision de leur corps pour toujours enfoui dans un sol étranger »…/…
(E. Le Bris, professeur au Lycée Khai Dinh à Hué in BAVH N°4 – 1937)
La station d’altitude de Bach Ma (AP1040)
La montagne de Bach Ma (« du cheval blanc ») élève ses sommets  à mi-chemin entre Tourane et Hué. Venant de Tourane, dés que l’on a franchi le col des Nuages, on  aperçoit le massif, dominant le village de pêcheurs de Lang Co (voir AP1683). La route Mandarine court alors le long du littoral, franchissant le petit col de Phu Gia, et longeant la lagune de Cau Hai (voir AP1038) avant d’arriver dans la plaine de Thua Luu (voir AP1079 et AP1085). On y est embaumé par l’odeur de l’essence de cajeput (ou fausse bruyère) distillée dans des petits ateliers artisanaux du village. De là  part l’embranchement qui traverse l’exploitation forestière de M. Bogaert et grimpe ensuite jusqu’au sommet de la montagne de Bach Ma. On peut également se rendre à Thua Luu par le train à partir de Hué. La visite de l’installation, de la scierie et de la fabrique de glace peuvent constituer un but de visite agréable et intéressante (voir AP1079).
Du sommet de la montagne, par temps clair, le panorama est splendide qui s’étend vers l’océan (voir AP1084) depuis le pied du col des Nuages jusqu’aux environs de Hué. Sur l’autre versant, vers l’ouest, la vue se perd dans le fouillis de la chaîne de montagnes du Pou Atouat qui forment la frontière entre l’Annam et le Laos.
Le véritable inventeur de la station fut M. Desmarets (Voir notule AP1660), ingénieur des Travaux publics. La route qui grimpe au sommet a été construite par lui et par M. Martin, ingénieur des Dragages Elle doit souvent aborder de rudes pentes et une partie de la montée devait se faire à pied ou en chaise à porteurs. Cette route débouche sur un plateau où de nombreux espaces ont pu être aménagés pour y installer des villas. Parmi les premières construites furent celles des familles Desmarets (voir AP1039 et AP1708) et Cosserat (voir AP1044 à AP1050), ainsi que celle du docteur Le Nestour (voir AP1078).
Des chemins forestiers ont été aménagés pour le plaisir des promeneurs, offrant des vues splendides sur la vallée  (voir AP1080), des coins pittoresques, des rochers,  la grande cascade qui a creusé des vasques dans le rocher (voir AP1050 et AP1083) où il fait bon se baigner (voir AP1053). Le parc « de la pierre qui chante » (voir AP1074) était un emplacement rêvé pour le pique-nique et les excursions, de même que la « source purifiante » qui avait été captée pour permettre aux promeneurs de se rafraîchir (voir AP1707).
Ratou Cosserat nous a laissé un témoignage émerveillé des vacances qu’elle a passées à Bach Ma :
« Nous avons tous aimé Bach Ma.
Il est difficile d’expliquer pourquoi.
Nos vacances là-bas restent pour nous inoubliables. Nous avons tous connu d’autres vacances ailleurs. Aucune ne nous a laissé un tel souvenir de joie de vivre et de bonheur.
Bach Ma est une crête à 1500 mètres d’altitude à 40 km de Hué.
D’après le relevé des services Géographiques, Raoul Desmarets (dit Look Lo) l’inventeur de la station, en a compris tout de suite les possibilités.
Il a créé la station qui manquait aux étés de Hué. Dès 1936, il a loti la montagne.
Nous sommes montés une journée avec lui [avant l’existence de la station] avec sa femme et nos amis les Aude, pour choisir notre lot. Nous sommes partis ensuite en congé en France. Ce n’est donc qu’en 1938 que nous avons pu commencer la construction. Nos amis les Charlat avaient déjà leur chalet…/…
Nous avions choisi de construire en dur. On trouvait sur place un magnifique granit bleu. Fraîchement taillé, il étincelait sous le soleil. J’avais voulu en faire ma cheminée…/…
Cette année là (1938) nous étions peu nombreux : le grand chalet Desmarets – Grethen – Celui de la Santé et quelques autres…/…
Le matin, nous partions en bande joyeuse en promenade projetée la veille. Notre promenade préférée était celle des vasques »…/…
(Extraits d’un témoignage écrit pour la NAAVH par Ratou Cosserat)
Le port de Tourane (AP1042)
 » Le port de Tourane comprend une partie maritime au fond d’une vaste baie, largement ouverte vers le nord, et une partie fluviale dans une large rivière dont l’embouchure s’ouvre dans la baie. Malheureusement, l’estuaire de cette rivière s’ensable facilement, ce qui oblige les navires à mouiller au loin, à l’entrée de la rade, aux abords de l’îlot de l’Observatoire. Toutes les opérations du port doivent donc se faire par jonques ou par chalands que des remorqueurs conduisent au port fluvial.
Les communications entre la rade et le port fluvial présentent elles-mêmes des difficultés résultant de l’insuffisance des fonds sur la barre de la rivière.
On avait songé, vers 1900, à créer au nord de la ville, en dehors de l’estuaire et dans la baie même de Tourane, un port en eau profonde, constitué par un quai accessible directement aux navires à fort tirant d’eau, et protégé par une jetée de 3 kilomètres qui aurait formé au nord un abri contre la houle du large. Ce projet fut même adopté par le Gouvernement général de l’Indochine, mais il ne reçut pas l’approbation ministérielle. Ce fut, d’ailleurs, en prévision de l’exécution de ce projet que la gare du chemin de fer fut construite à son emplacement actuel, à proximité du port projeté (voir AP0206).
Ce projet ayant été abandonné, on s’est borné, depuis, à améliorer les communications entre le mouillage de l’îlot de l’Observatoire et les quais de la ville, construits sur la rivière, par le dragage d’un chenal dans la barre. Le chenal fut dragué d’abord à une profondeur minimum de 3 m. 50 sous basse mer, portée à 4 m. 30 par des dragages exécutés en 1923. La tenue des fonds dans ce chenal est difficile et nécessite l’exécution de nouveaux dragages qui sont en cours.
Une voie ferrée dessert les quais sur toute leur longueur et les relie à la gare principale(voir AP1205)
Le dragage du chenal actuel ne peut constituer qu’une amélioration provisoire ; l’aménagement définitif d’un accès au port de Tourane nécessitera des dépenses élevées que le trafic de ce port ne paraît pas encore justifier.
La zone desservie par ce port est actuellement restreinte, car elle ne comprend que les régions  traversées par la voie ferrée qui va de Tourane à Dong Ha en passant par Hué. Le trafic actuel du port est donc forcément très limité.
Il est probable, toutefois, que la jonction de la ligne Tourane-Dong Ha au réseau des chemins de fer du Tonkin par achèvement de la ligne Vinh-Dong-Ha et la construction du premier tronçon de la ligne Tourane-Nhatrang, ainsi que l’achèvement de la route Dong Ha-Savannakhet, en étendant la zone desservie par le port, contribueront à augmenter son trafic. Il pourra alors être nécessaire d’envisager un aménagement plus important et définitif de la voie d’accès et des installations du port fluvial de Tourane.
En 1924, le mouvement du port a été à l’entrée de 3.927 navires, jaugeant 727.147 tonnes, et à la sortie 3.977 navires, jaugeant 721.142 tonnes, ce qui représente un tonnage total de 1.448.289 tonnes.
D’autre part, le tonnage des marchandises qui s’élevait à 66.770 tonnes en 1914, et était tombé à 43.657 en 1917, s’est relevé à 70.578 tonnes en 1920 et a atteint en l924, 112.320 tonneaux, dont 70.441 tonnes aux entrées et 41.879 tonneaux aux sorties « .
(Les Travaux Publics de l’Indochine – A. Pouyanne – IDEO 1924)
Le Siège de Hué (du 19 décembre 1946 au 5 février 1947) (AP1056)
 » le 6 avril 1946, le 2ème bataillon du 21ème RIC, aux ordres du capitaine Bruge arrive à Hué avec la mission de libérer 1800 civils français concentrés depuis le coup de force japonais du 9 mars 1945.
La situation politique est alors de plus en plus difficile et les rapports avec nos adversaires se dégradent progressivement pour aboutir à l’agression de l’ensemble de nos installations dans la nuit du 19 au 20 décembre 1946. La zone que nous défendons est un triangle de 1700 mètres de tour. Nous n’avons mis en place aucune défense accessoire visible.
Nos effectifs, réduits d’une centaine du fait des rapatriements normaux sont de 693 marsouins, dont 22 officiers du 2/21ème RIC et de 2 pelotons du 6ème Cuirassiers. Ces forces  sont réparties en 40 postes tenus par des garnisons de 5 à 115 défenseurs. Nous protégeons 526 civils français et 389 Vietnamiens.
Du coté adverse, on compte dans la ville et dans les environs 3500 réguliers, 5400 auxiliaires et 200 Siamois qui disposent de fusils, FM, mitrailleuses, de 4 canons de 75 mm. L’adversaire occupe toutes les maisons que nous ne tenons pas. Les positions des 2 parties sont donc étroitement imbriquées et séparées par la largeur d’une rue.
Dès le déclenchement de l’attaque, on se bat partout. Les obus de 75 et de 81 pleuvent. Nous devons évacuer le poste de l’Usine Electrique. Au terme d’une journée de combat, nous perdons 6 hommes dont le sous-lieutenant Munier, et 6 blessés. Le 29 décembre, un des petits postes d’An Cuu au sud sur la RC1 est incendié et évacué. Suite à nos opérations, mi-janvier, il n’y a plus d’adversaire installé dans le périmètre.
Le 25 janvier, le poste d’An Cuu, essentiel pour la protection de la zone de parachutage, est détruit.
Les nuits suivantes, des attaques sont menées contre nos postes. Les adversaires occupent et fortifient des maisons vides ; ils sont délogés le jour venu. Le 4 février au matin, la garnison est dégagée par des marsouins et des légionnaires venus de Tourane. Le siège aura duré 47 jours et surtout 47 nuits au cours desquels nous aurons reçu 474 obus de canon de 75 et 376 de mortier de 81.
Pendant ce siège, nous perdons 1 officier, 4 sous-officiers, 22 marsouins et 5 civils tués en combattant.
Ont été blessés 6 officiers, 25 sous-officiers et 120 marsouins dont 5 à deux reprises. L’ennemi a perdu 572 hommes, 4 FM et 111 fusils. La plupart des morts ont été tués sur le canal de Phu Cam que l’ennemi a appelé la « Rivière de sang ».
Le 2ème bataillon du 21ème RIC, a été fidèle à la devise du régiment : « Croche et tient ».
(Commandant Albert Marien, acteur essentiel du siège de Hué – Témoignage rédigé pour la NAAVH en 2002)
Administrateurs de l’Indochine (AP1077)
Il y avait à la tête de l’Indochine un Gouverneur Général. Il était représenté dans les divers pays constituant l’Indochine par :
–     un Lieutenant Gouverneur pour la Cochinchine qui était une colonie ;
–   des Résidents Supérieurs pour l’Annam, le Tonkin, le Laos, le Cambodge qui étaient des Territoires sous Protectorat.
–     A la tête des provinces, il y avait un Administrateur Chef de Province.
–     Dans les provinces importantes il y avait des Délégations avec à leur tête des Administrateurs des Services Civils de moindre classe.
–    Pour les villes importantes se trouvaient des Administrateurs qui prenaient le nom de Résidents (Résidents Maire – Résidents de France).
(Comité de Rédaction)
Scolarisation à Hué en 1942 (AP1081)
« …/…L’école Jeanne d’Arc, à cent cinquante mètres de là, était tenue par les soeurs de Saint-Vincent-de-Paul. Elles dirigeaient en plus un dispensaire. L’école primaire était mixte, le collège était réservé aux filles, pensionnaires pour la plupart. Les broussards pouvaient donc sans crainte y mettre leur fille en pension pour suivre les classes secondaires.
Pour les garçons français, il n’y avait que « la Providence » (voir AP0770), un collège catholique privé qui remplissait les mêmes fonctions, ainsi que l’école Pellerin (voir AP0045). Bien plus tard, le lycée Khai Dinh, un lycée qui n’était jusque là ouvert qu’aux Annamites, dès la deuxième guerre mondiale, ouvrit à partir de la sixième, des classes mixtes laïques. « Riquet » (Henri) Cosserat, qui enseignait aux Annamites les Sciences Naturelles dans ce lycée, vit son cours suivi par les Français, garçons et filles (voir AP1022 et 1023).
L’école Pratique Industrielle, le long de l’avenue Khai Dinh, comme la Providence, et non loin de celle-ci, enseignait un métier dans la mécanique, la forge, la menuiserie, à des pensionnaires et des externes. Il était dirigé par monsieur Aude, ingénieur de l’école d’Electricité de Grenoble puis par monsieur Abgrall, un « Gad’zart ». Monsieur Meuton, père de mon camarade de classe, Jean, y enseignait aussi.
En 1937, j’avais huit ans, je faisais mon trajet aller-retour par la rue Reinhard, derrière les lycées annamites des garçons, Khai Dinh, des filles, Dong Khanh, la prison, l’hôpital, une zone résidentielle jusqu’à Chaffanjon. Chaffanjon était venu s’installer en 1936 pour concurrencer Morin en alimentation et il le faisait très bien ; puis on arrivait à la poste et l’Ecole française était en face à l’angle de la place. Cela faisait en gros un kilomètre de chez moi. Cam, le coolie-pousse de la maison me transportait, puis, plus tard après moi, ma soeur, sur ce trajet avec un sérieux et une efficacité louables jamais en retard, jamais imprudent, jamais malade, jamais un seul problème, qu’il fasse beau, sous le vent, sous la pluie, toujours à l’heure, une conduite exemplaire. Je l’aimais beaucoup et me suis toujours bien conduit avec lui. Dieu sait s’il a été patient avec moi ! « 
(D’après Jacques Desmarets)
Drame à la piscine de Hué (AP1089)
« Le 16 juin 1937, un drame épouvantable et navrant frappait la famille du Résident Maire, monsieur Lavigne, qui était aussi le supérieur direct de mon père (Raoul Desmarets, voir AP1660 NDLR) puisque celui-ci avait en charge les Travaux Municipaux.
Ce jour là, la piscine était en cours de vidange. La présidente de la piscine était madame Lavigne justement et, comme d’habitude, elle surveillait cette manoeuvre ainsi que le nettoyage qui suivait. Le remplissage se faisait de nuit. Sa fille l’avait accompagnée et se baignait dans la piscine en cours de vidange, ce qui était formellement interdit. Elle était vidée à moitié et Lydie s’amusait à descendre le long de l’échelle verticale qui servait aux baigneurs pour sortir de l’eau. Elle avait remarqué que ses pieds, à proximité de la bouche de vidange, étaient chatouillés par le courant d’eau qui s’y engouffrait. Elle en avait fait, paraît-il, la remarque à sa mère, mais celle-ci, qui tricotait à l’ombre d’un arbre, non loin de là, n’y avait malheureusement pas prêté attention.
Lydie était âgée de sept ans et demi, je venais d’en avoir huit.
Ce qui était prévisible se produisit. Elle fut aspirée par les pieds et dans ce tuyau de vingt centimètres de diamètre, sous la très forte pression, ses jambes s’engouffrèrent jusqu’au bassin. Elle ne mit pas longtemps à mourir noyée. L’accident se produisit vers les dix heures du matin. Mon père était en tournée et rentrait à cette heure-là. Il fallut douze heures pour creuser derrière la piscine, à l’extérieur, faire sauter, par de petites charges d’explosif, les bétons des parois et mettre à nu le tuyau de vidange. Pendant ce temps des pompes vidangeaient l’eau qui restait et, douze heures après l’accident, on récupérait intact le corps de la malheureuse. La ville  prit le deuil dans la consternation générale ».
(Témoignage de Jacques Desmarets)
Décoration : Dragon d’Annam (Ordre du) (AP1093)
Créé le 14 mars 1886 par l’Empereur d’Annam Dong Khanh, cet Ordre, qui devint colonial à partir de 1896, avait été fondé pour récompenser les services civils et militaires. Il comporte cinq classes. La qualité des membres se distingue par les couleurs du ruban (vert à bords orange pour les civils, rouge à bords orange pour les militaires).
Cet Ordre fut attribué aux officiers (et sous-officiers pour le grade de chevalier) des troupes coloniales et de la marine ayant servi pendant une période de dix années dans les troupes d’Indochine. Il fut tout d’abord attribué par l’Empereur de l’Annam, puis conjointement avec le Président de la République française.
(Comité de Rédaction)
Général Nguyen Van Xuan (AP1094)
Le Général Nguyen Van Xuan fut le premier Vietnamien sorti de l’Ecole Polytechnique. Il a fait carrière dans l’armée française jusqu’au grade de Général.
 » Le 15 novembre 1946, il est désigné par le Conseil de Cochinchine comme président, à titre provisoire, de  l’éphémère République de Cochinchine mais est remplacé dans cette fonction à la fin du même mois par le docteur Le Van Hoach. Le 20 mai 1948, Bao Dai le nomme à la tête du gouvernement provisoire qu’il forme, avec l’appui de la France (voir AP0853)  A ce titre, il assiste à la rencontre de la baie d’Along, le 5 juin 1948″ (voir AP0850 à AP0852).
Retiré à Nice, je l’ai revu souvent et j’ai eu l’occasion de lui rendre des services de traduction. Il est décédé le 14 janvier 1989 dans sa 96ème année « .
(D’après Henri Cosserat)
L’Athos II des Messageries Maritimes (AP1117)
Il a été lancé en 1926 aux chantiers A.G.Weser à Brême au titre des réparations de guerre et pris en charge par les Messageries Maritimes. Il a été affecté sur la ligne de l’Extrême-Orient de 1927 à 1936, date à laquelle il est entré en chantier pour modification de ses moteurs et des  emménagements intérieurs. Sa coque fut alors peinte en blanc, ses cheminées restant noires.
Remis en service sur l’Extrême-Orient, il est resté sur cette ligne jusqu’en 1940 puis a été affecté au rapatriement des troupes de l’Armée d’Orient et de celles de Dakar. En 1943, il fut envoyé à New York pour être aménagé en transport de troupes avec cabines pour 300 officiers et couchettes pour 2100 hommes, mais, en utilisant les ponts, sa capacité totale était de 3056. Il fut également doté d’un armement. Après divers voyages pour le compte de l’United States Army Transport, il fut délivré à nouveau au gouvernement français en janvier 1946.
Il fut alors utilisé pour des transports de troupes sur l’Indochine et la Corée. C’est au cours de cette période qu’ont été prises les photos AP1116 et 1117. En 1956, il a participé à l’expédition de Suez avant d’être affecté aux transports sur l’Afrique du Nord. Entre mai 1957 et avril 1958, il a transporté 240.000 hommes. Il reçut les honneurs militaires à Marseille, lors de son dernier voyage, le 5 octobre 1958.
L’Athos II avait une longueur de 165 m, sur une largeur de 20,18 m. Il jaugeait en brut 15.278 tonneaux avec une capacité de 12.113m3. Dans sa version commerciale, il pouvait transporter 165 passagers de 1ère classe, 155 de seconde,  100 de troisième et 526 rationnaires.
(D’après « Historique de la flotte des Messageries Maritimes » du Commandant Lanfant. 1979)
Inventaire informatisé du fonds Albert Sallet (AP1119 – Première notule)
Dès 1996, à la suite de la découverte des documents collectés par A. Sallet médecin militaire en Indochine de 1903 à 1931, son petit-fils Jean Cousso a procédé à la réalisation d’un inventaire informatisé de l’ensemble du fonds. Ce travail a pu être réalisé grâce à l’aide de l’EFEO et de son directeur, Denis Lombard, qui avait placé les travaux de l’AAVH renaissante sous le haut patronage de son institution. C’est avec les conseils de Jean-Louis Tafarelli, conservateur de l’EFEO qu’a été réalisé cet inventaire sur le logiciel de l’UNESCO (ISIS). L’inventaire s’est arrêté à la notice 1600. Cet important travail fait en un temps très court doit cependant être repris pour être conforme aux normes documentaires actuelles. L’AAVH tient à la disposition des intéressés les deux tomes de cet inventaire, ainsi qu’un index alphabétique par thèmes.
La photographie ci-contre représente les 33 volumes du « Traité de médecine de Hai Thuong Lan Ong » faisant partie du fonds inventorié.
Voici, pour exemple, la notice d’inventaire du premier volume de cette encyclopédie médicale :
« Traité de médecine de Lan Ong (33 tomes) / Hai Thuong Lan Ong.
En idéogrammes vietnamiens. 24,8 cm/14 cm. 2 titres papier collé sur tranche. Coul. couv. marron foncé. Ce traité en 63 chapitres fut élaboré à la fin du XVIIIème siêcle sur planches gravées et réimprimé en 1885 d’après les originaux. M. Xuan Duc (Vietnamien de Saïgon NDLR) a traduit le titre de cet exemplaire « Lan Ong Y Tâp » et nous a donné des précisions complémentaires.
Extrait d’un discours de Pierre Huard sur A. Sallet : « On doit à Sallet une importante notice sur Hai Thuong Lan Ong (1725-1792) qui fit connaître à Paris la plus grande figure de la médecine vietnamienne. Le Huy Trac, qui prit plus tard le surnom littéraire de Lan Ong (vieillard dédaigneux des biens de ce monde) vécut à l’époque troublée où les Nguyen affrontaient les Trinh. D’abord officier, il tomba malade, fut sauvé par un médecin du nom de Tran et fut attiré par la profession médicale. Il se mit à l’étude des traités classiques chinois, pendant 10 ans et fonda ensuite chez lui une école privée où il enseignait la poésie, la philosophie et la médecine. En 1772, il publie les 66 volumes de son « Hai Thuong Y Tom Tam Linh » ou « Lan Ong Tam Linh » …/… Sans se laisser éblouir par la science chinoise, il en discerna les points faibles et construisit une médecine adaptée aux usages et médicaments locaux qui eut un immense et durable succès (…)
Mots clés : Hai Thuong Lan Ong ; Le Huy Trac ; Lan Ong ; Médecine traditionnelle ; Histoire ; Médecine sino-vietnamienne ; Médecine Chinoise.
N° Inventaire : 558 – NFM : 0954. »
L’essentiel du fonds Sallet comprend les documents suivants :
-La collection du Bulletin des Amis du Vieux Hué.
-Une bibliothèque d’environs 800 livres, cartes et tapuscrits (« manuscrits tapés à la machine ») datées de 1808 à 1945, relatifs à l’ancienne Indochine. Parmi ces documents, une partie des bulletins de la Société des Etudes Indochinoises, de l’EFEO, de l’Institut Géographique de l’Indochine ; des livres rares en caractères et en quoc ngu etc.
-Quelque 11.000 pages manuscrites en quôc-ngu, caractères sino-vietnamiens et français, résultats de notes personnelles et d’enquêtes effectuées par ou sous la direction d’Albert Sallet de 1919 à 1930.
-Un fonds d’imagerie constitué d’environ 700 dessins ou aquarelles (touchant à l’ethnographie) et de photographies.
-Une correspondance à caractère personnel et scientifique d’A. Sallet avec les savants et les personnalités de l’époque. Etc.
(Comité de Rédaction)
Le mythe de Tieu Dien (AP1119 – Deuxième notule)
« On raconte qu’autrefois, dans le Pays des Neuf Régions (Cuu Châu), s’agitait une quantité considérable de fantômes et de démons mauvais qui affligeaient de leur malice les habitants de la contrée. Alors, dans tout le royaume, on ne voyait que misère et calamité.
Les Diables qui agissaient contre la tranquillité des gens étaient des esprits des plus redoutables qui avaient affronté les plus grands génies envoyés contre eux.
Le Dieu gardien des pagodes (Hô Phap), lui-même, chargé par l’Empereur de Jade (Ngoc Hoang) de les combattre, avait dû reculer.
L’Etre Suprême (Thai Thuong) mit la Bodhisattva (Quan Am) au courant de la lutte engagée et des insuccès répétés, en même temps que du désordre qui régnait dans le Pays des Neuf Régions ; mais la Bodhisattva, habile, décida de la création d’un personnage spécial qui devait se nommer le Roi des Démons, Tieu Dien, et devait être appelé à la réorganisation du royaume troublé.
La Trinité Bouddhiste donna semblablement à l’Etre Suprême trois montagnes qu’ils placèrent sur sa tête. Les cinq génies des cinq points cardinaux lui attribuèrent cinq blocs qu’ils accolèrent sur sa face. Les sept bouddhas ornèrent sa mâchoire supérieure de sept dents. Chan Vo lui fit présent d’un drapeau, et l’Etre Suprême, de « talents spéciaux ». Le Génie du Tonnerre (Hoa On) lui mit des flammes dans la bouche.
Ainsi équipé, Tieu Dien se rendit sur le lieu de sa mission. Il y soumit le monde des fantômes et des démons. Alors l’Empereur de Jade lui demanda d’exercer une surveillance sur le peuple des âmes errantes. C’est de l’Empereur de Jade qu’il tient le titre de « Grand lettré à la bouche brillante, Roi des Démons (Tieu Dien Dai Sy Diem Khau Qui Vuong) ».
De nos jours, les sorciers lui rendent un culte ; dans chacune de leurs cérémonies, ils l’invoquent et lui demandent de leur fournir les âmes errantes, les Âm Hôn utiles. « 
Mythe recueilli par A. Sallet auprès d’un sorcier de Tourane (Da Nang) en 1927.
(Jean-Pierre Raynaud)
Collection des Cartes postales Dieulefils (AP1124)
Thierry Vincent a consacré une importante étude à  « Pierre Dieulefils, photographe-éditeur de cartes postales d’Indochine », avec un catalogue détaillé des quelque 5000 cartes publiées par lui.
Pierre Dieulefils est né en 1862 à Malestroit, petit village breton. Il arriva au Tonkin avec le corps expéditionnaire en 1885. Passionné de photographie, il prit de nombreux clichés pendant ses campagnes militaires, clichés qu’il utilisa par la suite dans ses cartes postales.
C’est ainsi qu’il publia une série de cartes postales prises au cours du siège de Ba Dinh (où s’illustra le commandant Joffre) avec la mention : « Cliché pris en 1886 par Dieulefils, sous-officier du Génie, colonne Dodds ». Les photos sont donc contemporaines de celles du docteur Hocquard.
A la fin de son engagement en 1888, il s’installa à Hanoï comme photographe professionnel, publia de nombreux albums et participa à plusieurs expositions. Il édita ses premières cartes postales à l’occasion de l’Exposition Internationale de Hanoï en 1902 et jusqu’à son retour en France en 1927, il mit sur le marché une quantité considérable de cartes (plus de 5000). Avant son départ, il revendit son magasin et son stock de clichés et son successeur continua à publier des cartes postales sous son nom jusqu’en 1935.
Dans cet ensemble abondant, Thierry Vincent a pu distinguer et dater trois séries principales d’émission :
     – la première série, parue de 1902 à 1905. Le verso des cartes est réservé exclusivement à l’adresse, la correspondance au verso n’ayant été autorisée par l’Union Postale Universelle qu’à partir de 1904.
     – la deuxième  série, parue de 1905 à 1914. Le verso des cartes est divisé en deux parties pour l’adresse et la correspondance. Cette série reprend de nombreux clichés qui avaient déjà été édités dans la première série.
     – la troisième série parue de 1915 à 1935 et donc éditée en grande partie par le successeur de Dieulefils mais toujours sous le nom de ce dernier. Elle reprend elle aussi certains clichés déjà utilisés dans la première et la seconde série. Le verso des cartes est divisé comme dans la deuxième série mais ces versos sont de couleur verte. Certaines de ces cartes ont été vendues aquarellées. A côté des séries principales, qui comportent chacune plus de 3000 numéros, des séries moins importantes ont été consacrées à des sujets particuliers (Chine, Yunnan, stations d’altitude…) avec leur numérotation spécifique. T. Vincent a désigné ces séries sous les lettres 2B, 2C, etc. (Comité de Rédaction)
Cartes postales de la série « Salgé » (AP1125)
Cette série de cartes postales reproduit des aquarelles qui ont été exécutées par le peintre Salgé au cours de son séjour en Indochine dans les premières décennies du XXème siècle. La danseuse de la vignette AP1157 est datée de 1905. Le portrait du Père Cadière de la vignette AP1380 est daté de 1913.
Ces cartes postales ont été éditées par la Maison Vuibert à Paris, sans doute vers 1920. La série comporte 24 cartes de format horizontal ou vertical, représentant tantôt des paysages ou monuments de l’Indochine, tantôt des personnages. Les cartes postales portent au verso un numéro d’ordre, le nom de l’éditeur et un titre en français, en vietnamien, italien et anglais.
(Comité de Rédaction)
Son Altesse Impériale Vinh Thuy, Prince Héritier (AP1133)
Le jeune prince est en grande tenue de cérémonie, sans doute celle qu’il portait  lors de son investiture au titre de prince héritier. S.M. Bao Dai a raconté Elle-même le déroulement de cette cérémonie :
 » Arriva un jour où les membres du Conseil de Ton Nhon et celui du Co Mat proposèrent à l’Empereur Khai Dinh d’élever son fils unique le prince Vinh Thuy à la dignité de prince héritier. Les reines mères furent consultées et l’Empereur rendit une ordonnance, le 10 mars 1922, investissant le jeune prince et lui octroyant le titre de « Dong Cung Hoang Thai Tu », « Prince héritier de la couronne résidant au Palais de l’Est », ou aussi Palais bleu, « Thanh Cung », de la couleur du printemps et de l’est, « Dong Cung ».
Un jour faste fut choisi pour fêter solennellement cette célébration et accomplir les cérémonies rituelles dans les temples des empereurs. La cérémonie du prince héritier fut ainsi fixée au 2e jour du 4e mois de la 7e année du règne de Khai Dinh, le 29 avril 1922. J’avais neuf ans. Deux jours avant cette date, les Ton Tuoc, « nobles appartenant à la famille royale », s’en allèrent annoncer l’événement aux empereurs défunts dans les temples Trieu Mieu, Hung Mieu et The Mieu. Le jour de la cérémonie, de grand matin, dès que le canon eut annoncé l’ouverture des portes du Palais, des mandarins de divers degrés  se présentèrent en costume d’apparat afin de garnir les terrasses situées devant la salle du trône, tandis que d’autres allaient chercher les objets destinés aux tables de la salle, un brevet établi sur feuilles d’or, des sceaux d’or solennellement confiés au prince et la proclamation royale. A huit heures du matin, l’Empereur fit son entrée, en chaise à porteurs, parmi un fastueux cortège rituel. Il était en grande tenue. On entendit sept coups de canon. Je me souviens aussi des tambours et des cloches. Aussitôt arriva le Résident supérieur de France, accompagné d’un mandarin du ministère des Rites et escorté par des cavaliers de la Cour. Après les allocutions, mon père se rassit sur le trône, tandis que les dignitaires de la cour venaient en rang se prosterner devant lui, en exécutant les cinq lays rituels. Puis vint mon tour. Après les cinq lays, je m’agenouillai devant le trône en me tenant sur le côté gauche, car personne ne doit se mettre face au souverain. Deux grands mandarins vinrent à leur tour s’agenouiller devant l’Empereur. Ils lurent, l’un le brevet, l’autre les sceaux d’or et me les remirent comme les insignes de ma dignité. A mon tour, je les remis à deux autres mandarins. Après cinq nouvelles prosternations devant mon père pour le remercier, je me retirai dans la salle d’attente. Le lendemain, en tenue Thanh Phuc (robe à larges manches de couleur orangée), je me rendis aux temples consacrés au culte des empereurs défunts, pour accomplir mes salutations de remerciements, puis au Palais des reines mères et enfin chez ma mère, la reine Huu Phi »
(D’après « Le dragon d’Annam, mémoires de S.M. Bao Dai », Plon 1980)
Pont Thanh Long ou « Pont de l’Attentat » – Le « Guet-Apens de Hué » (AP1143)
Ce nom se rattache aux souvenirs des événements de 1885.
Il désigne le pont en maçonnerie qui traverse le Canal impérial à son extrémité Est, sur la ligne du mur de la Citadelle, et, en même temps, mais d’une façon plus exacte, le pont en ciment qui franchit le même canal, à sa jonction avec le canal Est de la Citadelle, sur le prolongement de la rue de Dong Khanh. Le pont intérieur porte, d’après les documents annamites, le nom de Thanh Long et le pont extérieur, soit le même nom, soit celui de Ham Te.
Dans la nuit du 4 au 5 juillet 1885, les canons qui dominaient le pont intérieur furent braqués sur le pont extérieur, par où devaient passer tous les officiers du corps d’occupation. Diverses circonstances firent échouer ce « guet-apens ».
Le 23 juillet 1885 à une heure du matin, les canons de la citadelle de Hué ouvrent le feu et une trentaine de milliers d’Annamites attaquent les installations françaises. Le général Roussel de Courcy, nommé depuis peu commandant en chef avec des pouvoirs étendus, est à Hué avec un bataillon de zouaves et 150 chasseurs à pied. Le moment historique restera connu des Français sous le nom de « guet-apens de Hué ».
(Le Canal impérial. L. Cadière ; BAVH., 1915)
Sur le « Guet-apens de Hué », Le BAVH produit deux documents :
– Côté français, le témoignage d’un troupier nommé Antoine Poupard (BAVH 1939) :
 » Ce fut en un clin d’oeil un flot humain qui nous tomba dessus avec des cris de sauvages. L’attaque fut brusque et inattendue ; la surprise et le réveil terribles. On se battait pêle-mêle à la baïonnette, à coups de poings, à coups de crosse, bon Dieu ! Que cela fut vite fait et avec quelle ardeur ! A 4 heures du matin, sans commandement, les clairons sonnèrent à la charge ; tous d’un seul élan, officiers et soldats bondîmes dans une charge infernale …/… Furieux d’avoir passé une nuit presque dans l’inaction et d’avoir été attaqués d’une aussi lâche façon, nous marchâmes à l’ennemi, non au pas de charge, mais au pas gymnastique, clouant sur leurs pièces les artilleurs qui mouraient en ouvrant la bouche sans proférer un cri. »…/…
– Côté annamite, un poème que nous extrayons de l’article de E. Le Bris « Complainte annamite sur la prise de Hué par les Français » (BAVH 1942) :
 » Le 23 au matin, quand il fit vraiment jour, les pirates d’occident commencèrent à sortir de leurs abris.
Ils montèrent tout en haut des remparts d’où ils se mirent à tirer sur le Palais du Roi, sur les maisons des mandarins, sur les casernes, sur les troupes massées pour les combats.
Les balles allaient semer la mort jusque dans les quartiers et villages des faubourgs.
Le Ciel abandonnait visiblement les héros annamites, à qui il ne restait plus qu’à se sauver bien vite pour ne pas tomber sous les coups des traîtres.
Depuis l’aube jusqu’à l’heure Ti, les Français avaient tout balayé, et maintenant leur drapeau flottait sur le Cavalier du Roi.
A sa vue, les Annamites demeuraient étourdis de désespoir.
Comment ? La lutte avait duré quatre heures à peine, et déjà la Nation était perdue !
Des deux côtés de la rue menant au Nouveau Marché, les morts pêle-mêle, jonchaient le sol.
Les pauvres habitants, affolés, couraient sans savoir où se cacher.
Après avoir pris la Citadelle, les Européens pillèrent la ville « .
(Documents rassemblés par le Comité de Rédaction)
Hué – Les 9 Canons-Génies (AP01146)
Les Canons-Génies, de taille monumentale, sont rangés le long du mur de la Cité impériale, à droite de la Porte Ngo Mon. Ils étaient auparavant à l’abri sous un hangar situé à ce même endroit. Ce hangar fut démoli en 1917. A noter que la photographie date des premières années du siècle. Elle a donc dû être prise avant l’érection de ce hangar et ce sont peut-être les matériaux de construction, poutres et solives, que l’on voit au premier plan de la vignette.
Les Canons-Génies ont ensuite été logés dans deux hangars aux portes The Nhon et Quang Duc de part et d’autre du Cavalier du Roi.
 » Gia Long, quelque temps après sa victoire définitive sur les Tay Son, donna l’ordre de fondre tous les objets en cuivre qu’on avait pris aux ennemis, et de couler neuf grands canons.
Voici le passage des Annales de Gia Long qui les concerne :
 » En Qui Hoi deuxième année de la période Gia Long, au printemps, à la première lune, au jour At Hoi, 31 janvier 1803, on coula neuf gros canons en bronze.
Leur désignation fut tirée des quatre successions (des saisons) et des cinq éléments : le premier, le Printemps, du poids de dix-sept mille sept cents livres et plus ; le second, l’Eté, du poids de dix-sept mille deux cents livres et plus ; le troisième, l’Automne, du poids de dix-huit mille quatre cents livres et plus ; le quatrième, l’Hiver, du poids de dix-sept mille huit cents livres et plus ; le cinquième, le Bois, du poids de plus de dix-sept mille cent livres; le sixième, le Feu, du poids de plus de dix-sept mille deux cents livres ; le septième, la Terre, du poids de dix-sept mille huit cents livres et plus ; le huitième, le Métal, pesant plus de dix-sept mille six cents livres ; le neuvième, l’Eau, du poids de plus de dix-sept mille deux cents livres.
Dès que les ouvriers eurent terminé le travail, on grava une inscription pour perpétuer le souvenir du fait. « 
Les Canons-Génies se ressemblent tous. Seul leur poids diffère…/… Le nom de chaque canon est gravé à l’arrière, sur le bouton de la culasse : ce caractère est recouvert d’une couche de laque, ce qui le rend constamment brillant. Sur le dessus du canon, en caractères sigillaires, on peut lire une autre inscription. Puis, un peu plus bas, le titre de noblesse des Génies : « Suprême Commandant d’armée, dont la Majesté est égale à celle des Génies, à qui rien ne résiste, 15e année de Gia Long, jour et mois favorables de Binh Ti « …/…
Les Canons-Génies ne devaient jamais partir en guerre. Ils étaient les gardiens suprêmes du royaume et devaient rester à la Cour. Lorsque les troupes étaient victorieuses, les Canons-Génies recevaient de nombreuses offrandes. Lorsque la bataille était perdue, c’était d’autres canons qui recevaient un blâme et qui étaient rétrogradés. Car s’il n’y eut que neuf Canons sacrés Génies, il y eut également neuf autres canons, coulés sur le même modèle que les Canons-Génies, et qui avaient reçu des brevets, parfois honorables. Ces canons, de même taille que les Canons-Génies, étaient seuls responsables de la perte des batailles.
(E. Le Bris – Extrait d’un article consacré aux « Canons-Génies du Palais de Hué » dans le BAVH de l’année 1914)
La résidence supérieure à Hué (AP1147) – Voir photographie AP0821 planche 1
« Dès leur installation à Hué en 1874, les Français veulent affirmer leur autorité par la construction d’un hôtel de la Légation. Les plans en sont dressés par Alfred Foulhoux, du service des bâtiments civils à Saigon.
L’immeuble se calque sur le type des résidences provinciales de Cochinchine par ses galeries périphériques superposées et munies d’arcades que l’on obstrue par des stores. L’escalier de l’entrée, le balcon de l’étage et le fronton de l’avant-corps apportent la solennité indispensable à cette première empreinte de la présence coloniale au cœur de la capitale vietnamienne « 
(A. Le Brusq. « Vietnam, à travers l’architecture coloniale » 1999. p. 126)
 » Tant que le Représentant de la France fut logé à la Maison des Ambassadeurs, les bureaux se trouvaient dans un des bâtiments annexes de cet édifice ; lorsque la Légation eut été construite, chaque fonctionnaire avait son bureau dans ses appartements ; de 1883 à 1890, le pavillon de droite et les vérandas de la Légation furent affectés aux bureaux, et la construction des étages des pavillons, en 1891, donna plus d’espace pour l’installation de ces services qui prenaient une plus grande importance ; en 1891 et 1892, un bâtiment fut construit, en bordure de la route deTourane, et on y installa une partie des bureaux…/…
En 1897, on construisit, pour les bureaux, un bâtiment à la place de l’ancienne poste, c’est-à-dire un peu en avant des bureaux actuels, qui furent édifiés en1905. Les délégués aux Ministères furent logés d’abord dans une paillote, prés des bâtiments actuels du Co Mat qui furent construits en 1900. Aspect des alentours de la Légation, bien restreints, vers 1890. »
(Les alentours de la Résidence Supérieure – H. Le Marchant de Tricon – Extrait du BAVH, 1918, pp. 15-19).
 
Les ponts couverts en Indochine (AP1154)
Les ponts traditionnels au Tonkin et en Annam ont été étudiés par L. Bezacier, alors conservateur des monuments historiques au Tonkin, qui leur a consacré un chapitre dans son livre sur « l’art du Viêt Nam ».
Le pont de Thanh Thuy, près de Hué, a donné lieu à plusieurs monographies dans le bulletin des Amis du Vieux Hué :
Le pont de Thanh Thuy fut construit selon les règles d’architecture dites : Thuong Gia ; Ha Kieu « en haut, une maison ; en bas, un pont » (une maison sur un pont).
Ce pont se compose de trois travées ou compartiments. Celui du milieu est surélevé par rapport aux deux autres qui descendent, en pente douce, vers les deux rives du fleuve. Le pont repose sur dix-huit magnifiques colonnes en lim disposées sur trois rangs, enfoncées dans le lit du cours d’eau. Un toit couvert en tuiles demi-cylindriques le recouvre. Sur l’un des côtés de la travée centrale, face à l’Est, est une petite chapelle dédiée au culte de Tran Thi Dao.
Sur les deux côtés des deux travées inclinées vers les rives sont disposées des banquettes sur lesquelles on jouit d’un vent frais vraiment agréable, même par les plus fortes chaleurs de l’été. La largeur du plancher (4m 70) et la hauteur du toit sont telles qu’on pourrait traverser le pont en automobile, capote levée. L’ouvrage a une longueur de 17 mètres…/…
Sur ce pont, le populaire a composé bien des chansons et des marivaudages. Il en est de gais ; il en est de tristes. Une cantilène dit :
 » En traversant le pont en tuiles, j’exhale mes chagrins.
 » Mon coeur est lourd d’autant de peines, que le pont compte de colonnes qui le supportent « .
Un autre chante :
 » Quand vous irez, Mademoiselle, sous le pont en tuiles, veuillez me permettre de vous accompagner. J’en serai tout joyeux « .
La toiture fut enlevée par le typhon du 11 septembre 1904. Elle fut restaurée grâce aux cotisations des habitants de Thanh Thuy…/…Le pont est connu du populaire sous le nom de : Cau Thuong Gia,  » pont portant une maison « 
(BAVH 1933/IV : Le pont couvert en tuiles….. par H. Lebreton)
A propos des ponts couverts, L. Bezacier écrit :
« Les ponts qui sont désignés comme « ponts de tuiles » sont en réalité des ponts de bois recouverts par un toit de tuiles. Ils se composent de deux parties nettement distinctes : le pont proprement dit et la maison qui le surmonte. La structure du pont, identique à celle des ponts de pierre, comporte un plus ou moins grand nombre de palées, elles-mêmes composées d’un nombre variable de poteaux s’enfonçant dans le lit de la rivière. Celui de Phat Diem ne comprend que trois poteaux par palée tandis que celui de Khuc Toai, près de Bac Ninh, en comprenait jusqu’à six. Les poutres transversales des palées sont surmontées de longerons longitudinaux sur lesquelles repose le plancher.
C’est sur cette infrastructure qui forme le pont proprement dit qu’est construite la « maison ». Celle-ci est composée de trois entrecolonnements, une nef et deux travées latérales. La nef est réservée au passage, tandis que dans les deux travées latérales sont aménagées des banquettes où l’on peut se reposer et qui sont souvent occupées par des marchands ambulants. La charpente, à arbalétriers, ne se différencie guère de celle des galeries de pagodes. La toiture peut être simple, comme au pont de Phu Khe, dans la province de Ha Nam, ou à double étage, comme au pont de Khuc Toai.
Au centre de la travée centrale du pont, généralement plus longue que les travées extrêmes, est souvent aménagé un autel dédié aux génies du pont et de la rivière, parfois au donateur du pont.
Il y a peu de différence entre les ponts couverts du Tonkin et ceux de l’Annam, dont les plus connus sont ceux de Thanh Thuy et le Pont japonais de Fai Fo. »
La « pagode du maître » à Sai Son, près de Son Tay, comporte également deux beaux ponts couverts (voir AP3793).
(Comité de Rédaction)
Hué – Le Palais Thai Hoa (AP1157)
La salle du trône est située à l’intérieur du Palais Thai Hoa, « de la Suprême Harmonie ». On n’aperçoit pas le trône lui-même, caché par un des piliers de la salle. Une vue de ce trône est donnée par AP0588 et AP1165.
La salle est une pièce immense dont le plafond finement ouvragé repose sur des colonnes énormes de bois laqué rouge et or du plus bel effet. Dans un silence impressionnant on aperçoit, seul au milieu de cette vaste pièce, le Trône scintillant de dorures.
Le palais Thai Hoa de « l’Immense Paix », ou de la « Suprême Harmonie », est le palais des grandes audiences, le premier que l’on trouve lorsqu’on a franchi la porte Ngo Mon ; il fut commencé par Gia Long le 21 février 1805, et achevé en octobre de la même année ; c’est dans ce palais que, le 28 octobre 1806, Gia Long se décerna le titre d’Empereur ; il fut réparé une première fois, sous Gia Long, en 1819 ; mais, jusqu’à ce moment, il ne s’élevait pas à l’endroit où il est actuellement ; Gia Long l’avait construit à l’emplacement où se situe de nos jours la Porte Dorée, de sorte qu’il occupait juste le milieu de la façade Sud de la 3ème enceinte du Palais ou « Cité pourpre interdite ».
Minh Mang, en 1833, fit porter le palais Thai Hoa un peu plus au Sud, à l’endroit où il est aujourd’hui, mais sans en changer les dimensions ; en 1839, il fit laquer en rouge la charpente de l’édifice.
Devant le palais Thai Hoa s’étend une vaste esplanade que l’on désigne sous le nom d’esplanade (voir AP2536) des « grands saluts ou des prosternations » (Dai Trieu Nghi), parce que c’est là que les mandarins font leurs « lay », les cinq prosternations rituelles, pour rendre hommage au souverain. On y remarque à l’entrée, à gauche et à droite, sous vitrine, les chimères dorées ( Ki Lan), censeurs du protocole, et sur les larges gradins, les neuf stèles de pierre qui indiquent la place des fonctionnaires des neuf grades de mandarinat. Les mandarins des rangs les plus élevés se placent sur la terrasse la plus haute. Les Fonctionnaires civils à gauche par rapport au Trône et les militaires à droite, en grande tenue de soie multicolore avec bonnets, ceintures, bottes et ailes, s’y prosternent front à terre sous le commandement d’un maître de cérémonie (voir AP1584), devant l’Empereur qui trône, tel une idole, dans le Palais Thai Hoa ouvert à larges portes.
(Comité de Rédaction)
Collection de cartes postales de Thanh Ba à Hué (AP1159)
Thanh Ba, qui possédait un atelier de photographie à Hué fut, avec Morin frères, l’un des principaux éditeurs de cartes postales en Annam, dans les décennies qui précédèrent la deuxième guerre mondiale.
Tirées en bleu ou en bistre, suivant la mode de l’époque, les cartes postales éditées par Thanh Ba représentent les sites et les monuments principaux de la ville de Hué (voir AP0025) et de ses environs, et en particulier des tombeaux royaux. Une autre série est consacrée à la ville de Tourane, avec de nombreuses vues du Musée des sculptures cham.
Thanh Ba publia également des cartes postales consacrées aux événements et aux cérémonies qui se déroulèrent à Hué pendant cette période : Fêtes du Nam Giao (voir AP2875) ; Quarantenaire de S.M. Khai Dinh (voir AP2903) ; Funérailles de S.M. Khai Dinh  et intronisation de S.M. Bao Dai (voir AP2828).
Les photos utilisées par Thanh Ba pour ses cartes postales illustrant ces événements avaient été prises par Dang Chau, photographe rue Dong Ba à Hué, qui les publia de son côté sous forme d’albums.
(Comité de Rédaction)
Hué – Le Pavillon des Edits (AP1164)
Le Phu Van Lau ou Pavillon des Edits se trouve en bordure du fleuve devant le Cavalier du Roi, sur la route de berge qui conduit à la Pagode Thien Mu, route dite « de Confucius » (voir également AP1114).
Il fut édifié par Gia Long, en 1819. Minh Mang, en 1839, fixa les règlements relatifs à la proclamation des ordonnances royales ; après avoir été lues solennellement au Ngo Mon ou au palais Thai Hoa, elles devaient être portées, dans un baldaquin escorté de troupes, au Pavillon des Edits, pour y être affichées, et les mandarins du Thua Thien, suivis de notables âgés, devaient se prosterner devant l’expression de la volonté royale ; en 1821, les noms des lauréats du concours général, qui venait d’être institué, y furent affichés ; en 1829, Minh Mang assista, en barque, à un combat de tigres et d’éléphants qui eut lieu devant le Pavillon des Edits ; en 1831, c’est devant le Pavillon des Edits qu’eurent lieu des divertissements, à l’occasion du quarantenaire de l’empereur ; en 1840, Minh Mang passe, au même endroit, la revue de ses troupes, et c’est là aussi qu’on célèbre une partie des fêtes données à l’occasion de son cinquantenaire ; en 1843, Thieu Tri fit ériger, à droite du pavillon, une stèle où il célèbre le Fleuve des Parfums ; en 1847, Thieu Tri convia, devant le Pavillon des Edits, à l’occasion de son quarantenaire, 773 vieillards, qui avaient, ensemble, 59.017 ans ; en 1878, réjouissances, devant le pavillon, à l’occasion du cinquantenaire de Tu Duc ; le typhon du 11 novembre 1904 démolit en partie le Pavillon des Edits, mais il fut reconstruit conformément aux anciens plans.
Au sujet du Pavillon des Edits (H. Cosserat. BAVH, 1920, p. 458), Dutreuil de Rhins (Le Royaume d’Annam et les Annamites, p. 94), dit qu’il vit deux et non pas un seul Pavillon des Édits, en 1876 ; il n’y en a qu’un actuellement et l’histoire n’en mentionne qu’un ; Dutreuil de Rhins aurait-il mal vu ?
(Extrait de l’Index N°1 du BAVH)
Cartes postales de la collection Guérin (AP1172)
Alphonse Guérin (voir AP0273) fut commerçant à Hué au début du 20ème siècle. Il fut propriétaire pendant quelques années du Grand Hôtel de Hué qui avait été fondé en 1901 par L. Bogaert et le revendit en 1906 à Wladimir Morin.
Guérin édita des cartes postales dans la première décennie du siècle, probablement pendant la période où il était propriétaire de l’hôtel (entre 1901 et 1906). En effet, la correspondance au verso des cartes était alors  interdite et l’a été officiellement jusqu’en 1904. Or, toutes les cartes éditées par Guérin ne comportaient au verso que l’inscription :                               « CARTE POSTALE
Ce côté est exclusivement réservé à l’adresse
M……………………………………………. »
Avec un cadre pour le timbre en haut et à droite, sans place pour la correspondance.
Au recto, de larges marges blanches, verticales et horizontales, sont réservées tout autour de l’illustration, avec une marge plus importante du côté droit. (c’est souvent dans cette marge que l’expéditeur écrivait quelques mots). Dans la marge horizontale supérieure est imprimé le numéro de la série ; dans la marge horizontale inférieure, le numéro et l’intitulé de la carte ainsi que la mention « A. Guérin, édit. Hué (Annam) » avec un petit monogramme dans un cercle portant l’inscription « Bordeaux » et une ancre de marine encadrée de deux lettres C.
Dans la marge verticale de droite de plusieurs séries, une inscription imprimée (ou écrite à l’encre de Chine ?) en caractères chinois indique le sujet. A quelques rares exceptions près, toutes les cartes sont au format horizontal.
La collection comporte 9 séries de 12 cartes chacune, soit un total de 108 cartes. Les séries ne portent pas sur un thème donné et le même sujet peut se retrouver dans plusieurs séries.
Sur une carte oblitérée « Hué Annam 20 nov. 03  » nous avons relevé la mention manuscrite suivante, portée par l’expéditeur : « Impossible trouver numéros demandés. Il n’existe que la collection complète qui ne peut être dépareillée », ce qui semble indiquer que ces cartes ne se vendaient pas séparément, mais par série complète.
(Comité de Rédaction)
Traité de Hué (25 août 1883) (AP1181)
« …/…Le lendemain de son arrivée à la Légation de Hué, M. Harmand envoya un long ultimatum au Roi et à tous les membres des Ministères. Il énumère d’abord quelques-uns des nombreux griefs de la France à l’adresse du Gouvernement annamite : fomentation continuelle de troubles en Cochinchine ; refus de délimiter la frontière commune ; fermeture du Fleuve Rouge ; appel et entretien des Pavillons Noirs au Tonkin ; insultes à plusieurs consuls et nationaux français ; intrigues auprès du Gouvernement du Siam et surtout auprès de celui de la Chine au préjudice de la France… , etc.
Vous avez, continue-t-il, deux partis à prendre, celui de la guerre ou celui de la paix. La guerre vous ruinerait complètement…. La paix, nous vous l’offrons généreusement aux conditions dont voici les principales. Nous ne voulons pas conquérir votre pays ; mais vous devez accepter notre protectorat. C’est pour votre peuple une garantie de tranquillité, de paix et de richesse ; c’est aussi la seule chance de vie qui reste à votre Gouvernement et à sa noble Cour.
Voici nos principales conditions :
Cession du Binh Thuan à la Cochinchine en paiement de vos anciennes dettes ; faculté pour nous d’installer des résidents dans les chefs-lieux des provinces tonkinoises, partout où c’est nécessaire ; contrôle de la France sur le revenu des Douanes et la rentrée des impôts « .  Suit le canevas d’un traité en 27 articles.
  1. Harmand donna 24 heures au Gouvernement annamite pour se décider, soit à le rejeter, soit à l’accepter en bloc et sans discussion. Dans la journée du 24 août il y eut quelques pourparlers et explications, et le 25 août 1883 le traité fut signé, d’un côté par M. Harmand au nom de la France, et de l’autre par les deux plénipotentiaires de la Cour d’Annam : Tran Dinh Thuc, Grand Censeur, et Nguyen Trong Hiep, Ministre de l’Intérieur et des Relations Etrangères. En dehors des conditions citées plus haut, la France se réservait l’occupation des forts de Thuan An. Elle exigea le rappel des troupes annamites du Tonkin et l’ouverture de trois ports internationaux : Qui Nhon Tourane et Xuan Dai. Les deux pays devront contribuer à l’entretien de la grande route de Saïgon à Hanoï, et une ligne télégraphique en longera tout le trajet. Le Résident de Hué aura droit d’audience privée et personnelle auprès de S. M. le Roi d’Annam. Tous les autres résidents seront protégés par une garnison française ou indigène suffisante, et seront chargés de la justice entre les Européens de toute nationalité ; ils auront aussi la surveillance sur la perception et l’emploi des impôts. – L’administration des Douanes au Tonkin sera entièrement française. Tout sujet ou protégé français a droit de circuler, de s’établir et de posséder dans toute l’étendue du royaume. La France peut créer des postes militaires le long du Fleuve Rouge, et élever des fortifications permanentes partout où elle le jugera utile. Par contre, la France garantit l’intégrité des états protégés, et les défendra tant contre les agressions du dehors, que contre les révolutions du dedans. Elle se charge à elle seule de chasser les Pavillons Noirs et d’assurer la sécurité du Fleuve Rouge.
L’exécution loyale et consciencieuse de ce traité aurait été une garantie de tranquillité, de paix et de richesse pour les deux contractants ; mais d’un côté la France ne sut pas montrer assez d’énergie, de ténacité et d’esprit de suite, pour en exiger l’exécution rigoureuse ; d’un autre côté la Chine, jalouse et dépitée des avantages obtenus par la France, s’efforça de retarder et de compliquer la pacification du Tonkin ; enfin, la plupart des mandarins les plus influents, s’appuyant sur le puissant parti des Lettrés, regardaient ce traité comme non avenu, et cherchaient à l’éluder et même à l’annuler « per fas et nefas » (« par le juste et l’injuste », c’est-à-dire par tous les moyens possibles), au risque même de ruiner complètement leur patrie. Nguyen Van Thuong s’était récusé de signer ce traité, comme l’avait insinué à plusieurs reprises M. Harmand, afin de pouvoir en rejeter l’odieux sur Nguyen Trong Hiep qui fut plus tard dégradé de ce chef et même condamné à mort. « 
(Extrait du BAVH 1941/3 par A. Delvaux des M.E.P.)
La collection de cartes postales Pélissier (AP1183)
  1. Pélissier fut éditeur de cartes postales à Tourane dans la première décennie du 20ème siècle. Sa production commença avant 1904 (le verso de la carte n’est pas divisé) et se termina vraisemblablement avant la première guerre mondiale. On possède peu de renseignements sur cet éditeur qui exerça le métier de coiffeur à Tourane. On distingue 6 séries de cartes postales dans cette collection :
     -1ère série :  légende en noir, non numérotées, sur Tourane et ses environs.
     -2ème série : légende en rouge, non numérotées, sur Tourane et ses environs.
     -3ème série : légende en rouge, non numérotées, sur Tourane et ses environs.
     -4ème série : légende en rouge, numérotées de 1 à 60 sur Tourane et ses environs.
     -5ème série : légende en rouge, numérotées de 1 à 28, sur Hué et ses environs.
     -6ème série : légende en rouge, typographie différente de celles des cartes de la 5ème série, numérotées, sur Hué, Tourane et leurs environs.
Les deux premières séries sont antérieures à 1904, le verso n’est pas divisé et réservé exclusivement à l’adresse du destinataire. Les autres séries sont postérieures à 1904, mais sans doute antérieures à 1914. Le verso est divisé avec une partie pour l’adresse et un autre pour la correspondance. La 6ème série comporte, au verso, une mention en caractères chinois.
(Comité de Rédaction)
Les noms des villages annamites (AP1192)
 » Il y a les noms officiels et les noms vulgaires.
Les villages comme les provinces et les villes portent des noms choisis ordinairement avec soin et représentés par des caractères favorables et nobles, jamais de mauvais augure.
Ce sont les noms officiels sous lesquels ils sont inscrits dans le rôle du Gouvernement, par exemple : Van Xuan, Thuan An, Mau Tai, dans la province de Hué.
Il faut avouer toutefois que la plupart de ces noms ne répondent pas toujours à la réalité, ils sont plutôt fantaisistes et poétiques, et malgré leur poésie, vu la situation du village, ils semblent parfois ironiques, bien qu’il n’en fut rien à l’origine.
Les villages qui ont le même radical, ont fait la création d’un même groupement, ainsi :
Phuoc Mon : la  porte du bonheur ;
Phuoc Sa : le sable du bonheur ;
Phuoc Son : la montagne du bonheur ;
Phuoc Tuyen  : la source du bonheur ;
Phuoc Xuyen  : le fleuve du bonheur ;
qui ont pour fondateur son Excellence feu Nguyen Huu Bai, ancien Ministre de l’Intérieur auprès de la Cour d’Annam.
Les villages qui portent le même nom et ne se distinguent entre eux que par les points cardinaux ou d’après leur situation géographique, faisaient jadis partie d’un seul et même village dont ils ont été détachés en obtenant leur autonomie, par exemple : Bac Vong Dong, et Bac Vong Tay, dans la province de Hué. Phuong Ha, Phuong Thuong et Phuong Trung, dans la sous-préfecture de Bo Trach au Quang Binh. L’emplacement même où les villages sont construits a donné son nom à plusieurs dans n’importe quelle province, exemple : au Thua Thien, Co Thap, la vieille tour, est ainsi dénommée parce qu’il est établi sur l’emplacement d’une vieille tour cham.
Il y a, non loin de Hué, dans la sous-préfecture de Quang Dien, sur les bords du Bo Giang, un groupement de villages dont les noms indiquent clairement qu’ils sont une émanation d’un ancien peuplement et d’une particularité géographique, vestige du passé, qu’il convient de signaler……/… »
(Extrait du BAVH 1942/1- Les Noms annamites par A. Chapuis)
Hindouisation de l’Asie du Sud-Est (AP1213)
La venue des Hindous en Indochine et dans les îles ne saurait être comparée à celle des Européens en Amérique, car ils n’étaient pas dans ces parages des inconnus découvrant des terres nouvelles. A une certaine époque qu’il faut essayer de dater, à la suite de circonstances qu’on peut tenter de déterminer, un afflux de commerçants et d’émigrants, jusqu’alors isolés, a eu pour résultat la fondation de royaumes hindous pratiquant les arts, les coutumes et les religions de l’Inde et faisant usage du sanskrit comme langue sacrée.
…/… Les Hindous n’avaient pas trouvé devant eux des «sauvages» sans aucune espèce de culture, mais au contraire des gens doués d’une certaine civilisation, qui n’était pas sans traits communs avec celle de l’Inde pré-aryenne. La rapidité et la facilité avec lesquelles les Hindous aryanisés propagèrent la leur s’expliquent sans doute en partie par le fait que, dans les moeurs et les croyances de ces immigrants, les autochtones retrouvaient sous un vernis hindou un fonds commun à toute l’Asie des moussons.
Il ne s’agissait donc ni d’un contact entre inconnus, ni même d’un premier contact. Si l’hindouisation de l’Inde extérieure apparaît, aux environs du début de l’ère chrétienne, comme un fait nouveau, c’est que les Hindous qui n’en étaient pas à leur premier voyage, mais arrivaient en plus grand nombre, étaient accompagnés pour la première fois par des éléments cultivés capables de répandre les religions et les arts de l’Inde avec la langue sanskrite. L’hindouisation de l’Inde extérieure est la continuation, au-delà des mers, de cette « brahmanisation » ayant son foyer primitif dans l’Inde du Nord-Ouest et qui « commencée bien avant le Bouddha se continue de nos jours au Bengale comme dans le Sud ». Et, en fait, les plus anciennes inscriptions sanskrites de l’Inde extérieure ne sont pas de beaucoup postérieures aux premières inscriptions sanskrites de l’Inde propre.
L’hindouisation doit donc s’entendre essentiellement comme l’expansion d’une culture organisée, fondée sur la conception hindoue de la royauté, caractérisée par les cultes hindouistes ou bouddhiques, la mythologie des Puranas, l’observance des harmaçastras, et ayant pour moyen d’expression la langue sanskrite. C’est pourquoi au lieu d’ »hindouisation », on parle parfois de « sanskritisation ».
Cette civilisation indienne de l’Asie du Sud-Est qu’on appelle suivant les pays « indo-khmère, indo-javanaise, etc. » est naturellement celle que l’on peut connaître par les documents épigraphiques et archéologiques. C’est celle d’une élite et non celle de l’ensemble de la population dont les croyances, le mode de vie sont encore très insuffisamment connus. Tant qu’on n’en saura pas davantage, il sera vain d’essayer d’arbitrer le conflit opposant ceux pour qui les sociétés indigènes ont conservé sous un vernis indien l’essentiel de leurs caractères originels, à ceux pour qui elles se sont intégrées dans une société de type indien.
(George Coedès – Les Etats hindouisés d’Indochine et d’Indonésie, De Boccard, Paris 1964)
Pagodes et cérémonies (AP1223)
En simplifiant on peut dire que les croyances des Annamites sont au fond animistes : le monde est rempli de génies (c’est « l’esprit » de tout corps qui se trouvait sur terre) puissants, de fantômes (les Ma Qui), de démons redoutables (ils représentent la volonté des phénomènes cosmiques). Il ne faut pas mécontenter les derniers, et, parallèlement, il faut rendre favorables les premiers. D’où des quantités de temples où l’on peut faire des offrandes pour en apaiser certains et adresser des prières à d’autres pour s’attirer leurs bonnes grâces. Cela explique le recours constant à des devins qui consultent les sorts, à des astrologues qui fixent dates et lieux pour tous les événements de la vie, voire à des sorciers quand un peu de magie semble nécessaire. D’où aussi le « culte des ancêtres » car ce sont pour chacun les plus proches des génies à honorer : un petit autel existe dans chaque foyer pour y déposer des offrandes et faire des lay (=profondes salutations). L’influence de la culture chinoise (confucianisme, taoïsme, bouddhisme) a donné à ces pratiques un aspect plus intellectuel, plus spéculatif ; mais le fond reste le même.
Au sommet, le Souverain est chargé de procéder aux rites voulus vis-à-vis du Ciel pour s’en concilier les bonnes grâces pour le plus grand profit de la collectivité. C’est l’objet du rite le plus important : le « Sacrifice du Nam Giao » (voir AP2945), fait tous les 3 ans par le souverain dans sa capitale, après un isolement et un jeûne de 24 heures. Ce faisant, le mandat du Ciel lui est renouvelé et le Souverain est bien le Fils du Ciel, l’Être Suprême sacré assurant l’équilibre de la vie du Pays sous tous ses aspects. Si cet équilibre ne paraît plus exister, c’est que le Ciel semble retirer son mandat et que les temps sont probablement venus de penser à un changement de souverain, voire de dynastie. La méthode choisie importe peu. Mais le temps nécessaire pour un changement qui plaise au Ciel est quelquefois long, faute d’un savoir-faire correct. Pour remplir les devoirs rituels il faut des lieux de cérémonies. Les Européens les appellent du nom passe-partout de pagodes. Mais les Annamites leur donnent 8 noms différents selon l’usage auquel ils sont destinés : le Dinh (temple réservé au culte du Génie tutélaire du village) ; le Nghe (terre-plein avec autel rustique) ; le Dên ; le Miêu (réservé à des Génies célèbres autres que le Génie du village) ; la Chua (« pagode » bouddhiste – voir AP0782) ; etc.
Et il faut fixer des dates pour accomplir dignement les rites.
(Comité de Rédaction)
Routes coloniales autres que la R.C.1. (AP1225)
 » Outre la grande artère longitudinale que constitue la route coloniale n°1 (baptisée Route Mandarine), le réseau des routes coloniales comprend 18 autres routes dont la longueur cumulée atteint 6.600 km, sur lesquels 2.910 km étaient empierrés au 1er janvier 1925 et 1.620 km terrassés et praticables aux automobiles la plus grande partie de I’année. Les principales sont :
     – au Tonkin, la route n° 5 entre Hanoï et Haiphong, extrêmement fréquentée et les routes n° 2 (voir AP2146 et 4949), 3 et 6 d’intérêt à la fois administratif, stratégique et économique qui relient la capitale à la haute région (Ha Giang, Cao Bang, Haut Laos)
     – au Tonkin et au Laos, la route n° 4 (voir AP1279 et 2102), route de ceinture frontière qui part de Mon Cay, suit la frontière de Chine et pénètre au Laos pour aboutir à Vientiane.
     – en Annam et au Laos, les routes n° 7, 8 et 9 constituent des voies de pénétration qui relient la côte d’Annam à la vallée du Mékong.
     – les routes n°11 et 12, dans le Sud-Annam qui permettent de tourner la coupure existant encore sur la route coloniale n°1 et donnent accès au sanatorium de Dalat
     – en Cochinchine, les routes n° 15 et 16 de Saïgon au Cap Saint-Jacques et de Saïgon à Ca Mau et la route n° 13 qui pénètre au Cambodge et relie Saïgon à Kratié sur le Mékong.
     – au Cambodge, la route n° 17 de Phnom Penh à Kampot et Ha Tien reliant à la mer la capitale cambodgienne et la route n°1 bis qui contourne, par le Nord, la région du grand lac et conduit aux merveilleuses ruines d’Angkor.
Enfin, il convient de signaler particulièrement la route n°14 de Saïgon à Hué par l’intérieur du pays. Cette route, exécutée seulement sur deux tronçons : l’un à son origine en Cochinchine, l’autre, en son milieu, de Ban Mé Thuot à Kontum, constituera après son achèvement une des plus importantes voies de pénétration du pays moï. Des reconnaissances par avion ont été récemment effectuées pour déterminer le choix d’un tracé satisfaisant de la route 14 entre Kontum et Fai Fo, dans une région où les Européens ne peuvent encore pénétrer qu’avec de très grandes difficultés.
L’intérêt qui s’attache à la mise en valeur des terres rouges de la région moï nécessitera  le classement de quatre routes coloniales nouvelles, venant s’ajouter au réseau des routes coloniales déjà classées.
Ces quatre routes coloniales à classer constitueront la partie principale du réseau routier à établir dans cette région, ainsi qu’il a été dit précédemment. Ce sera la route coloniale 19 de Qui Nhon à Pleiku et Budop, avec embranchement  (N°19 bis) vers Kontum « .
  • Pouyanne – Les Travaux Publics de l’Indochine – IDEO – 1926)
La collection des Cartes postales Moreau (AP1229)
R.Moreau, photographe et éditeur de cartes postales, a publié plusieurs milliers de cartes postales dans les toutes dernières années du 19ème siècle et les premières du 20ème (avant 1904, date à laquelle la correspondance au verso de la carte fut autorisée).
Certaines séries de cartes de cet éditeur constituent de véritables reportages sur les événements de cette période, comme :
– l’inauguration du monument Jules Ferry à Haiphong (voir AP1272).
– le concours triennal des Lettrés à Nam Dinh (voir AP1281).
– l’exposition internationale de Hanoï.
De nombreuses photos du fonds Gueylard concernant l’Indochine (voir AP 3574) sont l’œuvre de R. Moreau qui les a utilisées ultérieurement pour illustrer ses cartes postales. Elles constituent donc un précieux témoignage sur l’aspect des villes du Tonkin et de leurs monuments à la fin du 19ème siècle ainsi que sur la vie des habitants.
(Comité de Rédaction)
Chrétienté de la province de Quang Tri (AP1235)
« La province de Quang Tri a été une des premières provinces évangélisées en Annam.
C’est dans le courant du XVIIème siècle, et très probablement du temps du P. de Rhodes que le christianisme s’implanta dans la région de Cua Tung.
Le petit séminaire ou collège d’An Ninh, qui se trouve en bordure de la route de Cua Tung, fut fondé en 1784, par Mgr Longer, et Mgr Labartette, plus tard évêque de la Cochinchine, y célébra la messe pour la première fois le 28 juin de cette année là.
Les bâtiments actuels, tous en briques et tuiles, sont l’œuvre du RP. Girard, supérieur du collège depuis plus de quarante ans.
Il va sans dire que l’établissement, dans cette existence d’un siècle et demi, a passé par diverses péripéties.
En 1886, lors des troubles qui suivirent, dans les provinces, la prise de Hué, les chrétiens de la région se réfugièrent dans le collège, au nombre de quatre mille environ, dont huit cents hommes en état de porter les armes. Ils avaient à leur tête trois missionnaires européens et cinq prêtres indigènes. Ils y furent assiégés, du 9 septembre au 2 octobre par les lettrés de la province auxquels s’était jointe toute la population païenne des environs. Les ennemis étaient munis de canons, de fusils de remparts et d’abondantes munitions que leur fournissait la citadelle de Tan So où Ham Nghi s’était réfugié.
Les chrétiens, qui n’avaient au début qu’un fusil de chasse et des lances en bambous aiguisées, reçurent d’abord, des troupes françaises qui occupaient Dong Hoi deux petits canons et quatre fusils à mèche ; ils se ravitaillaient en munitions sur le champ de bataille, en prenant les armes et les caisses de poudre que laissaient les assiégeants. Ils furent enfin délivrés par un corps de chasseurs à pied et de tirailleurs tonkinois venus de Hué, sous les ordres du capitaine Dallier et des lieutenants Duboc et Pichon. »
(Léopold Cadière – Histoire religieuse de la province de Quang Tri – BAVH 1921)
Le père Cadière s’occupa de la cure de Di Loan pendant des décennies. Il y réimplanta la culture du mûrier et le tissage de la soie (voir AP1168).
Il y installa également sa célèbre collection d’orchidées et de plantes rares récoltées au cours de ses excursions en forêt.
Un autre haut lieu religieux de la province est l’église de La Vang, intéressante  par la vénération particulière dont elle est l’objet et qui provoque tous les ans un pèlerinage impressionnant ; en 1919, il n’y a eu pas moins de 15.000 pèlerins venus des provinces les plus éloignées de l’Annam. L’origine de ce pèlerinage n’a pas été établie d’une façon précise ; d’après la tradition, il aurait pris naissance au commencement du 19e siècle à la suite d’une apparition de la Vierge qui aurait eu lieu à La Vang.
(Comité de Rédaction)
Mine de charbon de Nong Son (Annam) (AP1236)
A 74  km de Tourane, sur la rive gauche du Sông Thu Bôn, se trouve le débarcadère relié à la mine de Nong Son par un Decauville de 2 km.
Le vallon est dominé à l’ouest par une chaîne boisée dont le sommet atteint 518 m.
Le gisement de charbon fut exploité bien avant l’intervention française. La mine est passée successivement entre les mains de diverses sociétés.
Le charbon maigre, anthraciteux, est situé dans un terrain rhétien, nullement métamorphisé, reposant directement sur des gneiss et débordant en tous sens les limites de la présente concession. Le gisement est formé de plis synclinaux et anticlinaux aux molles ondulations, de direction générale N.O / S.E. Ici, la couche est épaisse et exploitée par des travaux en galeries et en descenderies ; puits de profondeur de 80 m. Le produit est grisouteux et le feu déclaré en 1890 a provoqué l’effondrement d’une galerie. L’extraction est souvent arrêtée : 6500 T. en 1900 ; 20000 T. en 1905.
Les mines furent concédées en 1881 par S.M. Tu Duc à un commerçant chinois qui fournissait ce combustible aux fabriques de verre et de sapèques de Canton ainsi qu’à la consommation ménagère de Shang Hai. En 1889, elles furent concédées à la « Société française des houillières de Tourane » à laquelle succéda la « Société des docks et houillières de Tourane », puis l’entreprise M.E. Brizard.
(D’après le Guide Madrolle. 1926)
Mine de cuivre et de zinc de Duc Bo (Annam) (AP1238)
Les mines de Duc Bô se situent à 12 km de Tam Ky. On y exploite le cuivre et surtout le zinc.
Filon de blende massive avec un peu de pyrite de cuivre dans des schistes satinés d’épaisseur moyenne atteignant localement jusqu’à 10 m.
Le gisement affleure sur les berges du Sông Bao Phuoc au point où cette rivière passe entre le mont Ba Thi et les hauteurs du Nui Hôn Ro qui se prolongent vers le S.E.
Les collines sont constituées par des grès et des schistes bariolés refermant de nombreux filons de quartz. Le filon de minerai est interstratifié dans les schistes satinés.
Cette mine fut très anciennement exploitée par des indigènes et l’on retrouve encore de vieilles galeries creusées sur la rive Est de la rivière. Les travaux européens datent ici de 1893. En 1913, on extrayait 3000 tonnes de blende cuivreuse d’une teneur moyenne de 43 % de zinc et de 2 % de cuivre. La rivière est navigable 500 m en aval. Le gisement a eu de fréquents arrêts d’exploitation.
(D’après le Guide Madrolle – 1929)
Des contremaîtres européens séjournaient sur le site de la mine. Un puits permettait d’atteindre les couches de minerai (voir AP1243) qui était ensuite trié pour séparer le minerai de cuivre et celui de zinc (voir AP1244).
(Comité de Rédaction)
De la Route Mandarine à la R.C. 1 (AP1239)
 » La plus importante des routes coloniales est la route coloniale n°1 ou Route Mandarine, qui s’étend de la porte de Chine à la frontière du Siam.
Cette route est la grande artère de communication terrestre joignant le nord au sud de l’Indochine et reliant entre elles les quatre capitales du Tonkin, de l’Annam, de la Cochinchine et du Cambodge. Sa longueur totale est de 2.566 km, soit un peu plus de la distance à vol d’oiseau de Paris à Moscou ou de Marseille à Alexandrie.
Jusqu’à une époque encore récente (une dizaine d’années) la Route Mandarine n’avait de route que le nom ; sur quelques sections seulement elle était praticable aux pousse-pousse et  aux voitures légères ; dans la majeure partie de son parcours, elle n’existait qu’à l’état de piste où seuls les piétons et les cavaliers pouvaient circuler. Elle franchissait les cols des éperons montagneux de la porte d’Annam, de Cu Mong, du Varella, par des pentes très raides suivant les lignes de plus grande pente. Le mode de locomotion normal était le palanquin et la chaise à porteurs ; les bagages étaient portés à dos de coolies et le déplacement d’un simple voyageur, avec ses bagages, prenait l’allure d’une caravane. Le transport des correspondances postales, aléatoire, difficile et long, était assuré par un service de coolies appelés « coolies tram ». C’est en 1913 que furent commencés les travaux de réfection et de mise en état carrossable de la route coloniale n°1. Depuis cette date, l’oeuvre entreprise a été continuée sans interruption. Chaque année, le Budget général consacre de six cent mille à un million de piastres à la continuation des travaux.
Le profil type adopté comporte une largeur de plate-forme minima de 6 m 00 en déblai et en remblai ; le rayon des courbes n’est pas inférieur à 15 mètres ; les rampes ne dépassent pas 6 centimètres par mètre et elles n’atteignent cette limite qu’exceptionnellement ; les ponts, qui, pour la plupart, sont en béton armé, peuvent supporter une charge roulante comportant un essieu de 9 tonnes précédé et suivi d’essieux de cinq tonnes.
Au 1er janvier 1925, les dépenses faites s’élevaient à 1.300.000 $00. A cette date, la route était empierrée sur 2.381 km, soit 93 % de la longueur totale. En outre, 162 km, achevés en terrassements, étaient praticables aux automobiles en saison sèche. Il ne restait plus à construire qu’un tronçon correspondant à une lacune de 23 km environ, dans le Sud-Annam, entre Hoa Trinh et Phan Ri. Malgré cette lacune, on peut aller en automobile de la frontière de Chine à la frontière du Siam, en utilisant entre Phan Rang et Phan Thiet les routes coloniales n° 11 et 12 donnant accès au Sanatorium de Dalat.
Parmi les travaux les plus intéressants exécutés sur la route coloniale n° 1, il faut citer les travaux d’élargissement du Pont Doumer qui ont permis l’établissement de deux voies charretières sur ce pont jusqu’alors utilisé pour le passage du chemin de fer seulement…/… »
(A.A. Pouyanne – Les Travaux Publics de l’Indochine – IDEO – 1926)
Prise de Son Tay – 17 décembre 1883 (AP1254)
« …/…Le 25 octobre 1883, l’amiral Courbet fut nommé commandant en chef des forces de terre et de mer. M. Harmand demanda à rentrer en France en congé (1er décembre 1883), afin de laisser toute liberté d’action à l’Amiral. C’est M. Silvestre qui fut chargé de la direction des affaires civiles, mais sous les ordres de l’Amiral commandant en chef.
Aussitôt que les renforts de France (3.600 hommes) eurent débarqué, l’Amiral se prépara à marcher sur Son Tay le principal centre de l’alliance sino-annamite. C’est là que résidaient Hoang Ke Viem, Généralissime annamite, et Luu Vinh Phuoc chef des Pavillons Noirs.
Le 10 décembre (1883) l’Amiral forma deux colonnes ; l’une, l’aile droite (colonel Bichot), remonta le Fleuve Rouge jusqu’au-delà de l’embouchure du Day ; l’aile gauche (colonel Belin), fit la route de Hanoï à Son Tay à pied (45 km). Toute la journée du 14 décembre, ainsi que la nuit suivante, les deux colonnes, malgré l’appui des canonnières, eurent bien du mal à enlever le village et les retranchements de Phu Sa. Le 15 décembre on occupa toute la ligne de défense parallèle au Fleuve Rouge de Phu Sa à Phu Nhi.
Le 16 décembre, à 5 heures du soir, l’Amiral donna le signal de l’assaut, vers la porte de l’Ouest de Son Tay Malgré le feu meurtrier venant du haut des remparts, les parapets, puis l’enceinte extérieure furent enlevés et les Chinois, disparurent dans la citadelle. Comme il était trop tard, et que les troupes étaient exténuées, l’Amiral ordonna le repos sur les positions conquises, et prit ses dispositions pour continuer la lutte…/…
Le matériel abandonné fut immense. Canons, fusils, poudre, vivres et métaux. Luu Vinh Phuoc fut légèrement blessé. Officiellement la Chine feignit de se désintéresser de sa défaite, sous prétexte qu’aucune des troupes impériales n’avait pris part à la lutte. Quant aux mandarins et aux lettrés annamites, assurés de l’invincibilité absolue de leurs positions, leur stupeur et leur rage furent au comble. Ce beau fait d’armes eut un double résultat: il fit différer, comme nous l’avons déjà vu, le massacre général des chrétiens annamites (sauf au sud de Hué et à l’ouest du Thanh Hoa) ; puis il détermina les Chambres de Paris à voter l’envoi de près de 7.000 hommes de renfort…/… »
(Extrait du BAVH 1941/3 par A. Delvaux des M.E.P)
Le BAVH 1932/3 a publié les « Lettres du Capitaine d’Infanterie de Marine J. Petit-Jean Roget » décrivant les combats de Phu Sa et de Son Tay :
« Son Tay, le 19 décembre 1883.
Chère mère,
Nous avons pris Son Tay après une bataille de 5 jours ; je suis sain et sauf et je me porte on ne peut mieux. Mais mon Capitaine est blessé grièvement et mon Lieutenant est tué. Je suis proposé pour une citation et le premier pour capitaine dans le bataillon. On m’a dit que j’étais trop jeune pour la croix, à laquelle du reste je n’ai jamais pensé. Les journaux vous ont déjà appris que je n’étais pas sur la liste des blessés. L’affaire a été très dure, il a fallu enlever une série de retranchements plus forts les uns que les autres.
Ma compagnie est une de celles qui ont le plus donné ; j’ai le sergent-major et 28 hommes hors de combat sur 109 qui se trouvaient présents, outre les deux officiers les plus anciens ; c’est moi qui commande à présent. Les hommes ont montré un grand courage, chez nous surtout, et à l’assaut le plus terrible, au fort de Phu Sa, ma compagnie est arrivée en haut des retranchements avant les Turcos ; aussi nous sommes comblés de félicitations. Cette affaire nous coûte 300 à 400 morts ou blessés, on ne sait pas encore trop au juste. Les Turcos, la Légion et nous surtout, avons beaucoup souffert.
A présent, nous nous reposons dans la citadelle de Son Tay et nous en avons bien besoin. Voilà près de huit jours que nous couchons tous les soirs par terre, mais nos bagages nous ont toujours suivis et nous n’avons manqué de rien comme nourriture. Je serai bien content de rentrer à Hanoï pour me reposer un peu, mettre du linge propre et dormir dans un lit. Nous sommes tous d’un sale à faire reculer d’horreur. Je fais laver mon linge en ne gardant que ma vareuse sur le dos. Nous avons eu affaire à des Chinois plus qu’aux Annamites, et des gens se battant parfaitement bien, armés de fusils à répétition et de carabines anglaises et américaines. Enfin je crois qu’on leur a infligé une correction qui les en dégoûtera pour longtemps. Nous avons pris une grande quantité de Chinois qui sont presque tous blessés et on les fusille de suite. Ils s’y attendent du reste parfaitement et n’ont par l’air d’en être étonnés.
Dans une autre lettre je te donnerai plus de renseignements, pour celle-ci je n’ai pas le temps de t’en écrire d’avantage. Je vous embrasse tous de mon mieux. N’attends pas trop mes lettres, on a si peu le temps qu’il faut un hasard comme aujourd’hui pour écrire.
Je t’embrasse bien. J. Roget »
(Extrait du BAVH 1932 N°3 – Lettres du Capitaine d’Infanterie de Marine J. Petit-Jean Roget)
Ville de Bac Ninh (AP1270)
 » Bac Ninh, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Hanoï et chef-lieu de la province du même nom, était un centre administratif important. Située sur la rivière Song Cau (voir AP0544) qui va former, avec d’autres rivières, le delta où est situé le port de Haiphong, Bac Ninh abrite un trafic important de jonques et de sampans.
Avec l’agglomération voisine de Dap Cau, elle constituait une ville de garnison considérable (voir AP1293), desservie par la gare de Ti Cau -Marché du port- (voir AP1276), sur la voie ferrée de Hanoï à Lang Son. Elle possédait encore sa citadelle, construite sous Minh Mang en 1822, sur les plans d’officiers français, avec ses murailles et son mirador (voir AP1321 et 3076).
Bac Ninh était également le siège du vicariat apostolique du Tonkin septentrional, tenu par les Missions espagnoles  et possède une imposante cathédrale (voir AP1275) « 
(Extrait du guide Madrolle – Indochine du Nord – 1939)
La route des Charbonnages (AP1274)
Au départ de Hanoï la route normale passe par Bac Ninh et Sept Pagodes (60 km). Au départ de Hai Duong on rejoint directement Sept Pagodes (Pha Lai) par la route 17 (20 km et 2 bacs). A partir de là, route 18 vers l’Est. Elle court au pied du massif de Dong Trieu étagé de 500 à 950 mètres.
A 25 km de Sept Pagodes on accède à Dong Trieu. C’est une région de mines de charbon réparties en deux centres :
– La « Société des Anthracites du Tonkin », fondée en 1921, exploite les mines de Trach Bach et Mao Khé (5km à l’est de Dong Trieu).
– La « Société Pannier », fondée en 1920, exploite celle de Trang Bach, à 15 km environ à l’est de Dong Trieu.
Une route au sud de Trang Bach conduit au bac de Phi Biet sur le Song Da Bach.
A 30 km de Dong Trieu, Uong Bi, autre centre d’exploitations minières. Sur la route allant toujours vers l’Est : Yen Lap, bac sur le Song Hoi, Van Yen. La route traverse l’Ile aux Buissons, passe à Vat Chay (Siège de l’armement fluvial Lapicque). Vue sur Hon Gay. Un bac permet de franchir le Cua Luc (=embouchure/de 6) (il s’agit de 6 rivières dont la réunion forme le plan d’eau de Port Courbet).
A 35 km de Uong Bi, Hon Gay (=pointu/piton). Centre administratif (à 150km de Hanoï) et siège de la « Société Française des Charbonnages du Tonkin ». A environ 11 km de Hon Gay, le découvert de Hatou, mine de charbon à ciel ouvert. Un autre centre d’exploitation se trouve à 20 km plus à l’est, à Cam Pha, doublé de Cam Pha Port où se font les plus gros chargements. La route ne suit pas le rivage mais passe derrière un massif calcaire. D’autres centres miniers existent, soit dans la vallée du Song Dien Vong (plus au nord), soit plus à l’est (île de Ke Bao (ou Cai Bau) avec Port Wallut).
La route se poursuit jusqu’à Tien Yen (à 55 km au nord de Cam Pha) où elle rejoint la route n°4 qui, 90 km plus à l’est (après Dam Ha et Ha Coi), atteint Mong Cay (ou Monkay) face à la ville chinoise de Tong Hin.
(Comité de Rédaction)
La station balnéaire de Do Son (AP1278)
La plage et la station de Do Son sont reliées à Haiphong, terminus de la voie ferrée, par 22 kilomètres de route, et se trouvent par conséquent à moins d’une heure d’automobile de cette ville. Do Son est donc précieuse surtout pour les Haiphonnais, qui à eux seuls suffiraient sans doute à lui assurer un brillant avenir. Elle est située sur une presqu’île étroite, qui s’allonge du nord au sud, constituée par une ossature rocheuse de petits mamelons, séparés les uns des autres par des baies remplies d’un sable grossier. Cette presqu’île mamelonnée, longue de 4 km, est continuée en mer par une ligne de roches, dont le rocher de Hon Dau sur lequel s’élève un phare. Le promontoire de Do Son comprend 9 aspérités qui lui ont fait donner le nom de Cuu Long Son (montagne des 9 dragons).
Le Roi Li Than Ton fit édifier un stupa vers 1058, dont la hauteur aurait été de 100 xich (le xich fait environ 0,35 mètres). Il fut démoli en 1804. Sous les Lé, un rebelle originaire du Huyen de Thanh Ha se rendit maître du phu de Nam Sach et éleva d’importants retranchements sur la presqu’île où il tint en échec les troupes du général Pham Dinh Trong.
Les constructions européennes sont pour la plupart disposées sur le versant oriental de la presqu’île, de manière à recevoir les vents est, nord-est et sud-est pendant la saison. Quelques-unes s’étagent sur les pentes mamelonnées et boisées qui dominent la plage ; ce ne sont pas les moins agréables.
Do Son est ainsi presque continuellement ventilé par la brise de mer ; si les journées y sont parfois chaudes l’été, elles ne sont pas comparables à celles qu’il faut subir dans l’intérieur, en particulier à Hanoï ; de plus, les nuits sont généralement fraîches et permettent à l’organisme de réparer ses forces.
A la station est attaché un médecin qui assure le service médical pendant la durée de la saison, de juin à septembre. Les contre-indications de Do Son sont celles des stations maritimes : affections aiguës, paludisme, diarrhée, dysenterie, cardiopathies mal compensées, affections nerveuses, rhumatismes, etc.
(D’après Madrolle et Teston et Percheron)
Examens triennaux des lettrés (AP1281)
Le recrutement des mandarins dans le Viêt Nam traditionnel se faisait à la suite d’examens littéraires (voir AP0413) . Ces examens étaient au nombre de quatre :
     – les examens provinciaux qui se tenaient tous les six mois aux chefs-lieux de province ;
     – les examens régionaux qui se tenaient tous les trois ans dans un certain nombre de villes, dont Nam Dinh ;
     – l’examen de la capitale qui se tenait également tous les trois ans, à la capitale (Hanoï puis Hué) ;
     – l’examen de la cour qui avait lieu après celui de la capitale.
Les examens provinciaux ne donnaient pas droit à des titres de mandarinat, mais les lauréats qui avaient obtenu des notes convenables étaient dispensés de corvées et de service militaire. Ils étaient de plus autorisés à se présenter aux concours régionaux.
Les concours régionaux permettaient de conférer aux meilleurs lauréats les titres de bachelier (Tu Tai) ou de licencié (Cu Nhon). Ces derniers pouvaient entrer directement dans l’administration ou se présenter à l’examen de la capitale.
Les lauréats de l’examen de la capitale étaient, suivant les notes qu’ils avaient obtenues aux diverses épreuves, inscrits soit sur une « première tablette » (Chanh Ban), soit sur une « seconde tablette » (Pho Ban). Les lauréats de la première tablette étaient autorisés à se présenter à l’examen de la cour. Ceux de la deuxième tablette obtenaient un grade dans le mandarinat.
L’examen de la cour avait lieu immédiatement après celui de la capitale. Il se tenait dans le palais du souverain et le sujet était choisi par l’empereur lui-même. Les numéros un, deux et trois de ce suprême concours étaient nommés docteurs du premier degré et proclamés en outre premier, second et troisième lettré. Leurs noms étaient inscrits sur les stèles érigées au Temple de la littérature, le Van Miêu, à Hanoï puis à Hué (voir AP3872)
L’administration coloniale mit en place un enseignement franco-indigène et modifia profondément le système des concours, mais il maintint néanmoins pendant un certain temps un examen triennal pour le Tonkin. Celui-ci se déroulait non plus à la capitale mais à Nam Dinh, dans le Camp des lettrés, une vaste enceinte fermée, édifiée en 1845 sous Thiêu Tri. Ce Camp des lettrés était situé derrière la gare (voir AP1325). Les épreuves suivaient le protocole des anciens concours avec un jury composé de mandarins de haut rang et les résultats étaient proclamés par les présidents du jury, juchés sur de hautes estrades (voir AP4135).
Le dernier concours triennal eut lieu en 1918. Nam Dinh acquit, du fait de ces concours, la réputation d’une ville de lettrés ce qui lui valut une devise en latin : « Calamo Gloria, Oryza Divitiae » (la gloire par le pinceau, les richesses par le riz).
(Comité de Rédaction)
Fleuve Rouge – Cours – Affluents – Villes traversées (AP1283)
Le Fleuve Rouge a un cours de 1170 km et doit son nom à la couleur que ses eaux  (chargées d’oxyde de fer) et ses affluents charrient en Chine et au Tonkin à l’époque des grandes pluies estivales. Il prend sa source au Yunnan, au sud du lac de Ta Li, par 2.000 m d’altitude. Il commence à être navigable à Man Hao. Sa navigabilité fut reconnue par Francis Garnier et Jean Dupuis fut le premier occidental à le remonter jusqu’au Yunnan.
A Long Po, à 525 km de la mer, et jusqu’à Coc Leu, son cours sert de frontière entre le Tonkin et la Chine (voir AP0140).
A Lao Kay (voir AP0115, AP0136, AP0155), il reçoit sur sa rive gauche la Nam Ti et pénètre en Indochine où il se développe sur 475 km.
A partir de Viet Tri (AP1294), il s’étale entre des berges mal définies qui s’écroulent par pans dans ses eaux. Il s’attarde et s’éparpille en bras multiples enserrant de nombreuses îles. Il reçoit alors les eaux de ses deux grands affluents, la Rivière Noire ou Song Da (850 km dont 550 au Tonkin) et la Rivière Claire ou Song Ca (300 km dont 250 au Tonkin).
A Hanoï, il est traversé par le pont Doumer (AP3747).
Il s’étale dans un immense delta avec de nombreux défluents dont les principaux sont, à droite, le Song Day, le canal de Nam Dinh et le Lach Giang ; à gauche, le canal des Rapides, le canal des Bambous et le Song Tra Ly.
Les crues du Fleuve Rouge (voir AP1366 et AP3748), bien que précédées par celles de la  Rivière Claire et de la Rivière Noire, sont redoutables et provoquent chaque année d’importantes inondations. La dynastie des Lé nommait autrefois un Directeur des Travaux des digues dans chaque province.
(D’après « L’Indochine moderne » de Teston et Percheron. 1931. Librairie de France)
Stations balnéaires de l’Indochine (AP1284)
A côté des stations d’altitude, l’Indochine disposait d’un ensemble de stations balnéaires dans lesquelles les familles, éprouvées par les chaleurs estivales, pouvaient trouver le réconfort des bains de mer et de la brise marine.
Certaines de ces stations étaient connues et fréquentées depuis longtemps comme celle de Kep au Cambodge, du Cap Saint-jacques en Cochinchine, de Sam Son en Annam ou de Do Son au Tonkin.
Sur le Cap Saint-Jacques, voir AP2108.
Sur Sam Son, voir AP3826.
Sur Do Son, voir 1278.
Parmi les autres stations balnéaires moins connues ou de création plus récente, il faut citer particulièrement les plages de la côte d’Annam qui offre du Nord au Sud de nombreuses ressources :
– Cua Lo, à 17 kilomètres de Vinh (villas et hôtel) au milieu des filaos plantés sur les dunes. Très belle plage.
– Cua Tung (voir AP0281), dans la province de Quang Tri, à 40 kilomètres du chef-lieu et à 100 kilomètres de Hué environ. Plage très pittoresque à cause de la falaise élevée et boisée qui la limite, très fréquentée par les Européens de Hué et de la région. Un hôtel y est ouvert pendant trois mois.
–  La plage de Thuan An, à l’embouchure de la rivière des Parfums, non loin de Hué (voir AP1724).
– La station maritime de Nha Trang (voir AP1838), qui est la plus importante de tout le Sud-Annam ; elle se développe rapidement, grâce à l’installation d’hôtels confortables, fréquentés pendant toute l’année.
Le climat du Sud-Annam est, en effet, le meilleur de toute l’Indochine, climat relativement très sec, régulier, avec une brise constante pendant les moussons de nord-ouest et de sud-ouest.
Au Tonkin, il convient encore de mentionner, Quai Lam (près Nam Dinh), I’Ile aux Buissons (près Hongay) avec son hôtel administré par un groupement coopératif militaire. Le séjour dans cette station procure, outre les avantages du climat marin, la facilité de visiter en détail la fameuse baie d’Along (voir AP3418).
Ainsi voit-on que l’Indochine est déjà pourvue de centres climatiques de tous ordres, assez bien répartis à travers tout son territoire et s’échelonnant à des altitudes très variées, depuis les plages littorales jusqu’aux stations de haute montagne, comme Chapa, Ba Na et Dalat, en passant par les altitudes moyennes du Tam Dao et du Bokor. Les efforts réalisés, déjà considérables, seront poursuivis dans les années prochaines ; les constructions de chalets et de pensions modestes se multiplieront partout, les accès seront améliorés, de façon à permettre ces séjours réparateurs à tous les Européens, et même à attirer peu à peu la bourgeoisie indigène.
Ces stations, que recommandent non seulement les avantages de leur climat, mais encore le pittoresque de leur site et de leurs environs, seront les étapes classiques du touriste à travers le pays.
(Extrait de « L’Indochine Moderne » 1931 – Teston et Percheron – Librairie de France)
Le siège de Tuyen Quang (AP1299)
La ville de Tuyen Quang (AP4215) fut occupée sans résistance en mars 1884 par les Français cherchant à élargir le cercle des défenses du delta. Le 12 octobre 1884 des troupes chinoises entourèrent la ville, sous le commandement du général chinois Liu Yongfu (Lieou Yong Fou) (1837-1917) plus connu sous son nom annamite de Luu Vinh Phuoc.
Le siège effectif commença le 24 novembre 1884 par 16.000 hommes environ. La garnison comprenait 450 militaires français et 162 tirailleurs annamites, sous les ordres du commandant Marc Dominé (1848-1921 ; Lieutenant-colonel en 1885 ; colonel en 1888 ; a démissionné en 1891). Les munitions s’épuisent ; les bastions avancés sont pris par les assaillants ; des brèches sont ouvertes dans les murs de la citadelle qui ne sont comblées que grâce à de brèves sorties héroïques de la garnison au cours d’une desquelles le sergent du génie Jules Bobillot est grièvement blessé.
Ce n’est que le 3 mars 1885 que la place fut débloquée par les 3.000 hommes de la colonne de secours venue de Phu Doan du colonel Ange Giovaninelli (1837-1903) qui fut nommé Général peu après cet épisode (voir AP1316).
(Comité de Rédaction)
Ville de Hai Duong (1301)
Ville située entre Hanoï (56 km) et Haiphong (45 km), sur la rivière de Ke Sat qui se jette à environ 5 km plus au sud dans le Song Thai Binh, et celui-ci directement dans la mer. Cette rivière débordait souvent de ses rives et inondait la campagne environnante (voir AP3351 et suivantes). A Hai Duong se trouvait une importante usine des Distilleries de l’Indochine.
Sur les Distilleries de l’Indochine, voir AP3302.
Près de Hai Duong se trouvait un temple (Dinh) consacré à la mémoire de Gia Long, fondateur de la dynastie des Nguyen. Une importante cérémonie y était célébrée le 2e jour du 5e mois (voir AP3367 et suivantes).
Hai Duong est traversé par la Route Coloniale n°5 et la voie ferrée.
La traduction de Hai Duong est : « maritime/principe vital », ce qui indique l’importance de l’activité maritime pour cette ville. La marée s’y fait fortement sentir.
Population 1920 : 8000 h. 1960 : 13.000 h.
Historique.
La bourgade a porté bien des noms différents sous la domination chinoise (de 249 à 1428) ; et ensuite sous les dynasties nationales.
–    1804 : Forteresse élevée sous Gia Long.
–    1831 : Devient chef-lieu de la province alors créée, les deux sous le même nom de Hai Duong.
–    3 décembre 1873 : Occupée par Balny d’Avricourt.
–    2 janvier 1874 : Rendue aux autorités annamites.
–    1883 : conquête par le colonel Brionval.
–  En décembre 1923 : devient une « commune de plein exercice » gérée par une commission municipale comprenant:  l’administrateur-maire (de la création à 1927, ce fut M. Alfred Bouchet) ; 2 Européens nommés pour 3 ans par le Résident Supérieur du Tonkin. L’un d’entre eux est généralement le directeur de l’usine locale des Distilleries (Ce furent successivement MM.Carbonnez, Vollot, Bonnet). Le deuxième, en 1924, fut M.Deville, administrateur en retraite – 2 Annamites également nommés pour 3 ans.
(Comité de Rédaction)
Cua Tung, la route des Caps (AP1309)
 
Bâtie sur le rebord d’un plateau boisé, la station balnéaire de Cua Tung (voir AP0281) est reliée à la RC. n°1 par la pittoresque Route des Caps qui suit la côte et permet au voyageur d’admirer, sans descendre de voiture, toute une série de petites plages semi-circulaires, encadrées par des rochers basaltiques, que bat sans cesse le flot du large.
Le touriste curieux pouvait, en dévalant les sentiers abrupts qui conduisent à la côte, visiter les villages de pêcheurs blottis au fond des anses et cachés à la vue par une végétation luxuriante qui rampe jusqu’au rivage. Le chasseur rencontrait sur les côtés très giboyeux de la Route des Caps : palombes, tourterelles, poulets sauvages et paons.
(Comité de Rédaction)
 
Les routes coloniales – Construction et entretien (AP1311)
 » Les routes coloniales, qui correspondent, en importance, aux routes nationales de France, présentent un caractère d’intérêt général pour la Colonie, résultant soit de nécessités économiques, soit de nécessités stratégiques, soit encore de nécessités politiques ou administratives.
Elles sont exécutées en principe sur les fonds du Budget général et constituent les grandes artères du réseau routier sur lesquelles s’embranchent les autres routes d’intérêt plus spécifiquement local.
Le programme des travaux, établi en 1912, a été confirmé et précisé pour les routes coloniales par un arrêté de classement du 18 juin 1918 et divers arrêtés ultérieurs ; il comportait l’exécution de 19 routes bien déterminées. Il y aura lieu vraisemblablement d’en ajouter prochainement quatre pour la mise en valeur de l’hinterland du Sud indochinois (voir AP1225).
Le développement total des routes du programme de 1912 est de 9.176 km. La dépense totale prévue pour l’exécution de ce programme est de 55 millions de piastres.
Au 1er janvier 1925, la longueur empierrée était de 5.300 km, la longueur non empierrée mais « automobilable » au moins six mois chaque année était de 1.800 km. Il restait environ 2.000 km en construction ou à construire.
A cette même date, les dépenses de constructions atteignaient la somme de 36 millions de piastres, soit environ les deux tiers du montant total des dépenses du programme complet.
Les frais d’entretien des routes coloniales s’élèvent annuellement à 2.000.000 piastres. Ces frais correspondent par kilomètre empierré à des dépenses moyennes qui varient suivant les pays de l’Union ; elles sont de 260$ à 300$  en Annam et au Tonkin, et de 400$ à 500$ au Cambodge et en Cochinchine. Cette différence du prix d’entretien kilométrique provient, d’une part, de ce que la circulation des voitures à traction animale et des automobiles est plus intense sur les routes du sud que sur celles du nord, et, d’autre part, de ce que les prix de revient des matériaux d’empierrement et de main-d’oeuvre sont plus élevés en Cochinchine et au Cambodge qu’au Tonkin et en Annam.
Pour les sections non empierrées la dépense moyenne kilométrique d’entretien est de 50 $00 environ sur les routes du nord et du centre et de 75 $00 environ sur celles du sud  » (voir AP4518).
(A. Pouyanne – Les Travaux Publics de l’Indochine – IDEO – 1926)
La pagode du Pilier Unique, Chua « Mot Cot » à Hanoï (AP1318)
La « Pagode Mot Cot », du pilier unique (en sino-annamite, Nhat – Tru Tu), est certainement le monument le plus connu de la capitale. Cet élégant petit pavillon, qui affecte la forme d’une fleur de lotus émergeant d’un bassin, est un des bâtiments du temple bouddhique,  Duyen Huu Tu,  situé à l’Est des anciennes murailles de la citadelle de Hanoï.
Le temple Duyen Huu, « de la déesse qui  secourt en attirant » tire son nom de la légende attachée à la création de la pagode Mot Cot. D’après les Annales et divers documents anciens, l’édification du monument remonterait au dixième mois de la première  année Sung Hung Dai Bao (1049). Ce serait donc un des monuments les plus anciens de la capitale.
Cette année là, le roi Ly Thai Ton, deuxième souverain de la dynastie des Ly qui régna sur le Viêt Nam de 1009 à 1225, déjà avancé en âge et qui n’avait pas d’héritier, vit en rêve la déesse Quan Am le prendre par la main et le conduire dans son palais en forme de fleur de lotus. A son réveil, il fit part de son rêve aux ministres de la Cour qui le considérèrent comme néfaste ; un bonze lui conseilla de bâtir un temple. Le roi fit ériger une colonne de pierre au milieu d’un bassin et sur laquelle fut aménagé un pavillon en forme de fleur de lotus. Des religieux se livrèrent à des évolutions autour de l’étang en récitant des textes sacrés afin « d’attirer le secours » (Duyen Huu)  de Quan Am et de prolonger la vie du roi. Cette même année, la reine mit au monde un fils qui régna plus tard sous le nom de Ly Thanh Ton.
La pagode du Pilier Unique est située à l’est du bâtiment principal du temple Duyen Huu (comme on le voit sur la carte postale de cette vignette). Une pièce d’eau de forme carrée de 17 mètres de côté, le bassin de « la vertu divine », est entourée d’une murette ornée de carreaux en faïence vernissée. Cette murette date de la restauration de 1925, la galerie couverte décorée de peintures qui existait à l’origine ayant depuis longtemps disparu.
Au centre de ce bassin, sur un pilier en maçonnerie remplaçant le pilier de pierre détruit pendant la dernière guerre, est juché un gracieux pavillon en bois reposant sur huit poteaux qui prennent appui sur  huit poutres horizontales rayonnant à partir du pilier central (voir AP3480, AP3487 et AP3492). Cette légère construction ne contient qu’une petite pièce centrale carrée entourée d’un étroit balcon bordé lui-même d’une minuscule balustrade avec des balustres en bois tournés. La toiture aux angles élégamment relevés, à quatre pans et avec deux pignons triangulaires sur les faces latérales, est ornée sur son faîtage d’un motif en ciment figurant « les deux dragons rendant hommage à la lune ». L’ensemble évoque assez bien une fleur de lotus dressée sur sa tige, au-dessus de l’eau du bassin.
La cella centrale renferme une seule statue sur un autel, celle de la déesse Quan Am, représentation féminine du Bodhisattva Lokeçvara, représentée sous la forme de la « déesse aux mille bras et aux mille yeux » (voir AP4139).
Le pagodon est relié au sol ferme par un escalier en maçonnerie assez lourd (voir AP3713) qui jure avec la légèreté de l’édifice. On attendrait plutôt, pour arriver à cette pagode suspendue, un svelte escalier de bois.
Les annales mentionnent plusieurs restaurations de cette pagode. La première eut lieu dès l’année 1073, ordonnée par la reine Linh Nhân, bien connue pour son attachement à la religion bouddhique. En 1101 et 1106, le roi Ly Nhân Ton fit approfondir l’étang et l’entoura d’une galerie décorée de peintures. Dans la cour, on éleva un stupa orné de tuiles blanches. Au XIXème siècle, plusieurs restaurations furent entreprises sur l’initiative de mandarins et d’habitants de la ville de Hanoï.
En 1925, comme le pagodon menaçait ruine, une reconstruction complète fut réalisée  par l’Ecole française d’Extrême-Orient, sous la direction de son architecte, M. Batteur (voir AP3686, AP3713). Les charpentes pourries furent remplacées, les ornements de chaux du faîtage furent descendus en bloc et remontés, la minuscule balustrade en bois fut refaite avec des balustres tournés. La seule addition réelle, mais invisible, fut celle d’un fer en étoile, posé à la rencontre des bois de support sur la colonne centrale. Le bassin a été encadré d’une murette ajourée de carreaux en faïence vernie d’origine chinoise, remplaçant la galerie depuis longtemps disparue.
Au cours de la restauration de 1925, une inscription sur une lame de pierre a été retrouvée sur la colonne, sous le plancher. Elle est datée de la 15è année Canh Tri (1665) et signée du bonze Le Tât Dât. D’après cette inscription, au temps où l’Annam était assujettie à la Chine, le gouverneur chinois Cao Bien fit élever au milieu d’un étang de forme carrée qui se trouvait à Long Bien, siège du protectorat, un pilier de pierre surmonté d’un pavillon précieux abritant une statue de Quan Am à laquelle il voua un culte. La dynastie des Ly ayant établi sa capitale au même endroit, perpétua ce culte. Le roi Ly Thanh Ton allait fréquemment implorer Quan Am de lui accorder un fils. Une nuit, il rêva que la déesse l’attirait (Duyen) dans son  pavillon et lui déposait un enfant entre les bras. Le même mois, la reine conçut ; le roi fit alors construire le temple Duyen Huu, à l’ouest de la pagode du pilier unique.
D’après une autre tradition, le pilier érigé par Cao Bien aurait été en bronze et la déesse Quan Am aurait révélé à Ly Thanh Ton que ce pilier blessait l’échine du dragon et, qu’à moins de le détruire, le roi resterait privé de postérité. Le roi l’aurait alors jeté dans le fleuve et aurait construit à sa place le temple Duyen Huu. L’année suivante, la reine mit au monde un fils et cet événement si désiré fut l’occasion d’un changement de période  dans le calendrier.
Le gouverneur chinois Cao Bien a laissé un souvenir marqué dans l’histoire de l’Annam. Il est encore honoré dans de nombreux temples et est considéré comme un des grands maîtres de la géomancie. La construction de plusieurs temples anciens du Tonkin lui est attribuée. Ces traditions purement légendaires, traduisent simplement le respect porté à ce personnage  et le désir de conférer aux monuments concernés une grande ancienneté.
En septembre 1954, quelques semaines après la signature des accords de Genève et quelques jours avant l’arrivée des troupes communistes à Hanoï, la pagode Mot Cot fut détruite par une explosion. Le petit pavillon en bois fut entièrement soufflé (voir AP4140, AP4141) et la statue de la déesse mutilée (voir AP4139). Les autorités Viet Minh attribuèrent cet attentat à l’armée française, mais le journaliste Lartéguy, qui séjournait à Hanoï au moment des faits l’attribue à des nationalistes vietnamiens opposés à la réunification du pays sous la botte communiste.
La pagode fut reconstruite en 1956. Le pilier en pierre fut remplacé à cette occasion par un pilier en maçonnerie.
La pagode « du pilier unique » est certainement un des monuments les plus intéressants de la capitale. Sa fondation en 1049 en fait également un des plus anciens. Œuvre de la dynastie des Ly, première des grandes dynasties nationales du Viêt Nam, elle est le symbole de la revendication par cette dynastie de la plénitude de son pouvoir et de son rôle d’intercesseur mystique. L’art des Ly, qui couvrit le Dai Viet d’une « robe de temples » est sans conteste la plus belle période de l’art du Viêt Nam. La pagode a été reproduite lors d’expositions coloniales en France, en particulier celle de Marseille en 1922 (voir AP1495) et celle de Vincennes en 1931.
Le caractère unique de sa construction, évoquant une fleur de lotus épanouie au centre d’un miroir d’eau, la rattache aux plus lointaines origines du peuple vietnamien car cette forme présente une analogie certaine avec les niches cultuelles debout sur un poteau que les paysans dédient depuis des temps immémoriaux aux esprits des rizières et des forêts. Elle n’est pas sans évoquer également les Kinh Trang, colonnes en pierre couronnées d’une fleur de lotus, emblème du bouddhisme, érigés dans la cité royale de Hoa Lu.
(Comité de Rédaction)
La Citadelle de Bac Ninh (AP1321)
Cette citadelle fut construite initialement par Gia Long, sur les plans d’officiers français, de 1805 à 1814, avec des remparts en terre battue, et en respectant scrupuleusement les règles de la géomancie.
Cette citadelle était de plan hexagonal, chaque côté mesurant environ 123 mètres, le mirador portant ainsi le développement total des remparts à environ 2300 mètres.
Les remparts de terre battue furent remplacés par des murailles en pierre et en briques sous Minh Mang qui reconstruisit également les quatre portes et ajouta le mirador.
La muraille est percée par 4 portes, la porte principale se trouvant sur la face sud-est. Elle se distingue des autres portes par la plus grande hauteur de sa superstructure et par les plus larges dimensions du massif de maçonnerie dans lequel elle s’ouvre. A son sommet s’élève un pavillon à deux étages.
La porte a 3 m 15 de largeur, 3 m 90 de hauteur au sommet de la voûte et 11 mètres de profondeur. Le toit du pavillon supérieur s’élève à 13 mètres au-dessus du sol. A l’extérieur, la porte est ornée, au-dessus de la voûte, d’une étroite frise horizontale en pierre, au-dessus de laquelle, dans un cartouche, se lit, en caractères, l’inscription : « Porte Sud » (voir AP3075 et 4664).
Le Mirador est une tour hexagonale en maçonnerie d’environ 19 mètres de haut s’élevant au-dessus de deux terrasses bordées de balustrades. Elle est percée de lucarnes qui éclairent l’escalier double qui court à l’intérieur de la tour et permet d’en atteindre le sommet.
Un cartouche, placé sur la face sud du Mirador, nous donne des renseignements sur la date de sa construction. Il porte en gros caractères l’inscription : « drapeau pavillon » traduite couramment par « mirador », et, en petits caractères, le long de son bord droit, l’indication ci-après : « Le 10ème mois de la 18ème année de Minh Mang (1838), jour faste, a été exécuté l’ordre de construire ». Le Mirador date donc de la même époque que les remparts en briques de la citadelle (voir AP1322 et 3076).
(Extrait du guide Madrolle – Indochine du Nord – 1939)
Ville de Nam Dinh (AP1325) – Voir photographieAP4552 planche 6
Nam Dinh, à 85 km au SSE de Hanoï, était le chef lieu de la province du même nom et la troisième ville du Tonkin, Sa population s’élevait à 31.000 personnes en 1900,  51.000 en 1922,  90.000 en 1980.
Situé sur la rive droite du Song Nam Dinh, rivière du delta qui relie le Fleuve Rouge à son principal affluent le Song Day, Nam Dinh était le second port fluvial du Tonkin, au centre d’une riche région agricole très peuplée et sillonnée d’innombrables cours d’eau (voir AP0255, AP3310, AP 3312, AP 3314).
Important centre administratif, avec le siège de la province et de la municipalité, un collège, un hôpital, des banques, Nam Dinh était également une cité commerciale et industrielle très florissante, qui abritait de grosses usines de filature et de tissage de soie et de coton (la cotonnière de Nam Dinh) ainsi qu’une usine des Distilleries de l’Indochine (AP3302, AP3303, AP3305 et AP3307) et une briqueterie.
L’ancienne citadelle avait été construite sous Gia Long et réparée sous Minh Mang qui avait fait revêtir de briques les murailles. Il n’en subsistait que le mirador que l’on voit au centre de la photo et devant lequel s’étendait le Camp des lettrés, ainsi que la porte par laquelle pénétra la colonne française en 1883. Le « Mirador », Nang Tinh, édifié en 1833 est un vestige de l’ancienne citadelle élevée en 1804 et démolie en 1891. L’ex citadelle fut escaladée le 11 décembre 1873 par Francis Garnier avec 90 hommes et restituée le 10 janvier 1874 aux autorités annamites. Neuf années plus tard, elle fut reprise par le capitaine de vaisseau Rivière pour assurer ses communications…/…
Le pittoresque quartier indigène, les marchés très fréquentés (AP1357), et les quais animés par les va-et-vient incessants des jonques et des chaloupes en faisaient une ville active et vivante.
Le médecin major Hocquard (voir AP4660) qui a visité Nam Dinh en 1884 en donne une description qui mérite d’être reproduite, car elle souligne bien l’importance qu’avait déjà alors cette ville :
« Nous entrons vers neuf heures dans le canal de Nam Dinh. La ville s’allonge le long des bords de ce canal sur une étendue de plus de 4 kilomètres ; une seule grande rue la traverse dans toute sa longueur, coupée de distance en distance par de petites ruelles qui ont une direction perpendiculaire. Lorsqu’on arrive en plein jour par le fleuve, l’aspect général est fort joli ; les maisons, bâties en briques et recouvertes de tuiles rouges, feraient croire à une ville de France. Les embarcations du pays sillonnent par centaines le canal ou sont amarrées le long de ses bords ; c’est un fouillis de mâts, de voiles, de bateaux de formes curieuses et de toutes dimensions, depuis la vieille jonque de mer échouée sur le sable pour n’en plus bouger jamais, jusqu’à l’alerte et coquet sampan annamite conduit à la perche par de jolies congaïes à la robe flottante, au nez retroussé, à l’œil fripon. …/…Une population dense et affairée encombre les quais.
Nam Dinh, qui compte environ 40.000 habitants, entretient avec l’Annam et la Chine méridionale un commerce très important de soieries et de riz. Ce commerce est ici, comme à Haïphong et à Hanoï, tout entier entre les mains des Chinois, qui ont à Nam Dinh une confrérie nombreuse et prospère…./…
Le premier Européen que je rencontre en sautant du bateau sur le quai est un jeune Lyonnais, chargé des intérêts d’une grande maison française de soieries et, en ce moment, le seul représentant du commerce européen à Nam Dinh »
Nam Dinh était enfin une capitale intellectuelle où se déroulaient les examens triennaux d’accès au mandarinat. Les derniers y eurent lieu en 1918 (voir AP1281).
(Comité de Rédaction)
Ville de Sept Pagodes (AP1326)
Sept Pagodes est sur le Sông Thai Binh.
Cette ville figure sur certaines cartes sous  le nom de Phao Son (la citadelle abandonnée) ou Phao Lai (voir AP3384).
Centre militaire aux nombreux casernements, dispersés sur les collines dans une région pleine de souvenirs des guerres avec la Chine et particulièrement de celle contre les Mongols qui se termina en 1288. On a découvert des tombes rappelant celles de Chine de l’époque des Han et des Wou dont les matériaux ont servi à élever des fortifications annamites. Sous les Tran, on édifia le grand temple de Ho Quoc (« qui protège l’Etat »), entouré de 6 autres, d’où le nom populaire de « That Mieu » = Sept Temples (Pagodes).
(D’après le Guide Madrolle – Indochine du Nord – 1939)
Non loin de Sept Pagodes se trouve Kiep Bac (voir AP4058) qui abrite un temple consacré au Maréchal Tran Hung Dao. Vainqueur des Chinois en 1288 ; il est vénéré comme un grand génie thaumaturge qui exauce les prières de tous ceux qui désirent une descendance mâle.
Un pèlerinage très populaire s’y déroule tous les ans.
(Comité de Rédaction)
Ville de Hon Gay (AP1328)
20.000 habitants, sur la baie d’Along et au débouché du Cua Luc. Port charbonnier desservant la partie occidentale de la vaste concession minière de la « Société des Charbonnages du Tonkin ». Hon Gay est situé sur la Route des charbonnages (voir AP1274). Sur une colline, le quartier catholique et son église. Hon Gay possédait un grand hôtel pour les touristes se rendant en Baie d’Along (voir AP3414 et AP3415).
Dans la cité industrielle : usine hydraulique ; usine de criblage et triage ; usine de façonnage des briquettes. Atelier de charpentage, d’ajustage, de chaudronnerie. Dépôt pour les locomotives ; centrale électrique de 2000 KW.
Le terrain houiller-rhétien de Hon Gay occupe tout le littoral entre Haiphong et Cau Bo ou Co Bau.
Le charbon peut être classé parmi les houilles sèches oxygénées. Ce n’est pas de l’anthracite. Il est utilisé en briquettes fabriquées avec une addition de brai  et de charbon gras japonais.
Au départ exploitée par les Chinois et les Tonkinois, la mine fut reconnue par les ingénieurs Fuchs et Sarran dans les années 1880-90, avant d’être accordée à la SFCT. A 11 km de Hon Gay se trouvent les mines de Ha Tou qui sont exploitées à découvert (voir AP3419 et 3420).
A proximité, barrage du Km 3 en ciment armé de 14 m de haut et 45 m de large qui retient en réserve 110.000 m3 d’eau.
Ports de Hon Gay et de Cam Pha (Voir AP3089).
Le port de Hon Gay a été construit et est exploité par la Société Française des Charbonnages du Tonkin. Il possède une centaine de mètres de quais en béton armé accostables aux bateaux de 7 mètres de tirant d’eau. Destiné principalement au trafic de la société qui l’exploite, ce port a pris, depuis quelques années, un développement considérable.
En 1924, le mouvement des navires s’est élevé à 942.830 tonneaux et le poids des marchandises manutentionnées a été de 900.000 tonnes métriques dont 874.079 tonnes à l’exportation, constituées pour la presque totalité par le charbon…/…
(D’après le Guide Madrolle – Indochine du Nord – 1939)
Ville de Mon Cay (1329)
Mon Cay signifie « Rue (ou Marché) de la soude ».
Résidence, siège du 1er territoire militaire, des autorités provinciales de Hai Ninh et du Chau de Van Ninh « où règnent 10.000 tranquillités ». La ville est indiquée de loin par le mamelon ombragé, dominé par le fortin de la citadelle.
En 1851, sous Tu Duc, la citadelle du phu de Hai Ninh fut édifiée sur la commune de Van Xuan. Après la paix de Tien Tsin (1885), la commission française de délimitation y fut attaquée et massacrée. La citadelle et le blockhaus, occupés, furent assiégés le 29 nov. 1888 par les bandes pirates. Le phu de Hai Ninh, constitué en cercle militaire, dépendant de Lang Son, (1890) fut élevé au rang de Tinh (province) en 1906 et devint en 1913, le chef-lieu d’un Territoire Militaire.
(D’après le Guide Madrolle – Indochine du Nord – 1939)
La ville de Thai Nguyen (AP1330)
La ville de Thai Nguyen, chef-lieu de la province, est située au centre de la province, sur la RC. n°3 et sur la rive droite du Song Cau. C’est donc un centre important de communications à 75 km de Hanoï et 90 de Tuyen Quang. Des voitures étaient disponibles en permanence pour Hanoï et Bac Can et des chaloupes permettaient de se rendre à Haiphong, via Dap Cau, par le Song Cau.
C’est une Résidence, siège des autorités provinciales depuis 1813, et de celles du Huyen de Dong Hi. La ville comptait 4000 habitants en 1939. La citadelle fut élevée en terre en 1813 et reconstruite en briques en 1829. Une garnison importante y séjournait (infanterie coloniale, tirailleurs tonkinois). Hôpital, poste de Garde Indigène, hôtel.
Thai Nguyen était le centre de l’activité minière de la région. Minerai et charbon y transitaient pour être expédiés par chaloupes vers Haiphong ou être traités sur place.
A Thai Nguyen et dans les environs, on peut visiter quelques pagodes et quelques sites intéressants. Les grottes de Linh Nam à 12 km de Thai Nguyen sont juchées sur une proéminence de 10 m de haut ; spacieuses, elles couvrent un espace d’environ 1000 m2. Au milieu des grottes s’élève une grande stalagmite qui rappelle le forme d’un Bouddha. En arrière on trouve une cavité qui laisse passer la lumière du soleil. A droite s’ouvre un profond précipice portant le nom de « chemin des Enfers ».
Sur la RC. N°3, à  environ 2km avant d’arriver à Thai Nguyen, on peut visiter le temple de Xuong Rong dédié à deux déesses, toutes deux titulaires d’un brevet royal. C’est un vieux temple fréquenté par des pèlerins venant du delta. Son érection remonte à une époque très reculée.
Le Temple de Huong Thuong, érigé sur le sommet d’un mamelon du village de ce nom, planté d’arbres séculaires, à environ 5 km de Thai Nguyen est dédié aux génies des montagnes et des eaux. Les génies des eaux étaient figurés sous la forme de deux serpents. Des statues en bois laqué, l’une en noir, l’autre en blanc, représentaient ces génies, directeurs des mouvements des eaux.  Autrefois des cérémonies officielles et des joutes sur le Song Cau avaient lieu en leur honneur au 7ème mois.
Le Temple Duong est érigé sur le mont Diem Son, au village de Dong Dat au km 101 de la route Hanoï-Thai Nguyen-Bac Can. On remarque au milieu de la montagne un grand rocher escarpé rappelant  la forme d’une muraille verticale et formant aux deux extrémités les bras d’un trône. Des temples élevés sur trois parties échelonnées sont dédiés à Duong Tu Minh, originaire du village de Quang Chieu. Ce génie remporta de son vivant plusieurs victoires sur les troupes chinoises, sous la dynastie des Ly. A la suite de ces expéditions militaires, il fut nommé Cau Quan Duyen Bien et mourut peu de temps après à cet endroit. Le temple construit par un roi des Ly, en l’honneur de ce héros de guerre, date de 750 ans.
On trouve une source chaude aux environs du km 10 de la RP. N°13, à proximité du village de Nang Hoang. L’eau de source a une température supérieure à 50°, elle dégage quelques vapeurs et une odeur nettement sulfureuse.
(Comité de Rédaction)
Ville de Haiphong (AP1339)
C’est par le traité franco-annamite du 15 mars 1874 qu’une concession a été accordée à la France sur une zone marécageuse où Haï Phong a été créée en 1876. Remblais faits et rues tracées par le Résident Bonnal en 1885. Port aménagé. Les navires qui calent entre 5 et 8 mètres sont obligés d’attendre la marée dont l’amplitude est de 3 mètres. Il n’y en a qu’une par jour.
Ils remontent d’abord le Cua (=embouchure) Nam Triéu, utilisent ensuite une coupure artificielle faite en 1902 dans l’île sableuse de Dinh Vu et remontent enfin une partie du Cua Cam. C’est le nom donné à l’embouchure du Sông Kinh Thay, défluent du Sông Thaï Binh. Ce parcours de 25 km doit être constamment dragué. Le port de Haiphong, en forme de rade sur le Cua Cam, fait 5 km de long. Nombreuses industries.
Population (en 1000 habitants): 1900: 18    – 1920 : 60    -1925 : 100    – 1933 : 120    – 1963 : 369    -1981 : 1279    – 1993 : 1456.
(Comité de Rédaction)
Ville de Phu Ly (AP1343)
Au lieu dit Chau Cau (qui signifie « joli pont ») en souvenir d’un pont en bois aujourd’hui disparu.
Siège provincial de Ha Nam. Résidence. Marché.
Le nom Phu Ly est une abréviation populaire de l’ancien Phu Ly Nham. La citadelle, construite en 1804 pour le siège des autorités provinciales du Son Nam Thuong Chan , a été abattue en 1890 pour remblayer la nouvelle ville. La province fit partie au temps des Han du Quan de Giao Chi puis à l’époque des Tang, du chau de Truong. Le caractère Ly fut remplacé puis supprimé sous Bao Dai.
Phu Ly se trouve sur la voie ferrée entre Hanoï et Nam Dinh, au Km 58 (voir AP1341)
(D’après le Guide Madrolle – Indochine du Nord – 1939)
Ville et province de Son Tay (AP1345)
Siège provincial sur la rive droite et à 1700 m du Fleuve Rouge. 6000 habitants. Résidence. Marché.
La ville officielle annamite fut enclose dans une citadelle sous Ming Mang. L’Amiral Courbet s’en empara en 1883 (voir AP1254) .
A la fin du XVème siècle, la province fut appelée Son Tay et forma successivement un Su, un Chan et un Tinh. En 1830, la fonction de Tong Doc fut créée et le siège de l’administration provinciale transféré au site actuel.
La population est annamite, sauf autour du Mont Tan Vien où les habitants sont de race indonésienne.
(D’après le Guide Madrolle – Indochine du Nord – 1939)
Japon et Viêt Nam (AP1363)
Lorsque, vers le XVème siècle, les Japonais eurent appris des Chinois à construire des jonques de haute mer, cet armement fut surtout dirigé de Nagasaki vers les ports vietnamiens de Tourane et de Fai Fo, particulièrement entre 1592 (institution des permis de navigation dits « brevets à sceaux rouges » et 1636 (édit qui mit fin à la navigation au long cours).
Des documents importants, plus nombreux au Japon qu’au Viêt Nam, l’attestent. Mais les transactions purement mercantiles qui en résultèrent n’influencèrent en rien la culture des deux pays. Les Japonais importaient des armes, des parasols, des éventails, des vases, des chaufferettes et des miroirs (Louis Finot – Les rapports historiques du Japon et de l’Indochine, in Extême-Asie, 1929). Il y eut quelques mariages entre Vietnamiens et Japonais.
(Extrait de Connaissance du Viêt Nam – Pierre Huard et Maurice Durand – Réédit. EFEO 2002)
Ecole Française d’Extrême-Orient (EFEO) (AP1364)
 » Créée à Saïgon à l’instigation de l’Académie des inscriptions et belles-lettres en 1898, la Mission archéologique d’Indochine devient l’École française d’Extrême-Orient par arrêté du 20 janvier 1900, tandis que son siège est transféré peu après à Hanoï. A l’origine, elle a pour mission de travailler à l’exploration archéologique, à la collecte des manuscrits, à la conservation des monuments, à l’étude du patrimoine linguistique des régions qui furent l’Indochine française et de contribuer par ailleurs à l’étude de l’histoire de toutes les civilisations asiatiques depuis l’Inde jusqu’au Japon.
L’École française d’Extrême-Orient étend peu à peu ses installations avec la création, à Hanoï, d’une bibliothèque et d’un musée. Puis, à partir de 1907, elle obtient le service public de la Conservation du site monumental d’Angkor, au Cambodge. C’est donc sous la direction des archéologues et des architectes de l’EFEO que sont entrepris les travaux de repérage et d’entretien des sites ainsi que les relevés topographiques et photographiques de l’ancienne cité royale khmère, puis les grands travaux de reconstitution par la méthode de l’anastylose. Le chantier d’Angkor, en 1970, était l’un des plus grands chantiers archéologiques du monde.
Conséquence des événements politiques, l’EFEO est contrainte de quitter Hanoï en 1957, et le Cambodge en 1972. Le siège central de l’EFEO s’installe à Paris en 1968, dans l’immeuble de la Maison de l’Asie, 22 avenue du Président Wilson. L’EFEO modifie alors son type d’implantation. Un centre permanent est ouvert à Pondichéry, en Inde, dès 1955, chargé de recherches en histoire et en indologie. À Jakarta, un centre permanent de l’EFEO fonctionne depuis la fin des années 1950 et accueille aussi bien des spécialistes d’épigraphie religieuse que des archéologues. Tandis qu’est créé à Kyoto, en 1968, l’Institut du Hobogirin, où des spécialistes de l’histoire du bouddhisme sont installés dans une dépendance du grand temple Zen du Shokokuji. De même est ouvert à Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande, en 1975, un centre de recherche pour l’étude des textes anciens du bouddhisme de la région.
Plus récemment, en 1987, une antenne a été créée à Kuala Lumpur, puis en 1989 à Hong Kong, où l’École est accueillie par l’Université chinoise. Au Cambodge, l’EFEO a rouvert un centre à Phom Penh en 1990, puis repris les activités qu’elle menait précédemment sur le vaste complexe d’Angkor. Parallèlement, en 1993, une convention signée avec les autorités laotiennes permettait l’ouverture d’un centre permanent à Vientiane et un accord avec les autorités vietnamiennes se traduisait par la réouverture d’un centre à Hanoï. Confirmant sa présence en Chine, l’École a créé en 1992 un centre à Taipei, au sein même de l’Academia Sinica, puis en 1997 à Pékin. Deux antennes ont été créées en outre en 1994, à Tokyo et Séoul ».
(Texte extrait du site internet de l’EFEO – 2004)
La Citadelle de Hanoï (AP1369)
En 1805, trois ans après son accession au trône, Gia Long fit reconstruire la citadelle de Hanoï, qui avait été gravement endommagée au cours des luttes contre les Tây Son. Comme toutes celles qui furent construites à cette époque, cette citadelle s’inspira des ouvrages défensifs dits « à la Vauban ». L’évêque d’Adran avait traduit pour son protégé Nguyen Anh des livres militaires français traitant de l’art des fortifications. Olivier de Puymanel, compagnon de l’évêque, qui construisit la citadelle de Saïgon, était mort en 1799 et n’a donc pas pu participer à la construction de celle de Hanoï. Mais le plan fut sans doute tracé par un des officiers français demeurés auprès de Gia Long, Vannier, Chaigneau, de Forsans ou Despiau ; il fut néanmoins remanié par les mandarins pour se conformer aux contraintes géomantiques.
La citadelle formait un vaste quadrilatère d’environ 1200 mètres de côté, orientée sensiblement Nord-Sud. Chacune des faces présentait des bastions (ouvrages avancés à deux flancs) séparés par des courtines (murs joignant les flancs de deux bastions). Aux angles s’élèvaient des demi-bastions. Chaque face comptait donc deux bastions, deux demi-bastions et trois courtines. Une porte monumentale s’ouvrait au milieu des faces ouest, nord et est, tandis que la face sud comptait deux portes, sud-ouest et sud-est. Il ne subsiste plus actuellement que la porte nord, construction imposante en briques avec un passage intérieur voûté de 23 de mètres de long, surmonté d’un mirador et fermé par une porte de bois massive. Les portes étaient protégées par des demi-lunes (ouvrages extérieurs en avant de la muraille). Un passage était aménagé sur une des faces de la demi-lune, fermé par une porte en bois. C’est le passage de la demi-lune Est qui figure sur notre vignette.
Tout autour de la citadelle courrait un fossé d’une largeur de 15 à 18 mètres et d’une profondeur d’environ 5 mètres inondé de façon permanente. Ce fossé était bordé d’une berme avec escarpe et contrescarpe. La hauteur du rempart au-dessus de la berme était d’environ 5 mètres.
La technique occidentale ne pouvait suffire à elle seule à assurer l’invulnérabilité de la citadelle. Il fallait aussi que son orientation et sa construction répondissent à des conditions magiques extrêmement rigoureuses. Au IXème siècle déjà, le gouverneur chinois Cao Bien avait reconnu que la configuration du site de la ville de Hanoï affectait la forme d’un dragon dont le nombril se trouvait à l’emplacement du temple de Bach Ma, le « Cheval Blanc », toutes conditions géomantiques extrêmement favorables. De la citadelle de Hanoï, on a pu dire qu’elle était le type même de la « citadelle géomantique ». Son orientation précise et celle de ses principaux monuments furent donc déterminées à l’aide de la boussole des géomanciens et les plans des officiers français modifiés pour tenir compte de ces données. En 1835, sous Minh Mang, les remparts furent même écrêtés, toujours pour des raisons géomantiques et leur hauteur fut réduite de 70 centimètres.
Pour renforcer les influences favorables du site, des collines artificielles, buttes géomantiques, avaient été élevées dès le XIème siècle, sous l’empereur Ly Thai To. Ces collines sont au nombre de cinq, correspondant aux éléments et aux planètes :
–   la plus importante de ces buttes, considérée comme le palladium et le nombril de la ville, est le Nung Son placé à l’endroit même où le génie Bach Ma apparut à Cao Bien  et sur laquelle Ly Thai To édifia son palais impérial;
–   le Tam Son, montagne aux trois sommets se trouve à proximité de la porte nord. Il aurait appartenu à la fois, en vertu de sa double forme, aux éléments Eau et Terre qui correspondent aux planètes Mercure et Saturne. L’attribut de Saturne est la fidélité et c’est le lieu que choisit Hoang Dieu pour se suicider, après la perte de la citadelle en 1882, pour marquer sa fidélité à son souverain ; l’autre partie de ce tumulus, en forme de coupole, appartenait à la planète Mercure et se rapportait au Nord. Elle touchait à la porte septentrionale, près du temple de Tran Vu, le « grand Bouddha » qui gouverne cette partie de l’univers ;
–   le Khan Son, situé à l’Ouest représentait la planète Vénus et l’élément Métal qui gouverne l’occident ;
–   la colline Thai Hoa, dans la partie orientale de la cité représentait Jupiter et l’élément Bois qui régit l’Est. Le tumulus disparut lors de la construction des premiers bâtiments militaires de la citadelle ;
–   enfin, au Sud, un tumulus tenait lieu de la planète Mars et de l’élément Feu qui gouverne le Midi. Sur cette hauteur fut édifiée la tour  qui devint, sous les Nguyen, le mât du drapeau ou Mirador.
Mais tout l’art de Vauban et toute la science des géomanciens ne suffirent pas pour protéger la citadelle et elle fut enlevée successivement le 19 novembre 1873 par la petite troupe de Francis Garnier et, le 25 avril 1882, par l’expédition d’Henri Rivière.
La démolition de la citadelle fut décidée en 1894 et un contrat passé entre le Gouverneur général de Lanessan et un entrepreneur parisien. Ce contrat prévoyait qu’en payement de cette démolition, du comblement des fossés et des mares et de l’ouverture de voies sur les terrains dégagés, le concessionnaire recevrait une somme de 60.000 francs  et la propriété des terrains déclassés, à l’exception de 5 hectares, réservés au Protectorat.
Après ces travaux de démolition, il ne subsistait plus de la citadelle de Gia Long que de rares vestiges, la porte Nord, la porte monumentale de l’ancien palais royal, au centre de la Citadelle, la « pagode royale » et le Mirador ou tour du drapeau.
La pagode royale, désignée lors de la conquête sous l’appellation de « temple de l’Esprit du Roi » s’élevait exactement sur le tertre Nung Son. Depuis que la ville de Hanoï n’était plus la capitale du royaume, il servait de simple gîte d’étape lors des déplacements de la Cour. Certaines photos de Hocquard nous en ont conservé l’allure générale. Ce bâtiment était édifié sur une vaste terrasse à laquelle on accédait par des escaliers dont les rampes étaient ornées de dragons. L’escalier triple de la face Sud, avec des dragons « naturalistes » au centre et des dragons très stylisés aux extrémités est donné par Bezacier comme un très bel exemple de la sculpture vietnamienne au XVème siècle. Francis Garnier s’installa dans ce bâtiment en 1873 et Henri Rivière l’utilisa comme corps de garde de la compagnie en le transformant en réduit fortifié. En 1885, ce réduit ne présentant plus d’intérêt militaire fut détruit et remplacé par le banal bâtiment de la direction de l’Artillerie.
Au Sud et dans l’axe de la pagode royale s’élève le Mirador, tour en brique d’une quarantaine de mètres de haut appelée « mât du drapeau », Cot Co, parce qu’on y hissait le drapeau jaune de l’empereur les jours de fête. Construit sous Gia Long en 1812, ce monument se compose à la base de trois terrasses rectangulaires décroissantes, la terrasse inférieure mesurant 42 mètres de côté, la supérieure 15 mètres. Au-dessus s’élève une tour octogonale en briques de 18 mètres de haut et de 2 mètres de côté, surmontée d’une guérite et de la hampe du drapeau.
La décision de démolir complètement la citadelle fut prise pour des raisons mal définies et on ne peut que la déplorer. Le contrat passé avec l’entrepreneur parisien fut, à l’époque, vivement critiqué. Doumer, arrivé en Indochine en 1897, écrivit :
« J’arrivai trop tard pour sauver les parties intéressantes. Les portes, en particulier, méritaient d’être conservées. Elles avaient un grand caractère auquel s’ajoutaient, pour leur donner droit à notre respect, les souvenirs historiques qui y étaient attachés. Elles auraient embelli les quartiers de la ville et n’auraient pas plus gêné la circulation et contrarié les alignements que ne le fait à Paris, toutes proportions gardées, l’arc de triomphe de l’Etoile. »
(Comité de Rédaction)
Hanoi – Petit Lac – Légende de l’épée restituée (AP1370)
 » Le Petit Lac est le site le plus séduisant de Hanoï. Ses abords agréables ont été aménagés. Autrefois ses rives fangeuses étaient occupées par des paillotes. Il est auréolé de légendes auxquelles se rattache l’histoire du Viêt Nam.
Voici celle du Petit Lac.
Un jour, un pauvre pêcheur, Le Loi, exerçant sa profession sur le Petit Lac, ramena dans son filet une épée éclatante ; il eut l’intuition d’une communication céleste ; il dissimula cette épée et travailla secrètement à un soulèvement populaire contre les Chinois qui occupaient de nouveau le pays, depuis 1407 (voir AP1385). Auparavant, le Tonkin avait subi leur domination de façon presque permanente entre 111 av. J.C. et 939 après J.C. Puis se sentant assez fort, Le Loi se révolta ouvertement en 1418. Au bout de 10 ans, les Chinois furent chassés et Le Loi se fit introniser. Il est le fondateur de la dynastie des Le qui devait conserver le trône (excepté une courte période ) jusqu’en 1788. C’est lui qui donna à sa capitale, que nous appelons la Citadelle, le nom de « Tong King » transformé ultérieurement en « Tonkin » et étendu à toute la région. La ville commerçante s’appelait autrefois Ke Cho, qui signifie « le Marché par excellence ».
Le nom actuel de Hanoï, qui, à partir de 1831 seulement, a désigné à la fois une province et son chef-lieu, a été réservé exclusivement à cette ville en 1901, lorsque la province prit le nom de Hadong.
Pour rendre hommage au Génie du Lac, qui s’était manifesté sous la forme de cette épée à laquelle il devait la victoire, Le Loi se rendit en grande pompe sur les bords du Petit Lac. Alors, dans un fracas épouvantable, l’épée sortit elle-même du fourreau  ceint par le roi et se métamorphosa en un dragon couleur de jade qui disparut sous les eaux.
Cette version comporte des variantes dont la principale évoque une tortue sacrée qui aurait avalé l’épée échappée du fourreau. C’est de cette dernière légende que provient le nom vietnamien : « Ho Hoan Kiem », « Lac de l’épée restituée. »
(Extrait du guide « Les curiosités de Hanoï » – Service social et culturel – A l’attention des militaires. 1951)
Hanoï – Le pont Doumer (AP1371)
« Le pont Doumer lancé sur le Fleuve Rouge (voir AP3852) a été longtemps le symbole de la puissance stupéfiante des « diables de l’Ouest ». (Louis Malleret)
« Pour parachever leur oeuvre et la couronner en un défi angoissant, ils ont planté, dans le coeur même du plus terrible des fleuves, un pont si grand que la vue humaine ne peut en saisir les dimensions extrêmes.
Etonnés et terrifiés lorsqu’ils ont vu cette incrustation de fer résister aux génies du ciel, de la terre et de l’eau, les hommes d’Annam se sont dit tout bas que les géomanciens du pays de Langsa devaient posséder une science quasi céleste, pour avoir pu éviter, dans cette oeuvre colossale, de porter des coups à la veine du dragon »
(J. Marquet, cité par Louis Malleret – L’exotisme indochinois dans la littérature française – 1934).
Ce pont monumental de 1682m fut inauguré en février 1902 par le gouverneur général Doumer. Il est du système cantilever ou à contrepoids. Les piles, an nombre de 18 sont fondées sur des caissons métalliques descendus à 30 m sous l’étiage au moyen de l’air comprimé.
La longueur totale est divisée en 19 travées ; les poutres de rive ont 78,70 m. de portée ; les intermédiaires ont alternativement 75 m et 106,20 m. de portée (voir AP2153). Elles sont en acier doux. La distance d’axe en axe des poutres est de 4,75 m et il existe en dehors de ces poutres, de chaque côté, une voie charretière de 2,20 m ajoutée en 1922-23. Enfin, le pont est en palier et le niveau inférieur des poutres est à 13,50 m au-dessus de l’étiage, pour laisser une hauteur libre de 3 m au moment des plus fortes crues du fleuve (voir AP3747).
La voie ferrée de 1 m repose sur le pont par l’intermédiaire de longrines eu bois dur de Go Lim ; afin d’assurer le jeu de la dilatation, il est intercalé sur la longueur de la voie 10 appareils compensateurs. Le Pont Doumer a coûté env. 10.500.000 francs.
(D’après le Guide Madrolle – Indochine du Nord – 1939)
Sur ce pont passait la voie ferrée Hanoï-Haiphong et Hanoï-Lang Son.
De chaque côté, en encorbellement, passage de véhicules et de piétons, avec des garages tous les 250 mètres (voir AP2157).
Le pont se prolonge sur la terre ferme par un viaduc en pierre qui longe le côté est de la citadelle, le long du boulevard Henri d’Orléans.
(Comité de Rédaction)
Garde Indigène de l’Indochine (AP1372)
La Garde indigène, créée dès les premiers temps de l’occupation française, a rendu les plus grands services et l’on peut dire que, si la conquête proprement dite a été l’oeuvre de l’Armée régulière, en revanche c’est à la Garde indigène que sont dus la pacification intérieure du pays et l’anéantissement définitif des bandes armées qui pendant près de vingt ans après la signature des traités de paix, ravagèrent encore de nombreuses régions de la Colonie et tout spécialement celles voisines de la frontière de Chine.
Son statut d’ensemble est actuellement fixé par un décret du 30 mai 1915, modifié le 16 novembre 1921 et que ledit décret a autorisé le Gouverneur Général à prendre en vue d’organiser le personnel de ce corps, de répartir ses cadres français entre les divers pays où il doit être stationné, de fixer les règles relatives à l’exécution de son service, etc.
Sous réserve d’exceptions lorsque la Garde indigène passe sous le commandement de l’autorité militaire, cette force de police relève des chefs d’administration locale sous la haute autorité du Gouverneur Général et est placée sous les ordres directs des Administrateurs chefs de province et des commandants de territoire ou de leurs suppléants réguliers…/…
Les effectifs actuels sont de 5.332 hommes au Tonkin, 3.135 en Annam, 2475 au Cambodge, 1.705 au Laos et  360 au Kouang-Tchéou-Wan.
Les gardes indigènes sont recrutés sur place par les administrateurs chefs de Province, par voie d’appels ou d’engagements volontaires.
Les anciens gardes indigènes peuvent, pendant les 5 ans qui suivent leur libération, être rappelés au service avec leur ancien grade si besoin urgent, par l’administrateur chef de province.
Attributions :
1/ En temps normal, sous l’autorité du chef de province : les opérations relatives au maintien de la sécurité intérieure : rondes, reconnaissances, colonnes de police, escortes, convois, garde des bâtiments administratifs, garde des prisonniers, police des voies de communication.
2/ Sous le  commandement de l’autorité militaire. En cas de proclamation de l’état de siège, de guerre, de trouble insurrectionnel ou de tension politique, la Garde Indigène passe automatiquement sous le commandement de l’autorité militaire…/…
(Extrait de « Administrations et Services publics Indochinois » – Galembert – Le Van Tan 1931)
Papier et papetiers (AP1373)
Les papetiers étaient localisés, dans le Nord Viêt Nam, au village de Phu Dinh (province de Hung Hoa) et au village du papier (Lan Buoi) aux portes de Hanoï.
Les écorces de Bo De (Ficus religiosa), Cay Ro (Rhamnoneuron Balansae) semblable au Mitsumita japonais, Cay Giuong (mûrier à papier, Broussonetia papyrifera), constituent la matière première à partir de laquelle se fabrique le papier.
La fabrication se déroule ainsi :
     1- Macération dans un bain d’eau de chaux (voir AP1393) ;
     2- Séchage, lavage et broyage dans des mortiers en pierre sous des pilons à bascule pour obtenir la pâte à papier ;
     3- Dilution de la pâte dans des réservoirs de bois contenant de l’eau additionnée de copeaux de Mo Go (Litsea polyantha). Ils contiennent un mucilage qui sert de liant ;
     4- Saisie de la pâte sur des cadres de bois dont le fond est formé d’un fin treillis ;
     5- On obtient ainsi des feuilles de papier qui sont mises sous presse pour en exprimer l’eau, séparées et séchées.
On obtenait ainsi du papier écolier blanc, première catégorie, Giay Ban ; du papier blanc, deuxième catégorie, Giay Moi ; du papier d’emballage, Giay Phen.
La famille Lai, du hameau de Trung Hà, a fabriqué depuis plusieurs siècles le papier destiné aux brevets impériaux (Giay Sac).
L’imprimerie xylographique fut vulgarisée dans le delta du Fleuve Rouge par Luong Nhu Hoc, ambassadeur de la Cour d’Annam en Chine vers le milieu du XVème siècle. Jusque là on avait toujours eu recours à des ouvriers chinois.
Malgré cela, le nombre des manuscrits l’emporte dans les archives vietnamiennes sur celui des imprimés. L’imprimerie a peu servi à sauver ce qui reste du patrimoine intellectuel du Viêt Nam (E. Gaspardone).
 (Extrait de Connaissance du Viêt Nam – Pierre Huard et Maurice Durand – Réédit. EFEO 2002)
Hanoï – La Digue Parreau (AP1383)
La promenade favorite des Hanoïens, de 5 à 7 heures du soir, est celle de l’avenue Parreau, chaussée en remblai de 2 kilomètres 600, faisant suite au Jardin botanique pour aboutir au village du Papier.
Cette route repose sur les retranchements septentrionaux des anciennes résidences des gouverneurs chinois et des cités royales des Ly et des Trân, c’est-à-dire de l’oppidum chinois de Dai La ou La Thânh et de la ville royale de Thang Long.
Ce sont ces levées de terre que les Européens, par un anachronisme injustifiable, appellent la « Digue » Parreau, du nom d’un commandant, premier résident-maire de Hanoï (1885).
Sur la digue, on rencontre plusieurs tumuli. Ce sont des collines artificielles élevées à l’époque des T’ang, dans la Dai La restaurée (IXe siècle), pour améliorer les influences géomantiques de la cité, récemment mise au pillage et occupée par les Nan Tchao.
Le Champ de Courses se trouvait à proximité.
(D’après le guide Madrolle – Hachette, 1939)
Hanoï – Pagode du  Grand Bouddha – Temple de Tran Vu (AP1392)
Le temple de Tran Vu est un « Den » consacré au Génie gardien du Nord dans le panthéon taoïste, devenu pour les Vietnamiens le Dieu de la guerre et le protecteur du royaume. L’énorme statue de bronze qu’il contient le fit baptiser  » Pagode du Grand Bouddha  » par les premiers Européens séjournant à Hanoï.
Ce temple se trouve au nord de la ville, en bordure du Grand Lac, ou Lac de l’Ouest, Ho Tay, au coin de l’avenue du Grand Bouddha et de la digue  qui sépare le Grand Lac du lac Truc Bach. Un escalier d’une quinzaine de marches conduit du niveau du lac aux quatre piliers formant portique au niveau de la digue. Ces quatre piliers de maçonnerie sont couronnés par des lions debout ou des motifs en forme de fleurs de lotus, avec une ouverture centrale, les petits piliers des extrémités étant reliés aux piliers centraux par une murette décorée d’un tigre en bas relief. (Voir AP3704).
Un portail monumental en maçonnerie donne accès à la cour antérieure de la pagode. Il est surmonté d’un étage et d’un clocheton qui abrite une énorme cloche de bronze de 1,60 mètre de haut (voir AP3647).
Le portail est flanqué de pylônes ornés de sentences poétiques : « La brise qui vient rafraîchir le temple sort de la cime de la montagne Nung. » (voir AP 3680). La route de la digue passait autrefois entre les piliers et le portail (voir AP 3710). Elle passe désormais en avant des piliers.
Quand on a franchi le portail, une vaste cour dallée et plantée de manguiers précède le temple, (voir AP 3712) avec de chaque côté des éléphants en maçonnerie montant la garde et des bâtiments couverts qui peuvent servir d’abri aux visiteurs et aux marchands (voir AP 3853).
Au centre de la cour, devant le bâtiment principal du temple, un gros rocher couvert de végétation, le Nui Non Bo est placé au milieu d’un bassin en maçonnerie.
Le temple à proprement parler contient la statue monumentale en bronze de Tran Vu, le « guerrier sombre » qui garde la partie Nord du ciel. Cette statue, qui fut coulée à la fin du XVIIème siècle, mesure plus de 3 mètres de haut et pèse  près de 4 tonnes, ce qui en fait une des plus grandes du pays. Le génie a le bras gauche ployé, la main tournée vers le ciel avec le petit doigt et l’index dressés à hauteur de la poitrine. La main droite s’appuie sur la poignée d’un glaive autour duquel s’enroule un serpent et dont la pointe repose sur la carapace d’une tortue. Les pieds du génie sont nus et rendus brillants et polis par les caresses des visiteurs.
En arrière du temple se trouvent des bâtiments annexes consacrés au Génie de la Littérature et au Dieu de la Guerre.
(Comité de Rédaction)
Hanoï – Village de Papier (AP1393)
 » Le site du Village du Papier, très pittoresque, près du carrefour de la route de Son Tay, est très fréquenté. Le village tire son nom de l’importance des fabriques traditionnelles de papier qui y sont installées.
C’est ici que l’enseigne de vaisseau Balny d’Avricourt, repoussé de Hoai Duc, tombait avec deux matelots au moment même où, sur la digue voisine, Francis Garnier était tué (décembre 1873).
Dans le village, un autel en plein air sur lequel est écrit le caractère Tho (Longévité). Non loin de là, un petit édicule est élevé à un esprit femelle redoutable dont on craint même de prononcer le nom.
Sur la digue Francis Garnier, un monument a été élevé, en avant du village de Giang Vu à l’intrépide Francis Garnier tué avec le fourrier Dagorn par les Pavillons Noirs le 21 décembre 1873.
A la route de Ha Dong, on rejoint la ligne du tramway « .
(D’après le Guide Madrolle – Indochine du Nord – 1939)
Le programme ferroviaire de 1898 de Paul Doumer (AP1396)
On désigne sous ce nom le vaste programme de voies ferrées mis au point dès 1896 par le gouverneur général Doumer à partir d’un projet déjà ébauché par ses prédécesseurs et dont la réalisation a comporté la construction de toutes les lignes de chemins de fer actuellement ouvertes à l’exploitation en Indochine…/… Le programme envisagé prévoyait essentiellement la création de deux grandes artères :
–   d’une part, une ligne de pénétration au Yunnan, destinée à drainer vers le Golfe du Tonkin le trafic de cette province chinoise ; la construction de cette ligne était rendue possible par la Convention franco-chinoise d’avril 1898 qui accordait à l’Indochine la construction d’une voie ferrée à établir entre Lao Kay et Yunnanfou ;
–  d’autre part, une ligne suivant la côte, destinée à réunir les divers pays de l’Union par la construction de la grande voie Transindochinoise Hanoï-Saïgon-Phnom Penh.
Pour cette dernière liaison, deux parcours étaient possibles :
– le premier passait par Sam Neua et rattrapait le Mékong pour le suivre. Avantages : désenclaver le Laos et le Cambodge, objets de convoitise et de pression économique du Siam ; parcours sans grandes difficultés. Inconvénients : peu d’arrière-pays et donc faiblesse du trafic à escompter ; mauvaise humeur de l’Empereur d’Annam.
– le second suivait la côte. Inconvénients : parcours plus long ; difficultés techniques importantes (arêtes montagneuses, fleuves) ; menace de dégâts par les typhons. Avantages : les régions traversées sont riches et peuplées ; renforcement de l’unité du pays annamite.
C’est donc le tracé côtier qui a été retenu, avec des pénétrantes est-ouest pour désenclaver le  Laos et les Hauts plateaux. Le réseau, à voie métrique et unique, serait construit et exploité par l’Etat, sur fonds publics. Ce programme défendu devant le Parlement par le Gouverneur Général Doumer lui-même, fut approuvé par la loi du 25 décembre 1898.
Aux termes de cette loi, la colonie était autorisée à émettre un emprunt de 200 millions de francs à 3 ½%, remboursable en 75 ans, non garanti par l’Etat français. Le montant de cet emprunt devait servir à l’exécution des lignes ci-dessous désignées :
Lignes : Haiphong à Hanoï et à Lao Kay (383 km) ; Hanoï à Vinh (326 km) ; Tourane à Hué et Quang Tri (175 km) ; Saïgon-Khanh Hoa-Langbian (650 km) ; Mytho-Vinh Long-Can Tho (93 km). Soit un total de 1.627 km.
L’emprunt fut réalisé en trois tranches successives (1899, 1902 et 1905) et permit de mener à bien la construction des lignes prévues, à l’exception de l’embranchement du Langbian, qui fut arrêté à Krong Pha et de la ligne My Tho – Can Tho dont l’exécution fut ajournée.
Les premiers travaux furent entrepris en 1901. « 
(d’après A.A. Pouyanne – Les Travaux Publics de l’Indochine – IDEO – 1926)
Le plan Doumer prévoyait également des voies de pénétration vers le Laos.
De ce vaste programme l’essentiel fut réalisé :
–              le chemin de fer de Hanoï à Lang Son, prolongé jusqu’à Dong Dang (voir AP3613) ;
–              le « Transindochinois », de Hanoï à Saigon  (voir AP2122) ;
–              le chemin de fer du Yunnnan, de Haiphong à Yunnanfou (voir AP2125) ;
–              Le chemin de fer de Tourcham à Dalat (voir AP3495).
La ligne de l’Ouest cochinchinois vers My Tho, Vinh Long, Can Tho, amorce de la voie ferrée vers Phnom Penh, ne fut réalisée que jusqu’à My Tho. Mais une voie ferrée fut construite de Phnom Penh à la frontière du Siam.
Les voies de pénétration vers le Laos ne furent jamais réalisées, à l’exception de la voie de Tan Ap à la frontière du Laos (voir AP4998)
(Comité de Rédaction)
La baie d’Along (AP1398)
La baie d’Along (écrit plus correctement « baie de Ha Long ») s’étend sur 150 km de long et 50 de large, soit 7500 km². C’est un véritable chaos de rochers dentelés au milieu de la mer, avec de nombreuses grottes, tunnels, cirques, baies, chenaux, passages, passes. Il s’agit de résidus d’un massif calcaire de la fin de l’ère primaire, étage ouralien, qui s’est trouvé envahi par la mer par suite d’effondrements. La plupart des rochers ont environ 80 m de haut, mais sur les îles plus importantes on trouve des sommets de 150 à 300 m. Ils sont recouverts de pins, cyprès et arbustes aux contorsions extraordinaires, de lianes, de saxifrages. Ils affectent des formes extrêmement bizarres qui leur ont fait donner des sobriquets par les Européens, sans tenir compte des appellations déjà données par les Chinois ou les Annamites. Plus de 3000 îles. Site classé par l’Unesco comme patrimoine mondial le 14 décembre 1994.
Ha Long signifie en sino-annamite « le dragon qui descend ». D’après les légendes chinoises, le dragon est un reptile qui monte au ciel à l’équinoxe du printemps et se cache au fond des eaux à celui d’automne, réglant ainsi marées et courants aquatiques.
Ce que l’on appelle Baie d’Along comprend en fait plusieurs parties. En allant de l’ouest vers l’est :
      1) La baie d’Along proprement dite, limitée au nord par la côte de Hon Gay et au sud par la grande île de la Cat Ba (= sable/abîme) dont le sommet culmine à 321 m (voir AP3446).
-Au nord de celle-ci, plusieurs îles dont, du nord au sud, celle des Merveilles (189 m) avec sa grotte féerique (voir AP3431), des Marionnettes, du Cimetière où sont enterrés les marins du « Courbet ».
-A l’est, idem dont celle de La Surprise (189m) avec son cirque et sa grotte à stalactites, sa baie.
-Au sud, idem dont celles de L’Union, de La Paix, du Canot (avec l’épave du croiseur ‘Sully » qui y a coulé le 7 février 1905 (voir AP1399), îles séparées de la Cat Ba par la « Passe Profonde ».
      2) Une double ligne d’îles et d’îlots orientés NO-SE commençant tout près de Hon Gay : îles du Repère, du Trèfle, du Collier, du Brandon, séparées des précédentes par la Passe Henriette.
      3) Plus à l’est, la Baie de Faï Tsi long (ou Phà Si Long) (=aux dents cassées/le dragon), limitée au nord par un massif calcaire terrestre pareillement déchiqueté. Entre la route 18 qui relie Hon Gay à Cam Pha et la mer, près de Quang Hinh, se trouve le Tunnel de la Douane (cavité de près de 1 km creusée par les actions des marées et d’un ruisseau qui a élargi une fissure. On peut naviguer sous sa voûte féerique à marée haute, mais en sampan seulement).
      4) Plus à l’est encore, l’archipel des Faï Tsi Long où les îles s’allongent en arc de cercle autour de Cam Pha et de Ké Bao : îles Longue, de La Table, aux Sangliers,…
Avec, plus au large, les îles Kao T’éou (ou Kao Tao, ou Gow Tow, ou Cô Tô) fréquentées par les pêcheurs chinois de Peï Haï (Pak Hoï du temps où il y avait une concession française, rendue en 1945).
      5) Encore plus au nord-est, quelques îles allongées face à Ha Coï, que l’on peut rattacher à l’ensemble d’Along bien qu’elles soient de grès rouge.
      6) Enfin, à 25 km au sud de la Cat Ba, l’archipel des Norway (ou Kuy Nung Chao, ou Long Chau) avec son phare…/…
Les sampans (du chinois San Pan = 3 planches), sont de petites embarcations non pontées construites avec 3 planches, comme le nom l’indique (mais le même mot de sampan désigne aussi les barques un peu plus grandes, pontées, sur lesquelles un abri en paillote permet à une famille d’y vivre).
Les jonques (du javanais Djong), bateaux plus importants, pontés et à voiles.
Les mots « baie d’Along » se retrouvent historiquement dans les accords ou les entrevues entre représentants français et vietnamiens (voir AP0852).
(Comité de Rédaction)
Ville de Saïgon – Historique (AP1410)
La région de Saïgon a été sous domination khmère dès le milieu du VIIème siècle. Ce site qui en fait se trouvait sur l’actuelle Cholon était appelé Prey Kor, qui veut dire « Forêt Royale ». Les Cambodgiens plantaient beaucoup de kapokiers autour de leurs anciennes forteresses en terre. Ce fut un centre commercial actif et le siège d’un vice-roi du Cambodge.
Au royaume voisin d’Annam on a appelé ce site cambodgien « Tay Cong » qui veut dire Capitale de l’Ouest. Mais on dit aussi que les Annamites auraient désigné ce site par Sai Gon qui voulait dire Bois/Kapokiers. Toujours est-il que sur des cartes européennes anciennes on trouve la mention de Saïgon. Et les Français l’ont reprise sans modification.
La domination annamite sur la région date de 1674 et un vice-roi d’Annam (un Kinh Luoc) s’y installa en lui donnant le nom de Gia Dinh (=Parfaite/tranquillité). La ville fut assez prospère sous Gia Long qui, l’ayant reconquise en 1788 sur les Tay Son avec l’aide des Français, fit construire une citadelle en 1790 par Olivier de Puymanel (sur l’emplacement de l’actuelle cathédrale). Mais elle déclina lorsque Gia Long transféra sa capitale à Hué en 1802, laissant sur place comme vice-roi le général Lê Van Duyêt dont le tombeau et le temple se trouvent dans l’actuelle Gia Dinh.
En 1832 Le Van Khoï se révolta à Saïgon contre l’Empereur Minh Mang. Celui-ci reprit la ville en 1834 et fit exécuter les rebelles dans la Plaine des Tombeaux. Il rasa la grande forteresse de Gia Long et construisit un fort à l’emplacement de ce qui sera plus tard, sous les Français, la caserne de l’infanterie coloniale. La ville fut également rasée et il ne resta qu’un petit village, à Cho Quan, sur l’Arroyo Chinois, entre Saïgon et Cholon, où se trouve actuellement la centrale électrique.
Les Français se sont installés à Saïgon en 1859. Prise le 17 février par l’amiral Rigault de Genouilly du fortin construit sous Minh Mang ; installation consolidée lorsque l’amiral Charner prit le 7 février 1861 la ligne des fortins de Chi Hoa, à environ 6km au NW de Saigon. Et c’est l’amiral Bonard qui est à la base de la ville moderne lorsqu’il a chargé en 1862 le colonel du Génie Coffyn de faire les plans d’une agglomération de 500.000 habitants.
Population (en 1000 habitants) :
Saïgon :
1859 :  8 ; 1880 : 13 ;
1905 : 50 ; 1920 : 90 ;
1926 : 140 ; 1939 : 190 ;
Agglomération (avec Cholon et autres) :
1926 : 340 ; 1939 : 400 ; 1965 : 1830 ;
1975 : 4200 ; 1993 : 3169 ; 1999 : 4549.
(Comité de Rédaction)
Théâtre et morale (AP1413) – Voir photographie AP4644 planche 5
« …/…Voici un exemple de trame.
Un grand dignitaire de la Cour, dévoué au roi, victime un jour des machinations d’un traître, accepte froidement la mort en recevant un simple verdict royal suivi d’un triple cadeau macabre : la corde, l’épée et le poison. Condamnation de faveur due à son rang, mais condamnation sans jugement et sans appel. Tel est le cas de ce généralissime Tong Nhac Phi qui avant d’absorber le breuvage funeste, prit la précaution de tuer son fils et son gendre, guerriers de valeur, de peur qu’ils ne le vengent des auteurs de sa mort, en l’espèce son premier ministre et, par incidence, son roi. Quel crime était plus flétri par la morale que celui de lèse-majesté ! Les exemples abondent du dévouement héroïque à la cause de la royauté. Ce même Tong Nhac Phi avait un disciple. Celui-ci sachant d’avance le sort qui attendait son maître lui déconseilla de revenir à la Cour ; il insista, supplia, implora. Rien n’y fit. A aucun prix, Nhac Phi ne voulait passer pour un traître.
Son disciple, désespéré à la pensée de la mort de son maître, se tua en se brisant la tète contre une pierre…/… »
(Extrait des  » Cahiers de Jeunesse  » – 10 juillet 1937 –  Tran Dang Khoa)
Les personnages du théâtre annamite (AP1414) – Voir photographie AP4644 planche 5
« …/…Ce sont les mêmes personnages qui se retrouvent dans toutes les pièces. Leurs rôles y sont sensiblement les mêmes : ils agissent selon des mobiles identiques. Seuls leurs noms changent. C’est une des raisons de la ressemblance de toutes nos pièces. La description de ces principaux personnages typiques aidera à le comprendre mieux.
Il y a d’abord le Roi, le rôle représentatif par excellence, le principe de toute action. C’est une entité nécessaire, une personne morale de la plus haute importance. Tous les dévouements, toutes les activités convergent vers un but commun : le respect de sa personne, la conservation de sa dynastie. En général tout le drame est né de la présence aux côtés du roi d’un conseiller très écouté et ambitieux, un « Thai Su » qui profite de sa situation pour le trahir et le supplanter sur le trône. Il est secondé par ses partisans, souvent membres de sa famille. Les traîtres (Ninh) cherchent toujours à réduire à l’impuissance, voire  supprimer les mandarins fidèles au Roi (Trung) qui les contrarient dans leur entreprise. D’où un conflit sanglant, auquel le roi assiste, impuissant. Le conflit qui commence toujours par un abus de pouvoirs des traîtres finit toujours par la victoire des loyalistes, après bien des péripéties plus ou moins tragiques, où se sacrifient héroïquement quelques bons serviteurs du Roi (exil, prison, mort). Jusqu’aux scènes finales où ceux des loyalistes qui restent, prennent une revanche éclatante sur les traîtres et reçoivent de la royauté reconnaissante les plus insignes récompenses, tandis que ses ennemis qui ont tenté de fonder une oligarchie ou une nouvelle dynastie à leur profit se voient impitoyablement bannis et exécutés.
Les femmes participent aussi à ce conflit. Il y a 3 principaux rôles féminins :
– Le « Dao Thuong » rôle tragique où la femme souffre soit de la séparation forcée d’un époux, soit des menaces suspendues par les traîtres sur la tête de son enfant royal, héritier présomptif, soit des conséquences de la conduite de sa famille accusée de froideur envers la dynastie. Mère ou femme, elle travaille, bien qu’indirectement, pour la sauvegarde du régime avec une grandeur d’âme admirable.
– Il y a ensuite le « Dao Chien », rôle guerrier (voir AP1415) où la femme déploie toutes ses qualités militaires. Fait à remarquer dans les batailles où elle combat contre des hommes : elle en sort presque toujours victorieuse. Ici on fait souvent intervenir le merveilleux et le surnaturel. Les Annamites croient à la métempsychose, à la réincarnation des âmes. Les personnages de notre théâtre, doués de talents exceptionnels, sont en général des esprits envoyés du ciel pour accomplir une quelconque mission sur la terre. Ainsi ces femmes ou hommes qui montrent les plus grandes vertus guerrières et gagnent toutes les batailles, grâce à certains talismans ou formules magiques dont ils sont détenteurs et qu’il leur suffit d’exhiber ou de prononcer pour réduire l’ennemi à l’impuissance, émanent toujours de ces innombrables puissances divines qui peuplent le Ciel et qui leur ont communiqué avant leur venue sur la terre, tous ces instruments miraculeux de combat. Ainsi, certaines belligérantes, après quelques rencontres où elles ont senti l’infériorité de leur force physique, devant leur mâle adversaire, récitent une formule magique et, soudain, tombe du ciel une corde ou une épée qui vient capturer ou tuer l’ennemi.
– Il y a enfin le « Dao Dién », le rôle des « prétendues folles ». Certaines femmes voulant remplir un rôle important dans l’action d’un drame, se voient obligées, pour tromper l’attention et la surveillance de leurs puissants adversaires, de contrefaire les démentes…/… » (Les « Cahiers de Jeunesse » – 10 juillet 1937 –  Tran Dang Khoa)
Le palais des gouverneurs à Saïgon – Etapes de la construction (AP1420 première notule)
(Voir aussi : Gouverneurs militaires et civils de l’Indochine de 1858 à 1887 – AP1420 deuxième notule)
Le 3 février 1865, on pouvait lire dans le « Courrier de Saïgon », journal fondé par l’amiral de La Grandière, le communiqué suivant :
 » On s’occupe, en ce moment, des premières études relatives à la construction de l’hôtel qui doit servir de résidence définitive au Gouverneur. Un appel a été fait aux artistes et un prix de 4000 francs a été voté comme récompense à offrir à l’auteur du meilleur projet. Un emplacement de 15 hectares environ, choisi sur la partie culminante du plateau de Saigon, dans une situation très agréable, est destiné à contenir l’hôtel et ses dépendances, ainsi que les parcs, les jardins, les pelouses. Les arbres sont en assez petit nombre sur ce terrain, tout y est donc à créer. C’est un champ vaste et fertile ouvert à l’imagination des artistes. Espérons qu’elle ne demeurera pas inactive et que nous verrons bientôt s’élever les assises d’un édifice plus digne du chef de notre colonie, que les baraques provisoires qu’il habite en ce moment « .
Ce concours ne reçut qu’une seule réponse qui fut  jugée insuffisante. En 1866, Fleury, architecte-voyer de la Cochinchine, soumit une proposition qui prévoyait d’utiliser du granit venu de France pour les soubassements et de la pierre de Bourgogne pour les sculptures. Cette proposition fut également repoussée.
Le 20 avril 1865, le « Courrier de Saïgon », dans sa rubrique des nouvelles et des faits divers, faisait de nouveau le point de ce projet :
« Peu de personnes ont jusqu’ici répondu à l’appel fait au public au sujet des plans du nouvel hôtel du Gouvernement. Un seul travail (si nous sommes bien informés) avait été présenté au concours. Des nouvelles, puisées à d’autres sources, nous annoncent aujourd’hui que le prochain courrier de Singapore apportera au Gouverneur un plan complet, rédigé par des architectes expérimentés et qui paraît mériter d’être pris en très sérieuse considération. On ajoute même que des entrepreneurs se présenteraient, en même temps pour l’exécuter. Il est à souhaiter que ce bruit se confirme et qu’à défaut des particuliers, le Gouvernement donne un nouvel essor aux travaux de construction. »
Faute de trouver sur place les compétences requises pour l’exécution d’un tel projet, on va donc s’adresser aux responsables des colonies britanniques voisines qui ont déjà une grande expérience en ce domaine. C’est ainsi que le Gouverneur de Singapore et des Détroits communique à Saïgon un projet « qui paraît très approprié au climat et dont on tirera sans doute un parti utile ». Finalement un jeune architecte, Achille-Antoine Hermitte, sorti de l’Ecole des beaux-arts de Paris, lauréat du concours pour l’hôtel de ville de Hong Kong et auteur de la cathédrale de Canton fut engagé avec des appointements de trente-six mille francs annuels.
Le dimanche 23 février 1868 eut lieu la pose de la première pierre au milieu d’un nombreux concours de population. Le Gouverneur, accompagné des officiers et fonctionnaires présents à Saigon, présidait cette cérémonie.
Après une allocution de l’évêque, Mgr Miche, le gouverneur  retraça en quelques mots les phases rapides par lesquelles était passé le pays pour arriver au développement et à la prospérité qu’il avait atteints. Puis, aidé par M. Hermitte, il procéda à la mise en place de la première pierre, à deux mètres soixante au-dessous du niveau du sol, sur la première couche de terrain solide. Cette pierre était un cube de granit, extrait des carrières de Bien Hoa, de près de cinquante centimètres d’équarrissage renfermant une boîte en plomb qui contenait des pièces neuves en or, en argent et en bronze, à l’effigie de S.M. l’Empereur Napoléon III.
Le « Courrier de Saïgon » ajoutait en outre :
« Parmi les assistants on remarquait la famille du Gouverneur et plusieurs dames dont les équipages stationnaient à l’entrée du Parc qui entourera le Gouvernement… ; le sol était couvert de matériaux, de blocs de granit, de pierres et de briques destinés à faire partie de l’édifice. Les musiques du Gouvernement et de l’Infanterie de Marine ont augmenté le charme de cette fête, à laquelle n’a pas manqué la bruyante manifestation des fusées et des pétards brûlés par les ouvriers chinois employés sur les chantiers.
Le 20 décembre 1868, le même journal décrivait ainsi l’état des travaux du palais :
« Les travaux sont en pleine activité malgré la difficulté de main-d’œuvre dans ces localités qui a nécessité de faire venir un atelier complet de Canton et de Hongkong. Les fondations de 3 mètres à 3 m.50 de profondeur cubent ensemble 2436 m.c.848. 2 000.000 de briques ont été employées ; l’étage du soubassement ayant la partie basse en beau granit bleu de Bien Hoa, est terminé. L’étage au-dessus, formant rez-de-chaussée et où se trouvent les appartements de réception, est arrivé à la hauteur de l’entablement, c’est-à-dire à 10 mètres au-dessus du sol et l’on n’attend plus que la charpente du plancher bas ou rez-de-chaussée et celle du premier étage pour terminer entièrement, comme gros œuvre jusqu’au premier étage. Si la charpente en fer arrive en temps opportun, on pourra inaugurer ce bâtiment au mois de janvier 1870.
L’immense paillote recouvrant et protégeant travaux et travailleurs et dont l’application a été faite pour la première fois dans ces conditions est, nous le pensons, une heureuse innovation dans ces climats ».
L’architecte Hermitte quitta l’Indochine en 1869. Il fut remplacé par Eugène Codry, chef des services des bâtiments qui termina les travaux du palais. Celui-ci fut finalement inauguré en 1870.
(Comité de Rédaction)
Gouverneurs militaires et civils de l’Indochine de 1858 à 1887 (AP1420 deuxième notule)
(Voir aussi : Le palais des gouverneurs à Saïgon – Etapes de la construction – AP1420 première notule)
Amiraux, gouverneurs militaires ( 1858-1879)
– Charles Rigault de Genouilly, d’avril à octobre 1859 ;
– Jean Bernard Jauréguiberry, p.i. du 19 octobre 1859 à mars 1860 ;
– Théogène François Page, de novembre 1859 à mars 1860 ;
– Joseph Hyacinthe Louis Jules d’Ariès, intérimaire de Page, d’avril 1860 à février 1861 ;
– Léonard Victor Joseph Charner, du 6 février au 29 novembre 1861;
– Louis Adolphe Bonard, de novembre 1861 au 30 avril 1863 ; alors que ses prédécesseurs n’étaient que « chef du corps expéditionnaire », Bonard fut le premier à porter le titre officiel de « Gouverneur de la Cochinchine » à compter du 25 juin 1862 ;
– Pierre Paul Marie de La Grandière, du 1er mai 1863 au 5 avril 1868 ;
– Pierre Roze, intérim d’avril à novembre 1865 ( pendant le congé du précédent)
– Marie Gustave Hector Ohier, du 5 avril 1868 au 10 décembre 1869 ;
– Joseph Faron (général de brigade et non amiral), p.i. du 10 décembre 1869 au 9 janvier 1870 ;
– Alphonse Jean Claude René de Cornulier-Lucinière, du 9 janvier 1870 au 1er avril 1871 ;
– Marie Jules Dupré, du 1er avril 1871 au 16 mars 1874 ;
– Jules François Emile Kranz, du 16 mars au 1er décembre 1874 ;
– Victor Auguste, baron Duperré, du 1er décembre 1874 au 4 juillet 1877 ;
– Louis Charles Georges Jules Lafont, du 5 juillet 1877 au 13 mai 1879.
Gouverneurs civils (1879 – 1887)
– Charles Le Myre de Vilers, du 14 mai 1879 au 11 janvier 1883 ;
– Charles Antoine François Thomson, du 12 janvier 1883 à juillet 1885 ;
– Charles Auguste Frédéric Bégin (général de brigade, gouverneur p. i.), de juillet 1885 à avril 1886 ;
– Paul Bert, avril 1886 (décédé le 11 novembre 1886)
– Jean Constans, novembre 1886 au 16 octobre 1887, premier gouverneur général de l’Union Indochinoise.
A cette date, fut créée l’Union Indochinoise qui fut dirigée par des Gouverneurs généraux. Plus tard, le siège du gouvernement général fut transféré à Hanoï où les gouverneurs généraux –dont Constans fut le premier titulaire- résidèrent habituellement. (Voir notule 3781).
(Comité de Rédaction)
Arsenal de Saïgon (AP1423)
L’Arsenal de Saïgon se trouve au confluent de la rivière Thi Nghe (arroyo de l’Avalanche) et de la Rivière de Saïgon, sur l’emplacement des anciens chantiers de la marine militaire annamite.
Cet établissement est la base principale de la flotte française en Extrême-Orient.
Marteau-pilon, ateliers, forges permettent d’exécuter d’importantes réparations et même de construire des torpilleurs et des vapeurs. Deux bassins de radoub de 168 m et 71 m. 1500 ouvriers chinois et annamites, sous la surveillance de contremaîtres de spécialités, sont employés journellement.
Sur la rivière sont ancrés plusieurs bâtiments de guerre.
En longeant les quais jusqu’à la rue Paul Blanchy, on trouve l’Hôtel de l’Amirauté, puis la statue de l’amiral Rigault de Genouilly (1807-1873) et le mausolée du marin et explorateur Doudart de Lagrée (1823-1868).
(D’après le Guide Madrolle – Indochine du Sud – 1926 – Hachette)
La Compagnie des Messageries Maritimes – Historique (AP1424)
Ce texte ne fait pas l’historique complet de cette Compagnie. Il se limite à l’essentiel de ce qui a trait à l’Indochine et passe sous silence ses activités sur les autres mers du globe.
Une entreprise de transport « Les Messageries nationales » qui exploitait avec succès depuis 1790 un service de diligences sur toutes les routes de France et, ultérieurement, de bateaux à vapeur sur la Saône, a signé en 1851 un contrat avec l’administration des Postes pour assurer un service postal sur quatre lignes en Méditerranée. C’est alors qu’elle a pris le nom « Compagnie des services maritimes des Messageries nationales ». Elle a ensuite acheté le chantier naval de La Ciotat pour construire ses propres navires. L’ouverture du canal de Suez en 1869 lui a permis d’étendre ses activités vers l’Océan indien et l’Extrême-Orient. En 1871 elle devient la « Compagnie des Messageries Maritimes ».
Après guerre, en 1922, la Compagnie signe avec l’Etat une convention créant les « Services Contractuels des Messageries Maritimes ». C’est en vertu de cette convention que, contre une subvention d’équilibre, les Messageries Maritimes s’engagent à faire partir de Marseille tous les 14 jours un paquebot pour l’Extrême-Orient (voir AP0932) afin d’assurer le transport régulier des militaires, fonctionnaires, passagers et de la poste.
Après les pertes de la Seconde Guerre mondiale (plus de la moitié de sa cinquantaine de navires), l’Etat crée une société d’économie mixte, avec une participation majoritaire de l’Etat, appelée « Nouvelle Compagnie des Messageries Maritimes » qu’il finance pour la reconstitution de la flotte. Mais ce nouveau nom officiel restera confidentiel et rien ne changera aux yeux des passagers. En janvier 1974 l’Etat décide de fusionner la Compagnie des Messageries Maritimes et la Compagnie Générale Transatlantique en créant la « Compagnie Générale Maritime », opération finalisée en février 1977.
Ajoutons pour finir que les deux compagnies françaises de transports maritimes desservant l’Indochine, les Messageries Maritimes et les Chargeurs Réunis, s’intéressent aussi au transport aérien car elles avaient bien senti que la concurrence de l’avion compromettrait l’exploitation des lignes régulières de paquebots. La première créa en 1946 la TAI (Transports Aériens Intercontinentaux) ; la seconde en 1948 l’UAT (Union Aéromaritime de Transport). Ces deux sociétés fusionnèrent en 1962 pour donner naissance à l’UTA (Union de Transports Aériens). Et cette dernière fut absorbée par Air France en 1992.
(Voir AP0412 pour l’esthétique et le décor de l’hôtel de ville)
(Comité de Rédaction)
Hôtel de ville de Saïgon (AP1425)
Jamais il n’y eut à Saïgon d’édifice public dont la construction ait rencontré autant d’obstacles que l’ancien hôtel de ville.
Destiné à servir de lieu de travail au maire et de salle de réunion du Conseil municipal, il a fait l’objet de près de 16 ans de délibérations animées, de démarches lentes et de discussions interminables. Il changea à plusieurs reprises d’emplacements (on projeta de le bâtir à l’endroit du Palais de justice actuel, sur le boulevard Bonard (Lê Loi), puis finalement sur son lieu actuel (rue Lê Thanh Tôn), d’architectes (Codry, Métayer, Gardès) et de plans « demandés, acceptés, refusés, repris, modifiés, perdus, retrouvés ». En résumé, les travaux de construction, malgré les obstacles, n’ont duré que neuf ans, cependant que le premier projet remontait à 1871, soit près de 40 ans avant son achèvement. C’est presque le double du temps qu’il fallut pour assécher le Grand Canal aux eaux stagnantes et nauséabondes, comblé en 1887, aujourd’hui boulevard Nguyên Huê.
Après son inauguration, l’ancien hôtel de ville fut en butte à des critiques sévères de la part des Français quant à sa construction coûteuse, son architecture de style « Renaissance italienne », et sa décoration surchargée qui le faisait ressembler à « une pièce de pâtisserie ».
Aujourd’hui, il est le siège du Comité populaire de Hôchiminh-Ville et une des anciennes constructions typiques de l’art colonial français, avec le Musée de la révolution de HCM-Ville (ancien palais du gouverneur de la Cochinchine, et ultérieurement palais Gia Long) et le palais de Justice… pour ne citer que quelques-uns des édifices publics.
Quoiqu’il en soit, l’ancien hôtel de ville de Saïgon, de par sa position avantageuse dominant tout le boulevard Nguyên Huê jusqu’au quai fut le témoin de nombreux événements historiques. Devant ses murs se sont déroulées les péripéties de la lutte du peuple saïgonnais pour l’indépendance et l’unification du Viêt Nam.
Le premier projet de construction d’un hôtel de ville remonte à 1871. Le Conseil municipal de Saïgon logeait provisoirement dans l’aile gauche du Cosmopolitan Hôtel de trois étages du richissime Chinois Wangtai depuis novembre 1868. Après le choix de l’emplacement dans la partie haute du boulevard Charner (Nguyên Huê), un concours de plans dont le lauréat fut l’architecte Codry et la décision sur l’orientation du futur édifice, tout semblait marcher comme sur des roulettes quand tout à coup, sans raison, le Conseil municipal décida d’arrêter les travaux après la pose de la première pierre en 1873. Dès la fin de cette année, on fit appel à un autre architecte, Métayer, pour de nouveaux plans englobant également le Tribunal et la Chambre de commerce, mais par suite d’un refus de fournir les fonds promis, l’architecte dut refaire ses plans avec quelques changements.
Finalement, on abandonna l’idée de construire en raison du manque d’argent et fin 1874 le Conseil municipal acheta et utilisa provisoirement la maison Berthelier, sise à l’angle des rues Catinat (Dông Khoi) et Bonard (Lê Loi), en remplacement de la maison Wangtai.
L’endroit initialement prévu pour l’hôtel de ville devint un lieu de dépôt de matériaux du Service des travaux publics. En 1880, le maire Blancsubé tenta de ressusciter le projet, mais en vain et, en 1888, les plans furent égarés.
On croyait à l’abandon total du projet, mais cinq ans plus tard, en 1893, la nécessité d’un hôtel de ville revint à l’ordre du jour. De 1894 à 1896 on délibéra de nouveau autour du choix de l’emplacement limitant au mieux les dommages des terrains occupés et des édifices voisins. Puis, sans qu’on s’y attende, toutes les difficultés furent aplanies et entre 1898 et 1899, on commença à bâtir, d’après les plans de l’architecte Gardès, primés en 1896, sur le terrain choisi au tout début en 1871, bien qu’en 1895 le Conseil municipal en ait accepté un sur le boulevard Bonard, et un troisième qui était celui du palais de Justice actuel.
Des travaux de sculpture, peinture et décoration furent confiés à l’artiste Ruffia. La réalisation fut encore difficile. Le conseil municipal en vint même, en 1907, à charger la maison Bonnet d’achever les peintures de Ruffier dont le contrat était rompu ; mais l’ensemble ne fut terminé qu’en 1908.
(Comité de rédaction)
La Rue Catinat, épine dorsale de la ville de Saïgon (AP1427)
C’est la rue la plus ancienne de la cité. Elle part de la place de la Cathédrale, orientée N0-SE, sur 1 km, jusqu’au quai. Son nom lui a été donné par l’amiral de La Grandière le 1er février 1865 (auparavant les rues étaient désignées par un numéro ; celle qui nous intéresse avait le n°16), en l’honneur de la corvette à roues « Catinat » qui avait participé aux interventions de 1856 à Tourane et de 1859 à Saïgon. Et celle-ci portait le nom du maréchal de France Nicolas de Catinat (1637/1712) qui guerroya en Italie de 1690 à 1696 pour le compte de Louis XIV. Après 1955 elle est devenue duong (=rue) Tu Do (=de la Liberté) ; et après 1975, Duong Dong Khoï (=soulèvement général).
En haut de la rue Catinat se dressait la cathédrale (voir AP3706) précédée d’un square orné de la statue de l’évêque d’Adran et flanquée à gauche par l’Hôtel des Postes (voir AP1422).
Devant la cathédrale, à l’entrée de la rue Catinat s’élevaient des bâtiments administratifs (voir AP3766), notamment ceux des Finances. En face (côté NE des numéros pairs) il y avait la Sûreté. Pendant la Guerre des Sectes (du 30 mars à mi-octobre 1955) les deux côtés de la rue Catinat à cette hauteur étaient occupés par 2 forces différentes : les Binh Xuyen dans la Sûreté, les partisans de Diem dans les Finances. Les tirs de mitraillette étaient fréquents entre eux. On sait que les seconds l’ont emporté sur les premiers, ainsi que successivement sur toutes les autres sectes de Cochinchine.
Le cinéma Eden existait dès avant 1930. Donnant sur la rue Catinat : la Pharmacie de France ; la Librairie Portail ; la Pâtisserie Brodard. De l’autre côté de la rue (celui des numéros pairs) : Photo Nadal ; le bar Cintra ; l’opticien Michaux ; Bata etc.
L’hôtel Continental date d’avant 1900 (voir AP0448). En 1925 il avait 70 chambres, plus une annexe de 30 chambres donnant sur la rue d’Espagne. Il existe toujours sous le même nom. Sa terrasse est célèbre (voir AP1437). Dans ses salons pouvaient se tenir de grandes réunions.
Au coin de la rue Catinat et du boulevard Bonard se trouvait la Pharmacie Principale Solirène (voir AP1427), remplacée lors de la rénovation des bâtiments (vers 1930) par diverses boutiques dont Givral, salon de thé et glacier ; ce dernier existe toujours sous cette dénomination.
Le centre de la rue Catinat était marqué par le Théâtre municipal, en face du square Francis Garnier (voir AP3948). Puis la rue continuait sa course jusqu’à la rivière, bordée de boutiques, d’hôtels et de maisons de commerce dont la Maison Denis-Frères (voir AP4277).
(Comité de Rédaction)
Eventail (1428)
Les Vietnamiens se servaient de deux sortes d’éventails.
–    Éventails fixes en plumes dont le grand modèle, réservé autrefois aux mandarins et personnages royaux, est encore employé dans les églises catholiques. Il était manié à deux mains. La hampe était laquée et le sujet central représentait soit un des quatre animaux symboliques, soit un paysage conventionnel en plumes, en étoffe découpée, en paillettes de mica ou en fragments de laque.
–    Eventails pliants en corne de buffle, ivoire ou bambou. C’est ce dernier modèle qui est le modèle courant et dont la fabrication comporte trois stades. Les bambous coupés, de longueur égale, sont refendus en lames minces et revendus aux éventaillistes. L’éventailliste homme rassemble les lames par vingt, les fixe à leur base par un fil de cuivre rivé, assouplit et ponce chaque baguette. L’éventailliste femme recouvre les lames de deux feuilles de papier mince fixées entre elles et au squelette de bois par du suc fermenté de kaki sauvage. Ce suc agglutine indissolublement toutes les parties de l’éventail. On peut encoller dans l’éventail des papiers magiques, destinés à attirer des malheurs sur la personne qui sera éventée avec l’éventail ainsi ensorcelé.
A noter que l’éventail pliant est né au Japon vers le Xème siècle.
(Extrait de Connaissance du Viêt Nam – Pierre Huard et Maurice Durand – Réédit. EFEO 2002)
Le jardin botanique de Saïgon (AP1433)
Le jardin botanique de Saïgon a été créé par le botaniste Louis Pierre (1833-1905) qui en fut le directeur de 1865 à 1877.
« C’était, avant 1945, un pur bijou : essences rares, fleurs magnifiques, parterres artistement dessinés d’un côté et de l’autre, la nature à peine corrigée, des arbres couverts de lianes et d’orchidées, des sentiers capricieux, des ponts rustiques ; au milieu desquels surgissaient les cages des animaux sauvages réunis dans ce petit paradis : tigres, éléphants, panthères noires et mouchetées, cerfs, crocodiles, etc. » (D’après : Guide Express 1951-52, Editions Publicita, Saïgon).
Ce jardin était bordé par l’arroyo de l’Avalanche (qui devait son nom à la canonnière qui emprunta son cours lors de la prise de Saigon en 1859) qui se jetait dans la rivière de Saïgon à la hauteur de l’Arsenal.
Ce cours d’eau apportait un peu de fraîcheur, très prisée par les promeneurs, surtout en fin d’après-midi. Il faisait bon se promener dans les larges allées ombragées, sous la pergola fleurie (voir AP3565) et de se reposer sur les nombreux bancs (voir AP3550 et AP3558) ou dans les kiosques (voir AP3563) placés le long du chemin. Ce jardin était également un parc zoologique avec des cages d’animaux, singes (voir AP0533), fauves, crocodiles (voir AP0559) et serpents, des volières (voir AP4294), et un abri pour les éléphants (voir AP0534).
Au centre du jardin, un étang couvert de nénuphars (voir AP3556 et 3562) au milieu duquel se trouvait un kiosque à musique auquel on pouvait accéder par une passerelle (voir AP1440).  Enfin des champs d’expérience se trouvaient à Thi Nghé, de l’autre côté de l’arroyo de l’Avalanche que l’on traverse par un joli pont (Voir AP3566).
A l’intérieur du Jardin :
– Le temple du Souvenir Annamite élevé à la mémoire des travailleurs et soldats indochinois décédés pour la France pendant la guerre de 1914-1918. De style annamite.
– Le musée Blanchard de la Brosse (voir AP0473) inauguré le 1 janvier 1929. Collections remarquables des Arts d’Extrême-Orient et d’archéologie. La Société des Etudes Indochinoises, créée en 1897, y a transféré son Siège.
Après 1975 il est devenu Musée National.
(Comité de Rédaction)
Ville de Cholon – Historique (AP1441)
La ville fut fondée par des Chinois. Deux généraux chinois, fidèles à la dynastie nationale Ming, n’avaient pas voulu se soumettre à la dynastie mandchoue des Tsin (1644). Ils s’enfuirent avec 3.000 hommes et demandèrent asile à l’Empereur d’Annam. Celui-ci les autorisa à s’installer sur d’immenses terrains incultes, dans des régions (Bien Hoa et My Tho) qui appartenaient juridiquement au Roi du Cambodge. Mais celui-ci était trop faible pour s’opposer à sa décision. C’est en 1778 que les Chinois de Bien Hoa, fuyant la révolte des Tay Son, s’installèrent sur le rach Bac Nghé, autrement dit l’Arroyo Chinois, et créèrent le village de Di An (=la digue). Celui-ci prospéra. C’est vers 1820 que cette ville prit le nom de Cholon (=marché/grand). Ce sont des mots vietnamiens qui se prononcent « tieuleune ».
(Comité de Rédaction)
Les congrégations chinoises à Cholon (AP1445)
Cholon est essentiellement habité par des Chinois : 180.000 environ avant guerre, 500.000 actuellement. Ces Chinois sont regroupés en Congrégations selon leur province d’origine et accessoirement leur activité. Leur statut a été fixé par les accords de Nankin de 1930 que l’on peut résumer ainsi : ils ont tous les avantages des Européens et des Annamites mais aucun de leurs inconvénients. Les congrégations étaient très indépendantes de toute autorité, tant française que chinoise, choisissant librement leurs chefs et gérant leurs propres institutions (chaque congrégation avait ses temples, ses pagodes, ses collèges, son hôpital, son cimetière, etc.). Même si depuis 1945 l’influence politique du Kuo Min Tang de Tchang Kaï Shek s’est accrue par l’intervention de consuls, même si les congrégations ont le 20 août 1948 changé de nom pour s’appeler officiellement « Groupements Administratifs Chinois Régionaux » (GACR), elles sont restées ce qu’elles étaient.
Il y a 5 congrégations principales :
     -Canton (en chinois pinyin : Guangdong), regroupant les Chinois venant essentiellement du delta de la Rivière de Canton ; leur activité principale est l’importation.
     -Foukien (en pinyin : Fujian ; en vietnamien : Phuoc Kien), pour les Chinois venant de la région d’Amoy (Xiamen) ; ils gèrent de grandes affaires commerciales.
     -Hakkas (en pinyin : Kejia) qui viennent des réglons côtières du Foukien et du Kouang Tong ; ils s’occupent de bazars et de commerces de détail.
     -Triêu Châu (en pinyin : Zhaozhou) pour des Chinois venant du Kouang Tong ; ils sont principalement négociants en riz et en tissus.
     -Haï Nan, pour ceux venant de l’île de ce nom ; ils sont le plus souvent restaurateurs.
Il y a 2 autres congrégations moins importantes. Ce système des Congrégations fonctionne dans les groupes de Chinois de la diaspora, notamment à Paris.
(Comité de Rédaction)
Le Tour de l’Inspection de Saïgon (AP1450)
Avant guerre, les Saïgonnais recherchant une certaine fraîcheur en fin d’après-midi effectuaient souvent une promenade en automobile. C’était le Tour de l’Inspection. Cette dénomination provient du fait qu’il reliait les deux chefs-lieux de province de Gia Dinh et de Cholon et qu’on avait coutume d’appeler « Inspection » les bâtiments administratifs des services provinciaux.
Le circuit normal commençait au bout de la rue Chasseloup-Laubat, franchissait l’arroyo de l’Avalanche (maintenant Rach Thi Nghé), traversait Thanh My Tay pour aboutir à Gia Dinh (=tranquillité parfaite) (Gia Dinh est devenu un quartier de Ho Chi Minh-Ville, appelé Binh Thanh). C’était une petite ville, jouxtant Saïgon, siège de la province du même nom, assez populaire, avec un fort artisanat local, notamment de broderies (développées par les religieuses). Il y a à Gia Dinh un monument célèbre : le temple et le tombeau de Le Van Duyet (voir AP2687).
De Gia Dinh on peut faire un petit crochet, empruntant la route coloniale N°1 vers Bien Hoa, pour arriver ainsi au pont de Binh Loi, sur la Rivière de Saïgon. C’est un pont mixte, route et chemin de fer, de 270 m de long, composé de 3 travées de 62 m, 1 travée tournante de 40 m, 2 travées de rive de 22 m.
Revenons au centre de Gia Dinh pour reprendre le Tour de l’Inspection proprement dit. Après Gia Dinh il traverse le village de Phu Nhuan, quartier résidentiel, avec de nombreuses belles villas bien ombragées. Un peu au nord, le Golf Club. Puis Tan Son Hoa, village sur le territoire duquel se trouve l’aéroport de Tan Son Nhut, modeste à l’époque. Aéroclub. Un peu plus loin à l’ouest, tombeau de Monseigneur Pigneau de Béhaine, évêque d’Adran (voir AP 4782).
Le Tour de l’Inspection se dirige maintenant vers le sud, vers Cholon, par le village de Chi Hoa et la Plaine des Tombeaux où eurent lieu les combats des 24 et 25 février 1861 au cours desquels l’amiral Charner enleva les lignes défendues par le maréchal Nguyen Tri Phuong. Un monument du Souvenir Français rappelait cet épisode de notre installation en Cochinchine. Le Tour de l’Inspection traverse la Plaine des Tombeaux, passe au pied des mâts de la station de T.S.F., longe le champ de courses de Phu Tho et aboutit à Cholon face à l’Inspection (devenu, depuis, une université). On regagne la rue Chasseloup-Laubat à Saïgon, en passant devant l’église Sainte Jeanne d’Arc (où le Président Ngo Dinh Diem et son frère Ngo Dinh Nhu furent assassinés le 2 novembre 1963), et pas loin du lycée Petrus Ky et du Camp des Mares (caserne des tirailleurs annamites).
Bien entendu le Tour de l’Inspection n’était plus l’objet d’une telle promenade après 1945 du fait de l’insécurité qui y a d’abord régné, puis des installations militaires qui ont envahi cette zone. Il y eut ensuite un fort afflux de réfugiés tout au long des guerres, qui ont urbanisé toute la région.
(Comité de Rédaction)
Potiers et céramistes (AP1466)
 » La poterie au four fut introduite au Viêt Nam au début de l’ère chrétienne. Plus tard, la proximité des porcelaines chinoises a certainement freiné le développement de la céramique vietnamienne vers une production de luxe. Les faïences et grès cérames de Bat Trang et les poteries de Tho Ba, dans une matière moins précieuse que la céramique chinoise, représentent cependant des réalisations non négligeables. Les Bat Trang (Hai Ninh) et les grandes jarres de Thanh Hoa, exécutées d’une seule pièce, sans affaissements ni déformations, alors que les articles chinois sont composés de trois pièces raccordées, témoignent d’une technique savante, depuis longtemps perdue. Les pauvres se servaient de grès locaux ; les gens aisés de porcelaines et de faïences locales, les riches de porcelaines chinoises. La décoration se divisait en groupes de sujets :
Son Thuy (montagnes et eaux ou paysages), Nhan Vat (hommes et choses ou personnages et objets), Hoa Dieu (fleurs et oiseaux) et Thao Trung (herbes et insectes). Elle représentait des paysages de montagnes et de rizières ; des feuillages légers de bambous et d’asparagus ; des jeunes femmes revenant de leur jardin ou des vieillards dans un défilé de montagne. Les bols les plus humbles étaient rehaussés d’un dessin.
Si simplifiée soit-elle, cette décoration témoigne de l’importance du sentiment artistique dans les classes sociales les plus modestes. La pièce terminée était rarement signée. Quand elle existait, la signature ne rappelait pas le nom de l’ouvrier mais se bornait à reproduire le caractère de l’atelier (Biet Hieu), marque de fabrique, en général cachet composé de caractères chinois de forme antique…/…
Les cercueils à exhumation, en terre cuite (Thieu), bien différents des cercueils à inhumation en bois (Quan Tai), reçoivent simplement le squelette. Le couvercle est une feuille de papier rouge et des trous pariétaux permettent la circulation des esprits gardiens du squelette…/… »
(Extrait de Connaissance du Viêt Nam – Pierre Huard et Maurice Durand – Réédit. EFEO 2002)
Les Missions Etrangères de Paris (1649-2003) (AP1473)
L’histoire de la Société des Missions Etrangères de Paris commence en 1649 par l’arrivée à Rome d’un missionnaire jésuite, le P. Alexandre de Rhodes.
Après avoir fait plusieurs séjours au Tonkin et en Cochinchine de 1624 à 1645, Alexandre de Rhodes en a été expulsé comme bien d’autres missionnaires étrangers. Ce missionnaire zélé a compris alors que les jeunes communautés chrétiennes, restées sans pasteurs, ne pourraient subsister sans prêtres autochtones. Il vient donc à Rome plaider pour l’envoi dans ces pays d’évêques qui auraient la responsabilité de promouvoir un clergé indigène, en mesure d’assurer le soin des fidèles, et seul capable de survivre en temps de persécution.
A cette époque, et surtout depuis la création de la Congrégation de la Propagande (1622) la papauté est animée d’un profond désir de favoriser l’action missionnaire. Le Saint-Siège entend aussi reprendre la direction des missions dans les « terres nouvellement explorées », dont le monopole a été accordé au Portugal et à l’Espagne par le pape Alexandre VI, depuis le traité de Tordesillas (1494). Aussi accueille-t-elle avec intérêt les propositions d’Alexandre de Rhodes. Mais la Congrégation n’a ni soutien ni ressources, et les papes hésitent encore à prendre des initiatives, susceptibles d’entraîner un conflit avec l’Espagne ou le Portugal.
En 1653, Alexandre de Rhodes va porter son message en France. Sa plaidoirie pour l’envoi d’évêques en Asie est entendue et remporte un franc succès auprès du clergé de Paris. Il trouve même des volontaires parmi les jeunes ecclésiastiques de l’AA (Association d’amis). Les membres de la Compagnie du Saint-Sacrement, qui depuis longtemps désirent collaborer à l’oeuvre missionnaire, décident de leur côté de mettre leur influence et leurs ressources au service de ce beau projet.
Des suppliques sont adressées aux papes Innocent XI et Alexandre VII. Des évêques et des laïcs de France interviennent. Une dernière démarche de la Compagnie du Saint-Sacrement et de l’AA finit par convaincre les cardinaux de la Propagande. Quatre évêques sont nommés, avec le titre de vicaires apostoliques : Mgr François de Laval Montmorency, Mgr François Pallu, Mgr Lambert de La Motte et Mgr Ignace Cotolendi.
L’un d’eux, Mgr François de Laval Montmorency, est envoyé comme vicaire apostolique au Canada. Il participe à la fondation du Séminaire des Missions Etrangères, mais plus tard la Mission du Canada sera amenée à fonctionner indépendamment de la Société des Missions Etrangères de Paris.
Les trois autres vicaires apostoliques partent vers l’Asie : Mgr François Pallu, comme vicaire apostolique du Tonkin et administrateur des provinces de Chine limitrophes du Tonkin ; Mgr Pierre Lambert de la Motte, comme vicaire apostolique de la Cochinchine et administrateur des provinces méridionales de la Chine ; Mgr Ignace Cotolendi, comme vicaire apostolique de Nankin et administrateur des provinces orientales de la Chine, de la Tartarie et de la Corée. Ces vicaires apostoliques sont considérés comme les véritables fondateurs de la Société des Missions Etrangères.
Avant leur départ pour leurs missions respectives, les vicaires apostoliques reçoivent du pape Alexandre VII, dans l’Instruction de 1659, des directives très précises qui peuvent être ramenées à trois chefs :  -1. Créer un clergé autochtone aussi nombreux et aussi bien formé que possible. – 2. S’adapter aux moeurs et coutumes du pays, en évitant de s’ingérer dans les affaires politiques. – 3. Ne prendre aucune décision importante sans en référer à Rome.
Mgr Lambert de La Motte quitte la France en juin 1660. Mgr Cotolendi en juillet 1661 et Mgr Pallu le 3 janvier 1662. Chaque évêque est accompagné de prêtres et de laïcs. Ils sont, en tout, 17 missionnaires à quitter la France pour l’Asie. Huit vont mourir en route, y compris Mgr Cotolendi qui sera inhumé sur le rivage oriental de l’Inde. Et c’est seulement après un voyage de plus de deux ans que les survivants vont atteindre Ayuthia, au Siam, l’un des rares endroits où des étrangers peuvent alors débarquer en sécurité.
Après les dangers et les embûches du voyage, de nouvelles difficultés les attendent dès leur arrivée. Les vicaires apostoliques sont supposés exercer leur autorité sur tous les missionnaires résidant dans les territoires qui leur sont confiés. Mais les religieux, qui ont jusqu’alors exercé leur travail apostolique dans le cadre du patronage portugais, n’ont pas été informés de ce changement dans leur statut. Cette situation sera source de conflits déplorables pendant de nombreuses années, avec des conséquences désastreuses sur l’activité missionnaire.
Si surprenant que cela puisse paraître, la Société des Missions Etrangères de Paris a fonctionné pendant plus de quarante ans sans document écrit régissant son organisation interne. Le premier règlement est rédigé en 1710. On y rappelle les objectifs principaux de la Société : elle est une association de prêtres diocésains, « incardinés » dans leur diocèse d’origine et mis à la disposition de la Propagande, pour aller travailler en mission sous l’autorité des vicaires apostoliques. On y souligne aussi la nécessité pour chaque missionnaire de tendre résolument vers la sainteté. Les vicaires apostoliques dirigent alors la Société de façon collégiale. Chacun d’entre eux a un procureur à Paris. Ces procureurs ont pour charge de pourvoir les vicariats en missionnaires et de trouver les fonds utiles à la bonne marche des missions.
Un changement important intervient en 1840. Jusqu’alors les candidats missionnaires étaient tous prêtres. Désormais on acceptera des séminaristes, qui seront « incardinés » dans la Société. Après la promulgation et l’entrée en vigueur du nouveau Droit Canon, en 1917, la Société des Missions Etrangères perd son caractère d’association de prêtres diocésains, mis à la disposition de la Propagande, et devient pratiquement une sorte de congrégation composée de prêtres séculiers. Suite à cette réforme, les membres de la Société vont élire un supérieur général et voter leurs constitutions.
Le champ de travail de la Société des Missions Etrangères s’est peu à peu agrandi au cours des siècles. Après le Siam, le Tonkin, la Cochinchine, le Cambodge et quelques provinces de Chine, le Saint-Siège demande aux prêtres des Missions Etrangères, en 1776, de remplacer les Jésuites dans le sud de l’Inde. En 1831, le Pape Grégoire XVI confie à la Société la Corée et le Japon ; en 1838, la Mandchourie ; en 1841, la Malaisie; en 1846, le Tibet et l’Assam. En 1849, les Missions Etrangères reçoivent du Pape Pie IX trois autres Provinces de Chine et, en 1855, la Birmanie. Enfin, en 1952, le Pape Pie XII demande à la Société de prendre en charge le nouveau diocèse de Hualien, à Taiwan.
Pendant la période contemporaine, les missionnaires étrangers ont été expulsés de plusieurs pays, successivement de Chine, de Birmanie, du Viêt Nam, du Cambodge, du Laos. La Société des Missions Etrangères a été contrainte de redistribuer son personnel. Certains missionnaires ont dû rester en France à cause de leur âge ou pour des raisons de santé. Les autres sont repartis vers de nouveaux territoires, venus s’ajouter aux champs d’apostolat traditionnels : à Madagascar, à l’Ile Maurice, en Indonésie, en Nouvelle-Calédonie
Depuis le XVIIème siècle, la Société des Missions Etrangères de Paris a envoyé en Asie près de 4.500 prêtres. Elle n’en compte plus maintenant que 379. Fidèle à sa mission malgré des effectifs réduits, elle continue, aujourd’hui comme hier, de servir les Eglises qu’elle a contribué à fonder. Base de départ pour les nouveaux missionnaires, le Séminaire de la rue du Bac est devenu aussi, récemment, un centre d’accueil pour les prêtres-étudiants asiatiques.
Prêtres des Missions Etrangères canonisés :
Le 6 mai 1984 : Laurent Imbert, Jacques Chastan, Pierre Maubant, Simon Berneux, Nicolas Daveluy, Pierre Aumaître, Martin Huin, Bernard Beaulieu, Pierre Dorie, Just de Bretenières
martyrs en Corée.
Le 19 juin 1988 : François Gagelin, François Jaccard, Etienne Cuenot, Joseph Marchand, Pierre Dumoulin-Borie, Jean Charles Cornay, Augustin Schoeffler, Pierre Néron, Jean Louis Bonnard, Théophane Vénard. martyrs au Viêt Nam.
Prêtres des Missions Etrangères béatifiés :
le 26 sept. 1926 : Urbain Lefebvre mis à mort aux Carmes
le 27 mai 1900 : Gabriel Taurin Dufresse, Auguste Chapdelaine, martyrs en Chine
le 2 mai 1909 :  Jean-Pierre Néel, martyr en Chine
le 21 nov. 1954 : Jean-Martin Moyë, confesseur
(Extrait de l’intervention du R.P. Moussay lors du colloque « Bordeaux-Viêt Nam, d’hier à demain », organisé en avril 2003 par l’AAVH et le Cours de Vietnamien de Bordeaux)
Opium – Position du fumeur et manière de fumer (AP1474) – Voir photographie AP4758  planche 7
« …/…Le fumeur, étendu sur le lit de camp, est couché sur le côté gauche, la tête soutenue par un oreiller ; de sa main droite il prend, avec l’extrémité effilée de l’aiguille, une goutte de chandoo, qu’il présente au-dessus de la lampe, en faisant subir un mouvement de rotation continue à l’aiguille entre le pouce et l’index. Ainsi, l’extrait demi-fluide ne tombe pas et s’évapore : la boulette d’opium se gonfle, se boursoufle, se dore, grésille et répand un parfum pénétrant. Lorsque la pâte est devenue assez dense, on la retrempe dans la boîte à opium pour en prendre une nouvelle dose qui se superpose à la première ; et on recommence la même opération plusieurs fois, jusqu’à ce que la boulette au bout de l’aiguille ait acquis la grosseur d’une noisette. Parvenue à la consistance voulue, la pâte malaxée est roulée en boule sur le fourneau ; on la présente régulièrement à la flamme pour la conserver molle et lui donner la forme d’un cône minuscule. Cette préparation obtenue, le fumeur l’écrase d’un seul coup sur le fourneau, en poussant à fond l’aiguille qui, retirée doucement ou brusquement, laisse alors la boulette transpercée et collée au fourneau.
Le fumeur allume ensuite la pipe à la flamme de la petite lampe, puis l’approche de sa bouche, en aspirant d’un seul trait et d’une longue inspiration la précieuse vapeur jusqu’à ce que la pipe soit terminée. Les Asiatiques préfèrent en général inhaler la fumée par petites gorgées. Cette préparation ne demande guère plus d’une minute à un fumeur exercé. Dans un deuxième temps, on gratte le « dross » collé à l’intérieur du fourneau, qu’on nettoie à l’éponge ou avec un linge mouillé. On recommence ensuite avec la même pipe et le même fourneau, ou, mieux, on se sert d’une autre pipe et d’un autre fourneau. Un point délicat et qui ne s’acquiert que par la pratique, est celui où l’on doit retirer la boulette de la flamme : un temps trop court ne permet pas à l’opium de se déshydrater suffisamment, et une seconde de plus suffit pour la brûler. A ce moment, le fumeur présente à la flamme une partie de la surface du fourneau, sur laquelle il malaxe, lorsque la température est devenue assez élevée, la boulette qu’il tient à l’extrémité de son aiguille. Pour que le refroidissement n’arrive pas trop vide, cette opération se pratique toujours au-dessus de la lampe. L’opium prend alors une belle couleur marron-clair ou d’un brun doré, en exhalant une odeur agréable de noisette grillée.
On voit par cette description combien la pipe à opium diffère essentiellement de la pipe à tabac : contrairement à celui-ci, l’opium ne doit jamais entrer en « ignition », et la température de la flamme doit rester faible pour qu’il ne se carbonise pas.
Mat Gioi (A. de Pouvourville) insiste avec raison sur le plus ou moins de cuisson de la pipe à fumer, car, dit-il, « les alcaloïdes très délicats qui composent la drogue, subissent des transformations et des dépréciations incalculables pour un instant de plus ou de moins d’exposition à la flamme. »
En résumé, il importe d’obtenir un opium cuit avec homogénéité. Ce n’est que par une grande habitude et après des insuccès plus ou moins nombreux, que l’on arrive à préparer et à former de « bonnes » pipes, car c’est tout un art que de fumer l’opium dans des conditions optima.
Tel est le motif pour lequel certains fumeurs préfèrent recourir à des professionnels, généralement des serviteurs indigènes dressés à cette minutieuse besogne…/…
(Docteurs Gaide et Neuberger  – BAVH 1938/2 – Le visage inconnu de l’opium)
 
Le Pont sur arbalétriers, au Km 111 (AP1493)
Le pont sur arbalétriers (au PK 111), matérialisant l’extrémité de la boucle de la Fausse Nam Ti, reliait deux tunnels ouverts dans les falaises, distantes en ce point de 70 m et à une hauteur de 100 m au-dessus du thalweg : étroite, profonde et abrupte, la gorge ne pouvait être franchie que par une unique portée, sans possibilité d’appui intermédiaire. Paul Bodin, administrateur de la Société des Batignolles et qui signa, en France, le très beau viaduc du Viaur, mit en pratique une formule inédite : deux longues poutres triangulaires, ou arbalétriers, furent montées de part et d’autre du torrent, chacune reposant sur un appui en maçonnerie par l’intermédiaire d’une rotule sphérique. Les coussinets en granit fixés sous les rotules, accusant un poids unitaire de 650 kg, furent transportés d’une seule pièce depuis le Tonkin… à dos d’homme ! Les arbalétriers étant montés à partir des poutrelles habituelles, il restait à les assembler au-dessus du ravin. A cet effet, on creusa deux petites cavernes au-dessus des tunnels et les ouvriers y installèrent des treuils à barbotins. Pour l’assemblage proprement dit, des chaînes de 335 m durent être transportées à dos de coolies sur toute la longueur du chemin de service, à défaut de pouvoir les forger sur place. 200 hommes furent nécessaires pour chacune d’elles.
Aujourd’hui encore, le calendrier de l’exécution de ce viaduc force l’admiration : les travaux préparatoires débutèrent le 11 mars 1908 ; dans la matinée du 16 juillet, les deux arbalétriers, retenus par leurs chaînes, furent amenés et se rejoignirent avec une précision absolue ; le clavetage ne demanda que quelques minutes et, le 29 novembre, le tablier de cet ouvrage exceptionnel était entièrement achevé.
(Frédéric Hulot – Les chemins de fer de la France d’outre-mer – 1990, La Régordane)
Expositions coloniales en France (AP1494)
La France avait des colonies dans toutes les parties du monde. Elle entendait y mener « sa mission civilisatrice ». Il était donc normal qu’elle s’efforçât de faire connaître son oeuvre coloniale au public aussi bien français qu’international. Des expositions coloniales furent organisées dans ce but. Déjà les grandes expositions universelles du 19ème siècle avaient permis de présenter les produits, les hommes et les réalisations dans ces pays. Elles avaient également été l’occasion de faire connaître la France aux « élites » de ces pays, en invitant leurs « souverains » et leurs chefs traditionnels à Paris.
L’exposition universelle de 1878 avait son pavillon de l’Indochine, Celle de 1889 (l’année de la tour Eiffel) présentait des pavillons pour chacun des territoires et offrait aux visiteurs des déplacements en pousse-pousse. A l’exposition universelle de 1900, on exhiba même des « sauvages » Moï, armés de lances de coupe-coupe et d’arbalètes.
Le succès remporté par l’exposition organisée en 1902-1903 à Hanoï par Paul Doumer et son successeur Paul Beau incita les autorités métropolitaines à organiser des expositions coloniales en France. La première eut lieu à Marseille, d’avril à novembre 1906. Marseille, « porte de l’Orient » était le lieu tout désigné pour une telle manifestation. Elle connut un grand succès.
Elle fut suivie par une exposition à Vincennes en 1907 (voir AP1477), pour laquelle un village annamite fut intégralement reconstitué dans les jardins de l’Institut d’Agronomie Tropicale de Vincennes.
Marseille prit la suite en 1922.
Le 16 avril 1922, l’Exposition coloniale de Marseille a été inaugurée par M. Albert Sarraut, ministre des Colonies, et par M. Dior, ministre du Commerce et de l’Industrie, les travaux n’étant pas encore complètement terminés. Le mois suivant, une consécration plus solennelle sera apportée par la visite du président de la République lui-même, à son retour d’Afrique du Nord.
C’est la deuxième fois depuis le début du siècle que Marseille prend l’initiative de présenter un « tableau pittoresque et instructif de l’activité coloniale française ».
Déjà, en 1906, une exposition du même genre y avait été organisée par Charles Roux. Celle de 1922 a eu pour animateur M. Adrien Arthaud, président honoraire de la chambre de commerce de Marseille, député des Bouches-du-Rhône. Elle s’étend sur le même terrain, dans le beau parc Amable-Chanot, mais elle occupe, cette fois, 36 hectares au lieu de 23. Nos possessions ou nos protectorats d’outre-mer ont rivalisé de recherche artistique et de somptuosité pour évoquer leurs richesses…
Ainsi sont réunies et évoquées côte à côte les plus lointaines civilisations que la France est venue revivifier d’un souffle moderne. Mais on trouvera là aussi un aperçu de tout ce que la métropole peut tirer de ces immenses domaines qui s’offrent à son activité.
L’Exposition de Marseille est particulièrement opportune à l’heure où la mise en valeur de nos colonies, qui préoccupe de bon droit le gouvernement et l’opinion, vient de faire l’objet d’un programme précis et complet… »
(Extrait de « L’Illustration » – numéro d’avril 1922)
L’Indochine y était largement représentée. On pouvait se promener en pousse-pousse dans les rues d’un village annamite (voir AP1500) et admirer une reproduction de la pagode Mot Cot (voir AP1495). Mais le clou de l’exposition était sans conteste la reproduction du monument d’Angkor Vat (voir AP1496 à AP1499).
La dernière et la plus importante manifestation internationale fut l’Exposition Coloniale Internationale de Paris de 1931. Dans la colonie, elle mobilisa toutes les énergies ; les savants et les experts, dont le docteur Sallet (voir AP0340), multiplièrent les études et les publications, les musées, dont le musée Khai Dinh de  Hué (voir AP0582), envoyèrent des œuvres d’art. S.E. Ton That Han présidait la délégation annamite (voir AP0648). Le succès fut à la hauteur des espérances et le ministre des colonies Paul Reynaud put s’embarquer pour l’Indochine sans appréhension, malgré l’agitation révolutionnaire qui commençait à s’y manifester (voir AP0075).
(Comité de Rédaction)
Conseil de la Famille Royale (AP1503)
Chaque année avait lieu dans le Palais royal, l’Assemblée générale annuelle des membres de la famille royale.
Le Conseil des membres de la Famille Royale (Ton Nhon) était une sorte de conseil de discipline et de tribunal pour les affaires où étaient intéressés les membres de la Famille Royale. Il était présidé en principe par le Résident supérieur et en fait par un membre de la famille royale de haut rang. Ses attributions étaient multiples :
– Il désignait les délégués aux cérémonies rituelles et les personnes chargées du contrôle des objets du culte des temples royaux.
– Il était chargé du maintien de la discipline de l’ensemble de la Famille Royale.
– Il était chargé de la tenue du registre de la Famille Royale.
Le Palais du conseil de la Famille Foyale,  Ton Nhon, était situé dans la citadelle, derrière le Tan Tho Vien (Musée Khai Dinh). C’était un pavillon à étages où logeaient le président du conseil et ses deux adjoints.
(Comité de Rédaction)
Deuxième voyage de SM. Bao Dai en Annam en 1933 (AP1510)
(Voir AP0607 pour les 3 voyages de Bao Dai en Annam ; AP1603 pour le premier voyage ; AP0608 pour le 3e voyage)
En janvier 1933 et pour la deuxième fois depuis son retour en Annam, l’Empereur quitte sa capitale pour le Sud de son Empire.
Il est accompagné par le résident supérieur de France en Annam, M. Yves Chatel et par S.E. Nguyen Huu Bai, Premier ministre de l’Annam.
La première halte a lieu à la citadelle de Quang Nam (maintenant Diên Ban) , le Tong Doc du Quang Nam S.E. Ngo Dinh Khoi accueille S.M.(voir AP1517).
Le résident de France à Fai Fo, M. Allérini commente la visite de la vieille cité, en particulier les magnifiques pagodes chinoises(voir AP1640).
S.M. se recueille aux tombeaux royaux de Chiem Son et ceux de ses lointaines aïeules (voir AP1536 et 1629).
L’histoire des reines de l’ancien empire Cham, Indrapura, Mi Son et Dong Duong (voir AP1514) est développée pour l’Empereur et sa suite par M. Sogny, contrôleur général de la sûreté à Hué.
A Quang Ngai, S.M. est accueillie par le résident de France M. Morize et par S.E. Nguyen Ba Trac, Tuan Vu de Quang Ngai.
S.M. inaugure une kermesse de bienfaisance et effectue de nombreux achats.
Après le déjeuner, une troupe de danseuses moï présente un spectacle inattendu et très apprécié.
La visite se poursuit sur les chantiers de la future gare du « Transindochinois », au poste de la garde indigène dont le casernement a été édifié en s’inspirant des théories précieuses du système D qui concourt au confort des troupes coloniales comme la discipline en assure la force (voir AP1534).
Le chef des congrégations chinoises avait obtenu l’honneur d’une visite de leur pagode de Thu Xa (voir AP1638 et AP1639)
A la délégation de Son Ha, un vieillard de 117 ans rend hommage à son souverain (voir AP1643).
A Qui Nhon, M. Thibaudeau résident de France et S.E. Ung Bang, Tong Doc de la province de Binh Dinh accueillent S.M. et prononcent des discours fermes concernant l’attitude blâmable de « certains exaltés ». S.M. approuve les suggestions du Résident de France.
S.M. réserve sa première visite au comité franco annamite d’Aide et d’Assistance.
Puis c’est la visite de l’école franco-annamite de Binh Dinh et l’infirmerie de Kim Chau où sont accueillis les orphelins et abandonnés.
Monseigneur Tardieu a tenu à accueillir personnellement l’Empereur.
Le cortège se porte ensuite à la manufacture de soierie Flachet-Le Van Nham. Les deux directeurs présentent leurs doléances sur l’avenir de l’Industrie de la soie dans la région (voir AP1518).
S.M. visite ensuite la foire où sont présentés des échantillons de l’artisanat provincial.
Un spectacle est enfin offert par le Tong Doc dans la cour de la Pagode Royale.
A Song Cau (voir AP1511), M. Fugier-Garrel résident de France et S.E. Nguyen Huu Ty confient au Docteur Hung Hoat le soin de faire visiter l’hôpital à S.M.
Le jour suivant est réservé à la visite du canal d’irrigation de la plaine de Tuy Hoa (voir AP1512).
Le départ de S.M. est marqué par un concert inattendu accompagné de danses (voir AP1529), offert par une tribu de Moïs de l’Eau et du Feu.
Sur le chemin de retour vers Hué, S.M. déjeune au poste de garde indigène de Bong Son où le sous-inspecteur Hogner, aux services exceptionnels dans ce corps d’élite, l’accueille avec simplicité et beaucoup de respect. S.M. lui accordera une décoration (voir AP1530).
(Texte d’Albert Marien et Annick Marien née Sogny, largement inspiré des « notes de voyages » de Henri Le Grauclaude – Editions de la Presse populaire de l’Empire d’Annam – Hué, 1933)
Ville de Nha Trang (AP1515)
Nha Trang, « Maison blanche », est élevée en façade sur la mer et sur la rive droite du Song Cai, à 630 km de Hué et 450 km de Saïgon et à 172 km de Song Cau par voie ferrée. Résidence de France pour la province de Khanh Hoa, dont les autorités indigènes siègent à 11 km de là. Institut Pasteur.
Gare du chemin de fer, à 6 km (direction Ba Ngoi et Saïgon).
A l’époque du royaume cham, ce bassin côtier formait le pays de Kauthara (nom transcrit par les Chinois en Kou-tan) ; au Sud, la principauté de Panduranga lui était limitrophe. Près de Nha Trang s’élève l’ensemble des monuments cham de Po Nagar.
Nha Trang possède des plages magnifiques (voir AP2857 et AP2863), avec de beaux hôtels dont l’Hôtel Beaurivage (voir AP0628 et AP1524). C’est une des plus belles stations de l’Indochine. C’est également un port de pêche important (voir AP4524).
Nha Trang est également le siège de l’Institut océanographique de l’Indochine (voir AP1521 et AP1522).
C’est près de Nha Trang que fut recueillie la pierre inscrite de Phu Vinh, dite de Vo Canh. Cette stèle, du 3ème siècle, une des plus anciennes inscriptions sanskrites connues, rappelle une fondation d’un descendant du roi Çri Màra.
Au 17ème siècle, les Annamites de Hué s’emparèrent de ce pays cham et y constituèrent le Doanh de Thai Khang (jusqu’à la rivière de Phan Rang) en 1653, changé en Binh Khang sous les Tay Son, en trân de Binh Hoa, en 1808, sous Gia Long, en Tinh de Binh Hoa, en 1808 sous Minh Mang.
L’époque des fortes pluies est de fin octobre à décembre.
L’institut Pasteur est installé au bord de la mer. L’établissement fut créé en 1895 par le Dr Yersin (Monsieur Nam), l’auteur de la découverte du microbe de la peste bubonique, expérimentée à Hong Kong en 1897.
C’est depuis 1904 une annexe de l’institut Pasteur de Saïgon. Laboratoire de microbiologie animale. Préparation de vaccins microbiens, de sérums thérapeutiques pour les services indochinois (voir AP0629 et AP0630).
(D’après le Guide Madrolle – Hachette – Indochine du Sud – 1926)
L’Institut Océanographique de l’Indochine (AP1521)
Créé sous le nom de « Service Océanographique des Pêches » par un arrêté du 14 septembre 1922, il a été érigé à partir du 1er janvier 1930 en établissement doté de la personnalité civile par le décret du 1er Décembre 1929 qui lui a conféré sa nouvelle appellation et l’a placé sous l’autorité immédiate du Gouverneur Général de l’Indochine sous le contrôle scientifique de l’Académie des Sciences et sous le patronage de l’Institut de France et de l’Académie des Sciences coloniales.
Le siège de cet Institut est à Nha Trang. C’est un organisme de recherches qui a pour objet l’exploration biologique des mers avoisinant ou intéressant l’Indochine, les études scientifiques se rattachant à l’industrie des péches et l’établissement de la carte des fonds de pêche.
Son personnel, placé sous l’autorité d’un Directeur nommé par décret sur la double présentation de l’Académie des Sciences de l’Institut et de l’Académie des Sciences coloniales, comprend un personnel européen, composé d’assistants (nommés par le Gouverneur Général sur la double présentation dont il vient d’être question et dont la hiérarchie est fixée par l’arrêté du 29 décembre 1930) et d’agents (recrutés parmi les fonctionnaires des autres services mis hors cadres et détachés pour servir à l’Institut) ce personnel pouvant être recruté à titre permanent ou à titre temporaire, et un personnel asiatique dont le statut est fixé par un deuxième arrêté du 29 décembre 1930.
L’Institut Océanographique dispose d’un chalutier à vapeur d’assez fort tonnage dont la conduite est assurée par des agents appartenant au personnel des Flottilles ou recrutés par contrat.
Le budget de l’Institut a pour principale source de recettes la subvention, qui lui est servie par le budget général et éventuellement celles que pourraient lui octroyer les budgets locaux. Le Payeur de Nha Trang en était constitué comptable ; c’est à son nom que doivent être ordonnancées la ou les subventions alimentant ledit budget.
(Les administrations et les services publics indochinois – 1931 – Le Van Tan Hanoï)
 
 
 
 
Monseigneur Allys, vicaire apostolique de Hué (AP1547)
Eugène-Marie-Joseph Allys naquit à Paimpont, dans le diocèse de Rennes en 1852. Entré au séminaire des Missions Etrangères de Paris en 1872, il y fut ordonné prêtre en octobre 1875 et partit le 16 décembre de la même année pour la Mission de Cochinchine septentrionale.
Il y fut accueilli par Mgr Sohier, alors vicaire apostolique, qui lui confia le soin de la Sainte Enfance de Kim Long pour s’occuper des orphelins et se plonger dans l’étude de la langue. En 1876, Mgr Pontvianne, qui avait succédé à Mgr Sohier, le nomma Supérieur du grand séminaire, charge qu’il remplit jusqu’en 1880. A cette date, Mgr Caspar, qui avait remplacé Mgr Pontvianne, le désigna au poste de Duong Son, vieille chrétienté qui avait été le champ d’action du bienheureux François Jaccard.
En 1883, la région de Hué fut le théâtre de violentes persécutions et de nombreux chrétiens furent massacrés. La paroisse de Duong Son, par bonheur, fut épargnée. Ces persécutions reprirent de plus belle en 1885, après la prise de la citadelle de Hué par le général de Courcy et la fuite du roi Ham Nghi. La « révolte des lettrés » souleva le pays contre les Français et les chrétiens. Dans la paroisse de Quang Tri, ce fut un véritable désastre ; plus de la moitié des chrétiens furent massacrés et toutes les chrétientés détruites.
  1. Allys séjourna dans cette région pendant toute cette période pour apporter son aide matérielle et son soutien spirituel à ses paroissiens éprouvés.
Il fut alors nommé curé de Phu Cam et chef du district du Ben Thuy. Phu Cam comptait alors à peine 500 chrétiens et le district était formé de quelques chrétientés dont la plupart avait été décimée par les persécutions. M. Allys se mit au travail pour relever les ruines et, quand il quitta ce poste en 1910, le district comptait plus de 11000 chrétiens. Ces conversions se firent surtout dans la classe pauvre, mais il y en eut aussi parmi les rangs les plus élevés de la société annamite et même parmi les membres de la famille royale.
Une petite fille de Minh Mang fut la première à se faire chrétienne. Quand deux autres princes se convertirent, la Cour réagit, fit arrêter et condamner à mort les deux néophytes. M. Allys put leur éviter cette sentence en intervenant auprès du gouverneur général De Lanessan.
Le calme revenu, M. Allys continua à se consacrer à la conversion des infidèles tout en s’occupant de la construction à Phu Cam d’une grande église qui fut bénie solennellement en 1902 par Mgr Caspard et consacrée trente ans après par Mgr Chabanon. C’est dans cette église que, le 24 mai 1908, Mgr Allys reçut la consécration épiscopale des mains de Mgr Mossard, vicaire apostolique de Saïgon (voir AP0734).
Pendant les 23 ans qu’il dirigea la Mission de Hué, il s’occupa activement de protection de l’enfance, de conversion, d’éducation des jeunes et de soins à apporter aux malades. En 1921, il fonda à Hué la Congrégation des Filles de Marie Immaculée, chargée de s’occuper d’écoles, d’orphelinats et de dispensaires. Les Petits Frères du Sacré-cœur de Jésus, autre congrégation fondée par lui, étaient également chargés de l’instruction des catéchumènes. Il fonda l’Institut de la Providence et ouvrit le monastère cistercien de Phuoc Son.
Ses belles qualités, reconnues par tous, lui valurent de nombreux honneurs officiels. Il fut promu chevalier de la Légion d’honneur et Kim Khanh hors classe en 1921. A l’occasion de ses noces sacerdotales en 1925, le vénérable prélat fut nommé Grand Officier du Dragon d’Annam et reçut du Souverain Pontife le titre d’assistant au Trône Pontifical. Ces fêtes du Jubilé furent splendides. Le résident supérieur P. Pasquier prononça une chaleureuse allocution dans laquelle il déclara : « Quand le gouvernement de la République a mis sur votre robe violette le point rouge de la Légion d’Honneur, c’est qu’il voulut récompenser en vous les fortes et solides vertus de chez nous. Ces vertus vous les portez à la française, avec une crânerie qui ne perd jamais son sourire, avec une vivacité qui va jusqu’à la pétulance, avec un optimisme qui souffle sur toutes les flammes vacillantes ».
En 1931, devenu presque aveugle, il passa les rênes à son coadjuteur, Mgr Chabanon et passa les cinq dernières années de sa vie dans la retraite, au milieu de sa mission. Il s’éteignit le 23 avril 1936 et fut enterré dans le cimetière de Phu Cam, à l’ombre de la cathédrale qu’il avait bâtie et au milieu des fidèles de cette paroisse qu’il avait tant aimés.
(Renseignements communiqués par le R.P. Moussay, archiviste des Missions Etrangères de Paris)
Les médailles d’un Français combattant : Auguste Marboeuf (AP1553)
Auguste Marboeuf est né à Laissac (Aveyron) en 1883. Il est décédé à Hué en 1951.
Médaille coloniale (Tonkin) -1904
Croix de guerre 1914-1918 (1 étoile d’or) – 20 juillet 1918
Médaille des blessés (1914-1918) – 20 juillet 1918
Médaille commémorative (1914-1918) – 1919
Croix du Combattant (1914-1918) – 26 juin 1919
Chevalier du Dragon d’Annam – 6 avril 1921
Kim Khanh de 2° classe – 19 juillet 1923
Médaille militaire – 29 novembre 1924 (photo ci-contre)
Kim Tien de 1ère classe – 20 novembre 1929
Médaille de Verdun – 15 mai 1930
Médaille de la Victoire (1914-1918) – 9 octobre 1934
Médaille d’honneur des Eaux et Forêts – 20 novembre 1934
Chevalier du Mérite Agricole Métropolitain – 3 août 1935
Chevalier du Mérite Agricole Annamite – 9 décembre 1936
Croix du Combattant Volontaire (1914-1918) – 24 août 1938
Officier du Mérite Agricole Annamite – 15 février 1941
Chevalier du Mérite Agricole cambodgien (Sowathara) – 17 janvier 1943
Croix de Guerre 1939-1945 (1 palme) – 1er juillet 1946
Croix de Guerre T.O.E. (1 palme) – 1er mars 1947
Légion d’Honneur (Chevalier) – 1er mars 1947
Croix des  Combattants – 1948
(Document communiqué à l’AAVH par Jean-Pierre Marboeuf, fils d’Auguste Marboeuf)
Fêtes traditionnelles au Viêt Nam avant 1945 (AP1557) – Voir photographie AP4962 planche 2
Au Viêt Nam, le calendrier des fêtes est basé sur le cycle lunaire :
–  Le 1er jour du 1er mois  : Le Têt (ou recommencement de l’année).
–  Le 6e jour du deuxième mois :  Fête des Soeurs Trung (qui conduisirent une révolte contre les gouverneurs chinois entre 39 et 42 après JC.).
–  Le 10e jour du 3e mois : Fête des Hung Vuong (Premiers rois légendaires du Viêt Nam en 2878 avant J.C.).
–  Le 8e jour du 4e mois : Naissance de Bouddha.
–  Le 2e jour du 5e mois : Avènement de l’empereur Gia Long, fondateur de la dynastie des Nguyen en 1802.
–  Le 15e jour du 7e mois : Trung Nguyên ou Fête des Ames errantes (celles qui n’ont pas eu de descendance  mâle pour assurer le culte familial des ancêtres).
–  Le 15e jour du 8e mois : Fête de la mi-automne ou Trung Thu.
–  Le 20e jour du 8e mois : Fête en l’honneur de Trân Hung Dao, Général qui repoussa les Mongols de 1284 à 1288. Un  grand temple lui a été consacre à Kiêp Bac, à 5 km au nord de Sept-Pagodes (Pha Lai) ; c’est le lieu d’un important pèlerinage.
–   Le 22e jour du 8e mois : Fête du roi Lê Loï, fondateur de la dynastie des Lê Postérieurs en 1428.
–   Le 23e jour du 9e mois : Anniversaire de l’empereur Bao Daï.
S’y ajoutent :
–   les Fêtes françaises, mobiles par rapport au calendrier vietnamien : Pâques, Jeanne d’Arc, Ascension, Pentecôte, 14 juillet, Toussaint, Noël.
–   les Fêtes traditionnelles propres à chaque village (voir AP3034).
(Comité de Rédaction)
Enterrement de S.M. Khai Dinh (AP1559) – Voir photographie AP1568 planche 6
Khai Dinh était mort à Hué le 6 novembre 1925. Le prince héritier, S.A. Vinh Thuy qui faisait ses études en France sous le contrôle de M. Charles, ancien résident supérieur en Annam, était revenu à Hué et avait été intronisé sous le titre de règne de Bao Dai. La cérémonie d’intronisation s’était déroulée le 8 janvier 1926.
Sur l’intronisation de S.M. Bao Dai, voir AP2928.
Les funérailles de S.M. Khai Dinh eurent lieu du 29 au 31 janvier. Elles donnèrent lieu à d’importantes manifestations auxquelles assista une grande partie de la population de Hué ainsi que de nombreux visiteurs. C’était en effet un événement assez exceptionnel : les précédentes funérailles royales à Hué avaient eu lieu en janvier 1889, à la mort de Dong Khanh, 37 ans auparavant. (Les deux souverains, Thanh Thai et Duy Tan, qui ont occupé le trône après Dong Khanh avaient été exilés et étaient toujours vivants).
L’année précédente, Khai Dinh avait fêté en grande pompe son quarantenaire et les invités aux cérémonies avaient remarqué sa fatigue (voir AP2902)
Le CDRom présente 40 vignettes relatives à cet événement :
–  les vignettes AP1559 à AP1583 (soit 25 vignettes) provenant du fonds Sogny-Marien et que nous avons intitulées « Obsèques de S.M. Khai Dinh ».
–  les vignettes AP1897 à AP1914 (soit 15 vignettes) provenant du fonds Sallet et que nous avons intitulées « Funérailles de S.M. Khai Dinh ».
L’auteur des photos du fonds Sogny-Marien n’est pas connu mais pourrait bien être un des photographes officiels chargés de suivre la cérémonie, peut-être le même Dang Chau qui avait « couvert » les fêtes du Nam Giao, du Quarantenaire et de l’intronisation de S.M. Bao Dai. Plusieurs de ces photos furent éditées en cartes postales par Thanh Ba, éditeur à Hué.
Les photos du fonds Sallet, sont sur plaques de verre et comportent, pour la plupart une légende, inscrite sur la photo elle-même. Elles sont, à notre connaissance, inédites et constituent un précieux complément aux documents du fonds Sogny-Marien.
Les cérémonies de l’enterrement débutèrent au palais Can Chanh, dans la citadelle, où un hommage officiel fut rendu à la dépouille du souverain défunt. Puis le catafalque, escorté par un imposant cortège fur transporté à dos d’homme jusqu’au tombeau dont Khai Dinh avait lui-même surveillé la construction. Au tombeau eurent lieu diverses cérémonies avant que la bière ne soit descendue dans le caveau.
1.Cérémonies au Palais Can Chanh.
C’est S.M. Bao Dai, récemment intronisé, qui mène le deuil. Les principaux représentants de l’administration coloniale sont présents, dont le gouverneur général Alexandre Varenne et le résident supérieur Pierre Pasquier. Le précepteur de Bao Dai, M. Charles, ancien résident supérieur en Annam ainsi que son épouse avaient également été invités (voir AP1563).  Toute la famille royale participe naturellement à la cérémonie et en particulier les reines mères (voir AP1900) ainsi que tous les mandarins présents à Hué (voir AP1552 et AP1902).
Une grande tente avait été aménagée dans la cour du palais Can Chanh, habituellement réservé aux audiences royales. La bière contenant la dépouille royale y avait été installée sous un imposant catafalque. La levée du corps est présidée par S.M. Bao Dai en grand costume de deuil (voir AP1561).
Dans la grande cour devant le palais, tous les mandarins sont réunis (voir AP1562) pour rendre hommage au roi défunt par de grandes prosternations (voir AP1902).
Le catafalque quitte le Palais Can Chanh (voir AP1897). Juste derrière celui-ci marche S.M. Bao Dai en tenue de grand deuil, entouré de membres de la famille royale. Derrière ce groupe viennent les hauts fonctionnaires français, conduits par Pierre Pasquier (voir AP1560).
Le cortège franchit l’enceinte du palais royal par la porte Hien Nhon, la porte de droite, située à l’est (voir AP1905), puis il sort de la citadelle par la porte du Sud-Est, le Mirador VIII (voir AP1568). Il franchit ensuite la rivière des Parfums par le pont Clemenceau, au pied duquel de nombreux sampaniers sont venus accoster, pour rendre un dernier hommage à S.M. Khai Dinh (voir AP1565).
  1. Le cortège.
Le cortège, qui accompagne le catafalque et va circuler au milieu de la population de Hué, émue et respectueuse, à travers la ville et la campagne environnante, depuis la Citadelle jusqu’au tombeau de Khai Dinh, est précédé par deux éléphants royaux qui ouvrent la marche. Ils sont richement caparaçonnés et leurs cornacs tiennent en main un parasol jaune (voir AP1564).
Le catafalque est une grande construction en bois et en tissu, composée d’un dais rectangulaire soutenu par huit colonnes carrées. Les panneaux de toile qui encadrent le dais sont brodés de dessins symboliques et les colonnes portent des panneaux décoratifs (voir AP1576 et AP1906). Des deux côtés s’alignent des lanternes.
Le catafalque est soulevé sur les épaules d’une armée de porteurs vêtus d’une tunique de couleur aux parements blancs, de pantalons bouffants et de jambières blanches. Ils portent sur la tête une écharpe blanche (voir AP1906).
Dans le cortège de nombreux panneaux et bannières portent des inscriptions dont une grande banderole verticale de plusieurs mètres de haut, sur laquelle est inscrit en caractères le titre posthume qui a été décerné au roi défunt (voir AP1907).
Derrière la bannière, sur des civières et de larges tables, les porteurs transportent les objets personnels ayant appartenu à S.M. (voir AP1566), ainsi que ses vêtements (voir AP1912). De nombreux porteurs d’oriflammes et de lanternes accompagnent le cortège (voir AP1570, AP1571 et AP1572). Dans le cortège figurent également des personnages grimés en démons et habillés de costumes de théâtre qui ont pour rôle de chasser les « Ma Qui », les mauvais esprits (voir AP1567). Viennent ensuite deux tours, confectionnées avec du carton et du papier doré et argenté  (voir AP1898). Elles sont menées par des bonzes vêtus d’une curieuse tunique à carreaux en damier. Tout le long du parcours, une assistance émue et recueillie salue le cortège. Des cérémonies sont célébrées devant de petits autels installés au bord de la route qui ont été réalisés et transportés par des villages pour être remontés sur le parcours de la procession funèbre (voir AP1574).
  1. Les cérémonies au tombeau.
S.M. Khai Dinh a choisi Elle-même le lieu de sa sépulture et en a surveillé la construction. Juste avant d’arriver au tombeau, un dernier reposoir a été installé, là où les honneurs funèbres sont rendus à la dépouille royale (voir AP1578). Au tombeau sont exposés tous les objets votifs, une reproduction en carton et papier des palais Can Chanh (voir AP1579) et Kien Trung (voir AP1583) ainsi qu’une reproduction également en papier de tous les moyens de transport utilisés de son vivant par le roi défunt, y compris sa voiture automobile (voir AP1581). Ces objets votifs en papier sont incinérés à la fin de la cérémonie (voir AP1582)..
Un caveau a été creusé dans le tombeau pour y placer le cercueil de S.M. Khai Dinh. Le cercueil a été placé sur un chariot à glissières qui permettra de l’introduire dans le caveau (voir AP1580). La famille royale, en tenue de grand deuil est réunie autour du cercueil pour assister à la descente dans le caveau (voir AP1914).
Après la cérémonie, tous les invités ont quitté le tombeau pour rejoindre leurs véhicules. Sur la vignette AP1913 on voit les officiels descendre les escaliers du tombeau. Tenues blanches des fonctionnaires et uniformes des militaires se mêlent aux tuniques des mandarins.
(Comité de Rédaction)
 
 
Parasol (AP1564)
Le parasol, emblème de puissance politique ou d’élévation sociale, est né dans le Proche-Orient et a gagné ensuite l’Iran, la Chine et l’Inde. La technique de la broderie et de la confection des parasols a été importée de la Chine au Viêt Nam, vers 1520, par l’ambassadeur La Cong Lianh (règne de Lê Chieu Ton 1518-1523). Le village de Hien Luong monopolisa la fabrication des parasols. Il forma plus tard l’un des quartiers de Hanoï en bordure du Petit Lac.
Le parasol de cérémonie en papier, rendu pliant par un système de tigelles articulées autour d’un anneau de bois, insigne des fonctionnaires, doit être différencié d’autres parasols en étoffe et non pliants. Ce sont plutôt des dais (Tân) dont la tige de support est tantôt médiane tantôt fixée à la circonférence ; ce sont aussi des éventails ayant la forme d’une feuille de figuier. Ils étaient exclusivement réservés au roi et au culte.
(Extrait de Connaissance du Viêt Nam – Pierre Huard et Maurice Durand – Réédit. EFEO 2002)
 
L’Arroyo Chinois (AP1587)
…/…L’Arroyo Chinois, nommé autrefois « Rach Ben Nghe » a reçu son nom actuel des Français qui, remarquant que cet arroyo conduisait à la ville de Cho Lon, dont les habitants les plus nombreux étaient des Chinois commerçants, et servait à transporter les marchandises de ces mêmes commerçants à bord de leurs jonques mouillées à Xom Chieu (entre le fort du Sud et les Messageries Maritimes), lui donnèrent naturellement le nom d’Arroyo Chinois.
Le nom de Ben Nghe, d’après le Gia Dinh Thong Chi, vient de ce qu’autrefois dans cet arroyo des buffles et surtout de jeunes « bufflons » (Nghe) se baignaient.
Sur les deux rives de cet arroyo encombré de bateaux de toutes sortes, des maisons sur pilotis constituaient, pour ainsi dire, deux remparts épais et rendaient le passage de l’arroyo un peu étroit…/…
L’arroyo était bordé de grands magasins bâtis en briques, appelés « Tau Khau » et loués aux Chinois qui venaient de Chine une fois par an sur des jonques de mer. Ils apportaient leurs marchandises dans ces magasins où ils les vendaient soit en gros, soit au détail pendant leur séjour à Saïgon…/…
(Extrait de « Souvenirs historiques » – Truong Vinh Ky)
Tombeau de Tu Duc (AP1591)
Le tombeau de Tu Duc est situé à une dizaine de km en amont du Cavalier du Roi, sur la rive droite du Huong Giang (la rivière des Parfums), non loin du Belvédère qui domine le paysage de cette partie de la plaine des Tombeaux (voir AP2483). On peut y accéder à partir du quartier des Arènes, par la route dite de Tu Duc, ou à partir du Nam Giao, par la route dite de Thieu Tri.
Tu Duc lui avait donné le nom de Khiem Lang, tombeau de l’Humilité, espérant ainsi obtenir l’indulgence  du Ciel pour ses faiblesses et ses insuffisances, qu’il dénonçait dans la Stèle funéraire qu’il avait lui-même rédigée. Il  poussa l’humilité jusqu’à attribuer ce même qualificatif de Khiem à toutes les diverses parties de son monument funéraire :  porte Vu Khiem, lac Luu Khiem, temple Hoa Khiem, pavillon Xung Khiem, etc.
La construction de cet immense tombeau nécessita beaucoup de temps et beaucoup d’argent. Les travaux durèrent de 1844 à 1847. Près de 3000 ouvriers y furent employés. Les conditions de travail de ces ouvriers étaient si rudes qu’ils se révoltèrent. Cette révolte fut fomentée par des parents du frère aîné de Tu Duc que ce dernier avait écarté injustement du trône. Le complot fut découvert et les participants exécutés.
Tous les monuments de l’ensemble funéraire sont enfermés dans une vaste enceinte octogonale de pierre et de brique, ouverte au sud-ouest par une porte monumentale, la porte Vu Khiem. (voir AP1929). De cette porte part une large allée bordée de beaux arbres séculaires qui traverse tout le tombeau jusqu’à une autre porte située au nord-est qui a été murée.Cette allée longe le bord d’un bassin artificiel, le lac Luu Khiem, au milieu duquel un ilôt a été aménagé.(voir AP1910). Au bord du bassin, un embarcadère en bois sur pilotis, couvert par une élégante toiture, était le point de départ de promenades en barque pour le souverain et ses courtisans. Sur la rive opposée du lac, que l’on peut atteindre par un pont de pierre, s’élevait le Pavillon de repos, le Xung Khiem. (voir AP1919, AP2526, AP3876).
Au-dessus du débarcadère, suivant un axe perpendiculaire à l’allée, s’élèvent les temples consacrés au culte du souverain. Les autres monuments, pavillon de la stèle et tombeau à proprement parler, sont construits suivant un second axe, plus à l’est. Cette disposition sur deux axes des éléments de l’ensemble funéraire est propre au tombeau de Tu Duc. Dans les tombeaux de Minh Mang et de Thieu Tri, plus proches du modèle chinois, tous les édifices sont construits sur un seul axe.
On accède aux temples du culte par un large escalier de pierre aux hautes marches, au sommet duquel se dresse  une autre porte monumentale. Dans le temple de l’âme était célébré le culte du défunt. On peut y admirer des objets précieux lui ayant appartenu et censés lui servir dans l’au-delà. C’est aussi là que sont conservés le voile ayant recueilli son dernier souffle et les tablettes funéraires du monarque et de son épouse légitime, la reine Hoang Le Thien Anh,  ainsi que les trônes des deux souverains. Le plus grand appartenait à l’impératrice car Tu Duc ne mesurait que 1,53 m.
Le souverain venait souvent séjourner dans le temple Hoa Khiem qui avait été aménagé en palais d’habitation, avant de devenir temple du culte après sa mort.  Derrière ce sanctuaire s’élève le théâtre impérial (Minh Khiem) où Tu Duc assistait à des représentations de Tuong.  Le temple de Luong Khiem, juste derrière le temple de Hoa Khiem est dédié à la reine-mère Tu Du, mère de Tu Duc.
En continuant de suivre l’allée qui longe le lac Luu Khiem, un peu  plus à l’est, on rencontre la cour d’honneur qui précède la pavillon de la Stèle et le tombeau. Des deux côtés de la cour sont alignées des statues de pierre représentant des mandarins, un cheval sellé et un éléphant caparaçonné. Les mandarins sont de petite taille pour ne pas être plus grand que le roi lui-même. Ces statues sont de facture médiocre, du point de vue artistique elles sont loin de valoir les statues chinoises et même celles des tombeaux des Lê, à Lam Son. Cet alignement forme le « Chemin de l’Esprit » et conduit au Pavillon de la Stèle.
Sur le Pavillon de la Stèle, voir AP0746.
Derrière le pavillon de la stèle se trouve le tombeau à proprement parler, précédé d’un bassin artificiel en forme de croissant (voir AP1920). Ce bassin appelé Tan Nguyet Tri qui représente la lune nouvelle, protège l’entrée et accompagne le soleil, représenté par l’enclos funéraire, généralement de forme ronde. Contrairement à la tradition, au tombeau de Tu Duc, cet enclôt n’est pas circulaire, mais carré avec les deux angles supérieurs arrondis (on retrouve ce plan carré en Chine pour des sépultures impériales de différentes époques)
Un mur haut de trois mètres, le « Mur Précieux », entoure l’enceinte, avec une lourde porte aux battants de bronze. Le tombeau est au milieu de cette enceinte. Mais Tu Duc n’y a jamais été enterré et nul ne sait où il repose avec son trésor. Le secret a été bien gardé pour éviter que sa tombe ne soit pillée et, par mesure de sécurité exceptionnelle, les 200 serviteurs chargés des funérailles furent tous décapités. Ces fossoyeurs étaient des « sauvages », issus des minorités ethniques, qui représentaient les anciens maîtres du sol.
De la cour d’honneur on aperçoit également deux constructions sur la gauche : le tombeau de la reine-mère et la pagode y attenant, auxquels on accède par de larges escaliers où courent de haut en bas les corps sinueux de dragons de pierre, enfin un autre mausolée où repose le corps de la femme légitime de Tu Duc, la reine Hoang Le Thien Anh .
Le roi Kien Phuc, fils adoptif et neveu de Tu Duc, qui ne règna que quelques mois, est également enterré dans l’enceinte du tombeau de Tu Duc.
(Comité de Rédaction)
S.E. Nguyen Huu Bai (AP1598)
« …/…Ce fut certainement le plus illustre des morts de ces dernières années, dans le mandarinat contemporain. Le 28 juillet 1935 à 2h 25 du matin, rendit le dernier soupir l’un des plus hauts mandarins de la Cour, l’ancien Premier Ministre qui, comblé d’honneurs, a dominé de haut pendant une très longue période, ces derniers temps, toute l’histoire du mandarinat, et même celle du Gouvernement de Hué.
S.E. Nguyen Huu Bai naquit en la 15e année de Tu Duc (1863) ; sa famille était originaire du village de Qui Huong, « le précieux village », terroir d’origine des Empereurs de la Dynastie. Mais elle s’inscrivit par la suite au rôle d’un village de la province de Quang Tri, celui de Cao, canton de Xuan Hoa, Phu de Vinh Linh. Les propriétés et résidences de Son Excellence, érigées en duché, se trouvent à Phuoc Mon, Phu de Hai Lang, même province.
Les débuts de sa carrière furent aussi modestes que le couronnement en devait être éclatant. Ce fut un simple « Si Nhan », comme on dit, c’est-à-dire un étudiant, sans titre conquis aux concours triennaux ni diplômes récoltés dans l’enseignement français ou franco-annamite, qui, à l’âge de 20 ans, obtint sa nomination comme Thua Phai (Secrétaire) au Thuong Bac, ce service chargé des relations avec les étrangers, qui s’élevait, sous le règne de Tu Duc, au bord de la Rivière des Parfums, et qui fonctionnait dans la maison des Hau Bo, aujourd’hui habitée par S. E. Pham Quynh. On était en la 36e année du règne de S.M. Tu Duc (1883). Le jeune Thua Phai, intelligent et observateur, devait commencer à faire acquisition, dans ce service diplomatique, d’une précieuse expérience.
Les temps étaient troublés. Le pays d’Annam allait succomber au choc occidental. Le traité de Protectorat devait être signé un an plus tard. Une théorie de rois fantômes, de rois martyrs, se succédaient, aussitôt Tu Duc décédé. Dans ce désordre, en la première année du règne de S.M. Ham Nghi (1885), le Thua Phai Nguyen Huu Bai se  retira, cessant ses fonctions avec beaucoup d’autres fonctionnaires, que l’arrêt du fonctionnement des services administratifs du pays libérait.
S.M. Dong Khanh ne tarda pas à rétablir l’ordre avec le concours du Protectorat. Les services publics recommencèrent à fonctionner. Bientôt, on vit le jeune et distingué lettré reprendre sa place. Il n’y eut qu’une différence : comme si le destin s’ingéniait, en ces années de formation, et, on peut le dire, d’apprentissage, à fournir à un esprit d’élite des occasions d’enrichir ses talents par la pratique de formes d’activité variées, l’ancien collaborateur du Thuong Bac passa de la rive gauche à la rive droite du fleuve, ayant accès cette fois dans les bureaux de la Résidence Supérieure de France. Il y fut Ky Luc Kiem Thông Su, « Lettré et à la fois Interprète ».
En 1886, l’Interprète Nguyen Huu Bai accompagna une mission française de délimitation de frontières vers le Nord entre le Tonkin et la Chine, puis encore des colonnes militaires françaises de pacification  au Haut-Tonkin. …/… »
Après le décès de S.M. Khai Dinh, S.E. Nguyen Huu Bai garda ce titre et partagea avec le Régent S.E. Ton That Han qui était le chef des Rites du Royaume et le Suprême Officiant, la charge de collaborer avec le Protectorat en l’absence du Souverain qui continuait ses études en France. En 1930, les événements communistes du Nghe-Tinh virent S.E. Nguyen Huu Bai, avec un calme courage et une indomptable énergie, à côté du Gouverneur Général intérimaire M. René Robin et de M. le Résident Supérieur Chatel, apporter sa haute autorité morale à aider l’œuvre de pacification. Il reçut, avec la Cour et le Protectorat, le Ministre des Colonies, M. Paul Reynaud, à Hué en novembre 1931. Il fut de ceux qui contribuèrent à faire hâter le retour du Souverain, souhaité par toute la population.
(Extrait du BAVH 1939/2 : Quelques mandarins d’hier, par Nguyen Tien Lang, Chef de Bureau au Cabinet de Sa Majesté)
 
Le 1er voyage de SM. Bao Dai au Nord Annam en 1932 (AP1603)
Pour son premier voyage dans le Nord Annam, le Gouverneur Général M. Pierre Pasquier a désiré accompagner l’Empereur sur les lieux historiques de la naissance de la dynastie des Nguyen.
Ce dernier se montre très curieux du fonctionnement des établissements et des administrations.
Le Tong Doc de Thanh Hoa est S.E.Ton That Quang.
Puis Sa Majesté se rend au tombeau du mont Trieu Tong et surtout au village de Qui Huong, berceau de la famille impériale.
C’est ensuite une visite approfondie du barrage de Bai Huong grâce auquel une irrigation régulière fait du Thanh Hoa la région la plus riche du Nord Annam.
Avant de quitter la province, S.M. visite la magnifique plantation de café de Yen My.
Après cette visite, le Gouverneur Général Pasquier prend congé de l’Empereur.
A Vinh, avec S.E. Nguyen Khoa Ky, Tong Doc de la province, S.M. s’attarde aux usines métallurgiques de Truong Thi et emporte la sympathie des ouvriers pourtant bien agités ces dernières années par les mouvements politiques et sociaux du Nghe An.
A Ha Tinh, accompagné par M. Delsalle, résident de France, S.M. est reçu à la Pagode Royale par une foule enthousiaste.
A Dong Hoi, M. Duquesne, Résident de France, a organisé une journée de détente animée de spectacles inédits, d’épreuves sportives et de danses. Les évolutions finales, au son de la « Madelon » annamite dont certaines strophes ont été composées à la louange du jeune Empereur, sont très applaudies.
Quang Tri, est la dernière étape du voyage. Un hommage particulier est rendu à l’Empereur dans la cour de la Pagode Royale.
Sa Majesté souhaite connaître la ville de  Dong Ha, durement éprouvée par un typhon, et effectuer une excursion au Huyen de Cam Lo pour visiter la citadelle construite par son ancêtre Gia Long.
Enfin sur l’invitation de SE. Nguyen Huu Bai, S.M. visite un orphelinat qu’il a créé et entretient  à ses frais à Phuoc Mon.
(Texte d’Albert Marien et Annick Marien née Sogny, largement inspiré des « notes de voyages » de Henri Le Grauclaude – Editions de la Presse populaire de l’Empire d’Annam – Hué, 1933)
Typhons en Indochine (AP1620)
« Typhon » est le nom donné aux cyclones tropicaux du Pacifique occidental et de la mer de Chine. En d’autres lieux on les appelle: hurricanes (Antilles), cyclones (Océan Indien), willy-willies (Australie), baguios (Philippines).
Dans des zones où la température de la mer atteint 26° sur 60m de profondeur il se crée une circulation d’air chargé d’humidité vers les couches supérieures de l’atmosphère un peu plus fraîches. L’ensemble se déplace lentement vers l’ouest sous l’effet des vents dominants.
Si ce front chaud et humide rencontre en altitude un front froid, la différence plus grande de températures va augmenter la dépression et entraîner une accélération de la circulation d’air : ce sera une tempête normale.
Mais si une poche d’air très froid venant du nord vient à rencontrer une perturbation déjà existante, la différence de températures augmente brusquement, la dépression se creuse brutalement, le tourbillon grossit, s’accélère en rotation ascendante, se charge de plus en plus d’humidité, avec des précipitations très importantes ; c’est le typhon.
Il peut atteindre plusieurs centaines de kilomètres de diamètre, les vents 350 km/h, les pluies 1 à 2 mètres par jour. Il se déplace à environ 20-30 km/h.
Sa trajectoire, toujours vers l’ouest, est rarement rectiligne. Divers éléments complexes lui font faire des zigzags, des crochets voire un retour en arrière surprenant. Arrivé au-dessus de la terre le typhon se comble car il n’y a plus d’eau surchauffée s’évaporant pour alimenter le phénomène ; l’écart des températures s’atténue car la zone froide d’altitude est dépassée. Parfois un élément suffit pour que le typhon se comble bien qu’encore sur la mer, mais c’est assez rare.
A terre, voici le déroulement du phénomène décrit par celui qui le subit sur son parcours. Le ciel se colore en rouge cuivre et se couvre. Le baromètre descend, d’abord lentement jusqu’à 750 mm de mercure, (1 mm Hg = 1,33322 hectopascals ; donc, ici, 1000 hPa – La normale est 1013) puis brutalement (730 mm=973 hPa). Les pluies commencent ; les vents s’élèvent, passant du SE au SO. Après six heures environ intervient une zone de calme appelée oeil du cyclone, pouvant durer jusqu’à une heure, au cours de laquelle vent, pluie, nébulosité diminuent; on arrive même à voir le soleil. Et brusquement les pluies reprennent de plus belle ; les vents passent du NO au NE, plus forts que dans la première période. L’effet de l’alternance du sens des vents est considérable: dans le premier temps les arbres sont violemment poussés dans un sens, leurs racines fragilisées par l’excès d’eau; dans le troisième temps la poussée est dans l’autre sens, les arbres déjà déstabilisés n’y résistent pas. Enfin la pression remonte brusquement (à 740) puis lentement jusqu’à 750 ; et le phénomène s’estompe. Il a duré une quinzaine d’heures. Les pluies très abondantes provoquent ensuite des inondations. Si l’on n’est pas directement sur la trajectoire du typhon on en ressent cependant l’essentiel du déroulement, sauf la zone calme centrale. Encore plus loin on ne subit qu’une « queue de typhon » plus ou moins intense.
La surveillance des typhons, naissance et trajectoire, est primordiale pour la sécurité maritime et la prévention à terre.
Pour l’Extrême-Orient l’observatoire le plus qualifié était (car il a été remplacé par un observatoire de Tokyo) celui de Zi Ka Wei (Xu Jia Hui en pinyin, Siu Kia Houei en EFEO), à 8km au SO de Shanghaï, créé par les Jésuites en 1882.
Pour I’Indochine, un Observatoire Central Magnétique et Météorologique a été créé en 1904 à Phu Lien, près de Kien An, à 16km au SO de Haiphong (voir AP2159).
En Indochine les typhons frappent le Tonkin, surtout en juillet, août et septembre ; le nord de I’Annam, surtout en septembre et octobre ; le sud de l’Annam, surtout en octobre et novembre; la Cochinchine, très rarement, de décembre à mars.
Des Annales annamites de 1810 à 1904 signalent 13 typhons sévères et 22 queues de typhons pour le Centre-Annam (dont ceux du 4 octobre 1900 à Tourane, du 11 septembre 1904 à Hué, du 23 octobre 1904 à Quang Tri).
Les statistiques de Phu Lien (portant sur 15 ans de 1912 à 1927) indiquent 24 typhons au Tonkin et Nord Annam (tout en rappelant celui mémorable du 16 juillet 1909), 17 pour le Centre Annam, 7 pour le Sud-Annam. Alors que pour la même période elles donnent 31 typhons sur la côte méridionale de la Chine et 111 pour la zone côte orientale de la Chine, Formose et Japon.
Les typhons causaient d’importants dégats aux voies de communication (voir AP0436 et AP1621) et aux bâtiments publics ou privés (voir AP1185).
Le « Quid » cite pour l’Indochine les typhons suivants qui ont été très meurtriers, mais sans indiquer les régions frappées : 8 octobre 1881, 20 octobre 1952, 25 septembre 1953, 5 octobre 1980.
Dans le fond Bonnet il y a une photographie (AP3343) prise mi-1928 à Hai Duong après un typhon. Il ne devait pas avoir été très violent car la vue ne montre pas de dégâts importants. Le rédacteur de ces lignes a subi une queue de typhon à Saïgon, à une date non précisée mais comprise entre juillet 1951 et avril 1954. Le lendemain matin beaucoup d’arbres des rues du Plateau perpendiculaires à l’Arroyo Chinois étaient couchés vers le SO, les fils électriques du tramway rue Paul Blanchy étaient enchevêtrés à terre, la circulation automobile impossible. Le soir tout était à peu près rétabli, l’armée française étant immédiatement et massivement intervenue.
(Comité de Rédaction)
Les Gardes indigènes en tenue de campagne (AP1628)
Habillement :
Toile kaki. Le salaco est en lamelles de bambou, avec coiffe intérieure en rotin finement tressé et très bien adapté à la pointure. Sa forme permet de tirer couché. Ce qui n’est plus le cas pour le casque en liège européen. Le cimier cuivre se visse, de même pour la grenade. Ainsi le soldat nettoie facilement ces deux éléments. Recouvert de toile kaki avec couvre nuque et jugulaire.
Veste :
C’est la coupe de la veste chinoise typique, manches un peu resserrées en descendant vers les poignets, col droit se fermant sur le devant au moyen de ces perles de cuivre, boutonnières chinoises en tresses.
Pantalon :
De coupe locale, donc assez ample, le bas replié sous les jambières; ce qui lui donne finalement l’aspect d’une culotte agréable à porter.
Molletières :
Locales en toile bleue (couleur du corps de la G.I.). En forme de fanion triangulaire avec un ruban faisant office de lacet à chaque bout et rapidement mise en place en un tour et demi. De plus ne comprime pas la jambe du tout.
Ceinture bleue :
Du même tissu. Héritage de la tenue locale, où la ceinture qui soutient le pantalon retombe sur le devant entre les jambes. Elle indique le corps par sa couleur bleue, (de même le rouge pour les tirailleurs, jambières et ceinture).
Equipement :
Un soldat de 1ère classe (entre 5 ou 7 ans de service) porte comme dans l’infanterie, trois cartouchières, maintenues par son ceinturon et les bretelles de suspension. Il peut ainsi emporter soixante cartouches ; de plus il dispose, si nécessaire, de soixante autres cartouches qui sont logées dans des cartouchières de poitrine, ces dernières en toile. Ces 120 cartouches se trouvent en permanence dans la « caisse-paquetage individuelle ». Il n’y a donc paradoxalement pas de distribution de cartouches. C’est beaucoup de temps gagné et un tout naturel témoignage de confiance, avec des gens sages, disciplinés, et qui vont pour la plupart jusqu’à 25 ans de service. Une ou deux musettes, une couverture ; pas de sac ; le coupe-coupe si nécessaire aux travaux de campement ou bivouac est tout simplement ficelé sur la couverture dans sa gaine de bois.
Armement individuel :
– Soit le mousqueton de cavalerie, tirant la cartouche D.A.M. calibre 8 mm – cette munition renflée (bouteille) en chargeurs de cinq cartouches, est source de mécomptes : trop souvent il y a enrayage dans l’approvisionnement et l’on revient alors à la cadence du tir de 1870 au coup par coup – plus la baïonnette.
– Soit Le fusil dit « Indochinois ». C’est le fusil de la guerre l4-18 un peu raccourci, donc plus à la portée des soldats indochinois. Ce dernier à la baïonnette aiguille du Lebel.
Chaussures :
Sandales, soques ou pieds nus, godillots peu utilisés.
Tenue de sortie :
En toile blanche, ceinture et jambières bleues.
Tenue d’hiver :
Dans le Nord, en drap flanelle bleu foncé.
Ces deux tenues de même coupe que la tenue kaki.
(Document communiqué par Mme Beyris, fille de l’Inspecteur en chef de la G.I. Nicolle)
Les tombeaux royaux de Chiem Son (AP1629)
Il s’agit des tombeaux des reines Hieu Van et Hieu Chieu du XVIIème siècle (Voir AP1536).
La première fut l’épouse du roi Sai Vuong (1613-1635).
Dans un article du BAVH 1920/3, consacré à la généalogie des Nguyen avant Gia Long, SE. Ton That Han nous donne sur ces deux reines les renseignements suivants :
« Hi  Tôn Hieu Van Hoang Hau s’appelait Giai et appartenait à la famille Nguyen . Elle naquit l’année Mau Dan, 1ère année de la période Quang Hung de Le Thai Ton (1578). Elle était originaire du village de Nghi Duong , province de Hai Duong , et était fille de Mac Kinh Dien . Celui-ci s’était octroyé le titre de Khiem Vuong puis, vaincu, détrôné, avait pris la fuite. Sa fille suivit son oncle paternel, Mac Canh Huong, et partit, avec un de ses parents, pour le Sud. Elle se réfugia à la pagode Lam Son  et se fit inscrire sur le contrôle de la Province de Quang Tri . L’épouse de Huong nommée Nguyen Ngoc Duong , tante maternelle de Hieu Van la présenta au palais du prince. En raison de ses bonnes manières et de la retenue de sa conversation, elle reçut le droit de porter le nom de la famille royale. Elle mourut le 12 décembre 1630, âgée de 53 ans. Elle fut enterrée à la montagne du village de Chiem Son  Huyen de Duy Xuyên , province de Quang Nam.
Elle est vénérée au 1er autel de gauche du temple Thai Mieu.
La seconde fut l’épouse du roi Cong Thuong Vuong, le successeur de Sai Vuong.
Than Ton Hieu Chieu Hoang Hau  appartenait à la famille Doan et était originaire du huyen de  Dien Phuoc , province de Quang Nam. C’était la fille du Thach Quan Cong , Doan Cong Nhan ; sa mère était de la famille Vo. A l’âge de 18 ans, pendant une nuit, elle faisait la cueillette des feuilles de mûrier en chantant. Sa voix fut entendue par l’héritier présomptif, qui était alors dans le Quang Nam avec son père Hieu Van (Sai Vuong) et qui , à la clarté de la lune, faisait une partie de pêche en barque. Charmé par les poésies qu’elle chantait, il demanda des renseignements et il apprit que c’était une jeune fille de la famille Doan.
Plus tard, elle fut admise à la résidence du prince qui l’épousa à cause de son intelligence et de ses bonnes manières. Elle mourut le 13 juin 1661.
Elle fut enterrée à la montagne de Chiem Son  huyen de Duy Xuyen , province de Quang Nam Son tombeau est connu sous le nom de Vinh Dien , par ordonnance de Vo Vuong elle fut proclamée Phi…/.. Elle est vénérée au 1er autel de droite du temple Thai Mieu. Elle fut mère de 3 fils et d’une fille.
(Ton That Han – BAVH 1920/3)
Saïgon – Banque de l’Indochine (AP1656)
La Banque de l’Indochine a été créée en 1875 par un décret du président Mac Mahon, à l’initiative du Comptoir National d’Escompte  et du Crédit Industriel et Commercial.
La banque bénéficie du privilège d’émission et peut donc imprimer les billets en piastres.  Comme les autres commerces de Saïgon, elle s’installe d’abord dans un bâtiment modeste dans une villa au croisement de la rue Pellerin et du quai, près de la chambre de Commerce. Puis, au cours des années 1920, durant la période la plus faste de l’économie indochinoise, les responsables décident de se doter d’un parc immobilier important L’immeuble du siège parisien est édifié, boulevard Haussmann.
Un architecte, Félix Dumail, est engagé pour réaliser plusieurs agences en Indochine, travail qui va l’occuper de 1924 à 1928. Pour l’immeuble de Saïgon, il doit tenir compte des contraintes locales. La salle des coffres, les réserves métalliques et de billets sont abrités en sous-sol ; au rez-de-chaussée, le centre du vaste hall destiné à accueillir le public est occupé par les caisses tandis que les bureaux du personnel sont répartis sur le pourtour, l’un d’eux étant attribué au « compradore » chinois. Au troisième étage sont installés des appartements avec personnel et cuisine, que la banque prévoit de louer. Pour la décoration, l’architecte s’inspire résolument des motifs de l’architecture khmère : des nâga polycéphales apparaissent au balcon de l’étage et des chapiteaux khmers couronnent les lourdes colonnes carrées. Le sol marécageux a également donné du fil à retordre aux entrepreneurs. Pour soutenir le lourd édifice, il a fallu enfoncer une forêt de pieux dans la boue de la berge de l’arroyo.
(Comité de Rédaction)
Raoul Desmarets (AP1660)
Entré à l’Ecole des Arts et Métiers de Lille en 1913, il n’en sort qu’en 1920, ses études ayant été interrompues par la guerre.
Puis il travaille à Paris pour une société spécialisée dans le matériel et l’outillage industriels, Riollet-Dufour. Il avait souvent l’occasion d’arpenter les couloirs du Ministère des Colonies, un de leurs clients, où un beau jour il tomba sur un avis de recrutement d’ingénieurs pour les Travaux Publics des Colonies. Il signa en 1922 un engagement de 3 ans pour l’Indochine. Il s’embarqua sur le paquebot poste l’ « Amazone » le 24 février 1922.
Il demanda à être envoyé en Annam et arriva à Hué le 30 mars 1922.
Attaché au Service de l’Irrigation de l’Annam, il devra, avant de rejoindre son futur poste, faire un stage avec son camarade Dégremont. Un Gad’zart comme lui.
Son stage terminé, il est affecté à Faifoo (Quang Nam) pour construire un barrage sur le Song Thu Bon à 50 km en amont de Faifoo et creuser un canal de 40 à 50 km de long qui amènera l’eau de la montagne à la plaine. Il logera sur un sampan de 10 m, comprenant la cuisine et sa chambre à coucher. Il aura des chevaux pour se déplacer en brousse.
Les renseignements qu’il avait recueillis à Huê pendant son stage, ensuite à Tourane, enfin à Faifoo, lui permettaient de se lancer dans quelques projets : création d’un cinéma à Faifoo où il aurait 2/5 des parts ; puis d’une machine à glace pour moitié. Plus tard il prit un quart des parts dans une société : le « Comptoir Industriel et Electro-Mécanique d’Extrême-Orient » à Saïgon.
En 1924, il est à Tuy Hoa (Song Cau) pour de gros travaux d’irrigation et le creusement de 14 km de canaux. Début janvier 1924, il part rejoindre son nouveau poste. Volny Dupuy (voir AP1690), de son coté, prenait ses fonctions de Résident à Faifoo en février. Ils se sont ratés de peu.
Le 13 avril, il fut nommé chef de la 4ème Subdivision. Le 20 août, il fut convoqué à Thuy Hoa où on lui donna l’ordre de faire le relevé topographique au 1/25.000ème d’une région encore blanche sur la carte. Concrètement, cela voulait dire : parcourir à cheval crêtes et vallées, relever toutes les cotes caractéristiques et les chaîner, (mesurer à la chaîne d’arpenteur), et rapporter tous les éléments permettant de tracer la carte, ses courbes de niveau, ses cours d’eau, ses lignes de crêtes etc. Travail à effectuer du 26 août au 15 septembre. Le 20 novembre 1924, on rajoute à sa juridiction la 5ème subdivision, ce qui porta la longueur de ses canaux à 100 km et l’allongement de ses chantiers. Tout cela par manque de cadre. Par contre on ne parle toujours pas de titularisation. Il est toujours « stagiaire ».
La hiérarchie aux Travaux Publiques était la suivante :
    Ingénieur adjoint stagiaire, son titre actuel (de 3ème classe, de 2ème classe, de 1ère classe).
    Ingénieur (de 3ème classe, de 2ème classe, de 1ère classe, hors classe).
    Ingénieur Principal (de 4ème classe, de 3ème classe, de 2ème classe, de 1ère classe, 2ème échelon)
    Ingénieur en chef
Le 3 février 1925, il est enfin titularisé « Ingénieur adjoint de 3ème classe du cadre permanent des Travaux Publics de l’Indochine », avec 8.000 francs de solde de base par an, plus l’indemnité de déplacement (4.000 piastres) plus l’indemnité locale de 1.140 piastres. ../…
Son chef lui annonce qu’il avait besoin d’un jeune ingénieur en bonne santé, célibataire, courageux, ayant déjà fait la brousse, pour l’étude d’une route dans une contrée à peine connue, déserte et à demi soumise. Il était justement le seul, à répondre à ces critères. Il fallait étudier, sur le versant cochinchinois, le tracé de la future route de Djiring, dans le Darlac, jusqu’à Saïgon, en passant par Bien Hoa. Ce tronçon fera partie de la Route Coloniale n°20. Il sera le chef de la 3ème Brigade. Son secteur en plein pays moï est un cirque où coule la Song Lagna affluent du Dong  Nai, le fleuve de Saïgon. On ne peut y travailler que 6 mois par an, car la mousson transforme tous les ans la région en marécages. Il aura à recruter son personnel, le loger, le ravitailler. Il installe donc son P.C à Dan Ouang à 15 km du col de Blao, soit 6 heures de cheval en pleine brousse et dans la descente de la falaise. La route descendra en lacets serrés sur une dénivellation de 800 mètres. L’étude du tracé terminé, en 1927 il quitte le cirque avec cinquante porteurs pour arriver le 28 à Djiring.
Le 14 juin, il reçoit son affectation pour Pleiku où il a 200 Moïs comme coolies et 35 camions attelés à sa disposition. Il a la charge des constructions et de l’entretien des bâtiments administratifs de Kontum et de Pleiku. Ajouter à cela 600 km de routes à entretenir soit 250.000 journées de travailleurs à surveiller. Pour clore, il a bien sûr tous les ouvrages d’art, soit à construire, soit à en contrôler l’entretien.
A son 3ème séjour, il est nommé à Phu Nhon, près de Quang Ngai. Entretien des routes et des ouvrages d’art. En 1931, on lui ajoute la récupération d’une zone marécageuse de 120 km carrés à assécher sur la mer.
Le 1er avril 1932, papa me descend à califourchon sur ses épaules, sur la route coloniale numéro un qui passe en bas de la colline. Il est plus de huit heures du soir. Et j’assiste terrifié, l’imagination en folie, au passage de six autos-chenilles de la mission France-Asie Citroën. Elles passent dans un fracas inconnu pour moi. Leur grands yeux lumineux et aveuglants, percent la nuit et mon imagination galopante. Comment des chenilles à moteur, pouvaient elles se déplacer conduites par des hommes. Le même mois, le courrier aérien est instauré en parallèle avec le courrier maritime.
En novembre 1932 l’Ingénieur en Chef de Hué proposait à mon père de prendre la province de Thua Thien, la subdivision territoriale de la capitale Impériale ainsi que la voirie, c’est à dire les Travaux Municipaux. Pour faire bonne mesure, on lui ajoutait la province de Quang Tri, voisine du nord. Cela totalisait 2.500 à 3.000 km de route à parcourir par mois. Ajouter à cela les aménagements du Palais Impérial, ainsi que l’aménagement de la route qui dessert les Tombeaux Royaux.
Le 23 décembre 1932, nous déménagions de Phu Nhon, pour emménager à Hué. Mon père avait acheté une voiture plus petite pour ses tournées, une Renault de 6 cv, type N-N 2, de 4 places.
Le 21 février 1933 nous avons un nouveau voisin, M. Délétie, directeur de l’Enseignement. Le 1er mars, mon père part en reconnaissance dans une montagne de la Chaîne Annamitique, Nui Bach Ma, « montagne du cheval blanc » qui culmine à 1.450 m d’altitude à 42 km au sud de Hué. Le village de Cau Hai, se trouve à 10 km du pied du massif au bord d’une grande lagune. Le Résident Supérieur et mon père rêvaient de donner à la capitale de l’Empire d’Annam, une station d’altitude, à l’instar du port de Tourane qui avait ouvert et équipé celle de Ba Na à l’ouest de la ville. Il fallait qu’elle soit près de Hué, facile d’accès, ce qui permettrait à ceux qui le désiraient, de se reposer dans une atmosphère pure, sous un climat tempéré. Mon père fit ouvrir un chemin de reconnaissance et quelques temps après il atteignit le sommet, découvrit le panorama et redescendit rassuré. Il avait trouvé ce qu’il cherchait. Il fit son rapport au Résident Supérieur de Hué, M. Grafeuil, qui s’y intéressait aussi. Celui-ci fut convaincu et lui confia l’étude du projet.
Le 5 mai, le chemin d’accès à Bach Ma était terminé, cinq cents coolies y avaient contribué. On pouvait parvenir au pied en voiture et franchir à pied les 20 km de sentiers jusqu’au faîte. Le débroussaillage de la station avait commencé sur une surface de 2 km de long sur 0,400 km de large. Le 25 mai on monte en voiture jusqu’à la cote 800. Le chemin praticable au public sera terminé le 15 mai.
Mon père met aussi en chantier la route de Hué à Thuan An, la station balnéaire de Hué ; longueur du trajet, 13 km. Les travaux d’embellissement de la ville se poursuivent et l’installation de l’éclairage est en cours. La S.I.P.E.A., société privée qui fournit le courant, est dirigée par monsieur Gérard…/… »
(Jacques Desmarets, fils de Raoul Desmarets – « Une vie au soleil » )
Le dragon, motif de l’art ornemental annamite (AP1678)
 » Les principaux motifs d’art relevés à Hué sont : le dragon ; le phénix ; la tortue ; la licorne ; la chauve-souris ; un animal indéterminé ; le tourne-soleil ; le lotus ; les huit objets précieux : pinceaux guitare, courge, etc. ; le paysage animé ; la chaîne ; la grecque ; l’ove ; la perle ; le chapelet ; les glands à olives et franges ; les sujets à base florale… Cette nomenclature est forcément incomplète. Les lacunes seront comblées au fur et à mesure que les recherches en cours des AVH feront découvrir de nouveaux sujets …/…
Le dragon a laissé dans tous les pays asiatiques une empreinte ineffaçable que l’on trouve partout où le génie artistique de la race a l’occasion de se manifester. Le meuble sous toutes ses formes : rituel ou profane, la pagode, les habitations particulières, les stèles, les vases, les plateaux, les boîtes, sont ornementés de cet emblème exécuté quelquefois avec une inhabileté de novice, mais traité le plus souvent avec une incomparable maîtrise.
…/… Le dragon complet de profil.
Ses caractéristiques se définissent par : corps de serpent à une ou plusieurs courbes (généralement trois pour l’ensemble du sujet : une pour le cou, une pour le corps et une pour la queue) situées dans un même plan vertical ; pourvu d’une crête ayant une certaine analogie avec celle du caméléon ; queue en panache à plusieurs touffes de poils formant un disque étoilé à plusieurs branches ; tête à crinière formée de plusieurs bouquets chevelus et surmontée de deux cornes ramifiées, courtes et légèrement recourbées en arrière ; faciès de carnassier à la mâchoire puissante ; bouche ouverte ou fermée ; quatre jambes courbes, fortes et nerveuses, armées de griffes plus ou moins accentuées. Le dragon au corps souple, sinueux, aux multiples ondulations, se prête à toutes les conceptions, à tous les caprices de l’artiste, qui, suivant son inspiration et sa fantaisie, l’utilise comme motif frontal des portes, des toitures, des stèles, des meubles rituels ou profanes, l’inscrit dans les cartouches, dans les caissons ornementaux de forme carrée, rectangulaire, triangulaire, ronde ou ovale. Et il faut avouer que l’Annamite sait tirer de cet unique sujet des motifs multiples, élégants, gracieux, aux lignes hardies, quoique parfois un peu confuses par leur complication.
Jadis, le dragon d’ornementation se subdivisait en plusieurs catégories différenciées entre elles par le nombre de griffes et de bouquets de poils à la crinière et à la queue et le degré de perfection dans l’achèvement.
Le dragon dans lequel les griffes et les touffes de poils étaient au nombre de cinq était un emblème exclusivement réservé au Roi et au culte. Le sujet était fini dans ses moindres détails. Il était interdit de l’employer pour l’usage privé.
Le dragon à trois ou quatre éléments (griffes, crinière et queue) était dévolu à l’aristocratie et à la classe aisée. Il pouvait être plus ou moins soigné, mais n’était jamais complètement orné.
Avec l’homme du peuple, les griffes devaient être cachées…/… »
(Capitaine P. Albrecht, de l’Infanterie Coloniale – BAVH 1915)
Temple de Banteay Srei (AP1687)
Construit par le brahmane Yajnavarâha, précepteur de Râjendravarman puis de Jayavarman V, le Banteay Srei (la « Citadelle des femmes ») a été édifié vers le milieu du Xe siècle à 20 km au nord-est d’Angkor. Malgré sa taille réduite, qui est due au fait que Yajnavarâha n’était pas un souverain, ce temple est considéré par beaucoup de spécialistes comme le joyau de l’art Khmer et peut sans conteste rivaliser avec Angkor Vat.
Yajnavarâha construisit son temple entièrement en grès rose ce qui donne aux trois prasats (tours sanctuaires) tout leur éclat. Il eut recours au talent des meilleurs sculpteurs. La perfection des sculptures fait toute la qualité de Banteay Srei. Elles couvrent la totalité des édifices avec un raffinement jamais égalé (en comparaison, les sculptures des temples d’Angkor semblent figées). Exécutés en haut-relief, les Devatas (déesses) et Dvarapalas (gardiens) sont si expressifs et sensuels qu’on les croirait vivants. Les frontons des sanctuaires sont sans conteste les plus beaux de l’art Khmer, ils représentent le plus souvent les épopées hindoues du Ramayana.
C’est sur ce site qu’à partir de 1931, l’équipe de l’EFEO dirigée par Henri Marchal mit au point la restauration par anastylose qui a permis de redonner tout leur lustre à plusieurs autres monuments d’Angkor (Baphuon, Terrasse du Roi lépreux notamment).
Le Banteay Srei, longtemps abandonné, a attiré les pilleurs et les voleurs. Il a valu à André Malraux, qui avait tenté en 1923 d’exporter en Europe une de ses plus belles statues, de connaître des ennuis avec la police indochinoise.
Le temple a été entièrement reconstruit dans les années 1930.
(Comité de Rédaction)
Louis Volny Dupuy, administrateur (AP1690)
Louis Volny Dupuy (né à Morne Rouge le 13/09/1878, mort le 11/11/1935 à Bonneveine, Marseille), a commencé ses études au lycée de St Pierre. A la mort de son père en 1891, il avait 13 ans. Il est bachelier en 1896. Admis au concours de l’Ecole Coloniale en 1897, il en sort en 1900. Il est diplômé des Langues Orientales.
Le 17 septembre 1900 il entre dans l’Administration des Services Civils comme élève administrateur.
Embarqué à Marseille le 18 novembre 1900 à bord du S/S Salazie. Le 14 octobre 1903 il est nommé à Quang Ngai administrateur de 2e Classe et « Chancelier de Résidence » (responsable de la justice), puis Administrateur de 3ème Classe le 14 février 1914.
En avril 1914, Volny part en congé en France avec sa fille. Ils embarquent, accompagnés d’un domestique annamite « Ba », sur le paquebot poste de catégorie B « Amazone ». Il les débarque à Marseille le 4 mai 1914.
La Grande Guerre éclate ; Volny est mobilisé à Dreux avec le grade de caporal-fourrier à la 4ème section, 14ème compagnie du 29ème Régiment d’Infanterie Territoriale. Il est bientôt affecté à un poste qui lui convient mieux : l’inspection de la main-d’oeuvre indochinoise répartie dans les 14e et 15e régions. Il va les contrôler directement sur leur lieu de travail, ce qui lui donne beaucoup d’activités adaptées à ses anciennes fonctions, et le change de l’inaction précédente.
Il voit transiter à Marseille toutes sortes de gens et de races : Annamites , Berbères, Kabyles, Malgaches, Somalis, Sénégalais, Canaques de Nouvelle Calédonie, 5.000 Chinois, venus de chez eux aider la France. Il n’est plus seul maintenant ; un de ses camarades du Tonkin, M. Lacombe, est venu en renfort et M. Aurousseau va s’occuper des Chinois./…
Le 5 mars 1918, Volny embarque sur le paquebot des Messageries Maritime « André Lebon », le plus puissant paquebot poste de la ligne (voir AP3232). Le Ministre des Colonies, Albert Sarraut, avait signé son ordre de départ, destination Quang Ngai.
Mon grand père retrouve son fils, Robert, qui allait avoir 7 ans en décembre. Pour la rentrée de septembre 1918, il sera inscrit à l’Ecole des Frères de Huê. Résident à Quang Ngai, il a repris son service d’administrateur. Il va lui-même chercher Robert en voiture, 230 km de route, 5 bacs, une petite expédition, la même chose pour le retour. Robert est ravi.
Volny est nommé Administrateur de 2ème Classe le 6 novembre 1919.
La résidence de Quang Ngai est limitée : M. Estèbe, administrateur de 5e classe, est à la fois percepteur, notaire, greffier. M. Belle est inspecteur de la Garde Indigène, M. Ménel est surveillant des Travaux Publics, le médecin est un Annamite diplômé de l’école de Médecine de Hanoï, le chargé des Postes et Télégraphes et le Directeur de l’Ecole sont annamites. La résidence, trop petite pour recevoir les autorités en déplacement, doit être agrandie. Volny fait construire un étage et vit provisoirement dans une maison plus petite.
Le 21 septembre 1920, Volny épouse à Hong­Kong, Antonia Chouquet, qu’il avait connue à Marseille (voir AP1699). Le 8 janvier 1921, il est nommé Administrateur de 2e classe par décret du 6 novembre 1920 et, peu après, il doit rejoindre son nouveau poste, Qui Nhon, pour remplacer un de ses collègues et ami, M. Friès qui n’était pas rentré en France depuis 6 ans !
Qui Nhon est le chef-lieu de la province du Binh-Dinh, à 175 km au sud de Quang Ngai. C’est une province plus importante que celle de Quang Ngai. En mars il déménage et ne le regrettera pas. Il y a 50 Européens à Qui-Nhon, fonctionnaires et colons, et ce n’est pas le travail qui lui manquera.
Volny est nommé Administrateur de 1ère Classe le 6 avril 1923.
En novembre 1923, toute la famille repart pour l’Indochine sur le paquebot poste de catégorie B, l’ « Amboise ».
Volny est nommé Résident à Faifo jusqu’au 25 juin 1925 et en juillet, le mois suivant, tout le monde embarque pour la France sur le paquebot poste de catégorie A, le  « Porthos » (voir AP2224 et AP2277). Après une bonne cure à Chatel-Guyon pendant tout le mois d’août, retour à Marseille à la campagne Mireille jusqu’en avril 1926, et sur l’Indochine à bord du « D’Artagnan » (voir AP4216 à  AP4219).
Résidence de Fai Fo pendant un an, jusqu’en juillet 1927, puis retour sur Qui Nhon. Le même mois, vacances à Dalat avec Antonia, Pierre, et Maurice, au chalet de la résidence. Le 15 août un bal est organisé à Dalat. Lucette s’y rend et y fait connaissance d’un jeune Ingénieur des Travaux Publics, Raoul Desmarets, agé de 31 ans (voir AP1660). Il venait de Pleiku, où il exerçait ses fonctions. Les choses ne traînent pas. Ils se plaisent et le 29 août, moins de 15 jours plus tard, Raoul descend à Qui Nhon se présenter à la Résidence, et demande à Volny la main de sa fille. Demande accordée et proclamation des fiançailles. Par la même occasion, le même jour, Jean Robert Louis Dupuy arrive au monde pour participer lui aussi aux agapes du jour. Le 29 août 1927…:… »
(Comité de Rédaction et Jacques Desmarrets)
Colonisation française de l’Indochine jusqu’aux indépendances – Repères (AP1698)
–   De 1859 (date de la prise de Saïgon) à 1879 : Période des 12 Amiraux. Le premier : Rigault de Genouilly ; le dernier : Laffont.
–   De 1879 à 1896 : Période des 7 Gouverneurs civils. Le premier : Le Myre de Vilers ; le dernier : Rousseau.
–   1898 : Formation de l’Union indochinoise constituée des pays suivants :
     Cochinchine, colonie en 1867, après des opérations militaires contre les successeurs de Gia Long de 1859 à 1866.
     Annam, protectorat 1874 et 83, après des opérations contre la Cour de Hué de 1859 à 1873.
     Tonkin, protectorat en 1885, après des opérations contre la Chine, suzerain nominal, et les troupes de pirates qu’elle animait, de 1857 à 1885.
     Cambodge, protectorat de 1863 ; opérations militaires postérieures contre le Siam pour récupérer les provinces cambodgiennes.
     Laos, protectorat de 1893, après les voyages de Doudart de Lagrée en 1866 et Pavie en 1886, entrepris en vertu des droits acquis précédemment par le Cambodge et l’Annam sur le Laos, et après des opérations contre le Siam pour le forcer à reconnaître notre protectorat qui en est issu.
     Kouang-Tchéou-Wan, bail de 1898 accordé par la Chine pour 99 ans. 840 km², 210.000 hab. Capitale: Fort Bayard. Rendu à la Chine en 1945. Maintenant : Guangzhouwan ; capitale : Zhangjiang.
De 1896 à 1945 : Période des 15 Gouverneurs Généraux. Le premier : Paul Doumer. L’avant-dernier : le général Catroux (30/8/1939 au 25/6/1940) qui a accepté le 20/6/1940 l’ultimatum japonais exigeant un droit de passage et de stationnement de leurs troupes en guerre contre la Chine du sud et préparant (déjà) leur guerre dans la Mer de Chine vers la Malaisie, Singapour et les Indes néerlandaises.
Le dernier : l’amiral Decoux (25/6/940 au 16/8/1945) ; avec les exigences japonaises de plus en plus pressantes jusqu’au coup de force du 9 mars 1945 où tous les Français furent désarmés, arrêtés et regroupés dans un périmètre à Hanoï ou à Saïgon et quelques autres villes..
De 1945 à 1954 : Période des 7 Hauts-Commissaires : Thierry D’Argenlieu (mais il n’arrive à Saïgon que le 31 otobre 1945), Bollaert, Pignon, le général de Lattre de Tassigny, Letourneau, Dejean, le général Ely.
Première guerre d’Indochine, avec les Français : du 20/11/1946 (tirs sur les navires français à Haiphong) au 21/7/1954 (fin de la Conférence de Genève : le Viêt Nam est partagé en deux par le 17e parallèle). Le tournant de la guerre date du 1er octobre 1949 lorsque la République Populaire de Chine a été proclamée par Mao-tsé-Tong et où ses troupes bordant le Tonkin purent apporter assistance et refuge aux troupes vietminh et surtout aide en matériel lourd après l’armistice du 27 juillet 1953 en Corée.
La défaite de Dien Bien Phu le 7 juin1954 a concrétisé notre perte d’influence et la reconnaissance internationale de l’indépendance des 2 Viêt Nam (Nord et Sud), du Cambodge et du  Laos.
(Comité de Rédaction)
Automobile en Annam (AP1705)
 » L’automobiliste simplement épris de vitesse, de longues randonnées, peut lancer sa voiture, pendant des centaines de kilomètres, sur une route le plus souvent unie comme un billard. Et si une récente inondation vient d’emporter un pont ou d’affouiller la route en quelques endroits, ce contretemps, qui ne fait perdre que quelques heures, est un charme de plus par les situations pittoresques qu’il crée, par les moyens de fortune auxquels il oblige de recourir (Voir AP3395). Il enlève à un si long voyage ce qu’il pourrait avoir de monotonie.
Le touriste qu’attirent et enchantent les sites pittoresques voit se succéder, à mesure que se déroulent les kilomètres, les plaines fécondes du delta tonkinois, les rochers abrupts du Thanh Hoa, les grands fleuves du Nghe An et du Quang Binh, les dunes aveuglantes de Quang Binh ou du Quang Nam, les baies embrumées ou miroitantes, les lagunes endormies de Hué, de Tourane, de Qui Nhon ou du Sud Annam ; les paysages de Hué, d’une douceur idéale…/…
A chaque étape, parfois à chaque kilomètre, le paysage varie et passe du grandiose au mignard, du tourmenté au classique, du sauvage au délicatement nuancé ; c’est un émerveillement pour les yeux, en même temps qu’un repos bienfaisant pour l’esprit. »
(Extrait de  » L’Annam – Guide touristique  » – Collection du Vieux Hué – IDEO – 1921)
Plage de Thuan Anh (AP1724)
La plage de Thuan An, à 14 km au NE de Hué, était la station balnéaire de la capitale. On pouvait y accéder soit par la route provinciale N°4, soit en descendant en chaloupe la Rivière des Parfums durant la saison (mai-septembre). La durée du trajet était d’environ 2 heures.
(Guide Taupin de l’Indochine – 1937)
« …/…Le 30 juin, au matin, nous franchissions la barre de Thuan An pour entrer dans la vaste lagune où débouche le fleuve qui entoure et protège la Ville Impériale, la barre était maniable ce jour-là ; mais toujours difficile et souvent dangereuse, elle est impraticable pendant les mois d’octobre et de novembre, quand souffle avec force la mousson de nord-est qui commence à s’établir ; d’ailleurs elle n’admet que des navires calant de 3 m. à 3 m. 20 au maximum. Il faut de quatre à cinq heures de sampan pour remonter de Thuan An à Hué (10 milles environ) ; la navigation du fleuve est facile jusqu’à 2 milles de la Citadelle et permet le passage de barques assez grandes ; c’est en ce point que se trouve le poste de mouillage de la flotte annamite dont le vieil aviso français, le Scorpion, constitue actuellement encore le plus bel ornement…/… »
(Extrait du BAVH 1933/3 – Dix huit mois à Hué en 1883 par M. A. Auvray)
Les cimetières européens de Hué (AP1750)
Il n’y avait, à l’origine, aucun cimetière civil européen à Hué. Seuls existaient officiellement 3 cimetières militaires :
– Le Cimetière du Mang Ca ou « ancien cimetière ». Il fut ouvert dès 1883 sous la protection des murailles du Mang Ca où les troupes étaient cantonnées (sur le Mang Ca, voir AP0025). D’après les plans existants, ce cimetière aurait contenu 122 tombes.
– Le Cimetière des Zouaves. Les premières inhumations y furent faites fin 1885 début 1886. Il fut d’ailleurs rapidement rempli. Ce cimetière aurait contenu 266 tombes. Le cimetière des zouaves fut sans doute rapidement abandonné, car les premières tombes du nouveau cimetière militaire semblent dater de 1886.
– Le Nouveau cimetière militaire ou « Cimetière du Mirador 1 ». Le cimetière des zouaves, un peu éloigné de la concession, n’offrait qu’une faible surface dans laquelle les inhumations étaient possibles, une grande partie en était certainement inondée en saison des pluies, et la rizière l’entourait de tous côtés. Il fallut dès 1886 songer à choisir un autre emplacement et l’on se rapprocha du Mirador 1. Au 31 décembre 1928, il contenait environ 200 tombes.
Ces trois cimetières militaires de Hué étaient entretenus par les soins de la garnison au moyen des crédits alloués par « l’œuvre des tombes de l’Annam-Tonkin » et de subventions données par le Résident Supérieur en Annam.
Le premier cimetière civil fut installé à la chrétienté de Kim Long, pour l’inhumation des fonctionnaires décédés au début de l’occupation française à Hué. Ce dernier fut vite rempli et on fut vite obligé d’inhumer les Européens au cimetière militaire de la Concession jusqu’en 1904, date à laquelle on ouvrit le cimetière européen de Phu Cam derrière la cathédrale de Hué.
Le cimetière de Phu Cam est aujourd’hui le seul cimetière de civils européens dans la capitale. Il renferme les tombes de fonctionnaires et de commerçants français, mais contient aussi des tombes rapportées d’autres cimetières abandonnés, comme ceux de membres de la famille Chaigneau.
(D’après le Cdt Laurent – Les cimetières européens de Hué – BAVH 1929)
A noter que le cimetière de Phu Cam n’a pas subi le sort des cimetières civils et militaires, dont les corps ont été transportés à Fréjus il y a quelques années ; la raison de cette exception tient sans doute au fait que le périmètre de la cathédrale, sa procure (où Léopold Cadière a passé ses derniers jours) et le cimetière attenant sont sous l’autorité d’un Délégué Apostolique représentant le Vatican. Son caractère d’extraterritorialité l’a donc préservé des exhumations. Il en était de même pour le périmètre occupé par les Rédemptoristes canadiens, qui n’ont pas été inquiétés lors des tragiques moments de l’occupation japonaise après mars 1945 et du siège de Hué (fin 1946-début 1947) alors qu’ils se trouvaient pourtant dans la zone des conflits.
(Comité de Rédaction)
Inventaire des destructions après le Siège de Hué (1946-47) (AP1759)
Lettre du Général Le Bris, conseiller fédéral, au Haut-Commissaire de France pour l’Indochine – Saïgon le 6 mars 1947.
(NDLR le contenu de cette lettre nous a été communiqué par Ratou Cosserat en 1998)
« M. Le Haut-Commissaire de France pour l’Indochine.
J’ai l’honneur de vous adresser un premier compte-rendu sur les destructions opérées à Hué entre le 20 décembre 1946 et le 5 février 1947, veille de l’entrée des troupes françaises dans la capitale de l’Annam.
L’anéantissement des bâtiments royaux a très vivement ému tous les milieux annamites…/…
J’ai pensé qu’il y avait intérêt à vous communiquer sans délai l’état dans lequel nous avons trouvé Hué. Toutes les destructions systématiquement préparées ont été exécutées par explosion, incendie ou pillage…/… Un quartier annamite (Duong) a beaucoup souffert. Le quartier de Vi Gia (habité par les familles mandarinales) est intact. Celui de Coi Hoi semble ne pas avoir été trop touché.
Porte Ngo Mon :
Corps d’entrée officiel du Palais Impérial, n’a pas souffert.
Palais Thai Hoa  :
Salle du trône où avaient lieu les cérémonies d’intronisation, la réception des Ambassadeurs étrangers sous les anciens Rois et le serment d’obédience des Mandarins au Têt. Trône… et Brûle Parfums symboliques n’y sont plus. Cette salle n’était pas meublée. Bâtiment intact.
Palais Can Chanh  :
Salle où se tenaient deux fois par mois les audiences officielles des Mandarins, sous la présidence des rois ou des régents, jusqu’en 1885. Meubles, bibelots, cadeaux diplomatiques, service de vaisselle offert par la Compagnie des Indes (XVIIIe siècle) portant les armes et la devise en tamoul de la Cie (contenus soit dans le fond de la salle soit dans le pavillon de droite en entrant dans la Cour d’Honneur, le tout ne forme plus qu’un immense amas de cendres – incendie du 5 février). Tout a disparu sauf les deux grandes vasques rituelles en bronze pesant plus de 1500 kg chacune et fondues au XVIIe siècle.
Palais Can Thanh  :
Dans l’ensemble, bâtiment semblable au précédent. Cette magnifique salle était richement meublée, ornée de tapisseries et de tentures en brocart, d’usage surtout rituel. C’est là qu’étaient déposés les fameux sceaux et cachets en argent et en jade, ainsi que d’autres objets tels le brevet d’investiture octroyé à Gia Long par l’Empereur de Pékin en 1804 (texte en caractères mandchous et chinois) d’une valeur inestimable. Ce palais était également utilisé comme dépositoire pour les Souverains morts en exercice.
L’incendie en a fait un tas de cendres après le pillage de tout ce qu’il contenait.
Palais Kien Trung :
Résidence personnelle des Souverains. Bâtiment à étage de style baroque, construit par Khai Dinh en 1917-1918. Il était richement meublé à la française et contenait des objets précieux en quantité. Complètement pillé. Bâtiment coupé en deux par mines ou bombes japonaises.
Palais de la Grand’Reine Mère :
N’était plus habité depuis la mort de la mère de Khai Dinh. (septembre 1944). Bâtiment modeste de peu de valeur. Resté tel quel moins le contenu, d’ailleurs sans importance.
Palais de la Reine Mère :
Plusieurs corps de bâtiments dont une très belle salle de réception style oriental et un pavillon à étages, style européen. Pas trop de dégats aux bâtiments. Tout ce qui s’y trouvait a été pillé ou emporté.
Temple Phung Tien :
Temple culturel des Empereurs de la dynastie depuis Gia Long, n’ayant pas un caractère officiel. C’était plutôt un oratoire pour le roi régnant. Magnifique bâtiment richement meublé, contenant des objets et des souvenirs de grande valeur. En cendres après pillage complet.
Temple culturel du père de Gia Long :
Le père d’un créateur d’une dynastie a droit à un temple à part. Complètement détruit.
The Mieu :
Temple dynastique pour le culte officiel des Empereurs depuis Gia Long ; 9 autels en tout dont 7 étaient occupés : Gia Long ; Minh Mang ; Thieu Tri ; Tu Duc ; Kien Phuc ; Dong Khanh et Khai Dinh (les Rois déposés ou morts de mort violente n’ont pas droit au culte).
Immense bâtiment. N’a pas souffert. Mais presque tous les objets du culte (d’ailleurs de peu de valeur) ont été détruits ou ont disparu.
Thai Mieu :
Temple dynastique pour le Culte Officiel rendu aux 9 Chua.(Seigneurs Nguyen de Hué de 1558 à 1774), ancêtres de Gia Long mais qui se prétendaient tributaires de la dynastie des Lê de Hanoï). Complètement détruit.
Temple de Nguyen Kim :
Père de Nguyen Hoang, premier seigneur et créateur de la dynastie des Chua. Complètement détruit.
Caserne de la Garde Royale :
Bâtiment presque intact. Mais les magnifiques collections ont été emportées. Un grand nombre de pièces auraient été déposées dans la commune du village de Hien Long avec ordre de tout brûler en cas d’arrivée des Français. La Bibliothèque, assez importante a été jetée à terre, dans la cour, piétinée et détériorée, mais il est possible de récupérer une partie des ouvrages, surtout ceux des XVIIIème et XIXème siècle. La section cham a conservé ses statues et embasements de pierre, mais la vitrine a disparu avec les objets cham qu’elle contenait. En or, très peu, en argent et en bronze. Dans la salle principale du musée, il reste quelques meubles anciens et bahuts plus ou moins abîmés, ainsi que les statues bouddhiques en terre cuite.
Bibliothèque de l’AAVH :
Petit bâtiment intact. La collection complète du Bulletin reliée cuir, les stocks des bulletins des années antérieures, les ouvrages de toute nature et notamment ceux concernant l’Indochine et parus aux XVIIIème et XIXème  siècles sous reliure luxe pleine peau ont été jetés à terre, piétinés, déchirés et mis en tas pour y mettre le feu, ce que les vandales n’ont pas eu le temps de réaliser. On pourra en récupérer une partie.
La grande salle annexe des poteries, les collections des Celadons Song provenant des fouilles de Thanh Hoa, les vitrines des objets préhistoriques et de la période néolithique dont certains étaient très rares, d’après le professeur spécialiste japonais (1943), les collections moï, etc… Bâtiment presque intact mais entièrement vidé, à part quelques pots à chaux et articles de peu de valeur. Les magnifiques Kouanin en ivoire, sculptés et colorés, notamment, ont disparu.
Musée Economique :
Bâtiment presque intact, mais toutes les collections d’échantillons les plus variés de produits locaux, outils, instruments divers, articles, ouvrages d’orfèvrerie en or et en argent (30 années de travail des services agricoles) ont disparu.
Musée Historique :
Créé en 1943. Siège de l’ancien Collège Quoc Tu Giam. Le bâtiment a peu souffert, à part les centaines de vitres qui ont été cassées. Objets et souvenirs historiques : tout a disparu.
Bibliothèque Bao Dai :
Le bâtiment, très simple a peu souffert. Mais tous les ouvrages (des milliers) dont une collection en caractères chinois, n’existent pour ainsi dire plus.
Palais du Co Mat :
Style oriental, construit il y a une cinquantaine d’années. C’est là que se tenaient les Conseils des Ministres sous la présidence du Résident Supérieur et quelquefois de l’Empereur. Détruit en grande partie.
2 beaux bâtiments, style européen :
Style européen, construit en même temps que le Co Mat qui devaient servir de bureaux officiels des Ministres qui n’y sont jamais venus. On y installa les conseillers français auprès du Gouvernement annamite. Mobilier et archives disparus. Ces bâtiments sont sérieusement endommagés.
Ministère de l’Education Nationale :
Très vieux bâtiment. N’a pas trop souffert, mais vide de son contenu.
Les 6 Ministères :
Ils abritaient les logements des Ministres et leurs différents services. La moitié de ces bâtiments sont complètement détruits, les autres sont endommagés. Presque vidés de leurs meubles et des archives.
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Nota :
Le service des Annales et des Archives impériales – toute l’histoire du pays – qui ne figure pas sur le schéma aura été endommagé et tout ce qui y était contenu, détruit ou emporté.
Il est probable qu’avec le temps, il sera possible de retrouver dans des villages de l’intérieur des provinces de Thua Thien, Quang Tri et Dong Hoi, une partie des objets emportés. »
(Lettre du Général Le Bris, conseiller fédéral, au Haut-Commissaire de France pour l’Indochine – Saïgon le 6 mars 1947)
Hévéas et hévéaculture (AP1799)
En quechua (langue indienne parlée principalement dans les Andes et qui fut la langue de l’empire Inca) : hyeve. C’est ce mot, écrit « hhévé », qu’utilisa De La Condamine dans son rapport de 1751. L’hévéa (de la famille des Euphorbiacées) est un arbre de 20 à 30 mètres au tronc cylindrique avec au sommet un bouquet de feuilles vert intense. A feuilles caduques. Il lui faut un sol profond riche en humus ; une chaleur moyenne de 27°C (minimum au-dessus de 18°C) avec une atmosphère humide pendant 7 mois par an. On prépare les semis en pépinières pendant la saison sèche (en Cochinchine : de septembre à février). Lorsque l’arbuste a 1m de haut on le transplante, en saison des pluies (de mai à septembre), sur le terrain définitif préparé pendant la précédente saison sèche (octobre-mai), espacé de l0m en 10m en quinconce (AP2801).
L’exploitation commence au bout de 6 à 7 ans et se poursuit jusqu’à 20 ans environ. En saison sèche, on pratique quotidiennement sur le tronc des incisions obliques en spirale ou en V, à 10-15cm d’intervalle d’où le latex (mot latin désignant toute espèce de liquide ; utilisé en 1807) s’écoule immédiatement dans une coupelle installée au bas de l’incision et fréquemment vidée. On peut renouveler les incisions toutes les semaines. Le latex comporte 2/3 d’eau et 1/3 de caoutchouc en suspension. Après filtrage on le coagule en l’acidifiant légèrement. On obtient ainsi le crêpe en plaque ou en ruban. Après lavage, pressage, gaufrage, séchage, fumage, on obtient des balles prêtes à l’expédition.
On cultive l’hévéa dans des terrains d’alluvions siliceuses dites « Terres Grises », au nord de Saïgon, avec un faible rendement (environ 280kg par hectare et par an) ; mais surtout sur les terrains basaltiques des plateaux, dites « Terres Rouges », avec un rendement bien meilleur (de 500 à 700kg par hectare et par an, selon la qualité de la terre). Ces données sur les rendements correspondent à la période 1930. Ils ont été améliorés depuis.
(Comité de Rédaction)
Bref aperçu de l’histoire des Amis du Vieux Hué (1914-1944) (AP1817) – Voir image AP1817 planche 2
L’admiration passionnée que portait aux charmes de leur « Cité Souveraine » un groupe de Français et d' »Annamites », au début du vingtième siècle, fut sans nul doute le point de départ de l’aventure des Amis du Vieux Hué. Cette admiration de la ville impériale fut immédiatement active, parce qu’elle impliquait un impérieux besoin de connaître et de faire connaître son histoire et de préserver ses monuments.
Le 16 novembre 1913, dix-sept personnes se réunissaient dans une salle du Palais Tho-Viên, au coeur de la Citadelle de Hué et donnaient officiellement naissance à l’Association des Amis du Vieux Hué. Nul ne pouvait, à ce moment précis, réaliser ce que deviendrait, ce que produirait, ce que symboliserait la première société de recherche franco-annamite. En trente ans d’une impressionnante activité, la somme de travaux de recherches, d’études publiées, de documents collectés, de monuments préservés et restaurés, feront de la modeste AAVH l’une des plus grandes « Charte historique de l’Annam », l’une des plus efficaces « Commission de protection des sites » de Hué et de sa région et l’un des plus authentiques foyers du rapprochement franco-annamite.
Il fallait, pour mener à bien l’entreprise, une équipe d’exception, menée par un homme providentiel.
« Léopold Cadière (1869-1955), des Missions Etrangères de Paris, sera le principal initiateur et l’animateur du projet. Arrivé à Da Nang en 1892, il cumule activités missionnaires et recherches érudites sur le Viêt Nam. En 1913, après trois ans passés en France, il revient au Viêt Nam comme aumônier de l’Ecole Péllerin, à Huê, où il entre notamment en contact avec Léonard Aurousseau, pensionnaire de l’E.F.E.O et précepteur de l’Empereur Duy Tân et le docteur Albert Sallet, médecin des troupes coloniales. Ces trois hommes seront la cheville ouvrière de l’A.A.V.H » (Alain Guillemin, chargé de recherche au CNRS – Lettre de la NAAVH-déc. 2001). D’autres personnalités ont joué un rôle déterminant dans le succès du projet : Léon Sogny, Inspecteur de la Garde Indigène, L. Dumoutier, Trésorier de l’Annam, qui fut le premier Président de l’A.A.V.H., R. Orband, administrateur des services civils et délégué auprès des Ministères de la Cour, Nguyen Dinh Hoe, sous-directeur de l’école des Hau-Bo, Ung-Trinh, sous-directeur du Quoc Tu Giam, Henri Cosserat, commerçant érudit.
De 1913 à 1944, l’association des Amis du Vieux Hué, se consacrera à la défense de la culture vietnamienne et, durant trente années de paix relative, « s’acquittera de cette mission avec ponctualité, l’une des plus honorables que mena la France en Extrême-Orient » (Bertrand Legendre – Le Monde – 18 mai 1998)
L’article second des statuts de l’association, s’appuyant sur un « plan de Recherche », engage les Amis du Vieux Hué à « rechercher, conserver et transmettre les vieux souvenirs d’ordre politique, religieux, artistique et littéraire, tant européens qu’annamites, qui se rattachent à Hué et ses environs » (Statuts de l’AAVH-BAVH N°1-1913).
La mission de l’AAVH sera double : diffusion de la culture vietnamienne d’une part (« œuvre interne ») et préservation et conservation des monuments d’autre part (« oeuvre extérieure »).
L’oeuvre interne a été définie par Cadière comme « l’ensemble des études entreprises par les membres de l’Association et publiées dans le bulletin ». Elle sera considérable et portera non seulement sur Hué et sa région, mais aussi sur l’ensemble du territoire du Viêt Nam actuel.
« La collection complète du Bulletin des Amis du Vieux Hué impressionne d’abord par son importance : de janvier 1914 à juin 1944, l’on ne dénombre pas moins de 120 volumes totalisant environ 13 000 pages de texte, 2800 planches hors-texte et 700 gravures dans les textes, en noir et en couleurs. Il s’agit donc là d’une collection qui, par bien des aspects, rappelle l’entreprise parallèle que fut le Bulletin de l’Ecole Française d’Extrême-Orient. Entre les deux, les différences sont toutefois sensibles et il convient de rappeler ici comment le Père Cadière jugeait lui-même son  » oeuvre intérieure  » : » Le Bulletin n’est pas une publication de haute critique, mais plutôt un organe de vulgarisation  » (BAVH, 1925, Index). Et en effet, le Bulletin des Amis du Vieux Hué visait avant tout non point l’érudit mais, plus simplement, l’honnête homme désireux de s’informer et curieux de connaître les récentes découvertes, les données du folklore ou de l’ethnologie, les épisodes marquant de l’histoire ancienne du Viêt Nam  » (Philippe Papin, de l’E.F.E.O. Introduction au CD ROM DU BAVH).
Le Bulletin restitue de manière émouvante, dans les Documents concernant l’Association, la vie sociale de ses membres : communications scientifiques ; causeries ; réunions mensuelles au coeur de la Citadelle, à quelques pas des bureaux des Ministères vietnamiens et des dépôts d’archives ; accueil solennel des invités de marque, discussions animées autour des difficultés chroniques du BAVH : – maintenir le Bulletin au niveau d’une revue aristocratique – trouver des auteurs – lutter contre les arriérés et les crises.
« L’oeuvre a été réalisée par une poignée de personnes, provenant d’horizons très différents : missionnaires, fonctionnaires coloniaux, militaires, commerçants, mandarins de la cour impériale. Tous étaient des bénévoles, des amateurs désintéressés, qui devaient en outre assurer les charges et les fonctions de leur état ou de leur profession qui absorbaient le plus clair de leur temps ». (Jean Despierres-Témoignage – Lettre de la NAAVH N°5). Voici comment l’un de ces colons éclairés vante leurs violons d’Ingres : « Quand, au labeur du jour, nous avons consacré nos forces, nous aimons à nous délasser en nous penchant vers le passé. Passé de jadis ou passé d’hier, cendres légères d’antan ou cendres encore tièdes, nous nous plaisons, Français ou Annamites, à l’évoquer ensemble dans la paix d’une compréhension toujours meilleure ».
L’oeuvre extérieure de l’AAVH n’est pas moins monumentale. Elle répond au besoin de préserver et de sauvegarder les monuments qui se dégradent inexorablement sous l’effet conjugué du climat et des guerres.
«  C’est peut-être le premier motif qui donna naissance à la Société, lorsqu’un jour, je racontai à quelques amis combien j’étais navré de voir les vestiges du passé s’effriter et disparaître, et que ces amis, prenant la chose à coeur, fondèrent les Amis du Vieux Hué »  (L. Cadière).
Les AVH ont constitué, entre les deux guerres, une véritable Commission de Protection des sites avant la lettre : « Nous sommes les conservateurs du riche musée que constituent, à tous les points de vue, Hué et ses environs, disons même de l’Annam tout entier » (Cadière – 1937 – Réception du gouverneur général Brévié.).
De fait, le travail patient et méthodique de plus de trente ans réalisé par l’Association a procédé de la même réalisation têtue : faire de Hué, de ses monuments imposants jusqu’aux plus petits détails de ses objets traditionnels, un modèle à transmettre aux générations futures qui, une fois passée la désillusion du modernisme, souhaiteraient retrouver leurs sources. Parallèlement à des réalisations dont certaines existent de nos jours (Musée Khai-Dinh ; actions en faveur du tourisme ; l’Ecole d’arts annamites ; les expositions artistiques et coloniales ; les collections de photographies et d’estampage).  » Les AVH se sont opposés, en de nombreuses circonstances, à toutes les entreprises qui auraient pu enlever à la ville et à ses environs, son caractère pittoresque » (L. Cadière – SHCF-1925). Aidés par les administrations concernées dont les responsables faisaient souvent partie des membres, ils se sont opposés à toutes initiatives immobilières, tant françaises qu’annamites, qui enlevaient à la ville son caractère pittoresque et traditionnel.
(Texte rédigé par la NAAVH)
Hué -Le Cercle civil (AP1825)
Ce cercle civil, le premier de Hué, était situé sur la rive droite de la Rivière des Parfums, juste en face de l’hôtel Morin, à l’angle de ce dernier et du pont Clemenceau. Il n’était pas encore « sportif » ; on s’y rencontrait le soir pour l’apéritif ou pour « taper la carte » ; on y organisait souvent, comme sur la photo ci-contre, des bals, des fêtes déguisées et les fêtes des écoles.
En 1936, Hué se « modernise » à la suite des travaux réalisés par l’ingénieur Raoul Desmarets, en particulier le long des rives de la Rivière des Parfums (voir AP1647 et suivantes).
C’est à cette occasion que sera construit le nouveau cercle, un peu en amont, à l’emplacement des anciens terrains de tennis.
Le « nouveau » cercle prendra le relais de l’ancien cercle (qui deviendra le Cercle Militaire) et sera dénommé « Cercle sportif ». Dans le même temps une piscine sera construite. Le lieu sera dès lors le principal centre de loisirs des Européens de Hué : piscine, tennis, voile, une salle de bals et même une bibliothèque. Jusqu’en 1946, date où il deviendra le « Cercle franco-vietnamien ».
(D’après Albert et Annick Marien née Sogny)
Le R.P. Darbon (AP1830)
Le R.P. Darbon est né à Marseille en 1874. Après des études au petit et au grand séminaire de cette ville et un an de service militaire, il entra au séminaire des Missions Etrangères de Paris en 1895. Ordonné prêtre en juin 1897, il partit rejoindre le vicariat apostolique de la Cochinchine septentrionale (Hué) au mois de juillet de la même année.
A son arrivée, il fut nommé vicaire du père Gontier à Thanh Huong et consacra deux années à l’étude de la langue annamite. En 1899, il devint curé de Linh Thuy, dans le district de Thua Thien, où il bâtit sa résidence et une église qui fut bénite en 1908.
Au cours de l’année 1906, il accomplit plusieurs reconnaissances à dos d’éléphant dans les régions montagneuses comprises entre l’Annam et le Laos, vers la vallée de la Tchépone et Saravane. Il regretta longtemps de ne pouvoir fonder des postes missionnaires dans ces régions alors inexplorées.
Nommé chef de district du Quang Binh en 1909, il dut passer quelques mois au sanatorium de Hong Kong pour se soigner. De retour à son poste, il y demeura jusqu’en 1917, date à laquelle il fut mobilisé pendant un an. Nommé ensuite procureur de la Mission, il le resta jusqu’en 1931.
En 1932, il remplaça M.Lemasle comme curé de la paroisse  St François Xavier et comme aumônier de l’hôpital. Il devait y rester jusqu’en 1947. Pendant ces 25 années, il fut l’aumônier de la communauté française de Hué, procéda aux baptêmes, mariages et enterrements, s’intéressant aux jeunes à travers le mouvement scout, fondant pour les militaires le cercle St. Louis, assurant des cours de latin à l’Institution Jeanne d’Arc, embellissant son église.
En 1947, atteint d’une grave surdité, il dut quitter ses fonctions et se retirer au Cercle militaire. Il s’éteignit en 1957, sans avoir revu son cher Marseille et fut enterré au cimetière des missionnaires à Phu Xuan.
(Renseignements communiqués par le R.P. Moussay, archiviste des Missions Etrangères de Paris)
Hôtel Morin de Hué – Liste du personnel en 1950 (AP1832)
Le fondateur et directeur de l’hôtel, Wladimir Morin, est décédé en 1943 à Hué. Ses fils Edmond, René et Henri ont alors partagé la responsabilité de la direction.
Indications au verso de la photo :
« Rangée du haut de droite à gauche :
Aide cuisinier – Minh, boy hôtel – Du, coolie et boy hôtel – Em, boy hôtel – Ut, coolie – Chau, boy magasinier – Cuc, cai chambre – Chau, major – Kham, menuisier- Loi, gardien – An, coolie forge – Mai, soudeur.
Rangée du milieu de droite à gauche :
Aide cinéma – Opérateur cinéma – Xi, coolie hôtel – Hong, boy hôtel – Be, boy hôtel – Them, caissier cinéma – Ton That Ho, chef comptable – Tu, compradore – Huong, aide comptable – Tri, comptable – Nho, coolie glace – Nuoi, coolie glace – Hoanh chauffeur.
Rangée du bas de droite à gauche :
Du, boy hôtel – Khai, boy hôtel – Dang V. Gia, planton – Gaby Chadaillac – Edmond  Morin, codirecteur – Marcelle Morin, deuxième épouse de Wladimir Morin – Odette Morin, épouse d’Edmond Morin à sa droite – Héraclide factotum – Nguyen Van Kiet, planton et Hoach (?), cai maçon.
(Odette et Edmond Morin)
Nha Trang et sa plage (AP1838)
La plage de Nha Trang s’étend sur une dizaine de km depuis l’embouchute du Song Cai, au nord, dominée par les ruines cham de Po Nagar, jusqu’au village de pêcheurs de Cau Da au sud, au pied de la montagne Chut.
Les mouillages de la baie sont bien protégés par la longue île Hon Tre, équipée d’un phare à 3 éclats d’une portée de 25 miles.
A Cau Da, que l’on aperçoit en haut de la photo, se trouvait l’Institut Océanographique fondé en 1927 par le biologiste français A. Krempf.
L’empereur Bao Dai, grand amateur de pêche au gros, avait fait construire des villas sur la crête de la colline.
La première construction à étage, en bordure de la route qui longe la plage, est le Grand Hôtel de la Plage.
(Comité de Rédaction)
Hué – Cercle nautique (AP1862)
 » Le « Cercle » de Hué était au centre l’essentiel des activités sportives de la ville. La majorité des Européens s’y rassemblait en fin de journée.
On pouvait pratiquer le tennis sur trois courts qui permettaient d’organiser des matches. Un moniteur était à la disposition des débutants qui pouvaient aussi s’entraîner contre un mur.
Il y avait une piscine de 25 m de long sur 12,5 m de large, 3,5 m de profondeur au grand bain, 0,70 m au petit bain. Un bassin pour les minimes de cinquante à soixante centimètres de profondeur. L’eau se déversait d’une vasque. Une conduite de vingt centimètres de diamètre, au fond du grand  bain, au coin à droite permettait la vidange de la piscine lorsqu’on ouvrait la vanne souterraine. Cela se faisait périodiquement. Les bains étaient alors interdits. A coté de la piscine, séparé par une haie, un court de boules permettait la pratique de la pétanque.
Un bar était à la disposition des membres. Une grande salle était réservées aux joueurs de cartes une autre servait de salon de réception pour les membres qui souhaitaient se rencontrer et une salle de lecture était attenante à la bibliothèque. En somme tout le monde y trouvait son compte.
Le bâtiment en bois fut plus tard remplacé par un magnifique bâtiment de 2 étages en dur avec une terrasse. Celle-ci permettait de consommer des boissons et même d’y manger. Sous le rez-de-chaussée, en surplomb sur la rivière, on garait les dinghies et les yoles, les mettant ainsi à l’abri des intempéries. Les autres salles, mieux dimensionnées et mieux agencées apportaient aux membres du Cercle un confort qui les comblait. Nous étions tous fiers de notre Cercle Nautique ; combien de soupes chinoises et de Phô ( la soupe annamite ), j’ai consommées avec mes copains quand on se sentait un petit creux.
Le Cercle nautique était le point de départ de régates. Les dinghies avaient été équipés de cornes qui permettaient aux embarcations de pouvoir passer sous les ponts ; on les relevait une fois les ponts franchis pour retendre la voile et repartir à nouveau. Les dinghies de mer sont des dériveurs un peu lourds, en bois bien sûr, de 5,5 mètres de long non pontés, pour deux équipiers. On peut le barrer en solitaire, c’est plus sportif. Manipuler seul la corne, en régate, sous les ponts, il faut prendre le coup. La deuxième flotte était composée de skifs, plus tard remplacés par des yoles de mer simple, double, à quatre, six rameurs et un barreur. Ces embarcations étaient géniales. J’en ai vraiment bien profité et, dès l’âge de treize ans, je savais barrer un dinghy en solitaire. Quant aux yoles, si je me régalais en ballades, l’effort qu’il fallait fournir en compétition, n’était pas ma tasse de thé. Trop cossard. Je participais très peu aux compétitions. Des bouées précisaient les circuits des régates. « 
(Témoignage de Jacques Desmarets)
Inauguration du Stade Olympique de Hué – 9 mars 1936 (AP1868)
 » Hué, (de notre envoyé spécial).
Cet après-midi a eu lieu l’inauguration officielle du Stade Olympique de Hué. La réunion qui s’est déroulée en présence d’une foule énorme évaluée à 14.000 ou 15.000 personnes a obtenu un succès considérable.
La ville de Hué vient de damer le pion à la « Perle de l’Extrême-Orient » qui se targue d’être une ville « up to date ».
La capitale de l’Annam a construit en moins de 4 mois un stade modèle que beaucoup de villes de France voudraient posséder avec pistes d’athlétisme et piste de cyclisme de 500 mètres de tour.
Quand, à Saïgon, se décidera-t-on à suivre l’exemple de Hué. On se le demande ! Si nos dirigeants et nos édiles avaient assisté à nos côtés à l’inauguration, ils auraient compris qu’un stade s’impose dans une ville de l’importance de Saïgon où les compétitions sont de plus en plus nombreuses et où les terrains s’avèrent aujourd’hui insuffisants pour contenir le public sportif qui va sans cesse augmentant.
Le Stade de Hué est une véritable petite merveille.
Monsieur Desmarets, l’ingénieur local qui l’a conçu a droit à toutes nos félicitations. Sa Majesté Bao Dai et la Reine qui ont présidé à la réunion d’inauguration, à côté de M. le Résident Supérieur Graffeuil, du Résident-Maire Lavigne et de M. Collet, conseiller-juriste ne lui ont pas ménagé leurs c