AP0391-Sallet

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Titre : Annam, Phan Thiet, 1922 – La rivière – Sallet et les Cham (2)

Notice : Photographies prises entre 1922-1923, deux années pendant lesquelles Albert Sallet remplira les fonctions de Médecin Chef de l’hôpital de Phan Thiet (après ceux de Fai Fo et de Hué). C’est pendant ce séjour qu’il se lie d’amitié avec les Cham « anciens maîtres du pays qui habitent en arrière de la côte, entre les Annamites des vallées basses et les Indonésiens de la montagne ». Il fera ce qui est en son pouvoir pour les aider dans leur tragique destin. Notule : Albert Sallet et l’identité cham (1) Première partie : Fidélité à la race et aspirations d’un peuple mourant. L’attachement à la race ne s’est jamais émoussé chez eux et c’est pour cela que, unis dans un même culte, ainsi que je l’ai dit, Cham et Bani fraternisent. L’évangélisation chrétienne ne les a jamais touchés en dépit du zèle des prêtres de nos missions qui se sont mêlés à eux, comme le P. Durand et le P. Geffroy. Ils ont dit « Cham ont été nos pères, Cham nous sommes, Cham seront nos enfants. Et nous resterons Cham jusqu’à ce que la dernière poignée de terre chame soit venue recouvrir le dernier des Cham ». Ils n’ont point admis le christianisme qui aurait pu modifier leur vie traditionnelle, mais, parce qu’ils sont bons et doux, au temps des persécutions que déchaîna la « guerre des lettrés » et qui ensanglantèrent le sud, ils apportèrent aux catholiques traqués ou emprisonnés, un secours qui n’était pas toujours exempt de risques. J’ai appris tant de choses auprès des Cham ! Ils se montraient reconnaissants et j’avais leur confiance. Je revins chez eux durant l’été de 1925, avant mon départ de Phan Thiet, et là, dans la maison de E Muc, que l’on n’osait plus appeler Pô Bia, « la reine », celle qui est l’héritière des rois, du fait de la loi du matriarcat dominant chez les Cham. J’avais revu les trésors légués dont elle a la garde : objets d’or massif, hautes tiares des rois, couvre-chignons des reines, fleurs d’oreilles et puis des vases d’argent et des armes rares. J’annonçais alors mon départ et je leur demandais d’étudier leurs désirs. Ils vinrent chez moi, à Phan Thiet, un groupe de notables et de prêtres cham et musulmans accompagnaient la Princesse. Ils m’adressèrent leurs regrets, simplement, de toute leur peine. Puis, sans penser à eux-mêmes, pour des profits et des honneurs, ils m’exprimèrent un seul voeu au nom du peuple cham : l’autorisation d’ouvrir une école cham où, sous la direction d’un maître cham, les enfants apprendraient l’écriture et la langue ; ils revendiquaient d’ailleurs toutes les charges d’une semblable réalisation. Sans doute, les enfants cham fréquentent l’école annamite de notre enseignement, car il y a nécessité pour certains Cham à parler la langue d’Annam dans les contacts indispensables avec les Chinois à l’occasion des ventes de récoltes, mais ils doivent surtout la connaître en raison des rapports avec l’administration indigène dont ils relèvent, ainsi qu’avec notre administration protégeante. Pour les quelques milliers de Cham qui vivent dans nos provinces d’Annam, il n’existe aucun interprète officiel de leur race. Mes Cham confiants avaient jugé que l’éducation qui leur était dispensée sur une direction étrangère à tout leur sentiment, à leur point de vue était insuffisante. Je confiais leur désir à M. Louis Finot, qui dirigeait alors l’Ecole Française d’Extrême-Orient. Il entrevit aussitôt le double intérêt que présentait un tel voeu : protéger une langue sur un plan meilleur d’intégrité et conserver à la race son caractère plus absolu. Il m’autorisa à agir et j’intervins auprès de M. Pierre Pasquier, alors résident supérieur en Annam, qui fit immédiatement étudier les possibilités d’une réalisation. On ne peut qu’admirer. Ces gens misérables avaient estimé que, bien avant tout intérêt d’ordre pratique, à bénéfice prochain, il était indispensable, pour garder leur caractère de race, de protéger par un enseignement précis l’intégrité de la langue écrite, appui définitif de la langue parlée »…/… (Extrait d’une conférence d’Albert Sallet – Un peuple qui disparaît : Les Cham du Sud-Annam. Toulouse – 1936) Voir la suite en AP0392. Sur la biographie d’Albert Sallet, voir AP0340. Sur l’histoire du Champa, voir AP2133. Sur les rapports du Dr Sallet avec les Cham, voir AP4995.

Mots Clefs : Annam Binh Thuan Phan Thiet 1922 Rivière – Sampan Champa Sallet, Albert