AP0785-Sogny-Marien

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Titre : Environs de Hué, 1950 – Ecran du Roi (Mont Ngu Binh)

Notice : Cette petite colline, d’une centaine de mètres d’altitude, qui s’élève sur la rive droite du fleuve, dans l’axe de la citadelle, a une forme singulière qui a, depuis des siècles attiré l’attention. C’est un but de promenade pittoresque, d’où l’on jouit d’une vue splendide sur la capitale et ses environs. Les AVH, « gardiens du Musée que constituent Hué et ses environs » ont toujours protégé jalousement l’Ecran du Roi, comme en témoignent les procès-verbaux des réunions trimestrielles de l’association, et, en particuliers ses pins, très convoités par les habitants. Notule : Hué – L’Ecran du Roi (Ngu Binh) La silhouette caractéristique de l’Ecran du Roi, que l’on peut apercevoir de bien des points de la Capitale (AP0763, AP1179 et AP2083), a de tous temps suscité l’intérêt des spécialistes de la géomancie (et les souverains de Hué en étaient férus) et éveillé la curiosité des visiteurs. Quand Ngai Vuong transféra sa capitale à Phu Xuan (la terre des Riches Printemps) à peu près à l’emplacement actuel de Hué, il fut attiré par l’aspect et les conditions géomantiques du lieu qui est situé devant une montagne qui a toute l’apparence d’un écran avec son sommet aplani et ses arêtes presque régulières, d’où son nom Ngu Binh (Ecran du Roi), qui doit protéger la Capitale contre les influences occultes néfastes venant du Sud. Le R.P. Cadière donne les renseignements suivants concernant la « Montagne ou Ecran du Roi » : « L’Ecran du Roi fait partie d’une petite chaîne de collines isolée qui s’élève, au milieu de la plaine des tombeaux, au sud-est de la citadelle, sur la rive droite du fleuve. Cette chaîne décrit un arc de cercle et comprend, au nord-est, un massif formé de trois sommets, connu sous le nom de Tam Thai, ou Hon Dông Dàng « le pic de la colline Dang », nom qui indiquerait un souvenir cham. Après une dépression assez forte vient l’Ecran du Roi ; puis, à l’ouest de celui-ci, deux autres sommets, dont l’un, le Hon Thien, « le pic du Ciel », couronné de pins, taillé en gradins, servit, au temps des Tây Son, de tertre pour le sacrifice du Ciel. L’Ecran du Roi est formé de deux sommets de hauteur presque égale, réunis par une croupe à peine plus basse, dirigée d’est en ouest. Ce sommet est terminé par cinq terrasses concentriques, la dernière étant circulaire. Cet ensemble rappelle les pyramides à étages des Khmer. Ici, un édifice cham devait couronner la plate-forme ; mais les Annamites en ont fait disparaître les briques. Quatre rampes s’étendent suivant les deux axes. L’escalier le plus important est dans l’axe nord-sud. Il est continué par une chaussée en pente douce qui contourne le mamelon An Kieu et se prolonge dans la direction de « l’îlot du Roi » Le R.P. Cadière ajoute que : « Minh-Mang fit construire sur le sommet Est, un pavillon dont on voit encore les soubassements… Le monarque fit plusieurs fois l’ascension de l’Ecran du Roi : il y prenait le frais, il admirait de là les constructions nouvelles qu’il faisait exécuter à son palais et à la citadelle, il y composait des pièces de poésie. L’image du Ngu Binh fut représentée sur une des urnes de bronze que Minh Mang fit fondre en 1835-1836. Thieu Tri classa la colline parmi les vingt sites célèbres de la capitale, et fit dresser une stèle au pied de l’escalier qui conduit au sommet. Tu Duc vers ses dernières années, en 1873, gravit le Ngu Binh : il nous a décrit, dans une pièce en vers, son essoufflement et sa fatigue, mais aussi son admiration Enfin, l’auteur fait remarquer que cette colline a été choisie par les souverains de Hué comme un écran magique pour protéger leur capitale contre les influences mystérieuses venant du Sud. L’écran des pagodes et des maisons d’habitation, Binh Phong, n’est pas seulement, comme le nom semblerait l’indiquer, une « protection contre les vents » nocifs ou les miasmes délétères, C’est surtout une protection magique contre les influences néfastes, de source mystérieuse, qui arrivent par les airs et sont portées par les vents. Il en est de même de l’Ecran du Roi… » Le docteur M. A. Auvray qui fut médecin de la légation, a laissé dans ses souvenirs, la description du panorama découvert du haut de l’Ecran du Roi (BAVH 1933/3 – Dix huit mois à Hué) :  » Les envions de Hué permettent quelques promenades qui ne manquent pas d’intérêt. Voici d’abord la Montagne du Roi ou Dia Bin, au sud-ouest de la Légation, de l’autre côté de la rivière de Phu Cam. Elle est couverte de sapins, et sa forme est à peu près celle d’une butte de polygone ; on dirait une gigantesque construction humaine ; sa hauteur est de 120 mètres environ ; elle sert de point de repère aux navires pour l’entrée de Thuan An ; un escalier, tout en ruines, comme d’ailleurs tous les monuments de Hué, conduit au sommet, et si la montée n’est pas encore facile, en revanche la vue dont on jouit là-haut compense largement toutes les peines. L’œil domine en entier le vaste bassin formé par les montagnes, plaine immense où l’on peut suivre dans ses sinueux contours le long ruban argenté du fleuve qui court d’abord au milieu des rizières, enceint la Citadelle, entoure de ses bras des îlots de verdure, et, traversant de nouvelles rizières, va se jeter enfin dans la lagune. A vos pieds, la Citadelle étale ses bouquets d’arbres au milieu desquels brillent de reflets dorés les tuiles vernies des palais royaux ; à l’horizon, d’un côté, des pics bleuâtres à demi noyés dans les nuages qu’ils rassemblent, de l’autre, des dunes blanches et le bleu de la mer se mariant à celui du ciel ; en arrière, une lande inculte, nue, sauvage, toute mamelonnée de tombeaux ; sur tout ce paysage règne un calme profond, presque absolu ; ce n’est guère qu’au coucher du soleil que, çà et là, la campagne s’anime : les troupeaux de buffles rentrent à l’étable conduits par un enfant qui somnole sur sa lente monture ; les bûcherons descendent des collines avec leur faix de bois mort, et l’on entend monter jusqu’à soi le bruit des marchés endormis tout à l’heure. Le charme est grand de ce spectacle chèrement acheté et qui l’a vu seulement une fois doit en garder un vivant souvenir » Les Amis du Vieux Hué n’ont cessé de protéger les pins de l’Ecran du Roi, comme ceux du Nam Giao, toujours menacés par les hommes ou les intempéries. Ils sont allés plusieurs fois en excursion sur ce site, guidés par le savant « rédacteur du bulletin ». (Voir AP0574) (Comité de Rédaction)

Mots Clefs : Annam Thua Thien Hué 1950 Géomancie