AP0954-Cosserat-Maurice

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Titre : France, sd – Congés en métropole

Notice : Charles, frère de Ratou Cosserat, Ratou Cosserat et les enfants : André Poitout et Viviane. Notule : Contrats et congés en métropole Les Français expatriés en Indochine bénéficiaient de congés payés en France, selon un rythme et des modalités variables selon leur employeur. En parler c’est évoquer un autre aspect de la vie coloniale. Les détails ci-après se rapportent à la période entre les deux guerres et concernent les salariés du secteur privé. Rythme des contrats et des congés. Bien qu’il y ait eu certaines particularités on peut dire que les principes généraux suivants étaient appliqués dans les maisons de commerce. Soulignons d’abord qu’à cette époque on « partait aux colonies » pour y faire carrière. C’était donc en principe pour quelques dizaines d’années. Il n’était pas question de s’y rendre pour faire « un coup » ou « des piastres » comme cela fut la motivation de certains expatriés après 1945. Soulignons aussi qu’il n’y avait pas de système de retraite. Les retraites par répartition ne furent instituées qu’en 1947. Chacun devait penser à sa retraite en faisant des économies et en les plaçant selon un système de capitalisation. Au premier contrat le jeune expatrié, agent débutant, partait pour 4 ans et le plus souvent seul. En effet la présence d’une famille aurait été peu compatible avec le travail qui l’attendait : mis à toutes les sauces, sans horaire fixe, il réceptionnait les marchandises sur les quais, surveillait les entrepôts ; il parcourait le pays, visitant la clientèle ; il était envoyé partout en renfort, selon les besoins. Il ne connaissait ni samedi ni dimanche. Il n’y avait pas de congé annuel, sinon une semaine au moment du Têt et quelques jours fériés de ci de là. Pendant cette période, l’employeur jugeait des capacités de son stagiaire et surtout de sa bonne adaptation aux contraintes du pays et aux règles de la Maison. Vers la fin de son premier séjour, l’employeur lui faisait savoir s’il envisageait de lui renouveler son contrat. Dans la négative, le salarié avait droit au voyage de retour et à 3 mois de congé payé en France. Dans le cas contraire et si l’employé était d’accord, un nouveau contrat était signé donnant droit à 3 mois de congé supplémentaire à prendre avant le retour à la colonie. La durée de ce nouveau contrat était alors de 3 ans. Il le faisait comme agent confirmé, voire chef de service. Et il pouvait emmener sa famille car souvent il se mariait au cours de son premier congé. Le 3e contrat suivait les mêmes règles. Le salarié recevait alors plus de responsabilités, ayant le plus souvent la signature (fondé de pouvoirs), du moins partiellement dans des domaines bien délimités. Le 4e contrat était encore plus intéressant : grade plus élevé (fondé de pouvoirs élargis ou directeur), meilleure solde et surtout meilleures gratifications. C’est à ce moment que l’expatrié commençait à penser sérieusement à sa retraite : achat d’une résidence, placements divers. Et les gratifications servaient essentiellement à cela. J’attire l’attention sur un point particulier du rythme du travail aux colonies. Partant pour 8 mois, l’employé ne pouvait confier son service à un intérimaire chargé d’expédier les affaires courantes. Il avait donc un successeur qu’il mettait complètement au courant. A son retour, il lui était confié un autre travail : autre poste ou dans un autre lieu. Et il en changeait dans la seconde partie de son séjour, afin de permettre à un autre agent de partir en congé. D’où le grand intérêt professionnel d’une telle carrière résultant des tâches variées exercées. Pour disposer enfin d’un directeur confirmé l’employeur devait donc attendre une bonne douzaine d’années et il lui avait fallu engager en général une vingtaine de stagiaires. Il y avait une élimination importante au bout du premier contrat. Mais également au bout du 2e contrat car certaines épouses ne pouvaient se faire au climat. Par ailleurs certains ménages ne pouvaient s’adapter au genre de vie coloniale, si agréable sous certains aspects (les épouses ne travaillant pas), mais si difficiles sous d’autres : éloignement de la famille, oisiveté, vie facile voire étourdissante, problèmes d’éducation des enfants. Ce schéma général s’est trouvé considérablement modifié à partir de 1947; essentiellement à cause de la situation de guerre et des voyages rapides par avion. Déroulement des congés. Généralement l’expatrié passait ainsi son congé : D’abord un passage au siège de la société pour traiter de questions professionnelles ou matérielles. Ensuite un tour de famille. Il suivait souvent une cure pour remettre qui son foie (à Vichy), qui ses intestins, voire les deux. Puis, selon ses goûts, il effectuait un voyage touristique et se livrait à des activités culturelles qui faisaient cruellement défaut à la colonie : théâtre, concerts, musées, cinémas. Après une bonne moitié du congé passée, les fonds commençaient à manquer, surtout si l’on avait particulièrement fréquenté les hôtels. L’on envisageait alors de repartir avant la fin théorique de son congé. Et souvent également, c’était l’employeur qui suggérait une telle solution lorrsque cela lui convenait pour faciliter la rotation dce son personnel. Alors recommençait le cycle des occupations du début : contacts avec l’employeur, achats de vêtements et d’équipements, tour de famille. (Comité de Rédaction) Sur le voyage maritime, voir AP0982.

Mots Clefs : France Congés – Vacances Voyage maritime