AP3298-Despierres

AP3298-Despierres

Titre : Hanoï, 1931 – Rue du zinc

Notice : Notule : Hanoï – La ville marchande La ville marchande affectait la forme d’un triangle limité à l’Est par la rive du fleuve Rouge, à l’ouest par le rempart de la Citadelle et au sud par le petit Lac. Elle était connue autrefois sous l’appellation de Ke Cho, (« les gens du marché »). C’est sous ce nom, parfois déformé en Ca Cho ou Cacho, que les premiers commerçants occidentaux désignaient la ville de Hanoi et cet usage perdura jusqu’à l’intervention française de 1873. Des comptoirs étrangers s’étaient ouverts à Ke So dès le XVIIè siècle, hollandais (1645) et anglais (1683). La ville marchande était également connue sous le nom de «ville des 36 rues-corporations», en vietnamien Pho Phuong. Le mot Phuong signifie plus précisément quartier tandis que le mot Pho signifie rue. « Quant à l’expression Pho Phuong, ou rue-quartier, elle désignait un quartier divisé en plusieurs rues… En réalité, la ville commerçante en comptait plus d’une centaine. Mais 36 était un chiffre faste » (Philippe Papin). Les noms des rues rappellent, comme au moyen âge européen, ceux des anciens métiers et des corporations, en évoquant les marchandises qui y étaient produites ou vendues. On retrouve toujours la Pho Hang Bong (Rue du Coton), Hang Gai (du Chanvre), Hang Thung (des Caisses), Hang Dau (de l’Huile), Hang Bai (des Cartes), Hang Bac (des Bijoutiers), Hang Giây (des Chaussures), Hang Chieu (des Nattes en jonc), la rue des Chapeaux (voir AP1368) la rue de la Soie, la rue des Ferblantiers, la rue du Sucre, la rue des Eventails, etc. Chaque quartier possédait – et possède encore souvent – sa maison communale (Dinh) qui servait de salle de réunion pour les notables et de lieu de culte consacré au dieu protecteur du village d’origine de ses habitants. Chaque quartier avait également son temple (Den) où était honoré le génie protecteur de la corporation. Le Marché central de Hanoi, vaste édifice composé de plusieurs halles accolées (voir AP2142), fut construit par l’administration française, dans la rue du Riz, près de la limite nord de la ville marchande. Ce n’était pas, loin s’en faut, le seul marché de Hanoï. D’autres marchés, permanents ou occasionnels, offraient leurs marchandises dans d’autres parties de la ville : marché des pamplemousses, marché des cocotiers, marché des légumes (voir AP4632), marché des bambous (voir AP2099 et AP3309), ou marchés en plein air (voir AP3304). La ville marchande était protégée par un mur d’enceinte ouvert par de nombreuses portes. De ces murs et de ces portes il ne subsiste que la porte Thanh Ha, « porte de la cité (« construite en bordure du ») fleuve ». Cette porte était connue à l’époque coloniale sous le nom de porte Jean-Dupuis (voir AP3294) parce qu’elle se trouvait à l’extrémité de la rue (elle-même appelée rue Jean-Dupuis) où le célèbre aventurier avait installé ses magasins (voir AP3293). En avant de cette porte, sur la berge du fleuve se trouvait l’embarcadère commercial où les gens de la campagne déchargeaient leurs marchandises et où Francis Garnier mit pied à terre le 5 novembre 1873. A l’intérieur de la ville marchande, de nombreuses portes barraient les rues pour la sécurité des habitants. Le docteur Hocquard (voir AP4686) a ramené de son passage à Hanoï en 1885 quelques photographies de ces portes, accompagnées d’une description détaillée. « Les différents quartiers de Hanoï sont complètement séparés les uns des autres par de grandes portes qui tiennent toute la largeur des rues et qu’on ferme le soir. De chaque côté de ces portes sont affichés les règlements de police de la ville et les arrêtés du Tong Doc…Les poternes qui limitent les vieux quartiers ont un mode de fermeture original: un mur en pierre s’étend transversalement d’un côté à l’autre de la rue ; ce mur est percé d’une grande ouverture rectangulaire. Les poutres de bois horizontales qui forment le cadre de cette ouverture sont forées de trous régulièrement espacés dans lesquels sont engagés par leurs deux extrémités de grands bois ronds dressés parallèlement les uns aux autres. Les trous supérieurs sont très profonds de sorte qu’on peut soulever chaque bois de bas en haut, juste assez pour le dégager par son extrémité inférieure et l’enlever de façon à laisser le passage libre. Ce système permet ou bien d’ouvrir la porte toute grande, en enlevant tous les bois; ou bien de ne livrer qu’un étroit passage, en en ôtant simplement un ou deux». Ce système de fermeture est toujours utilisé de nos jours par les Chinois. A l’arrivée des Français en 1874, la voirie de tout le quartier laissait beaucoup à désirer. Un témoin de l’époque écrit : « Les rues annamites ne sont point pavées. A la moindre pluie, il y a plusieurs pieds de boue épaisse, à laquelle se trouvent mêlés les détritus de toutes sortes que les habitants déversent au milieu même de la rue. Les cases inégales sont construites chacune sur un alignement différent; ce qui fait de la rue une succession d’angles sortants et d’angles rentrants. Les toits en chaume descendant très bas, la façade de la case donnant sur la rue n’est généralement qu’un châssis mobile, lié par le haut et qu’on relève pendant le jour en le maintenant incliné au moyen de deux bâtons ». (Ch. Labarthe – 1883) Ces auvents, sous lesquels les commerçants étalaient leurs marchandises, rétrécissaient encore la largeur de la rue. La présence de nombreuses mares stagnantes et les incursions de bandes de pillards – surtout en période de famine – augmentaient encore l’insalubrité et l’insécurité. Un vaste étang, vestige de la rivière To Lich, subsista même longtemps (il est encore indiqué sur un plan de 1885) au nord du Petit lac. Sa présence explique les noms de rues que l’on rencontre dans ce quartier : rue du Pont en bois, rue des radeaux (Hang Be), rue des Voiles (Hang Buom). Les rues chinoises étaient mieux entretenues. Elles étaient pavées dans le milieu de larges dalles en marbre brut, ce qui permettait la circulation en temps de pluie. Mais les eaux qui s’écoulaient des deux côtés envahissaient souvent les cases de plain-pied avec la rue. La ville marchande fut incendiée et pillée par les Pavillons noirs, à la suite des incidents de 1883. Dès que la ville fut débloquée, des travaux d’amélioration furent entrepris, sous la direction du résident de Hanoï, Raymond Bonnal. Les rues furent empierrées, élargies ; les appentis et les auvents empiétant sur la voie publique disparurent. De nouvelles maisons furent construites, souvent sous la forme de « compartiments » (maisons « tubes »), posés les uns contre les autres et mesurant 2 à 3 mètres de large et une soixantaine de mètres de long.(voir AP4701). Ces quartiers ont conservé encore à l’heure actuelle une grande partie de leur cachet d’origine. Un patrimoine architectural riche subsiste aujourd’hui ; de nombreux bâtiments anciens en témoignent : des maisons d’habitation de grande valeur, des maisons communales, des temples et des pagodes. L’architecture du quartier est marquée en particulier par trois styles : les constructions traditionnelles vietnamiennes et chinoises, l’architecture coloniale française et le style art-déco. Le Viêt Nam tente aujourd’hui de faire classer ce quartier par l’UNESCO. (Comité de Rédaction)

Mots Clefs : Tonkin Hanoï 1931 Rue – Métier – Corporation Zinc