AP4686-Lesterlin

AP4686-Lesterlin

Titre : Tonkin, 1885 – Le médecin major Edouard Hocquard

Notice : Les documents provenant du fonds Lesterlin sont constitués de photographies prises par le docteur E.Hocquard, lors de son séjour en Indochine en 1884-1886 et publiées ultérieurement par les soins de l’éditeur H. Cremnitz . Ces photos avaient servi à illustrer, sous forme de gravures, les récits de son voyage publiés par E.Hocquard en 1891 et 1892. Notule : Edouard Hocquard, médecin-major et photographe Charles Edouard Hocquard est né en 1853 à Saint-Nicolas-du-Port (Meurthe et Moselle) où son père était tanneur. Entré au service de santé de l’armée en 1873, après ses études à l’école d’application du Val de grâce, il est nommé médecin aide-major à Lyon, puis à l’hôpital thermal de Bourbonne-les-bains (1882). Affecté en 1883 au 82ème régiment d’Infanterie, en instance de départ pour l’Indochine, il fait, sur sa demande, campagne dans ce pays de janvier 1884 à mai 1886, en qualité de médecin-major des ambulances du Corps expéditionnaire. C’est de ce séjour qu’il rapporte près de 400 photographies et la matière d’un récit détaillé de sa campagne. De retour en métropole, il connaît plusieurs affectations à Paris et se marie en 1887 avec Louise Marie Quenouille dont il aura un fils. Il participe à l’expédition de Madagascar en 1894, puis y retourne pour y établir un sanatorium. Il rapporte de son séjour dans la Grande île la matière d’un livre intitulé « L’expédition de Madagascar, journal de campagne » qui sera publié en 1897. Sa carrière médicale se poursuit dans diverses localités, Saint-Cyr, Arras, Besançon, puis finalement à Lyon, où il est nommé directeur de l’Ecole du service de santé militaire. C’est là qu’il meurt en janvier 1911, atteint d’une grippe infectieuse. Grâce au récit détaillé qu’il a publié de sa campagne, les étapes de son séjour en Indochine sont bien connues. Arrivé le 15 février 1884 dans le golfe du Tonkin, sur le transport « l’Annamite », il séjourne une quinzaine de jours à Hanoï. Un déplacement à Bac Ninh (où il assiste à la prise de la citadelle), du 8 au 24 mars, puis à Son Tây et à Hong Hoa, du 6 au 20 avril, précèdent un nouveau séjour de 2 mois à Hanoï, et un autre de 3 mois dans le delta, au sud du Tonkin (Nam Dinh, Ninh Binh, Phu Ly). Il participe ensuite aux grandes opérations militaires qui se déroulent dans la haute région ; au nord-est du Tonkin, colonne vers Phu Lang Thuong, reconnaissance sur la rivière Claire, colonne vers la frontière de Chine jusqu’à Lang Son. De fin mars à début septembre 1885, il est de nouveau à Hanoï. En septembre, de nouvelles reconnaissances fluviales le ramènent sur la rivière Noire et sur la rivière Claire. A la fin de l’année 1885, il quitte le Tonkin pour l’Annam, visite Tourane et Hué où il est reçu par S.M. Dong Khanh. De retour au Tonkin, il s’embarque le 19 avril 1886 pour la France. Hocquard était un passionné de photographie. Jeune médecin, il avait déjà publié une série d’articles consacrés à l’étude de l’œil et en particulier une « Iconographie photographique appliquée à l’ophtalmologie ». Au Tonkin, parallèlement à son travail de médecin, il est chargé de faire, avec son appareil, des relevés topographiques de certains points du pays. Il a donc pu multiplier les clichés et rapporter de sa campagne plus de 400 photos. Celles-ci n’ont pas exclusivement pour sujet les opérations militaires. De ces dernières, Hocquard nous montre cependant les combattants, réguliers chinois (voir AP4688), Pavillons Noirs (voir AP4656), tirailleurs indigènes (voir AP4659) et algériens (voir AP4668), soldats du Corps expéditionnaire. Il nous montre également les armements, canons (voir AP4662), et fortifications chinoises, casemates (voir AP4663) et observatoires (voir AP4665). Les vues qu’il donne des citadelles de Hanoï, Nam Dinh (voir AP4661) Bac Ninh (voir AP4664) et Son Tay (voir AP4675) sont des documents d’une grande valeur, car ces fortifications devaient être démolies partiellement ou totalement quelques années plus tard. Mais Hocquard s’est également attaché à photographier des paysages, sur les bords de la rivière Noire et de la rivière Claire, dans le delta ou les montagnes déchiquetées de la haute région. Dans les villes, principalement à Hanoï où il séjourna le plus longtemps, à côté des monuments et des pagodes, il s’est beaucoup promené dans les marchés et a longuement flâné dans les rues pittoresques du quartier commerçant. Il s’est intéressé aux passants, aux marchands, aux coolies dont il nous a laissé des portraits pris sur le vif. Il a également composé des portraits plus élaborés, en studio, de femmes annamites (voir AP4690) de mandrins et de lettrés (voir AP4693), de familles (voir AP4694) et d’enfants (voir AP4695). En 1885, les photographies constituant son reportage sont présentées à l’Exposition Universelle d’Anvers en neuf albums et lui valent une médaille d’or. Elles auraient également été présentées lors de l’Exposition de Hanoï en 1887. Ces photos sont publiées en albums par l’éditeur H. Cremnitz en 1895 et 1896. Ce sont des exemplaires de ces publications que l’on retrouve aujourd’hui dans les collections privées et les fonds publics. Le Centre des Archives d’Outremer a publié le fonds en sa possession, sous forme d’un CD Rom en 1999. En 1889-1891, E.Hocquart publie dans le « Tour du Monde » le récit de sa campagne, sous le titre « Trente mois au Tonkin ». Le « Tour du Monde » est une revue bi-annuelle qui a paru de 1860 à 1914 et qui a diffusé des comptes-rendus illustrés de la plupart des explorations, conquêtes et voyages importants qui se sont déroulés pendant cette période. On y retrouve les signatures des grands explorateurs de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle, tels que Livingstone, Stanley, Savorgnan de Brazza, Scott, Amundsen. On y trouve également le récit du voyage de Mouhot au Cambodge et au Laos et celui de l’expédition de Francis Garnier sur le Mékong. Car cette revue s’est particulièrement intéressée à l’Indochine et a publié une vingtaine d’articles concernant ce territoire. Hocquard a donc trouvé là le support idéal pour la publication de son reportage et il a pu l’illustrer abondamment avec des gravures tirées de ses photos, la technique d’impression de l’époque ne permettant la reproduction directe de ces dernières. Il arrive parfois que le graveur prenne certaines libertés dans la reproduction de la photo, en y ajoutant quelques détails pittoresques. Parfois également le titre de la photo est modifié pour l’adapter à un passage différent du récit. C’est ainsi qu’une « jeune femme tonkinoise » est promue au rang de femme du roi pour illustrer un texte relatif à la Cour de Hué. L’année suivante, en 1892, Hocquard publie chez Hachette « Une campagne au Tonkin » qui reprend texte et illustrations du précédent article avec quelques légères modifications. Ca dernier livre a été réédité en 1999 par les soins de P.Papin. Le rapprochement entre les photographies du docteur Hocquard et le texte qu’il a publié dans le « Tour du Monde » constitue un document unique et irremplaçable sur le Tonkin tel qu’il existait avant l’intervention française et pendant les premières années de la conquête. Il représente une source d’information de premier ordre sur le pays, ses habitants, leur mode de vie, leurs usages, leurs croyances, fourmillant de renseignements d’une exactitude et d’une précision remarquable de la part d’une personne arrivée sans connaissance préalable du pays et sans autre formation que celle de médecin militaire. On devine, derrière ses pages écrites sans prétention littéraire, le résultat de nombreuses enquêtes personnelles, de multiples entretiens avec des personnes de conditions diverses et d’innombrables notes prises sur le terrain et mises à jour et complétées par un travail quotidien. Dans tous ces textes, comme dans tous ces portraits, on sent l’intérêt que le docteur Hocquard a porté au pays et à ses habitants et toute la sympathie qu’il a ressentie à leur égard. (Comité de Rédaction) Notule : Le Fonds Lesterlin – Photographies du Médecin major Hocquard Les photographies que le docteur Hocquard a ramenées de son séjour en Indochine, en 1885-1886 ne sont pas inédites. Le 25 juillet 1885, le principal journal du Tonkin, « l’Avenir du Tonkin », annonçait la mise en vente d’un album de vues du Tonkin édité par Henri Cremnitz. On ne sait pas si cet album fut réellement édité, mais l’ouvrage aurait été présenté lors de l’Exposition de Hanoï en 1887. 229 de ces photos, reproduites sous forme de gravures, ont servi à illustrer le récit que Hocquard a fait paraître, en feuilleton, en 1889-1891, dans la revue le Tour du Monde, sous le titre « Trente mois au Tonkin », puis en volume, l’année suivante, avec très peu de modifications, sous le titre « Une campagne au Tonkin ». Ce dernier ouvrage a été réédité en 1999, accompagné des gravures originales par les soins de Philippe Papin. Les photographies elles-mêmes ont été présentées par leur auteur à l’Exposition universelle d’Anvers en mai 1895, sous la forme de 9 albums renfermant 217 clichés et lui ont valu une médaille d’or. Deux mois plus tard, l’éditeur parisien H. Cremnitz publiait, sans nom d’auteur, un album de 200 de ses photos et annonçait, l’année suivante, une deuxième édition comprenant cette fois 400 vues du Tonkin. C’est sans doute de ces albums ainsi que de tirages antérieurs ou ultérieurs à partir des plaques du docteur Hocquard que proviennent tous les fonds de photographies actuellement détenus par des organismes officiels (CAOM, EFEO, Musée Guimet, fonds ASEMI…etc.) et par des particuliers. Le fonds Lesterlin, dont nous reproduisons ici quelques images, est l’un d’entre eux. Le CAOM a publié en 1998 un Cd Rom reproduisant 217 de ces photos. Nous nous sommes interrogés sur l’opportunité d’inclure ces images dans notre CD Rom. En principe, nous nous efforçons de publier des documents inédits. Or les photos ont déjà été publiées, ( en particulier sous la forme d’un CD Rom, par le CAOM) et le commentaire dont nous les accompagnons est extrait en grande partie du récit de Hocquard qui a été réédité récemment, sous la forme de « Une campagne au Tonkin ». Après concertation avec Mme Degroise, Conservateur en chef au CAOM, nous décidons de conserver ces images et les notices qui les accompagnent en nous fondant sur les arguments suivants : – ces images proviennent du fonds Lesterlin qui a été mis à notre disposition par un de ses descendants. Ce fonds, en tant que tel, n’a jamais été publié, notre publication en constitue donc sa première édition, comme le CD Rom du CAOM constitue la première édition du fonds détenu par cet organisme. – notre commentaire est extrait directement des articles publiés en 1889-1891 dans le Tour du Monde, et non pas du livre Une campagne au Tonkin, réédité en 1999. On peut d’ailleurs considérer que ces deux ouvrages, publiés entre 1889 et 1891 sont tombés dans le domaine public. D’autre part, dans ces articles comme dans ce livre, ces commentaires accompagnent des gravures reproduisant (pas toujours très fidèlement) les photos, et non pas les photos elles-mêmes. L’association du texte et des photos de Hocquard constitue une initiative originale et donc un inédit. Par ailleurs, un des intérêts des photos de Hocquard est que certaines d’entre elles montrent des édifices et des monuments (citadelles, pagodes) qui devaient disparaître peu de temps après et pour lesquelles souvent il n’existe pas d’autre représentation photographique. C’est le cas en particulier de la fameuse « pagode des supplices » à Hanoï. (Comité de Rédaction)

Mots Clefs : Tonkin 1985 Portrait – Hocquard, Edouard Photographie Récit de voyage