AP3920-Breton

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Titre : Environs de Saïgon, 1904 – Fêtes nautiques indigènes

Notice : Ici, une fête populaire dans les environs de Saïgon, au bord d’un plan d’eau. On aperçoit, au milieu de la foule, une balançoire en action et, s’avançant sur l’eau, un poteau sur lequel des enfants tentent de s’avancer ; l’un d’eux vient de tomber à l’eau. Notule : Distractions et loisirs En ville comme à la campagne, le Vietnamien sait se ménager quelques instants de loisir pour se livrer à des jeux divers ou s’accorder un peu de repos avant de se remettre au travail. Les enfants, comme tous les enfants du monde, ont de multiples jeux auxquels ils peuvent exercer leur habileté ou leur adresse. Avec le pied ils envoient en l’air et se renvoient un volant (Da Cau) confectionné avec deux sapèques et une queue de plumes de poulet. Ils font voler des cerfs-volants, se balancent sur des balançoires de bambou ou jouent au jeu des sapèques qui consiste à placer sa sapèque le plus près possible d’un trou creusé dans le sol en chassant celles des autres joueurs. Les passants interrompent parfois leurs rudes travaux pour prendre un instant de repos en avalant quelques tasses de thé brûlant et en tirant quelques bouffées d’une pipe à eau. Cette pipe (Cai Diêu, dont les français ont fait kedillot) se retrouve dans tous les intérieurs et les femmes apprécient, elles aussi, cette distraction. La pipe à eau, avec le pot à chaux pour préparer la chique de bétel se retrouvent sur le bat-flanc de ces Cochinchinoises jouant aux cartes. La passion du jeu est souvent très forte, particulièrement chez les femmes. Les cartes vietnamiennes ont la même longueur que nos cartes mais sont trois fois plus étroites. Avec le jeu de trente-deux cartes on joue au Tam Cuc, avec celui de cent vingt cartes on joue au Tô Tôm (le nid de crevettes) l’ancêtre du Mah Jong chinois. Parfois, dans les milieux plus aristocratiques, les femmes se réunissent pour boire le thé, en lisant des romans ou des livres de poésie. Si l’inspiration vient, il arrive même qu’elles composent des vers. La littérature vietnamienne compte beaucoup de poétesses dont les plus remarquables sont Doan Thi Diêm (début du XVIIIe) qui composa la Complainte de l’épouse du guerrier et Ho Xuân Huong (fin du XVIIIe) dont les poèmes décrivent la vie familière avec des sous-entendus souvent obscènes. L’usage de l’opium était malheureusement très répandu aussi bien dans les classes aisées que dans les classes populaires et nombreux étaient les tireurs de pousse qui venaient dépenser dans des fumeries misérables les quelques piastres durement gagnées dans la journée. Le fumeur étendu sur sa natte, la tête appuyée sur un coussin, un oreiller ou un coffret en bois, puisait avec une aiguille une boulette d’opium dans la boite, la faisait grésiller légèrement sur la lampe protégée par son enveloppe de verre, puis en aspirait longuement la fumée d’une seule bouffée. Le fumeur riche s’installait dans un cadre plus luxueux pour fumer un opium de meilleure qualité. Il arrivait aussi, mais plus rarement que des femmes fument. Dans les campagnes, la grande source de distraction était la fête villageoise, célébrée le plus souvent en l’honneur du génie protecteur de la commune. A cette occasion, on dressait, à proximité de la maison commune, des balançoires ou une grande roue que les jeunes faisaient tourner en grimpant dessus, comme des écureuils. Des concours de lutte sont institués. Dans les concours individuels, les prix proposés sont exposés devant la maison commune. L’homme le plus fort du village lance un défi à tous les adversaires éventuels. Si personne ne relève le défi, il s’attribue le prix, sinon il doit affronter les autres concurrents. Pour gagner, il faut coucher l’adversaire sur le dos. On organise aussi des compétitions entre équipes défendant les couleurs de chaque village. Les échecs sont très pratiqués. A l’occasion de certaines cérémonies les échecs sont joués avec des pions vivants. Des femmes portent en haut d’une pique une tablette sur laquelle figure le caractère de la pièce qu’elle représente. L’échiquier est tracé sur le sol et les mouvements sont rythmés par les battements d’un tambourin. A côté de la lutte, les combats d’insectes ou d’animaux étaient très appréciés. Les combats de grillons avaient lieu au printemps. Les grillons mâles, très grands et très forts, étaient exposés chaque nuit dans une cage pour boire la rosée. Le jour du combat, ils devaient frapper leur adversaire avec les pattes antérieures. Le grillon qui avait réussi à placer le plus de coups ou à mettre en fuite son adversaire était déclaré vainqueur. On faisait également combattre des poissons, des cyprins dorés à la large queue en oriflamme. Dans le bocal, aucune fuite n’était possible et le combat se terminait toujours par la mort d’un des deux adversaires. Les combats de coqs étaient également très prisés. Mais les combats les plus spectaculaires étaient les combats de buffles. Les plus célèbres avaient lieu à Do Son, la plage voisine de Haïphong, le dixième jour du huitième mois, lors de la fête du génie de la Mer Hai Than. Ils se déroulaient au bord de la mer et attiraient une foule considérable. Naturellement tous ces combats donnaient lieu à des paris, pour satisfaire l’esprit joueur de la population. (Extrait de Connaissance du Viêt Nam – P. Huard et M. Durand – Rééd. EFEO 2002) La majorité des photographies du fonds Breton ont été prises par un photograhe officiel chargé en 1904 de suivre l’installation des infrastructures du télégraphe et de l’électricité de la ville et de la banlieue de Saïgon. En marge de sa mission, le photographe a pris un nombre important de clichés relatifs à des scènes de la vie quotidienne des habitants, vietnamiens et européens.

Mots Clefs : Cochinchine Saïgon 1904 – Manège Fêtes et cérémonies Distraction