AP2877-Morin-Dang-Chau

AP2877-Morin-Dang-Chau

Titre : Hué, 1924 – Cérémonies du Nam Giao (1) – Le Cortége se forme au Ngo Mon

Notice : Photographie de Dang Chau à Hué (voir AP2875). Cette photo a été reproduite en carte postale par Thanh Ba, éditeur à Hué, avec la légende : 1 ANNAM – Fête Nam Giao – Passage du cortège par la porte Ngo Mon. La litière royale, dans laquelle SM. Khai Dinh a pris place, s’avance depuis la porte Ngo Mon vers le Palais Thai Hoa. Notule : Nam Giao, sacrifice au Ciel et à la Terre – Généralités – Préliminaires Le Nam Giao, sacrifice au Ciel et à la Terre, qui avait lieu tous les trois ans, était sans doute la célébration la plus importante de toutes celles qui se déroulaient à la cour de Hué, à la fois par le faste et la majesté des cérémonies que par sa signification hautement symbolique : par ce sacrifice, en effet, le souverain renouvelait périodiquement en quelque sorte son union avec les puissances célestes qui lui confirmaient son « mandat ». Nous présentons des images relatives aux cérémonies du Nam Giao des années 1924, 1927, 1930 et 1933. Le rituel traditionnel étant toujours scrupuleusement respecté, les images sont presque semblables d’une cérémonie à l’autre. Seuls changent les figurants et, en particulier, la personnalité qui préside aux cérémonies : en 1924, SM. Khai Dinh ; en 1927 et 1930, SE. Ton That Han, régent d’empire, en l’absence de Bao Dai qui poursuivait ses études en France ; en 1933, SM. Bao Dai. Le BAVH avait consacré un numéro spécial (1915/2) à ce sacrifice, avec des articles très détaillés de L. Cadière et de R. Orband, sur le déroulement de la cérémonie, sa signification, le rituel et les participants. Nous reproduisons ci-dessous l’article, plus succinct, mais néanmoins très précis et documenté que Paul Boudet, directeur des Archives de l’Indochine, avait publié dans la revue « Indochine » du mois d’avril 1942. L’article était illustré de très beaux bois gravés, œuvre de madame Boudet. « Dans la nuit du 28 au 29 mars 1942, 13e jour du 2e mois de l’année du Cheval, S.M. Bao Dai a célébré le sacrifice au Ciel et à la Terre selon un rite millénaire que seul l’Annam perpétue depuis que la République chinoise l’a aboli dans l’empire du Milieu. Tandis qu’à Pékin, le Temple du Ciel et de la terre demeure vide et sans âme, à Hué, au milieu des pins chantants, le tertre du Nam Giao, qui symbolise la Montagne sacrée sur laquelle au temps jadis, l’Empereur de Chine se rendait tous les ans pour communier avec les éléments et participer à l’influx cosmique du renouveau de la nature, palpite aux flammes des sacrifices. Triennale aujourd’hui, cette cérémonie se déroule selon des rites immuables dont les moindres détails sont ordonnés ; les préparatifs en sont longs et nombreux qu’il s’agisse de la coupe attentive des bois odorants qui seront brûlés dans la nuit sacrée ou du choix des victimes : bufflons, boucs, porcs. Il faut dire qu’aujourd’hui le nombre de ces victimes a été réduit et qu’il est devenu plus aisé de trouver des animaux réunissant toutes les conditions requises. Pour décider du jour de la cérémonie, le haut mandarin de l’Observatoire impérial ne se contente plus, comme autrefois, de consulter le sort ; ayant longuement étudié les astres et leur conjonction, il en tire ses pronostics et fait savoir à l’empereur celui des 3 jours « Tân » (renouveau) qu’il conviendrait de choisir. Pour convier les Génies du Ciel et de la Terre à la fête donnée en leur honneur, un mois avant la date fixée, au milieu de la nuit, un grand mandarin en habit de cour s’est rendu au tertre du Nam Giao, brûlant solennellement la planchette par laquelle il leur transmettait la nouvelle. Les mânes des ancêtres de l’Empereur, considérés comme génies protecteurs furent, elles aussi, priées de bien vouloir participer à la cérémonie et avis leur en fut donné à chacun de leurs autels du Palais avec accompagnement d’offrandes : papiers votifs, encens, cierges, alcool, bétel… Servants et co-officiants, choisis parmi les plus hauts mandarins, désignés par l’Empereur sur proposition du ministre des Rites, durent, pendant trois jours, « se soumettre au jeûne pour se purifier et, afin d’être en mesure d’accomplir les devoirs imposés par les rites, pratiquer la chasteté ». L’Empereur lui-même, avant de se trouver face à face avec les Esprits, a dû méditer sur la pureté à acquérir, en présence de l’Homme de bronze, petite statue archaïque, représentant un personnage qui tient dans ses mains une tablette sur laquelle sont gravés les mots « Abstinence », « Chasteté ». Une tradition chinoise rapporte qu’un bronze verdâtre semblable au jade et à forme humaine serait sorti des flots : telle serait l’origine de la statuette du Palais impérial, sorte de palladium de la Cité. Mais le tertre du Nam Giao a reçu ses derniers préparatifs : solitaire bois de pin, désert en temps ordinaire, une nouvelle vie s’est mise à palpiter sous ses ombrages. Les deux tertres supérieurs ont été repeints, le premier d’un bleu léger, l’autre d’un jaune doré ; les bûchers sont installés, les grandes torches dressées, les objets du culte, les offrandes de fleurs et de fruits apportées à proximité de l’esplanade dans le petit bâtiment dénommé « Magasin des génies ». Sur tout le parcours du cortège impérial, des étendards fichés en terre flottent au vent, grands triangles de plusieurs mètres sur lesquels se côtoient, sans trop se heurter, le pourpre et le vert acide, le bleu profond, le jaune d’or et le vermillon ; des guirlandes de banderoles versicolores traversent les rues ; sous des arceaux de feuillage brillant, de lataniers tressés, entre de grands panneaux de bois présentant en caractères dorés les vœux de la foule, des autels sont dressés : tables de laque rouge et or sur lesquelles les jonchées de fleurs répandues parmi les pyramides de fruits exhaleront leurs arômes pénétrants auxquels se joindront les fumées de l’encens que, durant tout le défilé du cortège, des brûle-parfums laisseront s’échapper de leurs flancs de bronze ». (Paul Boudet – in revue « Indochine » n°83 – avril 1942) Sur le sacrifice du Nam Giao voir : Les généralités, AP2877 – Le cortège, AP2884 – Les cérémonies, AP0638 – L’esplanade du sacrifice, AP2977. Sur la Porte Ngo Mon, voir AP0584.

Mots Clefs : Annam Thua Thien Hué 1924 – Mars Porte Ngo Mon Fêtes et cérémonies Cl. Dang Chau