AP4513-Marboeuf

AP4513-Marboeuf

Titre : Hué, 1935 – Maison familiale Marboeuf

Notice : Au 18 avenue Khai Dinh. Notule : Le siège de la maison Marboeuf – Nuit du 20 décembre 1946 (…/…) Vers 2h 40, dès le premier obus tombé sur la zone, une bande de Vietnamiens armés a démoli le mur séparant notre maison de l’immeuble voisin. Une demi-heure après, ils ont envahi la cour du bâtiment. De l’étage, mes deux fils et moi avions pris position aux fenêtres avec chacun une musette contenant six grenades et soixante cartouches de mousqueton japonais dont nous étions armés. Les Vietnamiens que nous avons bien vus ont immédiatement essayé de forcer la porte de l’office donnant sur la cuisine avec des coupe-coupe et autres instruments. Mon fils Paul et moi étions chacun à une fenêtre de l’étage donnant à droite et à gauche sur le passage couvert où était située l’entrée de la maison qu’ils tentaient de forcer. Nous avons lancé chacun deux grenades sur le groupe vietnamien comprenant au moins une trentaine d’individus. Aussitôt l’explosion, cris « Oi Chao Oi, Chet Roi, » hurlements et débandade derrière les dépendances. Mon autre fils Fernand, avec sa musette de grenades et son mousqueton, s’occupait de l’entrée principale où des Vietnamiens essayaient d’enforcer la porte. Il jeta deux grenades et tira de la terrasse sur des individus qui s’enfuirent et ne revinrent plus de ce coté. A ce moment le jardin entourant l’immeuble était envahi par plusieurs centaines d’hommes armés qui, au commandement d’un chef, essayaient de franchir le mur de notre jardin face à l’immeuble de Mr Desmarets où était installée la CB.2. Des rafales les empêchaient de franchir ce mur. Ils essayèrent à trois reprises de recommencer mais leurs tentatives furent chaque fois brisées. Mon fils Paul et moi déchargeâmes à plusieurs reprises nos mousquetons sur les adversaires. La lutte continua à droite et à gauche de l’immeuble, à laquelle nous participâmes de trois de nos fenêtres. Sur la façade sud de la maison, une deuxième et troisième tentative de forcer la porte de l’office furent brisées par jet de grenades. Par la suite un silence d’une demi-heure nous parut insolite. Pendant ce temps, dans l’obscurité et dans un silence complet, une forte charge d’explosif était placée contre la porte de l’office. Vers cinq heures, une grande détonation retentit suivie d’une épaisse fumée qui envahit tout l’immeuble. La porte de l’office venait de céder et tout le bas de la porte était arraché. Mon fils Paul et moi avons compris et à chaque tentative pour pénétrer par cette porte, quelques coups de mousqueton et de grenades à droite et à gauche interdisaient l’accès de l’immeuble. Le mur de l’enclos, face à la CB.2 était garni de Vietnamiens en armes qui circulaient derrière les dépendances. Mon fils et moi tirions sur eux et environ une dizaine de chargeurs furent vidés sur ces assaillants qui disparurent en abandonnant leur tentative d’assaut. N’ayant plus que quatre grenades sur dix-huit, vers 6h15 nous avons appelé le poste en face de chez nous, sollicitant un renfort de quelques hommes et surtout des munitions, car on tirait toujours sur nos fenêtres. Un quart d’heure après, vers 6h30, six hommes commandés par un sous-officier sont arrivés devant la porte principale. Je suis descendu de l’étage, deux grenades à la main, croyant bien le rez-de-chaussée occupé, mais en m’avançant, j’ai pu constater que pas un des adversaires n’avait eu le courage de pénétrer par la porte qu’ils avaient fait sauter près d’une heure auparavant. Il est vrai que de l’étage notre défense de cette entrée avait été active. J’ai alors ouvert la porte principale et les militaires sont entrés chez moi. Nous avons pu nous reposer. Mais mon fils Paul, qui avait été harcelé par un Vietnamien caché au coin de la cuisine qui tirait sur sa fenêtre sans arrêt à chaque mouvement qu’il faisait, décida de descendre dans les dépendances pour avoir cet acharné. Un militaire et mon fils Fernand descendirent avec lui et pénétrèrent chacun dans une chambre des dépendances et, par les fenêtres qui donnaient sur l’arrière de la maison, ont ouvert le feu sur des hommes armés. Paul en descendit un ; malheureusement un deuxième se trouvait à proximité, et avant que ce malheureux ait pu se couvrir, il reçut une balle en pleine poitrine, tournoya sur lui-même, lâcha son fusil, fit deux pas en avant et s’effondra. Il avait été tué sur le coup. Son frère Fernand sortit alors de la chambre voisine ainsi que le militaire qui les avait accompagnés, mais le tir ayant repris violemment, ils durent rentrer sans pouvoir emporter le corps. Nous avons continué la lutte par jet de grenades, mitraillage par mitraillette légère sur les maisons voisines. Enfin nous avons évacué la maison en emportant trois valises et quelques paquets. Les militaires qui occupaient la maison durent quitter l’immeuble en emmenant le corps de mon fils l’après-midi à 15 heures. Avant de partir, pour éviter que les Vietnamiens en fassent un poste de défense, ils voulurent détruire l’immeuble. Ils placèrent à l’intérieur deux bengalores ; un sous l’escalier, un autre à l’entrée du salon. Après l’explosion ils rentrèrent chez eux en face et tirèrent avec des grenades à fusil sur les ouvertures. Depuis nous sommes allés deux fois dans l’immeuble qui, le 20 au soir avait été évacué. L’escalier était détruit, les murs perforés, persiennes et vitres brisées, des murs intérieurs effondrés, rendant la maison inhabitable et dangereuse à occuper. Derrière la fenêtre de la chambre des dépendances où mon fils avait été tué, nous avons découvert le cadavre d’un japonais allongé juste contre la fenêtre, courroies croisées sur la poitrine, sacoche pleine de cartouches que nous avons retirées, sabre planté en terre à proximité, ainsi que le poignard que nous avons récupéré prouvant ainsi que le coup de mousqueton de mon fils Paul avait bien porté. En allant au lycée Khai-Dinh, nous sommes passés derrière les maisons de Madame Tallard abandonnée et de Monsieur Sauvage encore occupée. Ce dernier a ouvert sa fenêtre et nous proposa de rentrer chez lui. Nous avons été conduits directement au lycée où la famille de Mr Sauvage a été dans l’obligation de nous rejoindre quelques heures plus tard (…/…) La maison de la famille Marboeuf, au n°18 avenue Khai-Dinh, sera dynamitée peu après. (Récit de M. Auguste Marboeuf, aimablement communiqué par M. et Mme Marboeuf) Sur le Siège de Hué (du 9 décembre 1946 au 5 février 1947), voir AP1056. Sur les médailles d’un Français combattant, voir AP1553.

Mots Clefs : Hué 1935 Siège de Hué Combat Architecture coloniale