Le Cimetière des Français de Hué

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Documents pour servir à l’histoire de l’Indochine et du Vietnam –  Témoignages et archives collectés par l’Association des Amis du Vieux Hué – Illustrations extraites de notre fonds iconographique – Copyright © Images et textes contenus dans ce site sont protégés par © AAVH J.C. Toute reproduction est interdite sans autorisation. Merci de signaler tous documents inappropriés
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L’AAVH lance un appel aux familles des défunts pour réaliser, sur chacun d’eux, un ensemble d’informations, ou mieux, une biographie, qui pourrait rajouter, au-delà des tombes réhabilitées, une sauvegarde de leur mémoire

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« Les souvenirs, comme les tombes, s’entretiennent…. »

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Les pérégrinations d’un lieu de mémoire au Viêt-Nam :

La NAAVH réhabilite les épitaphes du Cimetière des Français de Hué

 Jean Cousso, président de la Nouvelle AAVH

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 A la demande de l’Assemblée Nationale et avec l’aide du Consulat de France à HCM Ville, notre association a réhabilité, en janvier 2012 et en février 2013, les épitaphes du Cimetière des Français de Hué, déplacé en 2006 par l’Ambassade de France depuis son site originel, près de la Cathédrale de Phu Cam, vers celui de Thuy Phuong, à une quinzaine de Km de Hué.
Pour toutes informations relatives à la liste des défunts, à leurs actes de décès ou à d’autres renseignements s’adresser à :   Jean.cousso@aavh.org

 

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Aspect du cimetière des Français de Phu Cam en 1996, avant transfert et restauration (Photo AAVH J.C.)
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 Panorama du cimetière (déplacé à Thuy Phuong) après réhabilitation des épitaphes par l’AAVH (2012-2013)

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Les acteurs AAVH de la réhabilitation des épitaphes

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De g. à d. Chau Trong Ngo alerte l’AAVH sur la dégradation des épitaphes  – Jean Cousso – Minh Hué Thi Huynh, traductrice, représentant les autorités – Viêt, représentant l’hôtel Morin – Liêm, artisan des plaques réhabilitées

 

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Un Cimetière historique

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AAVH AP00871 Sogny Marien – Hué, 1948 – Cérémonie au Cimetière de Phu Cam. On reconnaît le Général Le Bris et le Haut-commissaire Bollaert

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AAVH AP00873 Sogny Marien – Hué, 1948 – Cérémonie au Cimetière de Phu Cam en présence du Général Le Bris

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Le cimetière de Phu Cam, créé en 1904, fut le premier et l’unique cimetière de civils européens dans la capitale impériale. Auparavant n’existaient à Hué, depuis 1885, que des cimetières militaires. Situé derrière la cathédrale de Phu Cam, le cimetière civil renfermait les tombes de fonctionnaires et de commerçants français auxquelles s’étaient ajoutées des stèles rapportées d’autres cimetières abandonnés contenant les restes des premiers Européens installés en Annam.
Ce « Cimetière des Français » portait bien son nom : les inscriptions apposées sur les tombes de deux communautés écrivaient l’histoire des Français de Hué, de la tombe de Geoffroy de Forsans, compagnon de l’Evêque d’Adran mandaté par Louis XVI avec les « Français au Service de Gia Long » pour réinstaller la dynastie des Nguyen, à celle de Maurice Graffeuil, Résident Supérieur en Annam de 1934 à 1940, en passant par Wladimir Morin, fondateur de l’hôtel Morin en 1901 ou Tran Dinh Hanh, « Inspecteur de la Sûreté mort en 1946 victime du devoir » et tant d’autres. Beaucoup de militaires victimes de leur devoir, Vietnamiens et Français, avaient été enterrés à la hâte dans ce cimetière civil pendant les tourmentes du coup d’état japonais (1945), du siège de Hué (fin 1946, début 1947) ou de la guerre d’Indochine, parfois avec la simple mention d’un nom ou d’un numéro de matricule.
Le cimetière de Phu Cam n’avait pas subi le sort des cimetières militaires rapatriés à Fréjus il y a quelques années (accord franco-vietnamien de 1986). La raison de cette exception tient sans doute au fait que le périmètre de la cathédrale, sa procure et le cimetière attenant étaient sous l’autorité d’un Délégué Apostolique représentant le Vatican. Son caractère d’extraterritorialité l’a donc préservé d’une « première » exhumation.
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Exemple d’une épitaphe « déchiffée » et réhabilitée par l’AAVH : celle du Médecin Major Pouthiou Lavielle

 

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Les étapes d’une intervention

2006 : transfert réussi du cimetière…

Depuis 1954, le cimetière était pratiquement à l’abandon, non entretenu et envahi de végétation, au point que les tombes étaient méconnaissables. Au début des années 90, l’Ambassade de Hanoï, relayant des initiatives privées, tentait avec difficulté de faire nettoyer le cimetière… peine perdue ! La végétation reprenait le dessus ; le lieu était devenu un centre de combats de coqs ! De plus, les autorités de Hué souhaitaient récupérer le terrain pour y construire des habitations, sous la pression immobilière d’une ville dont la population s’agrandissait très vite.
En 2006, grâce à la ténacité et la fidélité de particuliers (le Professeur Jacques Lapierre et M. Chau Trong Ngo, représentant l’AAVH à Hué), il était transféré par l’Ambassade de France vers la plaine des tombeaux du village de Thuy Phuong, à 14 km au sud-ouest de Hué. Le transfert a porté sur 496 sépultures qui seront réinstallées sur deux parties distinctes du nouveau cimetière : l’une reçoit 342 tombes, restaurées en pierres de tailles avec épitaphes, et l’autre, plus modeste, reçoit 156 tombes anonymes, dans un carré séparé, signalées chacune par une croix de pierre (Voir photo AAVH ci-dessous).
L’Ambassade de France qui a subventionné ce transfert et les autorités de la province, avaient trouvé là, après des années de pourparlers, un site idéal de sérénité dans un cadre majestueux au pied de la chaîne annamitique. Les stèles en pierre de taille et l’alignement parfait des tombes font de l’ensemble une réussite. On peut parler de « sauvetage » d’un lieu de mémoire essentiel.

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Z Ossuaire      z VIETNAM 2014 1193

 A g. : l’Ossuaire militaire de l’ancien cimetière de Phu Cam  en 1999 et à d. : en 2012, 154 sépultures anonymes (de l’ossuaire ?) transférées dans le nouveau Cimetière. (Photos J.C.)

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 A g. : Tombe abandonnée de l’épouse de J. B. Chaigneau et de ses 6 enfants au cimetière de Phu Cam  en 1999 et à d. : en 2012, plaque de la même tombe au nouveau Cimetière, réhabilitée par la NAAVH. (Photos J.C.)

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 ….Oui Mais…

 Extrait in texto de la lettre adressée à l’AAVH en juin 2009 par notre représentant à Hué, M. Chau Trong Ngo :
« …/…au nom de l’AAVH vous pouvez poser le problème très urgent aux autorités françaises en vue de faire graver l’identité sur chaque stèle, avec l’aide du côté vietnamien à Hué, bien sûr. Je m’inquiète beaucoup sur ce problème. Si on laisse prolonger ce mauvais état du Nouveau Cimetière, peut-être il y aura un jour où l’on peut dire que les identités des défunts enterrés au cimetière sont égarées, ce qui mène à un devenir déchirant : « Tombeaux des inconnus ». En attendant votre urgente intervention, je vous prie de croire…. »
Que s’est-il passé en 3 ans pour que les stèles de ce cimetière rénové soient devenues des « Tombeaux des inconnus » ? Vraisemblablement, par excès de confiance, aucun des représentants de l’ambassade n’est intervenu sur place en temps utile pour s’assurer du bon déroulement de 3 opérations essentielles :
– transfert de la totalité des tombes, accompagnées des épitaphes correspondantes.
– Contrôle et vérification du libellé en bon français des noms, titres et dates portés sur les épitaphes. Plus de la moitié sont à « déchiffrer » :
-Enfin, trouver une entreprise locale sérieuse qui utilise une peinture de qualité durable…

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2009 – Question écrite à l’Assemblée Nationale – Réponse du Ministère des Affaires Etrangères – L’AAVH sollicitée..

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En septembre 2009, lors d’une assemblée générale, l’AAVH décide d’intervenir… mais sous quelle forme ? Jean-Pierre Ducrest membre de notre association, Vice-Président de l’AFAO et administrateur de AROM, a l’excellente idée d’alerter Madame Aurillac députée de Paris. Extraits de la question N° 62353 posée au Ministère des Affaires Etrangères et Européennes par Mme Aurillac, le 27 octobre 2009 :
« Mme Martine Aurillac attire l’attention de Mr le ministre des Affaires étrangères et européennes sur l’état du nouveau cimetière français de Hué au Vietnam où les restes de nos compatriotes précédemment inhumés au chevet de la cathédrale de Phu Cam ont été transférés, fin 2006, en exécution d’un accord franco-vietnamien. Si le nouveau cimetière, situé à 12 kilomètres de la ville, paraît bien entretenu, les stèles de marbre affectées à chaque tombe voient leurs inscriptions rapidement disparaître. …/…. Les visiteurs ont de plus en plus de difficulté à identifier la tombe de leur ancêtre.…/…. La réhabilitation des inscriptions est d’une urgente nécessité. L’association des Amis du Vieux Hué qui rassemble de nombreuses familles concernées est prête à y contribuer. »
Le ministère répond positivement à cette requête et promet le soutien des autorités françaises.

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Une mission longue et délicate pour la NAAVH….

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Au mois de février dernier, Jean Cousso, responsable de l’AAVH se rend sur le site du cimetière. Aidé des autorités de Hué, de M. Ngo et du personnel de l’hôtel Morin, il rassemble données et informations et rédige un rapport à l’adresse de madame Aurillac, proposant une marche à suivre qui permettrait de réhabiliter les inscriptions et de parachever l’ouvrage commencé, assortie d’un devis chiffré. Dans ce même rapport, l’AAVH propose de commencer la reconstitution des épitaphes, grâce à des recherches et à des documents qu’elle a collectés, dans le but de faire réaliser par des artisans sérieux de nouvelles plaques en février 2012.
Mme Aurillac annonce qu’une subvention sera demandée dans le cadre des crédits qui seront alloués à la fin de l’année 2011 à l’Ambassade de France à Hanoï pour l’exercice 2012.

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Une année de recherche pour retrouver le maximum d’épitaphes

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L’AAVH devra donc retrouver, avant février 2012, le libellé de chaque nom, de chaque titre et de chaque date à partir de diverses sources : – Photographie de chacune des plaques des 343 tombes (chaque photo est identifiée par un nom de fichier permettant de resituer exactement la tombe sur le plan fourni par les autorités) – Recherche des familles ou descendants en France – Recherche à travers les extraits de baptêmes des églises de Hué (1922 à 1955) et de Da Nang-Tourane (1887-1954) dont l’AAVH possède l’intégralité des copies dans ses archives – Recherche dans le fichier des adhérents de l’ancienne AAVH (1914-1944) dont la nouvelle AAVH possède la liste etc.

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L’AAVH réhabilitera les épitaphes en deux étapes (la deuxième à ses frais), en février 2012 et en février 2013.

Le travail de recherche effectué par l’AAVH, aidée par les Services des archives de l’Etat Civil (120 extraits de décès) et par ses propres archives, aboutit à la rédaction de 188 épitaphes, attestées par extraits de décès. Ces inscriptions seront gravées, avec les autorisations et le soutien du Consulat Général de France à Saigon sur autant de plaques de marbre. Pendant le mois de février 2012, Jean Cousso suivra et corrigera, avec l’aide indispensable de Minh Hué, la gravure des plaques par M. Liem, artisan marbrier chez qui il se rendra quotidiennement. Le travail de scellement, financé par le Consulat de Saigon, interviendra après son départ de Hué.
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A g. : Réalisation des plaques – M. Chau Trong Ngo, représentant l’AAVH à Hué, en discussion avec l’artisan marbrier Liêm – A d. : M. Liêm devant une partie des plaques réalisées. (Photos AAVH J. C.)

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 Melle Minh Huè, mise à notre disposition par les autorités de la ville pour nous servir d’interprète dans notre mission, nous sera indispensable et, pendant un mois (pluvieux) entier, nous conduira quotidiennement chez l’artisan Liêm pour vérifier et corriger les plaques et leurs épitaphes.

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Lettre du Consul général de France à Saigon, demandant aux autorités de Hué d’apporter leur aide à Jean Cousso dans sa mission de réhabilitation des épitaphes.

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L’AAVH s’honore d’avoir accompli, par cette mission un important devoir de mémoire : le Cimetière des Français de Thuy Phuong reste le seul cimetière français entièrement reconstruit de l’ancienne Indochine. Il reste à espérer que dans l’avenir, les autorités consulaires trouveront les moyens de faire entretenir le site et qu’elles seront soucieuses du devoir dû aux défunts morts pour la France.
Jean Cousso – Massillargues, Décembre 2013

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