AP3293-Despierres

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Titre : Hanoï, 1931 – Rue Jean Dupuis

Notice : Cette rue a été baptisée ainsi en souvenir de Jean Dupuis, commerçant et explorateur qui y avait installé sa résidence et ses magasins et en avait fait le centre de ravitaillement de son expédition, de décembre 1872 à janvier 1874. « Dés le 18 janvier 1873, Dupuis fit un premier voyage au Yunnan d’où il revint le 30 avril, accompagné de 150 Chinois de la garde personnelle du Titaï, solides gaillards armés de chassepots et revêtus d’un uniforme orange bordé d’un large velours noir qui devaient faire grande impression sur les Annamites. Dupuis installa cette escorte à terre, le 2 mai 1873, dans la rue de Thanh Ha (aujourd’hui rue Jean Dupuis). Son journal de voyage ne précise pas l’emplacement des maisons qu’il occupa, mais donne accessoirement quelques détails qui permettent de les situer près du croisement de la rue Lataste. Elles étaient en effet à proximité d’une « petite ruelle communiquant avec une rue parallèle à la nôtre et que nous fermons la nuit pour éviter toute surprise ». La maison principale où étaient entreposées les 200.000 cartouches, les poudres et les fusées de l’expédition se trouvait entre la rue Jean Dupuis et la rue An Sat Siêu, car dans cette dernière passait l’arroyo dont Dupuis parle à propos d’une tentative d’incendie de son dépôt de munition qui eut lieu au mois de novembre 1873. Pour éviter de nouvelles surprises, on installa un belvédère qui dominait toutes les constructions voisines. Des hommes y passaient la nuit en observation dans une guérite ». (Masson : Hanoï pendant la période héroïque (1873-1888) – IDEO, Hanoï – 1929) Notule : Jean Dupuis, commerçant et explorateur Né à Saint-Just-la-Pendue (Loire), le 8 décembre 1828. Mort à Monaco le 29 novembre 1912. Tout jeune, possédé du désir des voyages, il partit pour l’Egypte en 1859 avec l’intention de se fixer à Ismaïlia qui venait d’être créée. Là il fit connaissance d’un capitaine au long cours, M. Roux qui le poussa à visiter l’Extrême-Orient. Il vendit avec de gros bénéfices toute une cargaison de produits alimentaires à Hong Kong, puis suivit l’expédition du général Cousin-Montauban en Chine (1860) ; il visita alors plusieurs villes de Chine. A Shanghai, il rencontra M.E. Simon, chargé par le ministre de l’agriculture d’une mission sur le fleuve Bleu. Dupuis l’accompagna et se fixa à Han kéou où il se lia avec les mandarins et obtint d’eux l’approvisionnements des troupes chinoises. Il apprit la langue, et son savoir-faire, sa grande douceur, sa droiture et sa parfaite honnêteté, lui assurèrent l’estime des commerçants et des mandarins gouverneurs qui le chargèrent de leur fournir armes et munitions. En 1868 il apprit, par l’arrivée de Francis Garnier à Han Kéou la possibilité de la navigation par le fleuve Rouge. En février 1871, il se dirigea sur le Yunnan, atteignit Mang Hao. Avec un seul domestique, il s’embarqua sur une jonque et suivit le courant du fleuve Rouge jusqu’aux premières douanes annamites, franchissant la zone occupée par les Pavillons Noirs. ; il eut même une entrevue à Lao Kai avec leur chef, Luu Vinh Phuoc. Suffisamment renseigné sur la viabilité du fleuve, Dupuis alla traiter avec des mandarins qui s’étaient fait donner des concessions de mine de cuivre et d’étain, pour le transport de ces minerais et l’apport de l’approvisionnement militaire des troupes impériales. Il passa des contrats avantageux, notamment avec la maréchal Ma Ta Jen, Titaï (général en chef). Comme rémunération, il recevait en échange de tout un matériel d’armes, 10.000 piculs d’étain à vendre à Hong Kong où ce métal valait 150 francs le picul. Dupuis vint en France en 1872 solliciter l’appui du Ministre de la marine pour obtenir des Annamites le libre passage de son convoi à travers le Tonkin. Il ne put obtenir une promesse d’intervention mais on lui donna une lettre de recommandation pour le gouverneur de Cochinchine, l’amiral Dupré. Il se heurta néanmoins aux pires difficultés de la part des mandarins annamites de Hanoï, mais passant outre, il parvint à faire passer sa petite flotte au Yunnan. A son retour, devant faire face à de nouveaux obstacles, il fit appel à l’amiral Dupré qui se décida à envoyer Francis Garnier avec deux canonnières et une centaine d’hommes. A la suite de la mort de Francis Garnier, le 21 décembre 1873, Dupuis, réduit à l’inaction, voit ses bateaux et ses marchandises placés sous séquestre par le commissaire enquêteur Philastre. Toutes ses démarches pour obtenir du Gouvernement annamite les indemnités et compensation pécuniaires auxquelles il avait droit pour les pertes qu’il avait éprouvées restèrent sans effet. Le traité de paix ébauché avec l’Annam par l’amiral Dupré sacrifia les intérêts légitimes de Dupuis, le ruinant complètement. Il lui fallut dix ans de démarches auprès des Ministres et des représentants du gouvernement pour obtenir une indemnité de trois millions de francs, lesquels, bien que votés par la Chambre, ne lui furent jamais versés. Il vécut d’une rente de quelques milliers de francs qui lui furent servis jusqu’à sa mort par le ministère des Colonies. J. Dupuis ne retira pas de sa vie de labeur et de combat la fortune qu’il était en droit d’espérer, dit Cordier. Il est mort pauvre et les frais de ses obsèques ont été payés par la vieille et fidèle servante qui, depuis des années, veillait sur lui de façon absolument désintéressée. (D’après Brébion : Dictionnaire de bio-bibliographie de l’Indochine française – Paris 1935) Dupuis obtint également quelques concessions en Indochine qu’il n’eut pas le temps de développer, mais qui devinrent plus tard des affaires prospères, entre autres la fabrique d’allumettes de Bên Thuy (Annam) et la mine de charbon de Ké Bao au Tonkin (voir AP3419) Sur Francis Garnier, voir AP3580. Sue la ville marchande de Hanoï, voir AP3298.

Mots Clefs : Tonkin Hanoï 1931 Rue Dupuis, Jean