Sallet et les Cham

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Documents pour servir à l’histoire de l’Indochine et du Vietnam –  Témoignages et archives collectés par l’Association des Amis du Vieux Hué – Illustrations extraites de notre fonds iconographique – Copyright © Images et textes contenus dans ce site sont protégés par © AAVH J.C. Toute reproduction est interdite sans autorisation. Merci de signaler tous documents inappropriés

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Albert Sallet et les Cham

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« Cham ont été nos pères, Cham nous sommes, Cham seront nos enfants. Et nous resterons Cham jusqu’à ce que la dernière poignée de terre chame soit venue recouvrir le dernier des Cham ». (Parole d’un infirmer cham de l’hôpital de Phan Tiet, rapportées par Sallet).

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 AAVH AP 05155 Sallet – Annam, 1925 – Tournée dans la province de Phan Thiet – Notice : Albert Sallet, en poste à Phan Tiet, rend régulièrement visite à ses amis cham qu’il soigne bénévolement. Il est accompagné d’un ami qui le conduit en voiture.

 

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AAVH AP567 Sallet – Annam, Tourane, 1928 – Groupe de scientifiques dans un dépôt de sculptures cham attenant au Musée. Notice : Le docteur Sallet (alors conservateur du Musée) et trois autres personnes (non identifiées) devant une construction de style annamite couverte de tuiles. Sur les marches et devant le perron de ce bâtiment sont déposées des sculptures du style de Tra Kieu.  Il s’agit peut-être d’un dépôt provisoire installé durant les fouilles faites à Tra Kieu par J.C. Clayes

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Albert Sallet a consacré une partie importante de ses recherches à la civilisation cham. En témoignent ses travaux  et études publiées sur ce thème (BAVH, BEFEO …), ses découvertes de nombreux vestiges,  ses responsabilités au titre de conservateur du Musée d’art Cham de Tourane, et  les résultats de son enquête scientifique officielle, réalisée entre 1919 et 1929 auprès des villages de l’actuel Viêt Nam central. Les nombreuses fouilles réalisées à la suite des réponses à cette enquête lui ont permis de préserver des témoignages et des vestiges importants.
Cet intérêt pour la civilisation pratiquement disparue aujourd’hui se double d’une réelle empathie pour le « peuple sacrifié ». De 1922 à 1926, « Albert Sallet est affecté comme médecin-chef de l’hôpital régional de Phan Thiet (après ceux de Fai Fo et de Hué) dans la région la plus méridionale de l’Annam, activité qui lui permet d’approfondir l’étude des Cham avec l’aide des infirmiers de l’hôpital, en se liant d’amitié avec des familles de la région. Il apprend leur langue et pénètre dans leurs traditions médicales et pratiques de « magie conjuratoire » (Dr Pirame et J.P. Raynaud)

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AAVH MS 000012 LL d R Fr

AAVH AP0201 Sallet – Annam, 1919 – Page de cahier écrit en cham. Notice : Page de cahier d’écolier avec un texte manuscrit en caractères cham. Partie d’une transcription de la Chronique Royale Cham. (D’après le RP. Moussay, conservateur des archives des M.E.P.). Ce cahier fait partie d’une série de documents écrits en cham, collectés par Albert Sallet au cours de son enquête auprès des villages . L’intérêt du médecin major pour la civilisation cham pratiquement disparue dépassait le stricte cadre de ses recherches. En témoignent les liens étroits qu’il avait tissés avec la population cham du Binh Thuan (population qui chercha à lui confier une partie du « trésor des cham ») et la volonté de créer une « école cham » avec l’aide de l’EFEO.

 

Le médecin-savant se fait, sur place, le véritable protecteur des Cham qui se tournent vers lui à fin de conseils et le font rentrer dans leurs secrets.  C’est par ses interventions  que l’EFEO réalise vers 1927 une Ecole cham. (Voir sa conférence à Toulouse).  Les Cham, en reconnaissance de cette amitié active lui proposeront  de lui confier leur trésor, ce que Sallet refusera.

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AAVH AP 2133 Sallet – Annam, Phan Thiet, 1922 – Les Cham, amis du médecin major

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AAVH AP0470 Sallet – Annam, Phan Thiet, 1923 – Po Bia Muc et son mari dans les jardins de l’Hôpital dirigé par Albert Sallet

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Albert Sallet et l’identité cham

Un peuple qui disparaît : les Cham du Sud-Annam – Les  aspirations d’un peuple mourant – (Extrait d’une conférence d’Albert Sallet – Toulouse, 1936)

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« L’attachement à la race ne s’est jamais émoussé chez eux et c’est pour cela que, unis dans un même culte, ainsi que je l’ai dit, Cham et Bani fraternisent. L’évangélisation chrétienne ne les a jamais touchés en dépit du zèle des prêtres de nos missions qui se sont mêlés à eux, comme le P. Durand et le P. Geffroy. Ils ont dit « Cham ont été nos pères, Cham nous sommes, Cham seront nos enfants. Et nous resterons Cham jusqu’à ce que la dernière poignée de terre chame soit venue recouvrir le dernier des Cham ».
Ils n’ont point admis le christianisme qui aurait pu modifier leur vie traditionnelle, mais, parce qu’ils sont bons et doux, au temps des persécutions que déchaîna la « guerre des lettrés » et qui ensanglantèrent le sud, ils apportèrent aux catholiques traqués ou emprisonnés, un secours qui n’était pas toujours exempt de risques.
J’ai appris tant de choses auprès des Cham ! Ils se montraient reconnaissants et j’avais leur confiance. Je revins chez eux durant l’été de 1925, avant mon départ de Phan Thiet, et là, dans la maison de E Muc, que l’on n’osait plus appeler Pô Bia, « la reine », celle qui est l’héritière des rois, du fait de la loi du matriarcat dominant chez les Cham. J’avais revu les trésors légués dont elle a la garde : objets d’or massif, hautes tiares des rois, couvre-chignons des reines, fleurs d’oreilles et puis des vases d’argent et des armes rares. J’annonçais alors mon départ et je leur demandais d’étudier leurs désirs.
Ils vinrent chez moi, à Phan Thiet, un groupe de notables et de prêtres cham et musulmans accompagnaient la Princesse. Ils m’adressèrent leurs regrets, simplement, de toute leur peine. Puis, sans penser à eux-mêmes, pour des profits et des honneurs, ils m’exprimèrent un seul voeu au nom du peuple cham : l’autorisation d’ouvrir une école cham où, sous la direction d’un maître cham, les enfants apprendraient l’écriture et la langue ; ils revendiquaient d’ailleurs toutes les charges d’une semblable réalisation.

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Sans doute, les enfants cham fréquentent l’école annamite de notre enseignement, car il y a nécessité pour certains Cham à parler la langue d’Annam dans les contacts indispensables avec les Chinois à l’occasion des ventes de récoltes, mais ils doivent surtout la connaître en raison des rapports avec l’administration indigène dont ils relèvent, ainsi qu’avec notre administration protégeante. Pour les quelques milliers de Cham qui vivent dans nos provinces d’Annam, il n’existe aucun interprète officiel de leur race.
Mes Cham confiants avaient jugé que l’éducation qui leur était dispensée sur une direction étrangère à tout leur sentiment, à leur point de vue était insuffisante. Je confiais leur désir à M. Louis Finot, qui dirigeait alors l’Ecole Française d’Extrême-Orient. Il entrevit aussitôt le double intérêt que présentait un tel voeu : protéger une langue sur un plan meilleur d’intégrité et conserver à la race son caractère plus absolu. Il m’autorisa à agir et j’intervins auprès de M. Pierre Pasquier, alors résident supérieur en Annam, qui fit immédiatement étudier les possibilités d’une réalisation.
On ne peut qu’admirer. Ces gens misérables avaient estimé que, bien avant tout intérêt d’ordre pratique, à bénéfice prochain, il était indispensable, pour garder leur caractère de race, de protéger par un enseignement précis l’intégrité de la langue écrite, appui définitif de la langue parlée »…/…
(Extrait d’une conférence d’Albert Sallet – Un peuple qui disparaît : Les Cham du Sud-Annam. Toulouse – 1936) – Voir la suite en AP0392.  Sur la biographie d’Albert Sallet, voir AP0340. Sur l’histoire du Champa, voir AP2133. Sur les rapports du Dr Sallet avec les Cham, voir AP4995.

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AAVH A0071 Sallet – Annam, Tourane, 1930 – Visite du roi du Siam au Musée (3) Notice : Le groupe de visiteurs s’est arrêté devant le piédestal de Tra Kieu placé dans la cour devant la façade du musée (voir AP2002). Le roi écoute les explications que lui donne le docteur Sallet, conservateur du musée et que lui traduit un interprète. Derrière le docteur Sallet, on aperçoit la reine et M. Enjolras, conservateur adjoint du musée.

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AAVH AP0067 Sallet – Annam, Tourane, 1930 – Affiche du musée Parmentier (pr. de J. Cousso) – Notice : Affiche éditée à l’occasion de l’inauguration officielle de l’agrandissement du Musée de Tourane en 1936. Elle porte les mentions : Musée Henri Parmentier, Sculptures du Champa, Tourane, Ecole Française d’Extrême-Orient, Gouvernement Général de l’Indochine ». L’illustration représente un kalan cham, qui pourrait être la Tour de Cuivre, dans la province de Binh Dinh (voir AP1958), précédé d’un grand banian.
Le docteur Sallet avait été nommé conservateur du Musée de Tourane en 1929. Il était déjà membre correspondant de l’EFEO depuis de nombreuses années. Il occupa ce poste de conservateur jusqu’à son départ définitif en France en 1930. Il avait pour adjoint M.Enjolras, ingénieur des T.P.

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Les deux périodes de l’histoire cham.

L’histoire d’autrefois et les Cham de nos jours.

(Extrait d’une conférence d’Albert Sallet, ex-conservateur des Antiquités cham de Tourane, « Un peuple qui disparaît – Les Cham du Sud-Annam », parue dans les bulletins de la Société de Géographie de Toulouse, N° 118/120 de 1936)

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AAVH AP 4995 Sallet – Annam, Dong Duong, 1929 – Le savant sur un site cham

 

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« Autrefois, l’Annamite n’apportait qu’une attention sans recherche aux ruines chames qu’il rencontrait : il ignorait le sens de l’histoire à laquelle elles se rattachaient. Il désignait les emplacements reconnus des noms de Chô Hoi ou de Thâp Hoi « emplacements » ou « tours des barbares », et de Lô Gach, c’est-à-dire « fours à briques » à cause de l’abondance de ces matériaux dans les masses écroulées. Mais l’Annamite qui traite le Cham avec mépris, a toujours considéré en méfiance ces lieux ruinés, hantés par les innombrables fantômes de la nation morte. Comme il le fait encore, il s’est efforcé d’apaiser par des offrandes les âmes des anciens maîtres du sol afin de pouvoir sans dommage piller les briques et desceller les pierres. Notre occupation est venue et aussitôt nos savants s’attachèrent à ce passé subitement découvert : on rechercha les origines de ce peuple réduit et l’on consulta son histoire.
C’est l’Ecole Française qui a conduit un tel travail. Car on ne connaît aucun manuscrit cham de la première époque, et il dut pourtant en exister, nous en avons des témoignages. La carence des livres fut en partie comblée par l’apport documentaire des inscriptions des stèles et des édifices commémorant la raison d’un monument, la valeur d’un personnage ou le fait d’un événement. La mise au net d’une semblable matière, aux chapitres décousus, souvent inachevés, a demandé un travail énorme, mais les épigraphies déchiffrées ont pu éclairer avec une précision, parfois inattendue, l’histoire de siècles perdus malgré le bruit de leurs agitations violentes et en dépit de leur gloire et de leurs utiles travaux.
Je ne veux nullement m’étendre sur les nomenclatures des rois et les faits politiques connus par ce travail que je rappelle ; l’aperçu que je donne ici veut simplement opposer le royaume d’autrefois très riche et très fort, à ce qui en subsiste à l’heure actuelle : des débris dispersés et misérables.

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Fonds Sallet Monuments Cham

Exemple de documents et archives relatifs au Champa, extraits du Fonds Sallet.
Qu’importe-t-il de savoir ? Que les frontières du Champa, vers le sud atteignaient les régions orientales de notre Cochinchine actuelle, tandis qu’au nord elle se fixaient au Hoânh Son, expansion orientale de la grande Chaîne, qui sépare le Quang Binh du pays du Nord-Annam. A l’ouest, des limites imprécises se perdaient dans les montagnes, chez les Moi, ces « sauvages », frères d’origine, avec lesquels le Cham traitait par droits de suzerain ou par relation d’amitié. L’étendue du royaume était protégée par des citadelles qui garantissaient la paix et la sécurité au peuple agriculteur dont l’effort dirigé peut nous confondre. Car, la fertilité des campagnes et l’entretien des terres reposaient sur un système géant, remarquablement compris, de canaux d’irrigation dont les réseaux s’appuyaient pour la garantie de leur débit sur d’immenses bassins de retenue ingénieusement disposés.
Les groupes religieux les plus importants tels que Mi Son, Dông Duong, et encore Pô Nagar de Nha Trang, nous ont éclairés en de nombreux points sur la vie morale du royaume. Leurs inscriptions nous ont fixés sur le sentiment religieux régnant, d’une forme exaltée sans cesse par la gratitude des rois. Toute une galerie iconographique admirable, dont le Musée de Tourane, à la conservation duquel je fus appelé pendant plusieurs années, a su grouper une magnifique part, nous montre les divers dieux vénérés et leur importance.
Çiva dominait dans le culte avec les divinités de son accord son épouse, la çakti Uma, et ses fils, Ganeça, à tête d’éléphant, et Skanda, dieu de la guerre ayant un paon pour monture. Vishnu eut un culte plus ancien, devenu plus discret. il s’accompagnait d’un monstre ailé Garuda, de Laks’mi, son épouse. Plus discret encore s’est manifesté le culte adressé à Brahma, premier des dieux, flanqué du hamsâ qui est l’oie sacrée. Sa çakti-épouse est la Saràsvati. La splendeur du culte brahmanique retint durant longtemps l’adoration exclusive ou combinée envers des dieux que la doctrine du Bouddha, apparue en des temps plus évolués, ne put jamais éclipser. Les rois et les seigneurs dotaient les temples de statues, qui furent parfois d’or massif, ils donnaient des esclaves et des villages entiers, terres et gens. La lecture des pierres révèle cela, mais encore, les phrases gravées nous ont fait connaître l’organisation sacerdotale et les hiérarchies sociales copiant l’Inde, les détails de la vie de la nation, les gestes de la cour et ceux du peuple. Et sur de nombreux points, la sculpture des personnages et des décors est venue appuyer l’importance documentaire de la phrase inscrite.
A côté des renseignements apportés par les épigraphies découvertes datant de l’ancien royaume, une autre source importante d’indications précieuses s’est rencontrée dans les annales des diverses nations avec lesquelles le royaume cham avait vécu en conflit, plus rarement en amitié. Dans les périodes plus anciennes, la part la plus abondante sera fournie par la Chine ; plus tard, elle sera annamite et d’ailleurs.

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AAVH AP0475 Sallet – Annam, Phan Thiet, sd  – Groupe d’hommes et de femmes cham – Notice : Groupe de cham, hommes et femmes, sous les arcades d’une construction.  Les hommes portent la tunique vietnamienne, les femmes le vêtement cham traditionnel, turban blanc sur la tête, longue tunique de couleur sombre au col échancré, écharpe sur l’épaule, pantalon. Cette photo a pu être prise lors de la rencontre entre le docteur Sallet et un groupe notables cham, hommes et femmes, en 1925, peu de temps avant son départ de Phan Thiet.

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Et c’est ainsi qu’en associant les données des épigraphies locales aux détails relevés dans les annales étrangères, il a été possible de restaurer toute une histoire, d’en apprécier et d’en souder les épisodes intéressants. Les stèles qui situent les fastes locaux, sont muettes sur le fait des désastres intérieurs, mais l’histoire étrangère nous renseigne : temples profanés, ruinés, statues, tablettes, trésors emportés en Chine ou vers d’autres pays victorieux ; dévastation des villes, sac des palais dont on entraîne captifs les gardiens de la cour, les bonzes officiels et le harem du roi. Les aventures sont mobiles et se répètent ; à chaque infortune, le Champa répare, rétablit ses frontières et opère à son tour des sorties profitables au détriment des voisins.
Le Champa a ses figures et des épisodes curieux. Il faudrait dire au long la légende qui tient lieu d’histoire de l’un des premiers chefs cham connus. Un aventurier, Fan Wen, forgea deux sabres avec deux poissons dérobés qui furent mystérieusement transformés en pierres. Il devint rapidement influent, brouilla avec leur père les fils du roi, son maître. A la mort de ce dernier, il les fit rappeler, les reçut avec cérémonie et leur offrit en bienvenue de l’eau de coco empoisonnée. Alors, il devint roi.
En 1044, le roi Jayà Simhavarman II fut vaincu par Ly Thai Tôn qui régnait sur l’Annam. Le palais fut pillé, la reine, le sérail, les danseuses tombèrent entre les mains du vainqueur. Mais quand ce dernier voulut appeler à son bord Mi E, la reine captive, celle-ci préférant la mort à son déshonneur, enroula son corps dans des étoffes et se précipita dans le fleuve. Le roi d’Annam, pour rendre hommage à une telle fidélité lui décerna par brevet le titre de « femme très chaste et très douce ».
Jaya Simhavarman III, après avoir épousé plusieurs princesses de son pays et l’une des filles du Roi de Java, vint à prétendre à la main de l’une des soeurs du roi d’Annam : il cédait à cette occasion à son royal beau-frère, deux provinces sur ses territoires du nord. Au bout de peu de mois, Jaya Simbavarman III mourut. Alors, à l’imitation des sutties de l’Inde, toujours en usage en pays cham, « Perle de jais », la jeune reine venue d’Annam, fut appelée avec ses compagnes à monter sur le bûcher de l’époux. Le frère de la malheureuse envoya à son appel un jeune mandataire fort habile qui fit autoriser par la cour la jeune veuve à venir prier au bord de la mer ; une barque attendait. Mais Trân khac Chung, ambassadeur averti et homme heureux plus que navigateur estimable, mit 18 mois pour effectuer son voyagé de retour. Le fait de la disgrâce qui l’attendait n’a rien de surprenant.
Et de même en tout pays, surtout en Orient, les annales dynastiques nous montrent le grand nombre des rois et des règnes évoluant à travers des trahisons et des meurtres plus nombreux que les générosités. Ainsi l’histoire cham nous apparaît semée de perfidies. Or cette histoire classée sur documents, est celle d’une première époque : les Cham actuels l’ignorent.
Durant les années que j’ai passées au service de l’assistance médicale du Binh Thuan, j’ai entretenu les rapports les plus confiants avec mes Cham : je leur ai montré les grands ensembles religieux dispersés, ruines encore merveilleuses, là-bas, plus au nord, vers Qui Nhôn et au Quang Nam. J’ai expliqué le sens de ces choses et mes gens en ont su mesurer l’intérêt.
Mais que n’ignorent-ils pas ? Des luttes anciennes, ils ne conservent qu’un sentiment de crainte mêlé de haine, mais sans élan, vague et très profond, contre l’homme d’Annam, l’ancien vainqueur, sans qu’ils puissent apporter une précision d’histoire, simplement parce qu’ils reconnaissaient en lui le rude oppresseur des récentes époques. »
(Extrait d’une conférence d’Albert Sallet, ex-conservateur des Antiquités cham de Tourane, « Un peuple qui disparaît – Les Cham du Sud-Annam », parue dans les bulletins de la Société de Géographie de Toulouse, N° 118/120 de 1936)
Sur la biographie de Sallet, voir AP0340.
Sur l’histoire du Champa, voir AP2133.
Sur les rapports du Dr Sallet avec les Cham, voir AP4995.