AP0412-Despierres

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Titre : Saïgon, 1931 – Hôtel de ville – Façade

Notice : Notule : Hôtel de ville de Saïgon – Esthétique et décor  » Situé au bout de la belle perspective du boulevard Charner (Nguyên-Huê) l’hôtel de Ville (Toa Dô Chanh) attire toujours l’attention, mais la façade a été modifiée ; les ailes n’avaient à l’origine qu’un rez-de-chaussée, couvert par des terrasses à balustrades ; et de grands bâtiments utilitaires ont été construits au voisinage, sans souci d’harmonie dans le paysage urbain. L’esthétique de l’hôtel de Ville a été très contestée, dès le début. Avant même la fin des travaux, quelqu’un aurait déjà déclaré dans une séance du Conseil Municipal : « …il faut avouer que ce bâtiment, tel qu’il est, présente un profil grotesque. Il a été complètement raté » ; Antoine Brébion disait en 1911 : « …L’ensemble est d’un mauvais goût, d’un tape à l’œil que rien ne rachète… « . Il est vrai que le campanile étriqué paraît bizarre entre les deux grands toits à forte pente qui surmontent les deux avant-corps de l’édifice ; et la décoration surabondante risque de produire la fantaisie plus que la majesté pour laquelle on s’était finalement résigné à la dépense. Au-dessus du premier étage ouvert de fenêtres en arcades et à balustrades, trois frontons curvilignes rappellent les décors de la renaissance italienne ou du « Baroque » franco-italien du début du XVIIe siècle (dissymétrie, suggestion du mouvement). Nous n’osons guère interpréter les figures du fronton central : une jeune femme, non sans grâce et majesté, se tient un peu sur le côté, enveloppée d’une large draperie au mouvement tournant, tandis qu’un enfant nu maîtrise deux bêtes sauvages à droite et qu’un autre enfant, à gauche, lui présente ce qui peut être un drapeau ou une enseigne ; est-ce l’allégorie de la ville de Saïgon ? On comprend mieux les autres sculptures : celles du fronton de droite évoquent la prospérité, symbolisée par une jeune femme dont la tête apparaît sur un fond de draperie gonflée par le vent, et un rameau d’olivier ; elle appuie son bras droit sur une urne d’où l’eau s’écoule, tandis que son bras gauche tient une rame ou un gouvernail antique ; le caducée, emblème du commerce, la faux et la gerbe de riz sont à ses pieds. Le fronton de gauche évoque la force : une jeune femme est coiffée d’un casque surmonté d’un coq (emblème de vigilance ?), les cheveux flottant en arrière, elle apparaît aussi sur un fond de draperie gonflée par le vent ; elle appuie aussi ses bras sur une urne d’où l’eau s’écoule, mais elle tient l’épée dans la main gauche et appuie sa main droite sur une forme rappelant la silhouette d’un ancien navire ; un canon et ses accessoires sont à ses pieds. Le reste de la façade est envahi par un abondant décor géométrique ou végétal ordonné en frises ou en lourdes guirlandes, et rythmé par des colonnes, pinacles et amortissements ; on peut distinguer les initiales HVS enlacées sur des cartouches séparés par des faisceaux de licteurs, au-dessus des cinq portes de l’édifice. Malgré la surcharge, tout n’est pas désagréable à l’œil. Notons que deux consoles ornées de jeunes filles au milieu des roses, juste au-dessus des fenêtres en rez-de-chaussée, ont disparu, paraît-il en 1943 et 1971 ; les crochets qui tenaient ces moulages restent visibles. Le souci d’économie a dû avoir son influence sur la qualité des matériaux. ; dès 1908, un conseiller municipal signalait les dégâts, dus aux intempéries sur certains bas-reliefs. «  (Extrait de : « Etude de quelques monuments représentatifs de l’art français à Saïgon dans les années 1877-1908 » par Lê Thi Ngoc Anh in BSEI. – 4e trimestre 1973) Sur l’Hôtel de ville de Saïgon, voir AP1425.

Mots Clefs : Cochinchine Saïgon 1931 Architecture coloniale Batiment civil