AP3590-Gueylard

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Titre : Saïgon, 1898-1901 – Le Gouvernement Général

Notice : Vue de la façade du Palais, photo prise dans les dernières années du XIXème siècle ou les premières du XXème. Notule : Palais des gouverneurs à Saïgon – Historique et description La construction du Palais des gouverneurs avait posé de sérieux problèmes : le terrain gorgé d’eau obligea à creuser des fondations profondes ; la médiocrité d’une main-d’œuvre non encore familiarisée aux techniques nouvelles et sans conscience professionnelle, l’absence absolue d’encadrements spécialisés contraignit de faire venir des ouvriers de Hong Kong, colonie où la main-d’œuvre était déjà hautement qualifiée et expérimentée. Le pays ne fournissant pas de pierres meulières pouvant être utilisées pour bâtir, on dut employer exclusivement la brique et se servir, pour les fondations, du granit qu’on trouvait à Bien Hoa, à quelque distance de la ville. Les charpentes métalliques avaient été importées d’Europe. Cette première réalisation monumentale est significative. L’expression architecturale adoptée n’a aucune parenté avec l’architecture traditionnelle du pays. La rupture est brutale et semble définitive pendant cette première période, sauf pour quelques rares exceptions. Nos premiers bâtisseurs étant contemporains de la fin du second Empire et du début de la troisième République ne pouvaient prendre leur source d’inspiration que dans cette même époque. Elle leur était familière et, ayant une complète connaissance de ses méthodes, il pouvaient ainsi en escompter l’efficacité des résultats sans trop d’incertitude. Description du palais : Le plan d’Hermitte, très proche de celui de Fleury était celui d’un bâtiment en forme de T inversé, avec les cuisines et pièces de service au niveau du soubassement, les bureaux et la salle à manger de réception au rez-de-chaussée et les appartements privés à l’étage. L’aile perpendiculaire abritait la majestueuse salle des fêtes. L’Illustration du 28 février 1874, donne une description détaillée de l’édifice, sous la signature de P. de Saint-Michel : « Ce magnifique palais est bien fait pour donner aux asiatiques une haute idée du prestige de la France. Il est presque inouï, lorsqu’on a vu le palais, de se figurer que ce splendide édifice, dont la façade éclatante de blancheur est découpée avec tant de légèreté, dont les frontons sont soutenus par des gracieuses colonnes cannelées, ne soit composé que de briques recouvertes d’un enduit Le visiteur qui entre par la grille d’honneur est agréablement surpris en arrivant au pied d’un bel escalier, orné des deux côtés de rampes en pente douce, accessibles aux voitures et garnies de balustrades analogue à celles du nouvel Opéra de Paris. En haut de cet escalier, après être passé sous une marquise vitrée, on pénètre dans un immense vestibule ; à droite est l’escalier d’honneur qui conduit aux salons de réception. Au rez-de-chaussée on trouve encore une grande salle à manger de 11 mètres de longueur sur 9 mètres de largeur, le cabinet du gouverneur, les bureaux des aides de camp et la salle de bal mesurant 18 mètres sur 10 mètres ; cette dernière pièce n’est pas coupée par le plancher du premier étage, et s’étend en hauteur jusqu’au toit. Les marches des escaliers sont en béton aggloméré. Au premier sont les appartements du gouverneur, les salons, les appartements des officiers supérieurs de passage, la salle de billard et quelques chambres ayant diverses destinations. Dans la partie de la façade comprise entre les ailes règne une spacieuse véranda qui donne de la fraîcheur aux appartements ; autour des combles couverts en tuiles est une terrasse qui environne tout le palais ; le pavillon du milieu surélevé en forme de dôme quadrangulaire est couvert en feuilles de zinc. L’édifice présente 98 mètres de longueur sur 28 mètres de profondeur ; il est situé au milieu d’un parc splendide orné de pièces d’eau, d’un pavillon chinois, etc…et entourée d’une grille en fer forgé soutenue par des piliers en briques. Une citerne immense bétonnée à 8 mètres de profondeur sur une étendue plus grande que celle du palais, fournit en abondance de l’eau d’une fraîcheur et d’une pureté parfaites. L’ensemble de cette admirable construction et de ces dépendances fait honneur au goût et à l’habileté de son intelligent architecte, M. Codry ». La façade comportait deux niveaux superposés d’arcades, avec un fronton central triangulaire décoré d’un bas-relief allégorique soutenu par des colonnes et surmonté d’une toiture à pans brisés, sur le modèle du Louvre. Les pavillons d’angle étaient ornés de colonnes à bossage et de corniches cintrées. Sur toute la façade régnait une surcharge décorative, dans le goût de l’époque, composée de moulures, macarons, cannelures et autres fioritures. Un architecte, Pierre Andelle, écrivait en 1943 dans la revue « Indochine » : « On voulut naguère le rajeunir : dégager les droites, aplanir les surfaces et, en un mot – le mot d’un homme du métier – raboter tout ce qui dépassait. Quelqu’un vint qui dit non. L’arabesque, ici, ne cache pas la ligne ; et il y a des rides qui embellissent le visage d’un sage. Moderniser ? Mêler une façade « arts décoratifs » à ces feuillages, à ces perspectives formées, mûris, accomplis par les ans, et patinés par trois générations ? Retrancher ce palais de sa lignée pour lui donner, d’un cœur léger, la figure d’un parvenu ? Et aujourd’hui le flâneur, revenu des emballements de jadis, trouve au palais de 1870 une grâce et un charme qui peu à peu se dégagent de la brume du temps. C’était « rococo » ; ce fut « un petit air d’époque » ; c’est maintenant le style des Amiraux, le style Cochinchine française ; c’est un style ; ce sont des lettres de noblesse ». Il ajoutait : « Le palais lui-même est de nobles proportions : il exprime des âmes qui vivaient familièrement avec la grandeur ». Pendant toute l’époque coloniale le palais servit de résidence aux gouverneurs généraux lors de leurs passages à Saïgon. Après la deuxième guerre mondiale, il abrita Ngô Dinh Diêm, président de la République du sud Viêt Nam. Le 27 février 1962, un avion, piloté par des opposants au régime bombarda le palais. Il n’y eut pas de victime mais les dégâts matériels furent tels qu’il fallut détruire tout l’édifice. Le président Diêm et sa famille allèrent loger dans le palais Gia Long. Le palais Norodom fut finalement remplacé par un bâtiment moderne construit pour le président Nguyên Van Thieu ; baptisé « Dinh Doc Lâ », palais de l’Indépendance. (Comité de Rédaction) Sur le Palais du Gouvernement Général, voir aussi : Destination du monument AP0401 – Les étapes de la construction AP1420 – Le boulevard Norodom AP4284. Sur l’histoire de Saïgon, voir AP1410. Sur l’ingénieur et le fonds Abel Gueylard, voir 3574.

Mots Clefs : Saïgon 1898-1901 Auteur : L. Rodet Architecture coloniale Gouvernement Général