AP0062-Sallet

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Titre : Hué, 1928 – Temple Phung Tien – Bleus de Hué dans la cour

Notice : Façade du temple sur la cour. De belles vasques en bleu de Hué étaient placées le long de la façade. Notule : Les bleus de Hué La dénomination « bleu de Hué » est attribuée à des porcelaines décorées en bleu sous couverte, fabriquées en Chine à partir du début du 18e siècle, à l’usage de la cour du Viêt Nam. Vassal de la Chine jusqu’en 1885, le Viêt Nam devait, selon la coutume, porter des tributs aux empereurs chinois. En contrepartie, les rois et les mandarins vietnamiens pouvaient commander à la manufacture impériale de Jingdezhen, dans la province du Jiangxi, des porcelaines d’après les modèles remis aux ambassadeurs se rendant à Pékin. Cette porcelaine dite « d’ambassade » comporte deux grandes catégories : – des porcelaines de commande, d’inspiration vietnamienne dans les formes et les décors et d’exécution chinoise ; – des porcelaines de Chine offertes comme cadeaux diplomatiques au pays tributaire. Datant de l’époque des rois Lé (qui règnent mais ne gouvernent plus) et des seigneurs Trinh qui exercent le pouvoir effectif au nord (notamment Trinh Sâm 1767-1782), les porcelaines un peu lourdes, au blanc très pur, au bleu de cobalt intense portent sur leur base les caractères chinois Nôi Phu « palais intérieur », c’est-à-dire l’ensemble des palais des seigneurs Trinh à Thang Song (Hanoï). Certaines de ces porcelaines sont destinées au palais (Nôi Phu Thi) du centre, d’autres au palais de droite, au palais du nord, au palais du sud, au palais de l’est, d’autres enfin au palais de l’ouest (Nôi Phu Thi Doai). Cette dernière marque est inscrite en relief sur fond blanc, les autres étant tracées en bleu sous couverte. Les porcelaines réservées au « palais du printemps éternel, palais de gauche » portent l’inscription Khanh Xuân Thi Ta. Elles sont de fabrication légèrement postérieure et portent souvent des décors de dragons et de licornes qui entourent le caractère « longévité ». Ces pièces exceptionnelles et rares sont d’une exécution parfaite à tous les points de vue : forme impeccable, dessins très soignés, caractères chinois artistiquement tracés. Les motifs, puisés à la source chinoise, sont nombreux et variés : objets symboliques taoïstes ou bouddhiques, végétaux, fleurs et fruits, généralement associés à un animal (orchidées et papillons, lotus et crabes, pruniers et daims,…), paysages où sont retracées des scènes historiques ou légendaires, animaux mythiques (le dragon à cinq griffes, emblème du souverain ; le phénix, la licorne, emblème du prince héritier et la tortue qui symbolise la longévité). En 1771 commence la révolte des frères Tây Son contre les seigneurs Nguyên qui gouvernent au sud. Hué, l’un des trois frères, se proclame roi sous le nom de Quang Trung à Phu Xuân (Hué) en 1788, après avoir pris Hanoï et provoqué la chute des Trinh et des Lé. En 1789, fort de sa grande victoire sur l’armée chinoise des Qing qui avait envahi le pays, Quang Ttrung Nguyên Hué envoie des ambassades auprès de l’empereur Qianlong (1736-1795). De ces missions en Chine, ont été rapportées des porcelaines portant la marque spécifique Trân Ngoan « bibelot précieux ». Parfois craquelées et cerclées de cuivre, elles sont ornées de poèmes illustrant le décor, écrits en caractères chinois ou en caractères Nôm (système sinisant de transcription de la langue vietnamienne, remontant au 13e siècle). Sous le règne du roi Quang Trung soucieux de forger un sentiment national affranchi de l’influence chinoise, le Nôm, langue du peuple, se substitua au chinois classique…/… L’interrègne des Tay Son est de courte durée. Quang-trung meurt en 1792. Le prince Nguyên Anh entreprend alors la reconquête du pays qu’il réunifie en 1802, fondant à Hué la dynastie des Nguyên, qui s’achèvera en 1945 avec l’abdication de Bao Dai. Sous le règne des empereurs Nguyên, les pièces d’ambassade sont datées d’après un système composé de dix « troncs célestes » et de douze « branches terrestres », qui, par combinaison, donnent un cycle de soixante unités servant à numéroter les années. Règne de Gia Long (1802-1820) marques Giap Ty Niên Chê (fait en l’année Giap Ty – soit 1804), Mâu Thin (1808), Ky Ty (1809), Canh Ngo (1810), Ky Mao (1819). Règne de Minh-mang (1820-1840) : marques Canh Thin (1820), Giap Thân (1824), Binh Tuât (1826), Mâu Ty (1828), Canh Dân (1830). Règne de Thiêu Tri (1841-1847) : marques Tân Suu (1841), At Ty (1845). Règne de Tu Duc (1848-1883) : marques Nhâm Ty (1852), Dinh Ty (1857), Mâu Thin (1868), Tân Mui (1871). Après 1885, sous la domination française, le Viêt Nam cessa d’envoyer des ambassades en Chine…/… Pour distinguer les pièces originales des pièces de reproduction, il faut comparer la pâte, la couverte, la qualité des émaux et du trait. Dans le sud, où ces porcelaines d’ambassade sont reproduites dans les fours locaux de Lai Thiêu ou de Cho Lon, elles sont dénommées « porcelaines d’échantillon ». Parmi les porcelaines destinées à l’usage de la cour de Hué, les plus appréciées sont les pièces à décor Ngu Liêu (les cinq saules), Mai Hac (le prunier et la grue sacrée), Truc Loc (les bambous et les daims), autant de symboles de longévité. Et également : – Phi Minh Tue Thuc : quatre oies sauvages en train de voler, de crier, de s’abriter et de manger. – Hac Râp : décor qui représente deux oiseaux à un seul oeil et une seule aile, ne pouvant voler que par couple, symbolisant la pathétique histoire d’amour de l’empereur Tang, Xuanzong (713-755) et de Yangguifei, sa concubine, qui s’achèvera par le sacrifice de celle-ci pour sauver le royaume d’une révolte. Toutes les porcelaines anciennes répondaient à des usages précis : bols, assiettes pour servir les mets, vases, jarres à alcool de riz pour le mariage. Certaines formes sont spécifiquement vietnamiennes, ainsi le pot à chaux, servant à renfermer la chaux de coquillages utilisée dans la chique du bétel et la pipe à eau…/… (Loan de Fontbrune, membre de l’AAVH) Sur le symbolisme dans l’art décoratif vietnamien, voir AP2507. Sur la Cité Interdite, voir AP0031. Sur le Temple Phung Thiên, voir AP0050. Sur les bâtiments de la Ville Impériale, voir AP1923.

Mots Clefs : Annam Thua Thien Hué 1928 Citadelle – Cité Impérialte – Cité Interdite Bleu de Hué Art vietnamien – Symbolisme