AP2486-Morin-Edmond

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Titre : Hué, 1930 – La Rivière des Parfums en face de Long Tho

Notice : La rivière des Parfums, en amont de la Citadelle. Une route, qui se dirige vers le Temple de la Littérature, court le long de la rive gauche. Sur l’autre rive, on aperçoit les bâtiments de l’usine de chaux hydraulique de Long Tho, fondée par M. Bogaert (voir AP1724) sur l’emplacement d’une ancienne fabrique de tuiles et de briques. Notule : Rivière (ou Fleuve) des Parfums Toute grise, sans bruit, des monts bleus vers les sables, Emportant dans son flot les chants du sampanier, La Rivière aux Parfums, sous les murs vénérables, Reflète le profil du royal Cavalier. Vers Phu Cam, un cortège aux rites impérissables S’avance, aux coups lointains de tam-tams réguliers ; Craintifs, quelques nhà quê, conduits par un notable, S’entassent, pour mieux voir, aux derniers escaliers. Parmi ses bleus anciens, ses nacres, ses ivoires, Un mandarin perclus relit de vieux grimoires Qui chantent le passé, la gloire d’autrefois ; Tandis qu’en la pagode aux portes symboliques, Où brûle le santal, près d’augustes reliques, Très lentement s’éteint la compagne des rois. (V. MURAIRE) La Rivière ou plutôt le Fleuve de Hué est appelé vulgairement Truong Tien par les Annamites. Il porte aussi le nom de Huong Giang « Fleuve parfumé » ou « Fleuve des Parfums », dans le langage courant, Song Huong Ce cours d’eau naît de la confluence de deux torrents qui dégringolent de la montagne par des séries de cascades. La branche la plus éloignée, à l’ouest, le Song Huu Trach (rivière Trach de droite), descend en 55 cascades de la Cordillère Annamitique, non loin de la frontière du Laos. La deuxième branche, le Song Ta Trach (rivière Trach de gauche), jaillit sur le flanc sud-ouest de la montagne de Bach Ma et franchit 14 cascades dangereuses. Près de cette source, cette branche de la Rivière de Hué n’est séparée du Song Cu De (ou rivière de Nam O, le cours d’eau qui se jette dans la baie de Tourane) que par un col peu élevé de 292m. L’idée est venue très tôt aux Français de relier Tourane à Hué par cette «route des montagnes» qui avait d’ailleurs déjà été utilisée par les Tram porteurs de courrier de la Cour. Des explorations de cette route furent entreprises et les plus approfondies furent menées par le lieutenant Debay de la Mark. Ce trajet fut cependant abandonné au profit de celui du col des Nuages, plus long, plus difficile et plus exposé en raison de la proximité de la mer; mais qu’empruntait déjà la traditionnelle Route Mandarine. Le col entre les deux versants reçut le nom de « col Debay », en souvenir de son explorateur. A 84 km de sa source, cette branche du fleuve, appelée alors Sông Borang se divise en deux bras enserrant une petite île montagneuse où l’on rencontre, par endroit, des sources abondantes d’eau chaude, comme celle de Tay Lang, à l’Est du village de Duong Hoa, (Huyen de Huong Tra), bien connue des souverains de Hué. « En la 18e année de son règne (1837), le Roi Minh Mang fit construire à proximité de la rivière Ta Trach une maison de campagne, Hanh Cung et, tout près de la source d’eau chaude, un simple abri provisoire, pour lui permettre de se rendre en excursion dans ces endroits. Il fit creuser le fond de la source, voulant se rendre compte qu’il n’y avait là rien d’étrange. La source d’eau chaude de Tay Lang fut classée par le Roi Thieu Tri comme «le dernier plus beau site des environs de Hué». Le poème qu’il composa sur cette source se terminait ainsi : «Le fluide que contient une telle source engendre des fumées qui s’élèvent à dix mille Truong dans les airs. La nature offre bien des mystères ». (H. Cosserat – BAVH 1926) Les deux Song Trach de gauche et de droite se rejoignent à la hauteur du tombeau de Minh Mang et confluent à la « croisée des 3 chemins » de Bang Lang, véritable point de départ de la Rivière des Parfums, qui va désormais couler, assagie, apaisée et élargie, jusqu’à son embouchure dans la lagune de Thuan An, à 30 km de là. Elle forme d’abord la « Vallée des Tombeaux » (voir AP2469, AP2482, AP2483, AP2487), avec à sa droite et à sa gauche, au milieu de parcs, les dernières demeures des souverains de la dynastie des Nguyen, de Gia Long à Khai Dinh et de nombreux temples et pagodes (pagode de la Sorcière, temple de la Littérature et pagode Thien Mu). Elle traverse ensuite la cité de Hué, séparant la capitale impériale de la ville européenne (voir AP1861), lui conférant un charme et un attrait chantés par tous les poètes, dont des empereurs eux-mêmes : « Promenade en barque le matin. Un fleuve profond, aux sources lointaines, protège la citadelle impériale. Sur ses ondes limpides, en se promenant de grand matin, on goûte la fraîcheur naissante. Les eaux printanières, sans ride, sont enveloppées d’une buée délicate. La barque est poussée par le zéphyr matinal, et le bruit des longues rames remplit l’air. Le nectar céleste n’est pas encore séché et humecte les arbres de la rive. Les fleurs de la montagne, hésitantes et comme à regret, ouvrent leurs pétales. Pourquoi donc, dans un tel moment, n’entendons-nous pas chanter la chanson de la Thuong Luong ? Mais déjà le soleil, heureux augure, monte dans le ciel et brille aux deux portes. » (Poésie de Thieu Tri traduite par Ho Dac Ham, Professeur à l’Ecole des Hau Bo – BAVH 1916/2) Avant la construction du pont Clemenceau (voir AP1649) en 1901, seuls des bacs permettaient de traverser le Huong Giang à la hauteur de la ville. Par la suite, ils sont restés actifs : « Les trois bacs les plus fréquentés étaient celui de Ho Lau qui aboutissait au marché Dong Ba, celui de Thua Phu qui conduisait au Mirador VII (l’une des principales entrées de la citadelle), et celui de Truong Sung, près de la gare de Hué » (Index du BAVH). Ces mêmes bacs ont permis de maintenir, lors des destructions du pont (typhon de 1904, siège de Hué 1946-47), les communications indispensables aux activités humaines et économiques de la capitale. Le Fleuve Parfumé continue ensuite sa course jusqu’à son débouché dans la lagune de Thuan An, avec sur ses rives de nombreuses demeures de mandarins enfouies dans la végétation et les fleurs. La station balnéaire de Thuan An (voir AP1724) est à une douzaine de km de Hué par la LR 80 via le marché de Nam Pho et par le siège du Huyen de Phu Vang. Le site s’appelait « Non Hai » au XVIIe siècle. Le nom de Thuan An a été donné en 1814 à la bouche de la lagune dénommée auparavant Cu’a Eo. Les 18 et 19 août 1883, la Division Française des Mers de Chine commandée par le Contre Amiral Courbet bombarda les forts et retranchements annamites de Thuan An. Le lendemain 20 août, les compagnies de débarquement (1050 hommes) gagnèrent le rivage et s’emparèrent des forts. A la nouvelle du débarquement, la Cour prit peur et sollicita aussitôt une suspension d’armes. Le 23 août le commissaire général Harmand se rendait à Hué et faisait signer le traité du 25 août par lequel l’Annam se voyait contrainte de reconnaître le protectorat de la France. L’embouchure de la Rivière de Hué a été déplacée en 1897 lors d’un typhon d’une extrême violence suivi d’un raz de marée, provoquant une trouée à travers la dune littorale à l’ouest du village, tandis que l’ancienne passe était obstruée. La plage de Thuan An a inspiré, elle aussi, de nombreux poètes parmi lesquels l’empereur Minh Mang (traduit par Ho Dac Hai dans le BAVH 1916/2) : « Le mur de sable sans fin s’étend. Aveuglante de blancheur, la dune s’étend à perte de vue. On dirait une muraille élevée à la frontière pour arrêter le grand Océan. C’est l’oeuvre du Ciel, qui sépare les eaux de la terre, Pour défendre à jamais le pays du Sud ardent contre les vagues envahissantes ». (Comité de Rédaction)

Mots Clefs : Annam Thua Thien Hué 1930 Rivière des Parfums