AP0571-Sallet

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Titre : Hué, 1936 - Portrait de Léon Sogny à 40 ans

Notice : Notule : Léon Sogny, Directeur de la Sûreté et Baron d'Annam "Mon père Léon Sogny a consacré sa vie à l'Indochine et surtout à l'Annam pendant quarante ans. Il a exercé les plus hautes fonctions dans le domaine de la sécurité du territoire. Il ne nous a, hélas, laissé aucun document relatif à sa vie : il ne parlait jamais de ses activités professionnelles. Sa biographie ne peut donc être que succincte, ce qui est d'autant plus regrettable que ses mémoires auraient constitué un apport considérable à la connaissance de la proche histoire de "l'Annam". Mon père est né à Douai le 25 juillet 1880. A l'âge de 18 ans, il contracte un engagement dans l'artillerie de marine et participe, comme maréchal des logis, à la Campagne de Chine (1900-1901) contre les Boxers (voir AP4941). Il rentre en France en 1902 et, son congé terminé, demande à achever son contrat en Indochine. Il découvre alors un immense champ d'activité et décide de s'y installer. Il a d'emblée compris que pour être proche des populations il était indispensable de parler leur langue. Dés le 1er janvier 1904, il obtient son premier brevet de langue annamite. Parallèlement, il entame l'étude des caractères chinois. Il ne cessera jamais de se perfectionner pour mieux pénétrer l'histoire et les civilisations indissociables de ces deux pays. Il entre dans la garde indigène le 10 novembre 1904 et est affecté à Hué en avril 1905. Toute sa carrière se déroulera désormais en Annam. La qualité de ses services et le fait qu'il parle admirablement la langue annamite le désignent en 1906 pour assurer la sécurité personnelle de l'Empereur. Il acquiert l'estime des gouvernements des deux pays. Au début de 1908, il est appelé à Faifo (actuelle Hoi An), où il participe, une année durant, aux opérations de pacification consécutives aux troubles qui se produisirent au Quang Nam. De janvier 1909 à janvier 1913 il est chef de poste à An Diem aux confins de la région Moï de la même province (voir AP0023). Par la confiance qu'il inspire aux montagnards et la compréhension fondée sur les contacts personnels dont il fait preuve, il parvient à faire régner la paix entre les clans qui vivent en état de guerre quasi permanent et à assurer la sécurité des commerçants annamites qui pénètrent dans le haut pays. Le 1er janvier 1913, promu au grade d'inspecteur, il est rappelé à Hué pour commander la brigade de la Garde Indigène de la province de Thua Thien et créer le bureau politique de la Résidence Supérieure en Annam. En 1914, espérant être mobilisé et participer à la guerre, il suit à Hué une période d'instruction d'officier de réserve. En 1918, alors qu'il se trouve en France, il est rappelé d'urgence en Indochine où les autorités lui confient la responsabilité de créer et de diriger le Service de la Sûreté en Annam, fonction qu'il exercera jusqu'à son admission à la retraite en 1941. Mon père restera toujours mortifié et presque honteux de n'avoir pas eu la possibilité de se battre pour la France. Pendant presque un demi-siècle, mon père sera étroitement mêlé aux événements qui ont marqué l'histoire de l'Indochine. Il s'est toujours efforcé de consolider, grâce à sa connaissance profonde du pays et des gens, les relations politiques de la cour et du protectorat. Ses rapports avec les personnalités annamites de toutes tendances et aussi avec les populations ont toujours été empreints de tolérance et de respect. Dès avant 1939, mes parents décident de terminer leur vie en Annam et font construire une maison à Hué. Le 7 mai 1939, mon père est élevé, par Sa Majesté Bao Dai, à la dignité de Baron de la Paix, (An Binh Nam). L'ordonnance du roi est particulièrement élogieuse, "envers ce Français dont la précieuse collaboration fut décisive en maintes conjonctures délicates pour ramener l'ordre et la paix. Son dévouement inlassable et désintéressé à la chose publique lui a valu l'admiration affectueuse et l'estime générale de la Famille Royale, de la Cour, et du peuple ". En 1941 mon père prend sa retraite avec le grade de Contrôleur Général de la Police. Il est toutefois maintenu à son poste et sera de nouveau requis en 1945 par le Haut Commissaire en Indochine, pour exercer auprès de lui les fonctions de conseiller politique. Après tant d'années de vie sous un climat difficile, sa santé s'est dégradée. Il doit encore subir les dures épreuves physiques et morales d'un an de concentration et de restrictions de toutes sortes imposées par les Japonais de mars 1945 à avril 1946. En 1947 il connaît pendant 45 jours les rigueurs du rude siège de Hué. Ces événements précipitent sa fin et il s'éteint à Hué le 26 mai 1947 où il repose encore, conformément à sa volonté, au cimetière de Phu Cam. Sur son tombeau une main anonyme a fait graver l'épitaphe suivante : " Le sage n'est plus, qui donc nous conseillera ? ".../... Parallèlement à ses fonctions officielles, mon père, travailleur infatigable et curieux des hommes et des choses d'Annam, a été, en 1913, sous la direction du Révérend Père Cadière, l'un des fondateurs de l'Association des Amis du Vieux Hué, dont il fut trésorier puis enfin Secrétaire Général. Il était lié d'une profonde amitié avec les autres fondateurs, en particulier le docteur Albert Sallet (qu’il appelait le "Vieux Galonnier") et Monsieur Henri Cosserat. Sa collaboration au bulletin trimestriel de cette association, qui parut sans interruption de 1914 à 1944, s'est manifestée par de très nombreux articles. Le premier, relatif aux urnes dynastiques du Palais, a paru dans le N°1 du bulletin en 1914. Mon père s'efforça d'étudier méthodiquement les monuments impériaux de la Capitale, la généalogie des familles royales, les coutumes religieuses, le cérémonial, les objets du culte, les îlots de populations ayant survécu à l'expansion annamite, la vie et l'oeuvre des anciens mandarins, les événements historiques, enfin l'oeuvre des Français et des Annamites qui ont marqué l'histoire de l'Annam. Son érudition était grande au point que lettrés annamites ou français s'adressaient à lui pour obtenir des précisions sur les sujets les plus ardus. C'est avec un grand déchirement qu'il a vécu en 1946 la destruction et le pillage des collections uniques du Musée, ainsi que de la Bibliothèque de l'Association des Amis du Vieux Hué qui n'abritait pas moins de 5000 ouvrages dont un bon nombre étaient uniques. Il était aussi membre de la Commission Municipale, du Conseil du Protectorat, du Conseil Français des Intérêts économiques et correspondant de l'Ecole Française d'Extrême-Orient. Il était Chevalier de la Légion d'Honneur. (Extrait du BAVH N°5 / Année 2000. Ce texte a été lu par Annick Marien à l'occasion du colloque organisé en 2000 à l'Université de Nice Sofia-Antipolis sur le thème : "Recherches institutionnelles et non institutionnelles") Sur Léon Sogny baron d’An Binh, voir AP0659. Sur Léon Sogny et la langue annamite, voir AP0572. Sur la carrière administrative de Léon Sogny, voir AP0682. Sur la Garde Indigène, voir AP1372. Sur le Siège de Hué (du 9 décembre 1946 au 5 février 1947), voir AP1056.

Mots Clefs : Annam Thua Thien - Hué 1936 Uniforme Garde Indigène Décoration