L’ANCIENNE AAVH (1914-1944)

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Documents pour servir à l’histoire de l’Indochine et du Vietnam –  Témoignages et archives collectés par l’Association des Amis du Vieux Hué – Illustrations extraites de notre fonds iconographique
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Bref aperçu de l’histoire et de l’œuvre de

L’ASSOCIATION DES AMIS DU VIEUX HUE (1914-1944)

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…/… Au fond quelle est la grande ville de France qui puisse se vanter d’une publication de ce genre qui soit mieux que cela ? (le Bulletin des A.V.H. ndlr) Quelle est la province de France dont le million d’habitants fournisse une petite académie plus active et plus réalisatrice que cette Société des Amis du Vieux Hué ? Nous nous plaignons parfois de la torpeur intellectuelle de nos compatriotes d’Indochine nous avons tort ! Nous ne montrons pas par-là un sens exact des proportions…/… Combien de Français et d’Annamites de culture française forment le public indochinois d’où sortent les écrivains et les artistes, les lecteurs, et les protecteurs qui soutiennent la vie intellectuelle de notre colonie ? Pas 30 000 ! …et cependant cette vie intellectuelle est plus intense que celle d’une province métropolitaine d’un million d’âmes ! …/…
(Léopold Cadière – SHCF, 1925)

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Sallet Citadelle vue d'avion b

 

La « Chère Capitale » vue d’avion en 1955. Les Amis du Vieux Hué disaient avec orgueil qu’ils en avaient fait un Musée dont ils étaient les conservateurs. Ils en constituèrent le premier centre de « sauvegarde du patrimoine » dans le sens moderne du terme et n’eurent de cesse, pendant 3 décennies, d’interdire, voire de détruire toute construction qui menaçait de la déparer ou qui n’était pas en conformité avec le style architectural annamite. Cela, quels qu’en soient les auteurs et les communautés.

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L’admiration passionnée que portait aux charmes de leur « Cité Souveraine » un groupe de Français et d’ « Annamites », au début du vingtième siècle, fut sans nul doute le point de départ de l’aventure des Amis du Vieux Hué. Cette admiration de la ville impériale fut immédiatement active, parce qu’elle impliquait un impérieux besoin de connaître et de faire connaître son histoire et de préserver ses monuments.
 

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cadiere       AP000340 Sallet

 Léopold Cadière (Photo MEP) et Albert Sallet (Photo  NAAVH),

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 Le 16 novembre 1913, dix-sept personnes se réunissaient dans une salle du Palais Tho-Viên, au cœur de la Citadelle de Hué et donnaient officiellement naissance à l’Association des Amis du Vieux Hué. Nul ne pouvait, à ce moment précis, réaliser ce que deviendrait, ce que produirait, ce que symboliserait la première « Société d’études franco-annamite ». En trente ans d’une impressionnante activité, la somme de travaux de recherches entreprises, d’études publiées, de documents collectés, de monuments préservés et restaurés, feront de la modeste AAVH l’une des plus grandes « Chartes historiques de l’Annam », l’une des plus efficaces Commissions de protection des sites de Hué et de sa région et l’un des plus authentiques foyers du rapprochement franco-annamite. Il fallait, pour mener à bien l’entreprise, une équipe d’exception menée par un homme providentiel.
  « Léopold Cadière (1869-1955), des Missions Etrangères de Paris, sera le principal initiateur et l’animateur du projet. Arrivé à Da Nang en 1892, il cumule activités missionnaires et recherches érudites sur le Viêt Nam. En 1913, après trois ans passés en France, il revient au Viêt Nam comme aumônier de l’Ecole Pellerin, à Huê, où il entre notamment en contact avec Léonard Aurousseau, pensionnaire de l’E.F.E.O et précepteur de l’Empereur Duy Tân et le docteur Albert Sallet, médecin des troupes coloniales. Ces trois hommes seront la cheville ouvrière de l’A.A.V.H » (Alain Guillemin, chargé de recherche au CNRS – Lettre de la NAAVH-déc. 2001).
D’autres personnalités ont joué un rôle déterminant dans le succès du projet : Léon Sogny, inspecteur de la Garde Indigène ; L. Dumoutier, trésorier de l’Annam, qui fut le premier Président de l’A.A.V.H. ; R. Orband, administrateur des Services Civils et délégué auprès des ministères de la Cour ; Nguyen Dinh Hoe, sous-directeur de l’école des Hau-Bo ; Ung-Trinh, sous-directeur du « Quoc Tu Giam » ; Henri Cosserat, aventurier-commerçant érudit.

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aavh AP000582 Copyright Sallet

 

Ecran sculpté représentant symboliquement l’AAVH lors de l’Exposition Internationale de 1931

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  De 1913 à 1944, l’association des Amis du Vieux Hué se consacrera à la défense de la culture vietnamienne et, durant trente années de paix relative, « s’acquittera de cette mission avec ponctualité, l’une des plus honorables que mena la France en Extrême-Orient » (Bertrand Legendre – Le Monde – 18 mai 1998)
  Les statuts de l’association, s’appuyant sur un « plan de Recherche », engagent les Amis du Vieux Hué à « rechercher, conserver et transmettre les vieux souvenirs d’ordre politique, religieux, artistique et littéraire, tant européens qu’annamites, qui se rattachent à Hué et ses environs » (Statuts de l’AAVH publiés dans le BAVH 1-1913).
  La mission de l’AAVH sera double : diffusion de la culture vietnamienne d’une part (« œuvre interne ») et préservation et conservation des monuments d’autre part (« œuvre extérieure »).
L’œuvre interne a été définie par Cadière comme « l’ensemble des études entreprises par les membres de l’Association et publiées dans le bulletin ». Elle sera considérable et portera non seulement sur Hué et sa région, mais aussi sur l’ensemble du territoire de l’ancienne Indochine.
  La collection complète du Bulletin des Amis du Vieux Hué impressionne d’abord par son importance : de janvier 1914 à juin 1944, l’on ne dénombre pas moins de 120 volumes totalisant environ 13 000 pages de texte, 2800 planches hors-texte et 700 gravures dans les textes, en noir et en couleurs. Il s’agit donc là d’une collection qui, par bien des aspects, rappelle l’entreprise parallèle que fut le Bulletin de l’Ecole Française d’Extrême-Orient. Entre les deux, les différences sont toutefois sensibles et il convient de rappeler ici comment le Père Cadière jugeait lui-même son « œuvre intérieure » : « Le Bulletin n’est pas une publication de haute critique, mais plutôt un organe de vulgarisation  » (BAVH, 1925, Index). Et, en effet, le Bulletin des Amis du Vieux Hué visait avant tout non point l’érudit mais, plus simplement, l’honnête homme désireux de s’informer et curieux de connaître les récentes découvertes, les données du folklore ou de l’ethnologie, les épisodes marquants de l’histoire ancienne du Viêt Nam » (Philippe Papin, de l’E.F.E.O. Introduction au CD Rom du BAVH).

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 Une partie de la collection du Bulletin des Amis du Vieux Hué

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  Le Bulletin restitue de manière émouvante, dans les Documents Concernant l’Association, la vie sociale de ses membres : communications scientifiques ; causeries ; réunions mensuelles au cœur de la Citadelle, à quelques pas des bureaux des ministères vietnamiens et des dépôts d’archives ; accueil solennel des invités de marque, discussions animées autour des difficultés chroniques du BAVH : – maintenir le Bulletin au niveau d’une revue aristocratique – trouver des auteurs – lutter contre les arriérés et les crises….
  « L’œuvre a été réalisée par une poignée de personnes, provenant d’horizons très différents : missionnaires, fonctionnaires coloniaux, militaires, commerçants, mandarins de la cour impériale. Tous étaient des bénévoles, des amateurs désintéressés, qui devaient en outre assurer les charges et les fonctions de leur état ou de leur profession qui absorbaient le plus clair de leur temps ». (Jean Despierres – Témoignage – Lettre de la NAAVH N°5). Voici comment l’un de ces colons éclairés vante leurs violons d’Ingres : « Quand, au labeur du jour, nous avons consacré nos forces, nous aimons à nous délasser en nous penchant vers le passé. Passé de jadis ou passé d’hier, cendres légères d’antan ou cendres encore tièdes, nous nous plaisons, Français ou Annamites, à l’évoquer ensemble dans la paix d’une compréhension toujours meilleure ».     
  

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Le Bulletin des Amis du Vieux Hué fut sans doute « le plus luxueux des colonies françaises ». Il reste une mine de renseignements sur l’histoire et les civilisations de l’ancien Vietnam.

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  L’œuvre extérieure de l’AAVH n’est pas moins importante. Elle répond au besoin de préserver et de sauvegarder les monuments qui se dégradent inexorablement sous l’effet conjugué du climat et des guerres. « C’est peut-être le premier motif qui donna naissance à la Société, lorsqu’un jour, je racontai à quelques amis combien j’étais navré de voir les vestiges du passé s’effriter et disparaître, et que ces amis, prenant la chose à cœur, fondèrent les Amis du Vieux Hué » (L. Cadière).
Les AVH ont constitué, entre les deux guerres, une véritable commission de protection des sites avant la lettre : « Nous sommes les conservateurs du riche musée que constituent, à tous les points de vue, Hué et ses environs, disons même de l’Annam tout entier » (Cadière – 1937 – Réception du G. Général Brévié).
De fait, le travail patient et méthodique de plus de trente ans effectué par l’Association a procédé de la même volonté : faire de Hué, de ses monuments imposants jusqu’aux plus petits détails de ses objets traditionnels, un modèle à transmettre aux générations futures qui, une fois passée la désillusion du modernisme, souhaiteraient retrouver leurs sources. Parallèlement à des réalisations dont certaines existent encore de nos jours (Musée Khai-Dinh ; actions en faveur du tourisme ; l’Ecole d’arts annamites ; les expositions artistiques et coloniales ; les collections de photographies et d’estampage…). « Les AVH se sont opposés, en de nombreuses circonstances, à toutes les entreprises qui auraient pu enlever à la ville et à ses environs, son caractère pittoresque » (L. Cadière – SHCF-1925). Aidés par les administrations concernées dont les responsables faisaient souvent partie des membres de l’association, ils se sont opposés à toute initiative immobilière, française ou annamite, qui auraient enlevé à la ville son caractère pittoresque et traditionnel.
  L’AAVH a, malgré l’immensité de la tâche et les difficultés à surmonter, rempli sa mission : « transmettre aux générations futures la vision la plus authentique du Viêt Nam d’autrefois avant qu’il ne disparaisse ». Le Bulletin des AVH, reste, avec celui de l’E.F.E.O. et de la Société des Etudes Indochinoises, une des sources les plus riches de la connaissance du Viêt Nam d’autrefois, et Léopold Cadière avait raison de dire : « Tous ceux qui voudront étudier les choses de Hué et même de l’Annam, devront, s’ils veulent faire un travail compétent, consulter le Bulletin » (rapport du Rédacteur – 1933)

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Le Palais Tan Tho Vien, au coeur de la Citadelle, lieu de réunion des AVH, futur Musée Khai DinhLes AVH feront de ce lieu de travail idéal un important musée qui  a résisté aux heurs et malheurs de la cité impériale ; il est aujourd’hui très entretenu et visité par les milliers de touristes qui se rendent à la Citadelle.

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« …/… le musée Khai Dinh, du nom de l’empereur alors régnant, est aménagé à Hué dans un pavillon construit en 1845 à l’intérieur de l’enceinte de la cité impériale. Constitué autour d’une autre société savante, les Amis du Vieux Hué, créée en 1913, dans la capitale de l’Annam, il a pour objet de rassembler des collections « de vieux souvenirs d’ordre politique, historique et littéraire, tant européens qu’indigènes. » Créé par ordonnance royale, conformément au statut de protectorat de l’Annam, en 1923, il est comparé dans sa raison d’être par le rédacteur du projet au musée Carnavalet, le grand musée historique parisien. Si l’une des raisons invoquées est de contrecarrer la fuite des objets vers les salles des ventes européennes, sa dimension politique s’avère manifeste. »
Arnauld Le Brusq – Ce texte issu d’une communication lors d’une table ronde sur le thème de « la colonisation culturelle » à l’université de Toulouse-Le Mirail a d’abord été publié dans Outre-Mers, revue d’histoire, 2e semestre 2007, p. 97-110.
Le comité de rédaction de la NAAVH