AP0224-Breton

AP0224-Breton

Titre : Environs de Saïgon, 1904 – Installation du télégraphe – Relevé topographique

Notice : Le photographe du fonds Breton a suivi les techniciens et les ouvriers du télégraphe (voir AP3930, AP3932, AP3935) dans leurs travaux d’installation des lignes télégraphiques : mise en place des poteaux dans la ville de Saigon-Cholon (voir AP3938), en bordure des routes et de la voie ferrée (voir AP3941), enterrement des câbles (AP3942), traversées de zones forestières (voir AP3930), installation d’habitations et de cultures dans la campagne, exploitation du bois pour la confection des poteaux etc. Sur la photo de cette vignette, des techniciens procèdent à des relevés topographiques et à la mise en place de jalons en bois en vue de l’installation du télégraphe. Celui qui effectue le travail porte le short et le casque blancs. Son assistant chargé du matériel arbore le casque colonial militaire. La scène se déroule dans la campagne, sans doute près de Saïgon, en bordure d’une forêt dont les grands arbres sont dominés par les plumets élancés des aréquiers, sous le regard placide d’un troupeau de buffles au repos. Notule : Bref historique du télégraphe en Indochine, de la conquête à 1904 Dans l’ancien empire d’Annam, le télégraphe n’existait naturellement pas et toutes les communications entre la Cour de Hué et les provinces se faisaient par des coureurs à pied ou à cheval qui se succédaient de relais en relais, tout le long du réseau routier de l’époque. Ces relais, les « tram », abritaient le personnel, coolies, secrétaires, lettrés, ainsi que les porteurs chargés du transport des mandarins et de leurs bagages. Sur la route mandarine, qu’empruntait la principale ligne de « tram », les relais étaient distants de quinze à vingt kilomètres et des porteurs à pied étaient capables de couvrir la distance de Hué à Hanoï (700 km) en moins de huit jours. L’un des premiers soins du corps expéditionnaire fut d’installer un réseau de communications efficace. Dès 1860, le capitaine de vaisseau Dariès mit en place un service télégraphique, chargé de la construction des lignes. La première liaison fut réalisée entre Saïgon et Bien Hoa, puis prolongée jusqu’à Baria et au Cap St-Jacques. Le 12 mars 1862, Lemire, alors employé du télégraphe, assistait à l’inauguration de la ligne de Saigon à Bien Hoa (28 km). Le 17 avril de la même année était inaugurée celle de Saigon à Cholon (7 km). Le bureau du télégraphe à Saïgon était alors installé place de l’horloge, au coin de la rue Catinat et de la rue du gouverneur (plus tard rue Lagrandière). A l’occasion de la signature du traité de 1862 entre l’amiral Bonard et les représentants de Tu Duc, les ambassadeurs annamites vinrent visiter ce bureau. Dans le même temps un service postal était mis en place et des bureaux ouverts dans toute la Cochinchine. Les liaisons avec la métropole furent assurées par un service périodique de paquebots britanniques, via Suez. En 1867, lors de l’annexion des provinces de Vinh Long, Chau Doc et Ha Tien, les lignes télégraphiques étaient construites au fur et à mesure que les troupes d’occupation s’installaient. En 1870 un accord était passé avec une compagnie anglaise de Singapour pour l’installation d’un câble sous-marin entre Saïgon et Singapour. Le premier télégramme « voie câble » fut échangé entre Saïgon et la Métropole le 31 juillet 1871. C’est le 1er janvier 1873 que Pavie entra au service des Télégraphes, en qualité d’agent auxiliaire des lignes de 2ème classe. Après avoir planté des poteaux dans les marécages de la Cochinchine, il alla ensuite en installer au Cambodge où il fut chargé d’étudier le tracé de la ligne Saïgon-Bangkok. Ce fut le début de près de quinze années d’exploration au cours des quelles il parcourut le Cambodge, le Siam, le Laos, l’Annam et le Haut-Tonkin et plaça le Laos sous la protection de la France. En 1882, le service des postes est définitivement séparé du Trésor et forme avec le service télégraphique une administration indépendante. Le traité de 1883 qui reconnaissait le protectorat de la France sur le Tonkin prévoyait la construction d’une ligne télégraphique terrestre reliant Saïgon à Hanoï par Qui Nhon. En attendant la réalisation de ce projet (qui ne devait être achevé qu’en 1888) un câble sous-marin fut installé par une compagnie anglaise entre le Cap St-Jacques et Do Son avec raccordement à Thuan An, à l’entrée de la rivière de Hué et mis en service le 17 février 1884. Le 9 septembre, c’était le tour du câble Haiphong – Hanoï. Au fur et à mesure que l’occupation du Tonkin se poursuivait, le réseau télégraphique devenait de plus en plus dense. Toutes les localités furent reliées à Hanoi et le siège des administrations publiques fut installé par Paul Bert en bordure du Petit lac, près de l’emplacement de l’ancienne Pagode des Supplices. Le télégraphe s’installa non loin de là dans une voie qui reçut le nom de « rue du télégraphe » (devenue plus tard rue Laubarède). En avril 1888, un décret réunit sous l’autorité d’un directeur unique les services postaux et télégraphiques de la Cochinchine, du Cambodge, de l’Annam et du Tonkin et, à la suite d’un accord signé avec le gouvernement chinois, des liaisons télégraphiques internationales furent établies avec la Chine. En 1890, 116 bureaux de poste avaient été ouverts en Indochine, 10.000 km de fils télégraphiques posés, Hanoi et Saigon étaient reliés par une ligne terrestre, Mon Kai, Lang Son et Lao Kai raccordés aux bureaux chinois et en 1893, les travaux de construction d’une ligne télégraphique longeant le cours du Mékong commencèrent. A l’aube du 20e siècle, le service des Postes et Télégraphes fut réorganisé sur de nouvelles bases : l’Indochine fut divisée en cinq circonscriptions correspondant aux cinq pays de l’Union. Les travaux sur les lignes du télégraphe qui sont rapportés par les documents du fonds Breton visaient essentiellement à améliorer et à compléter le réseau. Les documents de l’époque insistent sur les difficultés rencontrées et sur les efforts, l’abnégation et les sacrifices qui durent être déployés sur le terrain. « Il faut, pour s’en rendre compte, imaginer ce que pouvait être, à cette époque, le travail de construction des lignes, dans un pays fait de marécages, coupé de cours d’eau, sans routes et brûlés par un soleil de feu. A l’insalubrité s’ajoutait l’insécurité et nombreux furent les coups de main contre les petits postes isolés et insuffisamment défendus. » Les agents du service télégraphique payèrent un lourd tribut à la maladie et à l’insécurité. (D’après R. Despierres, « Le service des PTT. en Indochine » in BAVH-1944/1) Sur le fonds Breton, voir AP3930.

Mots Clefs : Environs de Saïgon 1904 Télégraphe – Poste Topographie