AP0402-Despierres

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Titre : Saïgon, vers 1930 – Le Palais de Justice – Façade

Notice : Voir aussi AP1410 et AP3778. Notule : Palais de Justice de Saïgon Le Palais de Justice de Saïgon dressait sa façade austère et imposante, légèrement en retrait de l’avenue Mac Mahon (maintenant Nam Ky Khoi Nghia, du « soulèvement du sud »), à proximité de la prison centrale, son complément naturel, et non loin du palais du Gouvernement, siège de l’autorité. Il a été construit de 1881 à 1885 par l’architecte Alfred Foulhoux, du service municipal des bâtiments civils, à qui l’on devait également la construction de la prison centrale. Foulhoux avait utilisé, en les complétant, les plans de son confrère Jules Bourard, un des constructeurs de la cathédrale de Saïgon, qui était rentré en France en 1880. La large cour d’honneur précédant le bâtiment principal est encadrée de deux pavillons accotés à l’entrée qui est elle-même fermée d’une grille basse maintenue par deux pylônes surmontés de deux têtes coiffées d’un casque grec. Le bâtiment central est flanqué de deux grandes ailes perpendiculaires. Ces trois corps de bâtiments à sous-sol, rez-de-chaussée et un étage, forment une masse d’ensemble bien équilibrée. Au milieu de la façade du bâtiment central, un porche en assez forte saillie, surmonté d’un fronton triangulaire, est couronné par une toiture à quatre pentes. Le discret bossage qui anime les angles du porche et les toitures de tuiles à faible pente forment une réminiscence savante de l’architecture italienne maniériste. Tout l’ensemble était badigeonné d’une couleur ocre-jaune, dite couleur « travaux publics », relevée par la beauté des tuiles rouges. L’architecte a tenu compte les données climatiques locales en disposant une galerie continue formant véranda sur toutes les faces du bâtiment, les larges baies étant simplement fermées par des persiennes. De même, la salle des pas perdus est largement ouverte sur la végétation environnante, produisant une ambiance agréable et fraîche. Le décor sculpté est discret. Au-dessus des colonnes du porche, le fronton représente en relief, sur un fond sobrement décoré, une femme assise en majesté, tenant l’épée dans sa main droite et appuyant sa main gauche sur le code des lois. Elle porte une couronne rayonnante et sa poitrine est couverte de l’égide, symbole supplémentaire de sa puissance ; de chaque côté, un homme et une femme, d’habits et de type vietnamiens, symbolisent le peuple. Certains y ont vu l’image de la France pacificatrice de la Cochinchine ; mais il s’agit sans doute plus simplement de la Justice flanquée de ses justiciables indigènes. A noter, pour renforcer le caractère « ethnique » de la représentation que la coiffure du sujet masculin dessine le caractère chinois qui signifie « homme », conformément à l’usage vestimentaire local. Parmi les éléments du décor, on remarque en outre des mascarons sur pendentifs et des motifs stylisés (lauriers, balances, épées et autres symboles de la justice) embellissant sobrement les façades allégées par le dédoublement des colonnes, aux chapiteaux ioniques ou composites. Quelques têtes de lion à gueule ouverte pourraient faire songer aux monstres gardiens des temples vietnamiens, à moins qu’ils ne se réfèrent aux deux lions qui ornaient les armoiries de la ville de Saïgon. Le Palais de justice de Saïgon reflète l’organisation judiciaire propre à la Cochinchine. Conjointement à l’administration générale de la colonie, les Français s’intéressent à la justice, régie jusqu’alors par le code Gia Long et le droit coutumier communal. Ce sont les dispositions de ce code, qui avait été traduit par Aubaret, qui furent d’abord appliquées. Mais, pour des raisons humanitaires, des peines d’emprisonnement ou de travaux forcés furent substituées au rotin, à la cangue ou à la bastonnade. Il n’est pas certain que ces mesures furent appréciées par les condamnés, qui préféraient souvent une sévère mais brève correction à une longue détention. Les juridictions indigènes furent supprimées en Cochinchine par un décret du 25 mai 1881, alors qu’elles étaient maintenues en Annam et au Tonkin, cette différence est liée d’une part au statut de la colonie et d’autre part à l’introduction de la politique d’assimilation. Pour mettre en oeuvre la droit français, des justices de paix furent créées bientôt les provinces de l’intérieur, tandis qu’une cour d’appel était installée à Saïgon. Des juristes comme Durwell, qui présida la cour d’appel de 1898 à 1914, s’attachèrent à recueillir les coutumes locales, afin de constituer une jurisprudence adaptée au pays. La prison centrale a été déplacée à la fin des années 1940 et remplacée par la faculté des Lettres (aujourd’hui bibliothèque municipale). Le palais du Gouvernement a disparu en 1963, à la suite d’un bombardement. Le palais de Justice, quant à lui, a subsisté et a survécu à tous les changements de régime. Son décor symbolique a été jugé suffisamment discret pour avoir être conservé (en dehors des initiales de la république sur les pylônes du portail d’entrée qui ont évidemment été effacées). Il est même assez remarquable que, lorsqu’ils ont voulu, en 1963, agrandir ce palais de Justice, les nouveaux édiles aient ajouté un bâtiment, sur l’arrière, dont l’aspect général et les décorations prolongent exactement l’ancien. (Extrait de : « Etude de quelques monuments représentatifs de l’art français à Saïgon dans les années 1877-1908 » par Lê Thi Ngoc Anh)

Mots Clefs : Cochinchine Saïgon Vers 1930 Architecture coloniale Justice Batiment civil