Le Conservateur du Musée Labit de Toulouse

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“Ce docteur avait sauvé le Musée Labit”

Toulouse offre une seconde vie à Albert Sallet

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En 1931, après 27 années d’activité en Indochine, Albert Sallet rentre en France et décide (après une hésitation pour la ville d’Aix) de s’installer à Toulouse pour une seconde vie qui sera riche de travaux et recherches, au-delà de ses attentes, de 1931 à sa mort en 1948. Mais pourquoi a-t-il choisi Toulouse ?
« Cette capitale occitane aux riches tissus culturels exerçait une réelle fascination sur cet homme aux multiples talents et aux expériences contrastées…/… Les sociétés savantes l’ont accueilli comme l’un de leurs pairs…/… Il éprouvait une satisfaction certaine à présider les séances de la Société de Géographie du Midi, à participer aux conférences de l’Académie des Jeux Floraux avec son ami, le Comte Henri Bégouen ou celles de la Société Archéologie du Midi de la France, à faire des conférences à Radio Toulouse. Mais, au-dessus de tout, son oeuvre restera le sauvetage du Musée Georges-Labit, car on n’avait imaginé pour cette fantaisie hispano-mauresque qu’une source de dépenses incongrues…/… Il en fit en quelque sorte un petit frère du musée Guimet…/… Il accueillait dans son musée ses amis orientalistes de la Société Asiatique de l’EFEO et de Guimet : Louis Finot, Victor Goloubew, Gilberte de Coral-Rémusat et ses collègues des « Amis du Vieux Toulouse », sans oublier ses Amis du Vieux Hué ! …/… (J. P. Raynaud – Extrait de « Albert Sallet, sa vie, son oeuvre » in Bulletin N°4 NAAVH)

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Il faut dire qu’à ces lourdes et excessives activités s’en ajouteront d’autres, que Sallet ne pourra moralement refuser ; en particulier celles liées à sa chère Indochine : ainsi, l’aide apportée à la communauté vietnamienne de Toulouse dont l’essentiel travaille à la « Poudrerie », la charge de Délégué du Souvenir Indochinois et celle de responsable de la Main d’Oeuvre Indochinoise. La guerre et ses drames (Albert Sallet sauvera Philippe Stern, Conservateur du Musée Guimet, d’origine juive, en le cachant dans les caves du musée Labit)… porteront un coup à l’énergie d’un homme brisé. Sallet rejoindra en 1945 sa chère Creuse en s’installant auprès de sa soeur Margueritte, à la Souterraine. La boucle est bouclée… Il meurt en 1948 dans la solitude..
Mais son oeuvre lui survit ; c’est toujours à Toulouse que son petit-fils découvre, en 1994, au 8 impasse Varsovie, dans un grenier familial, 4 caisses contenant une étonnante collecte, celle d’une vie… En 1996, ce patrimoine commence une nouvelle aventure.

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Le premier conservateur du Musée Georges-Labit

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Dès son installation dans la capitale occitane en 1931, « Sallet a l’heureuse surprise de se retrouver avec une rude tâche : remettre en état, et en ordre, un vieux musée « oriental et asiatique (du Japon surtout) très dégradé », rude tâche, d’autant plus difficile à accomplir que la Municipalité, qui avait accepté son travail bénévole, ne lui avait annoncé que de chiches subsides. Le vieux soldat (pour ne pas dire « le valeureux médecin-commandant ») en avait sûrement vu d’autres ! Il réussit, avec un certain panache, son pari : en 1935 (pour des raisons, étayées en coulisses de considérations « politiques »)  la municipalité est fière de l’ouverture au public du musée Georges-Labit, et le docteur Albert Sallet en est nommé conservateur. Mettons l’accent, sur le réseau amical qui a soutenu, encouragé  et aidé Sallet. Au premier plan de ces amis, nous soulignons le rôle éminent de celle qui se présentait en 1931 comme une débutante en recherches archéologiques et histoire de l’art, une « toulousaine » basée à Lafitte-Vigordane au château de la «  dynastie des Rémusat », Gilberte de Coral-Rémusat, dite « Gil », élève de Stern, Goloubew et Sallet. C’est la confiance, l’admiration réciproque, puis l’amitié entre le « bon docteur », Gilberte et Stern, directeur du Musée Guimet qui soutiendront Sallet dans son projet.  » (Jean Pierre Raynaud in bulletin NAAVH N°6). Rappelons qu’Albert Sallet sauvera Philippe Stern, d’origine juive, d’un dramatique destin en le cachant pendant 2 ans dans les caves de son musée.

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Ce titre de l’article paru dans la Dépêche du Midi (13 décembre 1999) au lendemain de l’inauguration d’une plaque « Promenade Albert Sallet » par Dominique Baudis, Maire de Toulouse, traduit bien la reconnaissance des Toulousains pour A. Sallet et le travail qu’il a réalisé, de 1935 à sa mort en 1948, pour faire du Musée Labit le premier musée asiatique et oriental hors Paris, après le célèbre Musée Guimet. Notre association avait manifesté le souhait que le nom du premier conservateur du Musée Labit soit associé à une voie de Toulouse. Le Conseil Municipal du 25 mars 1999 a approuvé cette suggestion et a donné le nom de Promenade du Docteur Sallet à la voie piétonne et cyclable qui se trouve entre le canal du Midi et le Boulevard Montplaisir.

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 AAVH AP0213 Sallet – Toulouse, 1932 – Le conservateur du musée Georges-Labit à son bureau –  Au mur, un portrait de l’aînée de ses filles, Monique. La photographie est prise à l’époque où il était Conservateur du Musée Labit de Toulouse. Son domicile de la Rue Béguet-David se situait à proximité immédiate du musée.

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L’hommage officiel était rendu le 11 décembre 1999 en présence de nombreux Toulousains, de M. Baudis, de son cabinet, des représentants de la famille Sallet-Morin, du bureau et de nombreux sympathisants de la NAAVH.

 

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11 décembre 1999 – Le Maire de Toulouse rend hommage

 à Albert Sallet, premier Conservateur du Musée Georges Labit

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 discours

Inauguration de la plaque : « Promenade Albert Sallet » par Dpminique Baudis, en présence de la famille d’Albert Sallet et des membres de l’AAVH, à l’origine du projet.

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“Nous sommes réunis aujourd’hui ici pour rendre hommage à l’un des acteurs majeurs de l’œuvre de conservation du patrimoine des musées de notre ville : le docteur Albert Sallet disparu il y a un demi-siècle. Je remercie chacune et chacun d’entre vous d’honorer par votre présence cette cérémonie au cours de laquelle nous donnons le nom d’Albert Sallet à cette promenade proche du musée Labit dont il fut le premier conservateur. Ce musée est situé tout près du Canal du Midi, une artère qui s’ouvre, à chacune de ses extrémités, sur des terres et des continents lointains où le docteur Sallet puisa ses connaissances, accumula ses expériences, et mit à l’épreuve sa grande humanité, sa grande générosité.Le docteur Sallet n’est pas né à Toulouse, c’est un Toulousain d’adoption ; il a vu le jour dans la Creuse. Ayant fait ses études de santé à Bordeaux, il part comme médecin militaire en Indochine en 1903. Il y séjournera jusqu’en 1930. Outre ses activités militaires, le docteur Sallet se passionne pour la botanique et pour les recherches archéologiques en Annam. Il sera nommé, après sa mise à la retraite de l’armée, conservateur de la ville de Tourane qui est aujourd’hui la ville de Da Nang et il est représentant de l’EFEO pour la surveillance et le contrôle de l’exportation des objets d’art indochinois. Le docteur Sallet arrive donc à Toulouse en 1930 ; il y rejoint ses enfants et une grande partie de sa famille. Il emmène avec lui une masse considérable de documents, d’objets, de dessins et de peintures qu’il compte exploiter dans le cadre de ses recherches et de ses travaux. C’est à cette époque que la ville de Toulouse – en particulier Mr Jules Julien qui était Maire Adjoint – consciente de l’extraordinaire expérience et masse de connaissance du docteur Sallet pour les cultures et civilisations asiatiques et orientales, décide de lui confier la difficile tâche de conservation des collections du Musée Labit. A l’époque, il était fermé depuis plus de vingt ans. II était à l’abandon et abritait une accumulation d’objets, plus que, à proprement parler, une véritable collection organisée. Le docteur Sallet a entrepris de recenser, d’étiqueter, de classer tous les documents et les objets laissés par Georges Labit, permettant à cet établissement de devenir le premier musée asiatique et oriental hors Paris, après le célèbre Musée Guimet. Cinquante ans plus tard, le Musée Labit, qui a connu, tout récemment une très importante opération de rénovation, a acquis une notoriété nationale et internationale qui résulte du travail des équipes successives qui ont pris le relais du docteur Sallet. Cette allée qui est une allée piétonne, très appréciée des Toulousains, permettra de rappeler à ceux qui passeront ici, la mémoire du docteur Sallet qui a participé activement à faire de notre ville un lieu de savoir et de connaissance”

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Arrière de la villa d’Albert Sallet, 26 rue Bégué David, à deux pas du Musée Labit. (Photo Sallet. J.C.)

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Une visite du Musée Georges-Labit a suivi l’inauguration de la plaque. On voit ici le maire de Toulouse, les officiels et les amis du musée, guidés par son conservateur.

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Discours du représentant de la famille Sallet

“Albert SALLET, vous avez souvent arpenté ces rives du Canal du Midi où vous vous reposiez de vos nombreuses activités. En sortant de votre cher Musée, vous veniez goûter ici la joie d’avoir trouvé, à Toulouse et auprès des Toulousains, tout ce que vous croyiez avoir perdu en quittant votre paradis indochinois et vos Amis du Vieux Hué. C’était en 1931, vous vous installiez en France après un séjour de 27 ans dans la région centrale du Viêt Nam. Vous aviez consacré à ce qu’on appelait alors l’Annam, le meilleur de vos activités de médecin, d’humaniste et de savant. Vous pensiez ne pas vous remettre de ce déchirement, auquel s’était ajoutée, peu après votre arrivée à Toulouse, la disparition de votre chère épouse, Amélie. C’était sans compter sur le chaleureux accueil des nombreuses sociétés savantes toulousaines qui connaissaient vos travaux et votre réputation ; c’était sans compter sur les nombreux Indochinois de Toulouse, indispensable lien avec le passé, pour lesquels vous aviez tant à faire ; c’était sans compter sur votre aménité, qui vous avait ouvert toutes les sympathies. C’était sans compter, enfin, sur l’aventure scientifique du redressement du Musée Georges Labit qui vous attendait pour renaître, avec le soutien de la municipalité et devenir, grâce à vos initiatives, vos connaissances des civilisations indochinoises et vos relations avec l’Ecole Française d’Extrême-Orient et le Musée Guimet, le premier musée asiatique de Province. Un hommage vous est aujourd’hui rendu par l’apposition de cette plaque, qui rappellera aux promeneurs votre nom et surtout le titre dont vous étiez le plus fier : “Premier conservateur du Musée Georges-Labit”. Il constitue une nouvelle et définitive reconnaissance de la ville de Toulouse envers un citoyen d’exception. Il va directement au coeur de notre famille. C’est à double titre, M. le Maire, que nous vous remercions de votre présence : d’abord pour la dimension qu’elle donne à cette cérémonie, mais aussi, sur un plan plus personnel, parce que mon père, André Cousso et votre père, Pierre Baudis, étaient liés par une amitié née au Caousou et poursuivie longtemps après. Nous remercions M. Andrès, adjoint à la culture, d’avoir trouvé cette magnifique promenade qui ne pouvait mieux correspondre à celui qui avait, entre autres passions, celle des plantes et de la préservation des sites. Je voudrais terminer en disant la reconnaissance de notre famille à Lydia et J. P. Raynaud pour la part qu’ils ont prise à la manifestation d’aujourd’hui et l’immense travail qu’ils accomplissent sur la vie de notre grand-père et l’histoire du Musée Municipal, qui sont inséparables. Je vous remercie”
Jean Cousso, président de la NAAVH

 

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L’aide apportée à la communauté vietnamienne de Toulouse

Albert Sallet l’humaniste sera toujours au plus près des intérêts des « Annamites », que ce soit en Indochine où à Toulouse. Dès son arrivée dans la capitale occitane, il prend contacte avec les familles, les ouvriers et les militaires vietnamiens, cantonnés sur la route de Muret, désignés sous des vocables plus coloniaux que fraternels : on parle de « Main d’oeuvre indigène ou M.O.I. », ou de  « Légion des Travailleurs Indochinois ». Par ailleurs, il continue activement sa participation au Bulletin de l’Association des AVH dont il a été nommé, avant de quitter Hué, « Représentant en France ». A preuve les articles qui continueront à être publiés jusqu’en 1940. Enfin, il ajoute à ses nombreuses charges, celle de « Délégué du Souvenir Indochinois » à Toulouse, « Oeuvre des tombes et du culte funéraire des Indochinois morts pour la France ». Il est, sous ce mandat, chargé en 1932 de poursuivre les travaux de réhabilitation du cimetière.

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Une fête du têt, sans doute en 1941, organisée par les Annamites dans l’enceinte de la caserne où ils se trouvent cantonnés. Beaucoup d’entre eux apporteront leur concours à l’effort de guerre en étant employés à la « Poudrerie de Toulouse ».

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Albert Sallet, Délégué du Souvenir Indochinois à Toulouse

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A g. Copie d’une lettre à en tête adressées à Sallet, alors Délégué du Souvenir Indochinois pour Toulouse. A g. Vue générale du Cimetière (Photo Sallet). Le cimetière Terre-Cabade, dont le nom provient sûrement de cavade, terre excavée du sol, fournissant argile aux briquetiers de la ville rose, est l’œuvre d’Urbain Vitry qui en fera le plus grand cimetière de Toulouse. Divisé en huit sections, il a été officiellement ouvert comme cimetière en 1840. Il est partagé en deux: le cimetière de Terre-Cabade au sens strict (six sections), ou cimetière ancien, et le cimetière de Salonique (deux sections), ou cimetière nouveau, séparés par le chemin de Callibens.

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A g. Monument du Soldat annamite victorieux (Sculpteur :  Breton) – A dr. Tombes d’Indochinois morts pour la France.

 

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DOCUMENTS ANNEXES

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Historique du Musée

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Texte de M. Paul Ourliac, premier adjoint de Pierre Baudis, cité dans le catalogue du Musée réalisé par son nouveau conservateur, Mme Jeanne C. Guillevic en 1971
  » ……A 31 ans mourait à Toulouse Georges Labit ( 1868-1899 ). Ni la mesure, ni la rigueur, ni même la profondeur n’avaient tourmenté sa courte vie. Nous l’imaginons comme le héros parfait de cette fin de siècle, répudiant les idées et les sentiments communs…Il rêve de la nouveauté des pays étrangers… l’Orient l’attire ; il l’aborde sans préparation érudite, mais avec le goût inné du collectionneur…Il avait de l’artiste le sens du détail et de l’objet ; à mesure que s’éveillait sa curiosité, sa sensibilité s’affinait. Pour sa joie, il achetait, au cours de ses voyages, un peu au hasard, ce qui lui plaisait : l’estampe le retenait surtout , il aimait les paysages noyés de brume et perdus de lointains, le détachement suprême de Daruma, mais aussi les maisons de thé et les scènes populaires. Bijoux, armes, céramiques complètent cette collection qu’à son retour il installa dans l’étonnante villa mauresque qu’il avait fait construire. On parle déjà de Musée  mais un musée qui s’ouvre à quelques intimes.
Après sa mort, sa famille laisse tout en l’état… En 1912, c’est son père qui lègue l’établissement et son contenu à la ville, à une seule condition : la ville de Toulouse ne pourra sous aucun prétexte changer l’affectation actuelle du musée… et devra lui laisser la dénomination de « Musée Georges Labit »
Le legs est accepté, mais la ville doit soutenir contre les héritiers un long procès qui ne se termine qu’en 1920,… et elle le laisse à l’abandon sous scellés pendant 20 ans. Aucune réparation n’avait été faite à l’immeuble, le toit était en ruine, la charpente pourrie, le parquet couvert de moisissures, le rez-de-chaussée envahi par les eaux les jours de grande pluie ; les collections souffraient de l’humidité, mais aussi des insectes et des rats. Personne, à vrai dire, n’imaginait à l’époque que ces collections pouvaient avoir quelque valeur… Le montant du legs était évalué à 100.000 francs et l’administration supputait les dépenses d’entretien qui devaient lui incomber. La consultation des archives est à cet égard assez navrante : il n’est question que de procédure, de chiffres, de futilités méticuleuses, mais pas un mot qui concerne l’intérêt des objets acquis. Un homme cependant, le Docteur Sallet, allait changer le cours des choses. Toute sa carrière s’était déroulée en Annam et il avait été de bonne heure séduit par la force et la grâce de l’art des chams qu’il avait spécialement étudié. Conservateur du Musée de Tourane, associé aux travaux de l’Ecole Française d’Extrême-Orient, il alliait un goût très sûr  à une grande connaissance des arts de l’Asie du Sud-Est. Il s’était retiré à Toulouse en 1931 et, tout naturellement, il s’intéressa au Musée Labit… Nommé conservateur bénévole, il entreprit sans crédits, sans aide, sans personnel, de l’arracher à la rouille, à la crasse, à la moisissure et de sauver ce qui pouvait l’être… ».
               Pour mener à bien cette tâche, il ne sera en fait aidé à partir de 1935, que par un seul agent technique des services municipaux, M. Dericquebourcq, qui, très vite, deviendra un assistant polyvalent et compétent. Le vieux médecin colonial savait se sortir de toute situation en faisant, comme dit l’expression militaire « des miracles avec des bouts de ficelle et de l’ingéniosité. » C’est, dès le début de cette aventure, dès 1931, que la participation active de la jeune orientaliste Gilberte de Coral-Rémusat lui sera d’un providentiel secours. Au fil des semaines et des mois, la nature de leurs relations va évoluer en connivence, amitié et même affection. L’ « orientaliste toulousaine » va le solliciter dans ses domaines de compétence, et se faire sa « complice » pour la mise en place et l’émergence du musée. En 1935, tous ces efforts se révèlent fructueux et, le 14 avril, c’est la fête, car le « musée municipal » Georges-Labit ouvre au public ; c’est une ouverture bien modeste, faite avec les objets retrouvés, nettoyés et mis en valeur, complétés par quelques statuettes, dessins et tableaux appartenant au Dr Sallet.  Le « Bulletin municipal » est lyrique, comme on pourra en juger sur la copie jointe. La presse n’est pas absente, et voici ce que rapporte L’Express du Midi des 13 et 15 avril, sans complaisance aucune, mais en applaudissant aux efforts et talents de Sallet :

 

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Extrait du Bulletin Municipal de Toulouse. 15 avril 1935

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(…/…) En même temps qu’on inaugurait à Toulouse la Salle d’Art préhistorique du Muséum, le Musée Labit était définitivement ouvert au public. Tous les Toulousains connaissent de nom ce Musée, mais peu d’entre eux l’ont visité, car Georges Labit avait rassemblé quantité de pièces en sa villa de la rue Maignac, mais n’avait pas eu le temps de les classer. C’est à M. le docteur Sallet, correspondant de l’Ecole Française d’Extrême-Orient, ancien conservateur du Musée de Tourane, que nous devons ce classement. Sollicité par l’Administration municipale, il a pris la direction du Musée, et, en très peu de temps, grâce à sa parfaite connaissance des choses d’Extrême-Orient, il a su classer, ordonner et mettre en valeur tout ce que le Musée renfermait. Des étiquettes, placées dans chaque vitrine, donnent de claires indications qui permettent au visiteur, même profane, de comprendre et de s’intéresser.
On a beaucoup parlé de la merveilleuse collection de kakémonos du Musée, ce sont de belles peintures sur papier ou sur soie, de forme allongée, dues fort souvent à des peintres de talent, qui décorent les maisons japonaises et que l’on change suivant les saisons. A côté, nous trouvons de très belles séries de gardes de sabres, de miroirs, de masques de théâtre japonais ; de charmantes et fragiles statuettes japonaises : les Netskés ; des sabres ornés décorent une autre partie de la salle.
Le centre de la grande salle est réservé aux tablettes cultuelles des religions d’Asie. Tous les dieux y sont représentés, et d’un brûle-parfums s’élève la fumée propice à la méditation. M.le docteur Sallet a relevé les inscriptions sur une tablette et les a traduites à l’intention du public. Elle est dédiée à :  Tous les êtres du ciel – Tous les Bouddhas – Tous les immortels – Les ordres des saints –
Les ordres des génies. Plus loin, nous avons de nombreux albums en papier, où, en couleurs, sont dessinés oiseaux et plantes.
Nous signalerons encore les livres indous, en feuilles de latanier ; les sabres magiques japonais.
Puis, enfin, en une salle particulière, sont exposés maints spécimens curieux d’une collection privée du docteur se rapportant aux magies de l’Annam.  Aux murs sont accrochés des tableaux  de Mme Boullard-Dève, qui  tous nous parlent de l’Orient : portrait de paysan tonkinois, portrait d’une concubine de l’empereur Tu-Suo, âgée de 90 ans ; portrait d’un eunuque du palais etc…
L’ensemble est merveilleusement réussi et de nombreuses personnalités du monde artistique et savant toulousain étaient présentes le jour de l’ouverture.  Autour du docteur Sallet, on notait au hasard MM. le professeur Bégouen, conservateur du Muséum d’Histoire Naturelle ; Delmas, lieutenant-colonel des Tirailleurs Tonkinois ; Raimonville ; Lacomme, conservateur technique du Muséum ; Mourier, secrétaire général du Muséum ; Louis Bégouen, Bernard de Rességuier, etc…
Le Musée est ouvert au public depuis le dimanche 11 avril et nous ne doutons pas que celui-ci ne vienne nombreux admirer la collection Labit, si intelligemment exposée par l’éminent spécialiste qu’est le Docteur Sallet.

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Georges Labit – 1862-1899

Georges Labit

 Photo Musée Labit

Né à Toulouse en 1862, dans une riche famille commerçante, Georges labit se rend en 1884 pour la première fois en Afrique du Nord puis, très rapidement, suivent des voyages en Europe, en Laponie, en Chine mais surtout au Japon. le jeune Toulousain s’attache à observer la façon de vivre des autochtones, à recueillir sur les civilisations lointaines des témoignages précieux. De nombreux objets et œuvres d’ art sont ainsi acquis et envoyés à Toulouse… Pour les recevoir, Georges Labit décide de faire construire un édifice selon les conceptions les mieux adaptées de la muséographie contemporaine. Le 11 novembre 1893, le musée Georges Labit est inauguré et ouvert au public mais son fondateur disparaît prématurément en 1899, à l’ âge de trente-sept ans.

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