AP3679-Guioneau

AP3679-Guioneau

Titre : Tonkin, Ha Dong, 1936 – Petite pagode

Notice : Notule : Croyances et religions du Viêt Nam L’Indochine a été le point de rencontre de deux grands courants de civilisation venus de l’Inde et de la Chine qui se sont superposés à un substrat millénaire de croyances, mélange d’animisme et de culte des esprits, et qui avait donné naissance à une riche mythologie. La civilisation et les religions pratiquées au Viêt Nam sont le résultat de la fusion harmonieuse de ces apports divers. L’animisme subsiste encore sous sa forme primitive chez les moï, montagnards des hauts plateaux du sud et du centre, qui pratiquent le culte des morts et le sacrifice des buffles. L’hindouisme, arrivé de l’Inde au début de l’ère chrétienne, fut la religion prédominante du royaume du Champa, installé au centre du pays du IIIème au XVème siècle. De nombreux vestiges de temples en briques sont encore debout dans cette région, mais l’hindouisme n’est plus guère pratiqué que par quelques communautés cham isolées, concurremment avec l’Islam, importé quelques siècles plus tard par les marchands arabes. L’influence de la Chine a été beaucoup plus profonde que celle de l’Inde. Au cours du millénaire où ils dominèrent le pays, les Chinois ont apporté à ses habitants, outre leurs croyances et leurs religions, leur structure sociale et leurs modes de pensée et de vie. Bouddhisme, taoïsme et confucianisme, les trois grandes religions importées de Chine coexistent au Viêt Nam, dans un esprit de syncrétisme et de tolérance, et constituent le Tam Giao (les 3 religions), culte officiel du pays. Le bouddhisme a pénétré au Viêt Nam vers le Ier ou le IIème siècle de notre ère, provenant à la fois de l’Inde et de la Chine, le Tonkin (Nord du Viêt Nam actuel) constituant à l’époque une escale naturelle pour les pèlerins entre ces deux pays. La dynastie des Ly (1010-1225), première grande dynastie nationale, a couvert le Dai Viêt d’une « robe de temples » dont beaucoup sont toujours en place, comme la gracieuse pagode du Pilier Unique, Chua Môt Cot (voir AP1318) ou celle de Yen Lang (Pagode des Dames), avec son élégant pavillon octogonal (voir AP3032). Les dynasties suivantes continuèrent dans cette voie et la dernière, celle des Nguyen, multiplia les fondations dans la région de Hué. C’est ainsi que fut édifiée la pagode Thien Mu avec sa haute tour de neuf étages. De modestes pagodes se rencontrent partout, avec leurs toitures superposées aux angles recourbés et elles constituent un des éléments caractéristiques du paysage rural. Le bouddhisme pratiqué au Viêt Nam est principalement celui de l’école adyana (zen, en vietnamien Thien). A côté des images traditionnelles du Bouddha, la foi populaire s’est attachée également à celles du Bouddha naissant, des saints bouddhiques, les arahant, en vietnamien Lo Han, et de divinités secondaires. Le culte de Quan Am, image féminine du bodhisattva, réputée « donneuse d’enfants » donne lieu à d’importants pèlerinages. On remarque la ressemblance frappante entre les dvarapala des temples cham et les gardiens de pagodes vietnamiens. Un clergé nombreux et hiérarchisé préside aux diverses cérémonies dans les pagodes. Le taoïsme a apporté, à côté d’une philosophie hautement spirituelle, une multitude de divinités d’origine variée qui composent un panthéon complexe dominé par Ngoc Hoang, l’Empereur de Jade, régnant sur une foule d’immortels et d’immortelles. Bien peu de chose distingue extérieurement le temple taoïste, Den, de la pagode bouddhique, Chua. Les deux cultes sont souvent célébrés conjointement dans un même édifice ou un même site. Le culte populaire des esprits des Trois mondes, souvent célébré dans des petits édicules se rattache au taoïsme de même que celui des génies protecteurs, célébré dans tous les villages. Certains cultes atteignent un niveau national, comme celui du maréchal Tran Hung Dao qui donne lieu à une grand pèlerinage (voir AP4258). Le culte et les pratiques taoïstes font une large place à la sorcellerie et à la magie et de nombreux sorciers, médiums et géomanciens font partie de son clergé. Le confucianisme s’est imposé, au cours de la longue domination des Chinois sur le Dai Viêt, comme la base des institutions familiales et nationales, réglant aussi bien les relations entre les personnes d’une même famille qu’entre les membres de la société. Le culte de Confucius est célébré dans des édifices, appelés Van Mieu (voir AP3752), temples de la Littérature, élevés dans tous les chefs lieux de province. Le plus beau et le plus célèbre est celui de Hanoï, qui contient les stèles portant les noms de tous les lauréats aux concours triennaux qui permettaient de recruter les mandarins. A côté des trois grandes religions officielles, célébrées dans les temples et les pagodes, la croyance la plus profonde de tous les Vietnamiens, véritable fondement de leur comportement religieux, est le culte des ancêtres, pratiqué par les membres de la famille sous l’autorité du chef de famille. Chaque foyer domestique a son autel des ancêtres et aucun événement important ne se déroule sans que ceux-ci y soient invités. Des cérémonies ont également lieu sur les tombes des parents disparus. Les tombeaux sont disséminés partout dans la campagne, depuis le modeste tumulus marqué d’une petite stèle, jusqu’aux constructions plus élaborées des familles riches ou nobles. Les tombeaux royaux de la région de Hué, où est célébré le culte rendu aux empereurs de la dynastie des Nguyen, sont des lieux de recueillement et de poésie, solitude du tombeau de Gia Long, classicisme du tombeau de Minh Mang, poésie de celui de Tu Duc, « modernisme » de celui de Khai Dinh. Enfin, il convient de signaler, comme un trait caractéristique du mode de pensée des Vietnamiens, le recours très fréquent aux pratiques de magie et de sorcellerie. Pour lutter contre la maladie et les épidémies, on s’adresse à des sorciers ou à des devins qui ont pour tâche de déterminer le génie mauvais qui est la cause du mal et d’y apporter le remède sous la forme d’une image le représentant, accompagné de formules le mettant en demeure de cesser ses méfaits. Ces images de magie conjuratoire sont placées dans la chambre du malade ou sur les portes des maisons. Le devin qui prédit l’avenir à l’aide des cartes, des pattes de poulet, des écailles de tortue ou des horoscopes de ses clients, est une des figures les plus populaires aux abords des pagodes où se pressent les fidèles. (Introduction de Jean Despierres à l’exposition réalisée par la NAAVH au Musée d’Aquitaine en 2003 sur le thème : « Quelques images sur les croyances et religions du Viêt Nam ») Sur les lieux de culte traditionnels chez les Annamites, voir AP0782. Sur les pagodes et cérémonies, voir AP1223.

Mots Clefs : Tonkin Ha Dong Ha Dong 1936 Religion – Croyance Hindouisme – Taoïsme – Animisme – Bouddhisme – Confucianisme – Culte des ancêtres – Sorcellerie – Magie