AP2470-Morin-Edmond

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Titre : Hué, 1930 – Le Monument aux Morts de Hué (1)

Notice : Notule : Le Monument aux Morts de Hué « …/…Parmi les monuments qui, à juste titre, attirent les touristes en notre capitale de l’Annam, le Monument aux Morts de la Grande Guerre mérite réellement de retenir l’attention des étrangers tant par son caractère spécifiquement annamite que par le cadre incomparable qui lui sert d’arrière-plan. Quand on vient de la gare pour se rendre en ville, on est tout de suite conquis par la magnifique perspective ombragée de la rue Jules-Ferry. Édifices perdus dans la verdure, jardins fleuris en toutes saisons, Fleuve des Parfums qui, tout à côté, s’allonge paresseusement, tout est calme, tout est paix et bonheur. Le Monument aux Morts, même, n’éveille aucune idée funèbre, tant il y a du bleu dans le ciel, tant les montagnes violettes semblent un décor de rêve, tout là-bas, à l’horizon mystérieux et inaccessible. Dressé en face du Lycée Khai Dinh anciennement Collège Quoc Hoc au fond d’une esplanade bordée de filaos et de cyprès, il offre l’aspect d’un immense écran en maçonnerie bâti sur un large tertre dont l’accès est défendu par huit dragons menaçants. Deux pylônes, d’une dizaine de mètres de hauteur, flanquent le monument sur sa face Sud ; les tombeaux des Empereurs, seuls, comportant quatre pylônes, il n’a pas été possible, ici, d’en dresser un à chaque coin. L’écran repose sur un socle, soutenu à son tour par un soubassement de seize têtes de dragons stylisées. Au milieu, une grande Croix de guerre pend au dessus d’un « Kim khánh » de chaux blanche où sont gravés en rouge les noms des Français d’Annam morts pour la France de 1914 à 1918 ; derrière, une disposition analogue a été réservée aux noms des Annamites tués à l’ennemi (voir AP0793). Ces deux décorations française et annamite sont dressées sur un fond de mer houleuse d’où des poissons émergent et bondissent vers l’azur, vers l’immortalité, souvenir de la légende bien connue des carpes se transformant en dragon. De chaque côté se déroule, autour de lotus épanouis, une mosaïque de faïence bleue et blanche sur laquelle quatre petits panneaux décoratifs, deux sur le devant, deux sur le derrière, symbolisent les quatre saisons de l’année ; mai lan, cuc et tung le pêcher, l’amaryllis, le chrysanthème et le pin. Puis, aux deux extrémités, l’écran funéraire se termine par une construction plus large rappelant les tombeaux militaires que l’on rencontre dans les environs de Pékin. Sur chaque face, de grands caractères « Tho » affirment l’immortalité des héros morts pour la France. Le tout est surmonté d’un toit à la chinoise, dont les arêtes et les angles recourbés sont des queues de dragons multicolores. Les stèles de grande dimension étant réservées aux Empereurs, on abandonna aussi bien vite l’idée de se servir de la pierre, et pourtant le marbre de Tourane ou de Thanh Hoa ou du Quang Binh, le grès de Nha Trang auraient eu leur place toute indiquée dans un monument destiné à durer plusieurs générations. On ne songea pas au bronze, et pourtant, depuis Jean De La Croix, les fondeurs annamites ont prouvé que le travail du bronze n’avait pour eux aucun secret. La commission nommée par arrêté du Résident Supérieur se déchargea sur une sous-commission du soin de mener à bien l’érection du Monument aux Morts, mais celle-ci s’en remit le plus souvent aux suggestions de l’architecte des Bâtiments Civils, et c’est ainsi que les mêmes entrepreneurs, les mêmes maçons, se trouvèrent chargés de construire sur plan, tout comme s’il se fût agi d’un bâtiment administratif quelconque…/… » (E. Le Bris, professeur au Lycée Khai Dinh à Hué in BAVH/4 – 1937) Le monument fut inauguré le 23 septembre 1920 au cours d’une imposante cérémonie (voir AP0793). Il fut ensuite le lieu de nombreuses manifestations patriotiques (voir AP1032).

Mots Clefs : Annam Thua Thien Hué 1930 Monument aux morts