AP2884-Morin-Dang-Chau

AP2884-Morin-Dang-Chau

Titre : Hué, 1924 – Cérémonies du Nam Giao (8) – Cortège, en ville

Notice : Cliché de Dang Chau, photographe à Hué (voir AP2875). Une partie du cortège dans les rues de la ville. C’est un petit orchestre qui s’avance (voir AP2882) avec des joueurs de gong, de tambours et de cymbales et une grosse caisse qui scande les mouvements des participants. Notule : Nam Giao, sacrifice au Ciel et à la Terre – Le Cortège « Au matin. du jour solennel, un haut mandarin, le « Protecteur de la Chaise royale », a pris la direction du cortège qui se forme dans la cour du Palais, devant la porte Ngo Mon. L’Empereur, vêtu d’une tunique de satin d’or brillant, quitte les appartements privés ; dès qu’il a pris place sur le trône, le ministre des Rites, après les prosternations d’usage, l’avertit que le grand dignitaire chargé de la garde de la citadelle vient lui présenter ses respectueuses salutations ; là encore, il faut voir un symbole : l’Empereur s’absente ; il va perdre sa personnalité humaine pendant quelques heures pour vivre en compagnie des génies à qui il va se confier et demander les biens nécessaires aux humains ; il délègue donc ses pouvoirs terrestres, la garde du Palais, de la cité, du royaume, pendant cette vie surnaturelle, à une sorte de vice-roi et lui remet avant de quitter la Cité interdite le pavillon de commandement. Le long cortège s’est ébranlé lentement : il se déroulera pendant près de trois heures le long de la Rivière des Parfums et après la traversée du fleuve cheminera dans le quartier européen, puis les faubourgs indigènes, dans toute cette ville si douce, si attirante de Hué où tout est silence, charme paisible et repos, dans cette ville des Tombeaux et de la mort heureuse que les gongs et les tambours sortent périodiquement de la léthargie dans laquelle de nouveau elle s’enlisera dès que cette orgie de musique et de couleurs aura cessé. Un éléphant brillamment caparaçonné, couvert d’une housse brodée et ornée de petits miroirs, ouvre la marche, suivi de tous les participants divisés en trois corps, chacun d’eux ayant en tête un état-major qu’escortent les instruments de commandement : gros tambour, gong et porte-voix. En deux files extérieures marchent les soldats porteurs de drapeaux de parade, en tuniques toutes neuves, d’un rouge écarlate bordé de jaune, pantalons blancs et jambières rouges. Ils encadrent des porteurs d’étendards religieux symbolisant les cinq planètes : Vénus, Jupiter, Mercure, Mars et Saturne et les étendards du monde stellaire, des musiciens de vert vêtus, des serviteur. du Palais, en rose pourpré ceux-là, et porteurs de tant d’objets divers : table du vin du bonheur, table des offrandes de jade précieux ou de soie pure, table du costume de cérémonie de l’Empereur, etc…, etc…, chacune déambulant à l’ombre de deux grands parasols jaunes. Voici les porteurs de lanternes, de boîtes d’encens et de réchauds, de sabres dorés et de haches de parade, de bâtons de commandement et de bon augure, les chevaux ainsi qu un carrosse, une chaise de laque rouge, un palanquin drapé de soie jaune brochée et dorée, enfin la litière impériale, chaise à porteurs de bois laqué noir haussée sur les épaules, dans laquelle S. M. Bao Dai semble dans son immobilité hiératique plus haut que tous les hommes… Derrière lui, dans des pousse-pousse remplaçant sans doute d’antiques palanquins, suit la longue théorie des princes du sang, ministres et grands mandarins, tous vêtus de lourdes soies brochées où dominent le bleu profond, le grenat sombre et le vert bronze. Cette orgie de couleurs, éclatantes sur les bords grâce aux taches lumineuses que font les soldats, harmonieuses au centre par les riches satins et les lourds brocarts, s’avance, ondule, serpente, non plus comme aux siècles passés entre deux rangs d’humbles sujets à la foi ardente prosternés devant le palanquin impérial sur lequel ils n’osent et n’ont pas le droit de lever les yeux, mais entre les rangs pressés d’une foule de curieux qui, s’ils ne sont plus touchés par la solennité de la fête qui va avoir lieu, sont néanmoins saisis par toute cette pompe, et c’est accompagné d’un respectueux silence que le cortège se déploie lentement sur les kilomètres de l’avenue du Nam Giao, pour conduire d’abord l’Empereur à la « Maison du Jeûne ». Arrivé vers 11 heures du matin, Sa Majesté s’y recueillera jusqu’au soir, pendant que les derniers préparatifs s’achèvent aux lieux même des sacrifices et de la cérémonie. «  (Paul Boudet – in revue « Indochine » n°83 – avril 1942) Sur le sacrifice du Nam Giao voir : Les généralités, AP2877 – Le cortège, AP2884 – Les cérémonies, AP0638 – L’esplanade du sacrifice, AP2977.

Mots Clefs : Annam Thua Thien Hué 1924 – Mars Fêtes et cérémonies Cl. Dang Chau