AP0395-Cosserat-Maurice

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Titre : Hué, 1952 – Fête des Sœurs Trung (1)

Notice : Notule : La fête des Sœurs Trung Cette fête des Deux Sœurs se célèbre chaque année le 6e jour du 2e mois annamite (le 22 mars cette année), dans les nombreux temples qui leur sont consacrés et dont les plus célèbres se trouvent l’un dans la province de Son Tay et l’autre sur le territoire de la ville de Hanoï (ancien village de Dong Nhan). Voici, dans l’ordre, d’après le beau poème de S. E. Hoàng Cao Khai, l’histoire de ces deux héroïnes dont la postérité a gardé si pieusement le souvenir : 1- Depuis 111 avant Jésus-Christ, la domination chinoise pesait lourdement sur le Viêt Nam. A part quelques gouverneurs célèbres, pénétrés d’humanisme confucéen et que la postérité a doté du titre de « bienfàiteurs » (tant est grand l’esprit de justice des Annamites), les maîtres chinois du peuple des Giao Chi n’étaient que des potentats cupides et sans scrupules dont l’oppression, était insupportable. Sous la dynastie des Hàn en particulier, vers 39 après J.-C., l’Administration chinoise est intolérable. Le gouverneur chinois Tô Dinh se fait remarquer par sa cruauté il fait régner la terreur sur les campagnes, exaspérant les chefs de clan et la population, à qui il ne reste plus que les yeux pour pleurer. Tô Dinh n’hésite pas à supprimer sans pitié les individualités quelque peu marquantes et à étouffer dans le sang toute velléité de justice émanant du peuple. Les paysans, sur un simple ordre du Gouverneur, sont requis par milliers et déportés sur le bord de la mer ou dans les montagnes pour y chercher des perles, des carapaces de tortues, des cornes d’ivoire et autres produits précieux qui seront exportés par le gouverneur et vendus à prix d’or en Chine. 2 – En 39 après J.-C., un mandarin annamite du nom de Thi Sac, indigné de tant d’injustice et bouleversé à la vue de toutes les misères que ses compatriotes ont à subir, ose adresser une pétition au Gouverneur demandant des réformes en faveur de la population afin de la sauver de « l’eau bouillante et du feu brûlant ». Le Gouverneur Tô Dinh, en guise de réponse, le fait appréhender par ses gardes et le fait décapiter sans autre forme de procès. 3 – La femme du défunt, nommée Trung Trac, et sa soeur Trung Nhi font le serment de le venger et de libérer le peuple du Viêt Nam de l’atroce tyrannie de Tô Dinh. Trung Trac réussit, tant sa foi est contagieuse, à rallier à sa cause 27 guerrières parmi les cinq familles de son village. Le mouvement se développe progressivement dans tout le Tonkin et la croisade libératrice gagne les populations Man et Moi qui fournissent de farouches troupes de choc. En quelques mois, Trung Trac et Trung Nhi réussissent à grouper 80.000 partisans qui se tiennent prêts à combattre au premier signe. 4 – L’ordre d’insurrection est donné le 6e jour du 1er mois annamite. Les Deux Soeurs établissent leur quartier général au Châu de Diên (actuellement province de Vinh Yen). Par une manoeuvre habile dirigée sur la berge de Truong Xa (fleuve Bach Hac, actuellement province de Vinh Yen), les Deux Soeurs parviennent à grouper leurs forces. Montées sur des éléphants, à la tête de leurs troupes, elles avancent rapidement en direction de Liên Châu, résidence du gouverneur chinois. La surprise est complète. Tô Dinh, désemparé, prend la fuite. Ce premier succès soulève l’enthousiasme de toute la population du Viêt Nam qui se joint spontanément aux forces des deux héroïnes et chassent les autres gouverneurs chinois. Soixante-cinq citadelles tombent aux mains des Deux Soeurs. 5 – Trung Trac est proclamée reine sous le titre de Trung Vuong, installe sa capitale à Mê Linh (Phu de Yên Lang, province de Phuc Yên) et inaugure la première ère d’indépendance du Viêt Nam. 6 – L’Empereur chinois Quang Vu s’alarme de la puissance de Trung Vuong. Il décide de tenter une expédition de répression. En 42, il désigne le vieux général Ma Vien, âgé alors de soixante-dix ans, pour prendre le commandement des troupes. Celles-ci, concentrées à Pakhoi, sont prêtes à embarquer. Mais l’amiral chinois Doàn Chi meurt brusquement. Ma Viên décide de mener l’expédition par voie de terre. Ses troupes sont bien entraînées et bien exercées. La conquête du pays se fait donc sans coup férir, les malheureux paysans annamites étant désarmés et inexpérimentés. Ma Viên s’avance facilement, à travers le delta, jusqu’aux environs de Mê Linh. 7 – Une grande bataille s’engage entre les troupes de Ma Viên et celles des Deux Soeurs. Après de durs combats, les Chinois essuient un échec cuisant et sont contraints de se replier sur les bords du Grand Lac. L’Empereur de Chine dépêche à Ma Viên un renfort de 50.000 hommes. Ecrasées par le nombre, les troupes des Deux Soeurs sont décimées et fuient en débandade. Trung Trac et Trung Nhi parviennent tant bien que mal à regagner Mê Linh et à s’y fortifier. Ma Viên craignant les rigueurs de l’été met ses troupes au repos. En l’automne 43, il reprend l’offensive. Par un habile stratagème, il réussit à attirer les troupes annamites à Cam Khé (province de Son Tay, près du fleuve Day), où il les anéantit. Ne voulant pas survivre au désastre, les Deux Soeurs se noient à l’embouchure du Sông Hat au confluent du Day et du Fleuve Rouge. Trung Trac était âgée de 29 ans. 8 – Un temple fut édifié à l’endroit même où les deux jeunes héroïnes périrent. Un autre temple, le plus important et le plus célèbre, le Chùa Hai Bà, fut édifié au 12e siècle, sous le règne de Ly Anh Tôn, sur le territoire de Dông Nhân, près de l’abattoir de Hanoï. La légende prétend, en effet, que les Deux Soeurs furent changées en statues de pierre qui vinrent s’échouer sur les bords du Fleuve Rouge, en face de ce village. Les habitants y élevèrent pieusement un sanctuaire. Emporté par une inondation, il fut rebâti en arrière de la digue du village de Huong Vién. C’est la célèbre « Pagode des Deux Soeurs » dont le service est assuré par des Ba Vai (religieuses). On y peut contempler les statues des deux guerrières vêtues, Trung Trac, d’une robe de soie jaune et Trung Nhi, d’une robe de Soie rouge. C’est en ce temple que chaque année depuis des siècles, le 6e jour du 2e mois annamite, les pèlerins se pressent en foule pour honorer la mémoire de ces deux héroïnes…/… (Jean François – Extrait de l’hebdomadaire « Indochine » N°83 – Avril 1942)

Mots Clefs : Hué 1952 Soeurs Trung Fêtes et cérémonies Diapositive couleur