AP2977-Morin-Tang-Vinh

AP2977-Morin-Tang-Vinh

Titre : Hué, 1927 – Cérémonies du Nam Giao (32) – La cuisine

Notice : Photographie de Tang Vinh à Hué (voir AP2945). Immolation de chèvres et de porcs à la Cuisine des Génies. Les victimes sont ébouillantés dans des chaudrons en cuivre. Notule : Nam Giao, sacrifice au Ciel et à la Terre – L’esplanade du Nam Giao « L’esplanade du Nam Giao et ses bâtiments annexes (la Maison du Jeûne où l’Empereur s’est retiré en attendant l’heure solennelle ; la Cuisine des Génies, où les victimes sont abattues, ébouillantées, flambées et fardées ; le Magasin des Génies ; les maisons en paillote réservées aux mandarins participant à la cérémonie – l’une d’elles sert de salle de réception pour les Européens invités -), forment un grand ensemble au sud de Hué, près des montagnes sacrées où les Empereurs ont établi leurs dernières demeures à l’abri de murailles, d’étangs et de jardins secrets autour desquels les pins dont nous avons peuplé la solitude ajoutent un autre charme mélancolique. Le tertre même du Nam Giao comporte quatre enceintes de maçonnerie orientées face aux points cardinaux, atteignant au centre quelque cinq mètres d’élévation, forme géométrique symbolique de la montagne chinoise du culte primitif (voir AP2892). Les portes sont médianes et celles de l’enceinte extérieure s’abritent selon l’usage derrière un grand écran afin d’éviter le Ma Qui, cet esprit mauvais n’aimant que les lignes droites, comme chacun sait, et qui ne peut trouver l’entrée d’une porte à chicane. Cette enceinte, la quatrième, n’est que l’écrin de la fête et scintillera des mille feux accrochés sous les arbres. La troisième enceinte n’a qu’un rôle secondaire ; un bûcher est dressé dans un angle, une fosse est creusée dans un autre ; une paillote drapée de jaune, Maison de la Grande Halte, est le lieu où l’Empereur procède au lavement rituel des mains, symbole de purification, avant d’atteindre les tertres des Génies. Là encore, les musiciens (voir AP2967 et AP2968) prennent place avec leurs instruments archaïques (voir AP2965 à AP2971) : cloche, clochettes en carillon, lithophones, tigre à cliquettes, cithares et flûtes, ainsi que les danseurs civils et militaires, les premiers, sceptres à tête d’animal fantastique en mains, les seconds brandissant haches et boucliers de bois laqué rouge (voir AP2964). Les deuxième et première enceintes, lieux sacrés, représentent l’une, carrée et jaune, le tertre de la Terre, l’autre supérieure, circulaire, peinte en bleu et surmontée d’une grande tente de toile azurée, le tertre du Ciel. Sur le tertre carré ou « tertre des Suivants » étaient, quatre de chaque côté, les autels dédiés aux Génies secondaires, qui sont comme les suivants des grands génies du Ciel et de la Terre drapés de bleu, ceux de l’Est, et de jaune à l’Ouest, selon que les génies qui y sont vénérés se rattachent au Ciel comme le Génie du Grand Luminaire le Soleil. du Luminaire nocturne la Lune, les Etoiles et constellations célestes, ou à la Terre comme les Génies des montagnes, des mers, des neuves et des lacs, et spécialement ceux des sept montagnes où sont enterrés les ancêtres de l’Empereur, ou encore les Génies des tertres et des collines, des plaines grasses et fertiles, celui de la grande année et les chefs de la lune, enfin les Génies de la terre entière. Egalement sur cette terrasse, devant l’entrée principale était dressée la « Maison Jaune » (voir AP2546, 2894), tente carrée abritant l’autel de « l’Encens extérieur » d’où l’Empereur saluera l’arrivée des Génies en faisant brûler des parfums ; elle était encadrée de grands dais et parasols bleus à gauche, jaunes à droite, qui palpitaient au moindre souffle de vent. Enfin la terrasse supérieure, le tertre rond appelé « Maison Azurée » (voir AP2895) est le saint des saints réservé aux rites solennels que le public n’est pas admis à contempler. Elle renferme sept autels dont les deux principaux face au Sud, sont, à gauche celui du « Suprême Souverain du Vaste Ciel » et à droite, celui de l’ »Auguste Esprit de la Terre ». Tout ce qui se rapporte au premier doit être bleu et de forme ronde, jaune et carrée pour le second. Les cinq autres autels qui leur sont perpendiculaires étaient dédiés aux mânes des ancêtres de Sa Majesté : Nguyên Hoàng, Gia Long, Minh Mang, Thiêu Tri et Tu Duc. Les tablettes des Génies, matérialisation de ceux-ci sur chaque autel, sont soigneusement voilées et d’ailleurs ne reçoivent leurs caractères dorés qu’au moment même de la cérémonie, inscrits par le « respectueux calligraphe », mandarin de grade proportionné à l’importance du génie. Autour d’elles sont disposées les offrandes et sur des brancards laqués, devant les autels, les victimes, si nombreuses autrefois, étaient agenouillées en adoration, blanchies et épilées, les lèvres rougies, fendues en un large sourire. Enfin, des tables placées au centre du tertre servent à la cérémonie propre : tables de l’ »Invocation », de l’ »Encens intérieur « , de la « Félicité ». «  (Paul Boudet – in revue « Indochine » n°83 – avril 1942) Sur le sacrifice du Nam Giao voir : Les généralités, AP2877 – Le cortège, AP2884 – Les cérémonies, AP0638 – L’esplanade du sacrifice, AP2977. Sur le Régent Ton That Han, voir AP0452.

Mots Clefs : Annam Thua Thien Hué 1927 – 18 mars Fêtes et cérémonies Cl. Tang Vinh