AP0470-Sallet

AP0470-Sallet

Titre : Annam, Phan Thiet, 1923 – Po Bia Muc et son mari – Hôpital

Notice : Photographies prises entre 1922 et 1925, deux années ou Albert Sallet remplira les fonctions de Médecin Chef de l’hôpital de Phan Thiet (après ceux de Fai Fo et de Hué). C’est pendant ce séjour qu’il se lie d’amitié avec les Cham « anciens maîtres du pays qui habitent en arrière de la côte, entre les Annamites des vallées basses et les Indonésiens de la montagne ». Il fera ce qui est en son pouvoir pour les aider dans leur tragique destin. Notule : Albert Sallet et l’identité cham (3) Pour les première et deuxième parties, voir AP0391 et AP0392. Troisième partie : le Sud-Annam et les derniers cham.  » On est surpris de rencontrer, enclos sur de médiocres espaces dans les deltas méridionaux de I’Annam, de misérables groupements organisés en villages. Pour des raisons dues à des craintes obscures, l’arbre fait défaut et la triste impression s’en accroît. Or, les habitants de ces groupes présentent des caractères ethniques qui les différencient immédiatement des Annamites leurs voisins. Détails physiques, costume, langage, religion, coutumes, tout les place à part, sans lien de parenté acceptable. Du reste, l’homme de I’Annam les considère avec mépris il les nomme Moï, ce qui signifie « sauvages », quand il ne descend pas au terme pire de Loï, en les apparentant aux sauvages de la Chaîne, sur un plan presque égal à celui de l’animal. Mais l’administration d’empire les inscrivait sous le nom de thô,  » ceux de la Terre « , semblant consacrer ainsi leurs droits de priorité. Pour eux, pour l’histoire d’autrefois et l’histoire du monde, ils sont les Cham et leur pays était le Champa du nom symbolique d’une fleur au parfum fragant, pour laquelle notre science européenne des plantes a gardé le vieux mot sanscrit, en désignation de l’espèce représentée. La race cham disparaît. Son développement sur les territoires d’Annam se limite aux plaines de Phan thiêt, de Phan Ri et de Phan Rang dans l’ancien Binh Thuân. Les mauvais espaces, triste lot que les Cham occupent dans l’aridité des sols sableux et la sévérité des brousses, portent encore l’empreinte nette des efforts que tentèrent, il y a quelques siècles, des ancêtres habiles et laborieux. Les temps ont changé et les volontés sont lasses. Je revois cette malheureuse campagne dont j’ai suivi si souvent les routes entre Tinh My, l’ancienne cité royale, le « palei chnar » des Chroniques et le Sông Luy, « le fleuve du rempart », parce qu’il coupe plus haut une citadelle restée sans Histoire. On abandonne la forêt pour la plaine brûlée à longueur d’année par un soleil, auquel succèdent, sur un temps très court d’hiver, des pluies qui ravinent mais ne séjournent pas. Une flore buissonnante d’espèces généralement épineuses se disperse un peu partout, mais dans les espaces libres, sans nul souci ni grand travail ; l’homme de ces terres a jeté ses cultures mêlées : cotonniers, sojas, patates, riz. Le domaine cham est pauvre, surtout quand on compare son étendue actuelle avec celle des territoires d’autrefois. Car l’homme d’Annam, venu des grands deltas du Nord en conquérant, s’est emparé de tout ce qui était meilleur. Il se réserva le bord marin aux pêches abondantes, et il revendiqua les terres aux alluvions plus riches. Le Cham était sans défense, mais les Annamites immigrés, soit frappés d’exil, soit installés dans le pays en garnisaires, restaient le plus souvent sans scrupule ni aveu. Le triomphe définitif de la maison d’Annam, au début du XIXème siècle, a marqué formellement le point d’agonie de la race cham : les terres furent plus que jamais envahies et le peuple, gouverné par son ancien vainqueur, connut des tribulations pires. La vieille prophétie justifiait sa parole :  » Alors, les fils des Cham connaîtront la plus profonde désolation ! « . Le dernier seigneur cham, Pô Chneung, agissant encore en manière de roi, désespérant des pitiés, des justices mais aussi de l’avenir de la race bouleversée, se résigna à l’exil. Il s’en alla vers des plaines meilleures où d’autres Cham, avides de tranquillité, l’avaient précédé en d’importants exodes ; leur vieil ennemi à travers l’histoire, le peuple khmer les avait accueillis. Pô Chneung quitta le Bin Thuân pour le Cambodge en 1823 : c’était la quatrième année du règne de Minh Mang, cet empereur d’Annam qui fut particulièrement dur au peuple cham. La moitié des familles accompagnait le dernier Roi. Les Cham ne sont plus maintenant que quelques milliers dans l’Annam et leur nombre décroît sans cesse. Du moins ceux qui restent ont conservé, en dépit de tout, le culte de la tradition et la fidélité entière au passé. C’est de cette fidélité et de cet attachement que meurt une race qui ne se laisse pas assimiler et ne demande rien. J’aurai à le redire. Quant à ceux qui se réfugièrent en Cochinchine ou au Cambodge, ils ont nécessairement oublié bien des choses : mais depuis longtemps les conditions de leur vie sont devenues préférables » (Extrait d’une conférence d’Albert Sallet, ex-conservateur du Musée des Antiquités Cham de Tourane, « Un peuple qui disparaît – les Cham du Sud-Annam », parue dans les bulletins de la Société de Géographie de Toulouse. N° 118 et 120 de 1936) Sur l’histoire du Champa, voir AP2133. Sur les rapports du Dr Sallet avec les Cham, voir AP4995. Sur la biographie d’Albert Sallet, voir AP0340.

Mots Clefs : Annam Binh Thuan Phan Thiet 1923 Champa – Cham Hôpital Sallet, Albert