AP3226-Bonnet-7

AP3226-Bonnet-7

Titre : Voyage maritime, 1931 – Le S/S Tricolor en feu – Les « Seigneurs de la guerre »

Notice : Au large de Colombo. Le 5 janvier 1931. Le S/S Tricolor était un cargo norvégien transportant des munitions vers la Chine à l’intention d’un des « Seigneurs de la guerre », nombreux en cette période troublée de guerre civile en Chine. A la suite d’un incendie, ces munitions explosèrent et le navire sombra. Notule : Chine – Période des « Seigneurs de la guerre » (1912-1937) A propos des photos AP3226 à AP3231 montrant le naufrage du S/S Tricolor et citant l’expression de « Seigneurs de la Guerre », voici une note rédigée par Roger Bonnet en juillet 2002 pour expliquer la situation en Chine à cette époque. (Transcription EFEO et pinyin entre parenthèses) Au cours du XIXe siècle, les empereurs de la dynastie mandchoue des Ts’ing (Qing) qui avait remplacé celle des Ming (id.) en 1644, avaient dû concéder aux puissances étrangères des avantages divers tels que cession pure et simple ou bail à long terme de portions de territoire, ouverture de ports et de fleuves au commerce international. Et ces puissances étrangères avaient obtenu, pour garantir l’exécution des traités (il n’y a pas lieu ici d’exposer les faits ayant abouti à la signature de ces traités ni d’en juger le bien-fondé ; cela nous entraînerait trop loin) des concessions dans les principales villes chinoises, avec droit d’y stationner des troupes. Il y eut ainsi des concessions anglaises, françaises, allemandes, russes, japonaises ou internationales. Et pour garantir les prêts d’équipement consentis, un droit de regard voire de gestion dans les grandes administrations financières chinoises : Postes, Douanes, Gabelle, Chemins de fer,… La déliquescence de l’autorité impériale centralisée à Pékin (Beijing) était telle qu’il était devenu évident que la dynastie en place n’avait plus le « Mandat du Ciel » et que le moment était venu de pouvoir envisager de la renverser pour qu’une autre dynastie s’installe. Cela s’est toujours passé ainsi en Chine : un homme fort, souvent un militaire, parfois étranger, chasse le dernier empereur, crée une nouvelle dynastie et réorganise le pays. Ses réussites démontrent par elles-mêmes qu’il jouit bien de la Protection du Ciel. Après quelques générations, les choses se gâtent, la sécurité et la prospérité disparaissent, les règles morales traditionnelles ne sont plus observées, des scandales éclatent. S’y ajoutent des luttes intestines à la Cour entre les héritiers mâles provenant de diverses concubines ambitieuses. Cela prend plus ou moins de temps. Parfois plusieurs tentatives pour renverser la dynastie échouent. Jusqu’au jour où le cycle recommence. La dynastie Ts’ing (Qing) n’échappa pas à la règle. Un mouvement révolutionnaire né en 1911 à Wou Tch’ang (Wuchang) s’élèva contre les Mandchous. Yuan Che K’aï (Yuan Shikai) envoyé par le régent pour mater la révolte s’y rallia et obtint l’abdication du dernier empereur âgé de 5 ans, P’ou-yi (Puyi), en sa faveur le 12 février 1912. Mais ce fut finalement la République créée à Canton le 1er janvier 1912 par Sun Yat Sen (Sun Zhongshan) qui l’emporta. S’ouvrit alors une période de luttes entre plusieurs prétendants à la Présidence et ce fut Tchang Kaï Chek (Jiang Jieshi) qui l’emporta en 1927. Néanmoins son autorité fut souvent bafouée par des généraux devenus chefs de provinces. Il fut même retenu prisonnier par le maréchal Tchang Hiue Leang (Zhang Xueliang) en Mandchourie du 12 au 25 décembre 1936. Toute cette période est appelée par les historiens celle des « Seigneurs de la Guerre ». Ils se battaient entre eux, achetaient des armes à l’étranger. Chaque général entretenait une armée, théoriquement nationale, mais dont il usait à des fins personnelles. Tant qu’il pouvait payer les soldes, et à cette fin il n’hésitait pas à percevoir des impôts au titre de quelques années à venir, un calme relatif régnait, ce qui n’était pas exclusif d’exactions locales. Quand il ne le pouvait plus, un général voisin « récupérait » ses troupes, après un combat le plus souvent symbolique ; le vaincu recevait, pour ne pas lui faire perdre la face, une mission à l’étranger ou bénéficiait d’un congé pour raison de santé. Ce petit jeu n’a pas entièrement cessé lorsque les Japonais ont attaqué la Chine le 12 septembre 1931, puis occupé la Mandchourie qu’ils ont transformée en Mandchoukouo (Manzhuguo) à la tête duquel ils ont intronisé Pu Yi, le dernier empereur de la dynastie mandchoue. Après 1945 la lutte continua de plus belle entre le Kuo Min Tang (Guomintang), le parti de Tchang Kaï Chek au pouvoir depuis 1928 et les Communistes conduits par Mao Tsö Tong (Mao Zedong). Celui-ci l’emporta et instaura le 1er octobre 1949 la République Populaire de Chine dont il devint le premier Président. » (Comité de Rédaction)

Mots Clefs : Océan Indien 1931 – 5 janvier Transport maritime Navire Mer – Naufrage Chine – Histoire Seigneurs de la guerre