AP3957-Guioneau

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Titre : Hanoï, 1946 – Evénements du 19 décembre (1)

Notice : Notule : Les Chinois au Tonkin (1945-1946) – Début de le guerre d’Indochine Le 2 septembre 1945 Ho Chi Minh proclame la République Démocratique du Viêt Nam. Il se trouve encombré quelques jours après, le 9 septembre, de quelque 150.000 soldats chinois de l’armée de Tchang Kaï Chek commandés depuis le Yun Nan par le général Lu Han et sur place par le général Siao Wen. Ils sont chargés par les Alliés, de par les accords de Postdam du 23 juillet 1945, de désarmer les Japonais et d’occuper le Tonkin et le nord de l’Annam jusqu’au 16e parallèle (c’est-à-dire un peu au sud de Tourane). Ils sont suivis de presque autant de civils loqueteux. Et ils ramènent aussi des nationalistes vietnamiens, prochinois, antimarxistes, qu’ils vont imposer à Ho Chi Minh, lui causant ainsi bien des difficultés politiques, le forçant à modifier plusieurs fois son gouvernement. Ho Chi Minh n’est pas en mesure de se débarrasser seul des Chinois. Aussi fait-il appel à la France. Citation de Ho Chi Minh à Hoang Minh Giam, son ministre des Affaires Etrangères : « Mieux vaut renifler un peu la crotte des Français que de bouffer toute notre vie celle des Chinois ». Après de laborieuses négociations tant avec la Chine à Tchong King (M. Meyrier) que menées avec Ho Chi Minh à Hanoï par Jean Sainteny, assisté de Léon Pignon, – le général Salan faisant des va-et-vient -, des accords sont conclus, le 28 février 1946 avec la Chine et le 6 mars avec Ho Chi Minh. 15.000 militaires français sont autorisés à revenir provisoirement au Tonkin et au nord de l’Annam pour remplacer les Chinois. Ce contingent devra être réduit d’un cinquième chaque année. Les troupes du général Leclerc, en route depuis Saïgon dès le 26 février, débarquent à Haiphong le 6 mars, malgré une vive résistance des militaires chinois qui nous coûte 34 morts. Leclerc arrive à Hanoï le 18 mars libérant ainsi la population française qui y était regroupée : 25.000 personnes au moins. Les Français parviennent à évacuer les troupes chinoises à la fin mai, bien que certaines unités ne quittent la Moyenne Région qu’en septembre 1946. Sur le plan politique les accords du 6 mars sont confirmés lors d’une entrevue en baie d’Along entre Ho Chi Minh et le Haut-Commissaire Thierry d’Argenlieu le 24 mars 1946 (voir A. Il est prévu que des conversations sur le statut politique du Viêt Nam auront lieu d’abord à Dalat, puis en France au cours de l’été. La Conférence de Dalat s’est tenue du 17 avril au 11mai et se termine sur un désaccord total. La Conférence de Fontainebleau a eu lieu du 6 juillet au 10 septembre 1946. Ce fut un échec total car la France a refusé à Ho Chi Minh ce qu’il demandait : une certaine forme d’indépendance du Viêt Nam mais comprenant bien les trois Ky (Tonkin Annam et Cochinchine). Un modus vivendi signé in extremis le 14 septembre prévoyait une nouvelle réunion en janvier 1947. Ho Chi Minh rentre à Hanoï le 20 octobre. Pendant ce temps de nombreux incidents émaillent les relations franco-vietnamiennes au Tonkin. Les commissions mixtes de contrôle et de liaison prévues par les accords ont fort à faire. Un incident beaucoup plus sérieux se produit à Haiphong le 20 novembre 1946. Des militaires français interceptent un chargement clandestin d’armes. Peu importe l’expéditeur et le destinataire ; d’ailleurs il y a plusieurs versions. Toujours est-il qu’il y a échanges de coups de feu, tirs réciproques, avec interventions non coordonnées des autorités vietnamiennes de Hanoï et des autorités françaises tant à Saïgon (général Valluy) qu’à Hanoï (général Morlière). Finalement le colonel Dèbes, commandant du secteur, réussit le 28 à restaurer l’ordre à Haiphong. Le 21 novembre un autre grave incident se produit à Lang Son où le calme n’a été rétabli que le 27. Désormais chaque partie est sur le qui-vive. Le jeudi 19 décembre 1946, à 20h 05, une explosion détruit en partie la centrale électrique de Hanoï privant la ville d’électricité et d’eau. C’est le signal de l’attaque générale des miliciens vietminh (les Tu Vê) contre les garnisons françaises au Tonkin. C’est le début de la Guerre d’lndochine. L’attaque la plus importante se fait sur Hanoï, lieu hautement symbolique, siège du gouvernement de Ho Chi Minh. A 20h30 le téléphone est coupé. L’attaque échoue car l’état-major français du général Morlière a eu vent de l’affaire dans la journée. Les permissionnaires ont réintégré discrètement la citadelle. Tout le monde était à son poste. Les forces françaises eurent beaucoup de mal à dégager le centre ville, se heurtant à des nids de mitrailleuses, des blockhaus, des tranchées, des barricades dans les rues principales. L’affaire fut chaude, car très bien préparée de longue date. Depuis, on a eu la preuve que dès le 9 mars 1946 Ho Chi Minh avait donné l’ordre de préparer l’insurrection générale contre les Français, quels que soient son attitude apparente de conciliation, les accords déjà signés et l’issue des futures négociations. Dans la nuit Ho Chi Minh et son gouvernement se sont enfuis dans la Moyenne Région, aux environs de Bac Kan, d’où ils n’ont pu être délogés, même lors de la grande opération dénommée Léa lancée par le général Valluy le 7 octobre 1947, sous les ordres du général Salan. Elle a duré 1 mois ½, a permis de sillonner toutes les routes entre Cao Bang et le Fleuve Rouge ; mais le gouvernement vietminh a réussi à s’échapper, à plusieurs reprises de justesse, et les forces vietminh se sont dispersées. Revenons à Hanoï. Le lendemain 20 décembre des patrouilles françaises chassent les derniers éléments Tu Vê de la plus grande partie du centre de la ville. Mais il fallut plus d’un mois pour nettoyer les quartiers indigènes et les faubourgs de Hanoï. Les 33 photos AP3957 à 89 du fonds Guioneau prises sur le vif probablement les 20 et 21 décembre constituent un bel ensemble montrant les patrouilles en action et certains des dégâts causés pendant la nuit du 19 au 20. Les voici, énumérées dans un ordre sensiblement géographique, partant de l’ex-Résidence Supérieure (boulevard Henri Rivière), en allant vers l’ouest, jusqu’à la Chambre de Commerce (rue Borgnis-Desbordes). -Résidence Supérieure : AP3963, AP3958, AP3959, AP3961, AP3965, AP3968 : -Hissage du drapeau français : AP3987, AP3988, AP3989 -Rue Paul Bert : AP3966, AP3971, AP3972 -Au bord du Petit Lac : AP3970, AP3974 -Boulevard Dong Khanh : AP3964, AP3977, AP3978 -Chambre de Commerce : AP3979, AP3976, AP3967 -Divers : AP3984, AP3985 -Patrouilles : AP3969, AP3973, AP3975, AP3982 -Destructions et dégâts dans les rues : AP3957, AP3960, AP3962, AP3980, AP3981, AP3983, AP3986 L’attaque du 19 décembre 1946 sur la garnison de Hué fut également très dure et le siège de la ville européenne dura 47 jours, jusqu’au 5 février 1947. Les destructions dans la Ville Impériale furent très importantes : palais, archives, objets précieux. Reportez-vous aux vignettes AP1055 à 68 (fonds Cosserat) et AP1755 à 1810 (fonds Morin). (Comité de Rédaction) Sur le Siège de Hué, voir AP1056. Sur Jean Sainteny, voir AP0852.

Mots Clefs : Tonkin Hanoï 1946 – 19 décembre Après la bataille Combat