AP3561-Sallet

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Titre : Hué, 1935 – Hôtel Morin – Les quatre façades (2)

Notice : Photographie montrant deux des 4 angles du bâtiment de l’hôtel Morin de Hué. (Voir les deux autres angles à la vignette AP2107) Notule : L’Hôtel Morin, centre de la vie coloniale de Hué L’aventure commerciale des 7 frères et soeurs Morin commence en 1905 lorsque Wladimir achète le Grand Hôtel de Hué à Alphonse Guérin, sans doute à la suite de sa destruction par le terrible typhon de 1904. Mais c’est après son retour de la guerre, en 1918, et surtout après son mariage avec Jeanne Derobert, fille d’un soyeux de Lyon (voir AP1872), que Wladimir Morin décide de faire de l’hôtel de Hué une sorte de « Samaritaine » qui pourrait répondre à toutes les demandes. Le « Comptoir Général d’articles de consommations » de l’hôtel aura très vite un slogan connu de tout le Centre-Viêt Nam : « On peut naître dans un berceau Morin et mourir dans un cercueil Morin ». Avant la deuxième guerre mondiale, outre la restauration et l’hôtellerie (70 chambres), voici une liste non exhaustive des services proposés à la clientèle (d’après M. Nguyen Dac Vi, comptable de l’hôtel de 1932 à 1945) : Comptoir d’articles généraux de consommation (tissus, vin, produits esthétiques, etc…) – Cinéma – Office de tourisme – Fabrique de glace – atelier de confection – dépôt – Garage – Boucherie – Bureau de location de voitures, etc. Par ailleurs, ces activités dépassaient le cadre de l’Hôtel. Ainsi, « Wladimir avait acheté en viager après la guerre de 1914 (sans doute à M. Bogaert), la plus grande partie des maisons européennes de Huê. Il les louait vides, ou meublées des meubles Morin que nous avons tous connus » (Témoignage de Mme Henri Cosserat). Enfin, les Morin s’étaient lancés dans l’édition de cartes postales de la région, qui portaient la mention : M. F. (Morin Frères) (voir AP0028). L’hôtel était un des centres de la vie officielle et culturelle de la Capitale Impériale. On peut imaginer l’atmospère qui régnait à l’hôtel entre les deux guerres : les Européens s’y retrouvaient à la fraîcheur du soir, devant un apéritif ou à l’occasion d’un de ces nombreux bals qui accompagnaient le passage d’un éminent visiteur. Sur son livre d’or malheureusement disparu, l’hôtel a enregistré d’illustres signatures : les maréchaux Joffre et Foch ; André Malraux ; Sylvain Lévy ; Léopold Cadière ; Pierre Pasquier ; le Roi du Cambodge, Sisowath ; Louis Finot ; J.Y. Claeys ; le Général Catroux ; Paul Reynaud, Charlie Chaplin, etc. L’hôtel Morin était aussi un lieu de culture. -Culture populaire, avec le pittoresque « Cinéma Morin », le premier de la ville. Il était situé à l’intérieur du bâtiment principal, à l’emplacement de l’actuelle salle de conférences. « le cinéma allume ses lampes, deux soirs par semaine et fait tourner ses pankas électriques au-dessus d’une foule d’indigènes, pour la plupart assis derrière l’écran, aux places les moins chères, d’où l’on voit la scène à l’envers » (BAVH 1916/2). Edmond Morin se souvient des escarbilles dont le public était recouvert, provenant du moteur à pétrole, à la fin des films. -Culture « savante » : Wladimir Morin a apporté un concours désintéressé à des activités scientifiques ou culturelles touchant à la ville de Hué. C’est ainsi qu’il a aidé, dans des moments difficiles, l’Association des Amis du Vieux Hué dont il devint membre le 31 août 1920. Wladimir apporta une aide financière, en particulier, à ses actions de protection des sites de Hué et de ses environs. Enfin, l’hôtel Morin abritait l’office de tourisme officiel de la région, correspondant du bureau du tourisme en Indochine. Il était donc le point de départ direct de visites et d’excursions. Ainsi, il organisait, dans les mois les plus chauds, les déplacements vers la montagne de Ba Na, station climatique à quelque soixante kilomètres de Hué bien connue des anciens d’Indochine (voir AP0223 et AP0253). A la mort de Wladimir en 1943, ses enfants reprennent la gestion de l’hôtel de Hué. Les trois fils Henri, René et Edmond, respectivement Directeur général, Directeur adjoint et Directeur technique assurent la bonne marche de l’établissement malgré les difficultés grandissantes liées à la Guerre d’Indochine. Ainsi, du 20 décembre 1946 au 5 février 1947, l’Hôtel Morin constitue l’un des camps retranchés où se sont regroupés les civils et militaires français, assiégés par les révolutionnaires vietnamiens. Lors de ces événements, des victimes seront enterrées à l’intérieur même de la cour de l’Hôtel, près du banian qui existe encore. L’hôtel sortira de cette bataille à moitié détruit et brûlé. Un emplacement privilégié. C’est un atout de taille : l’Hôtel est situé à un point clé de Hué, sur la Route Mandarine, sur la rive droite de la Rivière des Parfums, à l’entrée du pont métallique qui relie la ville « indigène » à la Citadelle Impériale. Ce pont est le seul à l’époque. On ne pouvait traverser Hué sans l’emprunter et passer devant l’Hôtel Morin. Il avait été construit en 1899. L’Hôtel trônait au milieu des bâtiments officiels et des centres de loisirs des Européens : la façade ouest donnait directement sur la Résidence Supérieure et ses jardins. Le Cercle, le Cercle sportif, la Banque de l’Indochine, les Travaux Publics et le Jardin de la Ville, sont à deux pas. (D’après J. Cousso – petit-fils d’Amélie Morin – Odette et Edmond Morin) Sur « l’Hôtel Guérin (Le Grand Hôtel) devient l’hôtel Morin », voir AP0272. Sur les 7 frères et sœurs de la « tribu Morin », voir AP1870. Sur les Cartes postales de la Collection Morin frères, voir AP0028. Sur la Rivière (ou Fleuve) des Parfums, voir AP2486.

Mots Clefs : Hué 1935 Hôtel Architecture coloniale