Stern, Philippe (1895-1979)

Stern, Philippe (1895-1979)

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Extrait du journal La Dépèche daté du….

…/…Avec l’aval de la municipalité Albert Sallet s’emploie, bénévolement, à restaurer le Musée Labit. Dès les premières menaces de l’antisémitisme il y accueille Philippe Stern du musée parisien Guimet. Aux heures noires de l’Occupation il le nourrira et le cachera dans les greniers. «N’ayant jamais accepté les sévices à connotation raciste», précise Jean-Pierre Raynaud. Finalement Albert Sallet aura la joie d’assister, en 1945, à l’inauguration du nouveau musée Labit en compagnie de son ami et complice Philippe Stern.

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Texte écrit par Philippe Stern au lendemain de la mort d’Albert Sallet

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 Extrait du journal « La Dépèche » du 3 décembre 2004 :
« Avec l’aval de la municipalité Albert Sallet s’emploie, bénévolement, à restaurer le Musée Georges-Labit. Dès les premières menaces de l’antisémitisme il y accueille Philippe Stern du musée parisien Guimet. Aux heures noires de l’Occupation il le nourrira et le cachera dans les greniers. «N’ayant jamais accepté les sévices à connotation raciste», précise Jean-Pierre Raynaud. Finalement Albert Sallet aura la joie d’assister, en 1945, à l’inauguration du nouveau musée Labit en compagnie de son ami et complice Philippe Stern.

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« Paris, le 24 février 1948
Je n’ai su que tardivement la mort du Docteur Sallet. Je voudrais, dans cette lettre que je me permettrai d’envoyer à divers membres de sa famille, dire ce qu’il a été pour moi, ce que j’ai su qu’il a été pourtant d’autres. Il était de ces êtres si peu nombreux dont on peut dire en toute certitude qu’ils ont une belle âme. Et ce sont les circonstances même que nous avons traversées qui me l’ont montré.
En 1940, frappé par les misères du pays, il avait quand même été touché de voir que certaines des nobles conceptions qui étaient les siennes devenaient celles du gouvernement qui les affichait. Ce qu’il y avait derrière cet affichage, la noblesse même de son âme l’empêchait de le voir et je suivis, presque moment par moment, la tragédie qu’a été pour lui cette découverte progressive, car, ce qui était merveilleux dans ce monde troublé, nous étions persuadés tous deux de l’entière bonne fois de l’autre. Et c’est ainsi qu’amenés à parler des événements et les voyant l’un et l’autre par le petit bout de la lorgnette, nos rapports d’amitié ont pu cependant n’en être pas atteints et rester totalement intacts, ce qui dut être rare, chacun pensant que l’autre était dans l’erreur, mais certain de sa parfaite bonne foi. Ce qui me semble plus beau encore c’est qu’avec les idées qui étaient les siennes, il ait su devant la justice marquer un grand arrêt brusque : je le sentais révulsé par toute persécution raciale. Je ne pourrai jamais assez te dire ce qu’il a été pour moi, comme il m’a accueilli et comment il a facilité mon travail : Je m’en souviendrai toujours mais je trouve encore plus étonnant ce qu’il a pu être pour d’autres qui n’étaient pas ses amis, qui étaient presque des passants, s’exposant pour les protéger.
Peu de personnes parmi celles que j’ai rencontrées m’ont paru communier à ce point avec la douleur humaine. Il semblait, certains jours, qu’il portait le poids du monde. Toute souffrance injustifiée l’atteignait personnellement et directement et ainsi – c’est peut-être normal devant la mort – je songe à l’homme plus encore qu’avant. Mais je pense que vous savez tous les grands services qu’il a rendus à nos études.
Je tâcherai, comme je le lui ai promis, de rechercher et de faire utiliser les indications qu’il a laissées en Indochine en partant. Si, dans ses papiers, dans ses documents, vous en retrouvez qui puissent être utiles à tous, nous serons, bien entendu, heureux de leur donner asile au musée Guimet. Nous sommes d’ailleurs tout à votre disposition si nous pouvons vous rendre service d’une façon quelconque dans le cas où vous ne désireriez pas conserver comme souvenir une bibliothèque qui était pour lui un instrument de travail. Il m’avait demandé des renseignements concernant les possibilités de vente de cette bibliothèque. Je lui avais conseillé de garder avec lui ses livres, comme des amis. Je mets naturellement à votre disposition toutes indications qui pourraient vous être utiles, à ce sujet ou pour tout autre.
Je voudrais en terminant, vous assurer que le souvenir du Docteur Sallet sera avec moi pour toujours car, à travers ces années tragiques, j’ai vraiment senti qui il était. »
Philippe Stern